Partager l'article ! Carnet de bord, chapitre 32: Michel, de passage à Bakouma, ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
Michel, de passage à Bakouma, nous a fait parvenir la suite de son carnet de bord hier soir. C'est le
trente et unième chapitre!
Nous vous laissons le découvrir...
Tout va bien, il rentrait de Niakari et sera de retour à Zacko aujourd'hui, en convoi avec l'abbé Joseph qui est l'aumonier des jeunes et qui vient faire une formation auprès des responsables des mouvements de jeunes.
Si ce n'est déjà fait, vous pouvez toujours écouter l'interview de Michel au sujet de la LRA. Michel a en effet témoigné vendredi 26 mars sur RADIO VATICAN et vous pouvez l'écouter sans problème depuis le blog. Il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous:
Cliquez ensuite dans le petit carré rouge de gauche
CARNET DE BORD, chapitre 32
Qu’il est difficile en ce moment de me poser devant mon ordi, de me pauser, de faire une pause. Je m’interroge pour savoir pourquoi cette période est plus occupée que d’autres ; difficile de répondre avec précision. Les allers et retours en voiture sur Bakouma ou Bangassou, les visites aux communautés des chapelles de la paroisse, les rendez-vous qui se succèdent, les chantiers à suivre, à relancer, autant d’activités passionnantes et aussi accaparantes. Et puis tous ces moments passés à parler avec les gens de la vie quotidienne, du pays, de l’avenir. La situation est précaire ici, en ce qui concerne la paix. Chaque semaine nous viennent de tristes nouvelles de nos frères vivant dans l’Est du pays. Les Tongo Tongo sont toujours présents, toujours plus nombreux, toujours plus violents. Ces derniers temps, les rebelles de la LRA s’en sont pris à des véhicules petits ou gros circulant sur l’axe Bangassou – Obo. Des attaques que j’ose qualifier de gratuites parfois. Un camion vide a ainsi été attaqué mercredi 5 mai à coup de Kalachnikov à 12 km de Rafai, alors qu’il regagnait Bangui après avoir déchargé son contenu à Obo. Bilan : 2 morts. Quelques jours plus tôt, c’est le village de Kitessa, à 45 km à l’Est de Zémio, qui a été la proie de ces rebelles qui viennent de la RDC, franchissant le fleuve Mbomou dont le niveau est au plus bas en cette fin de saison sèche. Nombre de rebelles de la LRA traversent ainsi la frontière pour se rendre dans le centre-Est du pays, dans cette zone inhabitée qui n’est qu’à peine à 100 km à l’Est de Zacko et Yalinga. On sait ici qu’ils sont toujours plus nombreux, toujours plus dangereux. Chaque jour au cours de la messe, je prie pour la paix, en communion avec ceux qui souffrent, avec ceux qui luttent, avec ceux qui cherchent la paix, qu’ils soient les plus humbles ou les dirigeants du pays. J’ai reçu par le Net un article publié mi-avril dans Le Figaro, provenant du New-York Times, et qui présente la situation que nous vivons ici ; j’ai soupiré de soulagement en pensant que l’info sur cette guerre silencieuse continuait à circuler.
Autre nouvelle : les agents du recensement ont sillonné le pays afin de mettre à jour les listes électorales permettant d’organiser les prochaines élections présidentielles et législatives. Un travail de fourmi, dans un pays où les possesseurs de cartes d’identité sont très rares, et où une partie des naissances n’est jamais portée sur les registres d’état civil. Les agents sont des gens recrutés sur place, se sont des enseignants, des responsables d’Eglises, toujours des gens lettrés, qui maitrisent l’art de l’écriture ; je dis cela parce transcrire à l’écrit un nom d’origine Banda, l’ethnie majoritaire ici, ce n’est pas donné à tout le monde ! Leurs feuillets remplis, ils les ont envoyés à Bangassou, et dans un délai plus ou moins proche, on recevra les cartes d’électeur. La date des élections a été une nouvelle fois repoussée. Cela pour permettre à tous les candidats aux présidentielles de réunir les conditions nécessaires à leur présentation devant le peuple. Aucune nouvelle quant à la date. En attendant, le débat local est surtout focalisé sur les candidats à la députation. Ils sont nombreux, trop nombreux, il n’y a en effet qu’un siège à pourvoir pour tout le territoire de la sous-préfecture de Bakouma. Or, 5 partis présentent leurs candidats, et certains candidats, déboutés par leur parti, se présentent en indépendant. Impossible de dire le nombre exact de candidats, entre ceux qui se retirent, ceux qu’on retire de force, ceux qui s’ajoutent. Le suppléant d’un candidat indépendant habitant ici est en train de constituer son dossier, je l’aide un peu en faisant les photocopies nécessaires à la Préfecture de Bangassou. Lui qui est plutôt ce qu’on appelle ici sans aspect péjoratif un évolué se désole de l’illettrisme de tant d’électeurs, avec lesquels il trouve qu’il est vraiment difficile de réfléchir, de parler réalités du présent, avenir du pays, de la région.
Nouvelles du ciel : on est entré dans la saison des pluies. Il pleut. Oh ! Pas beaucoup, mais assez violemment parfois, ce qui creuse les fossés (qu’on appelle ici canal, quelque soit le nombre, d’ailleurs). Les pluies plus fines et longues sont de vraies bénédictions pour les agriculteurs qui plantent les cacahuètes, le manioc, le maïs, les courges. C’est la fin de la saison des papayes, c’est le début de celle des concombres, de l’igname, du gombo qui est une plante dont on fait les sauces. Dès l’aurore, des hommes seuls, des femmes seules, des couples, parfois des familles entières se rendent au champ. C’est plus ou moins près de leur maison : quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres, là où la terre noire et légèrement sableuse donnera de bons résultats. A la tombée de la nuit, tout ce petit monde regagne Zacko en rangs serrés, portant sur la tête, qui des fagots de bois pour la cuisine, qui une bassine qui peut contenir les premiers épis de maïs, du manioc, ou simplement la houe et la machette, l’outil vraiment indispensable par la polyvalence de son utilisation. La pluie qui tombe apporte la fraicheur bienvenue dans les maisons surchauffées par le soleil. Le taux d’humidité dans l’air augmente sans aucun doute sensiblement, parce qu’on commence à transpirer avant même d’avoir commencé à travailler. La pluie engendre aussi une habituelle désorganisation des institutions, notamment du côté de l’enseignement : s’il pleut en fin de nuit ou en tout début de matinée, pas la peine de vous précipiter à l’école, vous êtes sûrs de vous retrouver très seul, et d’arriver avant les enseignants ! Il en est de même pour les réunions programmées à la paroisse ou dans les quartiers : impossible de savoir si on sera deux ou quasi au complet ! Moi, j’y vais … sans me presser.
Nouvelles de l’économie nationale : les produits pétroliers ont encore augmenté à la pompe. + 50 francs pour le gasoil, ce qui l’amène à 800 francs le litre, soit 1€22. Même augmentation du prix du litre de pétrole (+ 20 francs à 600 F) et celui de l’essence (+ 45 francs à 825 F). C’est énorme, vu le coût de la vie ici.
Mardi 11 mai 2010
Voilà une matinée qui s’ouvre calmement, et j’espère que ça va durer. Il est 9h. Serge, un jeune de Zacko élève à Bangassou, vient à l’instant de m’appeler ; il souhaite savoir quand est ce que je me rendrai là-bas. Lui et tous ses congénères (et ils sont nombreux !) dont impatients de me voir arriver. L’unique raison : rentrer à Zacko au plus vite. En effet, au lycée d’état comme au collège catholique, l’école est finie. Déjà. Pour quelles raisons ??? L’une d’elle est (ou était) la toute proche date des élections. Mais comme c’est repoussé, cette raison-là n’est plus valable. Seulement, ils ont organisé les programmes en conséquence. Tout remettre à plat semblait un peu compliqué. Côté collège catholique, on va en rester là cette année pour une autre raison, économique celle-là : le problème des salaires. Parmi les enseignants, il s’en trouve un bon nombre qui sont vacataires, et donc payés à l’heure (1500 F). Plus le collège ferme tôt, plus on fait d’économies. C’est dommage, mais comment faire autrement ? On veut à tout prix éviter des frais de scolarité qui soient exorbitants. Côté état comme catholique, il semble que tous les profs ont bouclé à temps les programmes. Les vacances des élèves vont être longues ! La rentrée est prévue pour la mi-septembre. Hier soir, les résidents de la maison Saint-Michel m’ont appelés au sujet de leur estomac : ça fera un mois demain qu’ils sont revenus à Bangassou. Plus de sous dans la caisse ! J’ai appelé le séminariste-stagiaire Eugène afin qu’il avance la somme de 10.000 F, en attendant mon arrivée.
Des nouvelles de l’école de Kono : ça bouge à Bangui, puisque le cabinet d’architectes est en train de réunir les matériaux nécessaires à la construction du bâtiment (ciment, portes, tôles, fer à béton …). Et ça bouge ici, puisque le camion d’Azize a commencé ses rotations. Hier lundi, il a fait 6 voyages afin d’acheminer une partie des 10.000 briques nécessaires au bâtiment. J’ai passé la journée aux côtés des 12 personnes engagées pour charger et décharger le vieux Mercedes. Charger, décharger, mais aussi pousser, le démarreur étant défaillant depuis longtemps. Pousser un véhicule de cette taille quand il est vide, c’est déjà sportif ; alors quand il est plein et que le four des briques a été réalisé sur terrain plat … ! Aujourd’hui, ils doivent terminer le transport des briques, et poursuivre demain avec celui du sable et du gravier qui a été extrait dans la forêt, à l’emplacement d’anciennes mines de diamant exploitées autrefois par les Français. Le travail sera compliqué, parce qu’il faudra charger puis décharger à la main, le camion n’étant pas équipé d’une benne. Chaque voyage coute 20.000 F que je verse au propriétaire ; chaque personne travaillant au chargement et déchargement reçoit 2.000 F pour la journée. Ça finit par faire de grosses sommes. Il faut tenir le budget prévisionnel établi par les archis Aubin et Ferrier. Et ce n’est pas facile, d’autant plus qu’il faudrait que je sois présent en permanence là-bas, ce qui est impossible compte tenu du travail à faire par ailleurs.
Ces trois derniers jours justement, deux jeunes sont venus parfaire la tranchée destinée à recevoir le tuyau d’eau permettant l’alimentation du bloc opératoire et de la maison. Ainsi le moment venu, tout sera prêt dans la concession. Il va falloir que je vérifie la tranchée d’1km500 qui serpente dans la forêt, afin de voir les endroits déjà OK et ceux qu’il faudra encore approfondir.
Tout cela est passionnant, bien entendu. Et ça fait partie de mon travail. Mais je manque de temps pour me détendre, et je n’ai surtout pas assez de temps à consacrer au travail de l’homélie, de la formation. Or ça aussi, ça n’arrête pas. Que ce soit au centre ou dans les chapelles, les attentes sont immenses. Ludovic rentre d’une tournée à VTT à Mbago et Kpangou ; il a passé du temps dans ces deux petites communautés, à écouter, enseigner, partager. C’était sa première visite dans ces deux villages. A Kpangou, les tensions entre les paroissiens sont importantes : le catéchiste titulaire a démissionné il y a deux semaines (je n’avais pas été averti), et le président du Conseil de la communauté se plaint que plus rien ne marche. Le catéchiste en second devient de fait titulaire, ce qui permet à la communauté de poursuivre sa route. Mais il y a sans doute d’autres aspects à prendre en compte, et qu’il me faudra saisir, lors d’une prochaine tournée là-bas.
Le 1er mai ici, pas de manif dans les rues, pas de revendications exprimées sur des pancartes ou des tracts, mais une journée un peu différente, puisque ASKANGBA a proposé un super-match à la population de Zacko. Equipe A contre équipe B. le match, très serré, comme d’hab, s’est soldé par un nul de 1 – 1. J’ai joué les deux mi-temps, étant (parait-il !) irremplaçable à mon poste d’arrière gauche. La pluie du matin avait rafraichi l’air, le chaud soleil de l’après-midi a fait rejaillir du sol toute cette humidité. Il faisait hyper-moite. C’était terrible, heureusement qu’Aristide gardait précieusement sur son dos mon sac contenant ma gourde. A la fin du match, salutations et échanges avec tout un tas de gens, dont les joueurs membres d’ASKANGBA. On s’est retrouvés nombreux le soir chez le Vice-président Gervais, qui est Adjoint au Commandant de Brigade (CBA). Le repas fut excellent, la musique pas trop forte. C’est en regardant les vidéos des chanteurs Centros (= Centrafricains) que je me suis rendu compte qu’aucun ne chante : ils hurlent en permanence, que ce soit en Français, en Sango, en Banda … Le rythme musical est bon, le texte aussi, plein d’humour, parfois de franche vérité sur la vie quotidienne ou la situation du pays ; il reste à revoir la tonalité !
Le dimanche 2 mai à Bamara fut une belle fête : l’affluence était telle qu’avant le début de la messe, le catéchiste en second Joseph est venu m’interrompre dans mon rôle de confesseur, pour me demander si on ne ferait pas mieux de célébrer dehors. Quelle heureuse idée ! D’abord à cause de la foule : outre Bamara, tout Yanguhoda et tout Yanguchi était là. Ensuite parce qu’il ne faisait pas trop chaud, le ciel couvert et le vent frais rendant cette matinée bien agréable. Enfin parce qu’il y avait 11 jeunes et adultes recevant le baptême et la première communion, + 6 autres baptisés dans leur enfance ou venant d’une Eglise protestante, et recevant ce deuxième sacrement. Et j’ai eu aussi la joie de célébrer deux mariages : celui du catéchiste Augustin et de sa femme Florence, et celui de Jean-Paul et Anastasie, qui recevaient aussi le baptême. Célébrer dehors, c’est aussi un témoignage pour ceux qui ne sont pas catholiques : plusieurs personnes sortant de l’église Baptiste sont arrivés en courant afin d’assister à la messe ; et il en est de même pour des gens rentrant du chantier d’or tout proche (même ici, y a l’problème du travail du dimanche !). 3 heures à l’ombre de l’arbre qui borde la petite église. La messe fut belle, festive et priante, avec de vrais beaux moments de silence. Ensuite, temps d’échange avec des gens très divers, pendant que les batteurs tapaient de toutes leurs forces sur les tambours autour desquels se pressaient petits et grands, dansant sur les rythmes saccadés développés par les tambours et mêlés aux chants traditionnels. Repas au frais dans la maison des prêtres, puis retour à Zacko … à pied. 18 km en cet après-midi où soleil rythmait avec chaleur. En effet ce matin-là, comme il y a avait la fête à Bamara, je décidai de prendre la voiture, afin d’amener quelques servants (dont l’un deux serait le photographe), quelques chefs de chorale venus renforcer celle de la communauté, le catéchiste Jérôme afin qu’il participe au mariage de son collègue. En voilà qu’à l’entrée de Yanguhoda, une fumée blanche s’est mise à sortir du moteur. Je me suis immédiatement arrêté, ai ouvert le capot, et n’ai pu que constater les dégâts : le socle de fixation de la batterie s’était cassé ; vieillerie + secousses incessantes ont eu raison de la pièce de métal; les fils électriques étaient en train de fondre, certaines pièces de métal étaient rouge vif, le liquide d’embrayage bouillait dans son petit réservoir. J’ai pu rapidement défaire les cosses de la batterie, (je ne les sers jamais trop, heureusement !). Et je décidai qu’on en resterait là pour aujourd’hui ; il était 7h15, tous les passagers et moi avions le temps de parcourir à pied les 5 derniers kilomètres. On s’est rapidement mis en route, et comme on a coupé par la forêt, on a mis à peine 45 minutes. De retour à pied à Zacko à la nuit tombante (il était 17h30), je suis passé par chez le collecteur Abouna afin de rencontrer son mécano. On s’est entendu pour que, dès 8h le lendemain, on se rende ensemble à Yanguhoda, soit pour réparer sur place, soit pour tirer ma voiture. 8h le lundi au marché, je trouvai Jean-Jacques, surnommé Chapelet, le mécano d’Abderrahmane, un autre collecteur. Je l’ai embarqué dans la voiture d’Abouna et arrivés sur place, il a suivi du regard tous les câbles, et après quelques bidouillages et autres bricolages, à coup de scotch et de boulons déplacés d’un autre endroit du moteur vers celui de la batterie (oui, y a des boulons qui servent à rien dans un moteur !), Chapelet a tourné la clé de contact, et le moteur a démarré du premier coup. Singila na Nzapa ! On est rentré en convoi à Zacko, j’ai chaleureusement remercié les gars, et me suis préparé pour prendre avec Ludo la direction de Bakouma. Là-bas, la fête nous attendait : le Premier mai, fête internationale du Travail, ici reportée au 4 mai.
Vendredi 14 mai 2010
La fête à Bakouma fut belle ! Arrivé en fin d’après-midi lundi 3 mai, avec à mon bord Ludo et trois chefs Bororos (les éleveurs de vaches) qui avaient raté le départ du camion affrété par le Sous-préfet afin de faciliter la venue à Bakouma des personnalités de Zacko, je me suis mis en relation avec le patron du poste à soudure. C’est ainsi que le mardi en début de matinée, j’ai pu faire ressouder le socle de la batterie, et poursuivre moi-même la réparation de ce qui avait été détérioré. Vers 10h, les abbés Max, Gaétan et moi, les stagiaires Fulbert et Ludovic prenaient ensemble la direction de la Sous-préfecture. Nous avons assisté au défilé des groupements professionnels ainsi que des autorités exerçant leur activité sur le territoire de la Sous-préfecture, territoire qui, je le rappelle, correspond exactement à celui de la mairie. Nous avons eu l’honneur de recevoir 3 ministres du gouvernement : le Ministre résidant, c'est-à-dire celui qui, dans le gouvernement, veille à ce qui se passe dans le Préfecture du Mbomou ; le Ministre du Travail ; le Ministre des Mines et de l’Hydraulique Dutingaï. Ce dernier a prononcé un discours motivant tous les habitants à retrousser leurs manches, que ce soit dans les champs ou sur les bancs de l’école. Bien entendu, la croissance de l’engagement d’AREVA est au cœur de ces propos ; il faut que jeunes et adultes d’ici soient les premiers à être embauchés, ou à pouvoir fournir à la société ce qu’elle a besoin, surtout en terme de nourriture. S’en est suivi la signature de 4 accords entre les autorités centrafricaines et la société AREVA concernant 4 volets distincts : la construction d’une plateforme de sport, celle d’une bibliothèque et salle polyvalente, la réalisation d’un hôpital (je me permets d’ajouter « digne de ce nom »), et enfin la mise en route de l’alphabétisation d’adultes, sous l’égide des Sœurs Franciscaines de Bakouma. Après avoir paraphé les documents, les personnalités du pays et celles d’AREVA, suivies de près par des centaines de curieux dont j’étais, se sont rendues sur les différents lieux d’implantation des constructions, afin de les découvrir et même d’y poser la première pierre. Le officiels de Zacko ont été reçus à la résidence du Sous-préfet pour un bon repas –au dire des convives-, puis il y a eu les matchs de foot après la courte pluie de début d’après-midi. Moi, et bien j’ai dormi un long moment. La fatigue de ces derniers jours, entre match de foot, mécanique et marche à pied. Vers 19h, Gaétan et moi, les deux curés catholiques travaillant dans la commune de Bakouma, nous nous sommes rendus au diner offert par la société AREVA ; j’ai eu du plaisir à échanger avec Henri ; cela faisait un moment qu’on ne s’était pas rencontrés. Et puis il y avait des personnalités de la région, assis autour de cette grande table, et on a parlé longuement ensemble de tout un tas de choses, c’était un moment très sympa.
Le lendemain en fin de matinée, j’ai repris la direction de la maison avec Ludovic et les chefs Bororos ainsi que d’autres chefs de Zacko, pressés de rentrer, Le camion d’Azize ne quittant que le lendemain. C’est avec lui que j’ai négocié le transport des matériaux de construction nécessaires à l’école de Kono. Ces jours-ci, j’y ai consacré énormément de temps, et ce n’est pas fini !
Mardi 18 mai 2010
Je suis arrivé hier lundi à Bangassou. Je peux enfin faire avancer quelques dossiers techniques nécessitant une rencontre avec Monseigneur Aguirre. Ce fut fait ce matin avant le déjeuner, et ça c’est poursuivi après, les sujets demandant qu’on s’y arrête longuement. Premier sujet, le bloc opératoire. L’adduction d’eau, évidemment, et la mobilisation des habitants pour cela, mais surtout le bâtiment du groupe électrogène, la venue du maçon, le transport jusqu’à destination du matériel prévu ; autant de sous-chapitres à ne pas négliger, si on veut que tout se passe pour le mieux. Plan et dossiers à l’appui, on a tous les deux fait le tour (j’espère !) de chaque aspect.
Autre sujet, celui de l’école de Kono. Les travaux n’ont pas commencé, mais ça ne devrait pas tarder maintenant, puisque des habitants chargent et déchargent le camion d’Azize des briques, des cailloux, du sable et du gravier nécessaires. Le hic, c’est le chauffeur. Pour un prétexte ou l’autre, il travaille lentement, exige que ne soient transportées que de petites quantités d’agrégat. Et hier matin, je traversai Kono afin d’atteindre Bangassou, et espérais bien trouver les gens au travail. Et bien ce n’était pas le cas, ledit chauffeur refusant de prendre la piste au bout de laquelle se trouve le sable, prétextant que la pluie tombée le samedi l’avait endommagée. Or je venais de parler avec son patron qui m’avait certifié le contraire. A la fois énervé et très triste, je n’ai pas rebroussé chemin pour alerter Azize, mais ai patienté jusqu’au soir. C’est depuis Bangassou que je l’ai joint au téléphone pour lui faire part du fond de ma pensée. Il s’est excusé et m’a assuré qu’il allait lui-même veiller au bon déroulement des choses en mon absence. Pas facile d’assurer le suivi d’un chantier quand on n’est pas sur place en permanence. Ces deux chantiers sont ma préoccupation principale pour les semaines qui viennent.
Autre sujet plus délicat, et plus confidentiel aussi, Monseigneur m’a partagé quelques éléments du déplacement de tous les évêques de RCA à Rome, convoqués par les responsables de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. La crise de l’Eglise en est la raison. 3 jours de rencontre, de débat, de mise au point, et à la sortie des décisions à mettre en application, et qui vont sans doute provoquer dans toute l’Eglise une « tornade », après les « orages » de cette année écoulée. Le retour de Rome étant tout frais, l’évêque se donne le temps avant de nous réunir au sein du Conseil des Consulteurs. Au programme, le retour à l’état laïc de certains prêtres, ce qui va être pour le moins diversement apprécié. Deuxième point, la réouverture du grand séminaire à partir de zéro ; en clair, chaque année verra s’ouvrir une année d’étude supplémentaire. Ceux qui sortiront prêtres dans 7 ans seront tout neufs, et « non-pollués » par leurs ainés séminaristes qui eux, vont achever leurs cycles d’étude au Cameroun. Pas de rencontre entre les séminaristes ayant débuté ces dernières années et ceux qui se préparent à commencer la formation. C’est ainsi que Rome prévoit les choses. Je m’interroge : est-ce ainsi qu’on va favoriser l’unité du clergé diocésain, et par là l’unité de l’Eglise en RCA ? Tous les grands séminaristes étudiant depuis plusieurs années ne seraient-ils pas dignes de confiance ? Remous en perspectives ! Plus que jamais, la place qu’occupe l’Esprit-Saint (en ces jours de Pentecôte, comment ne pas y penser ?) doit guider la réflexion de chacun des acteurs de l’Eglise.
A Zacko, je continue d’aménager le terrain, ou plutôt le sous-sol (!) afin de tout préparer pour recevoir le tuyau d’eau. Les raccords et coudes sont en nombre dans les cartons sortie du conteneur, mais pas les T. il me faut donc les fabriquer, afin de distribuer l’eau dans tous les lieux. Je découpe des coudes et les joins ; je pense que ça va tenir. Comme j’avais du temps à perdre (!), un jeune qui travaillait à creuser le fossé a percé le tuyau accédant à la fosse septique. Bilan de ce gros trou dans le gros tuyau : trois heures de travail pour réparer les dégâts. J’aurai sans doute une réunion samedi prochain 22 mai avec l’ensemble des chefs de quartier et les personnalités de la ville, afin de mobiliser les gens pour approfondir le canal destiné à recevoir le tuyau sur le kilomètre et demi qui traverse la forêt, depuis la source jusqu’au château d’eau.
A l’école, la réunion convoquée vendredi 14 par le chef de secteur primaire a mis l’accent sur les nombreuses lacunes des APE. Les enseignants se sont pleins, à juste titre, du manque de considération des membres des bureaux (il y en a deux, une pour le côté Filles, une pour Garçons). Je ne pouvais qu’aller dans leur sens, étant moi-même trésorier de l’école Garçons ; je n’ai pas reçu un franc depuis que je suis entré en fonction, le président de l’APE détournant tout au fur et à mesure. Or, il y a le salaire mensuel des maitres, dans ces fonds détournés. Et devinez qui était absent à cette réunion ???!!! Sans commentaires, pour le moment en tout cas.
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