Partager l'article ! JOURNAL DE BORD, chapitre 5: LUNDI 4 FEVRIER, 18h La nuit tombe ici à Zacko, mais la chaleur reste étouffante, et l’absence de vent ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
LUNDI 4 FEVRIER, 18h
La nuit tombe ici à Zacko, mais la chaleur reste étouffante, et l’absence de vent a rendu cette journée plutôt pénible. Je suis assis dans un des nouveaux fauteuils fabriqués par le menuisier Cyril, et destinés aux salons des 4 chambres de la nouvelle maison ; il est très confortable ! D’ailleurs, ceux qui veulent en être sûr savent ce qu’il faut faire… Ce soir, au fur et à mesure que j’écris, Frédéric, Junior, Odilon, Ousmane, Paterne et Armando lisent le texte, en ce demandant ce que je fais. Je vais leur expliquer que c’est le récit de mes journées que je compose pour vous partager ce que je vis. Ils sont bien surpris de savoir que vous les connaissez déjà grâce au carnet et aux photos !!! Ils ont passé une bonne partie de l’après-midi à enfourcher à tour de rôle mon vélo pour faire le tour de l’église et la place, devant le petit presbytère. C’est une bonne alternative au foot, et ça les amène à s’entraider, à patienter et discuter de tout et de rien, c’est sympa aussi de les voir s’intéresser à ce que je fais ; après m’avoir aidé à confectionner les boites à clous et à trier le contenu, on a discuté du temps du Carême, qui commence ce mercredi. Calendrier en main, on a compté les jours, et on arrivé au chiffre de 46 ; normal, puisqu’il faut ensuite retrancher les 6 dimanches de ce temps de Carême. (Vous le saviez, n’est ce pas ?!)
Mon vélo se porte très bien, il a déjà franchi la barre symbolique des 1000 km ! Il souffre cependant de petits maux : le porte-gourde n’a pas résisté à certains chocs engendrés par les enfants, et la selle s’est fendue au milieu ; je l’ai réparée avec un morceau de métal enroulé autour d’une calle en bois, le tout placé sous la selle, et des lanières fabriquées à partir de vieilles chambres à air tiennent le tout. C’est presqu’aussi confortable qu’avant !
La matinée de ce lundi avait démarré bien calmement après une matinée presque grasse, puisque je suis sorti du lit à 7h00. Après le petit dèj, Aubin et moi sommes allés voir une grosse réserve de pierres sorties des berges de la rivière Gonda, à presque 2 km en contre bas de notre propriété. Il y en a beaucoup, il faudra au moins deux trajets en camion, quand il y aura possibilité pour un camion de venir à nouveau ici…. Le chantier de remise en état des ponts n’est pas lancé. On a ensuite arpenté le terrain pour décider du lieu exact de l’implantation du Bloc Opératoire. Cet après-midi fut cool.
C’est vendredi soir que je suis arrivé ici avec Simplice, et comme d’hab’ tout plein de gens divers dans la voiture … des Courde ! Eh oui, notre super voiture permettant à tous les coopérants DCC du diocèse de voyager ensemble jusqu’à Bangui, on a fait un échange momentané. Leur session a lieu ces jours-ci avec l’Abbé Antoine Exelmans et tous les DCC de RCA, ils sont partis samedi matin et rentrent au bercail autour du 12 février. C’est donc en pick-up qu’on a quitté Bangassou vendredi matin. J’étais content de ce court séjour, mais l’estomac barbouillé m’a fait souffrir, et les analyses faites au centre de Santé Bangondé de Bangassou ont révélé que j’étais très habité intérieurement…. Malheureusement pas seulement au plan spirituel ! Le verdict est tombé vendredi matin, 24 heures après les examens : flagyles et ascaris se partagent mon espace intérieur, provoquant quelques remue-ménages peu agréables. Certains savent ce que sait qu’un accélérateur de particules, hein ?!!! Le traitement prescrit par Sœur Lourdes (merci de prononcer aussi le « S », elle est portugaise) fait son effet, rassurez-vous. Je vais de mieux en mieux ! Entre coups de téléphone et mails, j’ai eu peu de temps de repos, mais quelle joie de savoir que les choses avancent au chapitre des projets de solidarité à Godefroy, à Massillon, en paroisse, à l’aumônerie des lycées BPJA, et ailleurs!
Vendredi soir, deux bonnes nouvelles nous attendaient ici: la maison s’élève, les mûrs en briques sont quasiment achevés, les piliers de ciment en passe d’être terminés ; dire qu’il y a trois semaines, il n’y avait rien à cet endroit ! Et puis l’autre heureuse nouvelle, c’est que Benjamin a trouvé de l’eau !!! À 15m50, l’eau a jailli ; il a creusé encore deux mètres, toujours aidé par Cyril qui remonte patiemment le seau rempli de terre et de cailloux. De l’eau ici, c’est tout qui va être différent pour nous ! Pour le moment elle est un peu trouble, mais quand le fond aura été aménagé, on y verra clair !
Samedi matin fut pour moi relax, pendant que Simplice et toute une équipe préparait la première journée de retraite de Carême, qui sera vendredi 8 février. De mon côté, les servants d’autel s’étant rendus disponibles pour un travail dans la concession durant la matinée, Jolys et moi avons fait deux équipes : une chargée de déplacer les pierres, une de transporter les briques en voiture depuis l’emplacement du four jusqu’à la maison, qui s’élève vers le ciel à grande vitesse. L’après-midi, entre rendez-vous et confessions, le temps a passé vite, et c’est vers 17h que j’ai embarqué dans le pick-up les servants d’autel pour nous rendre à Fungu.
Dimanche matin, messe ici, pendant que Simplice célébrait à Bamara, puis après-midi cinéma à la maison : j’avais invité les servants afin de les remercier ; on a regardé ensemble devant l’ordi le premier épisode de Jason Bourne, « la mémoire dans la peau », puis on est allé ensemble se détendre à Fungu. En soirée, Aubin est revenu de Bakouma avec Robert le chauffeur qui vient donner un coup de main en pilotant (c’est le mot) la vieille voiture increvable du Père Henri. Toute la journée d’aujourd’hui, il a transporté d’un bout à l’autre de la concession des dizaines de pierres qui serviront à la fondation du Bloc.
JEUDI 7 FEVRIER, 16h
Assis à l’ombre sur notre terrasse, je domine de quelques mètres le Centre-ville de Zacko ; les maisons sont déjà très (trop) serrées, et pourtant deux nouvelles constructions sont en train d’émerger juste devant nous, en contre bas, au milieu des autres. Absence de plan d’urbanisme, et partisans de la moindre distance d’avec le marché et les puits, et peut-être d’autres critères encore, amène les gens à s’entasser dans ce que tous appellent « le trou », ce que nous appelons en français « la cuvette ». Le projet de déplacer le stade vers l’extérieur de la ville va libérer de la place, mais le risque est grand que se développe très vite un tissu de constructions anarchiquement disposées. Avec tout ce que cela veut dire comme promiscuité et insalubrité. Zacko est encore en croissance, et la conversation que j’ai eu à Bangassou avec Michel, directeur régional de la Sécurité Sociale, fait un peu froid dans le dos. Avec à terme la création de 1 800 emplois chez Aréva à Bakouma, la proche région ne sera pas en mesure de fournir de la nourriture pour tout ce monde nouvellement installé ; en effet, 1800 emplois, c’est plus ou moins 10 000 personnes concernées, puisque les familles des employés vont en vivre. Pas assez de nourriture, c’est d’abord une hausse des prix, et puis tout simplement plus assez, ou plus rien. Au final, ceux qui auront de l’argent pourront s’en tirer, les autres, déjà pauvres, le seront de plus en plus. Quant à Zacko, le risque est grand que les trafiquants, ces cyclistes en provenance des villages de Ouango à 300 km au Sud, et qui transportent du manioc, de l’huile de palme, des arachides, s’arrêtent à Bakouma où ils vont trouver leur compte en vendant sur place leurs produits, et en gagnant ainsi deux jours de pénible trajet. Ce qui inquiète beaucoup Michel, c’est que rien n’est réfléchi en haut lieu pour anticiper ce qu’il appelle la catastrophe. Il faut, selon lui, que déjà les agriculteurs locaux changent de comportement, à savoir cultiver pour ses propres besoins, et s’attellent à agrandir franchement leurs champs afin de cultiver davantage et avec diversité. C’est un des moyens d’éviter une envolée des prix non maitrisable. Mais qui va& relayer ces propos auprès des populations peu enclines à remettre en cause des habitudes de fonctionnement axées sur l’autosuffisance ?
Au chapitre nourriture encore, je découvre avec effarement que le programme travail contre nourriture tombe à plat. Je vous explique : des produits du Programme Alimentaire Mondial sont parvenus ici, huile en bidon de 4 litres et sacs de 25 kg de semoule de maïs, dans le but de les distribuer en échange d’un travail précis, au terme d’un accord avec les travailleurs. Par exemple, créer un chemin d’accès direct au bloc opératoire demande plusieurs jours de travail ; j’ai confié cette tâche à Aimé Pia, un jeune père de famille, un de « mes » anciens Aïta-kwe de Bangassou. Charge à lui de recruter deux ou trois autres collègues pour faire avec lui ce travail qui demande trois ou quatre jours. Le deal est le suivant : quand le travail est achevé, chacun reçoit un sac de semoule et un bidon d’huile de palme. Et bien, il n’a trouvé personne qui accepte le deal ! Il s’est donc mis au travail tout seul. Hier mercredi, j’ai passé deux heures à l’aider, ainsi que Robert le pilote de la vieille Toyota. Ce matin, un jeune, Sylvain, qui tournait en rond devant la porte, a accepté de se mettre ainsi au travail, ce qu’il avait refusé il y a deux jours. J’ai fait la proposition d’échange entre un tas de gravier contre un sac de semoule, je n’ai pas encore eu de réponse positive. Quand j’interroge les gens sur les raisons pour lesquelles ils quémandent du travail ici, ils répondent que c’est parce qu’ils ont faim. Mais quand je leur propose jusqu’à 25 kg de semoule de maïs, ça ne leur convient pas, ils préfèrent l’argent. Je peux comprendre ça, mais eux doivent comprendre que je n’ai pas d’argent frais à disposition en permanence. J’ai dépensé un million de francs en moins d’un mois, c’est énorme, c’est beaucoup trop. Bien des choses restent à comprendre, certaines à convertir, chez eux parfois, en moi aussi surement. Il faut du temps, je le prends, je suis là pour ça entre autre, non ?!
Mardi, c’était Mardi Gras. J’ai pensé à toutes les mamans (à commencer par la mienne !) chez qui j’ai dégusté des beignets, des crêpes, ou de si bons gâteaux au long de ces années, entouré d’enfants et de jeunes avec qui les échanges étaient toujours passionnants. Cette année, malgré le fait qu’Aubin l’architecte était malade, on a ouvert des pochettes contenant du chorizo et de la rosette en provenance de Clermont. Cela a accompagné l’excellent repas concocté comme d’hab par Julienne. Simplice est parti aussitôt après pour Kpangou avec la moto, afin de vivre ces 24h avec les paroissiens de cette chapelle située à 30 km au Sud. J’ai travaillé mon sermon du lendemain. En soirée, on a regardé sur l’ordi le film « les infiltrés ».
Mercredi des Cendres, messe à 8h30, église remplie ! Et à 11h45, près de 50 enfants et deux enseignants sont à leur tour venus recevoir les cendres. J’ai bien aimé cette journée calme et de jeûne. J’en ai profité pour avancer dans la lecture du très intéressant livre de Jean Rigal « l’Eglise à l’épreuve de ce temps ». Merci à Philippe Mallet, responsable des Fidei Donum en Afrique, pour cet envoi ! Après-midi consacrée au travail d’aménagement de la route d’accès direct au Bloc Opératoire. J’ai travaillé avec Aimé Pia et Robert à l’extraction de racines et de souches, et à l’enlèvement de pierres qui serviront aux fondations du bloc. Travail dur, quasiment en silence, en ce jour de jeûne et de prière ; j’ai aimé ce moment suffisamment loin de la maison pour ne pas être dérangé par les paroissiens parfois envahissants.
Ce matin jeudi, visite à la mairie : j’ai vu le plan cadastral en cours de finition, entre les mains du secrétaire général Constant. J’ai discuté avec le Maire de choses et d’autres, notamment la découverte de l’eau à 15m50 dans notre concession. Je suis allé cet après-midi rendre visite à une fillette malade qui souffre des jambes, mais elle ne peut faire partie des enfants susceptibles d’être opérés par le Docteur Onimus qui vient début Mars à Bangassou. Par contre, deux enfants se sont signalés en plus de Claudia. Comme elle, ils souffrent de troubles de la marche, suite à une maladie ou à une injection de Quinimax mal acceptée par leur corps d’enfant. Je vais organiser leur venue à Bangassou pour les tous premiers jours de Mars.
Je m’apprête à descendre vers le marché pour aller voir les demi-finales de la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations. Au programme, Cameroun/Ghana, puis Egypte/Côte d’Ivoire. Il va y avoir de l’ambiance…. !!!!
MARDI 12 FEVRIER, 7h30
Au petit matin, je poursuis la rédaction du carnet ; il est 7h30, cela fait deux heures déjà que je suis debout, comme la plupart des Centrafricains, et comme le soleil qui nous tire du lit avec ses rayons et sa chaleur, douce jusqu’à 10h environ. Je suis arrivé à Bangassou hier lundi, et ce matin, j’ai été m’assoir à la cathédrale pour prier l’office du matin avec l’ensemble des membres des communautés religieuses de la ville. Puis à 6h, messe en sango présidée ce matin par l’abbé Clotaire, le curé. Petit dèj à 6h45 au cours duquel je retrouve les pères franciscains de Rafaï Norman et Ricardo. Et me voilà devant l’ordi.
Je reprends le fil de mon carnet, que j’avais coupé jeudi après-midi.
Les matchs de la CAN ont été passionnants, c’est du football de bon niveau, avec des accélérations et des courses de vitesse superbes. Dans cette salle bien trop petite pour ce genre d’occasion, les odeurs de transpiration se mêlent à celles de la cigarette, et personne ne sort à la mi-temps de peur de ne pas retrouver sa place sur l’un des bancs étroits et sans dossier sur lesquels on se sert ; c’est comme à Paris dans le métro aux heures de pointe. Il faut vraiment aimer le foot, il faut aussi savoir passer du bon temps avec les habitants du lieu !
Vendredi, première journée de récollection à la paroisse. Ce fut un vrai long moment de prière, de partage d’Evangile, d’Adoration, de méditation. Débutant à 6h par la messe, cela s’est terminé à 15h30 après le chemin de Croix vécu dans tout l’espace de notre propriété. Simplice et toute une équipe avaient bien préparé les choses. Le lendemain matin, c’était à mon tour de plancher avec une autre équipe, pour préparer la récollection de vendredi prochain ; il en sera ainsi chaque vendredi de Carême. Les gens présents (environ 300 personnes) ont été ravis de ce qui leur est proposé, et ceux qui préparent ont des idées, réfléchissent, inventent des choses pour permettre à chacun de s’y retrouver. Ce jour-là furent aussi donnés les premiers coups de pioche pour la construction du Bloc Opératoire ! C’est un moment d’émotion discrète qui m’a envahi en passant devant les fossés des fondations, alors que nous déambulions en vivant le chemin de Croix. Dimanche, à la fin de la messe, Bertrand, le secrétaire général de la paroisse, et moi avons encouragé les gens à ne pas baisser les bras devant l’ampleur de la tâche.
Samedi matin, après la réunion de préparation de la deuxième journée de réco de Carême, le secrétaire général de la Mairie est venu me voir pour me donner les plans officiels de la concession et parler du bornage provisoire par les services municipaux. Le plan est clair, ce document nous est très utile pour la suite du dossier concernant la construction. J’ai écrit au Maire que je l’invitais à la pose de la première pierre, dont nous déciderons la date avec Aubin. L’après midi, j’ai participé à une rencontre d’équipe « légion de Marie », mouvement d’adulte rassemblant beaucoup de gens hommes et femmes, pour la prière, l’écoute de l’Evangile, la charité. Cette réunion était pour cette équipe l’occasion de fêter, un peu en avance, Notre Dame de Lourdes, puisque c’est le nom qu’ils ont donné à l’équipe. En soirée, sous les étoiles, assis dans les fauteuils, Aubin, Robert et moi avons regardé le film « ne le dis à personne » ; un moment de détente que j’ai vraiment apprécié !
Dimanche matin, messe, puis rencontre avec des membres du Conseil Paroissial qui avaient convoqué deux femmes qui se chamaillent dans le quartier. Il s’agissait de donner la parole à chacune, de comprendre le pourquoi du comment, et de leur prodiguer quelques conseils avant de prier ensemble et de renvoyer chacune dans ses foyers. Le résultat, c’est à apprécier dans les jours qui viennent…
A 13h45, nos deux véhicules ont pris la route pour Bakouma où nous attendait une foule de plusieurs centaines de personnes venues regarder, grâce au vidéo projecteur installé en extérieur, la finale de la CAN, sur écran géant. Quelle ambiance, sans cigarette ni sensation désagréable d’être écrasé par les voisins passionnés du ballon rond ! Le commentaire était souvent inexistant, compte tenu de panne de micro (!) C’est l’Egypte qui a gagné, ce qui n’a réjouit qu’une infime minorité de téléspectateurs, dont moi…. ! Et non, je n’ai pas encouragé les Lions Indomptables du Cameroun, mais les Pharaons d’Egypte. On les appelle partout « Les Blancs d’Afrique », alors…
Lundi matin, départ avec Aubin pour Bangassou, avec, comme d’hab’, un certain nombre de gens assis dans le pick-up. Trois arrêts en route nous ont permis d’acheter des animaux fraichement abattus durant la nuit par les chasseurs: un singe et trois gazelles ; à chaque arrêt, chacun dit s’il veut ou non acheter, puis négocie le prix avec le vendeur. Une gazelle, c’est entre 900 et 1100 FCFA, un singe autour de 1300 FCFA ; j’ai offert à la famille Balipio la gazelle que j’ai achetée.
Après la sieste, j’ai passé deux heures devant mon ordi connecté afin de vous lire, de vous répondre. J’apprécie toujours autant d’avoir de vos nouvelles !
J’apprends avec tristesse le décès du père Francisque Bouquet, mon confrère pendant les 6 années passées à Clermont. C’est une figure du Centre ville qui rejoint notre Père du Ciel.
En fin de journée, des jeunes sont venus me chercher pour me demander de ramener chez lui Frédéric, un jeune confirmand plutôt costaud. Sorti de la réunion vers 16h30, il s’est allongé à l’ombre, et ne s’est pas réveillé. Un cas de plus de coma paludéen, sans doute. Sa mère pensait pouvoir le mettre à l’arrière de la mobylette du voisin de quartier, mais c’était impossible. Complètement endormi, nous l’avons alors installé dans le pick-up à l’arrière, puis je me suis dirigé entre les cases serrées du quartier Banguiville, pour arriver jusque chez eux. La pauvreté des lieux et des gens m’a amené à leur proposer de l’emmener à l’hôpital, aux urgences. Je savais qu’à partir de ce moment là, c’est à moi qu’incombait de payer l’ensemble des frais occasionnés par son hospitalisation. Toujours endormi, mais allongé maintenant sur son lit de bois, nous l’avons réinstallé à l’arrière, puis avons pris la piste pour l’hôpital. Il fait nuit noire ; à l’arrivée, le médecin de garde le fait installer dans l’une des salles réservées à la médecine. Une salle sans électricité, comme toutes les salles de l’hôpital. Une salle où sont installés 6 lits solides et neufs, en fer, seule touche de modernité dans cet espace où l’infirmier, tenant d’une main la lampe à pétrole, tente avec tact et talent, de faire une injection à un des patients arrivé peu de temps avant nous. Une salle ouverte des deux côtés et donc à tous les vents et à la poussière, où le plafond en bois s’effrite, abimé par la pluie, et où les poches de perfusion sont accrochées aux volets. Dans la pièce, le râle d’un vieux mourant est à peine estompé par le rire d’un bébé jouant dans les bras de sa maman accompagnant un autre patient. La venue du médecin, lampe de poche à la main, rassure un peu ; il diagnostique un fort palu, et prescrit une perfusion d’antipaludéen et de glucose ; je vais à la pharmacie acheter l’ensemble des produits et ramène le tout, ou presque, puisqu’il n‘y a plus de coton à vendre; nouvelle attente du médecin parti auprès d’un autre patient dans une autre salle. A son retour, toujours très calmement, il s’occupe de notre Frédéric qui lance parfois quelques petits cris étouffés. La perfusion posée, il n y a plus qu’à attendre le lendemain. Laissant seule la maman, je repars en voiture, ramenant au quartier les jeunes qui sont venus prêter main forte au transport de Frédéric. Et je me mets à fredonner la chanson de Jean-Jacques Goldman : « juste après »… (avis aux connaisseurs du texte et du clip, seuls vous pouvez comprendre !)
J’arrive, très en retard, chez Blandine qui m’a invité à diner en même temps que les Pères spiritains de Bangassou. La soirée fut belle et agréable avec les Pères Théo, Hollandais, Antonio, Angolais, et René, Camerounais. Je réalise soudain qu’il n’y a pas un centrafricain autour de la table !
Je me prépare à repartir pour Zacko demain mercredi 13, si tout va bien du côté matériel. Il faut les plans définitifs du Bloc, envoyé par Internet, les pièces pour la moto, du gasoil, du pétrole…. C’est parti pour l’aventure des courses en ville !
Il est 10h55….et je suis au Cyber, où la connexion rencontre des problèmes. Il faut débrancher tous les ordis, et tous les câbles de lien à Internet des ordis personnels. C’est un problème de serveur. J’ai donc le temps de vous dire que les coopérants de la DCC viennent de rentrer à l’instant au bercail. Je suis allé à 9h au marché acheter des pièces de moto pour Bakouma ; entre bielle et segments en tous genres, j’ai trouvé mon bonheur, grâce à Bruno, un spécialiste moto de la ville. Heureusement qu’il m’a accompagné, je serais reparti avec des pièces de Suzuki, peu compatibles avec la Yamaha, et pourtant emballées dans une boite estampillée Yamaha… Avant la panne de connexion, Aubin et moi avons eu le temps de rentrer dans l’ordi les plans définitifs du Bloc Opératoire ; je vais les imprimer et on va ainsi engager pleinement les travaux.
Il est 11h30, je suis encore au Cyber ; le verdict est tombé : il faut changer le disque dur du serveur… autant dire que je ne sais pas quand je vais pouvoir vous envoyer ces nouvelles. Guy-Roger, un de mes anciens Aïta-Kwe, est déjà au travail pour installer le nouveau disque dur (incroyable mais vrai, il y en a en réserve !) La radio grésille dans la salle qui s’est vidée de ses clients : le Président de la République Centrafricaine François BOZiZE est à l’antenne, en train de faire un discours aux jeunes de son Parti, le KNK, initiales de KWA NA KWA, ce qui pourrait ce traduire par : tous au travail, ou : le travail rien que le travail. L’ambigüité en langue sango est forte, puisque KWA traduit aussi bien le mot travail que le mot mort….. Côté bonne nouvelle, le camion Berliet jaune et ses chauffeurs reprend la route demain pour Zacko, la benne chargée de ciment, de chevrons et de tôles. Arrivée prévue en fin de semaine à destination ! Le travail va se poursuivre avec un rythme soutenu.
15h30 : la connexion est revenue, c’est parti pour l’envoi du chapitre 5 !
Rendez vous dans quelques semaines pour découvrir le chapitre 6 !!!
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