JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

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ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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VENDREDI 28 MARS, 8h30

 

Assis dans mon bureau à Bakouma, bercé par les notes de guitare qui jaillissent des mains de Gervil qui s’est installé dehors à l’ombre, je profite du calme de ce matin pour m’atteler avec joie à la rédaction de mon carnet.

Retour tout d’abord sur le 25 mars ; eh oui, j’ai changé de dizaine ! Ca y est, j’ai 40 ans, et je pense à tous ces amis vivant en Auvergne et ailleurs, avec qui j’ai tant partagé, et qui fêtent eux aussi cette étape de leur – notre vie ; j’espère qu’ils et elles sont aussi détendus que moi ! C’est quand même sympa, au cœur du continent africain, avec les prêtres partageant mon quotidien, de fêter cet anniversaire en présence d’amis de France. L’arrivée lundi soir des Courde, des Martin-Prével et de leurs amis Clotilde et Matthieu Frys m’a vraiment réjoui. Après une balade mardi en matinée à Lengo et aux gravures rupestres, la fin du déjeuner fut pour eux l’occasion de me remettre courriers et cadeaux, que les Frys avaient reçu et transporté jusque là : BDs, DVD, nouvelle selle de VTT, chocolats Poulain 1848, hauts parleurs pour l’ordi, livres et bien sûr lettres diverses m’ont fait grand plaisir, mais c’est plus encore leur présence qui m’a fait chaud au cœur. La communauté des 4 se trouve enrichi de la présence de ces 6 Français : 10 autour de la table pour ce repas et tout au long de ces quelques jours de repos après Pâques, c’est vraiment inoubliable. Les mails reçus grâce à Winlink m’ont permis de rester en lien avec les parents et quelques amis très proches. Une belle journée, ce 25 mars 2008, qui s’est doublée de la bénédiction que représente l’énorme orage qui a claqué en début d’après-midi. La pluie des mangues, celle qui permet aux fruits d’arriver à maturité. Une vraie bénédiction, sauf que sur Bakouma centre, un violent coup de vent a couché quelques arbres et surtout endommagé plusieurs toitures. Mais la fin de journée ayant retrouvé le calme habituel de l’Afrique des forêts tropicales, le petit groupe de Français s’est rendu à la chute d’eau sur la rivière pour découvrir l’installation électrique en panne et le captage d’eau en parfait état, qui alimente le château d’eau. Soirée ciné, avec sur grand écran grâce au vidéo projecteur « Shooting Dogs ». Ce film raconte la transformation, au début du Génocide Rwandais le 4 avril 1994, d’une école technique salésienne de Kigali en camp de réfugiés Tutsi, jusqu’au départ des Casques Bleus Belges qui entraine le massacre sur place de ces 2500 réfugiés. Un drame de plus, un drame parmi d’autres rapporté au cinéma avec tact par le réalisateur et les acteurs. Ce qui fut plus intéressant encore, c’est la discussion qui s’en est suivi, le lendemain au cours du repas. Gaëtan a pris le temps de nous parler de son histoire, et de celle de son peuple. Avec retenu et espérance aussi.

Mercredi fut une journée sans voiture : balade à pied dans Bakouma le matin, avec à la clé dégustation de vin de palme au bar du coin, où la musique assourdissante délivrée par de vieilles cassettes tournant plus ou moins régulièrement nous empêchaient de communiquer facilement, malgré l’étroitesse de la paillotte du bar du marché. Mais c’est aussi ça, l’atmosphère locale ! Après-midi découverte de la pêche à la nasse et à la ligne, guidés par ceux qui la pratiquent au quotidien : les enfants de Bakouma. Ils ont été heureux qu’on s’intéresse ainsi à cette activité qui leur rapporte souvent quelques sous, et remplit aussi la marmite.

Jeudi 27 mars, journée avec voiture : un aller et retour à Zacko avec Simplice et toute la troupe des Munju (prononcer Mounejou), c'est-à-dire des Blancs (dont je fais toujours partie !). Partis à 6h30, on est arrivés sur place 2h45 plus tard ; là, café ou thé et bananes accompagnées de la pâte de termites ; bon, pour tout dire, y en a qu’on pas eu l’audace et la curiosité de goûter… tant pis pour eux, tant mieux pour les autres ! On a ensuite fait une bonne marche à pied de près de trois heures, à la découverte des chantiers de l’or et du diamant. Déjeuner à 13h30 avec au menu la gazelle achetée à Zima le matin même. Baignade à Fungu pour tout le monde : le plus long, c’est d’expliquer qui vient, et d’attendre que les baigneurs sortent de l’eau et se rhabillent afin de permettre aux trois dames Blanches de s’approcher et de se baigner.  Et une fois dans l’eau, plus moyen d’en sortir … tellement on y est bien ! Mais il faut songer à rentrer, si on ne veut pas rouler de nuit trop longtemps. A 16h, nous quittons Zacko. La nuit tombe à 18h, et Simplice qui conduit termine le trajet à la lueur des phares jaunes qui éclairent les trous, les cailloux et les mauvais ponts. Nous arrivons sans encombre à Bakouma. Douche, diner et dodo pour tout le monde !

 

LUNDI 31 MARS, 9h15

 

                Revenu hier soir de Zacko avec Simplice et, comme d’hab’, un nombre certain de passagers, dont deux mamans et leurs marmailles qui ont vomi tout le long du trajet, je suis en repos ce matin à Bakouma, avant de prendre la route cet après-midi pour Bangassou. La route d’hier se fit sous la pluie, et donc dans la boue ; petit à petit, nous changeons de saison ; la saison pluvieuse, comme on dit ici en français, débute avec ses premiers orages, et la naissance de ces termites volantes dont beaucoup (j’en fais partie !) se régalent ici, grillées ou en pâte. Après la pluie, les enfants attendaient que Christophe, le sentinelle, mette en route le groupe électrogène, afin de se tenir sous les néons où se pressent les termites. Les enfants tiennent en main des sacs en plastique, des pots, des marmites, et récoltent ces petits animaux qui tournent et virevoltent au sol et en l’air, alors que tombe la nuit et que monte la fraicheur qu’occasionnent les pluies de la journée.

Vendredi, avec les français d’ici et de métropole, nous avons accompagné le chef de camp d’Uramin dans tous ses déplacements ; Christophe Martin nous a accueilli au camp et nous a expliqué le processus d’exploitation du sol, à la recherche d’Uranium. Puis il nous a emmenés sur quasiment tous les chantiers disséminés dans la forêt. A bord de son 4x4, nous avons parcouru près de 50 km, d’un chantier de prospection à l’autre. Ce fut vraiment très instructif de découvrir tout ce qui est mis en œuvre pour diagnostiquer la quantité d’uranium dans telle zone, puis pour effectuer des prélèvements, soit par carottage, soit par aspiration et remplissage de grands sacs plastique. L’un des problèmes majeurs reste celui de l’eau et des nappes phréatiques qui pullulent à quelques dizaines de mètres sous la surface ; il faut pomper sans relâche, et « ils » parlent même de créer, si l’exploitation prend de l’ampleur dans les années qui viennent, une rivière artificielle afin de dégager les grandes quantités d’eau qui sont situées entre le sol et les couches recelant de l’uranium.  Chaque lieu d’exploration est sous surveillance. Vous ne verrez aucune photo, par discrétion. Mais on se déplace librement dans cette zone proche des villages et de Bakouma et où se succèdent champs d’agriculteurs et forêts plus ou moins denses. Sur les pistes, on croise des gens de tous âges rentrant des champs, une partie de leur récolte posée sur la tête dans les bassines en alu.  A de nombreuses reprises lors de cette visite, j’ai salué des paroissiens de Bakouma, de Zacko et même de Bangassou, qui ont eu la chance d’être embauchés sur le site. Le salaire minimum est d’environ 53 000 FCFA par mois, (à cela s’ajoutent les primes diverses) ; le SMIC est à 18 750 FCFA ; c’est une chance de pouvoir travailler ici ; mais il y a des contreparties, évidemment : chaque jour, c’est 11 heures sur le terrain, y compris deux ou trois pauses de 30 mn à 1 heure pour le repas et le repos. Les jours de repos sont possibles après 10 à 14 jours de travail d’affilée. Pas facile de conjuguer cela avec une vie de famille, et une activité religieuse, qu’elle soit du vendredi ou du dimanche… C’était l’objet de la première rencontre que les trois abbés, nous avions eu avec Christophe Martin, en février.

Samedi matin, départ pour Zacko ; j’ai dit au revoir (et merci !) à toute la troupe de français qui s’apprêtait à regagner Bangassou dans l’après midi. On se reverra plus ou moins bientôt ! Ce fut calme à la paroisse de Zacko, puisque le Conseil Général de fin de mois n’a pas eu lieu. On tâchera de rassembler les membres samedi prochain.

Dimanche matin, 6h25, départ pour Kono ; 12 km dans la brousse par une petite piste. C’est suffisant pour inaugurer ma nouvelle selle ! A 7h05, j’étais arrivé, et ai bu un café et dégusté des petites pâtisseries à base de riz ; ça ressemble à des crêpes, ça en a même un peu la consistance et le gout, mais il n’y a ni lait, ni farine, ni œuf, rien que du riz. Et avec une tasse de café local, c’est vraiment bon. La discussion avec les catéchistes m’a permis de faire le point sur leurs engagements auprès des adultes et des jeunes en marche vers les sacrements du baptême, de l’eucharistie, de la confirmation, de la réconciliation. Je commence aussi à sensibiliser les acteurs des chapelles à la préparation de la venue de l’évêque, qui se rendra ici en mai pour les confirmations, et surtout une visite pastorale dans la paroisse. Avant la messe, près d’une heure de confessions à l’extérieur de la chapelle, puisque les choristes y préparent leurs interventions. Au cours de la messe, quête originale, appelée « rencontre » ; chaque mouvement et service présent dans cette chapelle est appelé à tour de rôle ; chaque membre se lève alors et vient déposer son offrande dans la panière. Pendant qu’un nouveau groupe se déplace vers une nouvelle panière, on compte ce qui a été versé par le groupe précédent. A la fin de la messe, on publie ce que chaque groupe a totalisé. Applaudissements ou légères taquineries suivent l’énoncé des chiffres, selon se qui a été versé. C’est une façon de sensibiliser les paroissiens aux besoins de leur propre mouvement et ceux de la chapelle.

Le déjeuner fut l’occasion de déguster un excellent pangolin (encore !) accompagné, comme d’hab’, de la boule de manioc. De retour à Zacko pour 12h30, j’ai préparé mon sac, remis à Roch et Aimé, les  deux employés, leur salaire du mois (moins tout ce que je leur avais avancé…). Puis on a embarqué tout ce monde et Simplice nous a conduit jusqu’à Bakouma.
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