Partager l'article ! JOURNAL DE BORD, chapitre 6: LUNDI 18 FEVRIER, 13h30 Vous avez, chers lecteurs de mon carnet de bord, reçu le chapitr ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
LUNDI 18 FEVRIER, 13h30
Vous avez, chers lecteurs de mon carnet de bord, reçu le chapitre 5 mercredi dernier. Après bien des péripéties, j’ai pu vous faire parvenir ces lignes, ce qui m’a réjoui.
C’est à Bakouma que je me trouve en ce début de semaine, après un court et très intense séjour à Zacko. Parti de Bangassou jeudi matin avec Aubin, encore bien fatigué par des soucis de santé, mais requinqué par les visites effectuées au Centre de Santé de Bangondé, nous avons fait une courte halte à Bakouma pour le déjeuner, puis avons poursuivi jusqu’à Zacko, que nous avons rejoint à 16h45. Dans notre voiture, comme d’hab’ un chargement hétéroclite : un fût de 200 litres de gasoil afin de subvenir à nos besoins une fois arrivé dans la région, 5 sacs de ciment pour la réparation d’un des ponts, 2 énormes sacs de manioc, 2 sacs de 25 kg de farine de maïs, 50 litres de pétrole servant à alimenter les frigos de Bakouma et Zacko, nos bagages, et deux passagers à l’arrière : Bruno, mécanicien moto à qui Gaétan fait appel pour remettre en état les motos de Bakouma, (c’est là qu’il s’arrêtera) et Bénédicte, jeune matrone de Zacko que j’avais emmené lors de notre voyage aller à Bangassou pour qu’elle suive auprès de l’hôpital régional un complément de formation. Pour ce qui est du transport, vous pourriez transformer le propos en interrogation de mathématique CM :
« La voiture du Père Chidaine, un Toyota PZJ 75 tôlé qui pèse 1 tonne 800kg à vide, peut transporter un chargement de 1 tonne. Le père Chidaine y met 200 litres de gasoil dans un fût pesant à vide 30 kg, 5 sacs de ciment de 50 kg chacun, 2 sacs de manioc de 40 kg chacun, 2 sacs de farine de maïs de 25 kg chacun, 50 litres de pétrole dans 2 jerricans en plastique pesant chacun à vide 1 kg, 4 passagers adultes dont le poids moyen est de 60 kg, environ 60 kg de bagages pour l’ensemble des passagers. Quel est le poids total transporté ? Reste-t-il de la place pour 50 kg d’arachides non décortiquées ? Sans les arachides, ou avec les arachides, peut-on s’arrêter au bord de la piste pour acheter dans les petits villages 2 singes de 2 kg chacun, et trois gazelles de 2 kg et demi chacune ? Reste-t-il encore un peu de place ? Combien de kilos ? Le véhicule chargé peut-il franchir la rivière sur le bac acceptant des véhicules dont le poids total est de moins de trois tonnes ? »
Bon courage, les têtes blondes ! Et les têtes plus très blondes aussi !!!!
Assis dans mon bureau, Clément, Honorius et Stéphane regardent l’album photos réalisé par Séverine et Mélodie ; les commentaires, en sango, sont drôles ! Et ils me cherchent sur toutes les photos, ajoutent leurs commentaires…. Ils sont membres du groupe des 17 Servants d’Autel de la paroisse de Zacko, venus au rassemblement organisé ici par Gervil, le séminariste stagiaire. 50 enfants des deux paroisses ont répondu présent à l’invitation qui se tient à Fadama, à trois km, à partir de 15h30 aujourd’hui. On est partis ensemble hier après la messe de 8h30 à Zacko. 14 Servants de Zacko et 3 de Bamara (qui ont parcouru à pied les 18 km entre chez eux et Zacko), ont pris place dans ma voiture. C’est moins lourd que le chargement des jours précédents, mais c’est plus volumineux, et surtout beaucoup plus bruyant ! Mais ces trois heures de piste (60 km) se sont passés dans la joie et la bonne humeur, entre concours de devinettes, chansons et sujets divers, dont la mécanique automobile. La moitié des enfants n’étaient jamais sortis de Zacko et des villages environnants. C’est pour eux une grande première. Quasiment aucun n’avait fait un tel voyage en voiture. Alors, vous imaginez leur bonheur, et ma joie ! A notre arrivée nous attendaient les Servants de Bakouma pour une première rencontre autour du ballon de foot. En soirée, pendant que Jolys, le responsable des Servants de Zacko veillait sur eux, Gaétan, Simplice et moi sommes allés saluer le nouveau chef de camp d’Uramin, un français dont le prénom est Christophe ; arrivé depuis 3 jours, il est passionné … d’agriculture ! Espérons qu’il se fera à ce travail aux entrailles de la terre. On a partagé le diner à Uramin avec lui et de DRH de Uramin Centrafrique et Namibie, Alain Ménoti. Les discussions sur les conditions de travail, l’avenir de l’exploitation, les problèmes de transport, j’en ai appris beaucoup. Et tout d’abord que Uramin reste Uramin ; Aréva est propriétaire à 100%, mais ça ne change rien au plan de l’entreprise locale. La gestion du personnel reste Uramin, ici et en Namibie. Le rythme de travail a changé, désormais les salariés travaillent jusqu’à 14 jours d’affilé, et Gaétan a soulevé le problème qui agite toutes les églises chrétiennes : les repos dominical. En effet, avec ces nouveaux contrats, c’est pendant 11 heures de rang qu’il faut travailler, avec au total 1h30 de pause réparties dans la journée. Même le dimanche. Il y a de l’agitation dans la ville de Bakouma. Entre joies de l’embauche et agacement face aux horaires, pas facile de savoir que penser, et que dire.
Ce matin, j’ai emmené tout ce petit groupe de Servants à la découverte des gravures rupestres de Lengo ; j’en ai profité pour acheter le long de la piste 10 planches de 4 ou 5 mètres de long, que les scieurs préparent dans la forêt et vendent ensuite au village. Cela permettra aux menuisiers d’ici de fabriquer des chaises et des fauteuils pour la maison de Zacko.
Retour sur les jours précédents : jeudi soir, dès l’arrivée, je me suis plongé avec les participants, dans la finalisation de la deuxième journée de réco de Carême, qui a donc eu lieu le lendemain de 6h à 16h30. Ce fut une belle et bonne journée ; environ 100 personnes dès le matin sont venues prier et réfléchir en carrefours sur l’évangile du dimanche suivant (la Transfiguration) ; j’ai aussi animé trois temps d’enseignement, un autour des préfaces de Carême, un à propos de l’évangile, et un temps sur l’espérance, en écho à celui sur la foi de vendredi dernier. Le chemin de Croix fut, semble-t-il, réussi grâce au fait que j’avais choisi de lier les 14 stations directement aux récits d’évangile et à une prière « universelle » en lien avec la vie ; une première, bien accueillie par les 200 personnes marchant cet après-midi là derrière la croix. Jusque là, ils utilisaient chaque fois le même et unique document en sango présenté dans le carnet de chants de messe. Je pense qu’ils avaient envie de prier un peu autrement. Je ne sais ce qui m’avait poussé à réfléchir les choses autrement ; en fait si, je sais… alors, rendons grâce ! L’équipe de préparation a mis en œuvre un truc sympa : à la fin du chemin de Croix, dégustation du « popoto », sorte de bouillie de manioc, d’arachides et de sucre, servi chaud. Popoto vient du sango potopoto, ce qui veut dire boue. Et quand il pleut ici, on sait ce que sait que la boue ! Ça vous donne une idée de la consistance du popoto… J’ai embarqué ensuite tout un tas d’enfants pour Fungu où la baignade en eau chaude est vraiment reposante et revigorante. L’espace autour de la source est en train d’être nettoyé, ce n’est pas un luxe, vu l’envahissement de la végétation.
En soirée, Jean-Pierre le président du conseil paroissial est venu me rendre visite pour un court échange, puis je me suis lancé dans la comptabilité, pour un point des finances bien nécessaire avant la prochaine campagne de travaux d’extraction de gravier et de transport de pierres. Nous attendons la benne Berliet jaune d’un jour à l’autre, alors il faut se tenir prêt.
Samedi matin, préparation de la rencontre réco de Carême de vendredi prochain, puis suite des discussions avec le menuisier Cyril concernant les portes et fenêtres du magasin (on appelle ainsi les pièces servant de réserve de matériel) et la sacristie. Le magasin est en construction, la sacristie est en projet ; il faut que le menuisier s’active. Après-midi consacrée au Conseil paroissial, avec au menu le démarrage du chantier du bloc opératoire. Soirée cool, avec Aubin qui est encore un peu fatigué.
Dimanche matin, église plus que comble pour ce deuxième dimanche de Carême. La chorale B « Bonne Nouvelle » avait choisi de beaux chants ; reste un problème récurant : l’ajustement des voix, et la coordination avec la guitare électrique… mes oreilles souffrent d’autant plus qu’à Zacko comme d’ailleurs à Bakouma, les choristes et instrumentistes sont dans le chœur, à environ 1 mètre 50 de mon conduit auditif, droit à Zacko, gauche à Bakouma… il faut que je rééquilibre ma tête en venant célébrer plus souvent le dimanche à Bakouma !
MERCREDI 20 FEVRIER, 20h40
Le groupe électrogène vient d’être éteint par Christophe, le sentinelle. C’est grâce à ma lampe tempête à batterie que je peux travailler ce soir encore, avant de faire comme le groupe…
La rencontre des Servants d’autel est terminée ; elle s’est très bien passée à Fadama, où l’accueil par la communauté catholique fut sympa, tant au niveau des repas que pour d’autres aspects. Il y avait tout de même 50 participants ! Gervil a mené cela avec compétence, secondé par Jolys. Les enfants sont heureux de ces trois jours passés ensemble à jouer, à prier, à partager, à ouvrir l’évangile, à célébrer, à réfléchir à des aspects pratiques de leur fonction à la messe. J’ai passé un peu de temps auprès d’eux hier après midi pour assister au match aller Bakouma/Zacko, et cet après-midi pour le match retour. Bilan du tournoi : match aller 0-0, match retour 3-1 pour Bakouma. Ils étaient plus forts ! Les matchs étaient arbitrés par Gervil. Ce matin, j’ai célébré la messe et partagé le petit dèj, une assiette d’une sorte de fèves bien nourrissantes. La suite de la matinée promettait d’être calme, vu l’agitation de la nuit : à 0h24 débarquait le camion Berliet jaune en provenance de Bangui, avec tout un tas d’affaires pour la maison : tôles, chevrons, lattes, ciment, mais malheureusement pas de contre-plaqué pour les plafonds, le produit pourtant fabriqué dans l’Ouest vers Berberati est introuvable sur Bangui. Ce matin, Abbas, Ramioul et leur équipe se mettent en route vers 7h00, traversent Fadama au moment où se termine la messe et poursuivent la piste jusqu’au moment où, à 15 km de là, un méchant tronc d’arbre vient perforer le carter de boite de vitesse. Quelle ne fut pas ma surprise de voir débarquer à la paroisse de Bakouma, en vélo, Abbas portant la pièce endommagée. Alors Gaétan et moi sommes partis à la recherche de quelqu’un susceptible de pouvoir faire une sorte de soudure sans mèche à souder…. Et on a trouvé ! En fait, il s’agit de gens habitués à fabriquer des marmites à partir de différents métaux récupérés un peu partout. Ils les font chauffer, les font fondre, les assemblent, et ça vous donne une sorte (je dis bien une sorte) de cocotte minute sans sifflet ni joint d’étanchéité, mais adapté au manioc et à ses feuilles si délicieuses. Alors la carter, en fonte, a subi un traitement qui a permis de reboucher le trou de 10 cm de diamètre. Vers 13h, j’ai conduit au camion Abbas et Rufin, un apprenti mécanicien qui est chef de groupe scout à la paroisse St Bernard de Bangui. J’ai attendu d’être sûr de l’efficacité de la réparation de fortune, et je suis reparti pour Fadama. A mon retour à Bakouma, la nuit tombait, et j’ai emmené Jean-Noël chercher et acheter des chevrons et des planches afin qu’il fabrique des lits, des étagères et des chaises pour la maison de Zacko. On a ramené le tout grâce au pick-up de Gaétan.
Les mails reçus grâce à la CB me permettent de garder le contact en attendant un prochain voyage vers Bangassou ; Gaétan a pris le temps de m’expliquer un certain nombre de choses afin que je sois autonome sur ce type d’appareil mêlant Radio CB, ordinateur, et boitier de liaison. 9a marche un peu quand ça veut, tout ce truc là ; ça dépend de la météo, de l’encombrement des appels lancés aux serveurs gardant précieusement les mails, et la bonne volonté des bénévoles d’Afrique du Sud qui encodent et désencodent les mails pour qu’ils passent par la voie des ondes. J’ai reçu des nouvelles de France, et bonnes en plus, c’est toujours agréable !
Mardi soir au cours du diner, et bien longuement encore après, Gaétan et moi avons partagé divers soucis concernant l’Eglise en RCA. Des lettres ouvertes accusatrices circulent entre les prêtres d’un diocèse voisin, certains attaquant ainsi par écrit tel ou tel évêque. Des propos grossiers, injurieux, émaillent ces courriers dont certains prêtres du diocèse de Bangassou reçoivent les copies. Des prêtres d’un autre diocèse sont suspendus par l’évêque du lieu pour des actes graves concernant, entre autre, les questions de gestion. Pas facile de s’y retrouver dans tout cela ; cette Eglise qui fête ses 100 ans est encore bien fragile, partagée entre joie de la croissance et souffrances liées entre autre à des questions de moralité qui concernent un certain nombre de prêtres, essentiellement centrafricains, à des difficultés de relation pastorale entre religieux et diocésains, entre Centrafricains et étrangers. Son éclairage de prêtre venu du Rwanda comme séminariste étudier à Bangui puis en Espagne m’a été bénéfique. Que de choses à convertir dans le cœur de tant de responsables de l’Eglise ! Et c’est à son service que je suis envoyé, très humblement. Que l’Esprit m’aide à vivre mon ministère avec authenticité et joie !
SAMEDI 23 FEVRIER, 15h30
Alors que mon imprimante édite un document bien particulier, je profite de l’ordi allumé pour poursuivre le carnet de bord. Ce document en cours d’édition, c’est le programme de répartition des tâches auprès des différentes confessions religieuses, concernant la construction du bloc opératoire. La réunion de ce matin, convoquée en toute hâte hier sur ma demande par Bertrand, le SG de la paroisse, a rassemblé à l’école (un lieu neutre, pour qu’aucun ne soit gêné) les responsables des églises et mosquées de Zacko. Pasteurs, diacres, adjoint d’Imam, prêtre et laïcs ont pris place dans la classe de CE2 pour une heure et demie de discussion conviviale et efficace, puisque chaque groupe s’est engagé pour un type de travail particulier au cours de la semaine. Ainsi lundi, les catholiques sont à la fabrication des briques et à l’extraction du gravier pendant que les Baptistes Centre 1 ramassent des cailloux. Mardi ce sont les Baptistes de Centre 2 qui fabriquent (on dit pressent) les briques. Mercredi, ELIM est aux briques, MSEP aux cailloux, Adventistes au bois pour la cuisson des briques, et les Catholiques au gravier… et ainsi de suite jusqu’au samedi où on trouve la Mosquée Centrale au gravier, L’église de la Coopération au bois, les Apostoliques Centre 1 au sable, les Catholiques aux briques. C’est parti comme ça pour plusieurs semaines. Au total, il y a ici 13 Eglises chrétiennes différentes et 4 mosquées, dont la Centrale est la plus importante. Le nombre des fidèles dans tous ces lieux est très inégal. De quelques dizaines à plusieurs milliers. Pour une première rencontre de ce type, ce fut une bonne expérience de fraternité. On a terminé par une prière à Dieu de remerciement pour ce qui s’est engagé, et de demande que tout se vive dans la paix. Plusieurs ont posé des questions sur ma provenance, et les raisons de ma présence ici ; c’était très sympa. Le programme est édité, Bertrand va venir le chercher pour le distribuer dans chacun des lieux.
Depuis jeudi midi, heure de notre arrivée ici, il s’en est passé des choses ! Dès la fin du repas, quelques servants et Ousmane (son prénom vous permet de comprendre pourquoi il n’est pas servant d’autel… !) viennent me prévenir qu’Odilon, un des leurs qui revient aussi de Bakouma, a pris deux gros coups de manche de hache sur la tête, par la rivale de sa mère. En fait, l’enfant venait d’arriver à la maison et racontait son séjour lorsque la dite rivale, venant de chez elle, a foncé sur l’autre femme. Odilon s’est précipité sur l’agresseur et l’a supplié à genoux de ne rien faire à sa mère; bilan : le crâne un peu ouvert sur le dessus, et une méga-bosse derrière l’oreille gauche. Conduit au centre de santé, il a été bien soigné, et se repose chez lui. Le menuisier, celui à qui j’ai d’ailleurs demandé de fabriquer deux lits pour la maison, a saisi la rivale et l’a reconduit chez elle. Il y aura peut-être plainte déposée auprès du chef de quartier. Odilon est marqué aussi dans son cœur par cet évènement. Il n’en a rien dit, ce qui n’est pas étonnant. Les enfants, et même les adultes, parlent peu de se qu’ils ressentent au fond d’eux-mêmes. Mais les copains l’ont bien entouré. Il est venu servir la messe hier et ce matin, je pense qu’il y a un petit clin d’œil à ce que je lui ai dit avant-hier lorsque j’étais chez lui à son retour du centre de santé.
Vendredi, troisième journée de récollection de carême que j’ai animé en grande partie ; à 6h, messe ; puis enseignement sur le carême, à la découverte de l’évocation de la Passion du Christ dans les Prières Eucharistiques.
8h30, chapelet, puis confessions. 9h30 lecture de l’évangile du dimanche suivant, et mise en carrefour avec 7 questions préparées le samedi précédent. La mise en commun jusqu’à midi fut passionnante. 12h30 – 13h30, adoration du St Sacrement avec courtes prières spontanées des participants. 14h : réflexion autour de La Charité – l’Amour dans le Nouveau Testament, puis Chemin de Croix pendant une heure dans notre concession. Fin à 16h. En ce qui concerne l’enseignement, pas question d’écrire de longs textes au tableau, trop de gens sont illettrés. Alors j’écris un mot ou deux, et fais des dessins pour préciser tel aspect, comme par exemple la méditation en St Jean dans la première lettre aux communautés, lorsqu’il explique qu’il faut nous aimer puisque l’amour vient de Dieu. Un ou deux personnages vite faits, deux flèches vers le haut et vers le bas, et hop, c’est tracé. Et c’est compris, enfin j’espère ! En fin de journée, je suis allé en voiture à Fungu, embarquant au passage une 15è d’enfants. En chemin, j’ai déposé 4 haches que le forgeron de Bakouma me faisait porter à sa fille afin qu’elle les vende. En soirée, installés dehors au clair de lune devant l’ordi, Robert, Aimé et moi avons regardé le film « Blood Diamond ». Ce matin cocorico à 5h pour la prière à la grotte et la messe à l’église, pendant que Simplice prenait la route pour Bamara où il animait une journée de réco auprès des paroissiens de cette chapelle. Il s’est arrêté au passage au camp que les scouts de Zacko et Bakouma ont installé à 2 km sur les rives de la rivière ; la veille, il est allé leur dire la messe et passer du temps avec eux.
Le camion Berliet arrivé ici mercredi soir est reparti hier matin pour Bangassou afin de ramener le ciment et les tôles pour la sacristie et le nouveau magasin (= entrepôt), ainsi que du ciment pour le bloc opératoire. Aubin a embarqué avec l’équipe du camion afin de pouvoir téléphoner et envoyer et recevoir des mails.
Vendredi matin, j’ai décroché un moment de la retraite pour aller saluer le maire et lui demander s’il était disponible pour la pose de la première pierre du bloc opératoire mardi matin. Pas de problème, date et heure sont fixées, si bien que ce matin, après la réunion des confessions religieuses, on s’est réuni avec le bureau de la paroisse autour d’un café pour établir le programme et le protocole, vu les invités qui nous rejoindront pour cette occasion. A midi arrive le nouveau commandant de brigade de gendarmerie de Zacko ; il est nommé depuis deux semaines, et vient voir les lieux avec ses subordonnés. Après avoir vu les sites de construction, on s’est assis tous les 5 à l’ombre autour d’une bière bien fraiche ! On a pu ainsi prendre le temps d’échanger sur divers sujets concernant la scolarité, l’état des voies de circulation, leur travail ici…
J’ai ensuite enfourché le VTT pour aller à Gonda saluer ceux qui sortent le gravier, et j’ai retrouvé Robert pour le déjeuner ; en matinée, il a fait 3 tours de voiture avec tout un tas d’enfants pour amener les 950 briques disponibles qu’on a achetées à un maçon, afin de construire la sacristie.
MARDI 26 FEVRIER, 20h
26 février 2008 : Cette date restera sans aucun doute longtemps gravée dans les mémoires des habitants de Zacko. Une date, comme une pierre blanche ancrée dans leur cœur, aussi blanche que celle que le maire de la ville et moi-même avons solennellement scellée ce matin à 8h45. La première pierre du bloc opératoire de Zacko. Tout s’est déroulé comme l’équipe de la paroisse l’avait préparé samedi matin. Dès 6 h ce matin, les paroissiens sont venus chercher les bancs et les fauteuils de l’église afin de les positionner sur le site du chantier. Pendant ce temps, toute une équipe s’installait sous un arbre tout proche du site afin de préparer thé et café. Dès 7h45, les premiers invités arrivaient, et à 8h, le maire gravissait la colline. Il rejoignait les chefs de quartier, les responsables des confessions religieuses, les responsables de la paroisse, le chef du centre de santé, le directeur de l’école,…. On n’attendait plus que le Commandant de gendarmerie pour ouvrir les festivités sobres et officielles. Marc Yoro en chef de protocole a placé les nombreux invités et donné la parole aux intervenants. J’ai débuté par une courte prière au cours de laquelle l’abbé Simplice a lu un extrait de la Genèse : l’accueil de Dieu par Abraham au chêne de Mambré. On est tous enfants d’Abraham, n’est ce pas ? Puis se sont succédés trois discours ; le premier fut celui du maire, lu par le secrétaire général Constant; c’est un beau discours, parcourant diverses réalités locales, mais un peu trop flatteur à mon égard, à mon gout… Vous le trouverez sans doute en annexe. Ensuite le président de la paroisse a rappelé les diverses situations tragiques qui ont amené les paroissiens à se préoccuper de cette construction ; j’ai dit pour conclure un mot me permettant de citer entre autre une phrase que me disent souvent les gens que je rencontre : « Nzapa a mu na mo ngangu ! » que Dieu te donne la force » (et non pas : que la force soit avec toi…) je leur ai « renvoyé » le propos en le reprenant pour tous les participants ; oui, que Dieu leur donne la force de consacrer du temps à tout cela, pour le plus grand bien de toute la région. Le maire s’est levé et a saisi la truelle tendue par Bertrand, un des chefs de travaux. Empoignant ensuite la belle pierre blanche trouvée au milieu du tas chargé la veille à Fungu, il l’a scellée sur un petit muret construit tout exprès. Applaudissements de la centaine de participants, puis service du café et du thé, au choix, avec petit pain ou croissant (eh oui, les croissants de Zacko méritent votre venue !!!). Vers 9h30, tout était terminé, et déjà les gars d’Aubin reprenaient le travail sur le site pendant que quatre de « mes » temporaires charriaient la latérite nécessaire au sol de la maison, dont les 6 pignons sont maintenant achevés. Je suis vraiment heureux de ce qui s’est vécu ce matin. C’est une joie d’accompagner toute cette population, et de les aider à entrer et demeurer dans l’espérance.
Cet après-midi, repos, j’ai fait de la confiture de papaye ! Cela faisait un moment que ça me démangeait, et le problème n’était pas de trouver le sucre, puisqu’on l’achète par sac de 25 kg (!), ni d’acheter de papayes, y en a vraiment beaucoup, et à 50 f pièce (7 centimes d’€uros). Non, le problème, c’était d’a voir le temps. Et je l’ai pris, comme vous le voyez. A 14h, je suis descendu au marché emprunter une balance à Jean-Marie, un jeune de CM2 qui tient chaque après-midi le petit magasin de Ange. Puis j’ai découpé les papayes, pesé le tout (je ne vous apprends rien…) et ajouté au fruit le sucre, dans la cocotte en inox, un objet tout neuf que j’ai âprement négocié au marché, sachant que c’est très difficile à trouver, ici comme à Bangassou ; ici, c’est tout alu ! Delphin, voyant mon désarroi devant l’échec de ma recherche d’une grande cuillère en bois, est allé chercher un beau morceau de bois et, 20 mn après, j’étais en possession d’une belle cuillère modèle exclusif « made in église catholique de Zacko » ! Ayant rassemblé du bois en quantité suffisante devant les 3 pierres du foyer que j’installai sous le petit hangar, je commençais à tourner la confiture, (cuite au feu de bois, évidemment !) sous le regard plus qu’étonné de tous ceux qui passaient devant l’église. En 2 heures, j’en ai entendu, des remarques et des questions ! J’ai intérieurement souvent beaucoup ri, en écoutant ce qui se disait du Blanc, de surcroit l’Abbé (notre Abbé) qui tourne pendant tout ce temps ce produit qu’ils ne connaissent pas. A 18h, fin des hostilités, Aubin m’aide à remplir les pots, en nombre insuffisant pour les 8 kg 500 de confiture préparée (le reste est versé dans une grande boite en métal) Et lui, avec les chauffeurs Abbas et Rabiou, étaient comme les enfants que mes frères et sœur étions à Charbonnières, tournoyant autour de maman qui finissait de remplir les innombrables pots destinés à nos petits dèj : ces trois gaillards se disputaient pour lécher la cuillère en bois et le fond de la marmite ! Encore un bon moment de rire en cette fin de journée ! C’est qu’ils l’ont trouvé succulente, « ma » confiture !!!!
Les jours précédents ont été riches de rencontres, notamment dimanche matin où j’ai célébré la messe à Yanguhoda ; un évènement dans ce lieu où la chapelle avait été fermée il y a plus de 20 ans (elle avait donc disparu), et où 50% de la population est venue en ce 24 février à la messe, soit 40 personnes de toutes générations. Ferdinand, le nouveau catéchiste du lieu se met à l’ouvrage, après cette semaine de formation à Bakouma, et en attendant le mois de formation à Bangassou en avril et mai prochain. Après la célébration, discussion sur le lieu fait de simples troncs fixés sur des pieux enfoncés dans la terre sombre et poussiéreuse. Bientôt s’élèvera ici une chapelle ; reste à déterminer qui en sera le Saint Patron…. On a aussi partagé le riz local avec le nouveau bureau du Conseil de la chapelle. C’est bien entendu en vélo que je m’y était rendu, parcourant les 13 km rapidement à l’aller, et tranquillement au retour, m’arrêtant fréquemment pour discuter un instant ou plus longuement avec des piétons de tous âges, des cyclistes divers, dont les trafiquants avec leur 200 kg de produits, des femmes mbororos chargées de calebasses de lait, un chasseur, des femmes lavant leur linge au bord de l’Ambilo… bref, des rencontres simples comme je les aime.
A mon arrivée, Aubin était installé dans un fauteuil, revenant tout juste de Bangassou avec, entre autre, le ciment et les tôles pour la sacristie. Le camion, lui, est resté un long moment en rade à 2 km, victime d’une double crevaison. Vous verriez comment ils ont recousu, à l’aide d’un fer chauffé à blanc, d’une grosse ficelle et d’un long morceau de ma sangle de transport, le pneu Michelin X…précision et efficacité du travail sur ce pauvre pneu déchiré ; et c’est vraiment costaud, vu les tonnes transportées ces jours-ci ; les salariés de l’entreprise, vous seriez épatés !!!
Lundi matin, rencontres diverses, préparation du discours et de la prière pour la pose de la première pierre, et après-midi à Fungu, non pas pour me baigner mais pour, avec toute une équipe, charger la benne à deux reprises, avec les pierres blanches entassées sur le bord de la piste samedi par les scouts et le matin même par les chrétiens de l’Eglise Baptiste Centre 1. A ce sujet, ils sont venus le matin à 7h ; ils étaient 151 personnes !!!! En 45 minutes, ils ont charrié l’équivalent de 3 bennes, ce qui représente plusieurs tonnes ! Et c’était pas des petits cailloux de rien du tout !!!! Certains paroissiens de St Joseph feraient bien de méditer cet acte communautaire de nos frères chrétiens…
C’est la joie au cœur que je vais me coucher, alors qu’il fait à peine frais dehors, et encore bien chaud dans la maison. L’orage de la nuit passée (le premier depuis deux semaines) n’a pas vraiment rafraichi l’atmosphère, et a collé, momentanément seulement, la poussière du sol. C’est la saison sèche pour deux mois encore !
MARDI 4 MARS, 10h45
Cette matinée est déjà vraiment chaude, et plus moite qu’à Zacko : je suis à Bangassou depuis hier. Mais avant de préciser ce pourquoi je suis venu jusque là, retour sur la fin de semaine.
Mercredi 27 février, journée consacrée à diverses visites dans la ville et au presbytère, suite à la cérémonie de la veille. En arrivant à la mairie, je suis amicalement interpellé par le SG Constant qui me présente les problèmes de fragilité du pont enjambant un cours d’eau asséché en cette saison, mais très actif en pleine saison des pluies. Le pont, fait de troncs d’arbres sur lesquels ont été entassées des pierres et de la latérite, donne des signes de faiblesse à chaque passage de la benne ramenant les cailloux de Fungu. Dans la discussion, je leur ai proposé que les quartiers s’occupent d’abattre et d’amener les 4 troncs nécessaires à la consolidation, je m’occupe des bennes de cailloux et de gravier ou de latérite. A eux d’agir pour que le reste suive ! Mais sans trop tarder, puisque la benne, nous ne la gardons jamais plus de quelques jours après l’arrivée des marchandises. Cette fois-ci, le système de levage de la benne fonctionnant à merveille, plus besoin de décharger à la main les tonnes de gravier ou de pierres ; quel gain de temps : chaque jour, près de 10 tours ont pu être réalisés, contre 4 la première fois en janvier.
Jeudi matin, le camion est reparti, et j’ai stoppé de manière un peu sèche il est vrai, la rémunération de temporaires qui ont extrait le gravier et chargé le camion ces jours derniers. Un peu sèchement pourquoi ? Et bien parce qu’il ne m’était pas possible de prévoir à l’avance le jour de retour du camion à Bangui, et puis que je n’ai pas vu les temporaires en fin de journée, puisque Lambert donnait directement à chacun la somme convenue de 1 500 francs. Vers 9h, le conseil général paroissial démarrait, avec un nombre si petit de membres que c’était préoccupant. Il va falloir rappeler à chaque responsable de mouvement qu’il doit envoyer deux membres à ces rencontres mensuelles. On est revenu sur le sujet sans fin des fours à briques ; j’ai eu un peu de mal à digérer quelques propos mensongers à mon égard concernant cette question de versement d’argent aux travailleurs bénévoles qui étaient, rappelons le, devenus plus gourmands que les temporaires extrayant le gravier … j’ai appris à ne pas trop en dire, pour qu’on tourne la page, mais désormais je reste méfiant à l’égard de certains paroissiens, en ce qui concerne ces questions d’argent. Il faut dire que c’est un problème permanent ici, entre les gens ; Simplice et moi avons d’ailleurs pris la décision de renvoyer le monsieur qui gardait la maison, et avait donc les clés ; trop de disparitions d’objets, de nourriture, et tout récemment détournement d’argent nous ont amené à agir ainsi. Alors il nous faut trouver quelqu’un d’autre ; Bertrand, le SG de la paroisse nous a présenté un gars plutôt jeune, nous sommes prêts à lui faire confiance. L’avenir nous dira si on s’est trompé ou non…
La 4è journée de jeûne et de Réco de Carême était menée ce vendredi par les catéchistes, et environ 70 personnes ont vécu ce temps fort ; j’ai beaucoup aimé le partage d’Evangile sur l’Aveugle-né, c’était vraiment intéressant d’écouter le cheminement de réflexion de gens très divers qui s’enrichissaient de la parole des autres. Le temps de pause un peu long m’a permis de discuter longuement avec le catéchiste Benjamin, afin de faire le point avec lui. Ce fut un bon moment de partage et d’écoute ; je l’ai conforté dans sa responsabilité mise à mal par les propos de quelques paroissiens … fatigants !
Samedi matin, les gens de la mosquée centrale sont passés pour me dire qu’ils descendaient à Gonda pour sortir le gravier, et j’ai fait des allers et retours en voiture dans Zacko, entre le lieu du chantier et la rivière Ambilo où nous avions installé une moto pompe facilitant le remplissage des 3 fûts de 200 litres. Comme rien ne va tout à fait comme prévu, il a fallu changer la bougie en cours de travail, et le tuyau percé de toutes parts arrosait l’intérieur de la voiture aussi bien que les systèmes automatiques des jardins publics français ! Rassurez vous, il y a quand même de l’eau qui entrait dans le fût. En fin de matinée, et 15 km plus tard, nous avions rempli le bac et le bassin creusé à cet effet le long de la nouvelle maison, la quantité d’eau est suffisante pour 2 ou 3 jours de travail. Au centre de la concession sur le plateau, les fondations du bloc opératoire sont quasiment terminées. Près de l’église, les 6 pignons de la maison ont été décoffrés, les gars vont poursuivre avec la pose de la charpente puis des tôles. Les habitants de Zacko restent impressionnés par la rapidité et la qualité du travail réalisé par Aubin et son équipe. Et ça les motive pour travailler à l’extraction du gravier ! C’est d’ailleurs à ce sujet que je suis allé discuter dans l’après midi, avec Etienne, le pasteur de l’Eglise Baptiste Centre 1 ; ses paroissiens ont charrié lundi tellement de pierres qu’il n’y en a plus besoin. Je lui ai demandé d’aller le prochain lundi avec « ses troupes » à Gonda, pour le gravier. Il est OK, et très content de ma petite visite.
Je suis aussi allé voir Claudia qui, avec 7 autres enfants, est la raison de ma présence à Bangassou. J’ai en effet pris la route dimanche à 13h45 avec 7 enfants souffrants de paralysie des jambes ou des bras, ou ayant la bouche déformée depuis la naissance par un bec de lièvre. Aux côtés de chaque enfant, un adulte, père, mère ou grand-mère, décidé à veiller sur eux pendant le séjour à Bangassou. Tous ces enfants de Zacko, âgés de 2 à 14 ans, ont répondu à l’appel lancé depuis plusieurs semaines dans divers lieux du diocèse par le docteur sœur Marcella. Elle informait chacun de la venue du docteur Onimus, de Cordoba, en Espagne. Avec deux autres médecins, ce chirurgien vient opérer des enfants qui peuvent l’être, afin qu’ils retrouvent la santé, la mobilité,… tout ceci est gratuit, la seule exigence, c’est de venir à Bangassou. Et bien j’ai relayé l’appel et organisé le transport de tout ce petit monde (heureusement qu’il n’y a pas eu 15 ou 50 candidats… !!!) La voiture était bien remplie, vous vous en doutez : il y a Claudia, 14 ans, dont les jambes sont atrophiées, sa maman et son tout petit frère Samedi ; Dieu-Grand, 6 ans, dont les pieds ne répondent pas toujours et qui marche difficilement, et sa maman et son petit frère ; Dieu-béni, 12 ans souffrant de la malformation de la bouche et du palais, accompagné de son papa ; Amina, dont le bras droit s’est figé après une chute dans l’huile bouillante, avec sa maman et son petit frère Abou ; Nahumie, 2 ans, souffrant de paralysie partielle des pieds, et sa maman ; Alban, 4 ans, qui ne marche pas, et sa grand-mère ; Flavie, 10 ans, qui souffre de malformation de la jambe gauche, et sa maman. Un total de 18 têtes ! Vous imaginez qu’il y a des bagages personnels, des sacs de manioc, des bidons d’huile, ma petite cantine… et tout est rentré, comme par miracle, et nous sommes arrivés à Bakouma sans encombre vers 17h ; j’ai déposé chacun dans des familles d’accueil, puis me suis reposé et ai vraiment apprécié la douche. Se laver au seau tous les jours, dans « la cabane au fond du jardin » (avis aux fans des flying tractors !) c’est pas très agréable (heureusement qu’il y a Fungu, la source chaude de Zacko, c’est efficace pour le décrassage en fin de journée !)
Lundi matin, 8h15, j’avais ramassé tout mon petit monde dans les quartiers, nous quittons Bakouma direction Bangassou. Impossible pour moi de vous retraduire la joie de Claudia et Dieu-béni, les deux plus grands, assis à l’avant à mes côtés ! Ils ont ri, contemplé le paysage, aperçu des animaux traversant devant nous, salué tous les gens rencontrés en bord de piste…. Ils ont essayé de comprendre les différents boutons du tableau de bord. C’était vraiment formidable. A l’arrière, les conversations entre les adultes allaient bon train, alors que, pour la plupart, ils ne se connaissaient pas avant d’embarquer la veille. Arrivés à Bangassou après quelques arrêts, nous sommes allés à Bangondé prendre des infos, puis à l’hôpital régional pour la suite des infos, et j’ai accompagné chacun afin qu’ils rejoignent leurs familles ou les familles d’accueil. Fatigué de tout cela, et très heureux aussi, j’ai savouré une grosse bouteille de 33 Export pendant le déjeuner : il était 14h déjà !
15h30, rendez-vous sur Internet pour découvrir vos messages, dont de nouveaux correspondants de Clermont et de bien d’autres lieux, particulièrement du Père Henri, spiritain, prêtre de Bakouma et Zacko pendant plus de 30 ans ! Il venait aux nouvelles, j’étais ému de lui répondre.
Soirée entre européens chez Blandine, histoire de se raconter ce qu’on devient, les uns et les autres. Un bol d’air cool, complété par un (non, deux !) appels de mes parents.
Ce matin, première consultation à l’Hôpital général auprès de Maximo, Médecin espagnol de Cordoba, arrivé la veille ; il prépare le terrain pour le Professeur Onimus qui arrive jeudi. J’ai fait le ramassage de tout « mon » petit monde, puis l’un après l’autre, j’ai introduit l’enfant et l’adulte accompagnateur, rassurant autant l’un que l’autre ! Contrairement à mes frères, je ne parle pas l’Espagnol. Les conversations nous amenaient à passer du Sango à l’Espagnol via le français, sous la direction de Sœur Marcella, d’Argentine, assistée de deux internes de l’hôpital. Vers 10h, tout était terminé, j’ai raccompagné chacun, et me voici de retour à la maison. Le prochain rendez-vous est fixé à jeudi, dès l’arrivée du docteur Onimus. Qui sera opéré ? Qui rentrera rapidement ? Dieu seul le sait. Mais déjà cette visite permet à ces enfants et à leurs familles d’être pris en considération ; c’est déjà si important. Et puis ça crée des liens qui, je pense, resteront forts entre nous. Bangassou, c’est tellement, loin, et si différent de Zacko !
Je reprendrai la route vendredi matin avec les enfants qui ne seront pas opérés. Peut-être aurais-je le temps de vous donner quelques nouvelles avant mon départ.
En tout cas, permettez-moi de vous souhaiter de très joyeuses et saintes fêtes de Pâques !
Que le Christ partageant les souffrances de l’humanité soit aussi la source de votre joie de vivre, et de croire !
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