JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

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Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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MERCREDI 18 FEVRIER, Zacko

 

             Depuis quelques jours, suite à des pluies quasi diluviennes qui se sont abattues sur la région dimanche et lundi, il fait chaud en fin de journée, et les insectes nous envahissent, attirés par la lumière diffusée par les ampoules extérieures et intérieures ; aussi ces charmantes fourmis volantes énormes (par rapport à celles de l’Europe) et les jolies termites (que quand on les écrase à la main ou avec tout autre instrument, à que ça laisse du gras partout !) jaillissent de toute part, s’en donnent à cœur joie et trouvent souvent un moyen de s’infiltrer à travers les moustiquaires des portes et fenêtres. Bon, il me faut me calfeutrer pour rédiger ces lignes, sous peine d’avoir l’écran petit à petit envahi de ces créatures à la fois discrètes et vraiment gênantes. Depuis mon retour de Bangui, il n’y a pas eu vraiment de repos, mais tout se passe bien dans l’ensemble : la session-rencontre des choristes des paroisses de Bakouma et Zacko a démarré comme prévu lundi. Dès dimanche, les premiers invités de Bakouma sont arrivés, ceux qui sont membres de la coordination, et les techniciens. Certains sont venus à vélo, d’autres ont profité de mon passage à Bakouma pour embarquer avec le matériel de sono destiné à compléter celui de Zacko. Arrivé à Bakouma  samedi après-midi, j’en suis reparti dimanche à 5h15. A mon bord, une des épouses du directeur de l’école et ses enfants, que j’avais embarqué à Bangassou, ainsi que Désiré, le catéchiste qui avait eu un accident en sciant un arbre, et que j’avais emmené à Bangassou en même temps que les parents afin qu’il consulte un médecin. Le programme « passager + bagages » était cool, et j’ai chargé à Niakari 4 sacs de 4 cuvettes de manioc chacun. 16 cuvettes, c’est un sacré poids dans la voiture : 350 kg environ. A cela s’ajoutait un sac de farine de 50 kg pour la famille de Rock, et les bagages des uns et des autres. Pas de problèmes cependant pour prendre la sono de Bakouma, et le technicien. Mais là où ça s’est corsé, et où j’ai manifesté calmement mon profond regret, c’est quand Gaëtan m’a expliqué qu’il fallait absolument que j’embarque le malade Alphonse Lengangou. Je l’avais amené en novembre pour qu’il soit bien soigné des plaies qui rongent sa jambe droite. Et voilà qu’en arrivant ce samedi, Gaëtan me dit que l’accompagnement de cet homme pèse trop sur la communauté. Les gens n’arrivent pas à s’organiser pour lui porter à manger. Vous auriez vu ma tête ! J’ai mal reçu ce propos ; quand je pense à tous les discours et les bonnes paroles qui sortent de leurs bouches, et quand je vois l’incapacité à accompagner un de leurs frères malade, je m’interroge … et les interrogerai : pour ma prochaine homélie à Bakouma, le thème est tout trouvé. Bref, à 5h15, je suis arrivé à l’hôpital et ai emmené Alphonse. Arrivé à Zacko à 8h, j’ai déposé madame du directeur Wasty chez eux, puis Alphonse chez lui, me demandant intérieurement pendant tout le trajet ce qui allait se passer pour lui ; et là, chance et joie, la maison est ouverte, bien tenue : sa fille est revenu, avec son mari. Elle est prête à s’occuper de son papa. Et côté soin, un membre du centre de santé fera les soins à domicile. Ouf ! Souhaitons que ça dure ainsi !

De retour à la maison, j’ai pris une douche et bu un café avec le stagiaire Hervé qui, basé à Bakouma, vient ici comme animateur principal de la session. Il y a aussi Barthélémy, chauffeur de Monseigneur, venu en voiture sans son patron mais avec un médecin espagnol désireux de voir les travaux du bloc opératoire. Carlos fait partie de la délégation de 5 espagnols venus consacrer trois semaines aux patients souffrant de hernie, fibrome et goitre. Ils passent chaque jour de longues heures dans le bloc opératoire de Bangondé afin d’opérer le plus grand nombre de malades. Carlos parle français (ce qui n’est pas le cas des autres) et a une longue expérience de ce genre de missions. Ça le passionne, et d’autres choses du continent le passionnent tout autant, comme la nature – il est resté en admiration devant notre arbre, qui est selon lui membre de la famille des ficus – comme les traditions ethniques, etc. A 8h45, la messe a débuté et Carlos n’en a presque rien perdu, enregistrant tout dans son caméscope numérique. Sitôt la messe terminée, Aimé a guidé Carlos et Barthélémy sur les chantiers d’or et de diamant. Puis à 12h déjeuner et retour pour les deux à Bangassou. Hervé s’est installé dans ses appartements et moi, j’ai fait une bonne sieste !

Lundi, journée pour atterrir : rangement des bagages, notamment de tout un tas de trucs laissés par les jeunes de Godefroy et leurs accompagnateurs, et par mes parents. J’ai fait encore un peu de rangement et de ménage hier mardi. Vraiment j’étais très en retard, et je ne suis pas fâché de me poser à la maison. Ce mois a été passionnant, riche en rencontres de gens accueillis, et donc pas de tout repos….

            La session des choristes a débuté dans la joie, et la bonne centaine de participants est heureuse de se rassembler pour chanter, partager les repas, participer aux carrefours, suivre les enseignements d’Hervé et moi ; demain c’est au tour de Gaëtan de développer un aspect du thème principal de cette année : le Carême.

Avec Hervé, les échanges sont vraiment intéressants ; Vermont va rentrer de la session des prêtres centrafricains dans quelques jours, et nous prenons le temps des repas pour partager sur des sujets de fond : l’inculturation de la foi dans le pays, la formation des prêtres, la place des laïcs …

 

            LUNDI 23 FEVRIER, 14h30

 

            La jante de voiture qui sert de cloche à Bakouma résonne : André le catéchiste appelle certains catéchumènes pour leur rencontre hebdomadaire. C’est une réalité réconfortante et exigeante tout à la fois : le nombre de catéchumènes, c'est-à-dire de candidats de tous âges désireux de recevoir le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, ce nombre est important dans chaque paroisse ; dans la plupart des centres, tel Bakouma ou Zacko, c’est plusieurs dizaines de gens que réunissent les catéchistes. Dans les chapelles, c’est plus inégal. C’est selon le dynamisme de la communauté et sa taille, le témoignage des membres de ladite communauté dans le village, et bien entendu la disponibilité des gens aux appels de l’Esprit-Saint. en tout cas, il faut bien accompagner les catéchistes qui accompagnent tous ces « curieux de Dieu » vers les Sacrements, afin que naisse dans leur cœur cette capacité à dire un jour « Je crois », et à renoncer à ce qui empêche d’accueillir tout Homme comme son prochain, lui comme moi étant habité de Dieu. Les Sacrements reçus ne sont pas la recette magique pour que le chrétien soit devenu un chrétien modèle, et le reste ! Il faut rappeler à chaque instant ce qui est né en eux, à leur demande. Tel le cultivateur, il faut travailler sans cesse son cœur afin que ce qui en jaillit révèle Jésus-Christ.

C’est dans cette perspective que sont organisées ces sessions-rencontres des choristes. Il s’agit bien de formation, d’enseignement sur un thème choisi, et qui veut nourrir la foi des choristes. Ainsi Hervé a été l’animateur principal de cette semaine au cours de laquelle 155 choristes ont pu écouter ses enseignements. Partant du chapitre 6 de l’Evangile selon St Matthieu, il a déployé durant certaines matinées et après-midis ce que chacun peut vivre en Carême. J’ai moi-même animé la matinée de jeudi, développant le thème de la prière, appuyant ma réflexion sur les 5 doigts de la main permettant d’oser une prière personnelle signe d’une relation vraie avec Dieu, avec le Christ ; ainsi les 5 doigts de la main sont comme des repères dans cette relation qui s’établit : le premier et le cinquième pour le signe de la croix du début et de la fin, les trois autres doigts étant les points d’appui de : singila, pardon, unda, c'est-à-dire merci, pardon, s’il te plait. Entre les doigts de la main ouverte devant nous, l’air qui passe se veut rappeler les temps de respiration nécessaire dans toute prière, les espaces de silence permettant à Dieu de parler à nos cœurs. Les choristes ont vraiment apprécié cet aspect concret de la main ouverte facilitant la mémorisation de mon propos. Un autre aspect de cette session, et qui m’a vraiment passionné, c’est le volet création : chaque chorale est invitée à présenter aux autres un chant ou deux (ou même davantage) de sa création. Durant les heures quotidiennes dévolues au chant, chaque chorale à tour de rôle présente ce qui vient de son cru, et tous les choristes l’apprennent. Et ça, ça crée une sorte d’émulation que je n’avais pas saisi auparavant, et qui motive les choristes à participer à ces sessions-rencontres. On imagine aisément la joie des choristes des petites chapelles partageant leur création aux autres ! Et il faut voir celles et ceux qui savent écrire, cahier posé sur les genoux et Bic ou crayon en main, le nez devant les tableaux noirs couverts de ces textes de chants nouveaux, en train de les recopier afin de s’emparer de ces nouveautés qui vont devenir leur propriété. De retour chez eux, les paroissiens de leur chapelle ou église vont les découvrir, les apprendre, les chanter. La création de chants religieux est très dynamique dans le diocèse. Le projet de Jean-Alain et Hervé, les stagiaires séminaristes passionnés de chants et de musiques, de monter une chorale « d’exception » qui exécute des concerts-veillées de prière, prend sa source dans cet engouement de beaucoup de créer les textes et musiques pour prier et célébrer. Tous ici s’accordent à dire que ce qui a été présenté durant cette semaine à Zacko est de bonne qualité, tant au niveau du contenu que de l’accompagnement. J’ai personnellement « flashé » pour plusieurs chants, dont 2 créés par Hervé, et un de Yanguchi. La session, c’est aussi des moments de détente, et j’ai proposé à 4 reprises des soirées cinéma. Grâce au vidéoprojecteur de l’abbé Gaëtan, j’ai présenté des films variés reproduits sur l’écran géant, qui n’est autre qu’un beau drap de l’armée espagnole agrafé à une latte servant à la finition des plafonds du centre paroissial, et accrochée au pignon de l’église. Des vidéocassettes qui commencent toutes par le slogan : « cette projection s’inscrit exclusivement dans le cadre familial … » et qui amènent près de 2000 personnes (je n’exagère pas !) à se presser à la nuit tombée afin d’assister à cette récréation.  (C’est la famille hyper nombreuse !) La sono de l’église et le mégaphone géant permettent à tous de ne rien perdre du son, et à plus de 500 mètres du lieu, on peut tout suivre du film ! Alors deux soirs ont été consacrés à la projection du Jésus de Franco Zeffirelli ; ça a beaucoup plu à nombre de spectateurs. Vu qu’il dure 6h20, j’en ai projeté deux extraits d’une heure trente environ. Le film qui a eu vraiment beaucoup de succès est « le ballon d’or ». C’est l’histoire d’un petit garçon vivant dans un petit village de Guinée-Conakry, et qui n’a qu’un rêve : devenir un grand footballeur. Depuis que ma marraine a envoyé ce film amené par mes parents, je l’ai projeté déjà 5 fois, dont une sur « écran géant ». Dans cette histoire drôle, tout le monde ici se reconnait à un moment ou l’autre dans l’un ou l’autre des personnages. Bien évidemment les garçons rêvent de ressembler à Bandian, le héros de cette histoire qui se termine à Roissy lorsque l’enfant brandit au chauffeur de taxi la lettre lui demandant de se rendre à St Etienne. Mais la scène de dispute des deux femmes de Moussa, le père de Bandian, ne laisse personne indifférent ! Ni les moyens de transport utilisés par l’enfant pour se rendre à la capitale, à savoir des camions surchargés de bagages et de passagers. Bref, quel succès ! Hier soir dimanche, j’ai voulu changer de registre en leur proposant « 1001 pattes ». Les dessins animés avec des animaux qui parlent et réagissent comme les humains, ce n’est pas le « truc » de tout le monde ici. Pourtant nombre de contes centrafricains mettent en scène des animaux de la forêt et de la savane, parfois même en dialogue avec l’Homme. Mais ce n’est pas un vrai film, disent beaucoup. Et puis il y a un obstacle de taille : la langue. Trop peu de gens comprennent le français. Alors pour ce qui est de Jésus, on peut savoir ce qui se passe ; pour Bandian, on se reconnait. Mais en ce qui concerne les sauterelles et les fourmis, c’est une autre histoire. Parmi les spectateurs, certains ont beaucoup ri, il y a en effet des scènes drôles dans ce long dessin animé, notamment les mimiques des insectes héros de cette aventure. Mais d’autres voulaient voir un vrai film. Ce sera pour une prochaine fois, le vidéoprojecteur est retourné chez son propriétaire. N’imaginez pas un public silencieux, les yeux rivés à l’écran : c’est un brouhaha permanent sur place, les uns expliquant aux autres ce qui se passe, d’autres faisant des commentaires, et parfois prenant parti pour ou contre le héros à l’écran. Il fallait entendre les commentaires chaque fois que Judas apparaissait à l’écran ! Et Pierre trahissant Jésus ! Et dans un autre ordre d’idée, la scène avec le masque de sorcellerie porté par le compagnon de Bandian était pas mal non plus !

Durant cette semaine, je n’ai pas consacré mon temps qu’aux choristes (ça aurait été trop beau !) Plusieurs réunions ont eu lieu, notamment celle du conseil paroissial, au cours duquel on a fait le point sur les projets à finaliser, comme le centre polyvalent, ou le nouveau projet : la construction d’une église digne de ce nom. Bon, les gens semblent motivés pour cela ; euh … moi aussi, mais à condition qu’on achève d’abord ce qu’on a commencé, et qu’on réfléchisse au financement. Parce que ça n’est pas une mince affaire. Et même si les paroissiens se mettront au travail pour extraire du sable, du gravier, faire des briques et les cuire, il faut des sous, beaucoup de sous. Autre réunion, comme chaque vendredi, celle de Caritas. J’ai expliqué le pourquoi du retour d’Alphonse Lengangou, et ce que quelques membres et moi avions mis en place pour que les soins se poursuivent via le centre de santé. Samedi après-midi, c’est avec les membres de Saint-Vincent de Paul que j’avais réunion, afin avec le vice président Daniel de prendre la température de ce groupe composé de gens très nombreux et motivés dans leur tâche d’accompagnement des pauvres et des malades. Je leur ai redit ce que j’avais eu l’occasion de dire aux choristes lorsque j’ai développé la question de la charité : il y a toujours plus pauvre que nous. (J’ouvre cette parenthèse pour préciser que cette réflexion a motivé l’évêque de Clermont à me confier à son homologue de Bangassou, et c’est cette parole qu’il a souvent dite aux Clermontois pour expliquer son choix).

Dimanche matin, hier donc, la messe fut vraiment belle ; pensez-vous, plus de 150 choristes qui ont vécu une semaine ensemble, et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, ça ne peut qu’être superbe. Et un peu plus long que d’habitude aussi : plus de 3h30 ! Ce n’est pas tant la durée que la chaleur qui fatigue. La procession d’offertoire a duré près d’une heure, et que fait-on pendant tout ce temps ? Et bien on danse ! Et je ne suis pas en reste. Alors sous la chasuble heureusement tissée en Côte-d’Ivoire, donc légère, j’avais vraiment chaud, et soif ! Comme sans doute beaucoup de paroissiens ! C’est la fête, et pour mieux comprendre pourquoi les paroissiens des Eglises chrétiennes déploient tant d’énergie dans le chant et la danse au cours des messes et offices, il faut savoir que c’est le seul moment de retrouvailles. Le dimanche, on ne s’invite pas pour le repas ; on se retrouve parfois au stade ou à l’ombre d’un manguier dans l’après-midi, mais après le culte en matinée, chacun regagne sa maison. Alors le temps de fête se situe à l’église. C’est vraiment là qu’on prend le temps de la rencontre, avec Dieu et aussi avec les autres. Alors, oui, on « s’éclate », mais avec respect ; celui ou celle en tête de la danse entrainant une partie des paroissiens donne le rythme, le type de déhanchement, la manière d’avancer, de se pencher, de se redresser. Et ceux qui sont à leur place applaudissent, chantent à tue-tête, et poussent des youyous qui résonnent sous les tôles et à l’extérieur. L’homélie est un exercice difficile qui doit permettre un dialogue entre le prédicateur et l’assemblée. Ce n’est pas la longueur de l’homélie qui indispose les gens, c’est la manière de la prononcer. Le dialogue tient l’auditoire en éveil, et captive son intérêt pour l’enseignement qui est donné. Le silence fait partie de la célébration, et de plus en plus, suite aux petits rappels et enseignements que je donne à ce sujet ; d’ailleurs hier matin, le catéchiste qui préside aux prières de début de messe a dit que désormais, et suite à ce que j’avais développé auprès des choristes, il y a aura un vrai temps de silence entre la fin des répétitions de chants et le début de la messe ; c’est ainsi qu’on peut préparer son cœur à ce qui va suivre. C’est bien de voir que des petites choses avancent. Voilà, la messe, un grand moment, quelque soit la taille de la chapelle et le nombre de participants.

Les choristes se sont réunis sur la place centrale de Zacko pour offrir hier aux habitants une sorte d’après-midi concert sympa : assis sous les manguiers, de part et d’autre du mat du drapeau de la RCA, ils ont entonné tout un tas de chants religieux, au fur et à mesure de la demande ; en effet, ce concert est doublé d’une séance de dédicace qui se déroule ainsi : moyennant 100 Francs, vous pouvez demander que les choristes chantent un chant de votre choix. Mieux que sur NRJ !!!! Là, c’est vraiment du direct live ! Vous payez la somme demandée, un rédacteur écrit sur un morceau de papier votre nom, et le nom des gens à qui vous dédicacez la chanson. Quand vient votre tour, un animateur lit votre message, puis les choristes exécutent le chant. Mais qui donc fait une dédicace ? Et bien des gens très divers, figurez vous ! Et c’est ainsi que vous pouvez entendre que telle famille demande tel chant pour leurs amis de Bangui, ou tel nom à consonance musulmane demande une dédicace, et ne connaissant pas de chants catholiques, se trouve « servi » sur un chant de Communion !!! Il y a foule à la table de rédaction des messages. Les gens se pressent pour être sûrs d’être retenus. Et puis la nuit tombe vite, il faut boucler avant qu’on n’y voit plus rien.  Bref, c’est l’effervescence bonne enfant. Et tout le monde est heureux, les spectateurs comme les choristes.

Quelques moments de détente à Fungu avec les enfants de la ville embarqués en voiture, pour leur plus grande joie, on rythmé deux fins d’après-midi, ainsi que le samedi matin suite à un match de foot bien sympa. Ça faisait un moment que je n’avais pas poussé le ballon ! Ce sont les congés de mi-trimestre qui durent 5 jours, (un peu les vacances d’hiver, sans la neige !) alors les enfants sont un peu désœuvrés, et viennent à la paroisse afin d’emprunter un ballon, écouter de la musique, faire un petit travail de nettoyage et d’entretien des lieux, duquel ils espèrent un petit cadeau (ce qui arrive parfois, mais pas systématiquement). Avec l’un ou l’autre, il peut y avoir aussi un temps d’échange un peu plus long, plus personnel aussi, ce que j’apprécie, et eux aussi je crois.

Dimanche soir, 17h45 ; la nuit était tombée quand Jean, un monsieur inconnu de moi est venu me demander de me rendre avec lui à Bamara afin d’y chercher le corps d’un jeune de 18 ans décédé là bas. Junior, c’est son nom, souffrait de crises de démence, et était parti depuis trois jours de chez ses parents, destination inconnue. Il avait dit un jour vouloir aller à Bangui à pied. Nombre de gens l’ont cherché dans cette direction sans succès, et il est revenu à Bamara tellement fatigué de ne rien avoir mangé qu’il n’a pas pu regagner Zacko. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, et il y a eu comme un vent d’affolement et des cris de douleur et de détresse dans la ville. Ayant embarqué  Gauthier, pasteur de l’Eglise Apostolique et oncle du défunt, lui, Jean et moi partons de nuit sur cette piste incertaine. Tout au long des 18 km, nous doublons nombre de gens, des hommes jeunes, armés de leur lampe torche, partis prêter main forte à ceux qui les ont précédés afin de ramener le corps. 18 km à pied avec le corps porté sur les épaules, c’est vraiment long. Je n’ai pas hésité un instant quand Jean est arrivé à la maison. À tous ceux que nous avons rencontrés en route, un même mot : « retournez en ville ». À l’entrée de Bamara, nous retrouvons les porteurs qui s’étaient mis en route. On installe le corps de Junior et eux trouvent place auprès de lui. Notre arrivée à Zacko, à la maison du défunt, m’oblige à fendre lentement une foule compacte dont certains sont au bord de l’hystérie, d’autres en larmes, d’autres se bousculant pour voir le visage de Junior. Rapidement, je descends de la voiture et armé de ma lampe de poche, je donne quelques directives brèves et claires afin de tenter de ramener un peu de calme. Cela se révèle efficace. Junior est extrait de la voiture sans bousculade. Puis je regagne la maison, laissant cette foule de proches et d’amis pleurer celui qui les quitte. La place mortuaire s’organisera et au long de la nuit, on entendra les chants, les prières montant de la maison où se pressent des centaines de gens.

Cette semaine avec Hervé a été vraiment agréable ; les temps de repas ont été de bons moments de discussion, sa présence de jeune expérimenté dans ce genre de manifestation a été aussi très utile pour moi. Et puis Rock nous a mitonnés de bons petits plats….

Autre bonne nouvelle, deux camions bien chargés de matériel sont arrivés à Zacko. C’est la société Telecel qui les a affrétés, afin qu’ils débutent la construction de l’émetteur ! Youpi, un jour enfin, nous aurons le téléphone. Alors le mythe du missionnaire isolé, injoignable, perdu dans « sa » brousse, va encore s’effriter un peu plus…. !!!!

 

            LUNDI 2 MARS, 11h

 

            Un vent un peu plus frais que d’habitude balaye doucement la colline. Ces jours-ci, quelques pluies à la fois courtes et fortes sont tombées sur la région. Ces pluies éparses au cœur de la saison sèche sont vraiment bénéfiques pour les cultures.  Alors dès le lever du soleil, des centaines de gens vont aux champs pour préparer le sol afin de planter ce qu’il faut quand le moment sera venu, dans 1 à 2 mois environ. Beaucoup de gens « retournent à la terre » (pour paraphraser le titre d’une célèbre BD, que j’ouvre ici pour me détendre). La crise mondiale frappe avant tout en RCA tous ceux qui travaillent dans le diamant. Qu’ils soient au plus bas ou au plus haut de l’échelle, du personnel temporaire dans les chantiers au PDG de société internationale, personne n’est épargné. Certes, il y en a qui sont plus à plaindre que d’autres. Hier dimanche, j’ai rencontré Eric, ce Français qui travaille (enfin, travaillait) à Bangana, à 200 km environ vers le Nord-est. 5 jours auparavant, ses véhicules avaient traversé Zacko, à vide. Objectif affiché : fermer la mine. Hier, les deux véhicules – un Berliet hors d’âge en provenance de l’armée (Française ?) et un Hilux récent – étaient l’un et l’autre surchargés de bagages et de passagers. Si certains des hommes restent ici, tout le matériel va être stocké à Dimbi, l’autre chantier de diamant de la région Est de RCA. Le patron d’Eric, une société Sud-Africaine, a décidé de cesser cette activité, devenue non rentable. C’est pas bon pour la région, tout ça. Eric va chercher du travail ailleurs, il n’aura pas de peine à en trouver, en Tanzanie, au sultanat d’Oman … toujours égal à lui-même, c'est-à-dire, un grand sourire barrant sa bouille rougeaude de petit gars très trapu, il m’explique qu’en plus, ils ont été attaqué à Bangana par une bande de braqueurs qui n’ont rien à voir avec les bandes d’ex-( ?)rebelles qui s’agitent toujours dans les zones inhabitées vers le Nord. Et pour mettre un terme à ces exactions, se sont ces ex-rebelles qui s’en sont chargés ; et nul ne doute de l’efficacité de leur action….

Mardi matin, j’ai quitté Bakouma avec, à mon bord, 4 catéchistes arrivés la veille avec Gaëtan. De retour de la session d’Ouango qui a duré un mois, ils avaient hâte de retrouver leurs familles. Après avoir déposé Benjamin à Kono afin qu’il regagne Kpangou à pied (15 km), j’ai invité les trois autres à déjeuner avant qu’ils poursuivent leur route jusqu’à Yanguhoda -PK 13-, Bamara -PK18-, Yanguchi -PK24-. Sieste nécessaire puis réunion avec les délégués des équipes de Caritas et Renouveau Charismatique, afin de préparer la journée de retraite spirituelle de vendredi. Je suis allé ensuite en voiture chercher la presse à brique de la paroisse, que les Foyers Chrétiens avaient utilisé au bord d’Ambilo pour faire des briques à cuire et à vendre, afin de renflouer leur caisse d’équipe. Cette presse a pris avec moi la direction de Bamara le lendemain mercredi.

Ce mercredi, c’est celui des Cendres ; premier jour de Carême. Au programme, que Vermond et moi avions préparé, messe pour moi à Bamara. Et voilà qu’en traversant Yanguhoda, je trouve la communauté catholique au travail, dans leur concession ; ils continuent de travailler à la construction de leur chapelle. Et là, interpellation amicale : « abbé, et nous, on ne pourrait pas avoir les Cendres ? » « Akuna matata ! (ça c’est du Kiswahili ; voir : le Roi Lion) Pas de problème ! A mon retour de Bamara ! » Et j’arrive à destination. Les gens sont très nombreux, et les confessions en conséquence. Vers 8h30, alors que je me prépare pour la messe, on m’apporte un café et des beignets tout frais. Je sens que le jour de jeûne et d’abstinence que j’avais en vie de vivre va être bousculé. Je bois et déguste ce qu’on m’a apporté, célèbre, et explique que je me rends à Yanguhoda. Des choristes et des servants d’autel se proposent de m’accompagner. Tout le monde embarque dans la voiture, et on parcourt sans encombre les 5 km qui nous séparent de cette chapelle. « 9h fort » (ça veut dire qu’il est près de 10h), la messe commence, animée par les choristes de Bamara. Tout se passe bien, et après le service de l’autel, nouveau café + beignets, moins frais que ceux du matin, mais tout aussi agréables. Mon désir de jeûne est intact, mais les faits en décident autrement. De retour à Bamara, je dépose mes passagers, et là, c’est le président de la communauté qui me dit : « abbé, tu ne repars pas sans avoir mangé. Et toc, repas composé de riz et de sauce. Adieu, projet de jeûne. J’ai regagné Zacko bien rassasié … après avoir prêché deux fois sur le sens du jeûne pendant le Carême… Faites ce que je dis, pas ce que je fais … Mais je ne culpabilise pas le moindre du monde, désolé ! C’est le signe que la joie est grande chaque fois que le prêtre leur rend visite. Un accueil sincère ne se refuse pas. Je jeûnerai un autre jour ! Courte halte à la maison et à nouveau départ pour une chapelle ; là c’est Kono qui m’attend. La communauté est présente dès mon arrivée vers 14h30. Après les confessions, la messe se déroule avec joie et recueillement. Les participants sont très nombreux, comme dans les deux chapelles visitées le matin. Après la messe, j’ai la tâche pénible d’aller chez le chef de quartier de Kono 2, suite aux plaintes déposées par deux hommes dont les femmes ont été surprises à tour de rôle chez l’un des deux maitres de l’école. L’adultère est condamné ici avec une amende plus ou moins élevée (25 000 à 100 000 FCFA) assortie d’une éventuelle peine de prison. Et me voilà présent pour dénouer le problème suivant : l’enseignant peut-il encore enseigner ? Il faut dire que dans cet accompagnement des écoles, je fais le grand écart permanent entre plusieurs aspects : l’école est villageoise, elle est donc sous la responsabilité du ou des chefs de village, et de l’APE composée de parents d’élèves. Le maitre est choisi par l’APE, est formé par l’Inspection Académique, grâce à ce que l’Eglise catholique met en place… Et c’est cette noble institution qui verse le cadeau mensuel offert par les bienfaiteurs, en l’occurrence AREVA. Il y a donc un contrat établi entre le maitre-parent et le curé, qui stipule entre autre que l’agent-parent garde une moralité digne, tant dans l’école et à l’extérieur. Et c’est à ce titre que je suis convié. Il y a effectivement problème de moralité. Je peux donc lui retirer la mission d’enseignement. L’APE de son côté doit aussi réagir, puisque c’est elle qui embauche ; quant au chef, il veille au bon déroulement des choses dans son village, toutes les choses. Alors assis sous le manguier, entourés d’une foule d’enfants, de jeunes, d’adultes, chacun s’est exprimé : le chef, l’APE, le mari lésé, le curé. Seul le maitre n’a rien dit (il valait mieux, sans doute …). On n’a pas abordé l’aspect pénal de la chose, c’est en cours par ailleurs. Ce qui nous concerne, c’est l’école. Plus d’une heure afin de chercher à sortir de cette impasse. Au final, pas de décision, mais une réflexion que l’APE doit mener afin que l’année se termine bien pour les enfants. Faut-il débaucher ce maitre, en appeler un nouveau ? C’est possible, mais qui appellerons-nous ? J’attends des nouvelles de Kono dans les heures ou les jours qui viennent. Le retour à la maison s’effectue sans souci, de nuit. Soirée « maigre » (quand même !).

Jeudi matin, je me suis encore arraché les yeux et les neurones sur le compte rendu financier demandé par le diocèse. C’est l’arrivée de Vermond qui m’a tiré de ces dossiers incompréhensibles sauf, peut-être (et encore ?) par celui qui les a rédigés… L’abbé Vermond est donc rentré de Bossangoa, où il a vécu avec 6 autres confrères du diocèse une rencontre passionnante à laquelle participaient plus de 100 prêtres diocésains. Il semble qu’ils ont évité le piège « tirons à boulets rouges sur nos évêques », ainsi que celui de « une Eglise en Centrafrique pour et avec des Centrafricains » ; la lettre qu’a écrite Mgr Sarah, Secrétaire de Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, est arrivée au bon moment, peu de temps après sa visite en RCA, qui fut vécue par certains prêtres, et aussi évêques, comme une remise des pendules à l’heure. Le document a été au centre de nombreux carrefours et mises en commun. Vermond est rentré heureux de ce séjour qui s’était prolongé à Bangui. Et à Bangassou. C’est ensemble qu’on entre en Carême dans notre paroisse. Jeudi après-midi, avec les enfants de la ville, on a ressorti la raquette, cette fameuse batte de baseball qui n’est autre qu’un morceau de bois dont la tête est entourée de mousse de plastique, et qui permet de damer (c’est ainsi qu’on dit ici, en sango !) le ballon noir taille 1 de Décathlon. Les matchs furent appréciés des nombreux spectateurs, composés des élèves sortant de l’école et des gens rentrant des champs qui, bois ou bassines rivés à leur tête, suivaient du regard les évolutions du ballon et des joueurs.

Vendredi, première journée de retraite de Carême, à destination plus particulière des membres de Caritas et du Renouveau Charismatique. Ce fut une belle journée de rencontre, de prière, d’enseignement, de repos aussi. Comme c’est un jour de jeûne, et afin qu’on jeûne ensemble, on a contacté des membres d’un autre mouvement afin qu’ils viennent nous préparer une bouillie à partager à midi ; il nous fallait bien reprendre des forces avant l’adoration du St Sacrement et le chemin de Croix. Et l’équipe nous a préparé non pas une mais deux marmites de bouillie, une pour midi, et une pour 16h à partager entre tous les participants du Chemin de Croix. Tant pis pour le maigre du vendredi, je fus rassasié ….

 

 

MARDI 3 MARS, 7h45

 

Levé depuis 5h20, j’ai pris le temps de prier à la grotte, aidé du bréviaire et profitant du calme des lieux, alors que le soleil levant de couleur quasi blanche commençait à illuminer la région. A 6h, Vermond a présidé la messe à laquelle peu de gens se sont rendus, le froid du matin (à peine 20°) les ayant sans doute quelque peu paralysés.

Samedi, la matinée fut comme souvent d’abord consacrée à l’accueil de gens de tous horizons demandant toutes sortes de choses. Puis vers 8h30 a débuté la réunion mensuelle du Conseil Général. Cette assemblée réunit les bureaux de chaque mouvement et fraternité du centre. On a fini a midi après avoir « balayé » tout un tas de sujets allant du programme des danseuses pour Pâques au bilan financier 2008, en passant par diverses doléances émanant d’équipes ou de personnes, dont les demandes sont là aussi hétéroclites …. L’ambiance d’ensemble est détendue, et je bouleverse sans doute les habitudes en demandant avant le début de la réunion que soient exposés succinctement les « divers » qui ont cours en deuxième partie de rencontre. Il s’agit de maitriser le temps, et (surtout ?!) les participants. Ceux-ci commencent à s’y habituer. Après-midi calme, avec en spectacle vivant la deuxième mi-temps du match Black-Stars Olympique de Béal. A l’issue du match, le directeur de l’école Wasty m’a invité à partager son repas, pour le plaisir de se retrouver chez lui et pour me remercier d’avoir amené son épouse et leurs trois enfants la semaine dernière. J’ai passé un bon moment dans sa concession, autour de viande de vache, de courge en boulettes et de boule de manioc. Fin de reps, un verre de lait chaud et des beignets. Un bon moment, vraiment. De retour à la maison, soirée à lutter contre les centaines d’insectes volants qui envahissent toute zone illuminée même faiblement. Vraiment, je ne regrette pas d’avoir fait accrocher des moustiquaires aux fenêtres et aux grilles des portes. Mais l’ampoule de la terrasse est littéralement prise d’asseau par ces insectes, souvent mini, et pas si mini que ça parfois ! C’est alors qu’interviennent les chauves-souris qui font le ménage d’un coup de langue bien affutée, aidées de ces lézards quasi transparents qui se déplacent silencieusement sur les murs et surprennent les insectes volants faisant une halte-repos. Ah, les lois de la nature …

Dimanche matin, 6h30, Vermond prend la direction de Yanguchi pour y célébrer le premier dimanche de Carême ; je me prépare pour vivre ici cette messe. À l’issue de celle-ci, je fais un rapide état des caisses avec les conseillers, et découvre un trou de plus de 11 000 FCFA. C’est l’écart entre le cahier de compte et le contenu de la caisse. Je prends alors en main les choses et reprends la compta de ces derniers mois pour m’apercevoir, Ô joie ! que le commissaire aux comptes s’est trompé dans quelques unes des additions et soustractions. Ouf, je respire. J’en profite pour rappeler au vice-président que, parce que c’est lui qui a la clé des coffres qui sont gardés chez moi ordinairement, ils ne doivent en aucun cas se trouver chez lui. C’est pourtant simple à comprendre, mais l’application …. Cette réunion finie, Théophile m’emmène au quartier visiter une dame paralysée en partie (hémiplégie ?) et qui est alitée dans la maison voisine de Désiré, le berger du Renouveau. J’ai dialogué un moment avec cette dame autour de laquelle se joue un bon esprit de solidarité puisque, chaque jour, à tour de rôle, des voisins lui apportent à manger, d’autres femmes viennent lui faire sa toilette. Les enfants de Désiré sont souvent auprès d’elle. Théophile et moi décidons avec elle de demander la visite d’un infirmier du centre de santé. Courte prière et retour à la maison, où m’attend Jolys. Ce catéchiste était parti ce matin avec Vermond, et il est maintenant assis là, mais sans ma voiture ni le reste de l’équipage. L’inquiétude traverse mon esprit. Que s’est-il passé ? Il explique que sur le chemin du retour, à 6 km d’ici, Vermond a mal négocié la traversée d’une rivière, et a « planté » la voiture sur un tronc d’arbre se trouvant dans l’eau. Pour eux, pas d’autre solution que de tirer la voiture, avec une autre. Bonne idée, mais qui peut nous aider ? Le véhicule de BADICA est à Bangui, Souleymane est reparti à Bria la veille. Il reste celui de Didou, qui lui aussi fait la route Bria – Zacko. Nous y descendons, au moment où résonne l’appel à la prière à la mosquée. Arrivés chez lui, il nous demande de patienter et, 15 mn plus tard, il revient. Jolys lui explique la situation. Didou accepte bien volontiers de faire le déplacement. Il embarque à bord de son pick-up ses 4 gars apprentis et hommes à tout faire, et nous voilà partis pour la rivière Ndrassa. Ma voiture est bien plantée sur un tronc d’arbre enfoncé dans le fond de la rivière depuis des années. Le reste d’un pont. Sous la voiture, nous contemplons l’étendue des dégâts : les lames maitresses arrières droites sont cassées, l’axe d’entrainement du pont arrière est tombé, et est littéralement planté dans le tronc. Vermond reconnait qu’il est entré très vite, beaucoup trop vite dans la rivière. Le résultat est là, il faut achever de démonter l’axe, tirer ensuite la voiture, et faire une réparation de fortune qui permette de revenir à Zacko. Merci à Didou et son équipe, tout est rentré dans l’ordre.

 

MERCREDI 4 MARS, 18h20

 

            C’est justement la voiture qui m’a appelé, et m’a interrompu dans mon travail de rédaction. En effet hier matin, aidé de Vermond et d’Aimé, j’ai pris la direction des opérations : j’ai démonté l’ensemble du système de suspension arrière droit, ce qui implique de déboulonner tout un tas d’axes enduits de terre sèche ou grippés par la rouille. L’outillage ne manquant heureusement pas, on a pu tout extraire en moins de deux heures. On a commencé par lever la voiture avec le cric et, comme on n’a pas de fosse, la maintenir en l’air grâce à plusieurs savants empilements de sections carrées de bois rouge, restant des charpentes de nos constructions. Puis vient le temps du démontage de la partie cassée. Difficile de rendre compte par écrit de ce type d’opération qui se déroule sans aucune machine, uniquement à la force des bras, et aussi des neurones, notamment quand un boulon est récalcitrant : on emboite le manche creux et en métal de la hache dans l’axe plein de la clé multifonctions, sur laquelle on y a fixé préalablement la tête au bon diamètre du boulon. Et on essaye de tourner, jusqu’à ce qu’il obéisse. Ça marche, bien même. Ayant enfin extrait le lourd jeu de lames en acier, l’ultime tâche consiste à séparer les lames maitresses des autres lames plus courtes. Ce sont ces longues lames qui ont cassé sous la violence du choc, et qu’il faut souder. Le poste à soudure le plus proche se trouve à Bakouma, et Vermond est donc parti ce matin en moto avec les pièces. Espérons qu’il reviendra demain avec les éléments à nouveau utilisables. Il faudra tout remonter, sans rien oublier !!!! Après ces deux heures allongé sous ma voiture, un grand thé très sucré avec un nuage de lait fut le bienvenu, tandis que les autres buvaient un café, sucré et au lait.

Lundi, la journée avait commencé très sympathiquement par une rencontre d’environ une heure et demie entre Vermond et moi, afin de faire le point sur divers sujets : calendrier des récos de Carême, Semaine Sainte, nos congés, … un pêle-mêle classique dans les réunions d’équipe de prêtres. Diverses visites reçues à la maison ont occupé la fin de matinée, et j’ai saisi l’occasion d’un début d’après-midi calme pour me plonger près d’une heure à Fungu. Puis c’est le projet Orphelin qui a réuni Vermond, trois conseillers et moi pendant une heure. Il s’agit de mettre en place un suivi des orphelins de Zacko et des alentours, en coordination avec Bangassou. Un orphelin, qu’est ce que c’est ? C’est un enfant âgé de 0 à 14 ans, dont l’un des deux parents ou les deux sont décédés, ou dont les parents sont marqués par un handicap lourd, ou sont atteints par le SIDA. Voyez que derrière le mot Orphelin se révèlent des réalités diverses. C’est depuis l’Italie que ce projet est soutenu, d’où son nom : « Solidale Zacko Orphelin » ; chaque paroisse du diocèse intercale son nom entre les deux mots Solidale et Orphelin. Solidale, c’est l’Italien de Solidarité. C’est un soutien aux enfants dans deux domaines : la santé et l’éducation, dont la scolarité. Ces deux domaines sont pris en charge par le projet. En aucun cas il s’agit de construire un orphelinat, encore moins de bouleverser ce qui se vit déjà dans les familles. En fait, il s’agit de venir en aide aux familles concernées, afin qu’elles se regroupent par quartier pour s’entraider autour des enfants dont elles ont la charge. Un des gros boulots de l’animateur sera de soutenir ces groupements appelés communauté de vie. Créer des initiatives rémunératrices, se soutenir dans les difficultés, être attentifs les uns aux autres, c’est autant de défis à relever ensemble. L’animateur, qui n’est pas encore trouvé (on a des idées, mais … !) est entouré de volontaires (là aussi à appeler), et Vermond est le responsable du projet dans la paroisse. Je pense que c’est un beau projet, et qui nous permet de répondre à un réel besoin.

Hier soir, j’ai regardé les épisodes 18 et 19 de la Saison 2 de « Prison break » ; souvent après le diner, je m’installe dans mon fauteuil avec une tisane et mets en route un ou deux épisodes avant d’aller au lit vers 21h. Un bon moment de détente et de solitude choisie ! Quand j’aurai terminé la saison 2, j’attaquerai l’intégrale de 24h Chrono. J’ai reçu les 6 saisons … à mon rythme, y en a pour des semaines, des mois !

 

Ce matin, je suis descendu un moment en centre ville afin de payer quelques dettes au centre de santé concernant les soins de la jambe d’André, cet enfant que Caritas a commencé à prendre en charge, ce qui avait amené ses parents à bouger dans le même sens. Il est ravi d’aller à l’école, et vient me voir chaque jour afin de parler un instant de tout et de rien ; je lui ai donné 1500 francs afin qu’il s’achète un « jean ». Je lui ai remis un des teeshirts taille enfant amené par les Auvergnats de Godefroy. J’ai traversé ensuite le marché et salué plein de gens, en particulier des femmes vendant les produits de leurs champs, ou du champ des autres … C’est l’occasion d’échanger un brin de conversation, de taquiner, de plaisanter. Pendant ce temps, mon bureau était envahi de CM1 et CM2 ; les yeux rivés à l’ordi, ils regardaient un film, LE film culte à Zacko, « Le ballon d’or ». Certains le voyaient pour le 6è fois ! Mais que faisaient donc les CM hors de l’école un mercredi matin ??? Et bien, cramponnez-vous, ils étaient dispensés de cours. En effet leur maitre Wasty, qui est aussi le directeur, était réquisitionné par son église Baptiste pour presser les briques du futur lieu de culte … Qu’à cela ne tienne, les élèves sont mis en congé. Mais certains sont réquisitionnés pour prêter main forte à leur enseignant … ! J’ai parfois le sentiment que ça ne tourne pas rond, et qu’entre les discours volontaristes et les faits concrets, c’est le grand écart.

A midi, j’ai failli être tout seul à table, mais Melvin qui est venu me voir pour sa scolarité, a accepté avec joie mon invitation. Ça nous a permis un bon moment tous les deux ; il fait partie des jeunes voulant entrer au petit séminaire. Cet après-midi, j’ai passé plus de 2 heures avec lui et les 4 autres CM2 candidats au concours d’entrée au petit séminaire. Ils sont 5, de niveaux bien différents. Combien seront retenus à l’issue du concours prévu en mai ou juin prochain ? 2 ou 3 ? En tout cas ils sont tous motivés, et ont aussi tous des progrès à faire, tant en français qu’en math. Heureusement que j’ai acheté des livres d’occasion à Bangui. Je prends le temps avec eux de réviser des cours déjà notés dans leur cahier, et de faire de la lecture.

           

            JEUDI 5 MARS, 18h15

 

            Pour la septième fois en un mois, « le ballon d’or » a occupé mon ordi cet après-midi. Des jeunes qui n’avaient pas assisté à une des projections de ce film culte, il en existe donc encore ici à Zacko ! Ils s’identifient tous plus ou moins à ce petit Guinéen du nom de Bandian. Qui ne rêve pas de voir un jour ces villes, ces routes goudronnées, ces bus bondés, ces gratte-ciels, ces lumières multicolores, … ? Ici, on est à Zacko ; tout ce qu’on voit de beau dans les films fait rêver. Alors de même que Bandian va de Makono en Guinée à l’ASSE (=St Etienne), nombre d’entre eux rêvent, ne serait-ce que d’aller à Bangui. Mais c’est si loin, et si compliqué de voyager dans le pays. Pour quelques-uns d’entre eux, un jour viendra. Mais pour tous les autres ….

            Ce matin, ce fut le retour de Vermond, fièrement assis sur la moto emprunté à Jean-Paul, le sympathique voisin ; mon confrère a ramené les lames maitresses de la voiture. Son court séjour à Bakouma a été efficace, puisqu’il a pu même trouver une autre lame sur laquelle on a prélevé un morceau remplaçant celui qui a disparu dans la rivière Ndrassa. Et nous voilà à nouveau tous les deux à 4 pattes sous la voiture. Il est à peine 10h. Il a fallu des trésors d’ingéniosité pour remettre le pont arrière dans l’axe, avant de pouvoir replacer sans faute le jeu de lames complet. Il a fallu de la patience pour reboulonner les jumelles, ces pièces qui servent à suspendre les lames. Et puis on a remis l’arbre de transmission, autrement dit l’axe d’entrainement du pont arrière ; et tout un tas de boulons, d’écrous, de pièces en métal de poids divers ; à 13h, on a pu passer à table, fatigués et heureux.

Cet après-midi fut donc calme, sauf chez moi où le bureau s’est donc transformé en salle vidéo. J’ai essayé d’installer une imprimante photocopieuse donnée par Jean-Gabriel, un coopérant de Berberati qui a dû rentrer précipitamment en France pour raisons de santé. Bonne machine, la Brother DCP 357C, mais la cartouche de noir ne diffuse pas son contenu. Comment faire pour que ça marche ? Je vais réfléchir à ce qu’il convient de décider. En tout cas, si la fonction de photocopieuse est en état, ça rendra de grands services aux gens. On peut toujours appuyer sur la touche couleur plutôt que noir et blanc, mais c’est plus cher !

 

            LUNDI 9 MARS, 14h30

 

            C’est depuis Bangassou que j’écris les dernières lignes de ce chapitre. Le cyber va ouvrir d’ici 30 minutes environ, je vais donc en profiter. Vermond et moi sommes arrivés à 11h30 ce matin, convoqués ainsi que tous les prêtres du diocèse par notre évêque pour deux jours de réflexion sur les sacrements.

            Vendredi fut une journée calme pour moi ; Vermond présidant la deuxième journée de récollection, proposée ce jour-là aux choristes, j’en ai profité pour faire tout un tas de rangements et de tris, ainsi que pour préparer des documents, notamment les contrats de travail des employés de la paroisse. C’est tout un tas de petites choses qui prennent du temps, et auxquelles il faut consacrer du temps avant qu’il ne soit trop tard ! Le chemin de croix à 15h a réuni beaucoup de gens, il était présidé par le catéchiste Jolys, et le choix des chants fut plus heureux que vendredi passé ; plus heureux parce que plus varié, contrairement au premier au cours duquel un seul chant ponctua les déplacements entre chacune des 14 stations …. Un seul chant, et en plus ennuyeux au possible tant il est larmoyant et lancinant. Fin de journée passée à attendre la fraicheur ! Je me suis couché tôt (20h15), et me suis levé aux aurores, retrouvant comme chaque samedi une quarantaine de personnes venues prier à la grotte avant l’eucharistie. A 7h15, j’ai sauté sur mon VTT direction Kono. A 8h15, début d’une réunion consacrée essentiellement à l’alphabétisation des adultes, l’AFI, Alphabétisation Fonctionnelle Intensive. Sous la paillotte, le président de l’APE, des notables du village, un des maitres de l’école (pas celui qui est sous le coup d’une amende pour adultères…). On a mis en place tout ce qu’il faut pour que cette formation permette aux adultes de Kono d’apprendre à lire et à écrire en sango. La méthode a fait ses preuves. Le village de Lengo, à 10 km de Bakouma, vient de finir la sienne. En 48 jours de cours, les élèves, ou mieux les apprenants sont capables de lire et écrire dans leur langue. Ils peuvent alors ouvrir le Nouveau Testament (et même l’ancien !), ou encore écrire à leur famille. L’étape suivante est l’apprentissage de la langue française ; on verra ce qu’il est possible de faire à l’issue de cette première formation. Reste à trouver le formateur. C’est Caritas du diocèse qui s’occupe de cela, et nous assure le financement de ce projet. Côté sous, pas de souci, j’ai bien l’enveloppe de 300 000 FCFA afin d’assurer le suivi de tout le projet. Côté formateur, moins simple : les moyens de communication sont difficiles, si bien que le formateur prévu ne sait pas que c’est lui qui est pressenti ; or il habite à 10 km de Ouango, c'est-à-dire à 240 km de Kono … Comment le joindre d’ici vendredi, afin qu’il embarque avec moi et débute son travail lundi 16 mars ?? Vermond m’a astucieusement suggéré de chercher parmi les formateurs ayant exercé à Bakouma. C’est tellement plus simple en effet. Je ne sais pas ce que vont dire les responsables Caritas de Bangassou … mais il faut être réaliste.

Après midi consacrée à la préparation de la journée Caritas, qui se déroulera dans le pays le 22 mars prochain. Assis sous le gros ficus devant la maison, les membres de Saint-Vincent et Caritas ont uni leurs forces pour mettre en place un programme permettant de vivre avec la communauté catholique une journée pas ordinaire. Une journée, des journées peut-être, si on arrive à mobiliser beaucoup de gens la veille 21 mars pour aller nettoyer les maisons des pauvres, laver leur linge, amener du bois pour le feu. Samedi prochain, on fignolera ce programme qui devrait aussi offrir aux paroissiens la possibilité d’une « veillée » de prière le 19, entre 16h et 18h. Une des grandes questions qui se pose, que je me pose, et à laquelle je n’y vois pas encore très clair, c’est l’accompagnement des pauvres effectué par les autres églises chrétiennes, et les musulmans. Aucun de ces lieux ne semble avoir de mouvement et fraternité aussi bien établi que ceux qui existent dans l’Eglise Catholique. Et de notre côté, on aide tous les pauvres, quelque soit leur appartenance religieuse. Alors que faire pour  associer les autres confessions religieuses, ou mieux éveiller en elles - chez elles -  la nécessité de prendre en compte leurs paroissiens démunis ? Cette question vient entre autre du fait que le nombre de gens dans la misère, qui ont été recensés, avoisine –voire dépasse- les 200 personnes. On n’a pas les reins assez solides pour faire un suivi permanent de tant de gens. Or leurs besoins sont notamment d’ordre alimentaire, mais aussi très souvent d’ordre sanitaire. Et ça, c’est tout de suite très cher. La communauté catholique n’a pas les moyens financiers pour accompagner tant de gens, et personnellement je me refuse à n’aider que ceux qui sont membres de notre communauté. Bref, un sujet important à poursuivre.

Dimanche matin je suis parti à nouveau en VTT, mais cette fois vers le Nord, à 13 km. Les paroissiens de Yanguhoda m’attendaient pour la messe. Près de 50 personnes étaient présentes, dont plus de la moitié sont des catéchumènes ; parmi ces derniers, des enfants, des adultes, guidés par le catéchiste Ferdinand qui les réunit de 15h à 17h trois fois par semaine. J’ai célébré la messe à l’ombre des arbres, à côté des poteaux de bois rouge fraichement plantés dans le sol. La chapelle Saint-Benoît de Yanguhoda est en train de voir le jour ! Si tout va bien, les travaux seront achevés pour Pâques, je pourrai y présider la messe et y faire les baptêmes de bébés. Pour les grands, un peu de patience, ils débutent maintenant la formation prévue pour durer deux ans.

De retour à Zacko après un café, j’ai préparé la voiture en vue de rejoindre Bakouma dans l’après-midi. Après avoir transféré le gas-oil du fût vers le réservoir et vérifié les niveaux, Vermond et moi avons embarqué nos passagers : 4 ici, puis 4 à Kono. Au total 5 malades dont des cas plutôt graves. Un est d’ailleurs resté à l’hôpital de Bakouma, les autres sont arrivés ce matin à Bangassou. Soirée cool à Bakouma, et ce matin réparation du pneu crevé la veille. Avec le cordonnier, on a recousu le flanc du Michelin déchiré par les satanées pierres blanches coupantes qui jalonnent notre route. Puis on a réparé la chambre à air et remonté le tout. L’arrivée à Bangassou par le bac nous a amené à déposer les passagers dans divers lieux de la ville, puis on s’est mis à table après que j’ai eu le temps de téléphoner en Bretagne afin de signaler mon arrivée dans des zones pourvues en réseau téléphonique !

Au cours de ce séjour à Bangassou, session des prêtres, session du Collège des Consulteurs, achats en ville, soirée entre européens, rencontre des petits séminaristes, et sans doute bien d’autres choses, comme des heures sur Internet !

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