Partager l'article ! Suite de mon journal de bord: MARDI 6 NOVEMBRE, 17h15 C’est à Bangassou que je rouvre mon PC ; je me rends compte combien le te ...
Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.
MARDI 6 NOVEMBRE, 17h15
C’est à Bangassou que je rouvre mon PC ; je me rends compte combien le temps passe vite : déjà une semaine écoulée depuis que j’ai poursuivi mon carnet de bord ; et déjà plus de trois semaines écoulées depuis que j’ai quitté Bangassou, le 12 octobre dernier.
Je suis heureux d’être ici à Bangassou ; j’aime cet endroit, et j’aime aussi la possibilité de communiquer avec la France et le Monde sans trop de difficultés. Cette perspective me réjouit déjà !
Il s’en est passé des évènements, depuis une semaine ! L’essentiel s’est d’ailleurs déroulé à Zacko, puisque Simplice et moi y avons célébré les fêtes de Toussaint et le dimanche suivant ; j’ai pris le volant et on est partis, ce 31 octobre au matin, avec 5 gars costauds et disponibles pour arranger la route au fur et à mesure de notre avancée dans la forêt. On a fait de nombreux arrêts pour couper des arbres, dégager des pierres parfois énormes, boucher des trous béants causés par les pluies. Partis vers 7h30, on s’est arrêté pour déjeuner à Ngaya, appelé aussi Limite, il était 14h, nous avions parcouru…30km seulement. On est arrivés à Zacko vers 16h30 ; j’étais fatigué et heureux de cette expérience. Jeudi 1er novembre, jour de fête, et messe solennelle que je présidai avec joie ; je les ai fait beaucoup rire, tous ces paroissiens, lorsque, dans mon homélie, je leur ai expliqué qu’on pouvait remplacer l’expression « bienheureux » par « en marche », et j’ai relu ainsi les Béatitudes. J’ai revêtu pour l’occasion la belle chasuble blanche en provenance de Bouaké via Notre Dame de Clermont ! Après midi cool avec baignade à Fungu, la source chaude où il fait bon se prélasser. C’est aussi un lieu convivial où il se discute un tas de choses avec les gens présents, des hommes uniquement, qui se baignent et/ou se lavent, avec ou sans maillot de bain. Enfants, jeunes et adultes passent ainsi de longs moments dans l’eau chaude baignée de l’ombre d’un haut rogniez. J’y suis allé à trois reprises durant ce séjour à Zacko.
Samedi matin, j’ai longuement rencontré le responsable de Caritas, l’un des mouvements au service des pauvres. David m’a expliqué son action, et a attiré mon attention sur le fait que beaucoup de jeunes sans famille se trouvent ici. Lui et son équipe sont en train de les recenser. J’ai senti comme un appel à faire quelque chose pour ces jeunes gars et filles qui dorment souvent dehors sur ou sous les étals de marché, quand les vendeurs ont regagné leurs maisons. L’après midi, ce fut la première rencontre du Conseil Paroissial ; j’ai trouvé la rencontre intéressante, mais des questions demeurent quant à ma place dans le fonctionnement de cette bientôt paroisse dans laquelle les laïcs ont depuis si longtemps vécu sans la présence régulière d’un prêtre. J’ai senti, et je ne suis pas le seul, des réticences de la part de l’un ou l’autre des membres. Et puis, je pense que quelques-uns espèrent que Le Blanc, qui forcement, est riche, va donner beaucoup d’argent…je m’y attendais, mais ça me gêne quand même beaucoup. Je sais que, plus je vivrai à Zacko, plus les choses iront en s’arrangeant ; la demande que l’évêque fait aux chrétiens d’engager rapidement la construction du presbytère en simultané avec le bloc opératoire est comprise par beaucoup de gens, et il faudra bien dissocier les deux chantiers, puis que l’un est d’ordre privé catholique, l’autre est communautaire ; nombre de chefs de quartiers et de villages se sont engagés à amener du sable, ou du bois pour cuire les briques, ou du gravier…. Les choses avancent bien, c’est réjouissant. J’ai dis avec humour à Simplice que Zacko, c’est du camping ; la maison où on loge est une case de passage sans eau, sans électricité et dans laquelle tout le monde, ou presque, rentre et sort ; j’ai le sentiment de parfois ne pas être du tout chez moi. Et mes affaires, et celles de Simplice, ne sont pas vraiment en sécurité. Nous ne résiderons pleinement ici que quand notre nouvelle maison sera achevée ; elle ressemblera fortement à celle de Bakouma achevée tout récemment dans laquelle je vis.
Dimanche, 6h15 : j’enfourche mon VTT pour une grande première dans l’histoire locale récente: aller en vélo célébrer la messe à Bamara, chapelle située à 18 km au Nord, sur la route qui mène à Bria. David, un paroissien possédant un vélo, m’accompagne. On a tout le temps du trajet pour revenir sur le Conseil de la veille, auquel David a participé. A notre arrivée, vous imaginez la stupéfaction des villageois ! Au fur et à mesure que j’avançais, j’entendais, en sango : « c’est l’abbé ! C’est le curé ! » Avant la messe, temps de confession des enfants, jeunes et adultes, carte de baptême en main. Je m’installe sous l’arbre, près de l’église, mon Bic en poche, et reçois pendant près d’une heure cette vingtaine de catholiques désireux de vivre le sacrement ; pour la plupart d’entre eux, la dernière confession remonte à Noël 2006. La messe est bien animée malgré l’absence de choristes partis à Yanguchi pour accompagner les chrétiens installant la croix à l’emplacement de leur chapelle de plein air. Après l’effort, le réconfort : boule de manioc (gozo) et viande de chasse au menu, partagé avec le président de la paroisse, le chef de village et quelques paroissiens. On évoque les projets qui vont voir le jour : la nouvelle église, en briques cuites, deux salles de classe dignes de ce nom, pour faciliter l’arrivée d’un nouvel enseignant. Le chef de village et le président sont sur la même longueur d’onde, et me partagent tout cela avec simplicité et conviction. Vers 11h30, je reprends la route, et après quelques arrêts et salutations en route, j’arrive à la maison vers 13h15. Une grosse heure de sieste plus tard, je fille à Fungu, puis rejoins Simplice au quartier ; on nous sert un café blanc, nom donné au nguli, cet alcool de manioc distillé deux fois qui déchire le gosier ! A consommer avec bôôôôôcoup de môôôdération !!!!
Lundi matin, en route pour Bakouma avec notre équipe de TP (Travaux Publics) qui a travaillé chaque jour plusieurs heures dans les environs de Zacko. Nous accompagnent deux femmes tellement enceintes qu’on s’est demandé pendant tout le trajet laquelle allait accoucher en route !!!!! On est arrivé sans que le nombre de passagers ait augmenté, malgré les secousses omniprésentes. Mais c’est la voiture qui a manifesté des signes de fatigue du côté du gasoil, et dès mardi 6h, je me suis pointé chez Takis pour un bilan de santé ; les deux filtres étant propres, il nous en reste un à vérifier : celui du réservoir… et bien allons-y, descendons donc le réservoir ! Et nous voilà pendant près de 3h30 à travailler dessous et dessus, afin de réparer ce qui peut l’être. Le filtre extrait est vraiment bouché. On nettoie, on remonte le tout, et c’est reparti… pour la galère ! En effet, après avoir pensé que tout allait bien, notre convoi composé de Gaétan, Mané et moi, chacun transportant un nombre impressionnant de personnes de tous âges et de toutes conditions (sauf des femmes enceintes, où en tout cas ça ne se voyait pas… !). Ma voiture a commencé à donner des signes de faiblesse, et on est arrivé après 5h30 de route au lieu des 3h30 habituel. Il faut dire que je n’ai pas pu dépasser les 40 km/h, et j’ai même failli ne pas redémarrer à la barrière de contrôle à l’entrée de Bangassou. On a quand même pris le temps, en route, de négocier quelques bêtes fraichement tuées par les chasseurs, et j’ai ramené chez les Balipio une antilope de quelque 3kg500 achetée 2500 FCFA. Ils ont passé une bonne soirée, m’a dit Thomas.
Ce matin du 7 novembre, repos et Internet !
Je découvre le blog avec joie !
A bientôt pour la suite du récit !!!
Derniers Commentaires