JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

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Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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LUNDI 15 OCTOBRE, 7h45

La journée qui commence ici à Bakouma devrait être calme (c’est lundi !) Je profite de ce début de matinée pour écrire quelques lignes, ou quelques pages de plus dans mon carnet de bord. Il faut dire que, depuis 3 jours, c’est un peu non-stop !

Retour sur les évènements : vendredi matin, après la messe et le petit dèj, Gaétan, Simplice, Gervil et moi chargeons nos deux véhicules, destination Bakouma. Dans mon 4x4, 18 sacs de 25 Kg de farine de maïs, don du Programme Alimentaire Mondial (PAM), pour les pauvres de Bakouma. On y met aussi divers bagages et 2 passagers, un jeune homme et une femme enceinte. Dans le 4x4 Pick-up de Gaétan, 10 sacs de ciment de 50 Kg, mes cantines, mon vélo, de longues planches et 2 passagers, dont le cuisinier remplaçant. Gaétan et Gervil s’installent dans le pick-up, Simplice et moi dans l’autre véhicule, dont je prends le volant. A 8h, le convoi prend la route ; l’arrêt à la barrière de contrôle est très bref, et nous prenons la direction de l’Ouest  (la route de Bangui),  sur 20 km, jusqu’à Lungugba où nous bifurquons à droite  pour piquer plein Nord. Vers 9h15, nous arrivons à Niakari où une petite halte à la paroisse me permet de découvrir la nouvelle église et l’école catholique en construction. Une fourmilière en pleine activité, ce chantier ! Sous la direction de Frère Raymond, constructeur de son état, des dizaines de jeunes s’affairent, qui à tailler des pierres, qui à préparer le ciment, qui à mesurer les longueurs de ces bâtiments qui émergent progressivement de terre. Nous reprenons la route qui est plutôt agréable, puisqu’on roule sans souci autour de 60 à 80 km/h dans les nombreuses lignes droites. Certains virages secs surprendraient si je n’avais pas à ma droite l’excellent copilote qu’est Simplice ! Ce n’est pas sans regret que, traversant l’un ou l’autre des villages qui bordent la piste, j’ai écrasé un petit cabri et une poule, Gaétan en est à 2 poules ; mais comment faire autrement sur cette route où un brusque coup de volant peut être fatal à tous les passagers et aux piétons ? De temps à autre, Gaétan s’arrête pour négocier une biche ou un singe fraichement tué par un chasseur sorti de nulle part et qui propose le produit de ses exploits ; mais il faut discuter le prix ! À 12h30, nous arrivons à Bakouma ! La paroisse est au bord de la piste, à l’entrée de la ville. Des paroissiens nous attendent, nous déchargeons les 2 voitures, le cuisinier se met au travail et à 13h30, nous passons à table. A côté de la maison des prêtres, le centre paroissial est occupé par une quarantaine de chefs et cheftaines du scoutisme catholique centrafricain ; tout ce petit monde est en formation pour 3 jours. C’est avec quelques-uns que je fais un premier tour dans la ville en milieu d’après-midi, découvrant des réalités contrastées : Uramin exploite l’uranium pour encore quelques semaines ou quelques mois, ce qui a généré pas mal d’embauche, mais il y a peu de retombées directes sur l’aménagement de la ville envahie par les hautes herbes au milieu desquelles émerge une case ou un petit quartier. La soirée est courte, je m’endors alors que les scouts s’initient à l’animation des plus jeunes.

Samedi, journée passionnante : c’est l’assemblée générale de la paroisse : le curé Gaétan réunit l’ensemble des responsables des mouvements, services et chapelles de la paroisse St André de Bakouma. Après la présentation de divers aspects d’ensemble, chacun présente joies et difficultés de ses responsabilités et de ce qui se vit là où il est engagé. 4 heures le matin et 2 heures l’après midi : ça me demande beaucoup d’attention, puisque tout est exprimé en sango. Je comprends à peu près tout, et l’abbé Simplice « mon » vicaire explicite à mon oreille ce que je ne saisis pas… mais j’ai du mal à trouver tout de suite les expressions qui me permettent de réagir. A 16h, la rencontre prend fin, mais la journée de travail est loin d’être terminée ! Gaétan m’avait demandé au petit déjeuner si j’acceptais de présider l’Eucharistie de ce dimanche ici à Bakouma ; un peu réticent au début, je me suis laissé convaincre. Mais il m’a fallu rédiger l’homélie… en sango ! Heureusement, Simplice s’est proposé de la relire et de corriger les erreurs. Après plus de 2 heures de travail personnel, j’ai donc présenté ma copie à mon compagnon de pastorale, et il m’a félicité pour la rédaction, ainsi d’ailleurs que pour le contenu. Le soir venu, j’ai envoyé un mail aux parents grâce à la phonie (le mail n’a bien voulu partir que le lendemain après-midi !), et j’ai commencé à me plonger dans le missel en sango. Après une nuit réparatrice, dès 5h30, j’ai continué à préparer cette première messe du dimanche présidée en sango. Simplice est venu m’encourager et m’assurer de sa disponibilité, et à 8h30 j’entrai « dans l’arène ! » Avec émotion, j’invitai la communauté à entrer en célébration ; l’église est pleine de gens de tous âges, et les chants sont repris en chœur par toute la foule. Après l’homélie que j’ai déroulée sans trop d’accrocs, j’ai béni les promesses de 4 nouvelles cheftaines. Après cette grande première, Gerville et moi, accompagné d’une tripotée d’enfants, avons accompagné les chefs scouts qui se sont rendus au quartier chez l’un d’entre eux, Christelle, pour un temps de chants et de danses. Nous rentrons pour le déjeuner, au cours duquel nous ouvrons une bouteille de vin mousseux « pour fêter ça » ! Ça, c’est ce premier dimanche en paroisse dans ce secteur où je m’enracine progressivement. L’après midi, j’ai enfourché mon VTT pour parcourir une vingtaine de km dans les alentours. Dans le village de Fadama, deux responsables m’invitent à en faire le tour tout en m’expliquant diverses réalités du lieu, notamment l’impact des chantiers d’extraction d’uranium dans le coin : il y en a deux autour du village. Sur la route – je pourrais dire le chemin--, je double un agent de sécurité et en croise deux autres qui m’expliquent qu’ils sont chargés du gardiennage des sites. Blousons noirs marqués « fox sécurité » et matraques à la ceinture, ils parcourent à pied les 5 km qui séparent Bakouma de leur lieu de travail. Sur ce même chemin, au retour, je croise des jeunes gars poussant des vélos surchargés de sacs de manioc et de bidon d’huile de palme. Ils arrivent de Ouango ou Béma, à 250km d’ici, et partent vendre ces produits à Zacko ; il leur reste encore 65 km à parcourir… ce gagne-pain est très pénible, j’espère avoir l’occasion d’en parler avec quelques uns. A mon retour, j’engage la conversation avec les 15 jeunes venus de Zacko pour la formation scoute. Ils repartaient ce matin, parcourant comme à l’aller à pied les 65 km qui séparent Bakouma de chez eux. Ils dormiront en route quelque part.

Soirée TV avec Gaétan après le repas : on regarde ensemble la première mi-temps de : Argentine -  Afrique du Sud sur TV5 Monde, puis le groupe électrogène ayant été éteint, nous échangeons près d’une heure à la lueur d’un tube néon 12 volts sur divers aspects de la pastorale du secteur.

Il est 10h15, et je termine seulement maintenant ces quelques lignes, ayant eu un long moment avec Simplice, ce qui nous a permis de faire un premier calendrier de visites du territoire de la future paroisse de Zacko ; désormais, nous dirons Zacko, c’est le nom officiel de cette ville que j’ai hâte de connaitre.

 

MERCREDI 17 OCTOBRE, 17h45

Il pleut, j’ose dire : enfin ! Ce n’est pas fort, tant mieux, mais c’est de la pluie. Depuis plusieurs jours, il faisait très chaud de 10h à 17h, sans air, c’était étouffant. La journée de lundi s’est déroulée dans le calme ; en fin de matinée, j’ai fait un tour au marché, accompagné de quelques enfants du quartier, et me suis arrêté dans la famille Mada ; la maman souffre de divers mots, je lui apporte quelques cachets de paracétamol, et promet de suivre la santé du petit de la maison, Parfait, qui n’est pas au mieux de sa forme. L’après midi, je suis allé en VTT à Lengo, à 12 km vers l’Est. Ce village est sur l’ancienne route de Bangassou ; la communauté chrétienne catholique y est très vivante, et à côté de l’église se trouve un jardin d’enfants financé par les parents, ce qui permet au maitre d’accueillir chaque matin 40 enfants sous la paillotte, tous assis sur des planches posées sur de vieilles briques face au tableau noir qui se remplit de règles et de problèmes de calcul, le tout en français. La petite église que je visite avec François le catéchiste est nouvellement agrandie, signe du dynamisme de cette communauté. Une douzaine de personnes préparent d’ailleurs leur Confirmation. Le retour se fait à la limite de la nuit, et le premier quartier de lune donne déjà beaucoup de luminosité. Vivement la pleine lune !

Mardi matin et après midi, j’ai emménagé dans le nouveau presbytère, dans un petit studio agréable et lumineux ; j’ai enfin déballé toutes mes affaires ; je me sens chez moi, en attendant de m’installer ailleurs un jour… ! À 17h j’ai présidé l’unique messe en français de la semaine, devant une petite assemblée constituée de jeunes et d’adultes ; j’ai parlé lentement, mais ne suis pas très sûr que tout ait été compris ; le Français reste quand même une langue un peu (trop ?) étrangère à beaucoup.

Le soir, après le diner au cours duquel les échanges furent très variés et très sympa, comme d’habitude, nous avons regardé le journal TV de la chaine camerounaise.

Ce matin, messe à 6h, puis petit dèj, et envoi d’un mail à Philippe et Patricia au sujet du colis à venir. Envoyer ce genre de mail relève d’un savoir faire hors du commun, et de technologies qui, mises bout à bout, finissent par donner un bon résultat ; mais la somme de fils, de raccords, d’appareils reliés ensemble, tout ceci ferait peur à plus d’un néophyte ! À droite, un vieux PC d’Espagne, au centre la phonie, à gauche le relais d’antenne sur lequel est posé le boitier décodeur permettant la transformation du texte en ondes qui s’envolent,  au choix vers l’Australie ou l’Afrique du Sud !!!! Et ça fonctionne, grâce à une énorme batterie qui assure l’énergie nécessaire pour la bonne marche des appareils. Ah ! Philippe, (par ailleurs marié à Geneviève !!!) vient poursuivre son travail sur mon ordi : faire la feuille de chants de la messe de dimanche. La fête promet d’être belle ! Et la messe promet d’être longue : il y a 14 chants d’offertoire… !

 

JEUDI 18 OCTOBRE, St LUC, 21h16

Je retrouve enfin l’usage de mon ordi ! Il faut dire qu’il est resté de longues heures entre les mains de Philippe, qui a pris le temps nécessaire pour taper près de 25 chants ; « et encore il y en a où je n’ai mis que les refrains », qu’il me dit ! Bon, mais tout ça prend du temps et, quand la batterie est vide, il faut attendre le démarrage du groupe électrogène pour poursuivre le travail. Je précise que la turbine installée dans la rivière est en panne depuis plus de trois mois, et plus aucun appareil mangeur d’énergie ne peut fonctionner : poste à soudure pour les vélos des trafiquants, machine à Hosties, ponceuse pour la menuiserie, plus rien n’est possible. Je sauve un peu la mise grâce à la perceuse sans fil utilisée chaque jour par les menuisiers, jusqu’à ce que les batteries soient vides… et on attend 17h45 et le démarrage du groupe électrogène. C’est ainsi que le quotidien côté technique est rythmé. Retour sur les trafiquants : rien à voir avec quelque commerce malhonnête : c’est le nom donné aux cyclistes qui transportent des marchandises de Ouango et Béma jusqu’à Zako. J’ai longuement parlé avec 5 d’entre eux hier midi : ils mettent 4 jours pour parcourir les 250 km avec leurs vélos surchargés ; ils dorment en route, sont parfois bien accueillis, parfois non, par les villageois du lieu où ils s’arrêtent à la nuit tombante ; ce soir, 2 d’entre eux dorment avec leur chargement dans la menuiserie ; là ils sont à l’abri, et l’eau est en quantité au robinet. Je tâcherai d’approfondir les questions de racket de certains militaires aux barrières de contrôle, et connaitre les sommes que les trafiquants gagnent réellement ; ce n’est pas très important au regard des efforts physiques énormes qu’ils font. Du côté des petites nouvelles, le mail est en panne, puisque l’ensemble s’est subitement « désinstallé ». La vétusté des appareils doit y être pour beaucoup. On a pu en avertir les confrères grâce à la phonie qui, elle, fonctionnait bien aujourd’hui. Quelle joie d’ailleurs d’avoir dialogué avec Damien qui est à Rafaï ! C’est la première fois qu’on échange ainsi depuis mon arrivée en RCA. La fête de dimanche se prépare, et il y avait même entrainement de foot pour les enfants cet après midi, sous la direction de Séraphin, le jeune et dynamique chef scout. (Dynamique associé à chef scout est un pléonasme, j’en conviens… Et une pensée pour tous ceux que je connais en France). J’ai participé à ce match de décrassage très sympa.

Ce soir, la feuille de chants, 2 feuilles recto verso en police 9, est enfin prête et tirée à 20 exemplaires avec l’imprimante ; eh oui, il n y a pas de photocopieuse, alors on s’organise autrement.

 

DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007, 18h27

Repos ! C’est sans doute le terme le plus approprié, et ce que je souhaite aussi ce soir ! La fête paroissiale est terminée, la paroisse Saint-André de Bakouma est entrée dans une nouvelle année pastorale; le thème en est : « la formation », ou comment se former pour bien témoigner de sa foi en famille, au village, là où l’on vit. Depuis quelques jours, tout le monde s’affairait pour que tout réussisse. Seule incertitude, point commun de toute organisation humaine sur notre terre : la météo ; et elle fut catastrophique ! Jugez plutôt : après dix jours sans pluie, sauf quelques gouttes au cours de quelques nuits, les orages se sont réveillés samedi soir, et il a plu toute la nuit de vendredi à samedi ; ce matin, une accalmie se dessinant, Gaétan décide de célébrer dehors, sous le superbe hangar fait de bambou et de longues palmes fraichement coupées. Mais à peine l’homélie commencée, une pluie énorme s’abat sur Bakouma ; on a tout rapatrié dans l’église, trop petite pour la circonstance, évidemment ! Après 20 mn d’allers et venues  sous cette pluie battante qui crée de profondes rigoles dans le sol sablonneux, nous reprenons : Gaétan développe très simplement le thème qui va guider les réflexions des équipes d’enfants, de jeunes et d’adultes. Les gens acquiescent, réagissent, approuvent tout au long de l’homélie, courte par ailleurs. La procession d’offertoire ayant quant à elle duré 1 heure, la messe, commencée dehors à 8h30 s’est finie dedans à 12h30!

 

LUNDI 22 OCTOBRE, 10h30

Je reprends le clavier (et non pas la plume !) après une interruption liée aux activités de ce dimanche soir : prière des vêpres à 18h45 suivie du diner, puis soirée ciné chez Gaétan : 2h de 24h chrono, une série américaine dont Gaétan possède la saison 2. C’est un bon moment de détente ensemble, avant d’aller dormir !

Vendredi 19, diverses rencontres ont occupé la matinée et l’après midi : j’avais prévu de réparer la porte de la case de Michel, un pauvre vieux fatigué qui habite en face de l’église. Sa santé est aléatoire, Gaétan l’avait emmené la veille à l’hôpital où on lui a prescris un traitement anti palu et du paracétamol. En arrivant ce matin chez Michel, il était par terre, tombé dans son feu heureusement éteint ; je l’ai relevé et ai pris le temps de parler avec lui, puis une dame du quartier lui a préparé un petit repas reconstituant. A mon retour chez moi, les enfants attendaient pour que je leur prête un jeu de carte ; je leur ai appris quelques jeux tout en discutant de choses et d’autres. Pendant ce temps, des gens de plus en plus nombreux s’activent pour mettre au point la fête de dimanche : construction du hangar, répétition des chants, sous l’œil attentif de Gervil, dont les oreilles mélomanes souffrent parfois beaucoup… ! Les servants ont eu aussi leur réunion, et l’entrainement de foot avec les chefs scouts a pour but de motiver les jeunes troupes !

Samedi matin, j’ai continué de préparer divers écrits pour les rencontres avec les chrétiens de Zacko. Simplice est venu les corriger, c’est un réel soutien au moment d’entrer dans l’aventure ! j’ai aussi passé près de 2 heures avec Dieudonné, « notre » garagiste ; nous avons ensemble démonté une partie du groupe électrogène qui avait refusé de se mettre en route la veille. Verdict : le filtre a huile est bouché ; on le nettoie à l’essence, on le frotte avec ma brosse de rasoir électrique (qui sent maintenant bon l’essence !) et on remet le litre et demi d’huile. Et rien ne change : le voyant de circulation d’huile reste allumé. On revidange, on nettoie encore, et on décide, après avis de Gaétan, de perforer le filtre pour que l’huile circule enfin. C’est vrai quoi, il y a bien des moteurs qui fonctionnent sans filtre à huile, alors pourquoi pas celui là ???!!! Et maintenant ça fonctionne !!! Bon, promis, on tachera de racheter un beau filtre tout neuf la prochaine fois qu’on ira à Bangui, dans… ??? Ce n’est jamais qu’à 900km, soit 3 jours de piste ! Vers 14h arrivent enfin nos hôtes du week-end en provenance de Bangassou: l’abbé Fidèle a pris le volant d’une Suzuki avec sœur Ernestine, de St-Paul-de-Chartres, Marina, postulante dans cette communauté, et Ana, coopérante DCC.  Après le déjeuner, courte sieste puis départ pour le Camp de base d’Uramin situé à 7 km ; on a pu tout visiter, ou presque : les logements des chercheurs géologues, les espaces conviviaux, les étapes de l’extraction et de l’analyse de l’Uranium. Le chef de camp, un Sud-Africain, nous explique la technique de prospection : un quadrillage est établi dans tout la région, et à chaque croisement des lignes, tous les km environ, ils font un forage ; emboitant des tubes de 5 mètres les uns au bout des autres, ils descendent ainsi jusqu’à 120 mètres ou parfois plus, jusqu’à ce qu’ils atteignent le socle rocheux. Ils prélèvent des carottes du sol.

Pause ! Il est 11h30, je poursuis, l’ordinateur sur les genoux,  assis au bord de l’eau, vers la chute située à 2 km de Bakouma.  (ça vaut la photo !) Il faut dire que depuis 8h ce matin, je fais des allers et retours en voiture avec toute une équipe de gars sympas qui tentent de remettre la turbine en route. Et ce n’est pas une mince affaire : la bobine rénovée à Bangui a l’air de fonctionner, mais les rats ont entre temps dévoré d’autres câblages ; il faut les refaire, à la paroisse. Une pièce de fonte, découpée pour sortir la bobine, doit être ressoudée : nous nous rendons chez Sébastien Taki, un métis qui possède le poste à soudure nécessaire ; le premier essai n’étant pas concluant, on y retourne donc. Et on approche de midi, j’ai l’impression de ne pas avoir fait grand-chose ! Gaétan vient de me surprendre à l’instant, (il vient voir les ouvriers) et regrette de ne pas avoir d’appareil photo !

Suite de la visite à Uramin (!) : les carottes sont remontées puis classées, et ensuite ramenées au camp. Là des géologues les analysent, puis ces petits lots de terre, de couleurs très diverses, allant du gris à l’ocre rouge, sont ensuite séchés, déshydratés, dans des grandes pièces où la température monte à 1600° pour y repérer l’uranium. C’est une roche de couleur vert pâle. Selon la densité dans le carottage, on sait si on peut tomber sur un filon intéressant. Près de 160 personnes travaillent dans les différents lieux d’extraction ou au camp de base. On cause ici du rachat d’Uramin par Areva, mais nous n’en saurons pas grand-chose de plus que ce qui circule dans Bakouma…

A notre retour, nous faisons halte chez Mohammed, surnommé Baalbek, du nom du resto qu’il tenait à Bangui. Il est maintenant grossiste en produits divers, comme tous les Libanais. Il fait construire ici un nouveau dépôt, puis fera de même à Zacko. Là où vont vivre les gens, là vont les commerçants. J’apprendrai plus tard qu’il est aussi « dans le diamant ». Alors que, assis sous sa paillotte, nous savourons une bière, l’orage nous surprend. Nous rentrons rapidement en 4x4 à la maison sous des trombes d’eau. Le diner se déroule dans une ambiance très festive, avec au menu, du boa. Pour le gout, c’est comme au sujet du python, venez gouter sur place !  Puis on se regarde « Les infiltrés » ; à 23h, dodo pour tout le monde.

Dimanche à 15h, nos hôtes reprennent la route, et après une bonne sieste, je fais une heure de VTT avant de prendre une bonne douche, certes froide mais ô combien agréable ! Après le diner, je vais lire les mails des parents et des VW à la phonie ; Gaétan a réussi à réinstaller le programme qui était tombé en rade depuis plusieurs jours. Les nouvelles sont brèves, mais font toujours plaisir ! Le colis pour Frère David et moi se prépare à Clermont, c’est bon, comme on dit ici.

LUNDI 22 OCTOBRE, 17h40

Christophe vient d’allumer le groupe qui fonctionne parfaitement. Gaétan vient de me dire que la turbine est vraiment mal en point ; la solution, c’est sans doute de l’emmener à Bangui. Affaire à suivre ! A 14h30, j’ai envoyé 2 mails via la phonie et Winlink qui semble fonctionner correctement. J’ai déambulé dans l’après midi avec Denise Balipio, que j’avais connu jeune maman à Bangassou il y a 17 ans. On a discuté de choses et d’autres le long du chemin et chez elle. Au marché, j’ai entre autre retrouvé Séraphin le chef scout, qui m’a parlé de lui : orphelin à 2 ans, il est recueilli par sa grande sœur qui l’élève jusqu’au décès de son mari, il y a 4 ans. Séraphin est alors en Seconde au lycée de Bria. La scolarité s’arrête pour lui, et il travaille maintenant les matins à la fabrication de briques qu’achètent ceux qui veulent construire leur maison. Il est courageux et vit bien sa responsabilité de chef scout. Les enfants de Bakouma ont enfin repris le chemin de l’école, les cours du primaire commencent aujourd’hui. Les collégiens et lycéens vont à Bangassou, en tout cas ceux qui ont la chance de pouvoir le faire, parce qu’il faut qu’ils se logent, se nourrissent, et aient des conditions minimum pour travailler les cours ; beaucoup d’enfants, à la sortie du CM2, n’iront donc pas plus loin sur le plan scolaire. Autant le dire : leur niveau est vraiment très faible ; quel avenir peuvent-ils espérer construire, si ce n’est mener la même vie que leurs parents, à savoir entretenir la plantation familiale qui produit la subsistance nécessaire au long de l’année ? L’argent gagné par les adultes est si  marginal qu’ils ne peuvent avoir accès aux soins, ni financer l’école de leurs enfants, ni même simplement payer une place dans un véhicule qui les emmènerait ne serait-ce qu’à Bangassou pour voir des amis ou de la famille. Comment briser ce cercle qui enferme trop de gens dans la fatalité et n’ouvre aucun chemin d’espérance ?

 

VENDREDI 26 OCTOBRE, 17h45

Je suis de retour à la maison ! A la maison, c’est à dire à Bakouma ; c’est là qu’est ma maison actuellement. Ça me fait du bien de retrouver mes affaires, après 4 jours dans la brousse à Zacko et ses environs. Ce premier séjour avec Simplice dans la nouvelle paroisse fut vraiment passionnant : que de découvertes, que de visages, que de rencontres ! Heureusement, je prends rapidement quelques notes sur mon cahier au fur et à mesure, histoire de ne pas me perdre ! Dès notre arrivée à Zacko, des enfants qui nous attendaient à plus d’un km ont couru autour de la voiture jusqu’à l’église. Ils n’avaient pas trop de mal pour rester à notre hauteur : vu l’état de la route, on ne dépassait pas les 10 km/h… Sous les arbres des abords de l’église se tenaient un grand nombre de gens de tous âges venus me saluer. Nombre de responsables de la paroisse étaient venus malgré le fait qu’à 11h30, beaucoup sont normalement « au chantier », pour extraire le diamant. Quelques chefs scouts m’entrainent dans le village, que dis-je la ville ! Je découvre une bourgade où les maisons souvent faites en brique crue sont très rapprochées. Le marché est vaste, les gens nombreux. Les premières salutations s’engagent, les premiers mots pour leur dire que je suis le curé de l’église catholique. Ça me fait d’ailleurs intérieurement tout drôle. Après le déjeuner pris avec Simplice au presbytère, il m’emmène dans un lieu que je qualifie de magique : Fungu. Une source chaude jaillit au beau milieu des hautes herbes ! Quel bonheur de se prélasser dans ce bain naturel quasi bouillonnant ! Quelques enfants et adultes sont là aussi pour se laver et jouer. Nous restons près d’une heure allongés dans cette eau limpide et chaude, devisant sur divers sujets, puis nous remontons dans la ville jusqu’à l’église ; là, sous les manguiers nous attendent un bon nombre de responsables et d’acteurs de la paroisse. Après les présentations, plusieurs thèmes sont abordés à bâtons rompus : les mouvements, les chantiers en cours, la gestion, les idées, l’histoire des lieux… je remplis deux pages de notes avec tout un tas de noms qu’il me faut maintenant associer aux visages ! Vers 7h du soir, Aimé le paroissien gardien des lieux m’accompagne au marché où je dois acheter du gaz pour le réchaud, une casserole, et aussi deux bières (il faut bien fêter ça !) Et là, stupeur, il y a un monde fou ! Tout le monde est rentré du chantier et fait ses achats : les vendeurs et vendeuses sont encore plus nombreux qu’à midi, éclairés par une lampe à pétrole ou une pile, c'est-à-dire une lampe de poche. On se presse entre les étals de feuilles de manioc et autres légumes, de cigarettes, de pate d’arachide, de viande grillée, d’huile de palme, d’alcools locaux, de produits de beauté en tout genre, de faux médicaments, de boites de conserves, de bouteilles, ... sans oublier les échoppes des vendeurs de pièces de vélo qui permettent aux trafiquants de repartir sans souci, avec en poche l’argent de la vente des produits transportés sur ces mêmes vélos pendant des dizaines de km, depuis Ouango et Bangassou au Sud, depuis Zémio à l’Est, depuis Bria au Sud-ouest. Ces jeunes seront de retour ici dans une semaine environ, avec un nouveau chargement d’huile de palme, de manioc, d’alcool local (le nguli), tout ceci pesant un poids énorme. Vraiment, Zacko est bien plus vaste que je ne pensais, et combien plus animé que Bakouma et Bangassou.

Mercredi matin, 6h, première messe dans l’église St Joseph : il y a foule pour accueillir le nouveau curé et vivre cette messe : enfants, jeunes et adultes s’y pressent ; l’église est vaste, mais tout le monde ne pourra y rentrer. La chorale s’applique, les servants sont briffés, il me reste à bien prêcher : heureusement que Simplice est « passé par là » ! La matinée est cool, on déambule en ville, on s’arrête ça et là pour saluer divers paroissiens, boire un café ou un thé, déguster une banane. Après le déjeuner, je peaufine l’homélie du lendemain et reprends les rencontres ; mais tant de gens viennent pour se confesser qu’il nous faut nous mettre au travail, un Bic à portée de main. En effet, il faut noter sur la carte de baptême, dans le carré « confession » la date de ce jour où le paroissien vient vivre le sacrement… il nous faut aussi vérifier si la personne est à jour dans le versement du denier du culte. Ça surprend, quand on n’est pas habitué ! Au cours de la rencontre avec des membres du Conseil de paroisse, je me fais expliquer les comptes, et relis les comptes-rendus des dernières réunions mensuelles. Nous décidons de faire fabriquer des bancs pour l’église, et le secrétaire général est étonné que ce ne soit pas moi qui finance ; il me faut expliquer certaines choses (!) et je tiens à ce que ce soit prélevé sur la caisse paroissiale, d’autant plus qu’il y a de quoi payer le bois et les menuisiers.

Jeudi matin, après la messe de 6h que Simplice préside, départ pour Bamara (ce qui veut dire : Lyon, non pardon, lion !) Simplice prend le volant, comme d’habitude et parce qu’il a l’habitude de ces « routes », chemins défoncés par la pluie et n’ayant aucun entretien. 1 heure plus tard, après avoir avalé lentement les 18 km, nous entrons dans Bamara. Ce petit village de 682 habitants (c’est le chef qui me l’a dit) borde la route qui s’en va vers Bria. On y trouve donc des trafiquants, et dans le village des petits commerces, dont une boulangerie, artisanale bien sûr. L’église est à la sortie, nous y arrivons alors qu’une foule de paroissiens entonne avec la chorale des chants de bienvenue. Je suis très touché par cet accueil. Puis nous nous rendons sous une paillotte où se tiennent les responsables de la chapelle, le chef du village et le président de Justice et Paix venu avec nous de Zacko. La discussion s’engage sur un cas concret d’injustice : le chef de village a surpris un homme vendant des moustiquaires qui sont normalement destinées à être données ! Il en a averti le groupe local de Justice et Paix, a fait un courrier au maire de Zacko dont il dépend. L’affaire est compliquée par le fait que c’est l’infirmier chef du dispensaire de Zacko qui est derrière tout ça. Mais qu’importe, il faut agir. Affaire à suivre, donc. Les échanges sur divers sujets se poursuivent jusqu’au moment où une personne lève la main et dit : « vous savez qu’il y a une nouvelle chapelle à 6 km ? » Je regarde Simplice, qui connait bien le terrain ; il me fait signe que non. J’interroge alors l’assemblée et on me dit que le catéchiste, autrement dit l’animateur, est ici, c’est Jules. Humblement, il se présente : ancien chef de chorale à Bria, il est maintenant installé ici. Il a pris cette initiative il y a deux mois.  Et bien, allons voir ! Et nous voilà partis pour Yanguchi, au Nord de Bamara. Après avoir entre autre traversé sur 15 mètres une rivière dont l’eau est monté jusqu’aux fenêtres (si, c’est bien vrai !) on arrive sur le lieu : en plein air au bord de la piste, quelques bancs autour du pupitre de la Parole de Dieu, une belle croix en bois. Et Jules nous dit que plusieurs dizaines de personnes se rassemblent ici chaque dimanche, Bamara étant trop loin pour eux.  Vraiment, c’est une très bonne nouvelle !!! Nous regagnons Bamara en retraversant la rivière, et après le déjeuner, messe dans la petite église de terre et de paille, archi pleine ! Une messe festive et priante nous assure de la vitalité de la communauté. Je prends aussi le temps de discuter avec l’agent-parent de l’école, Aimé-Christian, qui enseigne avec talent et passion (j’ai pu vérifier) aux 70 élèves de CI et CP, de 7h à 10h, puis aux 20 élèves de CE1 CE2 de 10h à 13h ! L’unique classe est en fait une paillotte rectangulaire sous laquelle se trouve un contreplaqué en ruine qui fait office de tableau noir. Les enfants sont assis sur des troncs d’arbre mal dégrossis, et écrivent en tenant sur leurs genoux l’unique cahier qui collecte tout. C’est Gaétan qui se charge de verser le salaire de 15 000 FCFA par mois (soit un peu moins de 23 €), grâce à une subvention de Uramin. C’est super, ce qu’Aimé entreprend depuis quelques années dans ce village du bout du monde comme il y en a tant en RCA ! Mais qu’en sera-t-il de ces jeunes CE2 à la fin de l’année scolaire ? Il faut poursuivre ce sujet avec les paroissiens.

Retour à Zacko, et visite chez Roger Kowoli, un de mes anciens « Aita Kwe », ce qui veut dire : « tous frères » en Sango. Il me présente ces trois enfants, dont l’ainé, 10 ans porte le doux prénom de Michel, en souvenir de son animateur de Bangassou en 1989-1991 (!) on discute du chantier, des conditions de vie de ces hommes et de ces femmes qui passent des jours entiers à trier du sable et des cailloux dans l’espoir de trouver la pierre rare et tant convoitée. A ce sujet, Simplice et moi avons été appelés ensemble par quelqu’un qui voulait nous remettre une enveloppe, sur laquelle il a écrit simplement : « dime ». C’est en l’ouvrant, beaucoup plus tard, que nous y découvrons 7 billets de 10 000 FCFA ! 70 000 FCA, c’est une somme énorme pour un centrafricain ! C’est par exemple le prix à payer pour la construction d’une grande case en dure et taulée. Alors, si cette personne a fait un don aussi important à son clergé, c’est que le diamant qu’elle a trouvé devait valoir au moins 2 000 000 FCFA, soit tout de même plus de 3000 € ! Rassurez-vous, je sais déjà ce que je vais faire de cette somme ; les enfants de Bamara n’ont ni craie, ni ballon de foot, les scouts de Zacko en souhaitent aussi un. Et il y a tant à faire avec jeunes et moins jeunes. La soirée nous permet, à Simplice et moi, de diner au clair de lune (elle est quasiment pleine), de déguster une fois de plus du délicieux  cousin, entendez par là du singe (!), et d’avoir un long temps d’échange profond sur des aspects plus personnels de nos vies.

Vendredi 26 à l’aurore, je me réjouis devant le splendide soleil qui se lève juste derrière la maison, puis avale un thé et ferme la petite cantine qui me sert de valise. A 6h15, c’est parti pour Bakouma ! Simplice prend le volant, la voiture se remplit de passagers ayant réservé une place, parfois à la dernière minute. Nous avons dû refuser du monde, 10 personnes avec les bagages, c’est déjà beaucoup. 1 heure et 15 km plus tard, nous arrivons à Kono pour y passer la matinée. A l’église de brique et paille nous attendent de nombreux paroissiens de tous âges, dont l’équipe du Conseil qui nous emmène boire un thé et manger un pain brioché excellent fabriqué par Vincent dans son four artisanal ; d’un continent à l’autre, les techniques ne changent pas, « on » fait de la même manière à Charbonnières-les-Vieilles ! Ce qui ici est plus compliqué, c’est l’approvisionnement régulier en farine. Dans la rue qui traverse le village, il y a un balai incessant et très lent de trafiquants qui grimpent la colline en poussant les lourdes charges attachées à leurs vélos. Quant à nous, après le réconfort vient l’effort : près d’une heure de confessions, Bic en main, à l’ombre des grands arbres qui environnent l’église. La messe bien préparée est chantante, et c’est sur place que se tient la rencontre des acteurs de la paroisse ; divers sujets sont abordés, ceux qui plaisent et ceux qui fâchent, notamment l’école qui n’a pas rouvert alors qu’il y a l’instit ; il y a mésentente avec les parents d’élèves, et se sont donc les enfants qui trinquent. Simplice et moi devrons revenir un de ces jours pour aborder le sujet en profondeur. Déjeuner au frais dans une case, puis 13h s’affiche sur nos montres : départ pour Bakouma ! Nous reprenons la route parcourue dans l’autre sens mardi matin. C’est toujours Simplice qui est au volant du 4x4 ; j’observe sa manière de traverser les cours d’eau, d’attaquer les côtes caillouteuses et les descentes pleines de sable humide. Comme à l’aller, on fait quelques pauses pour ça et là couper un arbre en travers de piste ou trop près des abords, retirer des pierres qui pourraient déchirer les pneus. D’ailleurs, à ce propos, nos véhicules sont ici équipés de Michelin à l’arrière, puisqu’ils sont bien sûr  de bien meilleure qualité! Cela nous permet, lorsqu’on est en mode normal de conduite, c'est-à-dire la propulsion (se sont les roues arrière qui sont entrainées par le moteur) d’être tranquilles ! 3 heures et demi après avoir quitté Kono, nous arrivons à la maison !

Ce premier séjour dans la paroisse a été un grand moment pour moi ; joies et difficultés partagées avec les gens laissent entrevoir ce qu’ils attendent, et me permettent de comprendre la nécessité d’ériger ce secteur en paroisse. C’est un secteur en pleine croissance, et le nombre de baptisés est en augmentation constante. C’est un coin loin de tout, mais sur cet axe Bakouma - Bria passent toutes sortes de moyens de transport qui assurent les liens entre les gens ; et les chrétiens catholiques sont animés d’un courage et d’une foi qui les ont amenés, par exemple, à vivre à Zacko pendant 5 ans sans qu’un prêtre n’aille jusqu’à eux. Un membre de la communauté venait en vélo chercher régulièrement des hosties consacrées pour que soit donnée la Communion. Et la communauté a continué de croitre ainsi, la venue plus régulière d’un prêtre ces dernières années a permis de célébrer un grand nombre de baptêmes, de premières communions, de mariages « en attente ». Une grande partie du travail de préparation avait été fait par les catéchistes. Samedi soir, à la prière des vêpres, j’ai lu l’extrait proposé pour cette veille de deuxième dimanche : les premiers versets de la lettre aux Colossiens. J’ai rendu grâce, parce que c’est vraiment cela qui s’est vécu et se vit encore ici !

Samedi 27 est synonyme de journée de repos et de bricolage : je n’ai « pensé à rien » au sujet de ces 4 jours non-stop de rencontre. Je me suis attelé à réparer le 4x4 qui a un peu souffert de l’état de la route. On a arraché jeudi le snorckel, c'est-à-dire la prise d’air qui est accroché au dessus de la porte et qui permet de traverser les rivières avec de l’eau jusqu’aux fenêtres, et sans caler au beau milieu. C’est donc fort utile ici !!! Mais voilà qu’entre deux arbres bordant la piste de beaucoup trop près, il y avait un fossé plein d’eau ; la voiture a tangué et le snorckel (je crois que ça s’écrit comme ça…) s’est arraché et a quasiment explosé sous la violence du choc ; on a ramassé les morceaux un peu partout. De retour à Bakouma, j’ai démonté l’ensemble, ainsi que le système se trouvant sous le capot, et j’ai refait les pièces en faisant de la couture avec du fil de fer pour les remettre en forme. Puis j’ai raccroché la cloche avec du zinc de toiture. On verra combien de temps ça va résister ; plus d’un jeune et adulte me voyant faire disait : « oh, Père Henri, là ! », du nom du Père spiritain fondateur de la paroisse, grand bricoleur de génie et qui a passé à Bakouma plus de trente ans. J’ai reçu ces propos comme un vrai compliment. J’ai détordu à la masse (Toyota Land Cruiser 4x4, c’est du solide !!!) le marchepied gauche, le pare-choc arrière, et j’en ai profité pour régler la porte arrière qui avait beaucoup de mal à s’ouvrir. Puis j’ai suivi Gaétan vers 16h30, direction Bangassou ; 1 km et demi après Bakouma, la citerne livrant le carburant à Uramin s’est embourbée, au beau milieu de la piste ! Partis de Bangui le 2 octobre, les chauffeurs ont mis un mois pour parcourir les 900 km, pour s’échouer à 8 km de l’arrivée ! Le camion est tellement embourbé que cela fait deux jours qu’ils le vident en remplissant à la main des futs qui sont acheminés en voiture jusqu’au réservoir à d’Uramin. On a emmené de quoi faire un pont sur le marécage pour que Monseigneur Aguirre franchisse en voiture le passage obstrué par le camion. Plusieurs jeunes embarqués dans nos véhicules abattent des arbres, coupent des sections d’1 mètre 70 environ, aidés par les chauffeurs et les gars de Fox Sécurité. En 30 mn, la longueur de 10 mètres d’eau peu profonde et de boue est recouverte de ces rondins tout frais ; on y ajoute 3 longues planches de 5 mètres et une grille de désensablage, et on entend à ce moment là le vrombissement de la Mitsubishi  conduite par Barthélémy. Prévenu par la phonie, l’évêque savait qu’il devait emprunter ce passage difficile. La nuit est tombée depuis peu, Monseigneur et Mané descendent de voiture, saluent les gens, observent les lieux. Puis Barthélémy s’engage sur ce pont improvisé, et passe sans souci, du premier coup ! Ouf ! Brefs remerciements, et tout le monde embarque pour la Mission où la soirée fraternelle se déroule à la salle à manger ; elle est très courte pour Mané qui fait une bonne crise de palu. Il se réveillera le lendemain plus en forme, et ça va aller de mieux en mieux pour lui. Gaétan, l’évêque et moi restons très longtemps à discuter de questions diverses relatives à la pastorale paroissiale et au logement des prêtres à Zacko. Il est conscient qu’on ne peut pas passer une année dans la petite maison. Il y a aussi le fait qu’il faut résider sur place pour vraiment animer le lieu, suivre les projets de construction des personnes dans leur foi et des bâtiments liés à cela. Tenir les deux dimensions est, me semble-t-il, un vrai défi pour moi et pour nombre d’acteurs de la vie de l’Eglise. C’est tellement plus facile de faire ce qui se voit « dans le paysage » ! Mais c’est au service des Hommes de cette portion du Peuple de Dieu que je suis envoyé. C’est leur croissance spirituelle que je suis venu servir.

LUNDI 29 OCTOBRE, 18h25

Dimanche, journée cool : messe à 8h30 présidée par l’évêque, qui prêche sur les Œuvres Pontificales Missionnaires et la Mission aux 4 coins du Monde. Fin de matinée avec les servants, déjeuner et sieste, puis j’enfourche le VTT pour parcourir vers le Sud une bonne quinzaine de km, à refaire dans l’autre sens pour revenir à la nuit tombante. Bonne douche fraiche, et l’évêque et moi, assis dans les fauteuils sur le pas de la porte, entamons une longue discussion, en toute confiance, sur sa joie de me voir entrer ainsi dans la vie pastorale du diocèse. Il me prodigue quelques conseils concernant les gens ayant des fonctions à responsabilité, et les sacrements demandés par des personnes qui sont en situations certes habituelles ici, et néanmoins complexes : la polygamie, la vie commune sans mariage, la sorcellerie,… Il attire aussi mon attention sur le fait que beaucoup de chrétiens adultes ont recours à des sorciers et autres devins en tout genre pour un petit coup de pouce, pour trouver du diamant par exemple. Il y a du travail à faire pour rassurer, chasser la peur, donner de vraies bases à bien des gens.

Ce matin, long échange sympa avec Simplice ; retour avec lui sur la venue de l’évêque, et suite à donner à quelques questions relatives à Zacko. Cet après-midi, rencontre de nous 4 pendant plus de 2 heures pour regarder le calendrier, aborder les questions de finance, de frais de déplacement… bref tout ce qui fait l’ordinaire d’une vie d’équipe de prêtres partagée avec un séminariste !

MARDI 30 OCTOBRE, 21h40

La nuit est tombée depuis 17h15, au beau milieu de la messe que je présidais, en français comme chaque mardi. La journée a été consacrée à la préparation de notre nouveau séjour à Zacko. La matinée, c’est du côté automobile, avec un travail rapide de renforcement du snorkel, et visite chez Taki pour une purge des freins et l’achat d’un bidon d’huile nécessaire au moteur. J’ai aussi réuni le matériel permettant demain d’arranger un peu la route à certains endroits : achat d’une baramine de près de 20 kg (!) et de 3 machettes neuves aiguisées ce soir par Dieudonné quand Christophe eut mis en route le groupe, à 17h45 comme d’hab. Après le déjeuner, on accueille quatre profs du lycée français Charles de Gaulle de Bangui. Eh oui, c’est les vacances chez les Français ! Ils découvrent l’Est, mais leur rêve de continuer en passant par Bria s’arrête ici : leur voiture sans prise d’air sur le toit (vous savez, le fameux snorkel !) ne leur permet pas de franchir les rivières qui coulent après Zacko. Ils se contentent d’une visite à Uramin, et espèrent demain trouver les grottes de gravures rupestres de la région. J’espère que je connaitrai moi aussi ces lieux un jour ! Cet après midi, achats divers : un jean Lee Cooper payé 1500 FCFA (vous ne rêvez pas, 2€30 environ !!) bon, il est déjà usé, mais c’est pour la route ; après 4 heures de piste, on est tellement rouge de poussière qu’il faut tout laver : Autant que ce soit déjà un peu vieux ! Achat d’un ballon pour les enfants de Bamara, d’une boite de Vache qui rit (1000 FCFA tout de même !) et d’une scie à métaux. Retour pour la messe, puis je me suis attelé à l’homélie du jour de Toussaint jusqu’à l’heure de vêpres à 18h45. Sitôt après, Gaétan et moi filons au quartier pour acheter 20 litres de gasoil. Il n’y en a plus à la mission, et les pompes sont à Bangassou ; alors, manque cruel oblige : nous allons faire du marché noir (!) et en pleine nuit frappons à une porte qui saura nous envoyer un vendeur ; « son » gasoil vient d’où ? On le devine, on ne le saura pas ; et même je dois dire que je préfère ne pas le savoir. Mais c’est du bon (on ne l’a quand même pas goutté !) alors on paye les 12 000 FCFA demandés ; c’est normalement 14 600 à la pompe officielle, à 135 km… Le diner est un bon moment d’échange avec les profs de Bangui, puis j’envoie un mail avec la phonie, et me prépare à boucler les bagages. Je suis en ce moment même environné de tellement de bestioles que je n’y vois rien ! Je raccroche !

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