JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

Contacts

Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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            SAMEDI 15 NOVEMBRE, 15h30

 

            Cet appel d’urgence a quelque peu modifié les projets immédiats d’un lundi cool. Aimé est arrivé accompagné de Bienvenu, un menuisier scieur que je n’avais jamais rencontré. La situation est gravissime : Désiré Tanga, catéchiste, et lui aussi menuisier et scieur, était en train de scier le fût d’un arbre quand soudain, le bois qui tenait le tronc en hauteur en position oblique s’est soudain effondré. Bienvenu était debout dessus, Désiré en dessous, les deux manœuvrant la longue scie permettant de réaliser des planches, des chevrons et des bastingues. Le tronc énorme reposait sur un ensemble de barres en bois qui n’ont pas supporté le poids de ce tronc de plus de 5 mètres de long. Mu par une force particulière, Bienvenu a pu extraire désiré de sous le tronc, puis a appelé au secours ; deux frêles femmes sont arrivées de leurs champs ; il leur a demandé de le garder pendant qu’il chercherait du secours. Il a parcouru les 7 km qui séparent la forêt de la ville en un temps record. Immédiatement, Aimé, Cyril, Bienvenu et moi embarquons dans la voiture ; au passage, on emmène le frère de Désiré qui vend de la viande grillée au marché. 5 km plus loin, après avoir tracé moi-même la piste au milieu des champs, évitant les souches et les arbres morts, nous arrivons au ruisseau de Yangu-Mourou. On laisse la voiture, et on s’enfonce alors en courant dans la forêt, au milieu des ronces et des arbustes. 2km plus loin, on retrouve Désiré gisant à terre, entouré des deux femmes qui arrosent son thorax de temps en temps. Rapidement, je prends la direction des opérations : on coupe une planche afin d’en avoir une longueur de 3 mètres, sur laquelle on dépose délicatement Désiré. Nous voici repartis, le portant tout d’abord à la main, puis le chargeant à tour de rôle sur nos têtes. La progression est lente et rendue difficile par la quasi-inexistence du chemin. Au bout d’un moment, trois hommes arrivent en courant ; alertés par des gens de Zacko, ils viennent à notre rencontre afin de nous relayer. Je pars alors en courant à la voiture afin de l’amener à un endroit plus proche. Désiré est allongé sur les sièges et les autres passagers prennent place autour de lui, afin de le protéger des secousses. On arrive au centre de santé à 13h15, soit 3 heures après l’accident. Il est alors pris en charge par l’équipe : perfusion d’anti douleur et autres médicaments permettent à Désiré de souffler un peu. Nous avons la chance qu’à aucun moment, il ait perdu connaissance, ni craché du sang.

LUNDI 17 NOVEMBRE, 17h45

 

Retour du calme, en cette fin de journée un peu épuisante.

Retour sur les jours précédents, afin de combler le léger retard de rédaction.

Concernant Désiré, il a été bien pris en charge au centre de santé, et en est sorti vendredi soir. Il souffre beaucoup au niveau du bassin, probablement fracture et autres soucis de ce genre. Mais les appareils de radiographie les plus proches sont à Bambari et Bangui. Autant dire que c’est pour l’heure impossible d’établir un diagnostic sûr. Alors les médicaments des médecins sont additionnés aux médicaments traditionnels. Les connaisseurs de ces produits sont nombreux, les règles plutôt strictes quant au fait, par exemple, de fermer une mince ficelle de (?) autour de la taille ou des poumons. Autre règle à respecter : la personne sur qui on a apposé ces médicaments peut tout à fait converser avec les visiteurs mais en aucun cas ne doit les saluer à leur arrivée et leur départ. Ce geste risque d’affaiblir le malade qui transfère son énergie déjà diminuée par le choc ou la maladie, à celui qui, bien portant, vient à sa rencontre. Tout ceci dépasse la culture occidentale, et il est bon d’accueillir sans juger, et peut-être un jour, de pouvoir en saisir quelques aspects. Désiré va un peu mieux, il est en famille, entouré de ses enfants et de sa femme Rébecca. Quand sera-t-il sur pied ? Dieu seul le sait. Il faut s’armer de patience.

J’ai été absent de Zacko pendant près de 4 jours, en tournée pastorale ; l’expression est un peu osée, mais je la trouve ajustée à ce temps privilégié consacré à deux chapelles de la paroisse, Kpangou et Mbago qui rejoint la paroisse, quittant celle de Bakouma. C’est en vélo que j’ai circulé pendant cette tournée, et j’ai fait comme un grand ovale Nord – Sud et Sud – Nord en parcourant les 140 km de Zacko à Zacko, en passant par Kono, Kpangou, Mbago et Bakouma. Mardi, départ à 5h50, arrivée à Kono vers 6h40 ; arrêt bouillie de riz et d’arachide (le fameux Popoto) et visite auprès d’un malade. Je pique vers le Sud-est et atteint Kpangou, mais avec une heure de retard sur l’horaire prévu. Non, je ne peux pas vous faire le coup des bouchons, ni celui de la panne de batterie… en fait, j’ai voulu emprunter le nouveau chemin percé dans la forêt par toute une équipe. Alors le positif, c’est que l’itinéraire est quasiment plat ; fini les vallons et les zones envahies par les eaux. L’autre  truc sympa, c’est que je me suis fais plaisir à déambuler seul pendant deux heures dans la savane et la grande forêt tropicale. Pour le reste, et bien ils m’ont bien raconté des sornettes, les 7 gars qui y ont travaillé. Aucun tronc d’arbre gisant au sol n’a été retiré ; je n’ai pas compté le nombre de fois où j’ai soulevé le vélo et ses bagages pour enjamber les futs parfois énormes. D’autre part, aucune pierre n’a été déplacée. Même le plus habile slalomeur aurait échoué au concours « pédalez sans poser le pied par terre » ! Le pompon, c’est la traversée de la rivière ; ils m’avaient dit : « abbé, pour franchir la Zacko, pas de problème ; il y a un énorme tronc qui relie les deux berges » Arrivé sur le lieu, je découvre en effet un tronc majestueux qui surplombe les eaux boueuses et agitées. Mais ce tronc est brut, aucune branche n’a été taillée. Je l’emprunte une première fois pour observer, puis je défais le sac à dos accroché dans mon fameux panier en osier. Je traverse avec, le dépose de l’autre côté, et entreprends de porter mon vélo. J’étais sur le point d’arriver en face quand j’entends une voix qui s’écrie : « so ta koli la ! » et de répéter ça au moins 4 fois de suite. Ça se traduit par : « ça c’est un vrai homme ! » autrement dit : « ouah le mec ! » ou autre expression que je n’écris pas, mais qui va dans le même sens …  Je distingue alors un petit homme noir habillé de sombre dans cette forêt tropicale sombre. C’est Sambia, un des gars chargé de l’ouverture de la piste. Il est venu à la pêche. Il tombe bien, je le salue et lui fais part de mes remarques … et passé l’admiration et l’étonnement, il est pour le moins gêné de me voir ici. Je découvre « le pot aux roses », comme on dit … là où y en a ! (donc pas ici). J’arrive à Kpangou à 9h30, et Nestor le catéchiste m’accueille avec un grand café et une omelette. Puis vient le temps de la réunion avec le Conseil ; pas facile, tant les conflits sont nombreux entre le président et divers membres. Le président étant absent, la parole se libère, mais je ne souhaite prendre aucune décision. C’est vers 12h45 que chacun regagne sa maison, et moi celle de Nestor, pour un poulet au riz et des bananes. 14h30 : mes deux gardes du corps (à savoir Nestor et son collègue Benjamin) saisissent leurs vélos chinois et m’encadrent sur la piste qui mène à Mbago. Nous voilà partis plein Sud sur une piste étroite et vallonnée. En route, la fourche du vélo de Nestor casse ; on répare avec les fameuses lances, ces longues bandes de caoutchouc fabriquées à partir de chambre à air. Et ça tient jusqu’au terme de notre voyage. Mbago, on y arrive à 16h30, et la joie des gens est visible, et audible. Il y a près de 18 mois qu’aucun prêtre n’est venu demeurer chez eux. Après moult salutations, on me fait installer dans une case toute en paille, comme le sont la plupart des cases des villages de chantier d’or et de diamant. Le soir tombe, un seau d’eau chaude m’attend dans la douche. Ça fait du bien ! La lune est quasiment pleine et donne au paysage et aux visages des reliefs si particuliers. Après le diner (encore du poulet et du riz !), un petit (tout petit) verre de nguli m’amène rapidement à m’endormir, après ces 5h15 passées sur ou à côté de mon VTT, ayant parcouru 49 km au milieu de paysages divers et tous superbes.

Mercredi au petit matin, thé et bananes Plantin grillées sont au menu du petit dèj. Puis vient le temps à l’église ; tout d’abord la messe, puis le dialogue avec la communauté. Et oui, près de 18 mois sans la visite d’un prêtre, ça décourage pas mal de bons paroissiens. On en parle à bâtons rompus, et Catherine la présidente de la communauté, en lien avec le catéchiste Simon, m’expose les joies et soucis de cette communauté forte d’environ 40 personnes, dans un village qui compte à peine plus de 100 habitants. Ils « appartenaient » à Bakouma, mais en sont à 28 km ; ils sont certes à 47 km de Zacko, mais proches de Kpangou avec qui les liens sont fréquents et bons. C’est pour cela qu’ils ont demandé à rejoindre la paroisse naissante. Mbago devient l’une des 6 chapelles de la nouvelle paroisse. J’avais amené dans mon sac 8 livres de prière, 4 Nouveaux testaments ; tout a été acheté, ainsi que bon nombre de croix et de chapelets. J’ai déambulé dans le village, saluant pas mal de gens souvent étonnés de me voir ici ; j’ai vu la maison qu’occupe Abou Ganda quand il vient de Zacko en moto voir ses chantiers. David, un habitant m’a remis une enveloppe sur laquelle est écrit : dime ; un billet neuf (on appelle ça ici un craquant !) de 5000 F s’y trouve ; il m’explique qu’il a trouvé des diamants et, pour remercier le Seigneur, il offre quelque chose au prêtre (moi) et au pasteur de l’église Baptiste dont il est membre. Je prie pour lui, et me dis intérieurement : « j’ai bien fait de venir ! »  Je suis parti à 13h30 après un repas partagé avec l’équipe des responsables. Je découvre une autre partie de piste avec, au sommet d’un col un peu raide, un paysage orienté Sud-ouest superbe : des collines couvertes de forêts s’étalent à perte de vue, éclairées par le chaud soleil de saison sèche. En dévalant la pente, je sens que le pneu arrière donne des signes de faiblesse : crevaison. Pas de souci, je répare et reprends la piste. 14 km après Mbago, après avoir pédalé dans la forêt dans des endroits vraiment sombres, et d’autres en plein cagnard parce que ressemblant à des déserts de pierres, j’arrive soudain sur un vaste chemin empierré : AREVA a étendu son champ d’investigation jusque là. Les 16 km suivants me permettent de belles pointes de vitesse à près de 40 km/h. un vrai plaisir ! Je rentre dans Bakouma et salue tout un tas de gens très étonnés de me voir arriver en vélo. Les jeunes qui sont en retraite de confirmation cessent un instant d’écouter le catéchiste et me suivent du regard, pendant que d’autres plus petits courent derrière moi. Il est 16h15, et je suis heureux d’arriver. La soirée et la journée du lendemain sont synonymes de repos, j’ai même le temps de regarder un épisode de « l’homme qui tombe à pic » sur la chaine Direct 8 et de regarder le journal sur France 24 et TV5 Monde. Gaétan et moi passons de longs moments à échanger sur tout un tas de sujets concernant les écoles, les élections à la paroisse de Zacko, l’assemblée diocésaine des Légionnaires à Bakouma, la venue de l’évêque ... Bakouma, c’est aussi le plaisir de converser au téléphone avec la famille et quelques amis, et ça, c’est un vrai bonheur.

Vendredi matin, j’ai présidé la messe, puis j’ai pris la route vers le Nord, direction Zacko. C’est parti pour 60 km sur cette piste que je connais presque par cœur. En 4h30, j’ai doublé plus de 25 trafiquants et en ai croisé presqu’autant, salué des dizaines de gens marchant à pied ou assis devant leurs portes, dégusté une papaye offerte par Hélène, de Calebasse. J’ai enfilé une petite boite de crème de marron en provenance de Louveciennes et avalé tout un tube de lait concentré clermontois. 12h, j’arrive à Kono, et là m’attendent trois petits jeunes de Zacko venus à ma rencontre : Mahamat, Armando et son frère Aristide. Ils sont arrivés à pied, pour le plaisir et me redire leur amitié pour moi. Vraiment c’est touchant : ils ont fait 12 km dans chaque sens à pied, rien que pour m’attendre et m’accompagner un moment. J’arrive à la maison à 12h45, et partage le déjeuner avec Aubin, qui me donne les nouvelles de ces derniers jours. Je reprends mon vélo pour me rendre à Fungu, où je reste près de 30 minutes allongé dans l’eau chaude. Après l’effort, le réconfort ! 15h30, Caritas m’attend ; je leur donne des nouvelles d’Alphonse, toujours hospitalisé à Bakouma ; ils m’en donnent de Désiré. On fait un programme d’achat de nattes pour les pauvres, et on médite la parabole des talents. Soirée très courte : à 19h30, je suis au lit !

Samedi, tout un tas de trucs à faire ; des planches à acheter pour les tables et bancs du centre polyvalent, la rencontre avec les choristes, le suivi des chantiers et des travaux effectués par les Servants. Idem dans l’après-midi, et en fin de journée, discussion chez moi avec divers enfants et jeunes.

Dimanche matin, messe et, au moment de la quête, dépôt dans l’urne des bulletins de vote permettant d’élire le nouveau Vice-président de la paroisse. 370 bouts de papier bleus sont allés s’empiler dans le sac en osier. 366 bulletins seront retenus, et au final une course entre deux des trois candidats : Marc et Daniel. C’est finalement le second qui l’emporte avec 178 voix contre 170, le troisième, Jacques, n’ayant obtenu que 15 voix. Daniel devient donc « mon » Vice-président. Dès 16h ce même jour, il est venu à la maison et nous avons commencé à réfléchir sur les membres du Conseil. On a poursuivi aujourd’hui dans l’après midi, après la réunion avec les membres de l’ancien bureau. Ce matin, Benjamin le catéchiste et moi avons rencontré tous les candidats à la Confirmation, afin de voir leur situation, et les préparer à entrer en retraite début décembre.

 

            JEUDI 20  NOVEMBRE, 8h45

 

            La fraicheur de la nuit est encore présente ce matin dans la vallée de la Zacko. Le ciel s’est couvert dans la nuit, et travailler dehors à cette heure pourtant avancée de la matinée est fort agréable. Assis à mon bureau, j’entends les voix des enfants de CP qui récitent les tables d’addition. Les CM se sont emparés de machettes et de houes afin de nettoyer l’arrière des bâtiments de l’école envahi par les hautes herbes. Les garçons de CE1 et CE2 allant cette semaine à l’école l’après midi, quelques-uns, Servants pour la plupart, arrangent le terrain situé en contrebas du centre polyvalent, afin d’en faire un espace de jeu pour les petits de l’école. Ils taillent les arbres, égalisent le sol, extraient les souches des arbustes. On entend les bruits de coup de marteau des maçons qui frappent les serre-joints afin de réaliser le chainage haut du centre polyvalent. Les travaux avancent à toute vitesse : ils ont débuté le 7 octobre dernier par le premier coup de pioche ; les murs s’élèvent aujourd’hui à plus de 2 mètres, et le chainage haut va jouer le rôle de ceinture de béton sur laquelle on va pouvoir monter les 4 pignons. C’est aussi le bruit des burins dans les murs de l’hôpital qui résonnent ; l’équipe pose les grilles aux motifs très sympas, dont des rosaces qui rappellent les dessins qu’on fait au compas qui voient s’entremêler des courbes harmonieuses. D’autres ouvriers s’activent à la pose des lambris à l’intérieur et à l’extérieur. La forme en berceau qui caractérise l’extérieur de l’aile des chambres est originale et vaut le coup d’œil. Vraiment, le bloc opératoire a belle allure !

Mardi matin, j’ai pris le petit déjeuner avec les 4 catéchistes responsables de la confirmation dans leur communauté ; Pierre est venu de Kono, Augustin de Bamara, Jolys et Benjamin du Centre. On a bâti le programme de trois semaines de retraite. Ce fut un bon moment, j’ai apprécié ce temps de réflexion sur la Parole de Dieu, les Sacrements, les prières ; j’ai mis l’accent sur un aspect nouveau pour eux, et si essentiel dans la région : le service des plus pauvres. Ainsi, on a décidé que deux matinées par semaine seront consacrées à visiter les pauvres et les malades des quartiers. Les confirmands pourront laver leur linge, nettoyer la maison et ses alentours, puiser de l’eau et pourquoi pas leur apporter quelques produits des champs. La retraite, c’est du sérieux : chaque matin de la semaine, rendez-vous à 6h pour la messe ou la prière, puis écoute de La parole de Dieu de la journée ; ensuite, travail communautaire pour l’église ou au service des pauvres. 10h30, enseignement sur un sujet de fond, puis pause. Chacun retourne chez soi pour le repas et le repos. Reprise à 15h pour 1 heure 30 sur la Parole de Dieu, puis fin avant la nuit qui tombe à 17h.

Durant ces trois semaines, Vermont et moi nous partagerons la tâche avec les catéchistes des trois lieux. Ce sera l’occasion de rendre visite aux confirmands réunis à Bamara et Kono.

L’après midi, réunion à l’école ; j’avais reçu une convocation signée du maire (en fait « le premier adjoint intérimaire », c’est son titre officiel), m’invitant à une réunion importante. Arrivé à l’heure prévue, c'est-à-dire 14h, je salue l’unique chef de quartier arrivé lui aussi à l’heure. L’ensemble des gens convoqués est arrivé lentement, et le dernier fut Alain Arraballé, le « convocateur ». Il a ouvert la salle de classe à 15h10 …

Toutes les personnalités convoquées étaient conviées à faire le programme de la Fête Nationale dans notre bonne ville de Zacko. Une des décisions a consisté à choisir une date autre que celle de la Nation qui fête cela le 1er décembre. Raison du changement de date : rendre possible la venue des personnalités qui veillent sur Zacko, certes de très loin, mais qui sont « nos » supérieurs : Madame le Maire de Bakouma et Mr le Sous-préfet. Ainsi la fête du 1er décembre aura lieu le … 5 décembre. Entre nous, ça m’arrange plutôt ; je pourrai sans doute y participer au retour de l’ordination de Vermont. Cela aurait été impossible le lendemain de l’ordination. Quand est venu l’épineux sujet des cotisations par couche sociale (ce qui veut dire par profession ou responsabilité dans la société), afin de faire un bon repas le 5 au soir, chacun a essayé d’en payer le moins possible. Les chefs ont refusé de verser 2500F le Maire a statué sur 2000, provoquant un tollé chez eux. Les gens professions libérales (appelées ici chefs de service) se voyaient contraints à verser 5000F, la négociation les amène à payer 3000F. Et moi, et bien, c’est le même tarif que ces derniers. Chaque corporation a ainsi marchandé pour en payer le moins possible : outre les chefs de village et les chefs de service, il y a les commerçants avec magasin, ceux avec simple tablette (qui participent à hauteur de 500F au lieu de 1000F), les bouchers (un groupe à part), les artisans miniers, les collecteurs, les éleveurs. A l’unanimité, j’ai été élu trésorier de l’organisation de la Fête Nationale Centrafricaine à Zacko. Il m’a fallu refuser, vu que les jours qui précèdent, je les passerai à Bangassou. Paul Sappaï a donc été élu trésorier. Et la nuit tombante nous a amené à clore cette réunion. Prochain rendez-vous, le 25 novembre, pour faire l’état des comptes et mettre en place l’organisation du défilé par Eglise et corporation, ainsi que du repas des personnalités.

Mercredi matin, après la messe et le petit dèj, diverses visites ici ou en ville ont occupé mon temps, et il en fut de même hier et ce matin. C’est l’occasion de recevoir des gens, de rendre visite à d’autres. Je suis aussi à la recherche d’un costume pour l’ordination, et croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire. D’abord parce que je n’aime pas porter un costume. Ensuite parce qu’on est à Zacko, et que c’est un peu plus compliqué qu’à Clermont-Ferrand. En effet, il faut trouver le beau coupon de 2m50, et le bon tailleur qui vous fera un sur mesure qui vous corresponde. Je n’ai pas trop envie de me retrouver dans la situation du sketch de Fernand Raynaud … Hier, je suis passé chez Albert le tailleur, père de jumeaux qu’il a prénommé Moïse et Jéthro (cf. votre culture biblique, ou cruciverbiste !). Le coupon découpé, de couleur gris clair, commence à ressembler à quelque chose qui pourrait finir par être effectivement un costume digne de ce nom. La patience est de rigueur, mais l’échéance est proche : je pars lundi.

Le menuisier Cyril n’est pas près d’être au chômage : il a du pain sur la planche, au sens propre : 40 tables et autant de bancs sont nécessaires à l’école, et 20 bancs pour l’église de Bamara. Chaque jour, je paye des planches de 5m de long et de largeurs diverses, afin qu’il n’y ait pas de rupture des stocks. Les planches sont de qualité diverses, et le rabotage plus ou moins fastidieux. Mais la production est quasi à la chaine, Cyril s’organisant bien dans son travail.

            JEUDI 20, en soirée

 

            Le temps m’a manqué ce matin pour finir ma relecture de ces derniers jours ; il faut savoir qu’à chaque récréation, des dizaines d’enfants envahissent l’espace ombragé devant la maison, et nombreux sont ceux qui font halte dans mon bureau, pour discuter, voir les photos, les albums … Je me suis rendu en fin de matinée au marché et au centre de santé où j’ai réglé les frais engagés pour Désiré : 10 300 FCFA. C’est environ 15€, ce qui, je le rappelle, est une grosse somme puisqu’elle correspond à 1/2 salaire de base, pour celui qui a la chance d’être salarié. Aubin a laissé un moment le montage du four à brique pour venir déguster avec moi les derniers morceaux du singe qui nous régale depuis quelques jours. Après un petit temps de repos, bricolage puis discussion sur le lieu avec les Servants qui finissent de nettoyer l’espace des enfants de maternelle. S’en suit une réunion à l’école, non plus convoquée par la mairie mais par le nouveau président du foot de Zacko, Victorien. Je suis nommé au bureau, comme Premier Conseiller technique (sans commentaires) Je vais devoir jongler avec un emploi du temps parfois un peu complexe, mais c’est bien, je trouve, d’entrer dans une organisation apolitique et areligieuse dans le lieu où je m’enracine. En fait, côté foot, ça ne s’arrête pas là puisque j’ai appris, au moment d’entrer dans la salle de réunion, que je suis également nommé président actif du club Olympique de Béal ! Le président en est Abou Ganda, le gardien c’est mon cuisinier ! Je ne sais pas qui est à l’origine de cette nomination, mais j’ai compris que je ne pouvais pas refuser. Et rebelote avec les questions d’agenda, et de jonglage !

            Hier jeudi, première réunion du nouveau Conseil. Entre déception et joie, dirais-je. Déception de voir arriver l’ex-SG porteur du cahier de compte (tiens, c’est donc son travail ? Mais où est passé le commissaire aux comptes ?) Terrible ce cahier, c’est en réalité un faux. Ecrit à la va vite par la même main et le même Bic, avec des entrées qui semblent justes, mais avec des dépenses fausses, d’autres absurdes, et au final un bilan déficitaire alors qu’il y a quand même 5885 FCFA dans la caisse ; quand même, ou seulement. Mais ça c’est encore autre chose. C’est clair, les prédécesseurs se sont bien servis. Un jour, ce qui est caché apparaitra au grand jour … Joie de me trouver entouré de gens que j’apprécie depuis longtemps, et je crois que c’est réciproque. On a bien travaillé, chacun des membres présents (5) a pu s’exprimer sans gêne. Marie-José, présidente de Saint-Vincent de Paul, acceptera-t-elle de devenir SG à la place du SG sortant (et sorti) ? A elle de nous le dire ; perso, j’espère.

Hier chez le maire Alain, il y avait un jugement prononcé suite à plainte : commencé à 7h, ils ont fini vers 13h. Déjà vous imaginez les palabres à n’en plus finir, assis sous la paillotte et les manguiers alentours. C’est surtout le sujet qui est pour le moins étonnant : un homme relativement âgé est jugé localement (avant que la justice du tribunal ne s’en empare) pour avoir tué 4 personnes, une en 1977, une autre en 1999, une autre en 2001, et enfin en 2005. Mais pourquoi, et surtout comment ? Et bien l’affaire a éclaté ces jours-ci parce que la femme de Félix, un chef de quartier, s’est retrouvée soudainement avec un ventre qui devenait de plus en plus proéminent. Elle comme lui étant sûrs  qu’elle n’est pas enceinte, ils vont à Bakouma pour une consultation, et là on leur dit : « vous êtes enceinte » elle se défend, et ils se rendent à Bria, où la réponse est la même. Ils vont alors un peu plus loin, à Ippy. Là, un médecin décide d’opérer. Que trouve-t-il dans le ventre de madame ? Et bien, croyez-moi ou non, il y avait 6kg800 de pourriture !!! L’opération se passe, et Félix revient à Zacko ; mais entre temps, sa femme lui raconte une mésaventure arrivée quelques semaines plus tôt avec un voisin ; celui-ci, la voyant revenir des champs, lui demanda quelques bananes du régime qu’elle portait sur sa tête, et elle a refusé. Court palabre, puis terminé. Et bien en fait, non, pas terminé : le brave monsieur l’a tout bonnement ensorcelée en mettant des bananes dans son estomac, des tas de bananes. Ah, ne me demandez pas comment, j’en sais rien, et puis je ne sais pas si j’ai envie de savoir. En tout cas, le mal est fait. Lui dit que c’est par des ficelles tirées proches de la personne qu’il arrive à ses fins. Convoqué et sommé de s’expliquer, il a reconnu hier sa responsabilité dans la mort de 4 personnes. Chacune d’elle a été tuée de façon similaire à l’empoisonnement de la femme du chef. Stupeur et colère chez Félix et les auditeurs. Que faire devant une telle situation ? Ces aveux arrivent alors qu’aucune pression, aucune torture physique ou morale n’a été exercée sur le prévenu. Mystère de l’Afrique et de ses habitants. En tout cas, Félix peut dormir tranquille, le monsieur lui a certifié qu’il avait desserré les ficelles, elle ne mourra pas. Le personnage est plus qu’encombrant, puisqu’il peut nuire à toute personne refusant d’obtempérer à ses demandes. Le procureur de la République de Bangassou a du boulot. Et moi, dans tout ça ? Et bien je dors tranquille, rassurez-vous ! Mais quand même, tous ces trucs-là, c’est bien mystérieux !

 

            MERCREDI 26 NOVEMBRE, 20h

 

            Arrivé à Bangassou depuis lundi, je peaufine les dernières lignes de ce chapitre avant de le mettre en connexion.  La fin de semaine dernière a été un peu comme un marathon, l’objectif étant de clore un certain nombre de choses avant mon départ pour la ville épiscopale. Ainsi, vendredi après midi, j’ai rejoint Kono en vélo afin de rencontrer les candidats à la Confirmation ; idem le lendemain samedi à Bamara, toujours avec le VTT. Ces rencontres se sont bien passées ; cela dit, elles révèlent le niveau de compétence parfois bien faible de tel ou tel catéchiste, dans sa façon d’accompagner les catéchumènes que la communauté lui confie. Dans ce qui m’est dit, il y a des choses parfois très approximatives, et il m’est difficile de savoir précisément ce qui a été fait du parcours proposé par les diocèses de RCA, ce qui reste à faire. Maintenant que des prêtres résident sur place, les catéchistes se révèlent tels qu’ils sont ; et les prêtres découvrent qu’il y a encore beaucoup de travail au sujet de leur formation. La mise en place du Conseil de Zacko, autour de Daniel, s’est effectuée dans la concorde. Les nouveaux membres sont motivés ; pourvu que ça dure ! Je vais m’y atteler. Dimanche matin, les 10 membres, 8 hommes et 2 femmes, ont été présentés à la communauté après le temps de la Communion. Daniel a dit un petit mot puis j’ai demandé la bénédiction de Dieu sur chaque membre de la nouvelle équipe. J’ai eu beaucoup d’échos positifs des choix que Daniel et moi avons faits. L’avenir nous dira si se sont les bons. Après la messe, réunion de travail pour se partager les tâches urgentes à faire pendant mon absence. Une autre réunion a suivi, concernant l’école maternelle, suite aux retards de la maitresse le matin, et à des absences injustifiées. Le président de l’APE a mis les points sur les « i » afin que la centaine d’enfants n’errent pas dans Zacko toute la matinée.

            L’après midi de dimanche a été hachée par un cortège de visites en tous genres ; des gens sympas, d’autres beaucoup moins agréables ; certains venant porter qui un colis, qui une lettre pour Bakouma ou Bangassou, d’autres venaient m’envahir en me suppliant de les emmener. Une femme et sont petit se sont d’ailleurs presque couchés avec leurs bagages devant la voiture lundi matin, alors que j’avais la veille clairement refusé de les prendre, puisqu’il n’y avait plus de place. Bon, en tout cas dans l’après-midi de dimanche, j’ai pu quand même mettre le nez dans le moteur de la voiture, et replacer le vase d’expansion du radiateur qui s’était fait la malle, et vérifier les niveaux divers d’air, d’eau, d’huiles. Soirée consacrée aux bagages, et gros dodo jusqu’au lendemain. je ne vous cache pas que je suis content d’avoir bien dormi alors que par ailleurs, j’appréhendais de reprendre la piste avec la voiture, qui est toujours un peu souffrante.

Tout s’est bien passé lundi : j’ai embarqué tout le monde prévu, y compris un jeune homme bien mal en point à cause d’une hernie étranglée qui, risquant de le conduire à la mort, devait être opérée de toute urgence à Bakouma. On y est arrivé à 11h45, et il a été rapidement pris en charge. On est reparti pour Bangassou vers 14h, et à 60 km de l’arrivée, un homme bondit en travers de la piste, me suppliant de m’arrêter ; il valait mieux pour lui que j’obtempère …  Ce père de famille me supplie d’emmener sa femme enceinte, quasi à terme, et qui souffre de très fortes douleurs, suite à un fibrome, peut-être. Mes passagers se serrent, et nous voilà repartis, mais beaucoup moins rapidement que jusque là, vu qu’à chaque trou dans lequel rebondissait la voiture, la femme gémissait … La nuit était tombé depuis près de 45 minutes quand on est arrivé à l’hôpital général de Bangassou, où l’équipe de garde a pris le relais ;  j’ai déposé Angèle et son fils Michel à Maliko, d’autres passagers à Banguiville, puis suis allé saluer les lycéens de Zacko et Bakouma qui vivent en « coloc ». J’ai apporté un énorme sac de kaoya, du riz, de la pâte d’arachide, un fagot de canne à sucre, tout ceci provenant des parents de Fred et Manu qui habitent Kono. Ils étaient bien contents de pouvoir changer de régime alimentaire, nos 5 gars !

Mardi, j’ai passé quasiment toute la journée à porter du courrier et des colis en ville : arrêt à la prison auprès des jeunes de Zacko détenus pour le courrier et un peu de nourriture, au tribunal pour porter les plaintes déposées à la gendarmerie de Zacko contre ces mêmes jeunes (!), à Bangondé auprès des lépreuses et des malades du SIDA venus de Zacko, visite dans la famille du catéchiste Désiré, afin de donner des nouvelles de sa santé, discussion avec les petits séminaristes qui attendaient lettres et boites de pâte d’arachide. Un petit temps à Internet m’a permis de jauger l’ampleur de la tâche qui m’attend devant mon écran d’ordi connecté. Soirée cool chez les Courde autour d’une tisane « les deux marmottes », alors qu’il neige en France et que Clermont est, parait-il, recouverte d’un blanc manteau.

La rencontre pastorale diocésaine a débuté ce matin. Et ainsi ce termine ce 14è chapitre.
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