Partager l'article ! JOURNAL DE BORD, chapitre 4: DIMANCHE 30 DECEMBRE, jour de la Sainte-Famille. C’est depuis Rafaï que j’écris ces premières ligne ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
DIMANCHE 30 DECEMBRE, jour de la Sainte-Famille.
C’est depuis Rafaï que j’écris ces premières lignes. Après un séjour de quelques heures seulement à Bangassou, du 26/12 13h au 27/12 8h45, me voici à Rafaï, à 150 km à l’Est. Me voici, je devrais dire nous voici : en effet, jeudi matin 27, c’est avec Patrick et Marie-Do que j’ai pris la route au volant de ma voiture. 7 heures plus tard, à 15h45, nous arrivions au bac de Rafaï qui nous permet de traverser le Chinko large de 250 mètres et d’atteindre le but de notre voyage : la paroisse St Augustin où résident Damien et Hélène, qui ont été rejoints par les parents de celle-ci depuis le 20 décembre. Sur la route, nous avons transporté pendant 10 km un pauvre vieux impotent que deux adultes avaient chargé dans une brouette afin de le reconduire chez lui. Voyant cela (on voit tout vu la vitesse de circulation !) pas d’hésitation, je me suis arrêté et ai emmené tout ce petit monde (sauf la brouette…) jusqu’à destination. Quelle joie pour eux, ils ne tarissaient pas en remerciements. Quelques km plus loin, un vieux papa m’bororo marchaient péniblement sur la piste ; il nous fait signe, je m’arrête. Il nous demande de l’emmener, lui et son fils, jusqu’à Rafaï. Pas de problème, nous emmenons les deux avec les arcs, les flèches, la théière en plastique dont ils ne se séparent jamais ; lors d’une pause, nous partageons les bananes prévues par Marie-Do. Nos deux passagers m’expliquent qu’ils arrivent de Zacko ! Partis lundi matin 24, ils avaient parcouru 270 km jusqu’à ce jeudi 27 !!!! Et je me suis souvenu de la question d’un musulman à Zacko ce même jour veille de Noël « ah ! mais vous êtes encore là ? Parce qu’hier, on est venu, et on n’a pas vu la voiture, on pensait que vous étiez partis » En fait, j’étais à Yanguchi ; ces gens venaient précisément me demander d’emmener nos deux passagers de ce jour. Faute de les embarquer à Zacko, on aura fait 90 km avec eux, c’est toujours ça. Et le plus jeune, Ousmane, nous a bien aidé lorsqu’il s’est agit de refaire les ponts cassés afin d’engager la voiture sans risque de chute dans l’une ou l’autre des rivières à traverser : ici un IPN à replacer après le passage d’un camion si large qu’il y avait 1m d’écart avec notre voiture, là des rondins qu’il faut aller repêcher dans l’eau afin de refaire le tablier du pont. On n’est pas trop d’un de plus pour ce genre de travail !
Quel bonheur de retrouver tout ce petit monde à Rafaï depuis jeudi soir : l’équipe des 4 franciscains, les 5 sœurs franciscaines, et bien sûr Georges et Stéphanie les parents d’Hélène, ainsi que Damien et Patrick et Marie-Do. C’est un vrai changement d’air, j’apprécie vraiment. Et puis Georges et Stéphanie sont arrivés avec une grosse quantité de courrier m’étant destinée ; lire tant de lettres et de cartes postales de gens si divers m’a fait plaisir. Il y a même deux CD ! J’essaye de répondre à chacun en utilisant comme carte postale les photos que j’ai édité avec mon imprimante avant de partir à Zacko début décembre.
Et puis on échange au long des jours très librement de tout un tas de choses, je me suis mis à penser à ce que je vis lors de vacances en Bretagne où on flâne et on se repose entre deux courtes ballades dans le coin.
DIMANCHE 6 JANVIER, 20 h10, fête de l’Epiphanie, Bakouma.
Eh oui, les vacances, ça a du bon, et j’en ai même un peu oublié le carnet de bord…. Mais j’ai de bonnes excuses, enfin, j’espère que vous les accepterez !
Entre flâneries à Rafaï et réponses plus ou moins longues à nombre de lettres et de photos reçues, il ne restait plus beaucoup de temps, si ce n’est celui du sommeil, bien nécessaire. Dimanche dernier, Kordian, le curé de la paroisse aux 24 chapelles, m’a fait la joie de me demander de présider à Rafaï-centre, dans l’église St Augustin, pendant que lui et ses deux confrères Norman et Ricardo se rendraient chacun dans une de leurs chapelles pour la fête de la Sainte Famille. L’après midi, après le déjeuner chez les sœurs franciscaines, Frère Raymond nous a emmené au Centre du Continent Africain. Les calculs très sérieux ont été effectués en leur temps par l’Institut Géographique du Congo Belge (IGCB), et une toute petite borne en ciment a été plantée là, au beau milieu d’un terrain de foot local situé en pleine brousse. Damien n’a pas oublié le ballon, et après une séance photo comique, le match s’est engagé avec des jeunes qui passaient sur la piste. Puis Raymond nous emmène saluer des M’bororos qu’il connait bien. On partage quelques mots, puis nous visitons l’immense case en paille construite par les femmes pendant que les hommes font paitre les troupeaux de vaches à quelques km. Dans la case, tout autour, des lits en bois léger fabrication locale centrafricaine appelés kélekpa, et accrochées à la structure de la toiture, des calebasses de toutes tailles destinées à la confection et au transport de produits laitiers vendus aux marché. Ces familles sont presque sédentarisées, ce qui explique que Raymond connaisse chacun des membres. On a là aussi fait de superbes photos, le soleil couchant donnant un éclairage doux et chaleureux.
Le 31 fut une journée cool, que j’ai consacrée encore au courrier et à une interview pour RCF, menée de main de maitre par Patrick. La soirée fut originale : Kordian, qui est un vrai maitre en cuisine, nous a préparé un succulent gâteau que nous avons dégusté en fin de repas avec les franciscaines qui nous avaient rejoint dès l’apéro au cours duquel il y avait des toasts au saucisson, et d’autres au Cantal !
Puis, comme on est en saison sèche, Kordian nous a organisé une séance de cinéma avec vidéoprojecteur. Au programme : « la marche de l’empereur » ! Près de deux heures en Antarctique !!! Ce n’était vraiment pas couleur locale, idem pour ce qui est de la température…. c’était vraiment inattendu, original et très sympa. Puis à minuit, Damien et Patrick sont allés sonner les deux cloches en en tirant les cordes, et à ce tintement au cœur de la nuit répondaient les coups de fusil et les clameurs des quartiers de Rafaï. On entrait en 2008 !
A 5h15, je suis réveillé par des chants d’enfants tout proches ; Kordian sort de la chambre, et se retourne en disant : « les enfants, ils sont au moins 150 dehors ! » et ils chantent à tue tête et brandissent des branches et des palmes décorées (non ! ce n’est pourtant pas le jour des Rameaux ??!) jusqu’à ce qu’on leur remette un bonbon (au moins) à chacun. Alors là, il faut organiser un vrai rang afin de servir chaque enfant, éviter les resquilleurs, et calmer les affamés ! Je ne sais pas d’où Kordian a sorti tous ces sacs de bonbons, mais il a pu sans problème satisfaire à la demande. Et les voilà qui se dirigent ensuite vers la maison de Damien et Hélène, et chantent encore et toujours ; Kordian arrive à la rescousse avec encore des sacs de bonbons qu’Hélène et Damien s’emploient à distribuer avec la même rigueur que précédemment.
Ce réveil trop matinal m’a amené à finir de boucler ma petite cantine, puis que c’est là dedans que je transporte toutes mes affaires, qui sont ainsi bien protégées. Nous dévorons le premier petit déjeuner de l’année, et nous prenons la route ; nous, c’est qui donc ? Et bien Patrick et Marie-Do, bien sûr, et aussi Georges et Stéphanie Tézenas qui repartent pour notre belle Auvergne ! Les au-revoir avec leurs enfants laissent échapper quelques larmes étouffées, puis à 8h15, nous commençons à avaler les 150 km prévus en ce premier jour de janvier, premier jour de l’année 2008. Le bac franchi et quelques ponts réaménagés plus tard, c’est la pause déjeuner à midi, qui nous amène à déguster des sandwichs à la Vache qui Rit et au saucisson, accompagnés d’eau filtrée conservée au frais dans nos gourdes. Rien à voir avec les repas de nouvel an précédents, mais après tout l’essentiel est bien ailleurs que dans ce qu’il y a se mettre sous la dent !!! À Lanomé, je marchande puis achète à la demande de Sœur-Thérèse un sac de farine de manioc pour 4000 francs, destiné à l’école Antoine-Marie de Bangassou. A plusieurs reprises sur la route, nous rencontrons des gens qui me connaissent, ce qui fait beaucoup rire Patrick. D’autres s’arrêtent et nous saluent, et dans certains villages, c’est, dixit Marie-Do, « une foule en liesse qui clame « Bônané ! Bônané ! »
On arrive sans souci à Bangassou vers 15h30. Je suis fatigué après ces 7 heures au volant qui suivent une nuit un peu trop courte. Je dépose les Courde chez eux puis emmène les Tézenas chez les sœurs St-Paul-de-Chartres où Sœurs Thérèse, Marguerite et Ernestine leur réservent un accueil chaleureux. Arrivé à la maison d’accueil de la Cathédrale, je ne tarde pas à m’endormir après le diner, après que j’ai découvert le contenu du colis remis par la famille et les amis aux Tézenas. J’en profite davantage le lendemain : des DVD, des BD, et encore du courrier ! Je n’aurai pas le temps de répondre à chacun.
Les jours suivants sont consacrés à l’envoi et à la réception de mail de partout, qui me font plaisir, quelque soient leur longueur et le contenu ; c’est bon de rester ainsi en lien, même si rien ne remplace « le direct » quand les regards se croisent et les paroles s’échangent sans intermédiaire. J’ai aussi la joie de téléphoner à quelques uns, quel plaisir d’entendre leurs voix !
J’ai célébré deux matins de suite chez les 5 franciscaines qui sont installées sur la colline de Bangondé, et partagé le petit déjeuner avec elles. J’ai consacré du temps à l’orphelinat et aux 21 pensionnaires du lieu jeudi après midi. Vendredi midi, excellent Capitaine chez les Courde, cuisiné par Monsieur (le Capitaine, c’est un gros poisson sans petites arrêtes, très fin, je vous le recommande !). Puis c’est Blandine qui reçoit pour la soirée d’au revoir à Bas, le pilote néerlandais, qui part en Namibie, et est remplacé ici par John ; il est de même nationalité, mais on change de génération… l’important, c’est qu’il soit sympa et qu’il pilote bien ; je ne doute ni de l’un ni de l’autre. Mais quelques larmes à peine retenues ont coulé sur les joues de quelques jeunes filles européennes (eh oui, le pilote grand, beau, blond, jeune, sympa, c’est loin d’être un mythe !!!).
Samedi matin, départ pour Bakouma, arrivée sans souci dans « mes meubles », et ce matin, messe de l’Epiphanie à l’église, pendant que Simplice allait évangéliser à Lengo.
MARDI 15 JANVIER, 9h50
Voilà 9 jours que je n’ai pas ouvert mon ordi !!!
Rassurez-vous, je ne suis pas malade, tout va bien du côté santé comme du côté moral, et même spirituel ! Mais ces derniers jours ont été remplis d’imprévu, et d’occupations prenantes : certes, lundi, mardi et mercredi furent reposants, et j’avais l’intention que ça se poursuive ainsi dans les jours suivants. Je m’étais d’ailleurs lancé dans un truc dont je ne raffole absolument pas : la rédaction des registres paroissiaux et des cartes de baptême. Et toc ! Une pensée pour toutes les secrétaires paroissiales et archivistes qui soulagent leurs prêtres d’un travail fastidieux. Que voulez-vous, quand on célèbre 36 baptêmes à Noël, il faut en assumer les conséquences scripturaires. Et Dieu seul sait ce qui nous attend : mardi avait commencé dans le calme, entre bricolage de la chasse d’eau qui, avec sa fuite, avait vidé le château d’eau… ce qui est quand même un inconvénient, n’est ce pas… (?) Quand, en plus, il faut couper la descente générale du château d’eau pour réparer la fuite, on entend rapidement les protestations des autres occupants de la maison! Après trois allers et retours effectués par Yéyé (un des servants d’autel) ou moi entre la vanne du château et la chasse d’eau, j’ai réussi à remettre tout ça en état. L’après-midi de mercredi, j’ai emmené en voiture une vingtaine d’enfants et de jeunes à Kpembéré ; c’est l’emplacement des gravures rupestres, qu’aucun des enfants ne connaissait. Ils se disaient entre eux et m’expliquaient aussi que c’est Téré, l’Ancêtre de tous, qui les a dessinées. Les histoires autour de cela sont nombreuses, et ne sont pas des légendes ; d’après les enfants, il faut prendre tout cela avec beaucoup de sérieux.
La soirée de mercredi s’annonçait calme, mais à 22h10, tout fut bouleversé. Alors que j’entrai dans le sommeil après la prière des Complies, le bruit peu habituel d’un camion envahit le silence de la nuit, et celui de notre concession, jusque sous mes fenêtres ! À l’intérieur de ce Berliet jaune hors d’âge en provenance directe de Bangui, et au dessus de plus de 10 tonnes de matériel, 15 hommes. L’équipe de l’architecte venant construire la maison d’accueil de Zacko !!! Les présentations rapidement faites, Gervil et Simplice, réveillés eux aussi (ce qui n’est pas étonnant !) accueillent nos hôtes imprévus dans différents lieux. J’engage la conversation avec Aubin, l’architecte constructeur chef de travaux, qui m’explique son intention d’être à Zacko dès le lendemain jeudi. Et bien, la nuit a été courte pour moi, je peux vous dire ! Arrivé de Bangassou samedi, je n’avais pas vraiment fini de ranger mes affaires, ni de profiter pleinement de toutes les lettres que j’avais reçu de tant de gens d’Auvergne et d’ailleurs. Et me voilà à réfléchir à tout ce que je dois embarquer pour que, dès le matin, je sois à pied d’œuvre. Je finis par m’endormir, et me réveille pour la messe de 6h présidée par Simplice. Il faut ajouter que Gaëtan est à Bangui, prêt à accueillir ses amis d’Espagne.
Interruption imprévue du temps calme : il faut que j’aille vérifier le montage du four de cuisson des briques.
MERCREDI 16 JANVIER, 18h25
L’interruption a été de longue durée… mais tout va bien ! Je reprends le fil du récit.
Arrivé à Zacko à midi précises, Simplice et moi ouvrons la maison, puis on va déjeuner au marché dans une petite auberge qui sert le manioc avec de la vache (eh oui, amateurs de Mc Do, ici y a pas de bœuf !) Simplice repart à Bakouma retrouver Gervil, je reste là et attend le camion, ses passagers et son chargement. Je profite du temps de pose pour aller saluer le Maire, et diplomatiquement lui demander s’il accepterait d’envoyer quelqu’un pour délimiter notre concession, c'est-à-dire notre propriété. Il me répond qu’il viendra sur place le lendemain. Je repars, un peu inquiet quant à sa réaction à sa venue, lors de la découverte du camion et de tout ce qui s’en suit. Je n’ai guère le temps de ruminer, le Berliet brinquebalant fait vibrer Zacko de son vrombissement, alors qu’il est encore à près d’1 km de l’église. Il est 17h. J’avais juste eu le temps d’avertir les responsables de la paroisse qui, pris de court, tout comme moi d’ailleurs, se demandent bien ce qu’il faut faire. L’expression employée ici, c’est : «ça nous brusque beaucoup, il fallait nous avertir». Il y a quand même de la joie mêlée aux inquiétudes bien légitimes : qu’est ce qui va se passer ? / que faut-il faire ? / qui travaille comment ? / mais c’est quoi qu’on construit ? / et tout plein d’autres propos de ce genre, qui traduisent l’intérêt de tous pour ce qui va se passer. La soirée est consacrée à l’aménagement des lieux pour recevoir l’architecte Aubin Fikouma, ses dix employés et l’équipage du camion loué à Bangui, composé de quatre personnes : le superviseur Abbas, le chauffeur Ramioul, et les deux apprentis. La nuit tombe, chacun trouve un lit ou un endroit pour dérouler sa natte. En hâte, Sylvie la maitresse des maternelles nous prépare le manioc et un peu de viande que se partagent les 2 chauffeurs, Aubin et moi. Le lendemain vendredi, prise de contact tous azimuts : les responsables de la paroisse répondent présent, et accompagnent Aubin dans les divers lieux où on peut trouver du bon gravier, du bon sable et de belles pierres pour construire la maison d’accueil. A 10h15 arrive le premier adjoint au Maire, à qui je sers un thé vert (c’est une habitude ici, j’ai appris à le préparer) puis nous discutons de ma question de délimitation de notre concession. Nous échangeons d’abord sur le fond : l’urgence de construire ici un bloc opératoire ; je lui explique que nous allons commencer par la maison d’accueil qui permettra aux futurs intervenants dans ce bloc de venir y vivre. Il me promet de revenir demain avec quelques notables afin de valider la surface nécessaire à tous nos projets auxquels il ajoute d’ailleurs celui d’une école et d’un collège catholique, si important à ses yeux. Bon, pour ce projet là, on verra plus tard !!!
Après le déjeuner préparé par l’épouse de Paul Sappaï, Aubin et ses 10 employés se mettent au travail, et avec moi délimitent avec précision l’emplacement de la maison d’accueil. A 17h, les fils sont posés à 30 cm du sol, on devine déjà ce que sera la maison. Soirée cool autour du repas et dehors au frais avec Aubin, les 2 chauffeurs et les 2 apprentis.
Samedi matin, tout le petit monde d’Aubin est au boulot dès 6h30. Ils creusent les fossés où seront coulées les fondations de la maison. Les paroissiens se pressent pour savoir à quel endroit travailler. Les lieux sont variés : construction du four pour cuire les briques, sortir le gravier et le sable de l’Ambulo qui coule dans le fond de la vallée. Extraire les pierres le long de la route qui mène à Bria par Bamara. On commence à organiser les équipes, et chacun rejoint un lieu, pendant que le camion et son équipage se reposent, après ces 980 km parcourus en 5 jours depuis Bangui. A 10h30, j’avais rendez vous avec les premier adjoint ; j’attendais assis dans un fauteuil, mon bloc note à la main. Et tout à coup qui vois je arriver ? Le Maire en personne, tous les adjoints, et tous les chefs de quartier (ils sont 26) ! Adieu le projet de thé vert en tête à tête avec le maire… Avec Lambert, Bertrand et Jean-Pierre, on organise à la hâte un espace où tout le monde puisse s’assoir, et la conversation s’engage : salutations de rigueur, puis le Maire lui-même explique dans un court et ferme discours la nécessité d’un bloc opératoire ici à Zacko. Je lui redis l’investissement des catholiques et de beaucoup de gens de la commune dans ce projet. Puis Aubin prend la parle pour expliquer ce qu’il vient faire ici. Plusieurs personnes réagissent très positivement en déclarant : « c’est donc vrai, ça y est, c’est parti ; l’engagement pris par l’évêque et les paroissiens, ce n’est pas que du vent,… » la joie se dessine sur les visages, et cette joie va d’ailleurs se propager tout au long de la journée dans toute la ville. Alors le Maire se lève, et nous entamons le tour de ce qui devient notre concession. Ce qu’il nous donne est beaucoup plus grand que je ne le pensais ; chacun exprime son avis tout en déambulant dans les hautes herbes et les cailloux ou en empruntant les sentiers menant aux plantations familiales. Quelle joie intérieure j’ai ressenti après le départ de tous ces administrés et leur chef ! En fin de journée, nous prenons la décision qu’après la messe du lendemain, des volontaires sacrifient le repos du dimanche pour aller charger puis décharger les pierres. C’est pas bien, je sais, mais le camion est loué, et ne va pas rester très longtemps ici ; alors il faut faire vite. Ce qui fut fait : 4 voyages avec dans la benne, des milliers de pierres nécessaires aux fondations. Quelle joie pour tous les gens de voir ce camion circuler ainsi. Le souci majeur, ce sont les enfants qui courent partout autour, ce qui engendre une réelle crainte chez les chauffeurs. Mais comment les chasser alors même que nous traversons la moitié de la ville dans un sens et dans l’autre ?
En soirée, bilan de cette première journée, avec Lambert, Bertrand et Jean-Pierre. On préparer le lundi, et chacun repart avec une mission précise à mettre en œuvre. Je suis préoccupé par le fait de ne pas avoir de cuisinier ni de gardien des lieux en journée. Il me faut prendre des décisions qui ne sont pas simples, et que je suis obligé de réfléchir seul. Je décide de demander à Aimé d’être là à différents moments de la journée, moyennant un salaire que nous fixons ensemble ; sa présence m’est reposante ; son épouse Julienne nous sert les repas chaque jour. Lundi matin, messe à 6h, puis envoi des équipes : beaucoup d’hommes se présentent pour devenir temporaires, c'est-à-dire être payé chaque jour et/ou à la tâche accomplie. Il me faut refuser du monde, puisque des équipes ont été constituées, mais il faut quand même employer quelques têtes nouvelles compte tenue de l’ampleur du travail. Et il faut discuter salaire… ce qui n’est pas une mince affaire. Bon, avec certains on se met d’accord, mais avec d’autres, c’est plus difficile, surtout que certains salariés du dimanche n’ont en réalité pas fait grand-chose, ce qui a eu vraiment le don de m’énerver. (eh oui, ça arrive encore… !) Il faut organiser l’équipe service du café sur les lieux de chantier, compter les beignets et la quantité de sucre, pour éviter les « histoires » entre les gens… j’avoue que je préfèrerais consacrer ces précieuses minutes du matin à autre chose, mais bon… De son côté, Aubin et son équipe sont à l’ouvrage, et Simplice rentre de Kpangou où il a célébré messe et baptême dimanche. Je suis sur tous les fronts, encourageant les gens de tous les côtés, sur tous les chantiers. L’entente avec Aubin est vraiment agréable, et le soir venu, nous partageons beaucoup de choses.
Mardi matin, lui et Simplice prennent la route de Bangassou afin de rencontrer l’évêque. Je reste seul, ou presque ! La maison et son auvent ne désemplissent pas dès l’aurore, entre les gens qui cherchent à être employés comme temporaire à 1500 FCFA et moi qui veut les payer 1000 FCFA, ceux qui trouvent qu’il n y a pas assez de beignets avec le café, ceux qui viennent se confesser (c’est pas vraiment le moment…) ma patience est mise à l’épreuve, mais vers 10h, le lieu devient calme, ce qui me permet d’ouvrir l’ordi. Mais voilà que sur le chantier du four à brique, il y a grande mésentente : ceux qui ont dit qu’ils savaient (monter le four avec les briques à cuire) sont visiblement incapables de le faire : l’empilement subtil a chu, endommageant plusieurs dizaines de briques, ce qui occasionne la colère retenue mais réelle des autres, au nom de tous ceux qui ont préparé ces briques depuis des semaines. Je viens en pacificateur improvisé, et propose qu’on fasse appel à un vrai spécialiste reconnu et apprécié ; Serge est donc recherché dans toute la ville jusqu’à ce qu’on le trouve et qu’il vienne me voir pour qu’on se mette d’accord sur… le salaire.
Désolé, j’interromps, l’ordi n’a plus que 5% d’énergie ; il m’en reste bien d’avantage !!!! Bonne nuit, et à bientôt !
JEUDI 17 JANVIER, 19h05
Il y a 97% d’énergie restante dans la batterie de l’ordi, grâce à un après midi ensoleillé (35°) et au panneau solaire appuyé contre le mur et sous lequel j’ai abrité le convertisseur dans lequel j’ai branché le câble de l’ordi qui rentre par la fenêtre dans ma chambre où se trouve l’ordi posé sous la moustiquaire… vous avez suivi ?!!! Bref, vous découvrez une fois encore que tout arrive à celui qui sait s’organiser !
Assis dehors au frais (enfin !) je déguste le reste d’une bière partagée avec le président de la paroisse Jean-Pierre Tagba qui est venu aux nouvelles à la nuit tombée ; la lune entame sa croissance, elle est au-delà de la demi et nous éclaire déjà vivement.
Avant-hier donc, les équipes constituées le matin ont beaucoup et bien travaillé. La soirée fut courte puisqu’après le diner, chacun est allé se coucher. Hier mercredi, tout comme ce matin, j’ai célébré la messe à 6h, puis « embauché » un certain nombre de gens à la journée ; vu le nombre, je pourrais dire : un nombre certain de gens ! plus de 40 personnes, avec qui il faut négocier le temps de travail, le type de travail, et rassurer sur le fait qu’il y a bien du café sur place accompagné de beignets. Il faut remettre à certains de ces temporaires les instruments nécessaires au travail prévu, ce qui me vaut de savoir une machette et une hache certainement en de bonnes mains, mais pas les miennes, ce qui aurait dû être le cas…….. ; en fin de journée, je fais les comptes : 12 personnes au montage des deux fours à briques, 12 à l’extraction du sable et du gravier auxquels il faut ajouter 8 gars d’Aubin, 7 personnes à collecter des pierres, 7 à un autre lieu d’extraction de gravier, 2 qui creusent le puits à la recherche de l’eau, 6 dans la concession pour le nettoyage… me voilà devenu chef d’entreprise, avec les joies et les galères : il y a ce qui avance bien, et ce qui pédale dans la semoule. Et au final plus de 80 000 FCFA par jour « sortis » de la caisse. Bon, ramené en €uros, vu de chez vous, c’est peu, mais c’est énorme ici, puisque le SMIC est à 18 750FCFA, ce qui fait le salaire journalier à moins de 700FCFA. Vous voyez que « je » paye plutôt généreusement. Mon VTT sert à aller d’un lieu de travail à l’autre : l’emplacement du four, sur la grande route de Bakouma vers le Sud, est à 1 km ; le confluent où on extrait sable et gravier, est à 1 km vers l’Est ; vers le Nord sur la route Bamara se trouve l’emplacement de collecte des pierres blanches, et sur la petite route de Bakouma un autre lieu d’extraction du gravier, à 2 km. Bref, faire le tour de chaque chantier demande du temps, et m’amène à parcourir plus de 10 km à plusieurs reprises par ces chemins étroits et encombrés, ce qui me plait, évidemment ! Et puis, ici dans la concession, il faut être là à chaque fois que le Berliet jaune revient chargé de l’un ou l’autre de ces produits de la Terre qui vont permettre la construction de la maison d’accueil et du bloc opératoire. Empiler les pierres à un endroit précis, le sable à un autre, le gravier à un troisième… c’est pas si simple à coordonner, mais on y arrive toujours. La bonne entente avec les chauffeurs facilite grandement bien des choses. Ce qui me pèse, c’est de ne pas savoir à qui faire absolument confiance : une bière qui disparait dans le frigo (qui fonctionne à merveille !), un retour de monnaie tronqué, un demi kilo de sucre qui n’arrive jamais dans la marmite de café du matin, des instruments qui « s’envolent » le soir venu vers d’autres concessions ; franchement, je n’aime pas ça. Ce qui est positif, c’est qu’émergent des jeunes et des adultes à la fois sympas, consciencieux et travailleurs, et qui ne manquent pas d’humour. Rien de tel pour détendre l’atmosphère ! Cela dit, je reste toujours un peu sur mes gardes, ce qui n’est, me semble t-il, pas vraiment dans ma nature.
Mardi 15 à 15h30, la réunion mensuelle du Conseil Paroissial s’est bien passée. Le président Jean-Pierre Tagba nous a invité à méditer en ce début d’année l’extrait de la lettre de Paul aux Romains, 12, 1-2 ; vous pouvez aller lire ce court texte. Puis on a longuement débattu sur le Carême 2008 qui commence dans 3 semaines. On a décidé que chaque vendredi serait consacré au jeûne, à l’enseignement, à la prière. Et ceci dès 6h avec la messe jusqu’à 17h en finissant par un chemin de Croix. Fade é ba, comme on dit en sango, c'est-à-dire : on verra bien (ce que ça donne) ; mais comme on dit aussi (en français) : qui ne tente rien n’a rien.
Aujourd’hui, à plusieurs reprises sont arrivés des gens venus voir le chantier : Abdoulaye le chef du quartier voisin du nôtre, Abouna un des collecteurs de diamants, Charles le président de l’APE, des membres de l’Eglise Baptiste toute proche, des femmes des hommes, des jeunes et des enfants qui déambulent autour des fossés creusés pour les fondations de la maison et des tas toujours plus gros de sable, de gravier et de pierre. A certains j’offre volontiers un thé vert…et la discussion se poursuit ainsi encore quelques minutes.
Il est 19h55, La nuit est tombée depuis 18h ; j’ai faim, et je sens que je ne vais pas tarder à m’endormir ; les machines à écraser le manioc se sont tues, seuls les cris des enfants jouant dehors éclairés par la lune, et les musiques lointaines diffusées par les bars, troublent le calme dans lequel Zacko s’enfonce doucement. Et je rends grâce pour tout ce qui se vit ici.
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