JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

Contacts

Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

Rechercher

Recommander

             VENDREDI 25 SEPTEMBRE, 20h10

 

                Un nouveau chapitre s’ouvre ce soir. De retour à la maison, je prends le temps de la relecture, de la synthèse, de la réflexion, assis au bureau devant mon PC toujours un peu capricieux. Je souffle un peu ce soir, alors qu’il ne fait pas vraiment frais. Il faut attendre 21h ou même plus tard pour qu’un petit air frais envahisse lentement la maison en s’infiltrant à travers les lames de verres (les fameux nacos) grands ouverts. L’orage gronde ; la pluie tombera-t-elle cette nuit ? Mis à part la nuit dernière où à peine trois gouttes sont tombées, il n’a pas plu ici depuis samedi dernier. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus ? Et bien parce que dans le même temps, il a plu à Bangassou presque chaque jour dans cette même période, dont très abondamment à deux reprises, samedi puis lundi, chaque fois quasiment toute la journée. On est ici plus au Nord, plus haut aussi, et ici, pas de grands fleuves. Le climat est bien différent. D’ailleurs, cette année, il n’a pas autant plu que l’an dernier. Ainsi le manque d’eau en juin a été fatal aux cacahouètes, les fameuses arachides qu’on déguste sous diverses formes tout au long de l’année. Le cours de la cacahouète va flamber. Peut-être que les gens de Romagnat vont réagir (bon, ça c’est pour les Auvergnats qui savent !!!). En tout cas, c’est une vraie préoccupation pour les gens d’ici. C’est en effet un aliment qu’on peut garder un an ou davantage dans des grands sacs. On les sort de leur enveloppe au fur et à mesure des besoins en huile, en sauce, en pâte d’arachide, ou simplement grillées. La pluie, c’est cependant la plaie pour les pilotes comme moi qui sillonnent les pistes. L’an dernier à pareille époque, notre axe Bakouma - Zacko était un vrai champ de boue par endroit (lire ou relire le chapitre 13 !!!). Cette année, il n’en est rien. Je suis rentré hier sans souci, alors que j’étais intérieurement un peu stressé à l’idée de devoir affronter telle ou telle partie de ces 60 km. Singila na Nzapa, merci à Dieu !

                Le chapitre précédent s’achevait au moment où je commençais un séjour à Bangassou. La rencontre des prêtres du diocèse fut un bon moment de travail et de fraternité. Mais autant l’écrire tout de suite, le climat n’est pas franchement serein. Certains abbés campent sur des positions d’après moi difficiles à comprendre, difficiles à recevoir. Crispations qu’ils expriment clairement, mais sans qu’il n’y ait quoi que ce soit de recevable pour eux, et venant de la part de confrères ou de l’évêque lui-même. Ils sont peu nombreux - 4 tout au plus -, mais c’est lourd quand même. Ce le fut particulièrement lors de la matinée de vendredi lorsque l’évêque a lu les lettres de nomination. Certains ont reçu la lecture du document et le changement expliqué, comme une sanction. Monseigneur Aguirre a bien redit que le fond du problème est bien celui des comportements scandaleux de certains prêtres du pays ; il ne faut pas noyer le sujet en avançant d’autres questions et problèmes visant à faire oublier le vrai problème. Les lettres cosignées par nombre d’abbés n’ont fait qu’attiser le feu. Loin d’apaiser tout ça, certains abbés du diocèse ne regrettent rien. Dur pour l’évêque, et même pour les autres abbés et aussi pour les religieux missionnaires des différents continents. Bien entendu, les laïcs ne comprennent pas non plus cette radicalité de position. Espérons-en demain !!! Le bon sens, c'est-à-dire le sens de l’Église, saura émerger dans le cœur des prêtres et des laïcs, et on saura trouver des chemins de réconciliation en profondeur.

Nos échanges sur l’année sacerdotale ouverte par Benoit XVI, le synode pour l’Afrique qui s’ouvre à Rome en octobre, la rentrée dans nos paroisses, ce furent quelques-uns des sujets que nous avions au menu de cette session. Je fus d’ailleurs au centre du débat qui a concerné ce dernier chapitre, ayant été convié à présenter ce qui s’engage dans tout le territoire de la paroisse St Joseph de Zacko. J’ai partagé ce qui se vit avec les laïcs ici, témoignant de ma manière de faire avec le Conseil, à savoir que ses membres travaillent avec moi, et même en mon absence, afin que tout se mette en place pour le lancement de notre année pastorale, prévue le 11 octobre.

Concernant les nominations, c’est donc le grand séminariste Ludovic Takwali qu’on a confié pour cette année à la paroisse, afin qu’il découvre le ministère et se prépare à vivre les dernières années d’études avant l’ordination diaconale puis presbytérale. C’est avec lui que je suis arrivé à Zacko, hier jeudi.

 

 

 

 

                Lundi 28 septembre, 18h

 

                Dehors, assis dans les fauteuils sur la terrasse, Ludovic et quelques jeunes jouent aux cartes ; c’est ainsi que je les ai retrouvés, à mon retour de fungu, où j’avais été à vélo vers 16h30. Au retour, je suis passé chez Honorine, à qui j’ai demandé de préparer un popoto géant pour demain 29 septembre, jour de fête des archanges Raphaël, Gabriel et Michel.

                À Bangassou, j’ai consacré beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, et … beaucoup de patas (le sou local) à l’emménagement des garçons dans la maison : achat de bancs, de table, d’ustensiles divers en complément de ce que les parents avaient donnés. J’ai aussi rendu visite à trois reprises à Clémence et Joséphine, deux femmes de Zacko atteintes de la lèpre et qui sont à Bangondé depuis près d’un an. Je leur ai porté ce que leurs familles m’avaient confié pour elles, et j’ai rédigé les lettres qu’elles souhaitaient faire parvenir à Zacko. J’ai rendu visite aux malades atteints du SIDA et à ceux qui les accompagnent. À l’orphelinat, j’ai aussi passé pas mal de temps afin qu’Ousmane se situe bien dans le lieu avec ses nouveaux amis. Comme deux d’entre eux sont dans sa classe en CM2B à l’école Antoine-Marie, ça facilite les liens, la complicité. Pas évident pour ces gars qui quittent Zacko et leurs familles pour la première fois, de se trouver à l’aise dans ces lieux nouveaux, dans cette ville si différente de celle où ils ont toujours vécu. Un problème a surgi au séminaire, et qui a surpris tout le monde : le petit nouveau venant de Zacko, et donc fraichement admis après avoir passé le concours d’entrée, s’est enfui, tout simplement !!! Il a exprimé son refus de venir là, que ce soit aux abbés de la maison, aux copains, ou à moi. Mais c’est quand même pas moi qui l’ai forcé à passer le concours ni à venir ici. Ni moi ni personne, sauf peut-être son père. Mais si c’est le cas, pourquoi le petit Samuel ne m’en a-t-il pas parlé, alors que j’ai pris pas mal de temps avec lui avant la rentrée ? En tout cas, il s’est organisé pour trouver une moto qui l’emmène jusqu’à Bakouma, et il est ainsi retourné à Zacko. J’ai passé du temps à contacter Gervais afin qu’il prévienne Christian, le père du séminariste en cavale. Au cours de la prière de jeudi soir à la chapelle du séminaire, j’ai remercié chacun pour sa patience à l’égard de Samuel, et leur ai dit qu’aucun n’était responsable de ce comportement irresponsable.

Dimanche 20, journée à Gbando. L’abbé Clotaire, curé de la cathédrale et du secteur, m’avait confié sa valise chapelle, celle que la famille Chidaine avait offerte, et qui venait de Tonton Jean. Que de clin d’yeux en ce dimanche ! Clin Dieu, sans aucun doute : célébrer à Gbando, dans cette chapelle que j’avais construite avec les paroissiens il y a 18 ans, grâce aux fonds versés par la famille ; célébrer avec le calice et la patène de mon oncle prêtre décédé il y a 4 ans ; célébrer en compagnie des jeunes de Zacko, que la communauté a très bien accueilli. Après la messe, on a reparlé de la fresque qui pourrait être réalisée sur le mur du chœur de l’église. Les paroissiens se chargent de faire établir un devis auprès de Maitre Anzica, le peintre local qui a réalisé tant d’œuvres dans les chapelles du secteur. On s’est rendu ensemble chez le catéchiste Alphonse, en flânant sur le pont du Mbari, le plus long pont du pays. Bien entendu, on a fait des photos ! Le repas fut somptueux, les jeunes furent ravis ! Au retour sur Bangassou, j’ai déposé les gars dans leur coloc, puis avec les trois gars de l’orphelinat qui m’accompagnaient depuis le matin, on a été faire un tour au bord du fleuve. Aucun des trois n’avait vu le Mbomou à Bangassou ; majestueux, large, profond, le fleuve est à cet endroit de toute beauté. Ousmane, Pothin et Belfort se sont émerveillés de voir aussi qu’on est aussi près de la RDC, située sur l’autre rive. Je les ai ramenés chez eux à Mama Tongolo, ce qui veut dire Mama Etoile, puisque Stella est le prénom de madame Aguirre-Munoz, mère de Monseigneur Aguirre. À 18h, j’ai repris la voiture afin d’aller partager le repas d’inauguration de la maison des jeunes. Surprise, et aussi gêne, ils ont écrit, à la craie, sur le fronton : « maison Saint Michel ». Bon, merci ; le plus beau cadeau qu’ils me fassent, c’est qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes dans les études et dans la bonne ambiance entre eux.

Lundi tentative de nettoyage et d’installation / réinstallation de mes ordis, grâce au génie du père Pedro, Combonien originaire d’Amérique Centrale. Il a la patience, et la tchatche aussi ! Et des programmes en espagnol … Bon, en tout cas, le nouveau PC lit maintenant les DVD gravés, et le PC qui m’accompagne depuis 2 ans est bien moins capricieux. C’est la débrouille, de toute façon.

Mardi matin, mise en route pour le départ. Premier arrêt : la menuiserie ; c’est en effet une fois qu’on a chargé les contre plaqués qu’on peut alors poser le fut de gas-oil ; deuxième étape donc, la station service Total. 73 litres dans le réservoir, + 200 dans le fut, + 80 litres de pétrole pour le frigo + 10 litres d’essence = 258 000 FCFA ! (395 €). Ensuite, retour à l’accueil pour le chargement des packs de bières abandonnés depuis début août faute de place, des cartons de nouilles, des pots d’olives vertes, des bouteilles d’huile d’olive et 35 kilos de sucre, tout ça en provenance d’Espagne ; il y a le matelas 140x200, les bagages de Ludovic, les 7 colis La Poste envoyés par les parents contenant des cahiers, des statuettes de Marie, des Bics, des DVD, de la purée en sachet, des dicos pour la bibliothèque, d’inévitables sacs de manioc dégageant leur inimitable odeur … Et il faut ramener la moto, conduite jusqu’ici par Vermond. Bref, tout ça et le reste trouve place dans la voiture. 10h, Ludovic et moi, on quitte la paroisse cathédrale, direction le marché afin d’acheter des roues pour le pousse, et 3 bricoles de dernière minute. Enfin nous prenons la route de Bakouma via le pont sur le Mbari. J’ai renoncé à franchir le fleuve par le bac compte tenu du chargement, et aussi de l’état de la piste après les pluies diluviennes reçues à Bangassou. En route, nous prenons Salomon, un enseignant de Zacko qui rentrait à pied à la maison. 200 km, c’est pas rien, même si on est habitué à marcher. Il était bien heureux qu’on le serre entre nous deux sur la banquette. On a fait un arrêt casse croute à PK 60 de Bangassou, où nous avons retrouvé 13 membres de Saint-Vincent de Paul, en route, en piste pour la session diocésaine organisée à Rafaï. Là aussi, il faut du courage et de la volonté pour s’engager ensemble à vivre cette rencontre qui a lieu à 350 km de chez soi, quand on a pour tout moyen de déplacement un vélo ou … ses pieds. Ils étaient joyeux d’aller retrouver les membres de leur mouvement et de recevoir une bonne formation. On aura des échos à leur retour à Zacko. Quelques kilomètres plus loin, qui croisons-nous ? Et bien Samuel, tout simplement ! Avec son père, en route pour … le petit séminaire. Vu la tête du père et du fils, ça avait dû chauffer ! Et ils ont quitté Zacko dimanche aux aurores, mais les pluies sur Bakouma lundi ont ralenti leur progression. Christian, le père, était à la fois énervé et découragé. Arrêtés sur la piste, moteur coupé ou pédales calées selon le moyen de déplacement, on a discuté un bon moment. Au père, j’ai dit que tout devrait se décider au niveau du séminaire. Je lui ai rappelé d’autre part qu’il fallait qu’il soit très à l’écoute de son fils, et j’ai dit à Samuel qu’il fallait qu’il dise en vérité ce qu’il y a au fond de lui-même. Ils ont pris la direction du Sud, nous avons pris celle du Nord, et sommes arrivés sans soucis à la paroisse St-André de Bakouma. Les abbés Abel et Martin nous attendaient, ainsi que le stagiaire Fulbert. Repos garanti, télé et téléphone. Le lendemain mercredi, matinée TP : j’ai emmené Ludovic et Fulbert à Calebasse, PK 18 de Bakouma en direction de Zacko. Là, avec les habitants, on a transporté les pierres, grâce au pick-up de Martin. Ici, ce qui est terrible, c’est que là où il y a des pierres, y en a trop. Et là où y en a pas, et bien il faut en mettre ! Alors on active le principe des vases communicants, en quelque sorte. Les pierres rassemblées à la sortie du village à l’emplacement de la nouvelle portion de piste, il faut les transporter de l’autre côté du village, là où la côte n’est que sable. Une 12è d’hommes s’est activée pour qu’on fasse rapidement les 5 rotations nécessaires. On a ensuite bu un café préparé par Hélène, et on est rentré à Bakouma pile pour le déjeuner, à 12h30. Je ne me suis pas fait prier pour la sieste ! En fin de journée, j’ai pris la direction d’AREVA, afin de partager le diner avec les résidants du camp. Agréable surprise : les 3 Sud-Af, (c’est ainsi qu’on surnomme les Sud-Africains) avaient concocté une de leurs recettes locales, à savoir un ragout de mouton. Excellent ! Assis au clair du premier quartier de lune, j’ai passé une super soirée avec les français responsables du camp, les géologues de passage ou résidants, les 3 Sud-Af. En dessert, crêpe à la mangue et crème de mangue. Trop bon ! Nos échanges furent variés, cool. Pour la petite histoire, les géologues en mission pour 1 ou 2 semaines, on les appelle chez AREVA des … missionnaires ! J’ai regagné la paroisse assez tardivement, mais les 2 stagiaires regardaient encore la télé..

Jeudi matin, top départ à 8h30. Il faut dire que la voiture était déjà chargée. Et qu’on n’avait pratiquement touché à rien ! Ludovic découvre alors la piste avec ses pentes raides, ses blocs rocheux qui entravent la circulation, ses arbres et ses hautes herbes qui ferment le paysage. On a fait une pause à Pakambala, PK 12, afin d’embarquer Alain-Maurice, le papa de Guy-Brice, et ex-responsable de la paroisse de Zacko, qui est bien malade. Il sera certainement mieux auprès de sa femme que chez sa sœur qui voulait le soigner exclusivement avec des médicaments traditionnels. Je ne sais pas ce dont il s’est agit, mais une chose est sûre : son état est pire qu’il y a 7 mois quand il y est arrivé. À Damba, court arrêt et salutations, puis arrêt plus long à Kono, notamment pour tenter de régler le différent qui m’oppose au loueur de la maison dont il n’est pas le propriétaire. Christ ne s’est pas dérobé, ce ne fut pas le calvaire. Il s’est expliqué clairement, et est venu le lendemain me rendre une partie de l’argent que je lui avais versé (un peu moins de 30 deniers). Notre arrivée à Zacko fut calme, vu que c’était l’heure de la sieste. Aimé et Rock ont aidé à décharger la voiture, puis on a mangé un truc rapide (des spaghettis à la sauce tomate). Ludovic a commencé à se familiariser avec les lieux. C’est chez lui maintenant, et pour toute cette année scolaire. Quand la chaleur fut un peu retombée, je suis allé en ville saluer les familles des jeunes installés à Bangassou. Quelle joie pour eux d’avoir des nouvelles ! Et que de remerciements. Je suis rentré à la nuit tombée.

Vendredi matin, après la messe, rencontre des responsables de chorale de la paroisse. J’aurais dû assister à l’ensemble de la réunion, mais nombre de gens sont venus, nombres de choses étaient à régler, et ceci dès la fin du petit dèj. C’est comme ça chaque fois que je reviens après quelques jours d’absence.

 

                VENDREDI 2 OCTOBRE, 13h20

 

                Que le temps passe vite ! Je me remets à l’ouvrage après le déjeuner, au lieu de sacrifier au traditionnel rituel de la sieste. Il faut dire que j’ai émergé de mon lit à … 8h30 (local time !!!) Rassurez-vous, je suis en pleine forme, même si je soupçonne des squatteurs dans mon appareil digestif. La grasse-mat’, c’est à cause, ou plutôt c’est grasse (pardon, grâce) à la météo défavorable à toute activité. Il a commencé à pleuvoir à 2h20 environ. À 5h30, c’était encore si fort que je ne risquais pas de me rendre à l’église. Ni moi ni aucun autre catholique. Donc, je n’ai pas bougé, me suis rendormi, et bien réveillé vers 7h15, et afin de contrecarrer le bruit de la pluie sur les tôles, je me suis mis le casque sur les oreilles, et JJG dedans. Et en route pour 1h30 du DVD n°2 d’ « Un tour ensemble ». Vers 8h30, le concert « live » étant terminé, mais pas encore celui de la pluie, je me suis rendu à la salle à manger et là, j’ai compris que cette matinée serait placée sous le signe du bricolage : il pleut dans la maison, dans le salon et les deux chambres d’accueil. Aidé du tout nouveau grand escabeau offert par « Fundacion-Bangassou », je me suis baladé avec Ludovic sur les plafonds, sous le toit. Bien entendu, Armando et Chanel ne sont pas restés au niveau du sol, trop contents de visiter les combles, qui ne recèlent pourtant aucun trésor si ce n’est des morceaux de câbles électriques et de lambris. On a repéré les fuites, causées par des pointes de tôles mal fixées ou non étanches. Il faudra un jour se balader SUR le toit ; en attendant, on a découpé les plastiques d’emballage des échelles (rien ne se perd, …) et fait ainsi des tapis anti fuite posés sur les lambris des plafonds. Ça nous a pris toute la matinée, puisqu’on a profité, à la faveur de cette pluie incessante, pour vérifier le plafond du centre polyvalent. Là, pas de surprise désagréable, tout est OK.

                Fin de semaine dernière placée sous le signe des retrouvailles avec la communauté le dimanche. La messe fut belle, la foule nombreuse dehors et dedans, ce qui a fortement impressionné Ludovic, chaleureusement accueilli par les Zackolais. Les Aïta-Kwe, (= clubs A.C.E.) dont Ludovic prend la responsabilité aux côtés des animateurs, sont heureux de pouvoir entrer dans une année qui promet d’être belle et riche. La réunion à laquelle on a tous les deux participé après la messe ouvre de bonnes perspectives. En soirée, film pour tous, avec la première partie de « Mission Cléopâtre ». Le DVD ayant calé au bout de 49 minutes, on s’est replié sur TAXI 4, qu’on a vu là en intégralité.

                Lundi, Ludovic et moi, inévitablement accompagnés de toute une bande de jeunes et d’enfants, avons bricolé dans la propriété. Au programme, nettoyage des allées pour certains, fauchage de l’herbe pour d’autres, et pour nous, fabrication du toit des toilettes du centre polyvalent. David le maçon ayant terminé un des deux bâtiments, il restait à le couvrir. On a pris les chevrons, les tôles qu’on a ajustées aux dimensions de la construction. Ces tôles qui sont les restes de la maison ou du bloc opératoire nous sont très utiles. Vers 11h, l’équipe que je dirigeais a dressé le toit sur les 4 murs, il ne restait plus qu’à l’accrocher aux murs au moyen des fers servant à l’emballage des vêtements d’occasion arrivant d’Europe sur le marché local. Pendant ce temps, les petits de maternelle prennent possession de leur nouveau cadre de vie, et ils sont heureux, croyez moi ! Et les maitresses Sylvie et Léa aussi ! Après la sieste, j’ai pris mon vélo pour un petit tous de tranquillité et une visite bienfaisante à Fungu.

Mardi, c’était le 29 septembre, jour des archanges Raphaël, Gabriel et Michel. Après la messe, j’ai offert à tous les participants (plus de 50 personnes !) un bol de bouillie et un beignet, histoire de marquer le coup ; j’avais demandé la veille à Honorine de me préparer cela, ce qu’elle a fait bien volontiers. Suite de la matinée consacrée à diverses rencontres faites à la maison, pendant que nombre de paroissiens s’activaient dans la concession pour le grand nettoyage préalable à la fête de la paroisse prévue le 11 octobre. Des plus petits aux plus grands, chaque mouvement et fraternité doit nettoyer et entretenir « ses » mètres carré. La bouillie leur a donné l’énergie pour s’activer pendant un long moment ce matin-là ! Ludovic et moi avons posé dans sa chambre le premier rideau dont le tissu fut acheté à Bangui, cousu à Charbonnières-les-Vieilles, et renvoyé par La Poste. La tringle est tout simplement un manche de pelle fabriqué par Augustin, le papa d’Hugor. Les anneaux et les crochets viennent de France. Du sur-mesure ! Après-midi foot, toujours habillés des maillots rouges et des maillots bleus de l’école Massillon. En soirée, film, c’est la fin de la trilogie Jason Bourne qui a ravi les spectateurs.

Mercredi, alors que la pluie rebondit sur le toit de l’église au cours de la messe de 6h, Ludovic et moi, qui avons déjà pris le petit dèj, sommes prêts à partir à Kono pour participer à la réunion du Conseil Général. Bien accueillis à notre arrivée par le bureau du conseil qui nous a offert le café ou le thé, on est ensuite entrés dans l’église pour une réunion qui devait durer … 6 (six) heures !!! On en est en effet sortis à 14h. En fait, il y avait tellement de difficultés qu’il a fallu tout ce temps pour remettre de l’ordre : remédier aux incompréhensions, aux jalousies ; j’ai exigé des comptes clairs concernant le Denier du Culte (et là, c’est plutôt en eaux troubles) ; j’ai demandé au catéchiste de s’expliquer sur les raisons de sa grève pendant plusieurs dimanches ; au cours de ces assemblées, il quittait l’église sitôt après le prêche ! J’ai aussi interrogé les conseillers sur les raisons du désintérêt pour leur tâche. Tout s’est dit, sans doute, et quelle ne fut pas ma surprise d’entendre que je n’aimais pas la communauté de Kono !!! Et ceci parce que je n’y étais pas venu célébrer depuis octobre dernier. C’est chaque fois l’abbé Vermond qui était venu présider ces derniers mois. Je suis resté zen, vu que ce type de propos est dénué de fondement, et je leur expliqué que je me rendais dans le même temps dans les chapelles plus éloignées, moins accessibles. Je les ai rassurés en leur disant que j’avais prévu depuis longtemps de venir ce dimanche 4 octobre. Des vraies paroles de pardon se sont échangées en fin de rencontre entre des gens qui s’étaient éloignés les uns des autres à la suite d’incompréhensions diverses. Puis le repas réunissant Ludovic, Sébastien, présidant la communauté, et moi, sonna la fin de notre visite. À 15h30, de retour à Zacko, je fonçai à l’école primaire pour la réunion d’ASKANGBA. Peu de membres présents, mais une volonté de voir avancer le projet de pisciculture. Fin de journée au calme. Ouf ! Repos, prière, repas, dodo.

Jeudi matin, 1er octobre, papa se réveille, le chiffre des dizaines ayant changé ! Bon anniversaire !!!

À 8h15, réunion à l’école primaire. Il s’agissait de voir comment faire la rentrée scolaire malgré l’absence des deux directeurs. Il fallait affronter la difficile question des finances, et de la trésorerie. On a échangé pendant plus de 3 heures sur tout un tas de sujets relatifs à l’école. Pourquoi étais-je là ? Pourquoi présidais-je à cette réunion ? Et bien pour donner l’impulsion qui manquait sans doute aux enseignants pour commencer leur travail. Et pour dire aux membres des APE présents qu’ils avaient eux aussi du travail à faire pour que la rentrée puisse avoir lieu au plus vite. Prêtre, curé de la paroisse, et aussi au cœur des soucis de l’école publique, des problèmes d’hygiène (y a pas de toilettes à l’école …) des problèmes de terrain de sport (y en a pas). Comment donner envie aux gens d’agir, avec leurs moyens, nos moyens, et sans attendre, sans toujours tout remettre à plus tard, à … jamais ? Des petits pas qui se font pour l’avenir des enfants, des familles, pour l’avenir de Zacko. Cette réunion en appelle d’autres, et j’espère nous amènera à travailler concrètement à réaliser certains projets. Dans l’après-midi, je suis allé nager dans les bassins destinés à laver le diamant. Petit moment de solitude choisie, de calme et de tranquillité avant une fin de journée où les visiteurs en tous genres se sont succédés, dont Bertrand et un autre collègue, envoyés par Aubin pour finir les petits travaux du bloc Opératoire. J’ai acheté au scieur les 3 chevrons de 5 mètres qu’il amenait sur son vélo, en vue des prochains travaux de cadre de portes ou de charpente des toilettes. Et puis j’ai reçu Marc qui a accompagné Christian rentré de Bangassou, sans son fils Samuel. Et c’est tant mieux, ça veut dire qu’il est resté au petit séminaire. On en parlé longuement ; le père a expliqué comment il a vécu ces jours auprès de son fils ; il a parlé de l’accueil excellent des abbés du séminaire, de l’évêque. Je lui ai dit combien j’étais heureux que tout prenne une telle direction. Je lui ai confessé que je n’y croyais pas beaucoup, le jour où j’ai quitté Bangassou. Tant mieux, le petit Samuel a trouvé sa place au milieu de ses copains. Et Christian et sa femme Anastasie peuvent dormir tranquille.

 

MERCREDI 7 OCTOBRE, 7h.

 

Je suis bien matinal ! Réveillé par les grondements du tonnerre, j’ai quitté mon lit à 5h15 et, après un brin de toilette, me suis assis dans un fauteuil sur la terrasse, en attendant Ludovic. Nous prions d’habitude à la grotte, mais les premières gouttes de pluie nous en dissuadent ce matin. Qu’importe, l’essentiel est d’être en communion avec les communautés du diocèse et d’ailleurs qui se réunissent à la même heure que nous. À 6h, la messe débute et quelques minutes plus tard, on ne s’entend plus ! La pluie rebondit si fortement sur les tôles que je m’abstiens d’homélie et invite l’assistance – plus de 30 personnes quand même – à se tenir autour de l’autel. Nombreux sont celles et ceux qui sont surpris, mais tous montent dans le chœur et vivent la messe avec davantage d’intérêt, sans doute. On se sépare après le chant d’envoi et chacun choisit sa technique : certains restent réfugiés dans l’église ; d’autres, prévoyants, enfilent leur vêtement de pluie ou ouvrent leur parapluie. Pour moi, le chemin n’est pas long. Je fonce, protégé par les branches des arbres qui poussent dans la propriété. Je retrouve Ludovic qui a déjà préparé la table, et nous dégustons l’excellente confiture de citron, ainsi qu’une délicieuse gelée de groseilles de Marsat (63 – Puy-de-Dôme). Viennent d’arriver dans mon bureau Chanel qui avait bravé les éléments déchainés pour servir la messe, et Mahamat, qui est arrivé pour servir, mais après « la bataille » ! Ils vont sans doute jouer au « Puissance 4 » ou aux dames, à moins qu’ils acceptent de faire un peu de lecture grâce aux livres d’enfants qui sont sur l’étagère.           

Samedi matin dernier, rencontres diverses, concernant la rentrée scolaire ici, mais aussi celle des élèves de Zacko installés en coloc à Bangassou. Les parents ont tous répondu présent à la réunion à laquelle je les ai convoqués. Même Rufin, le papa de Calvin, rentré dans la soirée du périple des Saint-Vincent-de-Paul à Rafaï, était là, malgré la fatigue. J’ai d’abord installé l’ordi sous l’arbre sur la tablette, et ai présenté les photos faites lors de notre arrivée à Bangassou. Puis je leur ai fait un état des finances concernant chaque enfant. Ce qu’ils ont versé avant notre départ, ce que j’ai avancé et qu’ils doivent me rembourser, petit à petit. Ce fut vraiment un bon moment d’amitié, d’échange. Je crois que tous ces parents sont heureux de ce qui se vit, et Rufin, qui est passé à l’aller et au retour de Rafaï à la maison des jeunes, a confirmé la bonne ambiance qui règne entre eux.

À 12h30, Ludovic et moi nous mettons à table, pensant que nos hôtes ne viendraient plus. À 13h15, alors que je buvais un café, arrive Barthélémy au volant de la voiture de Monseigneur. À son bord, 4 passagères que nous n’attendions plus : 3 médecins espagnoles et sœur Blanca, venue entre autre pour la traduction simultanée de nos conversations (eh oui, je n’ai pas habité Barcelone). Arrivée tardive parce qu’ils arrivaient directement de Bangassou. On réchauffe le déjeuner, tout en parlant de tout un tas de choses, notamment l’éloignement et l’état de la piste, mais aussi de leur travail d’ophtalmo à Bangondé. Puis on part visiter le bloc opératoire. On y a passé 2 heures, à réfléchir au réaménagement possible de l’intérieur, vu qu’il manque la salle de préparation et de repos du personnel médical. J’ai redessiné le plan afin qu’elles communiquent à l’évêque les changements nécessaires à effectuer. Avant leur départ pour Bakouma, on a visité une maison à vendre juste en face de l’église, et qui pourrait nous servir pour l’accueil de médecins. J’avoue que j’étais un peu claqué à la fin de la journée, à faire, défaire et refaire les plans d’aménagement du bloc. Il y a du boulot en perspective, si on veut ouvrir en avril 2010 (c’est le souhait de l’évêque).

Dimanche matin, 7h15, top départ pour Kono : Ludovic s’installe devant, 4 servants montent derrière, et c’est parti ! 30 secondes plus tard, top arrêt : la voiture refuse obstinément d’avancer, puis cale. Plus rien à faire, elle ne redémarre pas. Bon, il faut agir, et il n’est plus temps de faire de la mécanique. Nous regagnons la maison après avoir demandé avec humour au pasteur de l’église voisine de veiller sur la voiture, en panne devant chez lui. Pendant que Ludovic s’organise avec le catéchiste pour la présidence de l’assemblée ici, je me prépare à me rendre à Kono en VTT. Je transfère le contenu de la valise-chapelle dans un sac à dos, et m’apprête à « décoller ». Et zut, la chambre à air arrière est bien à plat ; alors que je pompe, la valve « explose ». Allez, courage, il me faut démonter, changer la chambre, et le pneu tant qu’à faire. Tout cela prend un peu de temps, et je quitte la maison à 8h15. J’ai la certitude d’arriver très en retard à Kono, mais je fonce néanmoins et parcours les 12 km en 40 minutes, après avoir franchi à pied le pont brinquebalent fait de rônier, de Machawa, et traversé les eaux tumultueuses de Gonda : le niveau est tellement haut que l’eau atteint le haut des cuisses, et le courant si violent qu’il me déporte alors que mon vélo est calé sur mon dos. Mais c’est ainsi en cette fin de saison des pluies. Pour nous tous ici, pas d’autre solution pour aller et venir. J’arrive à Kono avant 9h, alors que l’église archi bondée attend son pasteur. Les responsables et catéchistes viennent à ma rencontre et je les informe de nos soucis mécaniques, puis je demande un seau d’eau afin de me rendre présentable. Je sors du sac à dos mon costume du dimanche, et avale un excellent lait chaud hyper sucré comme ils savent le faire ici. La messe est belle, l’assemblée participante, jusque pendant la lecture de l’évangile concernant la polémique engagée par des pharisiens au sujet du mariage et du divorce. Aux propos de Jésus que je lisais, les gens approuvaient clairement, et montait une sorte de brouhaha, rare à ce moment de la messe. J’ai démarré mon homélie en développant ce fait, et ai poursuivi en essayant de garder l’attention des paroissiens par des sollicitations régulières de réaction. Après la célébration, salutations, vente de croix 5 couleurs (toujours autant de succès), rencontre avec les 2 enseignants, qui se plaignent de ne pas avoir été payés intégralement par l’APE à la fin de l’année scolaire dernière. Quand j’interroge le comptable de l’APE, il me dit que les comptes 2008 – 2009 sont clos. Puis il explique que les chefs du village ont demandé à l’APE d’être clémente à l’égard des familles qui n’ont pas payé l’intégralité de la scolarité de leurs enfants. C’est bien gentillet, cette attitude, mais concrètement ce sont les instits qui payent, et qui ne sont donc pas payés. J’ai dit que cette décision était injuste à l’égard de ces deux personnes qui ont consacré une année avec les enfants du village.. Affaire à suivre. Puis le conseil a convoqué un couple où les relations sont rendues difficiles par l’excès d’alcool chez le mari. On a passé 1h30 ensemble à dénouer ce qui était embrouillé. Au final, il me semble que le couple est reparti apaisé, et le mari bien décidé à veiller sur sa femme et leurs enfants.

Je suis rentré à Zacko vers 16h30, et me suis reposé avant d’installer le matériel permettant de voir un film ; encore et toujours « Kévin 2 », comme les enfants l’appelle ici en parlant de « Maman, j’ai encore raté l’avion ». Il y avait du monde pour rire devant la somme des gags qui se déroulent dans cette histoire rocambolesque.

Lundi matin, tout comme hier mardi, j’ai consacré une partie de la matinée à faire de la menuiserie. Travailler le bois m’a toujours plu. Et vu le nombre de tables-bancs abimés, cassés, entassés au fond des salles de classe, il y a du boulot. J’ai amené les outils et les clous, et ai été rejoint lundi par Lambert, Marc et Christian. On s’est attelé à la réparation du mobilier scolaire, certes en partie démoli mais réalisé en bois rouge très solide, et amené ici il y a 10 ans ou peut-être même davantage. Ça vaut le coup d’investir de l’énergie et quelques clous pour remettre tout cela en état. Et puis, travailler avec les parents, et en présence des enfants, n’est pas pour me déplaire. Peut-être cela développera chez certains une prise de conscience de l’entretien courant des petites choses, ce qui permet qu’elles durent. Dans l’après midi, j’ai ouvert le capot de la voiture que les jeunes amateurs du ballon rond avaient poussé la veille jusqu’à l’église. J’ai branché le chargeur en direct sur la batterie et ai tenté de démarrer. Il y a eu des ratés côté moteur ; filtre encrassé, sans doute. Finalement, ce fut un succès, couronné par un énorme nuage de fumée noire et nauséabonde qui a envahi l’église et la gorge des choristes en train de préparer la fête de dimanche. Non, ils n’ont pas apprécié, même s’ils ne l’ont pas manifesté avec virulence.. Et la voiture a démarré, et a obéi à son chauffeur. Je l’ai replacé sous « son » arbre, puis ai participé à la réunion organisée par Ludovic et Marie-Charlotte au sujet des orphelins. On a fait le tour des situations et commencé à voir les problèmes de rentrée scolaire de ces grands et petits. On a pointé les questions concernant les projets communautaires visant à donner aux familles un apport financier : élevage, culture, ce qui a démarré, ce qui est en léthargie. L’animatrice est OK, et Ludovic content de prendre cette responsabilité. 16h30, je regarde le ciel, il est clément ; on a le temps de faire un tour de sable avant la nuit. J’embarque 5 jeunes et autant de pelles petites et grandes, et c’est parti pour le confluent, où il reste du sable collecté par les paroissiens en juin. On en a chargé un bon mètre cube, qu’on a déposé vers le bloc opératoire, ce qui a permis hier à Bertrand et Romaric de finir le crépis du château d’eau et quelques réparation au niveau du bloc. En soirée, Ludovic et moi avons regardé « Michou D’Auber ».

Mardi après midi, baignade à Gonda, puis les jeunes ont accroché les nouveaux panneaux servant de clôture à notre jardin, au dos de la maison. Fin de journée assailli par les visites, notamment de conseillers émus (?) par la disparition de près de 30.000 FCFA de la caisse de la paroisse. Y en a bien un (ou plus ?) qui doit être moins ému que les autres…. Je ne sais pas comment donner suite à cette affaire ; on verra le moment venu.

 

MARDI 13 OCTOBRE, 17h50

 

L’évènement qui a concentré beau coup d’énergie ces jours derniers, c’est sans aucun doute la fête de rentrée paroissiale. L’essentiel s’est bien sûr déroulé le dimanche, mais comme dans tout grand évènement, il y a eu un avant, et un après. L’avant, ou plus justement « les avants » furent de plusieurs ordres. Les courriers envoyés à chaque chapelle par le Conseil de Zacko ont amené chaque lieu à se mobiliser correctement : envoi d’argent (bon, entre 0 Franc (pour les moins organisées) et 5000 FCFA pour les communautés qui ont tenu parole. Il y a eu l’envoi de paniers de viande boucanée, facile à conserver plusieurs jours ; l’achat de manioc en quantité, ainsi que ses feuilles, cuisinées comme des épinards.il fallut s’organiser pour avoir de l’eau en quantité sur place pour la cuisine, la vaisselle. Que d’agitation à partir de vendredi, côté espace restauration, c'est-à-dire sous l’acacia situé derrière la cuisine de Roch. Et tout au long de cette semaine, les chorales A et B ont fait résonner leurs chants dans l’église, et tout le quartier en a bien profité ! J’ai participé à cet élan de joie, tout en achevant mon travail de menuiserie à l’école primaire. Chaque jour, j’ai remis sur pied 5 à 7 pupitres en piteux état. Il me reste à fabriquer quelques pièces manquantes, pour cause de casse, ou parce qu’elles ont servi de repas aux termites.

Dans l’après midi de vendredi, rencontre avec les familles concernées par le projet orphelins. Nombreux furent les adultes présents : des veufs, des veuves, des grand-mères, des oncles ou tantes de ces petits et grands que soutient l’ONG SOLIDALE qui nous accompagne depuis l’Italie. Grâce au travail de Marie-Charlotte et Véronique, respectivement Animatrice du projet à Zacko, et Volontaire, on a évoqué les projets communs engagés par les familles visant à leur rapporter de l’argent : élevage de cabris ou de cochons, culture de manioc, … . Puis on a parlé rentrée scolaire : ORPHELINS ZACKO SOLIDALE prend en charge les frais de scolarité des enfants, ainsi d’ailleurs que ceux concernant leur santé ; les fournitures sont à charge des familles. La nuit tomba et chacun est rentré à la maison.

                SAMEDI matin, arrivée des premiers paroissiens des chapelles et du centre : les membres des bureaux des Conseils de communauté. Je les ai convoqués pour une réunion qui a duré toute la journée. Au programme : le rôle de chacun ; le fonctionnement de la paroisse ; les liens avec le curé, le diocèse ; les relations avec les catéchistes ; les finances. On a bien travaillé, et je sais que chacun a été satisfait de nos échanges. Le centre polyvalent commence à servir ainsi à autre chose que l’enseignement de maternelle, c’est bon ! La pause de midi nous a permis de déguster le repas préparé par Roch. On était quand même 25 à partager la boule de manioc et la viande fumée qui nage dans les feuilles cuites avec la pâte d’arachide. Dès le début de l’après-midi, la concession a commencé à être envahie par les paroissiens venus des chapelles les plus éloignées. Et en chantant, en dansant, ils se saluèrent, puis ces quelque 200 jeunes et adultes ont eu le plaisir de recevoir un bon repas. La pluie vers 18h nous a empêché de voir le film prévu, à savoir Ballon d’Or ; seuls quelques jeunes plus chanceux se sont installés dans mon bureau pour le visionner. Pendant ce temps, dans les deux salles du centre polyvalent et dans l’église, les gens ont déroulé leurs nattes et allumé les lampes à pétrole, indispensables pour veiller sur les dormeurs, et … chasser les mauvais esprits.

                Dimanche matin, 5h : quel ramdam devant la maison : ceux qui ont dormi dans le centre polyvalent amènent sous l’arbre les 60 bancs du lieu. Idem pour ceux qui ont dormi dans l’église. On se lève tôt, pour avoir le temps de boire un café ou une citronnelle, et s’enfiler quelques beignets, avant de se rendre à l’autre bout de la ville afin d’organiser le défilé, qui devient traditionnel chez nous.. Les choristes, les servants, chacun prépare son lieu, s’organise. Même effervescence sous l’acacia : cuisinières et protocoles s’activent. C’est indispensable, un ou des protocoles, pour « veiller sur » le bon déroulement des choses, et « surveiller » que rien ne disparaisse. Je participe activement à la mise en place des bancs et autres tablettes, sous l’arbre majestueux situé devant la maison. L’ambiance est bonne, le soleil au rendez-vous ! 8h30, le défilé s’approche ; bien organisé à son départ, chaque équipe, chaque chapelle s’est rassemblée sous sa pancarte. Au fur et à mesure de l’avancée, on entonne des chants ; chaque équipe chante le sien. Ça pourrait passer pour une immense cacophonie, il n’en est rien. L’espace entre deux groupes est suffisant pour que chacun chante ce qui lui plait. L’arrivée sur les lieux a quelque chose de magique : les gens qui les attendaient les acclament, les chorales réunies entonnent les premiers chants de rassemblement. La fête promet d’être belle. La procession se met en route : les danseuses ouvrent la marche, agitant des sortes de plumeaux faits de fil de pochon, comme disent les gens du Dauphiné. Derrière elles, les servants d’autel, puis les lecteurs habillés de leurs tuniques vertes (et non pas bleues !). Enfin Ludovic et à mes côtés, François qui porte la calebasse d’eau bénite dont j’asperge les paroissiens à mon passage. Installés sur les bancs, ou sur les tabourets amenés par les paroissiens de Zacko, tout le monde est à la fête ; et pour cause : après le mot du vice président, j’invite les chorales, l’une après l’autre, à présenter le chant qu’elle a créé pour l’occasion. C’est le délire, chaque fois qu’une chapelle, qu’un mouvement entend son nom cité dans les paroles du chant ! Les gens nommés se lèvent, applaudissent, et s’élèvent aussi vers le ciel les youyous dont les femmes ont le secret. Lorsque la dernière chorale a exécuté son chant, nous entrons alors dans la célébration proprement dite. Il est déjà 9h30. Et jusqu’à midi, nous sommes là, plus de 1000 personnes de tous âges, réunis sous l’arbre majestueux devant la maison.

Bon, je fais une pause dans la rédaction. Il est 10h40, et mon ordi HP vient de me lâcher. A 8h45. D’un seul coup, la musique qui en sortait s’est mise à bégayer, les images et les textes ont disparu. Plus rien. J‘ai tenté de l’arrêter, rien ; je me suis résolu à ôter la batterie, puis je l’ai remise, il n’a pas voulu démarrer en mode normal, mais seulement en mode sans échec ; et alors le plus terrible est arrivé : je n’ai jamais pu sauver mon travail de rédaction entamé à 8h … Le drame. Et me voilà donc à rédiger à nouveau ; je ne suis pas démoralisé, mais un peu agacé. Je pense aux lecteurs, familles et amis, aux bienfaiteurs, et ça me donne du baume au cœur !

Donc je reprends le fil de l’histoire sur le PC ACER.

L’offertoire est un temps particulièrement festif, et avant que les gens ne se lèvent pour apporter leur offrande en dansant au rythme des instruments et des chants, les danseuses ouvrent la procession, suivies par les servants dont Armando, qui porte la nappe d’autel réalisée pour l’occasion, et sur laquelle est écrit : « é mu lege so Yingo ti Nzapa a fa na é », « nous prenons le chemin que nous indique l’Esprit de Dieu ». À la fin de la messe, chaque communauté repart avec sa nappe, afin d’être en communion avec les autres lieux, au long de cette année pastorale qui s’ouvre en ce jour. Et puis c’est l’occasion de remettre une nappe propre et neuve à chaque lieu, et ça c’est pas du luxe !

Après la messe, repas préparé par une équipe composée de gens des différents lieux. Les conseillers de Zacko s’en sont vus pour qu’on ait de la viande pour tout le monde ; c’est à 5h du matin qu’ils ont pu négocier de belles pièces de vache fraichement abattue pour 62.000 FCFA ; et le boucher est venu découper sur place ces kilos de viande que cuisinaient dans la foulée les femmes préposées à ce travail ; c’est en effet aux hommes qu’est réservé la confection de la boule de manioc, tant est conséquent l’effort demandé, vu la taille des marmites. Une petite chose qui m’a agacé, et qui s’est terminé avec humour (de Dieu !) : on est venu me dire qu’il ne restait plus de viande, alors que les pauvres n’avaient pas encore été servis. Et là, je découvre, dans un plat un peu caché, les meilleurs morceaux de la vache, bien cuits, et surtout bien gardés pour … les cuisinières et les conseillers. J’ordonne donc que soit préparée pour ceux qui n’ont pas été servis, une quantité suffisante de viande. Et me suis chargé moi-même de les servir. Mais je n’ai pas voulu participer au repas, déçu par cette attitude qui n’honore pas des gens responsables. J’ai avalé une banane et un morceau de pain, puis suis allé sur le terrain de foot, pour le tournoi Danseuses / Aïta-Kwe / Servants ; de 15h à 17h30, j’ai arbitré tous les matchs. Ludovic nous a rejoint, en tenue de sport, et a joué avec les Aïta-Kwe, ce qui a rendu un tout petit peu jaloux les autres joueurs ; et le résultat fut étonnant : égalité parfaite ; une victoire et une défaite chacun, et trois buts marqués. A la nuit tombée, on a regardé le film : « les petits génies ». Certains jeunes et enfants, fatigués par cette longue journée, ce sont endormis sur les bancs !

Lundi, journée de formation des catéchistes, qui s’est poursuivie jusqu’au lendemain midi. Mais avant de partager avec eux le café / citronnelle / beignets, Ludovic et moi sommes allés avec Marie-Charlotte et Véronique à la rencontre des enfants du projet ORPHELINS ZACKO SOLIDALE. Il s’agissait de les inscrire à l’école. Les deux femmes ont donc fait le tour des trois lieux afin de présenter chacun à leurs enseignants, et de voir les questions de redevance scolaire. C’est Ludovic qui a animé la matinée de formation, développant le thème de l’Evangile selon Saint-Luc, qui sera le fil rouge de l’année liturgique qui s’ouvre pour toute l’Eglise catholique fin novembre. Après le déjeuner partagé ensemble, suite de la rencontre avec la liste impressionnante des « divers » : question autour des documents utilisés, et des manquants. Sujet délicat des relations catéchiste – Conseil de communauté. Les sacrements. L’enseignement de la catéchèse auprès des enfants scolarisés, et de ceux qui ne le sont pas. Tous ces sujets, et d’autres, nous ont occupés jusqu’au mardi en matinée. Et c’est en fait avant que nous ayons terminé notre travail que sont arrivés les membres de la communauté de Bakouma. On avait reçu en soirée la veille la lettre écrite par Gaëtan prévenant de la venue de Max, Fulbert, Abel et lui. On les attendait donc, et Roch avait organisé le repas en conséquence. A 8h30, ils ont gravi la colline ; c’est tôt, mais il faut dire qu’ils avaient quitté Bakouma vers 4h30 ! Motivés, les gars ! Ludovic les a accueillis, leur a servi un bon petit dèj pendant que je poursuivais avec les catéchistes. Puis je les ai rejoints et on a devisé, assis à l’ombre de l’arbre, sirotant un verre de jus de citron fabriqué par les sœurs franciscaines de Bakouma. Après le déjeuner, je les ai amené à la maison que je projette d’acheter afin d’y accueillir les visiteurs et les médecins qui viendront travailler ici. Gaëtan est emballé par l’affaire ; l’évêque devrait accepter de débloquer 3.400.000 FCFA. Le gros œuvre est en place, il reste l’aménagement intérieur. C’est du boulot, mais pas trop compliqué. Et puis c’est en face de l’église, il ne devrait pas y avoir de problème d’eau ni d’électricité. En soirée, j’ai visionné un nouvel épisode de « 24h chrono ». Depuis la semaine dernière, j’en visionne un ou deux certains soirs ; ça me détends ; le casque sur les oreilles pour une qualité de son optimum, et parfois éviter le bruit sourd de la pluie sur les tôles, je m’installe dans le fauteuil, les pieds sur le tabouret. Qu’il est bon d’être au calme !

Reprise (non pas de Windows, mais du carnet), à 17h15.

Mercredi, hier donc, matinée repos et balade dans Zacko ; je suis allé au marché acheter 1kg de vache fraichement abattue, puis dans un commerce plus sérieux afin d’y trouver du lait en poudre, du Nescafé, des maquereaux, de la mayonnaise. Et oui, on trouve tout, à Zacko ! Et puis, j’ai du plaisir à prendre le temps avec les gens croisés au long de la balade. On se salue, on échange quelques mots, on parle de foot, du bloc opératoire – « ça ne peut pas manquer », comme on dit ici ! – Bien sûr, il y a ceux qui disent « mu na mbi », « donne-moi » des sous, bien entendu ; c’est toujours un peu gênant, je dois dire. Bon, je crois que ne m’y ferai jamais ; quand j’ai de l’humour, pas de souci pour l’interlocuteur ni pour moi. Mais s’il me chauffe, ça chauffe !!! C’est rare, mais ça peut arriver.

Après le déjeuner, sieste (la première de cette semaine !) puis à 15h, réunion d’ASKANGBA. Le Vice Président étant rentré, le bureau était quasi au complet. On a commencé à voir ce qu’on pouvait faire pour la fête du 1er décembre, fête nationale de RCA. En soirée, Ludovic et moi sommes allés chez Mustapha afin de voir le match France - Autriche. Allez les Bleus !!! Doménech prendrait-il la suite de Jacquet ? L’avenir nous le dira. En tout cas, sa sélection fut OK face aux géants autrichiens. 3 – 1, c’est un bon score, en bonne voie pour le Mondial ! Le salon était bondé, et l’ambiance sympa, avachis dans les canapés. Les hommes, souvent musulmans « évolués », parlaient français entre eux, et avec moi. Mustapha arborait un polo de l’OM, un original, en fan supporteur de l’équipe de la cité de la canebière. Une ambiance différente de la salle bondée d’Ousmane !

Ce matin, je me suis donc débattu avec le PC HP, puis me suis détendu en allant cuire les steaks achetés la veille. Je suis ensuite allé à Gonda, ce qui m’a fait devenir maitre nageur, Fred et Séverin voulant apprendre la brasse. On a passé un bon moment ensemble, avant de rentrer à la maison pour une réunion de travail avec ASKANGBA, au sujet du projet de pisciculture.

La nuit est tombée. Quelque part, loin, l’orage gronde. Les grillons géants emplissent le silence du soir. Les oiseaux attendent le lever du jour. JJG tourne dans le lecteur CD. Fin de journée cool.

 

                mardi 20 octobre, 7h50

 

                C’est depuis Bakouma que je termine la rédaction de ce chapitre 22.. J’y suis arrivé hier lundi à 12h30 avec Ludovic et tout un tas de passagers, certains ayant embarqué à Zacko, d’autres ayant eu la chance de nous trouver sur la piste, alors qu’ils parcouraient à pied les 60 km qui séparent Zacko de Bakouma. Qu’il est bon de venir là, afin de pouvoir téléphoner, envoyer des mails, prendre des nouvelles de France et d’ailleurs. Et puis ça change aussi de la perpétuelle agitation de Zacko !

                Vendredi matin, j’ai consacré du temps à suivre la rentrée scolaire des enfants, puisqu’avec Marie-Charlotte et Ludovic, on est allé régler les frais de scolarité des orphelins. On a versé au total près de 100.000 FCFA, entre l’école Filles et celle des Garçons ; le directeur temporaire côté garçons, Richard, nous a d’ailleurs dit : « heureusement que vous êtes là pour aider à remplir la caisse de l’APE ! » C’est en effet de cette caisse que dépend son salaire, alors la remarque est forcement intéressée … Je suis ensuite allé au centre de santé pour rendre visite à la maitresse de maternelle Sylvie. La veille déjà, vers 20h, Ludovic et moi y étions déjà allés, afin de la réconforter. Elle a écopé de plusieurs points de suture sur la tête, posés sans anesthésie (!), suite à une bagarre chez elle : elle vend le nguli, l’alcool fort fabriqué à base de manioc ; elle consomme d’ailleurs elle-même le produit … et voilà qu’un homme avantageusement servi, sans doute, doublé du fait qu’il est semble-t-il un amoureux éconduit ayant fait partie de l’histoire personnelle de la maitresse (mais cela ne nous …. !!!!) a tout simplement écrasé deux verres (vides…) sur la tête de la maitresse, qui fut aussi sa maitresse. Vides, les verres, c’est mieux, même si l’alcool fort sur les plaies, ça soigne … Donc, émoi dans le quartier, et soins soutenus afin de sauver le cuir chevelu de cette maitresse à plusieurs facettes.  Elle retrouve petit à petit le moral, mais il reste beaucoup à faire pour la sortir de l’alcool. Je suis allé ensuite chez Christian afin de reparler de son fils ayant fui le séminaire. Je l’ai trouvé apaisé, et inquiet aussi par rapport à l’avenir du petit Samuel. On a échangé un bon moment, au milieu des tissus multicolores, devant sa machine à coudre en parfait état et qui est le gagne pain (le gagne manioc) de la famille. En revenant à l’école, je croise un groupe de filles qui en tiennent une vigoureusement. Je les interroge, elles me répondent qu’elle était partie se jeter dans la rivière Zacko. Elle avait quitté brusquement la salle de classe de CE2, et ses copines ont eu fort à faire pour la ramener. Je m’approche de la fille, environ 13 ans. Elle ne parle pas, son corps est crispé. A ce moment là, elle se tient debout, entouré des autres filles. Je lui parle, elle entend. Tous regagnent la classe quand elle s’enfuit à nouveau ; un enseignant appelle alors des garçons de CM2 (âge moyen 14 - 15 ans) afin qu’ils la retiennent au sol. Je viens auprès d’elle et me rend compte qu’elle dégage une force extraordinaire. Les 4 gars pourtant costauds ont du mal à la maitriser. Elle se met à parler et crie : « laissez moi, elles m’appellent ! » De qui parle-t-elle ? Et bien de ce qu’on appelle ici en français les sirènes. (cf. Ulysse) Les génies du mal qui sont dans l’eau, et qui attirent ainsi des jeunes et des adultes, afin qu’ils se suicident. Mystérieuse Afrique où les esprits de l’eau commandent en maitre. La mère de la fille est sujette aux mêmes troubles, aux mêmes appels, et pour elle aussi, il faut des hommes costauds qui sachent la retenir. La discussion qui a suivi avec deux enseignants fut intéressante : comment concilier réflexion intellectuelle et scientifique, avec de tels évènements qui sont relativement fréquents ? Comment concilier foi en Christ, foi en Dieu, et puissances obscures qui détruisent l’Homme ? Peu de réponses à nos questions, mais une recherche à poursuivre. C’est en revenant de l’école que j’ai entendu arriver la voiture d’Eric. Le chef de la sécurité AREVA BAKOUMA est rentré de congés. Et il m’amène (ô joie !) les pièces neuves pour mon VTT ! Ça, ça met du baume au cœur ! Et il y a du bricolage en perspective ; reste à trouver le temps. On passe à table, et au cours du repas, il me donne des nouvelles de sa famille, de son séjour. On parle du pays, des projets qu’engage AREVA pour la zone, notamment les tables-bancs des écoles. Il quitte Zacko vers 14h, ramenant à Bakouma le chef de secteurs primaire venu avec lui, et qui a animé une rencontre rapide avec les maitres parents qui sont seuls aux commandes de l’école, puisqu’aucun des deux directeurs n’est arrivé. Peu après leur départ, réunion du Conseil de la paroisse ; bilan (positif) de la fête de rentrée, et épineux problème de comptabilité, non encore résolu.

                Samedi matin, la pluie a retardé le démarrage de la rencontre de l’APE de l’école maternelle, qui s’est bien passée. On a évoqué les enfants, les frais de scolarité, les questions matérielles, le rapport de rentrée à rédiger et à remettre à sœur Blanca pour le 5 novembre. Et puis on a réfléchi à l’inauguration du centre polyvalent. C’est dans l’air, il faut voir si les autorités municipales sont présentes en ce moment. On fera probablement ça un matin, afin de servir ensuite le café ou la citronnelle aux participants. A mon retour à la maison, alors qu’une fine pluie continue de tomber, je réalise qu’il me faut tester l’état de la voiture. Histoire de ne pas me retrouver dans la même situation que 2 semaines auparavant, lorsque nous avions voulu partir à Kono pour la messe. Grand bien m’en a pris, puisqu’elle a démarré au quart de tour, et s’est arrêté aussitôt après. Problème d’arrivée de gas-oil, c’est sûr. J’ai commencé à mettre le nez dans le moteur, puis ai décidé d’attendre la venue de Mahamat, un mécano qui nous a déjà rendu service. C’est après le déjeuner que je me suis penché sur le problème du VTT. Les pièces qu’Eric a amenées correspondent à mon vélo, j’ai donc commencé à le remettre en état. Mais j’ai été interrompu par l’arrivée de Mahamat qui venait au secours de la voiture. On y a passé tous les deux près de 2h, pour un résulta convaincant ; nous avons pu nous rendre à Bamara sans soucis le lendemain dimanche pour la messe, le repas, les visites, la réunion de l’APE locale, afin de motiver les gens à terminer la construction du bâtiment en paille servant d’école. Les danseuses de Zacko qui nous ont accompagné ont émerveillé les paroissiens de la communauté, par leurs danses et leur rythme. De retour en fin de journée, préparation des bagages, rangements, puis fin de soirée chez Daniel pour le retrait de deuil de son frère décédé il y a trois mois. C’est la grande fête sous le ciel étoilé : les choristes ont amené le matériel, les gens se pressent autour des tablettes où sera servi le manioc sous toutes ses formes : boule, feuilles, et … alcool !!!

La fête et belle et je m’endors même un petit moment, assis dans un fauteuil, bercé par les chants et les danses.

  

Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés