Partager l'article ! Carnet de bord, chapitre 8!: VENDREDI 4 AVRIL, 20h10, BAKOUMA Nous nous sommes quittés alors que parti de Zacko diman ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
VENDREDI 4 AVRIL, 20h10, BAKOUMA
Nous nous sommes quittés alors que parti de Zacko dimanche après-midi, j’arrivais à Bakouma, en attente de voyage pour Bangassou. Le séjour à la préfecture qui est aussi la ville épiscopale s’est bien passé avec, comme à chaque fois, pas mal de temps passé au cyber. 3h30 devant l’écran de mon ordi, que j’ai la possibilité de brancher aux côtés des ordis fixes du lieu. 3h30 à lire de nombreux mail, 55 cette fois-ci, dont pas mal de « joyeux anniversaire ! » Merci à tous ceux qui y ont pensé, de cette manière ou d’autres tout aussi sympa. Je ne peux répondre à chacun, veuillez me pardonner. Mais j’essaye de le faire, et vous remercie pour chacune de vos correspondances. Nombreuses sont celles qui sont liées à la découverte et la lecture du blog, grâce auquel vous avez des nouvelles régulières de ce qui se vit ici et que je partage avec les gens de tous horizons. Les photos sont superbes écrivent beaucoup d’entre vous ; elles se veulent soutien à la découverte de la région et de ses habitants.
Bangassou, c’est aussi le téléphone. Plus facile pour les contacts en direct ; rien ne remplace le son de la voix de ceux qu’on aime et qui nous aiment. Parler, écouter, c’est possible ici,
enfin quand ça fonctionne du côté de l’émetteur de Acell, une des compagnies de RCA, auprès de qui j’ai souscris un abonnement à cartes. C’est parfois un peu hasardeux d’entrer en communication
avec l’Europe ou les USA. Je profite quand même bien de mon séjour pour passer et recevoir quelques coups de fil. Au fait, bientôt je serai joignable à Bakouma ! Eh oui, la société Orange
finalise l’installation de l’antenne qui, du haut de ses 45 mètres, domine la ville et ses alentours. Orange, c’est l’obligation pour moi d’acheter un nouveau téléphone… sachant qu’il n’y a pas
cette compagnie à Bangassou… . Espérons que celui qui s’installera un de ces jours à Zacko, ce ne sera pas un autre opérateur que ces deux là !!! (il y a en effet deux autres
opérateurs dans le pays: Telecel et National Link). C’est quand même un bon signe de développement, quand des compagnies investissent dans tout le pays, provoquant certes une multiplication
des antennes émettrices et des relais, sur nombre de petites hauteurs qui jalonnent ce vaste plateau qu’est la République Centrafricaine. Dans la nuit, ce sont les seules lumières qui
scintillent, dominant de leur rouge intense les villes où elles sont implantées. C’est vraiment utile, et tout comme en Europe, c’est un bon moyen de lutter contre l’enclavement, ici lié au
réseau routier dégradé et aux grandes distances existant entre deux villes. Il y a dans le pays à peine 4 millions d’habitants, et c’est plus grand que le territoire français : 620 000
km2. Alors, vous comprenez combien sont autres les réalités de communication. D’ailleurs, la radio nationale, Radio Bangui, organise depuis des années un service d’information auprès des
familles, quand un décès survient. Chaque jour dans l’après-midi, nombreux sont ceux qui ont l’oreille collée à leur poste radio, à l’écoute de l’animateur qui diffuse les messages liés au décès
de quelqu’un, que ce soit survenu à Bangui ou ailleurs. C’est actuellement le moyen quasi unique de relier les Hommes entre eux. Et c’est alors que
des familles cherchent par tous les moyens à se rendre sur le lieu, pendant que d’autres organisent sur place la place mortuaire qui permettra de vivre cette étape en communion avec ceux de
Bangui ou d’ailleurs réunis autour du défunt. Oui, communiquer, c’est la préoccupation constante de tous les Humains, je pense. On entend moins aujourd’hui, le long du fleuve Mbomou, le son des
énormes tambours ou des troncs creusés, dont le son portant à plusieurs kilomètres permettait de transmettre des nouvelles aux villages établis sur la berge. Aujourd’hui, ce sont les trafiquants
poussant leurs vélos chargés de sacs de manioc et de nguli, l’alcool de manioc, qui acceptent très souvent bien volontiers de « jouer » au facteur, transportant le courrier d’un lieu à
l’autre, le déposant au passage à la bonne adresse. Ainsi, il nous arrive à Zacko de recevoir des lettres de Ouango, à 280 km au Sud, ou plus simplement de Bakouma.
Le petit chapitre communication est refermé, provisoirement !
Bangassou, ce fut aussi pendant ces trois jours des visites faites à Bangondé auprès de Claudia. Elle marche, c’est bien vrai ! Elle se tient en effet debout, et avance en s’appuyant sur ses
béquilles. Les deux jambes sont encore plâtrées, mais la joie se lit sur son visage. Elle était toute heureuse de me faire une longue démonstration ; je ne vous dis pas la joie que j’ai
ressentie. Sa maman est aussi très heureuse ; quant au petit frère Samedi, il ne comprend pas encore tout, mais il est très gai. Ombre au tableau : la tristesse et même les larmes ont
envahi le visage de Claudia quand sœur Sonia, puis un peu plus tard moi, lui avons dit qu’elle devait rester ici encore deux semaines, le temps qu’elle apprenne à se redresser et à déambuler sans
les plâtres, ou seulement avec les plâtres gouttière. Elle ma dit sa préoccupation au sujet de sa confirmation ; elle s’est tant absenté qu’elle craint de ne pouvoir la célébrer ; je
l’ai rassurée en lui disant que tous les amis l’attendent, et qu’elle sera de la fête, le moment venu ! Sa maman sait que la présence ici est nécessaire, mais elle pense aussi à son champ,
que personne ne travaille depuis plus d’un mois ; ce ne sera pas facile au retour. Elle patiente, c’est un beau témoignage.
Bangassou, c’est souvent des retrouvailles entre coopérants ; je n’en suis pas, mais suis chaque fois invité à leurs diners du lundi soir ; j’avoue que j’ai apprécié l’omelette et les
pommes de terre françaises arrivées de Bangui par l’avion venu chercher Matthieu et Clotilde. Merci à John, le pilote ! Et il y a surtout nos échanges, notre amitié ; c’est le plus
important. Mardi matin, Marie-Do s’est empressé de me couper les cheveux, et j’ai terminé la matinée … en me taillant la barbe. Si si, je l’ai vraiment coupé, il reste un fin filet. Bon, c’était
le premier avril, mais ce n’est pas un poisson ! Patientez, vous verrez les photos dans quelques semaines, lorsque j’aurai trouvé un facteur sûr pour envoyer le CD les
rassemblant.
Bangassou, c’est un bain dans les réalités diocésaines : je partage ce qui se vit à Zacko, et j’écoute ce que
rapportent les confrères, les religieuses, les laïcs rencontrés autour de la table à la maison de la Cathédrale qui grouille de monde en permanence. C’est aussi, quand il est présent, un temps
privilégié de dialogue avec Mgr Aguirre, l’évêque du diocèse. Cette fois-ci, nos dialogues ont porté sur sa visite à venir dans la paroisse de Zacko, et sur les chantiers en cours, les projets.
Il est à l’écoute, et accompagne les idées qui germent. Concernant par exemple la question de l’eau à Zacko, il m’emmène dans la réserve et me présente un réservoir de 1100 litres tout neuf, et
des gouttières pour la maison. Y a du bricolage en perspective !
Bangassou, c’est aussi le temps des courses, pour nous, et pour d’autres. La liste, les listes sont plus ou moins longues, et très
éclectiques : ça va du ketchup et de la moutarde pour Bakouma à la pompe à liquide d’embrayage pour la Bengué (c’est ainsi qu’on nomme ici les voitures hors d’âge et qui roulent encore), en
passant par plus de 20 cuvettes de manioc négociées 1300 francs la cuvette (au lieu de 1500 – 1400, comme on le dit ici) et destinées aux communautés de Bakouma (5 cuvettes et demi) à celle de
Zacko (4) et aux cadets d’Aubin (12). J’ai emmené Gaston, le sentinelle de jour, jusqu’à Lungugba (20 km vers l’Ouest) où le marché est vraiment intéressant. Il m’a aidé à remplir et à charger
les 6 grands sacs, qui occupent la moitié de l’arrière de la voiture, avec le fut de 200 litres de gasoil, autre élément indispensable des courses, et qui bouffe à lui tout seul quasiment tout le
budget. J’ai acheté 10 cartouches de gaz pour le réchaud de Zacko, ou le prix est au moins 50% plus cher qu’ici, du papier toilette (même réalité !) et quelques bricoles alimentaires. J’ai,
enfin, trouvé du shampoing ; c’est banal, du shampoing, vous me direz. Et en plus j’ai les cheveux vraiment courts, alors pourquoi s’obnubiler la dessus ? Et bien parce qu’il me reste
suffisamment de cheveux pour qu’ils méritent que j’en prenne soin (parce que je le vaux bien…), et si je vous en parle, c’est parce que, à Zacko comme à Bakouma, je suis entré dans chaque
commerce, quelque soit sa taille et les produits exposés, pour demander en sango : «vous vendez du shampoing ? » Entre ceux qui me disaient : « un
chapeau ? », et ceux qui me répondaient : « qu’est ce que c’est ? » (eh oui, ça ne s’utilise pas vraiment ici), je suis rentré bredouille (… comme on dit dans le
bouchonnois… Amateurs des « Inconnus », dénoncez-vous). Alors, vous imaginez ma joie quand chez Demba, le grand bazar de Bangassou, j’ai vu deux bouteilles poussiéreuses au sommet d’une
étagère ! J’ai poussé un ouf de soulagement, et j’en ai acheté une, une seule, en pensant à celui qui, prochainement, aurait la même envie que moi.
Jeudi matin, bien chargés de tant d’achats, Simplice et moi prenons la route, ainsi que 4 passagers (seulement 4, y a pas de place pour plus, et nombre de gens ont été déçus de ne pouvoir embarquer à bord de ce taxi entièrement gratuit). L’après midi à Bakouma fut cool, ainsi que ce vendredi 5 avril. J’ai travaillé un moment ce matin mon intervention sur l’espérance, que je proposerai aux abbés lors de notre rencontre à Bakouma du 9 au 13 avril prochain.
MERCREDI 9 AVRIL, 14h30
De retour à Bakouma après une escapade à Zacko, je profite d’un temps de calme pour ouvrir l’ordi et poursuivre l’écriture du carnet. Ces 3 jours à Zacko ne furent pas de tout repos, loin s’en faut ! Et moi qui pensais avoir mon lundi pour faire un reportage photo sur les métiers de Zacko, ce sera pour plus tard.
Non, ce ne fut pas de tout repos ; commençons par le plus intime, mon estomac : « Non ! Encore ! », diront certains. Et si, je suis habité par des locataires
d’un genre nouveau, les œufs d’ankylostome ; et en plus, ils sont nombreux, aux dires de Daniel, le sympathique laborantin du centre de santé de Zacko. Je n’ai pas trainé, et suis bien
traité ! J’espère que mes locataires vont décider de rompre leur bail le plus rapidement possible, afin de retrouver ce à quoi je tiens tant : la paix intérieure…. (!)
Un autre évènement a focalisé toute mon attention. Beaucoup plus grave. Dans le centre de Zacko, une femme de notre communauté, Hélène, a été torturée longuement dans la nuit de lundi à mardi
dernier par une famille qui l’a trainé de force hors de chez elle jusque dans leur case, dans un quartier éloigné du sien. Les coups ont plu, y compris avec une chaine de vélo, et il s’en est
fallu de peu pour qu’elle n’y passe pas. Que s’est-il donc passé ? D’où vient ce soudain déferlement de violence ? Cette femme est accusée de Likundu, autrement dit de sorcellerie.
Comment cela commence-t-il ? Souvent ça remonte à loin, comme on dit. Dans le cas d’Hélène, je vais m’essayer à une synthèse de ce qui s’est passé, en recoupant les propos de gens différents
avec qui nous en avons parlé. Une femme, atteinte de maladie depuis 4 jours, est soignée à la maison et sans consultation de médecin. Ne sachant que faire vu la santé de plus en plus précaire,
les membres de la famille font appel à diverses personnes qui vont proposer des remèdes ; d’autres personnes viennent spontanément auprès de la malade. Hélène est parmi ces gens là. Puis un
soir, on verse dans les yeux de la malade un produit afin qu’elle dise qui l’a ensorcelé. Dans un délire plus ou moins agité, elle nomme Hélène. Alors les membres de la famille descendent dans le
quartier des bords de l’Ambilo et attrapent ladite Hélène pour la trainer devant la malade. Arrivée devant elle, la pauvre Hélène se met à proposer des potions à base d’herbes et d’écorces
diverses. Et ça marche, la malade retrouve un peu d’appétit. Conclusion, Hélène avait bien ensorcelé la malade. Elle se défend, et sous la torture, donne le nom d’une autre personne, un de ses
voisins. Nouvelle descente de la famille qui ramène, non sans violence, le pauvre type qui dormait chez lui. Et à nouveau torture dans la maison, afin de lui faire avouer de quel mal souffre la
malade, et pour quelles raisons elle a été ainsi ensorcelée. Hélène a réussi à s’enfuir en prétextant qu’elle devait aller aux toilettes ; au cœur de la nuit, elle s’est enfoncée dans la
brousse où elle est restée cachée plusieurs jours. Quant au voisin, il ne doit son salut qu’à l’intervention du chef de quartier, qui est (enfin) intervenu… Aujourd’hui, Hélène et le voisin, diacre de l’église Baptiste toute proche de nous, sont à la gendarmerie, à la fois libres et bien gardés, afin que la famille
de la malade ne les assassine. A la fin du Conseil paroissial, dont Hélène est membre, tous nous sommes allés leur rendre visite, et prier avec eux. Dimanche matin, cette affaire a éclipsé les
Disciples d’Emmaüs à qui l’Eglise Catholique avait donné rendez-vous pour ce dimanche. Après la lecture de l’évangile, j’ai prêché sur ce sujet grave. J’ai d’abord dit mon indignation. J’ai
rappelé qu’il y a un mois, une femme du Mouvement Légion de Marie nommée Suzanne a subi le même sort à Bamara. J’ai insisté sur la devise du pays : « Zo Kwe Zo », Tout Homme est
une Personne, et tout ce que ça veut dire pour nous, résidents en Centrafrique. J’ai aussi développé ce que le Christ nous appelle à vivre à sa suite : le ressuscité vient chasser nos peurs
et nous libère de tout ce qui fait naitre la haine et la violence. Nous sommes disponibles à la paix qu’il nous donne, et que les Béatitudes nous rappellent sans cesse. J’ai insisté sur un autre
aspect : aucun homme ne fait justice lui-même ; vivre dans une société, une république, offre des droits et entraine des devoirs, dans tout ce qui concerne l’art de vivre ensemble. J’ai
interpelé la communauté afin que les membres osent réagir, intervenir, ne se taisent pas malgré la peur, et malgré les mystères qui entourent ces questions. J’ai aussi fait un aparté certes un
peu provocateur : « demain, c’est un autre d’entre vous qui subira le même sort ; en effet qu’est ce qui peut l’empêcher ? ». Un long et fort murmure est monté de
l’assemblée. La discussion est ouverte. Je pense bien qu’on y reviendra.
Qu’est ce que j’en pense, et que je leur pas (encore) dit ? Ces histoires de Likundu, c’est quand même bien monté. Le malade est à bout de force, mais on ne demande toujours pas les services
du centre de santé. On administre au malade une potion, des gouttes dans les yeux, ce qui l’amène, parait-il, à voir quelle est la personne responsable de son mal. Vu le nombre de gens qui lui
ont rendu visite, ou vu les embrouilles qu’il peut y avoir avec d’autres, c’est bien facile de lancer une accusation qui servira à exorciser les haines de toutes sortes. La personne accusée est
trainée devant le malade ; si elle connait quelque moyen que ce soit de le guérir même partiellement, elle est accusée de l’avoir ensorcelé, littéralement en sango de « l’avoir mangé
grâce au diable ». Si la présumée sorcière ne trouve aucun moyen, elle est tuée sur le champ, à moins qu’elle ne nomme, sous la torture, le nom d’une autre ; cela aura au moins le
mérite de retarder sa mort, jusqu’à l’arrivée du deuxième accusé, qui va subir le même sort. Un aspect est important dans toutes ces affaires : il ne faut pas oublier que nombreux sont ceux
qui savent soigner à partir de plantes ou d’écorces d’arbres préparées de multiples manières. Mais si partager son savoir débouche sur une telle accusation pouvant entrainer la mort, alors autant
ne rien dire, et fuir…. Quand c’est encore possible ! Autre sujet sensible, c’est la non-intervention des voisins ; dans une ville comme Zacko, dont l’habitat est très serré, on entend
tout, ou presque, ce qui se passe dans la case du voisin, même quand ce n’est que chuchotement. Alors, quand une femme est torturée à coups de chaine de vélo, comment se fait-il que les gens
aient mis tant de temps à bouger ? Complices ? Non, mais paralysés par la peur, non seulement des voisins qui torturent, mais surtout …. du Likundu. Et c’est le cœur du problème. La
traduction, dans le procès verbal établi suite à l’interrogatoire d’Hélène, et que j’ai lu en mairie lundi matin, stipule : elle est accusée d’avoir métamorphosé madame « X ».
Métamorphosé, c’est ce qui peut arriver à quiconque approche les gens accusés de Likundu. Et voilà comment de simples et honnêtes gens se retrouvent au ban de la société, voire poursuivis partout
dans tout le pays jusqu’à ce que mort s’en suive. C’est ainsi qu’une femme, accusée d’être sorcière, est réfugiée avec ses enfants dans la concession de la cathédrale de Bangassou depuis
plusieurs années, protégée par l’évêque d’une mort certaine. Une case lui a été construite, et elle retrouve la paix.
Lundi matin, c’est avec Pierre Lambert, président paroissial de la commission Justice et Paix, que je me suis rendu à la mairie, afin de m’entretenir avec le maire sur ce sujet ô combien
sensible ; il a eu, au début de notre entretien, une expression que j’ai trouvé très juste en même temps que dramatique et lourdes de questions : « ici, les gens prient Dieu, se
rassemblent dans leurs mosquées ou leurs églises pour prier et écouter sa Parole, mais quand il y a des problèmes de maladie, de Likundu, il ne croient plus en Dieu, c’est là le vrai
problème ». Nous avons insisté beaucoup sur le point qui nous semblait clairement de son ressort : la présomption d’innocence, la justice individuelle, et le vivre ensemble. Et alors
même que nous échangions, assis sur la terrasse sous le manguier, passent dans la rue quatre hommes déambulant tranquillement ; ce sont les quatre qui ont torturé chez eux Hélène et l’autre
accusé !!! Mais rien ne peut être intenté à leur encontre, tant qu’il n’y pas la mise en place d’un procès, ce qui est possible si le dossier est porté à Bangassou (210 km) et si un
magistrat se déplace jusqu’à Zacko. Et pourquoi ne sont-ils pas incarcérés en attendant ? Ni déférés à Bangassou ? Et bien parce qu’ils ont suffisamment d’argent et de pouvoir pour
rester libres. Il suffit de soudoyer la bonne personne au bon moment …. Je suis revenu un peu déçu de cette rencontre ; j’ai le sentiment que pas grand-chose ne peut changer. Alors il me
faudra y revenir, afin de ne jamais laisser le silence retomber sur ces attitudes indignes de l’Humain, indignes de l’Humanité, indignes de gens qui s’affirment par ailleurs croyants au Dieu
Unique.
Autres aspects de mon séjour à Zacko, le suivi des constructions. L’absence de ciment dans tout le pays provoque partout
un net ralentissement des chantiers ; Zacko n’échappe pas à la règle, mais ayant acheté depuis longtemps le ciment nécessaire à la construction du magasin et de la sacristie, les ouvriers au
chômage technique sur le chantier du bloc s’activent aux finitions de la maison d’accueil et de ces deux petits bâtiments. Je pense qu’à mon retour, ce sera OK. Le malheur des uns … Non, il ne
faut pas exagérer. Aubin l’architecte, heureux papa d’un petit garçon, aimerait bien nous rejoindre, mais avec un camion rempli de ciment…. Alors, à quand le retour ?
Mardi matin, j’ai pris la route avec, à mon bord, 7 femmes, 6 enfants, et Robert, le chauffeur-mécano de la vieille Toyota, qui rentre
en famille à Bakouma afin de planter les arachides, et veiller sur sa femme qui ne devrait pas tarder à accoucher. Il y avait aussi Ghislain, un ancien Aïta Kwe que j’ai embauché afin qu’il fasse
le suivi des travaux d’entretien de la route, confiés aux villageois de Limit et de Damba. Il faut par endroit déplacer la route, ailleurs élargir, sortir des souches, pousser des cailloux. Je
leur ai fourni des outils en tout genre (masse, pelle, baramine, machette, hache, houe) et de la nourriture (sucre, lait en poudre, semoule de maïs, huile). Ghislain dort à Limit, village situé
au milieu du trajet Zacko – Bakouma, à 30 km des deux localités. À mon retour, on fera le point sur l’avancée des travaux.
16h ; l’orage gronde ; depuis une semaine, on est entré dans la saison des pluies, et des orages, qui sont souvent violents et soudains. Les pistes commencent à se transformer par endroit en champ de boue. C’est le temps idéal pour planter les arachides qui, dans trois mois, donneront de beaux plans. Savez-vous comment se développe un pied d’arachides ? Par marcottage. Vous ne savez pas ce que c’est ? Allez donc vous renseigner. Au fait, les fleurs d’arachides ressemblent grandement aux boutons d’or de chez vous, en France. Vous penserez à tout ça au prochain apéro au coin du feu !!!
LUNDI 14 AVRIL, 9h15
Le soleil brille, la chaleur commence déjà à être quelque peu étouffante, même dans le bureau. Cette journée s’annonce calme. Mais j’ai déjà fait un petit tour dans Bakouma grâce au vélo de la paroisse. J’ai rendu visite au forgeron Timothée, afin de lui confier le travail de découpe d’une plaque de fonte qui permettra de réaliser la table de cuisson de Zacko sur le même modèle que celle de Bakouma. Puis je me suis arrêté chez Myriam, la jeune fille qui garde son plâtre au pied droit jusqu’en juin ; elle avait été opéré par le docteur Onimus. Elle a demandé des nouvelles de Claudia et des autres enfants qui ont eux aussi subi une opération.
Au moment où j’écris ces quelques (!) lignes, Romaric, 15 ans, est assis à ma droite, et s’applique à dessiner une belle maison multicolore. Frédéric, 12 ans, et Paulin, 15 ans, jouent aux cartes, installés dans les fauteuils. Ces trois enfants sont orphelins. Que font-ils chez moi ? C’est toute une histoire où se mêlent pour eux espoir et déception. J’ai fait leur connaissance à Zacko, un soir de la semaine dernière ; deux d’entre eux, Frédéric et Paulin, m’ont abordé alors que je déambulais dans le marché, à la nuit tombante. Ils me demandent tout d’abord un lieu pour dormir et de quoi manger. De la part d’enfants, c’est la première fois que cette demande m’est faite avec tant d’insistance ; je m’assois sur le seuil d’un magasin fermé, ils font de même, et la conversation s’engage. Je les interroge sur leurs origines, les raisons de leur présence ici. Originaires de Bangassou, orphelins de père et de mère, Frédéric et Paulin étaient accompagnés par les pères Comboniens de Tokoyo, la deuxième paroisse de Bangassou. Plus tard, je fais la connaissance de Romaric. Romaric était logé chez sa grand’mère, puis elle est décédée ; la maman étant à Bangui, elle n’a toujours pas été informée du décès, et il est resté sur place… Suite aux grèves de l’école, et n’ayant rien à faire, les trois jeunes ont décidé de « tenter leur chance » à Zacko, puisque d’après ce qu’ils avaient entendu de la part de « grands », il y a facilité à gagner de l’argent. Ils avaient un petit fond – 10 000 FCFA - grâce à des petites choses qu’ils vendaient ; tout l’argent a été mangé par le coût du voyage : 2000 F par personne pour voyager en voiture (celle d’Uramin…) de Bangassou à Bakouma, et 4000 F pour se faire transporter en vélo jusqu’à Zacko, leur Eldorado. Arrivés vers le 27 mars, ils n’ont, bien évidemment, pas trouvé de travail ; ils sont trop jeunes pour accomplir des tâches qui demandent une grande force physique. Après avoir passé plusieurs nuits sous un hangar de paille en compagnie des trafiquants - ces transporteurs de produits en provenance du Sud de la région -, ils ont trouvé un abri chez un restaurateur qui, moyennant quelques services concernant l’eau à chercher au puits, les a nourris chaque soir. Mais ils ont bien vite réalisé que cette situation était sans issu. Et ils ont eu le bon réflexe, celui de m’en parler ; sans doute ont-ils osé parce qu’ils connaissent la qualité d’écoute et de soutien des prêtres de Bangassou. Après ce premier dialogue, je leur ai demandé de revenir le lendemain pour qu’on continue à parler, et puis pour me donner le temps de réfléchir. Le lendemain à la tombée de la nuit, les trois enfants m’ont rejoins à la paroisse, et je leur proposé ceci : n’ayant pas de place pour les emmener à Bakouma le mardi matin, ils me rejoignent là par leurs propres moyens dimanche ou lundi. Ce qu’ils ont fait : hier en sortant de la messe, je les aperçu ; ils arrivaient de Zacko ; partis la veille au matin à pied, ils avaient dormi à mi parcours, dans le village de Limit. Fatigués et sans doute heureux de me retrouver, je leur ai donné à manger de l’excellent coco - c’est une feuille finement coupée et cuite avec une sauce aux arachides et de bons morceaux de viande - et des bananes du jardin. Ils ont pris une douche chez moi ; il fallait voir leur tête quand ils ont découvert que l’eau coulait toute seule sitôt qu’on tournait le robinet ! Ils ont largement profité de cette touche de modernité, puis se sont reposés avant de participer au match de foot des jeunes sur le terrain de la paroisse. Ils ont dormi chez Gaston, le sympathique président de la paroisse qui s’est mis en quatre pour les recevoir. Ce matin, ils ont donné un coup de main pour ranger diverses choses dans la concession, puis sont venus s’assoir. Demain, nous partons pour Bangassou. Je verrai là-bas la suite qu’il faut donner à tout cela. J’en parlerai à Ana, la coopérante DCC chargée des orphelins, et aux pères Comboniens. Cette histoire, c’est l’histoire trop souvent entendue d’enfants comme Paulin, Frédéric et Romaric qui, abandonnés à leur triste sort suite à la mort de leurs parents, se retrouvent dans des situations parfois dramatiques. Si ces trois là sont bien accompagnés à Bangassou, alors ils s’en sortiront. Il faut qu’ils puissent reprendre le chemin de l’école, dès que possible. La vie est belle, ils ont le temps de grandir ; ce ne sont que des enfants. Ouvrons-leur les portes d’un présent et d’un avenir de paix construit ici chez eux, avec eux, par eux.
Programmée du mercredi 9 au dimanche 13 avril, la session des prêtres diocésains s’est très bien déroulée. Les confrères Joseph et Junior, de Gambo, Max et Isaac, de Ouango, Fidèle, Clotaire, Abel, Yvon, et Vermont (diacre en vue du ministère presbytéral) de Bangassou sont arrivés dans l’après-midi de mercredi à Bakouma, retrouvant Gaëtan, Simplice et moi. Dès la première soirée, quelle ambiance ! La joie est grande de retrouver les confrères. Le lendemain matin, après avoir établi le rythme à donner à cette session – rencontre, j’ai fait ma première intervention sur le sujet que nous avions retenu ensemble, avec Fidèle et Yvon : l’espérance. La matinée fut autour de l’Eucharistie comme source d’espérance, puisqu’ouvrant sur la vie éternelle ; le chapitre 6 de Saint Jean a soutenu mon propos. L’après midi, après la sieste, retour ensemble, et temps de carrefour sur ce qui est signe d’espérance autour de nous. Vendredi matin, suite du déploiement du thème, avec intervention autour de l’encyclique de Benoit XVI, Spé Salvi, puis carrefour et ressaisie sur l’espérance dans le ministère que nous exerçons. Les carrefours et les partages ensemble ont été riches et ont touché des aspects très divers de la vie du pays, de celle de l’Eglise, que ce soit au plan national ou au plan diocésain ; et il y a eu beaucoup de choses concernant notre ministère de prêtre diocésain. J’étais heureux de la confiance faite par l’équipe me demandant d’intervenir sur un tel sujet et de susciter la réflexion en carrefour. Je trouve que c’est si important de pouvoir réfléchir sur ce qui est espérance ; le risque est grand en effet, lorsque des prêtres se retrouvent, de ne parler que de ce qui ne va pas… Il y a pourtant maintes raisons de se réjouir, ensemble et avec les gens avec qui nous partageons notre ministère !
Le rythme de la session nous a permis de prendre de bons moments de détente et de franche rigolade, que ce soit au cours de repas ou en soirée, avant et même pendant les films projetés au mur grâce au vidéoprojecteur de Gaétan. On a pu, presque tous ensemble (manquaient les couche-tôt !) visionner les films suivants : Les larmes du Soleil, Vélocity, le Seigneur de Guerre. Et puis il y a eu les 28 ans de Max, célébrés avec faste! La bière a remplacé le champagne, et la crème de mangue verte au lait en poudre était exquise. La visite complète d’Uramin, camp et chantiers, a beaucoup plu à tous ; on y a consacré toute la matinée de samedi. La messe de dimanche matin nous a tous rassemblés avec la communauté de Bakouma ; ce fut pour eux aussi un grand moment. Les eucharisties quotidiennes précédées de l’office du matin étaient en comité plus restreint ; ce dimanche, l’église était comble. Les choristes ont fait de leur mieux, et c’était vraiment bien, sauf le volume sonore développé par la sono mal réglée (comme d’hab’…) Cette session-rencontre fut pour moi, et pour tous, un grand moment ; j’ai vraiment senti la fraternité qui est vécue par les confrères diocésains. J’ai apprécié aussi les conversations en tête à tête avec l’un ou l’autre. Un petit regret : l’absence des trois abbés exerçant leur ministère à l’Est, c'est-à-dire à Mboki et Obo. Trop de kilomètres nous séparent. Dommage. Chacun a repris la route dès dimanche midi. Ce matin, c’est Gaétan qui est parti à Bangassou ; demain, ce sera mon tour, avec les catéchistes de la paroisse de Zacko qui participent à un mois de formation.
MARDI 15 AVRIL, 20h40, BANGASSOU
La fin de la journée de lundi s’est essentiellement effectuée à Uramin, où j’ai longuement discuté avec Christophe, le chef de camp, qui repart pour la France ces jours-ci. Je lui ai remis du courrier pour la famille, et nous avons parlé hydraulique des eaux, et système solaire de pompage. Le devis, envoyé depuis Bangui par la société JTBS, est très bien ; grâce à la pompe solaire, l’eau de Zacko pourra s’élever du fond du puits jusqu’au château d’eau (quand il y en aura un). Le prix s’élève aussi très haut, et « c’est un peu un souci », comme on dit. Affaire à suivre.
Arrivé aujourd’hui à 11h15 à Bangassou après une route sans histoire malgré les fortes pluies de la nuit, j’ai déposé deux passagers embarqués en dernière minute à la mairie, puis les 5 catéchistes de la paroisse de Zacko participant à la session de formation ont rejoint le petit séminaire où les ont retrouvés près de 25 jeunes catéchistes des diverses paroisses du diocèse. J’ai amené Frédéric, Paulin et Romaric dans le quartier de Tokoyo, où ils doivent retrouver leurs marques. A Bakouma, Paulin m’avait confié une souffrance, celle de ne pas avoir été circoncis lors de son enfance. En Centrafrique, les garçons sont en effet habituellement circoncis dès leur plus jeune âge, en tout cas avant 10 ans. La circoncision : cette petite opération consiste à couper la peau qui recouvre le haut du pénis. Signe d’appartenance à l’ethnie, tradition qui remonte à la nuit des temps, reste des rites de passage à l’âge adulte qui, autrefois, étaient de véritables périodes d’initiation aux secrets de la tribu, où les épreuves physiques encourageaient à franchir cette étape avec les jeunes de son âge, et où leur étaient confiés nombre d’éléments de connaissance de la nature, de la vie… Aujourd’hui, un garçon non circoncis est objet de moqueries de la part de ses copains. Paulin en avait trop fait les frais, y compris à Zacko ces derniers temps. Difficile en effet de se laver à Fungu ou dans la rivière Ambilo sans être remarqué sur cet aspect de son corps. Alors il m’a parlé de sa souffrance et, à notre arrivée à Bangassou, nous sommes allés tous les deux voir un interne de l’hôpital régional et lui demander quel processus il faut engager en pareil cas. Il nous a bien reçu, a établi une ordonnance et nous a donné rendez-vous pour demain matin. Je me suis mis en chasse pour rassembler tout ce qui est demandé pour une telle opération. En effet, celui qui doit subir une intervention doit amener au chirurgien tout ce qui est nécessaire. Je monte en voiture à Bangondé, où Sœur Lourdès me procure une partie du matériel. Je repars sous une pluie battante avec une paire de gants de chirurgie, une lame de bistouris, 10 compresses stériles, du sparadrap, des médicaments antibiotiques. Manque à l’appel le fil à peau pour recoudre ce qui doit l’être, et la Bétadine. Je retourne à l’hôpital régional où le pharmacien me dit qu’il n’y a plus de Bétadine ni aucun fil pour suturer les plaies… me voilà bien ! Je repars à la cathédrale (il pleut toujours abondamment) et frappe à la porte des sœurs médecins Sonia et Marcella, Missionnaires Gran Rio. Ouf, elles ont ce qu’il faut, grâce à ce que leur ont laissé le docteur Onimus et son équipe. Il reste à retrouver mes trois petits gars demain matin à 7 heures à l’hôpital.
J’ai eu le temps de rendre deux fois visite à Claudia, et la deuxième fois avec Jolys, « son » catéchiste venu avec les autres pour ce mois de formation. Elle était très heureuse de nous voir. Ce qui ne va pas être simple, c’est de lui annoncer qu’il est nécessaire qu’elle reste encore un mois ici afin de gagner en assurance. Elle fait chaque matin une heure et demie d’exercices, accompagnée par Juliette qui a la patience d’un kiné (et je sais de quoi je parle !). Mais trop peu de séances seraient inutiles. Il faut bien un mois pour qu’elle retrouve force dans les jambes et déambule sans heurt avec ses béquilles. Nous verrons demain ce qu’il en est ; mais Sonia est bien d’accord pour qu’elle reste et suive le processus mis en route depuis l’opération, le 7 mars dernier.
Cet après-midi, après la pluie qui a bien voulu nous ficher la paix, on a pu avoir la connexion Internet tant attendue ! A 16h30, le cyber a ouvert ses portes. J’ai consulté la 20è de messages reçus, et ai commencé à répondre à certains. J’ai fait quelques remarques et posé des questions suite au mail de JTBS ; je tâcherai de les appeler demain, s’il y a du réseau. Il y a les bonnes nouvelles des naissances à venir et de celles qui viennent d’arriver ! Il y a les mails de ceux avec qui j’échange régulièrement des nouvelles, et d’autres qui écrivent, comme ça, parce qu’ils ont envie de garder le contact. C’est toujours un plaisir.
En passant saluer le Père Théo, procureur (=économe) du diocèse, il me dit : « tu viens chercher tes cartons ??!! » Quels cartons ? Ah oui ! Oh, Déjà ! C’est vrai, deux colis partis de Clermont depuis le 19 mars (cachet de La Poste faisant foi) étaient en route, et les Pères Comboniens de Tokoyo les ont ramenés jusqu’ici ! Super ! C’est une vraie caverne d’Ali Baba, ces deux colis : on y trouve ce que j’avais commandé, et ce qui est passé par la tête de ceux qui les ont ficelés. Pèle mêle des énormes sacs de bonbons, des sachets de coton, des balles de tennis, des ampoules anesthésiantes pour le dentiste, des DVD vierges pour vous envoyer des photos, des boites de sachets de tisane pour les soirées à Zacko et Bakouma, des savons de grands hôtels, des tee-shirts des JMJ 2005 (il est tant d’épuiser le stock, avant l’arrivée des stocks suivants, Sydney 2008 n’est pas loin !), une scie à bois vert, une boite à onglet (non-connaisseurs cherchez donc à quoi ça sert !!), des centaines de ballons de baudruche, quelques petits bijoux fantaisie pour les filles, 5 DVD à tendance plus religieuse que dans l’envoi précédent (Moïse, Jésus, Marie, …), des Nouveaux Testaments en Français, des dico de Français, des vrilles, des Bic (mon ordi dit qu’y a pas de S à Bic), sans oublier un saucisson qui m’a l’air tout simplement excellent, …. Voilà ce qu’on peut envoyer à un gars comme moi qui vit à des milliers de kilomètres de l’Europe, au cœur de l’Afrique Centrale (non, ce n’est pas un pléonasme). Chaque sac refermant des choses différentes, je l’ouvrais avec joie et découvrais son contenu. Les savons ayant été placés partout dans les recoins disponibles de ce chargement digne d’un inventaire à la Prévert (dixit maman), ils ont répandu leur bonne et parfois forte odeur dans tout ce qui les entourait. Le saucisson aura survécu, j’espère, à ce doux mélange de genres… La Bible parfumée, un nouveau moyen d’attirer les lecteurs ??!!
Le groupe électrogène vient d’être éteint, il est 21h30 ; mes paupières vont-elles aussi, comme mon ordi portable, se refermer. Il me faut tout de même prendre le temps, comme chaque soir à pareil moment, de rendre grâce pour la journée écoulée, et celle qui s’ouvre dès l’aurore.
MERCREDI 16 AVRIL, 15h30, au cyber de Bangassou
Avant de vous envoyer ce huitième chapitre, quelques nouvelles de ce jour. En ce lendemain de forte pluie, la chaleur est très élevée et moite, chargée en humidité ; ainsi, sans rien faire, on est déjà tout transpirant, alors vous imaginez dans quel état je suis à cette heure avancée de la journée… Et comme le château d’eau de la maison d’accueil est vide, il faut attendre ce soir pour une bonne douche rafraichissante.
Ce matin, 6h45, mes trois lascars arrivent à la maison d’accueil ; nous embarquons dans la voiture direction l’hôpital régional où nous attend l’interne Crépin. Il nous fait patienter, le temps d’accompagner le médecin du lieu dans diverses visites de malades. Puis c’est le moment pour Paulin d’entrer dans le bâtiment du Bloc opératoire. Les premières minutes ont été difficiles pour lui ; avant le début de l’intervention, il a littéralement hurlé à maintes reprises « Abbé ! Abbé ! », provoquant devant la porte l’attroupement de plusieurs personnes rendant visite aux malades d’autres bâtiments, et nombre de questions concernant l’enfant, ses appels incessants, ma présence… les deux compagnons se sont un peu moqués de lui, jusqu’à ce qu’une maman leur remette les idées en place ; pendant ce temps à l’intérieur tout est devenu calme, et un bon moment plus tard, l’interne est sorti dans la cour pour me demander de venir discuter avec Paulin, fatigué et calme tout à la fois. Tout s’est bien passé, il doit venir tous les deux jours pour faire le pansement, et consommer les antibiotiques nécessaires. Et nous voilà repartis à la cathédrale, où Paulin s’est reposé pendant que je faisais les courses. Ah ! Les courses, c’est toujours inoubliable … 25 kg de sucre pour Timothée le forgeron, ainsi qu’une machette ; 25 kg de sucre pour une paroissienne de Bakouma, du dentifrice et des bonbons pour Gervil, de l’huile pour la moto de Simplice, 5 kg de pointes de 100 pour Bertrand à Zacko, une bassine de grande taille en alu pour Georgine la pharmacienne de Bakouma, et tout un tas d’autres choses pour les uns ou les autres. On trouve tel produit chez untel, tel autre chez un autre, et il faut encore aller plus loin pour autre chose … on ne s’ennuie pas, et … il fait chaud ! Fin de matinée avec mes trois loulous ; je leur ai acheté ce qu’ils pourront vendre au marché, et ainsi dégager un bénéfice leur permettant de vivre, achetant à manger et de quoi se vêtir. Je leur remets à chacun un tee-shirt des JMJ et du savon, ainsi que des bonbons ! Je crois qu’ils sont heureux. Mais je compte sur les pères de Tokoyo pour les suivre, de près ou de loin. J’ai rapidement rencontré le père Giovanni tout à l’heure, il va voir avec les responsables de la paroisse.
Après le déjeuner à la maison d’accueil de la cathédrale, j’ai discuté un bon moment avec les séminaristes de Bakouma et Zacko, puis ai collecté du matériel auprès de Vincent, coopérant DCC chef de menuiserie, et de Pascal, un jeune menuisier français qui vient trois mois bénévolement donner un coup de main. Ils envisagent une visite à Zacko dans le mois.
Et me voici !
A bientôt pour la suite de cette vie partagée ici et que je vous partage !
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