JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

Contacts

Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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DIMANCHE 20 JANVIER, 19h

 

Il fait encore chaud ce soir. Je suis à l’intérieur de la maison, toutes portes et fenêtres ouvertes. La chope à mes côtés est remplie d’un désaltérant thé vert. Les lampes branchées à la batterie diffusent une lumière quelque peu blafarde à peine suffisant pour éclairer mon clavier.  La ville est plus calme que d’habitude, mais des cris vont se faire entendre dans 1 heure, lors de la fin du match d’ouverture de la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations ; Ghana contre Guinée, les premiers risquent fort d’écraser les seconds. J’avais prévu de me rendre dans l’un des 4 lieux de Zacko équipés d’antenne satellite ; mais je suis rentré fatigué (et heureux !) de ma tournée en vélo vers le Nord « à 17h fort », comme on dit ici, c'est-à-dire presque 18h.

Vendredi matin, aux aurores, après la messe, je suis descendu à Confluent pour encourager les travailleurs temporaires et bénévoles d’un jour qui chargent le sable dans des sacs ou des bassines, le transportent sur leurs épaules ou leur dos et vont le vider quelques centaines de mètres plus loin, après avoir traversé la rivière Ambulo sur un pont fatigué et étroit. C’est à cet endroit, rendu accessible il y a dix jours par une équipe qui a nettoyé la brousse afin d’y ouvrir un chemin, que la benne Berliet s’est présentée 2 à 3 fois par jour pour recevoir un chargement de ce sable ou de ce gravier extrait des rives ou des profondeurs de l’Ambulo, afin de le décharger ensuite au sommet de la colline qu’est notre concession,  en lieu et place de la construction de la Maison d’Accueil et du Bloc Opératoire. Que de monde en ce matin ! Heureusement j’avais prévu le café, le sucre et le lait en poudre en quantité ainsi qu’une somme d’argent suffisante pour acheter des beignets et des baboros, sorte de patates à cuire très nourrissantes. A mon retour, quelle joie de voir Simplice et Aubin en train de décharger la voiture ! Ils rentrent de Bangassou avec de bonnes nouvelles concernant la suite des (nous allons désormais employer le pluriel, et dire des) chantiers. En effet l’évêque, avant de partir pour l’Europe, s’est engagé à signer le contrat pour l’établissement définitif du plan du Bloc Opératoire. Dans quelques semaines, nous aurons les plans venant du Cabinet d’architecture Africa-Concept dont Aubin Fikoula est l’un des 2 fondateurs ; c’est son collègue resté à la Capitale et qui se nomme Ferrier (vous chercherez sur votre calendrier des Saints à qui ou quoi correspond son prénom, les plus rusés d’entre vous allez trouver !) qui se charge de finaliser tout ça et de nous l’envoyer. Quelle joie pour tous les gens de Zacko ! J’ai donc mis des gens au travail du nettoyage du sommet de la colline afin que, sur ce plateau, on puisse faire le repérage précis de l’emplacement du Bloc. Il y a eu de l’animation autour de la table à midi et le soir, avec les 4 membres d’équipage du Berliet qui ont pris la route samedi matin aux aurores. J’ai apprécié chacun des gars, tous musulmans, bien différents les uns des autres. Pas facile de gérer la cuisine pour tout ce monde quand aucun ne mange de viande de brousse (autrement dit d’animal sauvage) et qu’il faut que ce soit l’un d’eux qui tue le coq ou la poule pour qu’ils puissent ensuite la consommer. Pour le reste, pas de souci, et ils m’ont fait découvrir l’excellent lait de vache vendu par les femmes M’bororos au marché. Le frigo fonctionne plutôt bien, je vais en acheter de temps à autre.

Le temps de détente aux sources très chaudes de  Fungu fut vraiment bienvenu et agréable !

 

Samedi matin, après la messe et le départ du Berliet pour Bangui, j’ai repris les tournées en vélo d’un lieu à l’autre, pendant que Simplice se chargeait, avec la voiture remplie de futs de 200 litres, d’aller chercher l’eau dans l’Ambulo, afin de la verser dans le bassin construit tout exprès à proximité du premier chantier pour faciliter la confection du ciment. Il en fait, des allers et retours, avec toute une équipe de gars solides. Quand je suis arrivé à Confluent, quelle ne fut pas ma surprise de voir 50 gars de tous âges et de toutes confessions religieuses entrain de sortir le sable ! Quelle joie de saluer les chefs de 3 quartiers de Zacko venus avec leurs administrés consacrer du temps à la construction du Bloc Opératoire ! Bien entendu, avec tout ce monde, il a manqué de café, de sucre, de lait et de beignets… j’ai donc foncé au marché pour en acheter 80 (la vendeuse m’a fait répété 3 fois le chiffre, il faut dire que j’ai emporté tout son plateau !). J’ai amené le reste, qui est en réserve à la maison, et je suis redescendu à fond jusqu’au Confluent, afin de rassasier tous ces travailleurs. C’est aussi l’occasion de discuter avec les uns et les autres.  Pendant ce temps, Aubin se débattait à la briqueterie quant à la manière de monter le four, et la manière d’y mettre le feu à l’intérieur. Il faut dire qu’un four, c’est un empilement subtil des briques enchevêtrées et sous lesquelles on laisse par endroit un canal permettant d’y entrer des tronc nécessaires à la cuisson lente de ces 7000 briques pressées depuis quelques semaines par les différentes équipes d’adultes de la paroisse. Visiblement, tout n’est pas simple, il y a de vives tensions entre les acteurs. Aubin a essayé de jouer la conciliation et, à mon retour à la maison, nous y sommes retournés avec Simplice, afin que je pacifie un peu tout ça. Ce soir dimanche, le four est fermé, les briques vont cuire lentement pendant deux jours, puis on va ouvrir, et là, surprise : combien de briques seront bien dorées à l’extérieur et bien cuites à l’intérieur ???

Ce matin dimanche, j’ai enfourché mon VTT à 6h45 pour me rendre successivement à Bamara et Yanguchi, où j’ai célébré la messe dans chacun des lieux. Arrivé 18 km et 1 heure 5 minutes plus tard à la chapelle St François de Bamara, j’ai eu le temps de confesser une dizaine de personnes avant la messe, puis de me rendre ensuite à la nouvelle chapelle St Michel de Yanguchi, où m’attendait la communauté. Après la messe, temps d’échange et de discussion avec les petits et les grands, puis on m’amène la boule de manioc et un excellent morceau de gibier fraichement tué et bien préparé par Christine, la future épouse de Jules le catéchiste catéchumène. C’est d’ailleurs chez eux que je me suis rendu ensuite afin de commencer la préparation de leur mariage. Puisque Jules a réuni la somme de la dote nécessaire au mariage coutumier, rien n’entrave la célébration sacramentelle, et donc aussi son baptême. Cette « première », puisque c’est la première fois que je mets en route ici un couple vers le mariage, fut passionnante. D’autres rendez vous sont à prévoir, chez eux à 25 km de Zacko, soit une heure trente environ en VTT. A mon passage à Bamara sur le chemin du retour, nouvel arrêt-repas-discussion avec les responsables de la Communauté Catholique. Au menu alimentaire, boule et Pangolin ; au menu discussion, l’école, puisque le deuxième Maitre-Parent Job Adris est arrivé au début du mois afin de soulager Aimé-Christian. Il y a des problèmes de caisse, des problèmes de contrat ; je n’y peux en réalité pas grand-chose, mais ma présence est indispensable afin d’encourager les acteurs principaux. 100 enfants scolarisés ici, c’est énorme. Il faut soutenir la création des classes de CM1 puis de CM2. Je repars vers 16h15, fait un court arrêt et discute avec le pilote d’un petit Saviem en panne depuis 17 jours dans la montée à la sortie de Bamara : disque d’embrayage hors d’usage, boite de vitesse abimée, et en plus, impossible de passer, même à pied ; il est en travers entre les deux hauts talus qui encadrent cette portion de la piste… heureusement qu’ils ont pris le temps d’ouvrir une nouvelle piste dans la brousse en abattant quelques arbres et en poussant quelques cailloux. Jusqu’à quand restera t-il dans cette inconfortable situation ? Je fais un dernier arrêt à Yanguhoda, à 5 km de Bamara, (donc à 13 de Zacko) afin de prévoir avec les catholiques une réunion qui vise à éclaircir leur souhait grandissant de fonder là aussi une chapelle. Rendez-vous est pris pour dimanche prochain après-midi.

Je suis rentré un peu fatigué et très heureux de cette journée faite de simplicité et de joie dans toutes ces rencontres. Ça n’est pas rien, 50 km au soleil et aussi à l’ombre, avec mon VTT « customisé » ! Il faut dire que j’ai ajouté à l’arrière un gros porte-bagage « villageois » et sur le guidon un gros clac-sonne qui…. sonne !

Ça y est, le match est terminé, le Ghana gagne de justesse contre la Guinée 2 à 1. Aubin avait sa radio allumée, ça m’a permis de suivre le cours des choses ! 

 

MERCREDI 23 JANVIER, 19h

 

Aubin a l’oreille collée à son mini poste de radio, réglé sur RFI, Radio France Internationale. Comme chaque fin de journée, c’est la diffusion en direct des matchs de la CAN ; ce soir, c’est Sénégal / Tunisie, il y a égalité 1 partout à l’heure de jeu. Hier mardi à 17h30, on est allé tous les trois assister au match Cameroun / Egypte : dans une salle bondée, des supporters des deux camps se sont affrontés verbalement avec plus ou moins d’humour, mélangeant allègrement les langues française, sango, banda et arabe. Dans cet espace exigu prévu pour 100 personnes, nous étions au moins le double, les yeux rivés sur l’écran de TV pas plus grand que celui de mon salon à St Genès, dont le son fort heureusement amplifié couvrait à peine le brouhaha permanent. La taule chauffée par le soleil continuait de diffuser une température lourde ; les murs touchant le toit pour éviter les intrusions ne laissaient passer qu’un trop petit peu d’air ; et ici, pas d’interdiction de fumer dans les lieux publics : je suis ressorti avec les vêtements et les poumons enfumés ; ça m’a rappelé l’atmosphère de concerts à la Coopé de Mai à Clermont, avant les nouvelles lois… Le Cameroun s’est fait presque écraser par l’Egypte, et le score final de 4 à 2 a amené la majorité du public de la salle à sortir la tête basse. J’ai passé tout de même un bon moment, ayant un faible pour ceux qu’on appelle partout « les Blancs d’Afrique », c'est-à-dire les Egyptiens.

Ce début de semaine est aussi caractérisé par un peu moins de travail pour moi côté chantiers. Je mets en route chaque matin des Temporaires qui vont nettoyer la concession, coupant les fourrés et taillis ou enlevant un partie des immenses et nombreuses qui jonchent nos hectares. Il faut leur préparer un café au lait très sucré vers 10h30, afin qu’ils aient l’énergie nécessaire pour poursuivre leur tâche. Vers 15h, chacun vient chercher auprès de moi son salaire du jour : 1000 ou 1500 FCFA, ce qui est largement au dessus du SMIC horaire centrafricain. Parmi ces employés d’un jour ou deux, des personnes pauvres de Zacko qui viennent ici chercher de quoi acheter un peu du nécessaire qui leur fait défaut, comme du savon, du pétrole. Certains ne sont pas de grands travailleurs, mais c’est parfois le geste qui compte. Divers rendez-vous imprévus et plus ou moins étonnants quant au contenu, rythment les journées. Je reçois à l’ombre des arbres les personnes qui viennent causer de choses et d’autres, celles qui demandent à se confesser, dont pas mal d’enfants et de jeunes à l’issue des réunions de préparation au baptême ou à la confirmation. Il y a ce couple en proie à des cauchemars chaque nuit, dus à la présence de forces du Mal chez eux ; écouter, respecter, prier, redonner l’espérance, autant d’attitudes simultanées et complémentaires pour accompagner ces situations. Mais mon regard d’Européen ne peut tout saisir ; j’ai toujours eu confiance en l’Esprit-Saint, ce qui m’est une fois encore d’un grand secours !

Lundi, la matinée fut consacrée à arpenter notre concession, un quintuple décamètre à la main, pour en mesurer l’ensemble. En tête de ce petit cortège, Aubin et l’un de ses ouvriers, le secrétaire général de la Mairie Constant, Diop un chef de quartier venu entériner tout ça au nom des autres, et moi. Bilan des mesures, près de trois hectares, en comptant aussi ce qui est déjà construit. C’est beaucoup, diront certains, mais c’est surtout la garantie qu’on peut bâtir plus tard autre chose…

Je suis allé hier rendre visite à Claudia, cette jeune fille dont les jambes sont atrophiées  depuis la naissance. Avec elle et sa maman, on commence à mettre au point sa venue à Bangassou pour une éventuelle opération qui lui permettrait de vivre debout, en appui sur des béquilles. Si c’était possible de l’opérer, ce serait géniale pour elle qui vit par terre et déambule sur les mains !

Simplice et moi avons travaillé tous les deux pendant une heure et demi afin d’établir un calendrier de carême pour notre paroisse. Je lui ai fait part de la réflexion menée avec le conseil mardi dernier. On a bien discuté de tas de sujets sérieux d’ordre pastoral, et balisé notre travail pour les semaines qui viennent.

Ce soir, à la nuit tombante (c'est-à-dire à 17h45) tous les trois sommes allés à l’emplacement des fours, pour assister à l’ouverture du premier et la fermeture du deuxième. Dans le premier, il y a du bien et du beaucoup moins bien : certaines briques sont trop cuites, et donc très friables, d’autres n’ont pas été atteintes par la chaleur, il faudra les recuire. On espère que le deuxième four sera parfait. Les 6 acteurs qui s’affairent autour à pousser le bois dans les flammes s’entendent très bien. Ça devrait donc mieux se passer qu’autour du premier four. J’ai pris une « douche » au retour, comme chaque soir. Douche est entre guillemets. La technique consiste à verser de l’eau froide tirée du puits dans une bassine et de l’emmener dans le lieu approprié, et de s’arroser subtilement avec une petite calebasse à poignée, puis à utiliser shampoing et savon avec parcimonie afin de faciliter le rinçage. Surtout ne pas oublier sa lampe de poche et sa serviette…  j’aime bien la douche de Bakouma ou l’eau courante est si agréable ! On finira bien par l’avoir ici ; mais le creusage du puits est long, le sol est parfois vraiment dur. Benjamin est à plus de 13 mètres de profondeur, il espère être proche du but ; moi aussi.

 

VENDREDI 25 JANVIER, 18h40

 

Les bruits de la ville montent dans le soir qui attend le lever de la lune. Une des quatre petites mosquées fait résonner l’appel à la prière, couvrant avec  peine le bruit incessant à cette heure-là des machines à écraser le manioc, qui sont installées en bordure du marché. Il fait à peine frais malgré le léger courant d’air qui frôle la véranda de la maison. Je me repose en dégustant un léger pastis servi avec beaucoup d’eau très fraiche dans une grande chope. Je grignote (trop !) d’arachides grillées et finement salées, préparées par Angèle, la femme de Roger Kowoli. Vous savez, ce sont les parents de Michel !

Hier matin, il y a eu du bon et du beaucoup moins bon. Le moins bon, écrivons-le tout de suite, est venu du fait de la demande de 6 personnes ayant veillé le deuxième four  à briques. Arrivés vers 7h30 en m’expliquant qu’ils l’avaient fermé, je me suis dit que leur remettre à chacun 4000 FCFA serait une bonne manière de les remercier, puisqu’ils avaient veillé en chargeant les trois trous avec le bois durant la nuit, au fur et à mesure de la transformation en braises. 7 fois 4000 FCFA, c’est déjà beaucoup pour un four à trois trous, sachant que le prix peut varier pour toute une équipe entre 15000 et 25000 FCFA. Je leur remets donc la dite somme à chacun puis vaque à d’autres occupations. De retour quelques minutes plus tard, j’entends que « ça murmure ». C’est alors que l’un d’entre eux au nom de tous (ou presque) vient me voir pour me dire que c’est largement insuffisant. Je suis entré dans une forte colère qui les a surpris, mais ils n’ont pas démordu. Je leur ai remis à chacun 4000 F de plus, en leur disant bien que cet argent qu’ils exigeaient, ils ne le méritaient pas. Les comptes étant publics, j’ai averti que les gens sauront tôt ou tard ce qui leur a été versé. Je suis surtout outré par le fait qu’ils aient exigé autant, alors qu’ils l’avaient vécu comme un service pour lequel il m’avait semblé juste de verser une somme déjà importante 2000 f à deux reprises, + 4000 f ce matin. 6 sont repartis avec 12 000 FCFA au total, ce qui est une somme énorme quand on sait que le SMIC est à 18750 F. J’ai vraiment le sentiment de m’être fait avoir. Simplice était fou de savoir qu’ils ont exigé autant. Pour lui aussi c’est incompréhensible. Quant à Aubin l’architecte, il ne comprend même pas qu’ils aient l’audace, en temps que paroissiens - choristes - catéchiste ou autre, de demander ça. Pourquoi ai-je versé cette somme supplémentaire, direz-vous ? Et bien parce qu’ils l’ont demandé. Et parce qu’ils ont dit dans les quartiers que je les exploite… vu les milliers de francs dépensés à juste titre pour leur alimentation, je me demande qui exploite qui… il faut qu’ils s’aperçoivent de leur folie ; et de leur manque de respect à l’égard du projet ; c’est LE problème, en tout cas un des problèmes majeurs ici : l’argent. Eux-mêmes, certains habitants se présentent en disant : on est des « guinginza »des chercheurs d’argent. Le soir même, ce qui m’a fait vraiment chaud au cœur, c’est que des gens m’ont abordé au marché ou dans la rue pour me dire qu’ils ont trouvé scandaleuse l’attitude de ces quelques-uns. Difficile cependant de rester dans la paix des béatitudes à accueillir dimanche !  Je sais qu’il faut du temps pour comprendre, digérer, prier tout ça.

Il y a aussi du bon, rassurez-vous ! À commencer sur ce sujet par le soutien de beaucoup de gens. Mais aussi parce que le travail avance bien : les fondations de la maison d’accueil sont quasiment terminées, y compris le chainage bas sur lequel viendront reposer les murs en brique. Des groupes sont organisés pour amener l’eau nécessaire au chantier, d’autres coupent du bois pour les prochains fours, et le sable et le gravier continuent de sortir de Confluent. La concession est nettoyée, en en voit toutes les limites, et on se prend à rêver de la construction d’une école puis d’un collège….ça, c’est pour les suivants !

Aujourd’hui, j’ai passé pas mal de temps à nettoyer avec des volontaires bénévoles (si, ça existe !) l’emplacement du Bloc Opératoire. On arrache les souches, on brule ce que d’autres ont coupé quelques jours auparavant. Gaëtan est venu passer la journée avec ses amis d’Espagne en visite chez nous pour un mois. On a passé un bon moment tous ensemble autour d’un excellent pangolin préparé par Honorine. Il y avait du vin français en bouteille, un luxe et un beau cadeau pour nous à Zacko ! Et bien entendu, des Turones, ces excellents desserts espagnols.

Après leur départ pour Bakouma, j’ai reçu tour à tour les 6 maitres-parents de l’école afin de leur remettre à chacun la somme de 15 000 F, amputée de l’avance plus ou moins importante que je leur avais faite avant les congés de Noël.

5 Servants d’Autel voulant gagner un peu de sous, ils ont petit à petit déplacé grâce au Pousse (ce qu’on appelle parfois chez vous « remorque Michelin »), les tas de cailloux stockés devant l’église jusqu’à l’emplacement du Bloc Opératoire, 300 mètres plus loin. Puis on est allés ensemble à Fungu pour un bain chaud bien mérité.

 

MARDI 29 JANVIER, 9h45

 

En ce matin ensoleillé où l’atmosphère qui se réchauffe chasse la fraicheur de la nuit et du petit matin, je poursuis ce carnet de bord, dans mon bureau de Bakouma ! Eh oui, c’est là que je suis arrivé hier après-midi lundi avec Simplice et, comme à chaque fois, un certain nombre de gens dans la voiture. Je suis sur le départ pour Bangassou, où je vais pouvoir vous lire et téléphoner à quelques-uns. Il y a une certaine impatience en moi !!!

Samedi fut une journée calme, entre rencontres, confessions et discussions diverses. Les Servants d’Autel sont venus passer la matinée à travailler bénévolement (eux !) sur le chantier ; ils ont utilisé le pousse pour continuer et achever le long travail de déplacement des pierres. Je leur ai remis un savon pour laver leur linge et faire leur toilette. Je leur ai servi des beignets et du jus d’orange quasi glacé, ce qui leur a fait vraiment plaisir. Bien entendu, les quelques bonbons qui restent de l’énorme sac envoyé par maman les ont ravis, une fois de plus. Pour la petite histoire, j’en ai offert beaucoup un dimanche après-midi, lors du démarrage du chantier et des premiers transports de pierres, où les enfants trop nombreux couraient autour du camion. Le lendemain, plusieurs sont venus avec quelques sous pour en acheter ! « Ils sont vraiment très bons, ces bonbons », disaient-ils en sango. J’ai refusé tout net, évidemment, préférant continuer de les distribuer au fur et à mesure des occasions.

Dimanche matin à 7h00, j’ai pris la direction du Sud : la piste de Kono, en vélo, pour aller y célébrer la messe. 12 km plus loin, j’arrivai tranquillement sur place. La fraicheur matinale m’a bien réveillée et stimulée pour la journée. Avant la messe, café sur le marché, puis confessions, sous l’arbre à côté de l’église. Après la messe, discussion avec les responsables de la paroisse et le chef du village concernant l’état des ponts abimés par le temps et les véhicules ; il faut changer les énormes troncs d’arbres et rehausser la structure en béton sur laquelle ils sont posés. C’est du travail, les gens ont l’air d’avoir envie de le faire, il manque le spécialiste béton ; je vais essayer d’en trouver un à Bakouma ou sur le chantier de la maison et du bloc opératoire.

Après le déjeuner composé de la boule de manioc et d’une excellente (je me répète souvent ???!!!) viande de chasse, j’ai repris la direction de Zacko. Sur la piste, un enfant transportait 4 balambo, des petits tabourets qu’on appelle, parait-il, piroguier. 4, soit 1 pour chacune des 4 chambres de la nouvelle maison, je n’ai pas résisté. Vers 14h30, je me suis rendu à 13 km au Nord, dans le village de Yanguhoda. Ce vieux village est peuplé de gens qui pratiquent la recherche de l’or dans la rivière tout proche. Près de 40 personnes, toutes catholiques ou en voie de le devenir, m’attendaient pour évoquer avec moi la possibilité de la fondation d’une chapelle dans leur village, qui n’est peuplé que de 76 habitants, m’a dit le chef. Avec quelques-uns des responsables, nous avons partagé le déjeuner composé de riz de la plantation locale et de viande de chasse – le tout servi à mon arrivée à 15h30 - (eh oui, il faut un bon estomac, mais le VTT ici, ça creuse !). Puis nous avons réuni tout le monde à l’emplacement de la future chapelle. Les gens m’ont expliqué que la chapelle précédente, à l’autre bout du village, avait été fermée par le Père Henri en 1985 suite à des dévotions plus qu’étranges faites par les paroissiens et les autres villageois, afin qu’ils trouvent toujours plus d’or. Plus de 20 ans après, ils souhaitent ardemment que soit levée la sanction qui pèse sur eux, mais dont leurs ancêtres de famille ou dans la foi, sont responsables. Je suis rentré alors que la nuit était tombée et que la fraicheur commençait à me saisir malgré l’énergie déployée… En soirée, Aubin avait amené avec Robert un chauffeur de Bakouma, un lecteur DVD grâce auquel on a vu un vieux film de Jacky Chan. Pas terrible, mais ça détend.

Lundi matin, l’assemblée générale de la paroisse, réunissant les délégués des mouvements et des chapelles du territoire, nous a permis de faire un bilan de l’année écoulée et de mettre en place un bon programme de retraites de Carême dans les différents lieux. Simplice et moi allons animer des retraites dans chacune des églises afin d’accompagner les paroissiens tout au long de ce chemin vers Pâques.

Pendant ce temps, Aubin et son équipe posaient les premières briques de la maison : ça avance à toute vitesse, et c’est du beau travail !         

En arrivant hier soir à Bakouma, quelle joie de me voir remettre par Gaëtan tout un tas de lettres de vous parvenues jusque là via l’adresse de Bangui, ainsi qu’un colis en provenance de Louveciennes ! Un autre colis de Clermont et du courrier est amené par l’abbé Antoine Exelmans, prêtre du diocèse de Rennes qui fut Fidei Donum à Bangassou pendant 4 ans. J’ai ouvert fébrilement les enveloppes et les colis pour y découvrir des dessins d’enfants, des cartes postales enneigées et quelques délices pour nos papilles gustatives….merci à tous !

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