Partager l'article ! Carnet de bord, chapitre 34: CARNET DE BORD, chapitre 34 Vendredi 25 juin ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
CARNET DE BORD, chapitre 34
Vendredi 25 juin
Plus de six semaines se sont écoulées depuis mon dernier envoi, effectué depuis Bakouma. Et que d’évènements vécus durant ces jours !
Le plus important pour moi, pour nous, c’est sans aucune contestation possible l’arrivée de l’eau courante à la maison et à l’hôpital ! Et oui, c’est fait ! J’ai pris ce soir la première douche de l’histoire de ma salle de bains. Difficile de vous expliquer ce qui s’est passé en moi lorsque Richard, le sentinelle, a frappé hier soir à la porte de la salle à manger, en disant : « il y a de l’eau qui coule sous le château d’eau. » J’ai littéralement bondi de joie, et me suis précipité à l’endroit indiqué. Oui, c’est bien vrai, l’eau coule ! Des mois de travail, de calculs, de marches et de démarches. Et nous avons réussi ! Je dis bien « nous ». Et derrière ce « nous », il y a en a du monde ! Par où commencer ? Quand tout cela a-t-il commencé ? Et bien il y plus d’un an et demi, alors que je me promenais dans la forêt, je suis arrivé à la source de Gonda, située dans la montagne, à gauche de la route qui mène à Bakouma. Environ 2 km la sépare de l’entrée de la ville. Les habitants des petits villages des alentours viennent y puiser quotidiennement, ainsi que les habitants de la ville qui, rentrant des champs, ne manquent pas d’y puiser de quoi se désaltérer tout au long de la soirée. Cette source, elle m’a d’emblée fascinée ; et ses voisins aussi d’ailleurs, puisque c’est à cet endroit que j’ai fait une superbe photo de jeune fille Peul qui a valu à des enfants de l’école primaire Massillon de déclarer : « l’abbé Michel, il est au pays des princesses ». M’est venu ce projet somme toute un peu fou : amener une partie de cette eau claire à la maison. Première chose : me faire envoyer un altimètre, afin de vérifier si l’eau captée à sa sortie pourrait arriver à la maison et au bloc opératoire, naturellement. Patricia ayant promptement accédé à ma requête, j’ai déambulé par un beau matin de décembre 2008 dans les bois qui entourent la source et la rivière Gonda, jusqu’à Zacko. Altimètre dans une main, bloc-notes dans l’autre, aidé de Ghislain, j’ai noté tous les 20 mètres, l’altitude à laquelle je me trouvais. Pas de doute, la différence entre la source et le plateau sur lequel on est installé est de 25 mètres. D’autre part, la pente est douce, régulière en longue, puisqu’elle fait plus d’un kilomètre, sur un total de moins de 2 km. En janvier 2009, les lycéens de Godefroy de Bouillon venus pour des projets d’électrification du bloc opératoire viennent confirmer mes calculs au moyen d’un autre altimètre, puis s’aventurent à établir le débit approximatif de la source. Fort de tout cela, je rencontre Alain, le Maire de la Ville, et lui fais part du projet. Il y croit, et nous voilà, par un matin de mars, en train de déambuler entre Gonda et Zacko, afin de chercher l’itinéraire le plus court, mais aussi le plus pentu. Puis vint le temps de la mobilisation des habitants. La réunion à laquelle j’ai participé a dû soulever de l’incrédulité quand à ce projet, du style : « comment voulez-vous que l’eau qui descende remonte la pente, sans moteur ? » Mais les chefs ont su mobiliser, et en quelques semaines, le canal reliant la source au bloc opératoire s’est déroulé dans la forêt, les taillis, les petits champs, franchissant au passage quelques petits chemins menant aux champs. Pendant mes congés, j’ai contacté plusieurs personnes, dont les profs du lycée qui étaient venus en janvier, et aussi Pierre, un bon copain qui enseigne en lycée technique à Clermont. Altitude, débit de la source, diamètre du tuyau, longueur, pente, rien ne fut laissé au hasard. Restait à convaincre l’évêque de Bangassou et à travers lui la Fondation Bangassou qui a son siège à Cordoue, en Espagne. Parce qu’ici, trouver 2 km de tuyaux de diamètre intérieur 19 mm en PER, c’est beaucoup plus compliqué qu’une tonne de manioc ! « Ok pour ça » m’a dit Monseigneur Aguirre. Et fin novembre, les 20 rouleaux de 100 mètres ont quitté l’Espagne à bord d’un conteneur à destination de Bangassou. Quelques mois plus tard, ils revoyaient le jour à Bangassou, où ils furent stockés au petit séminaire. J’ai acheminé les 10 premiers rouleaux avec ma voiture, Azize s’est chargé des 10 suivants dans son 11–13 Mercedes. Restaient à retrouver les boites contenant les raccords, qui avaient été rangées à Bangassou dans un placard de matériel médical…
Samedi 12 juin, à 8h à la mairie, la réunion tant attendue a eu enfin lieu, présidée par le Maire Abderrahmane Fezane, en présence de tous les chefs des quartiers de la ville. En moins d’une heure, on a établi un programme de répartition des jours d’intervention. Chaque matin, les chefs de deux quartiers devaient mobiliser leurs troupes pour reprendre le travail effectué il y a un an. L’essentiel était d’approfondir le canal destiné à recevoir le tuyau. De mon côté, j’assurai le café, le lait, le sucre, les beignets, et les fameux cakes (prononcer câque), des biscuits à base de farine de blé et de farine de manioc frits dans l’huile de palme. Dès lundi 14, à 5h45, j’étais réveillé par les premiers coups de pioche, de houe, de pelle, au pied du château d’eau. L’aventure se poursuivait donc bien ! Ce matin du premier jour, et il en sera ainsi chaque jour, l’énorme marmite remplie d’eau bouillante reçut un paquet de café en poudre, deux kilos de sucre, près de 500 g de lait en poudre. Les sacs de beignets et de cakes tout frais vinrent se caler dans le panier d’osier accompagnant les travailleurs d’un jour. Et vers 9h, quand ça eût bien bouillu (!), la pause-café marqua le temps du repos et remotiva tout le monde. C’est ainsi que, hier matin jeudi, après 10 jours non consécutifs de travail d’arrache pied, avec les 30 volontaires venant ce jour-là du quartier Ambilo, on a atteint la source, située précisément à 1km530 du château d’eau. Et là, j’ai proposé à ceux qui le voulaient qu’on installe le tuyau. Ils sont tous restés ! Et nous fûmes rejoints par une dizaine de jeunes et d’enfants près à rendre service. Et nous voilà partis, sous le chaud soleil de ce jeudi 24 juin, 14 rouleaux sur les têtes ou les épaules. Tous les 100 mètres, arrêt, déroulement du tuyau le long du canal, puis dépose dans le fond après avoir vérifié qu’il ne se tortillerait pas ; je me suis chargé de poser les raccords. A 13h pile, on était arrivé à la source. Fatigue, et joie aussi. De retour à la maison, on a tous partagé un grand verre d’eau glacée, et j’ai offert à chacun une petite bouteille d’huile d’olive d’Espagne. Un petit geste pour un grand merci. A 15h, j’ai embarqué dans le 4X4 tout un tas de bazar, comme deux tôles, des tuyaux de différents diamètres, des outils en tout genre, petits et gros, du scotch, des bouteilles en plastique …. Avec quelques jeunes et Ambroise, on est partis au sommet de la côte, et ayant garé la voiture au plus près de la source, on y a amené tout cet inventaire à la Prévert. Alors a commencé l’ultime étape de tout ce travail : envoyer l’eau dans le tuyau, pour qu’elle arrive à la maison. On en a fait et défait, des bouts de tuyau, on en a découpé, des bouteilles en plastique, et déroulé, des mètres de scotch. Le problème de fond, c’est qu’il faut que la prise d’eau soit de diamètre plus important que le tuyau qui court dans la forêt. Ainsi, il y a un phénomène de pression qui, doublée de la petite pente, donne de la vitesse à l’eau, et lui permet de dévaler la pente, et de remonter aussi quand c’est nécessaire, notamment au terminus, au château d’eau haut de 6 mètres. A la nuit tombante –il était 18h- j’étais fatigué, un peu dépité aussi. Je pensais qu’on avait échoué. De retour à la maison, on s’est salué avec les jeunes qui ont regagné leurs maisons, éclairés par la lune qui grossit un peu plus chaque soir, et j’ai pris mon seau d’eau à peine tiède pour me laver, jetant un œil attristé sur le pommeau de la douche désespérément sec. Puis avant et après la prière, avec Ludo, j’ai parlé de tout ce qu’on avait réalisé dans la journée. Et c’est pendant le repas partagé aussi avec Anicet et Ambroise que Richard m’a comme soudainement réveillé de ma fatigue. Oui, l’eau est là, elle coule à travers le château d’eau ! Immédiatement, avec Ludo, Richard, Gabriel, Ambroise, on s’est attelé à brancher le tuyau raccordant le château à la maison. C’était près depuis déjà plusieurs jours, j’avais déjà posé toutes les vannes d’arrêt pour chaque salle de bains. Il n’y avait donc plus qu’à relier les éléments. Et là, lentement, l’eau a pris le chemin de la maison, située à 45 mètres du château. Et voilà ce matin, on avait de l’eau chez nous. Enfin, c’est surtout Ludo, parce que chez moi, des grosses fourmis avaient élu domicile dans les tuyaux d’accès aux toilettes et à la douche, j’ai donc joué cet après-midi à l’apprenti plombier ! Mais revenons à hier soir : comment ne pas rendre grâce ? Et puis quel beau signe, puisque c’est en ce jour du 24 juin que l’eau est arrivée, jour de la fête de la nativité de Saint-Jean, le Baptiste !!! Alors je suis allé m’assoir devant la grotte, et ai prié le chapelet et l’office de Complies de la fête. J’ai eu ensuite du mal à trouver le sommeil, malgré l’heure tardive (plus de 22h) et la fatigue de ces travaux physiques vécus avec les habitants.
Dimanche 18 juillet 2010
C’est à Bangui que j’achève ce chapitre 34. Arrivé à la capitale vendredi soir, transportant la délégation diocésaine de Caritas convoquée à une rencontre nationale, je souffle un peu. Cette période qui s’achève a été très chargée, et agitée aussi.
Du côté de l’eau courante, l’installation fonctionne bien : l’eau qui monte au château d’eau arrive à bonne pression, ce qui permet d’alimenter sans problème la maison, et de donner une partie de l’eau à la population. Il faut voir la file d’attente s’allonger en contrebas de notre cuisine. Du matin au soir, des dizaines d’enfants, de jeunes, d’adultes, viennent remplir leurs bidons de 5, 10, 20 litres, leurs immenses marmites, leurs bassines, avec cette eau claire et agréable à boire. Le projet d’une fontaine entre le Centre Polyvalent et l’école primaire est en passe d’être réalisé : Anicet et Paulin ont construit la fontaine et « noyé » le robinet dans le muret de pierre et de ciment. Le problème, c’est que les réservoirs construits en contrebas du château d’eau sont trop enfoncés dans le sol, si bien qu’on a un mal fou à obtenir la pente nécessaire pour que l’eau descende jusqu’à son terminal ; en cause le plateau rocheux qu’il faut casser à coup de barre à mine. J’ai expliqué le problème à Alain, l’adjoint au maire ; je pense qu’il va s’en occuper. Quand ils auront approfondi la tranchée, l’eau coulera d’elle-même. Dans la maison, pas de problèmes majeurs, si ce n’est quelques toutes petites fuites ça et là, que j’ai colmaté en enroulant autour du tuyau de longues lianes découpées dans les chambres à air, les fameuses « lances », qui servent aussi bien à renforcer la digue de diamant qu’à attacher des affaires sur un porte-bagages de vélo ou de moto.
Nombreux furent les jeunes et les adultes qui se sont relayés pour refermer les 1km 530 de tranchée, enfouissant ainsi le tuyau, et créant de fait un chemin dans la forêt reliant directement la source à la ville. A chaque fois, eau fraiche, café et beignets, parfois fromage blanc au miel, parfois bonbons, pour redonner courage aux travailleurs.
Parmi les jeunes qui ont travaillé autour de toutes ces questions de canal d’eau, de tuyau, d’évacuation des eaux usées de la cuisine, il y a ceux qui habitent à la maison dite St-Michel à Bangassou. Ces collégiens, dont 4 entrent en 5è - Brice, Hugor, Odilon, Calvin -, et un redouble la 6è – Melvin -, et l’ainé Emmanuel qui entre en 3è année au collège technique. Je leur ai préparé un sac à dos qu’on a rempli ensemble de 15 cahiers 100 pages, stylos billes, crayons noir et de couleur, règle, taille crayon, gomme … bref tout ce dont ils auront besoin pour la rentrée prochaine. Et ceci fut rendu possible grâce à la collecte organisée en 2009 auprès des élèves du collège – lycée Massillon de Clermont. C’est d’ailleurs dans ces dons qu’on a puisé une partie des lots remis aux participants de la JEA. Merci à vous, jeunes de France, pour les jeunes d’ici !
Cette période étant celle de la fin de l’année scolaire, les proclamations des résultats des examens se sont succédé dans chacune des écoles de la zone. A commencer par celle du jardin d’enfants de Zacko, situé dans le Centre Polyvalent. Quelle ambiance en ce matin du 24 juin : les 150 enfants des deux niveaux de classe se sont regroupés devant le bâtiment, tandis que sous la véranda siégeaient les personnalités de la ville : le maire, le CB et son adjoint, les directeurs des écoles primaires Filles et Garçons, les chefs de quartiers. Sur le côté, les deux maitresses Sylvie et Léa-Parisse, les membres de l’APE et Ludovic, qui a bien suivi le travail des maitresses cette année. Grâce à sono, on a pu éviter le brouhaha généré par la présence de dizaines d’enfants plus âgés que les élèves, et venus assister à la remise des prix de leurs petits frères et petites sœurs. Alternance de poèmes et de récitations proclamés en français par ces petits de 4 - 6 ans, entrecoupés de discours plus ou moins … courts et en sango des personnalités présentes. Puis ce fut le moment de la proclamation des résultats des examens de passage suivie de la remise des diplômes à tous ceux et celles qui accèdent à la rentrée prochaine, soit à la deuxième année de maternelle, soit à la première année d’école primaire. Beaucoup d’élus, heureusement, et quelques larmes sur les visages des échoués. Un cadeau fut remis à chaque enfant montant en classe supérieure et dont les parents avaient préalablement réglé tous les frais de scolarité. Ça peut paraitre un peu dur, mais on n’a pas d’autre solution pour faire pression sur les parents. Fernand, le président de l’APE, a justement rappelé qu’on n’avait fait cette année aucun renvoi pour non payement des frais de scolarité. Mais les avertissements n’ont pas été écoutés par certains parents irresponsables, et au final, leurs enfants sont privés de peluche ou autre cadeau. Vers 10h, tout fut terminé, et chacun s’en est retourné à ses activités.
A l’école de Bamara, le même évènement avait lieu 2 jours après, mais je suis arrivé alors que les enseignants avaient déjà achevé la proclamation des résultats. Il faut dire qu’il m’était impossible d’arriver là-bas pour 7h, alors que c’est précisément l’heure de fin de messe le samedi matin au Centre. J’ai eu beau rouler sans trainer sur la piste, il m’a fallu 40 minutes pour parcourir en voiture les 18 km. J’ai pris du temps avec les parents encore présents, ainsi qu’avec les enseignants. Puis j’ai distribué des bonbons aux enfants, ravis de ce petit + ! Je suis ensuite rentré tranquillement à la maison, m’arrêtant au passage à Yanguhoda pour saluer les habitants.
A l’école de Kono, la fête fut belle, et bien organisée, presque millimétrée : les deux enseignants Jean-Louis et André avaient bien préparé les choses avec l’APE. Le temps était menaçant, et la pluie a un moment un peu perturbé le déroulement protocolaire. Mais l’ensemble s’est passé dans la joie et la bonne humeur : alternance des discours des personnalités et des interventions d’enfants des différents niveaux, en chanson ou en récitation, toujours en langue française. On était réunis le long du grand hangar de paille, alors que les maçons continuaient le travail de construction de l’école. Quel beau signe donné à tous ici, de voir les enfants grandir en intelligence, signe de la croissance du village et du pays, et de voir le bâtiment s’élever lui aussi. Nombreux furent les adultes qui firent le lien entre ces deux réalités. Au moment de la proclamation des examens de passage, quelques larmes, et beaucoup de joie pour les nombreux élèves qui montent en classe supérieure. Il faudra voir dans quelle mesure on peut ouvrir le niveau CM2 à la rentrée. Petite anecdote : l’élève Ben Laden (c’est bien son nom) a été admis en classe supérieure, il monte en CE2 ; il s’est présenté à son enseignant en arborant un magnifique tee-shirt tout neuf orange fluo, sur lequel on peut voir le sourire « émail diamant » de … Barack Obama !!! Yes, we can ! Tout devient possible ! Archina, que j’avais emmené, a fait pas mal de belles photos au long de cette matinée.
Après ce bon moment, la fête s’est poursuivie chez le président de l’APE par un déjeuner composé de boule de manioc et de viande de chasse. Un fond de verre de nguli m’a suffi pour faire plaisir à mes hôtes. Puis après le café, j’ai repris la route avec quelques passagers heureux de ne pas avoir à parcourir à pied les 12 km qui séparent Kono de Zacko.
La proclamation des résultats de l’école de Zacko centre étant à la même heure que celle de Kono, je n’y ai donc pas participé, mais dès mon retour, me suis intéressé aux résultats des filles et garçons que je connais. Beaucoup furent joyeux de m’annoncer les bons résultats qu’ils ont obtenus. On a partagé quelques bonbons, et un peu de jus de fruits fait de poudre surement très chimique diluée dans un bidon de 5 litres conservé au frigo.
La fin du mois de juin a été consacrée de manière particulière aux enfants, à travers ce qu’on appelle « la Journée de l’Enfant Africain », JEA. Ludovic étant le président de l’organisation, il s’est entouré d’une dizaine de membres d’horizons divers : scoutisme, Aïta-Kwe, enseignants des écoles. J’avais la charge de conseiller technique. Initialement prévue comme chaque année le 16 juin sur tout le Continent, nous l’avons décalé à la fin du mois, afin de ne pas tomber en pleine période des examens de passage, prévus à cette date un peu partout dans la Préfecture. Ainsi, dès le lundi 21 juin, les examens scolaires étant achevés, inscription des enfants aux activités auxquelles ils souhaitent participer. Les membres du comité avaient revêtu leur casquette Champion blanche à poids rouges, ils étaient repérables de loin ! Puis mercredi, premier rendez-vous pour un entrainement de ceux qui étaient inscrits à des compétitions sportives. Vendredi 25, tournoi de foot pour les garçons, tournoi de hand-ball pour les filles ; ce fut du beau ballon ! Vraiment le hand-ball a ravi les centaines de spectateurs, notamment les mamans, heureuses de voir leurs filles évoluer ainsi sur le terrain en pratiquant un sport très peu connu ici. Au même moment dans les salles de classe de l’école, concours de dessin sur le thème de la JEA : « ensemble luttons contre la violence ». Garçons et filles se défendaient bien, devant leur feuille au départ blanche, et qui se remplissait petit à petit, là où leur imagination les emmenait. Le lendemain, matinée consacrée aux courses relais et courses à pied. Les premières avaient lieu entre le croisement du bas du marché et les écoles, ce qui a permis à de nombreux habitants de voir les enfants, et de s’intéresser à ce qui se passait « plus haut ». Après la sieste et le repos pour tous (sauf pour le comité d’organisation), saynètes et chansons sur le podium installé dans la cour de l’école. On a beaucoup ri ; il faut dire que lorsqu’il s’agit pour un enfant de jouer une saynète en rapport direct avec la vie quotidienne, il sort facilement du texte initial pour s’emparer des expressions des adultes glanées ça et là, captées plus ou moins légalement au quartier. Et on rit de ces saynètes qui n’en finissent pas d’aller de rebondissements en rebondissements. Mais au-delà des mots et des mimiques, il y avait ce jour-là un réel message envoyé aux parents. La saynète jouée par des filles de 12 – 15 ans évoquant la question du mariage forcée des jeunes filles, notamment des élèves à qui on ferme ainsi toute porte à des études en collège, amenait à réfléchir sur cette pratique habituelle ici. Les adultes rirent, applaudirent ; mais changeront-ils pour autant de comportement ? Auront-ils le courage d’aller à l’encontre du poids des traditions ? Nous ne pouvons que le souhaiter, pour toutes les jeunes filles de RCA.
Dimanche après-midi, remise des prix aux gagnants de tous les jeux et concours auxquels ils avaient participé. Bic, crayons de couleur, cahiers, tee-shirts, La fête fut belle autour du podium, animée par les musiciens de la paroisse catholique. La fête fut un peu gâchée sur la fin ; au moment où on devait distribuer à tous les balles de tennis, il y a eu une telle ruée que ce fut impossible pour les animateurs de se faire entendre. On a dû renoncer, ce qui ne fut pas compris des enfants pourtant responsables de l’énorme chahut qui a régné en cette fin de journée. Fin de JEA un peu terne pour le comité d’organisation, qui s’est pourtant bien démené depuis près d’un mois. Ils ont bien travaillé, et ce qui restera dans les mémoires des enfants et des jeunes de Zacko, c’est le bon esprit dans lequel les choses se sont déroulées.
En soirée de ce 27 juin, arrivée d’Eric et d’Anna, coordinatrice de « Bibliothèques sans frontières ». Elle vient dans la région afin de voir comment lancer à Bakouma la bibliothèque dont la construction doit débuter dans quelques mois dans la ville. Soirée cool sous les étoiles à boire une citronnelle au miel, puis au petit matin, je lui ai présenté le Centre Polyvalent, puis on a visité les chantiers de diamant et d’or, et rendu visite à Aïnine. Malheureusement pour nous, il n’avait pas de pierres à nous présenter, l’avion étant venu la veille pour apporter des sous et emporter à Bangui la production de ces dernières semaines. Ils sont repartis en milieu de matinée, et moi, et bien j’ai commencé à ressentir une énorme fatigue. Et ça m’a valu 4 jours presque intégralement passés dans mon lit. 3 perfusions et une batterie de cachets m’ont permis de refaire surface progressivement et de retrouver la forme pour le dimanche suivant.
La coupe du Monde de foot sur le sol africain, difficile de ne pas s’y intéresser ! J’ai vu plusieurs matchs dans les salles vidéo de la ville, trouvant place chez Walter ou à Vidéo Laisse-Couler. C’est souvent avec Ludovic et le petit séminariste Anicet qu’on s’y est rendu. L’ambiance dans ces salles est bien particulière : une chaleur parfois étouffante due aux plafonds bas et au nombre importants de clients ; la fumée des cigarettes, qui ne parvient donc pas à s’élever bien haut, et qui profite donc à tout le monde ; les odeurs de transpiration (la sienne, et celle des voisins !) Quand il y a le vidéoprojecteur, pas de problème pour les yeux ; mais là où il y a seulement un écran de télé, les pupilles finissent par souffrir ! Côté son, se sont les oreilles qui en prennent un coup, tant le volume est fort. Mais ce sont toujours de bons moments partagés avec les gens. A la mi-temps, on sort prendre l’air, on boit un thé ou on mange une banane tout en commentant le match ; puis on replonge dans la salle pour la suite et la fin du ballon. Au retour, à la torche ou éclairés par la lune, on « refait » là aussi le match !
Parmi les rencontres de ces dernières semaines, en voici une qui nous plonge dans un abime de réflexions: un matin, un enseignant du primaire est venu me voir, afin que je lui fasse une avance de 15.000 Francs. La raison en était la suivante : il devait verser cette somme à la famille de sa future femme. Connaissant les traditions ancestrales des Bandas, l’ethnie majoritaire ici, j’ai patiemment interrogé mon interlocuteur, enseignant et donc lettré, ayant étudié jusqu’en terminale au lycée de Bambari. Il finit par me dire que sa future femme n’est autre qu’une de ses élèves. Je lui demande alors son nom, il me répond. Je découvre alors que c’est une jeune fille à qui j’ai donné le baptême à Kono à Pâques ! « Mais -je lui dis- elle n’a que 13 ans ! » Il me répond : « Oui, Monsieur l’Abbé, mais c’est notre habitude ici. On a toujours fait comme ça. » Je lui demande alors son âge à lui, il me répond : « 51 ans ». Alors j’ai usé de ma patience et de ma diplomatie pour lui partager mon avis. Comment un enseignant, chargé de permettre à des jeunes garçons et des jeunes filles d’évoluer dans la connaissance des choses, afin que le pays lui aussi évolue, pouvait s’engager dans une pareille voie ? Il me répond qu’elle pourra continuer se études au collège, je lui ai partagé mon scepticisme quant au fait qu’il serait enseignant à Zacko pendant que sa fille serait élève à 200 km à Bangassou. Et puis la question des enfants à naitre. Aucune élève ne peut concilier le fait d’être enceinte de plusieurs mois ou jeune mère, et celui de mener à bien ses études. Puis on est revenu sur la question de la dote exigée par la famille pour leur fille de 13 ans, vendue (n’ayons pas peur des mots) à un homme quelque peu fortuné (lui est enseignant, et donc assuré d’un salaire). Il m’a alors présenté la « lettre de doléance en vue de donner notre fille » : une liste, tel un inventaire à la Prévert, où se succèdent pêle-mêle des vêtements (deux complets veste pour le père et le grand père – un pantalon jean de marque pour le grand frère – des pagnes pour la mère et les sœurs – des chaussures de toutes sortes …) des animaux (un coq et une poule – un bélier et une chèvre) de la vaisselle (marmites, assiettes …) A cela s’ajoute le droit pour la fille de quitter la maison – 50.000 Francs –, la dote elle-même - 40.000 Francs – ainsi que le remboursement des frais d’excision, qui ne « s’élèvent qu’à » 2.500 Francs. L’immense majorité des jeunes filles sont excisées ici. C’est une tradition qui n’a rien à voir avec l’Islam, les Musulmans sont peu nombreux dans la région. Non, cet acte qu’est l’excision des jeunes filles est pratiqué depuis la nuit des temps dans la région Afrique Centrale, et particulièrement chez l’ethnie Banda. Difficile cependant d’aborder ce sujet tant il est tabou ici. Et pour bien saisir la difficulté qu’il y a à aborder cet aspect de la tradition, et surtout ses dangers, la mutilation irréversible que cela entraine, il faut comprendre la langue sango, et la langue banda. Elles n’ont qu’un seul et même mot pour nommer circoncision, donc pratiquée auprès des garçons, et excision. Ainsi, pratiquer l’excision, c’est pour eux exactement le même geste que la circoncision. D’ailleurs sur la lettre de doléance rédigée en français et que m’a présenté le maitre, il y avait écrit : « droit de circoncision » et non pas droit d’excision. Or la circoncision (des garçons) est pratiquée légalement, au vu et su de tout le monde, au dispensaire local ou à la maison par un infirmier, et à suite de cela, le jeune garçon reçoit des cadeaux, et la tradition veut qu’on mange un poulet et du riz. L’excision est pratiquée de manière cachée, dans la forêt ou dans une maison reculée d’un village reculé ; elle est effectuée par des femmes parfois grand-mères qui réunissent plusieurs filles et fillettes, souvent de force mais pas toujours, poids des traditions oblige. (Oui, aussi étonnant que cela puisse paraitre, des filles demandent à être excisées, puisque c’est la tradition. Il faut faire comme l’ont fait les filles avant nous, il faut faire comme la copine). Si au cours de ce séjour hors de la famille, il y a des discours et des conseils sur l’art de devenir femme, bonne épouse, il y a aussi ce dramatique coup de couteau mutilateur. Ainsi pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, une jeune fille peut « disparaitre » de son équipe d’Aïta-Kwe, de sa classe, de son quartier, puis réapparaitre. Personne ne lui pose de questions, on sait les raisons de son absence. Parfois un collier d’écorces porté quelques jours autour du cou révèle ce qu’elle vient de vivre. Mais parfois, elle ne reviendra pas. Pas longtemps. La mutilation entraine des fièvres, des fatigues, et c’est la mort qui peut alors parvenir à ses fins, quelques jours, quelques semaines plus tard. Et puis nombreuses sont les filles qui devenues femmes, ne peuvent avoir d’enfants. Le coup de couteau avait été trop fort, trop profond. Aujourd’hui elles se consolent en s’occupant des enfants que d’autres leur confieront. Et lorsqu’on questionne, indirectement, les gens sur ces deux aspects dramatiques, ils répondent invariablement : « c’est Dieu qui sait » « c’est la volonté de Dieu ». Ou comment les croyances (je ne dis pas la Foi) empêchent toute remise en cause du comportement. Il y aurait tant à dire sur ce sujet poignant et dramatique. Le changement des mentalités, c’est tellement compliqué, tellement long !
Et l’enseignant ? Et bien il a regagné sa maison. Prendra-t-il cette enfant pour femme ? Payera-t-il le prix convenu pour la vente ? Affaire à suivre.
Le samedi 12 juin, un vent de panique a soudain saisi la ville de Zacko : les Tongo Tongo, les rebelles de la LRA, sont tout proches ! Cette rumeur était fondée sur le témoignage de 2 convoyeurs de vaches qui, emmenant un troupeau de Mboki (dans l’Est du pays) à Bangui, ont été attaqués par la LRA. Tout leur cheptel a été dérobé, et ils n’ont eu leur salut que grâce à la vitesse à laquelle ils ont pu prendre la fuite. Ne connaissant pas la région si ce n’est la piste des vaches (appelée Marche-Bangui), ils ont erré dans la forêt jusqu’au moment où, vers 21h le vendredi, aidés par les renseignements de chasseurs croisés en route, ils sont tous les deux arrivés à Zacko. De nuit, et ne sachant où aller, ils ont été observés de loin par les habitants encore dehors devant leur porte, se demandant bien ce que faisaient ces deux hommes de type Peul, pieds nus, et porteurs chacun d’un gourdin. Ils ont pu trouver refuge chez un éleveur et, ayant au petit matin raconté leur mésaventure, ont témoigné auprès de gens divers qui en ont conclu à une arrivée imminente des rebelles. Panique dans toute la ville ! En moins de 15 minutes, tout le quartier du marché central s’est vidé de ses habitants. Tout ce que la ville compte comme possesseur de fusil officiel ou de fabrication artisanale s’est mise aux ordres du Commandant de Brigade. La résistance s’est organisée, les gendarmes fédérant ces porteurs de fusil appelés autodéfense. Entre temps, nombre de familles ont fui, essentiellement vers l’Ouest, afin de rejoindre leurs maisonnettes construites au milieu des champs. Ludovic et moi avons choisi de patienter, tout en étant vigilant. Plusieurs raisons à cela : s’ils sont en possession d’un troupeau saisi la veille à 80 km à l’Est de la ville, il est peu probable que les Tongo Tongo arrivent rapidement. Si effectivement ils s’approchent, les coups de feu nous laisseront le temps de fuir en forêt. Et puis, il y a un troisième paramètre, c’est l’arrivée de Sœur Blanca, venant à la rencontre des maitresses et du bureau de l’APE du jardin d’enfants ; elle avait quitté Bakouma vers 9h30, et devait donc arriver d’un moment à l’autre. C’est en effet vers 13h, soit 1 heure après le début de l’alerte, que le 4X4 a gravi la colline, conduit par Fabrice. Rapidement informée de la situation, Blanca a répondu qu’elle restait avec nous. Elle avait souvent vécu ce genre de situation à Obo, et c’est ce qui avait amené la communauté à quitter la région de l’Est pour s’installer à Bakouma. Quid de la réunion du jardin d’enfants ? Et bien elle a eu lieu comme prévu, tous les participants étant restés en ville. Vers 15, et jusqu’à 17h, on a dressé un bilan de l’année et vu les perspectives pour la rentrée prochaine.
Cette peur est omniprésente chez nombre de Centrafricains. Et à juste titre. Au fur et à mesure que les semaines passent, les rebelles de la LRA deviennent toujours plus violents. Ainsi, de nombreux villages situés sur l’axe Bangassou – Rafai et Rafai – Zemio sont déserts. Les gens ont fui, soit avant une attaque, soit suite à une attaque qui entraine massacres, prise d’otages de gens porteurs des denrées alimentaires volées, incendies de cases. Les abbés Clotaire et Isaac venant de Zemio ont ainsi fait état de dizaines de villages déserts le long de la piste. Où sont donc passé les habitants ? Certains se terrent dans la forêt, là où ils cultivent leur champ ; beaucoup ont trouvé refuge dans les villes de Zemio, Rafai, et maintenant Bangassou. Que se passe-t-il au plan militaire ? On sait qu’une résolution votée par le Congrès Américain amène Barack Obama à s’engager pour que se terminent ces exactions ; des conseillers militaires américains sont sur le terrain ; les forces armées Ougandaises font des incursions toujours plus nombreuses en forêt. Pourvu que l’efficacité promise soit réelle, et rapide.
Deux petits signes qui ont comme redonné espoir aux habitants de Zacko : tout d’abord le sauvetage d’une jeune fille originaire du Soudan et enlevée par un groupe de rebelles de la LRA il y a environ 3 ans ! A la faveur de la nuit, elle a pu enfin fuir ses ravisseurs tortionnaires, puis s’est cachée au milieu d’un troupeau de vaches. Quelle ne fut pas la surprise de l’éleveur, un Peul habitant Zacko, de découvrir cette jeune fille ! L’un et l’autre parlant arabe, le lien fut vite fait, et après une journée de marche, il a amené la jeune file (âgée de 15 ans peut-être ?) jusqu’à Zacko, puis l’a signalé à la Brigade. Nombreux furent les habitants qui lui rendirent visite ; elle portait un chapelet autour du cou, le tenant fermement dans sa main ; est-elle catholique ? Sans doute, elle se prénomme Célia. Mais lors de ma visite auprès d’elle, ce fut difficile de dialoguer, parce qu’elle était fatiguée, parce que la langue était un obstacle, et que la concession était envahie de curieux. Le lendemain, elle fut emmenée sur Bangassou puis Bangui, afin de retrouver, au plus vite, sa famille, son village.
Deuxième cadeau du Ciel : le retour de Florentin ! Ce jeune garçon avait été enlevé à Zacko le 9 février lors de l’attaque par les Tongo Tongo. Il avait disparu, on était sans nouvelles de lui. Beaucoup pensaient qu’il ne reviendrait jamais. Sa grand-mère Madeleine, pilier de la paroisse, notamment du mouvement Légion de Marie, priait chaque jour pour lui, et elle n’était pas la seule. J’en étais aussi. Alors quand mardi 22 juin elle est arrivée après la messe à la maison, en disant à Ludovic et moi : « ils ont retrouvé Florentin ! » l’émotion sur son visage est devenue nôtre. Il avait été retrouvé dans le Nord de Yalinga, où il avait pu fuir le groupe rebelle à la faveur d’une attaque de l’armée régulière Ougandaise. Ce sont eux qui l’ont sauvé ; ils l’ont emmené à Bangui afin de le soigner et de l’interroger, puis il est revenu à Zacko début juillet. La joie de le recevoir fut grande parmi toute la population. La fête fut belle chez Madeleine et sa famille.
L’équipe Caritas de la paroisse, qui se réunit chaque vendredi à 15h, a fait ces derniers temps un bon travail de repérage des familles marquées par les difficultés de santé, d’argent. En fait, quand il s’agit pour nous, et il en est de même pour les membres de la Conférence Saint-Vincent de Paul, de dresser une liste par quartier des familles pauvres, on se heurte à la difficulté suivante : qui n’est PAS pauvre ici ? Qui n’a pas de problème pour acheter chaque jour la nourriture nécessaire à tous ceux qui vivent dans la maison ? Qui n’a pas de problème pour payer sans délai la facture des médicaments nécessaires à l’enfant malade ? Et bien en réalité, très peu de gens ne sont pas dans la gêne ici à Zacko. Et c’est là que notre travail est compliqué. Et c’est pour moi une source permanente de réflexion personnelle. A l’intérieur même de notre équipe, certains adultes vivent avec leurs familles dans des situations très précaires. Alors, lorsqu’on a voulu établir la liste de familles des quartiers de Zacko, nécessitant une aide, certains membres de Caritas ont osé dire qu’ils en étaient. Et c’est bien vrai. La pauvreté, un vrai défi. Quand dans une famille, il n’y a même pas 500 francs (75 centimes d’Euros) en réserve pour payer quelques comprimés de paracétamol, ni 1000 francs pour la consultation de l’enfant qui souffre de maux d’estomacs, c’est ça qu’on appelle la pauvreté. Silencieuse ; et de tous les jours. Notre tout petit projet, on a réussi à le mettre néanmoins en œuvre : il s’agissait d’offrir des pulls de laine et des couvertures de laine aussi, aux enfants les moins chanceux. Chaque membre de Caritas a amené les noms de ces enfants et de leurs parents, précisant l’âge des enfants. Ensuite chacun est reparti avec les pulls et couvertures à remettre de la part de notre mouvement. Plus de 30 couvertures, presqu’autant de pulls ont été amenés dans les familles. Ces pulls et ces couvertures avaient été réalisés par les mains habiles de grands-mères de la région de Saint-Lunaire – Saint-Malo. L’équipe de Caritas Zacko les remercie du fond du cœur, et les heureux destinataires aussi !
Le 11 juillet dernier, c’était la fête à la paroisse, une belle fête ! Au cours de la messe, près de 40 enfants de l’école primaire du Centre ont reçu le baptême, et à ceux-là s’est ajoutée une trentaine qui, ayant été baptisés bébés ou dans une Eglise non-catholique, recevaient avec les autres leur Première Communion. Oui, la fête fut belle, vraiment. Chants et danses se sont succédé à chaque rite ou étape de cette célébration. Les enfants venaient de vivre 3 semaines de retraite, se retrouvant chaque jour du lundi au vendredi, pour prier, apprendre les prières, comprendre le sens des rites de la messe, mais aussi s’organiser pour des actions de charité auprès de pauvres de la ville. Les 3 catéchistes qui se sont relayé auprès de ces quelques 70 enfants de CP – CM2 ont eu fort à faire pour les captiver depuis le matin, qui commençait à 6h avec l’Eucharistie, jusque dans l’après-midi. Mais ils ont de l’expérience, et puis les enfants désiraient tant ce ou ces sacrements. Un temps fort pour ceux qui, déjà baptisés, allaient vivre la Première Communion : leur première confession. Certes ils étaient préparés au sacrement, maitrisant dans l’ensemble les étapes du rite et la prière de pénitence. Mais pas facile pour quelques-uns de se retrouver devant le prêtre qu’ils connaissent depuis longtemps. Certains auraient souhaité vivre la confession en présence d’un prêtre qui ne les connaisse pas. Et c’est bien légitime. Mais c’était un peu compliqué de faire venir un confrère. Alors j’ai réexpliqué le rôle du prêtre présidant les sacrements, afin qu’ils découvrent que c’est une rencontre avec Dieu dont il s’agit. Et je crois que tous ont bien perçu cet essentiel. Ainsi, au jour J de la messe, ils étaient tous ravis d’arriver à cette étape de leur vie. Il fallait voir les enfants déjà baptisés arriver avant la messe à la queue leu-leu et prendre place dans l’église, portant leurs vêtements blancs fraichement cousus par les tailleurs de la ville. Et quand ceux à qui j’ai conféré le baptême sont sortis de l’église pour revêtir ces mêmes vêtements blancs et revenir en dansant, quelle liesse dans l’église et à l’extérieur ! Acclamations et Youyous couvraient les chants de la chorale, certains paroissiens avaient d’ailleurs coupé des branches d’acacias qu’ils agitaient au dessus de la tête des nouveaux chrétiens revenant à leur place. Le geste de la lumière transmis par les parrains et marraines aux nouveaux baptisés fut un moment de silence et d’émotion. Il en fut de même au moment de la Première Communion : les parrains et marraines, appelés au fur et à mesure par le catéchiste Désiré, me présentaient leur (ou leurs) filleul, et redisant leur prénom, je leur offrais le Corps du Christ. La fin de cette messe a pris une tournure un peu différente quand il s’est agit de dire au revoir à Ludovic. Son stage pastoral de grand séminariste prenait en effet fin ce dimanche-là. Il y eut beaucoup d’émotion, de larmes, et aussi de sourires, de mercis. Les paroissiens ont été généreux lors de cette deuxième quête située après la communion, et dont la totalité a été remise à Ludo. De beaux témoignages d’amitiés, des petits mots d’encouragement lui ont été transmis. Après la messe, grand repas pour tous les enfants ayant reçu les sacrements, ainsi que leurs parrains et marraines, les conseillers, les choristes, … Ce fut un bon moment.
Les heures qui ont suivies furent consacrées à fermer les valises, à donner des consignes au personnel du presbytère, afin que tout se passe bien pendant mon absence. J’ai vu tour à tour Rock le cuisinier, les deux sentinelles Gabriel et Richard ; puis j’ai précisé aux conseillers de l’église ce qu’ils pouvaient faire pour que tout se passe bien. Nombreux furent les gens venus me souhaiter bon voyage, et saluer Ludovic et lui souhaiter bonne route. Mardi matin, j’ai remis aux enfants tout ce que je comptais comme ballons de foot, afin qu’ils passent de bonnes vacances à Zacko, balle au pied sur les différents espaces de jeux que compte la ville.
Mardi donc, on a quitté Zacko vers 9h. On est arrivés sans encombre à Bakouma à midi pile. Gaétan nous attendait pour déjeuner, et l’abbé Martin, curé d’Obo, était là depuis le vendredi, arrivé avec les sœurs de Zemio, qui sont Franciscaines de l’Immaculée Conception, de l’Amérique Centrale, tout comme leurs consœurs de Bakouma. Après le repas, on s’est tous mis en route pour Bangassou. Il fallait voir la tête des habitants des villages traversés, lorsqu’ils voyaient arriver à petite vitesse trois 4X4 identiques ! Celui des sœurs de Bakouma et celui de celles de Zemio est en effet le même que le mien.
Alors que la retraite annuelle débutait pour les prêtres et religieuses du diocèse, j’ai pris la route de Bangui avec la délégation de Caritas. On a tranquillement quitté Bangassou vers 10h30 jeudi, et avons rejoint l’évêché d’Alindao vers 15h30. Là, repos jusqu’au lendemain. Vendredi à 7h45, reprise du volant, et après quelques petites haltes à Bambari et Sibut pour se restaurer à coup de viande grillée et d’omelettes à la tomate et aux oignons, on a franchi la barrière de PK 12 à 16h45. Le temps a été clément au long du trajet, et les petites pluies qui ont un peu gêné notre progression ont eu la bonne idée de ne pas tomber là où il y a les fameuses barrières de pluies. Ces barrières, le garde les ferme dès qu’il pleut, pour ne les rouvrir que 3 heures après la fin de la pluie. Le laissez-passer que les TP de Bangassou m’ont établi nous aurait permis de nous remettre en route une heure seulement après la pluie. Mais on en n’a donc pas eu besoin. A notre arrivée à Bangui, les choses se sont un peu compliquées, mais heureusement qu’il y a le téléphone portable ! Parmi les 5 passagers, 2 n’étaient jamais venus à la capitale. Comment savoir où les déposer ? Quel lieu de rendez-vous avec leurs familles ? Ceux-là nous ont demandé beaucoup de temps, et quand Marie-Thérèse puis Maurice furent en de bonnes mains, il ne restait plus que les trois autres, habitués de la capitale. Oui, mais il y eut un hic : la nuit était tombée entre temps. Et circuler dans Bangui avec un 4X4, traverser des quartiers non éclairés, c’est une activité que je redoute. Et le clou, ce fut quand Jean-Claude, assis à l’arrière dans le pick-up, m’annonce à un carrefour : « abbé, les feux arrières, ils ne marchent pas, sauf le feu de stop à l’arrière droit ». Vous imaginez ma tête. Parce qu’en plus, je savais déjà que les clignotants étaient en rideau. Alors, que fait-on dans ces cas là ? Et bien on sert les fesses à chaque carrefour, on évite tout ce qui s’appelle tournez à gauche. On colle la voiture de devant, qui on espère ne roulera pas vite afin que, rapidement, une autre vous colle derrière. Ainsi les policiers, les gendarmes, les militaires, très présents partout, ne verront peut-être pas le subterfuge. Et c’est ainsi que j’ai arpenté les quartiers de Bangui, entre avenues goudronnées et rues de terre et de cailloux. Et voilà, j’ai déposé tout le monde. Et maintenant, je dois regagner seul la maison du diocèse de Bangassou, située juste en contrebas de la place Valéry Giscard d’Estaing, où trône d’ailleurs une magnifique croix de Lorraine. Je quitte donc La Kouanga où j’avais déposé Jean-Claude, et m’apprête à traverser le Centre-ville. Impossible de faire autrement, il faut que je passe par PK 0, le carrefour central à 6 entrées et à priorité à gauche. Malheureusement pour moi, la petite pluie qui tombait s’est arrêtée. Les policiers ont dû reprendre position. Je crains le contrôle. J’aborde le carrefour à vitesse moyenne et, chance, aucun véhicule n’arrive à ma gauche. Je ne décélère donc pas et prends sans ralentir la direction du marché central, gardant les yeux fixés sur le volant, ne regardant surtout pas à ma droite le groupe de policiers et policières alignés sous une sorte de parapluie en béton. Je tourne sans trainer sur ma gauche, au milieu des taxis qui font le plein de passagers. Ouf ! Je suis passé. J’arrive à la maison, il est plus de 19h. Les sœurs Zita et Marie-Claire m’accueillent avec joie ; elles animent la maison, et sont membres de la congrégation congolaise de Brazzaville : Petites sœurs de Notre Dame de Lourdes. Je partage le repas avec elles et l’abbé Yvon, qui est en train de voir comment remettre en route les bâtiments de la Propédeutique, afin d’accueillir à la rentrée les nouveaux grands séminaristes débutant leurs études. Je me couche et m’endors rapidement.
Un repos bien mérité. En attendant de regagner la France, l’Auvergne.
Derniers Commentaires