JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

Contacts

Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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VENDREDI 16 NOVEMBRE, 18h15

CARNET DE BORD, CHAPITRE 3 !!!

C’est parti pour la suite du récit de mon quotidien qui s’enchevêtre avec celui de jeunes et d’adultes vivant en Centrafrique, tout particulièrement dans le diocèse de Bangassou. Vous avez reçu les longs carnets correspondant aux chapitres 1 et 2, puis deux pages en transition qui vous invitent déjà à vivre avec joie l’entrée dans le temps de l’Avent et ce qui suit. Je reprends le rythme plus régulier auquel vous êtes habitués !

Me voici de retour chez moi, à Bakouma, après une semaine à Bangassou rythmée par les heures de formation et les rencontres, sans oublier le temps passé au cyber, pour accueillir les nouvelles des uns et des autres, souvent heureuses, parfois tristes, et même dures. Les recevoir n’est pas facile quand on est loin, comme c’est le cas pour moi. L’assurance de ma prière pour ceux qui souffrent ou galèrent prend chez moi davantage de sens. Quelque soient les nouvelles, j’apprécie de les lire. C’est le signe que malgré la distance et l’impossibilité de se parler « en direct », on reste en confiance et même en confidence.

Je « colle » ci-dessous ce que j’avais écrit lors d’une soirée à Bangassou, au début de mon séjour.

 

JEUDI 8 NOVEMBRE, 20h40

Il pleut !!! Des trombes d’eau s’abattent sur Bangassou de puis 18h30. Et dire que 200 km plus au Nord, il fait sec, si bien que les premiers feux de brousse ont été allumés, tout proche du centre de Zacko. Arrivé ici avant-hier, je participe à la session annuelle de pastorale diocésaine avec 1 ou 2 délégués de chaque paroisse, et l’ensemble des prêtres, religieux et religieuses du diocèse. Ce qui s’est partagé aujourd’hui m’a passionné, notamment  l’exposé de l’abbé Isaac sur le rôle des laïcs d’après Vatican II et l’exhortation de JP II « Eglise en Afrique », et les carrefours et débats qui ont suivi. L’après midi, 3 interventions simples et courtes, suivies de questions de l’assemblée (70 personnes) m’ont ouvert les yeux : tout d’abord la mission d’Evangélisation en provenance d’Argentine, « Gran Rio » avec des laïcs femmes qui prononcent des vœux publics d’engagement, ce que vivra Marcella le 9 décembre prochain à la cathédrale ; des équipes mixtes vivant de cette spiritualité naissent dans les paroisses du diocèse. Deuxième sujet, le travail pastoral des sœurs franciscaines qui sont à l’Est. Troisième intervention, celle du directeur du Collège technique St Joseph, où travaillent entre autre les Courde. Voilà pour cette journée qui s’est conclue par la messe.

Hier soir, j’ai eu une longue discussion chez Blandine avec Hélène et Damien : quelle joie de nous revoir ! On a plein de choses à se raconter, et ce soir, vu que Maman Isabelle voulait parler à son cher petit (1m90 tout de même !) je suis descendu chez les Spiritains apporter mon portable, et j’ai conversé avec Hélène, pendant que l’époux rassurait la Mère ! J’ai aussi appris hier la nomination de Mgr Simon à la vice-présidence de la Conférence Episcopale ; je lui ai envoyé un mail de félicitations, je pense que c’est une chance pour l’Eglise de France. Cyber catho pas ouvert cet après midi, pour cause de temps menaçant ; je patiente jusqu’à demain.

VENDREDI 16, donc, 18h25

Je poursuis le fil de mes écrits, en ce jour anniversaire de Simplice Bienvenu Sakpou, qui fête ses 36 ans ! On a d’ailleurs célébré l’anniversaire de son ordination diaconale le 9 novembre, c’était il y a 4 ans, et ce même jour, Gaétan était ordonné prêtre ! Et c’est à moi qu’on avait demandé de présider la messe ce soir-là à la chapelle du petit séminaire, avec les participants à la session. Bakouma en force !

C’est donc mercredi matin que j’ai pris le volant de la voiture avec, à mon bord, tout un tas de gens rentrant eux aussi à Bakouma et Zacko. Le trajet s’est déroulé sans souci, sauf que les agents des barrières de pluie nous ont fait par deux fois le coup du « papiers-permis-de-conduire-vous-venez d’où-vous-allez-où- et pas-trop-vite-y-faut-que-j’y écrive-dans-mon-cahier » ça prend chaque fois 10 à 15 mn tout de même !!! Surtout garder le sourire et son calme, afin que l’agent se décide rapidement à décadenasser la barrière en métal. 150 km et 3h15 plus tard, nous sommes à la maison. C’est bon de se sentir dans ses affaires. L’après midi, grosse sieste, si bien qu’il ne restait que peu de temps pour faire quelque chose ; la seule que j’ai eu le temps de faire, c’est cette rencontre : Julice, l’un des deux participants venu de Zacko, est entré parler un moment, puis ce fut l’heure du diner, suivi du coucher, déjà !

SAMEDI 17 NOVEMBRE, 14h30

Reprise du carnet cet après midi après la sieste. Il faut dire qu’hier, après le diner, Gervil, Gaétan et moi avons poursuivi notre feuilleton « 24h chrono » en avalant deux nouveaux épisodes. Dans l’après midi, Marcella est arrivée pour nous rendre visite jusqu’à Lundi, et voir les membres de la Communauté « Gran Rio » dont elle est ici responsable.

Hier matin vendredi, Denis, chef de secteur scolaire, c'est-à-dire délégué dans la sous-préfecture du responsable préfectoral d’enseignement, est venu parler de son travail et des projets de formation à destination des agents-parents déjà en exercice et des nouveaux proposés par les villageois des différents lieux de la sous-préfecture. Qui sont les agents-parents ? Ce sont des adultes choisis par les membres de l’association des parents d‘élèves (APE) de l’école du village. Après une formation plus ou moins longue (deux mois environ) donnée par le chef de secteur scolaire, ils sont aptes à enseigner aux enfants du primaire, du CI (= grande section de maternelle) au CM2. C’est la solution actuelle pour palier à l’absence d’une vraie politique de la part du gouvernement concernant la scolarisation dans ces zones si loin de tout, et où vivent finalement beaucoup de gens : 2000 enfants sont enregistrés dans les écoles villageoises de la sous-préfecture, et Bangui n’a envoyé que 3 « vrais » instituteurs fonctionnaires….. ! Les villageois, soutenus par la paroisse, se mobilisent depuis quelques années pour qu’ouvrent des écoles dites villageoises. On en trouve plus de 10 dans la région que couvre la paroisse actuelle de Bakouma, et plusieurs villages souhaitent qu’une école voie aussi le jour chez eux ; il faut les encourager en leur donnant un peu de matériel (tableau, ardoises, craies…); de leur côté, ils s’organisent pour la construction d’un hangar en paille comme salle de classe, et collectent l’argent pour soutenir le ou les agents-parents nécessaires, et qui acceptent cet engagement. Il faut soutenir ces agents qui vont faire cela toute l’année et pendant plusieurs années. C’est l’APE qui donne une participation financière d’environ 10 000 FCA par mois prélevée dans la caisse des cotisations, et cette année encore, la paroisse verse un complément de 10 000 à 15 000 FCFA par mois à chaque agent-parent. Si c’est bien géré sur place par l’APE, il ne doit pas y avoir de déficit, vu que la cotisation annuelle par enfant est de 1000 FCFA (1€50). Par exemple à Zacko, le directeur est instituteur, et est donc fonctionnaire salarié de Bangui ; Les 5 agents-parents reçoivent 15 000 FCFA par mois pour 8 mois de scolarité, soit 75 000 FCFAx8 = 600 000 FCFA ; le nombre d’élèves avoisinant les 900 à Zacko, il rentre près de 900 000 FCFA par an dans la caisse de l’APE. Ça tourne donc, si tout se passe bien. Zacko est la plus grosse école de la préfecture en nombre d’élèves. Voilà ce que je peux dire aujourd’hui sur ce sujet.

Autres nouvelles diverses :

Hier après-midi, foot sympa avec les enfants de la paroisse : j’ai passé avec eux un bon moment ! Et ce matin, plusieurs sont venus laver la voiture ; je leur donne 150 FCFA afin qu’ils s’achètent un Bic ou un cahier, ou autre chose qu’ils souhaitent. Notre voisin de la paroisse Michel est à l’hôpital, tombé dans le coma depuis lundi soir ; à notre arrivée mercredi, il était chez lui, veillé par deux membres de sa famille ; Simplice l’a emmené à l’hôpital, il est entre de bonnes mains, et devrait s’en sortir, en retrouvant lentement les forces nécessaires. L’orage a grondé avec violence et la pluie est tombée de jeudi 14h à vendredi 6h du matin presque sans discontinuité, ce qui a engendré l’effondrement de cases sur des personnes qui dormaient. La santé de deux d’entre elles est préoccupante.

Ce matin, les membres du Mouvement « Légionnaires de Marie » concluaient le Mois du Rosaire (à la mi-novembre…) et Gaétan a fait une intervention très intéressante sur la prière. Sur les 80 personnes présentes, quand il leur a demandé « qui sait lire le sango ? » seules une douzaine de mains se sont levées, dont 8 d’hommes. On enseigne la parole du Christ de manière bien différente dans de telles situations. Comme le Christ lui-même s’adressant aux foules, il faut déployer des trésors d’imagination pour « faire passer le message » ! J’ai suivi Gaétan, habile orateur dialoguant avec cette assemblée captivée par le sujet … et par le curé ! Les gens sont heureux de ce qu’ils ont entendu, découvert et partagé en cette matinée qui s’est achevée par l’Eucharistie. Il est 15h15, je vais voir le match de foot au terrain : MCC (Mission Catholique Club) joue pour la victoire et affronte Santé-Sport!

DIMANCHE 18 NOVEMBRE, 18h30

Rapide tour d’horizon de ces dernières 24h, mais sans chrono (!) : en me rendant au stade, où le MCC (!) a perdu 4 – 2 contre Santé-Sport, j’ai rattrapé Jeanne, notre pauvre voisine d’en face ; j’entame la conversation et elle m’explique qu’elle porte nourriture et boisson à un membre de sa famille hospitalisé ; je l’accompagne, puise au passage 15 litres d’eau que je verse dans sa bassine, sous le regard amusé d’un petit groupe de femmes se reposant chez l’une d’entre elles, à côté du puits… Arrivé à l’hôpital, je découvre que la personne à qui nous apportons eau et aliments est le catéchiste de Ouanda, une chapelle de Bakouma située à 60 km au Sud-est. Nous discutons un moment, puis je m’assois auprès de Michel, autre pauvre voisin hospitalisé depuis mercredi ; il ne dit rien, ne mange ni ne boit, mais il entend ; je l’ai même fait rire un peu quand je lui ai dit que je l’attendais pour boire le café chez lui. Je doute que cela puisse se faire un jour, mais c’était une promesse qu’on s’était faite. Je me suis arrêté ensuite auprès d’un jeune papa opéré de deux hernies situées dans le ventre ; il souffre beaucoup. L’hôpital de Bakouma est dirigé par un bon médecin, et il y a une bonne équipe d’infirmiers. Mais il n’y a que le strict minimum : si vous venez pour être hospitalisé, il faut vous munir de votre matelas, moustiquaire, et être accompagné d’une ou plusieurs personnes pour vous préparer le repas. Il faut aussi payer les médicaments et les perfusions au fur et à mesure. Ce n’est pas facile pour beaucoup de gens, qui hésitent à venir, et parfois s’y rendent trop tardivement. Les chambrées sont de 6 à 8 lits, non mixtes, et un peu « en courant d’air » permanent. La pharmacie paroissiale permet aux gens de la région d’avoir de vrais médicaments, ceux vendus au marché provenant souvent du Nigéria étant de la contrefaçon ; cela dit, s’il y en a au marché, c’est qu’il y a des clients…. L’information doit être accentuée sur ce sujet, et sur tant d’autres concernant la santé.

Hier soir, au cours du diner, Gaétan m’a proposé de présider la messe ce dimanche, cela lui permettant de se rendre dans deux chapelles situées à quelques km. Ayant regagné mon chez moi après le diner, je me suis attelé à l’homélie de ce 33è dimanche du temps ordinaire. J’ai achevé la rédaction ce matin après le petit dèj, et ai donc présidé ici seul pour la première fois. Tout s’est bien passé, évidemment, mais mes oreilles (et celles de beaucoup de paroissiens !) ont souffert des nombreux vols de canard de la chorale. Après la messe, je saute dans la voiture de Gaétan pour l’opération « keke ti wa » ! Cela consiste à partir en brousse abattre des arbres morts afin   d’engranger ce fameux keke ti wa, autrement dit bois pour le feu, pour la cuisine donc ! L’opération

A débuté à 10h30 par la constitution de l’équipe dirigée par Séraphin, le grand chef scout maitre d’œuvre local du centenaire du scoutisme célébré le 25 novembre. Nous voilà partis sur la route de Zacko, et huit km plus tard, nous stoppons en un lieu fa            vorable repéré par le chef ; en 45 mn, plusieurs mètres cubes de bois sont abattu et rassemblés dans le pick-up par la dizaine de jeunes bucherons de ce jour. Il faut voir ces petits de 10 à 14 ans manier la hache et la machette avec dextérité et efficacité ! Retour pour 12h15, et après le déjeuner et la sieste, j’ai commencé à démonter la caisse de transport de mon vélo faite par Fred à Tallende. Comme promis, elle sera transformée en tableau d’école et en ardoises, pour le plus grand bonheur des petits et des grands ! le foot avec les Servants et autres enfants sur le grand terrain pendant une heure est l’occasion d’une bonne suée pour tout le monde ! Les jeunes voulant découvrir Zacko, je leur ai installé l’ordi dehors et ils se sont assis sur la marche de la terrasse pour regarder une partie des photos que j’ai fait ici et à Zacko et la région. Les commentaires étaient parfois très drôles !!!

Ce soir, il fait chaud et humide, pas facile d’aller dormir !

 

MARDI 20 NOVEMBRE, 20h30

 

Comme d’habitude à cette heure-ci, Christophe, notre sentinelle, vient d’éteindre le groupe électrogène allumé vers 17h30. Mon bureau s’éclaire de la blanche lumière de la lampe tempête à batteries, tandis que JJG (Goldman pour ceux qui ne savent pas) envahit doucement l’espace grâce au lecteur CD branché dans mon ensemble « 8 prises + batterie 220V » très pratique pour vivre en 220V même quand y en n’a plus dans les prises murales.

Ce qui marque la vie de la paroisse, c’est l’organisation cette semaine de la Conférence Paroissiale Annuelle, qui rassemble des délégués de chacune des chapelles de la paroisse. Zacko en est, ainsi que les 4 chapelles qui l’environnent, puisqu’on n’a pas encore appris à l’enfant qui vient de naitre à marcher tout seul. (Cette formule n’est pas de moi mais d’un (futur) paroissien, et je l’aime beaucoup, je la trouve très explicite). Près de 90 hommes et femmes sont arrivés dimanche soir, à vélo pour certains, à pied pour tous les autres ; les plus loin, venant par exemple de Bamara, 18 km au Nord de Zacko qui est déjà 65 km au Nord de Bakouma, ont quitté leur maison et leur travail samedi matin. Je reste époustouflé par l’énergie qui anime ces gens ; cela mérite le respect et de vrais encouragements. Le programme de toute cette semaine a été bâti par les laïcs de Bakouma ; Gaétan a été simplement consulté. Les trois prêtres interviendront à tour de rôle sur trois sujets différents à partir de demain après midi. Si ce sont les laïcs qui s’organisent ainsi depuis plusieurs années, c’est suite à la fragilité de la santé du Père Henri,  Spiritain fondateur de la paroisse, et qui a dû regagner les Pays-Bas il y a quelques années ; avant son départ, il ne circulait pratiquement plus dans les chapelles éloignées de Bakouma, d’où l’idée de laïcs de prendre en charge une semaine annuelle de rencontre et de formation sur divers sujets de pastorale à partir d’un texte d’Evangile. Le programme est dense, les participants sont ravis ! Il y a d’ailleurs un nombre maximum de participants par chapelle, pour éviter les foules et faciliter la gestion de l’accueil dans les familles et les repas du matin et du midi. Mon bureau se transforme chaque matin en petit magasin d’objets religieux : je  vends (en réalité sans aucun bénéfice ou presque)  croix, chaines, médailles, chapelets, dizeniers, en provenance directe d’Espagne et d’Italie. Prix de vente moyen des objets : 200FCFA. C’est pas la ruine quand même ! Bon, y a moins de choix qu’à Lourdes, mais après tout je préfère !!! Alors ces dames et ces messieurs se pressent pour marchander, discuter le prix, demander un rabais sur le prix de deux croix achetées… c’est l’Afrique, et ça permet de discuter le coup !!!

Notre voisin Michel est mort hier matin. Je suis triste, parce qu’avec ce « vieux », j’avais commencé quelques liens simples et sympathiques. On avait rendez-vous un de ce jours pour un café ; tant pis. Comme il n’a pas de famille proche, Gaétan s’est occupé de faire fabriquer le cercueil ici dans notre menuiserie, a demandé au chef scout Séraphin de constituer une petite équipe pour creuser la fosse, dans ce qui s’appelle le cimetière, et qui est en réalité un espace envahi de hautes herbes entre des grands arbres. La présence de tant de participants à la Conférence a donné à la courte cérémonie une vraie dimension communautaire autour de beaux chants. Tous, nous avons accompagné Michel jusqu’à ce lieu tout proche de la maison que la paroisse lui avait prêté depuis quelques années. (clin d’œil alors qu’il est 21h : JJG chante « puisque tu pars »…)

La réalisation du tableau pliant confectionné à partir de presque tous les éléments de la caisse du vélo est en bonne voie, grâce à la participation de tout un petit groupe d’enfants du primaire (âgés tout de même de 8 à 16 ans). C’est l’occasion de parler de choses et d’autres, et il en est de même sur le terrain de foot où un nouveau match a eu lieu cet après-midi : en discutant avec Richard (12 ans, CM1), qui tousse beaucoup, j’apprends que lui et deux autres petits joueurs vivent dans une case toute proche, sans qu’aucun adulte ne s’occupe d’eux. Le papa est décédé depuis longtemps, la maman est partie à Zacko, il ajoute : « depuis » (combien de temps ?). Alors les enfants s’autogèrent. Richard est le plus grand ; à 4h30, le jour se lève à peine, il se dirige vers la rivière où il a, la veille, placé une nasse destinée à la capture des petits poissons qui remontent le courant. S’il y en a, le repas de midi est assuré ; sinon… De retour à la maison, il prend ses affaires, et avec Grâce à Dieu qui est en CE1, ils partent à l’école, souvent sans manger. Albert, lui, reste à la maison et tourne en rond dans le quartier. Il n’est pas entré à l’école cette année. Certes il souffre d’une plaie gênante qui n’arrive pas à se résorber, mais cette seule explication n’est pas suffisante. J’en saurai un jour un peu plus. En tout cas ce soir, j’ai passé un moment agréable dans leur case rectangulaire enfumée, et ai préparé avec eux une tisane à la citronnelle et au miel que j’avais apporté. C’est la première étape de lutte contre la toux. Demain, médicaments et peut-être visite à l’hôpital. Ce genre de situation n’est pas si rare ici, mais c’est chaque fois très préoccupant ; les enfants, très (trop !) jeunes apprennent à s’autogérer, ou bien tournent mal. D’ailleurs, c’est un peu la même chose pour Dieubéni qui vient me voir parfois en fin de journée : il est né en 1991, vit chez un parent dit éloigné, sa mère vit à Bangassou depuis deux ans, et lui reste ici ; il redouble le CM2, et me partage ses projets d’avenir : devenir prêtre. Il souhaite entrer au petit séminaire de Bangassou et suivre la scolarité au collège à St Pierre Claver. J’ai regardé ses cahiers de cours : c’est un peu maigre comme contenu. J’ai proposé qu’on converse ensemble en français, pour l’aider. Il se débrouille bien, je lui ai prêté un des rares livres facile d’accès : « les droits de l’enfant » destiné aux enfants ; je pense que je vais étendre cette activité aux CM1 et CM2 qui viennent à la paroisse.

Ce matin, je suis allé au jardin d’enfants de Bakouma soutenu par la paroisse ; si vous voulez vous sentir une star, venez donc ! Les 50 enfants viennent vous toucher les mains et les bras et vous répètent 250 fois « Bonjour Monsieur » ! Ça me rappelle les cours de récré de Fénelon et Massillon… je suis venu prendre les mesures du petit portique afin de leur fabriquer trois balançoires : la première est « sortie des ateliers » cet après-midi. Ils la découvriront demain.

 

VENDREDI 23 NOVEMBRE, 18h

 

Parfait vient de sortir de chez moi, un beau sparadrap recouvrant une jolie compresse protégeant la pommade « fucidine » dont je lui ai légèrement « barbouillé » le genou, après une méga chute sur le terrain, alors que j’arbitrais un «béret » , sans, d’ailleurs, que ne revienne à mon esprit le moindre mauvais souvenir d’une certaine chute au Pignolet avec les 6è de BPJA… cet après midi fut enfin un temps de détente et de jeu ; j’ai initié une vingtaine de jeunes au double drapeau ; ça leur a plu, semble-t-il, vu le nombre de parties qu’ils ont joué, avant de demander eux-mêmes de jouer au béret. Ces moments sont des occasions de les connaitre, et de leur apprendre aussi à partager des choses ensemble malgré les différences d’âge et de niveau scolaire.

La Conférence annuelle prend fin dimanche avec la grand’messe, et demain déjà, il n y a rendez-vous que le matin. Je suis intervenu hier jeudi après midi devant cette assemblée de responsables, pour évoquer à leur demande la question de l’engagement des laïcs dans le diocèse de Clermont. J’ai repris quelques éléments de Vatican II et de l’exhortation  apostolique de JPII « Eglise en Afrique ». Puis j’ai développé le travail de l’EAP, les relations avec l’ensemble des éléments et groupes qui constituent la Paroisse dans le diocèse. Puis les réactions et les questions, les tentatives de comparaison de fonctionnement entre les deux diocèses de Clermont et de Bangassou ont permis un échange animé et intéressant. Certains participants ont apprécié le travail de l’EAP, mais on s’est rendu compte que ce n’est pas possible ici de le vivre ainsi, compte tenu de l’étendue des paroisses ; mais l’idée a germé de rencontres de présidents des chapelles de la paroisse, pour un temps de partage et de réflexion pouvant conduire à des décisions regardant l’ensemble du territoire paroissial. Je vais expérimenter cela à Zacko. L’Eucharistie de 6 du matin ouvre chaque journée, et les trois prêtres président à tour de rôle. C’est exigeant de préparer à deux reprises l’homélie sur les textes du jour ! Il faut dire que la présence des responsables de tant de lieux est l’occasion de rencontres personnelles avec l’un ou l’autre, au moment des pauses. Cette Conférence est vraiment bien organisée : après la messe, service du café ou de la citronnelle, (produits locaux !), puis à 10h, pause et service d’une soupe chaude aux légumes : ka-hoya ou patate douce se dégustent avec un petit bâton à la main pour les extraire du gobelet : un vrai délice ! Puis à midi, déjeuner pour tout le monde, préparé sur place par une équipe de volontaires, différents chaque jour. Cuisiner au feu pour plus de 120 personnes, c’est sport vu de France, mais ici ils sont habitués : les énormes marmites bouillantes posées sur les trois pierres du feu regorgent, l’une de ngouja (feuilles de manioc) l’autre de gozo (manioc tubercule en purée), et sur le feu rôtissent les morceaux de singe ou de cabri. Et tout est prêt à l’heure, si bien qu’ensuite, les participants prennent le temps de la sieste souvent sur place sous les arbres, jusqu’au coup de cloche de 14h30 qui les rappellent à l’église pour la suite du programme. La cloche, une jante de camion accrochée au manguier, qu’on frappe à l’aide d’un morceau de moteur : un piston de voiture… croyez moi, ça réveille, et ça s’entend au loin !

Je n’ai pas pris beaucoup de temps pour de longs trajets en vélo ces jours-ci, vu les occupations sur place, et les temps de bricolage et d’entretien que j’ai effectué ; outre les balançoires (la deuxième est presque terminée), j’ai installé un long pot d’échappement à notre groupe électrogène afin d’évacuer les fumées loin du filtre à air. Ce matin, la fuite d’eau dans l’annexe de notre salle à manger m’a amené à faire quelques installations supplémentaires autour de l’évier : accroche du robinet et du support de serviette. La perceuse sans fil, c’est vraiment utile, et il m’a fallu presque l’arracher des mains du menuisier (je plaisante !) qui s’en sert tous les jours pour fabriquer nos fauteuils de salon, nos armoires, nos lits… tout ce qui est meuble en bois dans la maison vient d’ici. C’est un superbe travail du chef et de son équipe.

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