JOURNAL DE BORD

Qui suis-je?

Ordonné prêtre en 1995, j'ai été envoyé par Monseigneur Hippolyte Simon comme « fidei donum » en République Centrafricaine, dans le diocèse de Bangassou.

Contacts

Un courrier à m'adresser?
Un mail à m'envoyer?

ABBE MICHEL CHIDAINE
S/C MGR AGUIRRE
DIOCESE DE BANGASSOU
MAISON COMBONI
BP 1372
BANGUI
REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE


abbemitch@yahoo.fr 

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Samedi 29 septembre 2007, jour de la Saint-Michel.


Je me souviens qu’il y a 6 ans jour pour jour, je passais ma première nuit au 5, rue Thomas, débutant mon nouveau ministère dans le centre ville de Clermont ; qui aurait pu dire que 6 ans plus tard, je serai à la Mission St Charles des Pères Spiritains, à Bangui ?!

C’est pourtant bien là que je suis, depuis jeudi matin, ayant débarqué du vol AF 880 Paris - Bangui du mercredi 26 septembre. L’embarquement des bagages s’était bien passé, même s’il avait fallu ajouter 50 € pour cause de surcharge ; mais comment ne pas emmener avec moi le VTT offert par les enfants et les familles de Massillon, et les ornements liturgiques en provenance de Bouaké, offerts par les paroissiens ? La grande valise qu’Helder m’a donné a permis de charger l’essentiel des affaires, la caisse fabriquée par Fred Lopez contenant le VTT portait le reste ; verdict de la balance : 58 Kg, au lieu des 46 autorisés. Après un diner familial avec mes parents, ma marraine, grand-mère et Bernadette, et après avoir salué la famille Millot venu me dire au revoir, je me rends dans la salle d’embarquement et fais la connaissance de Patrick et Marie-Dominique Courde, et d’Ana, nouveaux coopérants DCC pour Bangassou. Dans l’avion, je retrouve Bernard Michollet, prêtre du diocèse de Belley qui vient enseigner 6 mois au Grand Séminaire. Il y a aussi Mané, beau-frère de Monseigneur Aguirre, qui vient pour quelques semaines partager ses compétences en électricité. Le vol de 6 heures se passe sans souci, le repas est bon, et « les vacances de Mister Bean » me font bien rigoler !

 A l’arrivée, il est 4h30 heure locale, la nuit est sombre, et si je n’étais jamais venu en Afrique, j’aurais pensé qu’on atterrissait au milieu de nulle part : il n’y a pas d’électricité dans les quartiers que nous survolons, seule la piste brille de ses feux, ainsi que le hall de l’aéroport Bangui M’Poko. L’odeur moite inimitable envahit mes narines, et me renvoie immédiatement près de 18 ans en arrière, lorsque je débarquais pour la première fois sur le continent africain, ici même à Bangui ; c’était le 10 octobre 1989. Le débarquement se passe sans souci majeur, si ce n’est qu’il me faut expliquer à la douane que je dois attendre la valise pour y trouver le tournevis permettant de leur ouvrir la caisse du VTT. Moyennant quoi, ma valise est elle aussi inspectée, et lorsque j’explique en Sango à la douanière (une forte femme) que je suis prêtre et que ces vêtements sont liturgiques, son visage s’éclaire et elle me dit avec étonnement: « mo yeke bwa ? » (Vous êtes prêtre ???)

Monseigneur arrive dans la salle de débarquement accompagné d’Alain Bissialo, mon ami prêtre centrafricain de toujours, depuis cette année 1989 1990 qui nous a vu être séminariste en stage ensemble à la paroisse cathédrale de Bangassou ; quelle joie de nous retrouver ! Les bagages de tout le petit monde sont embarqués dans deux 4x4 Toyota, et me voici déposé à la mission St Charles, pendant que les autres coopérants sont emmenés au Centre d’Accueil ; il est 7h15. Le copieux petit déjeuner me permet de faire connaissance avec l’équipe de ce lieu : les pères spiritains Tanneguy, français né en 1968 (!) Nazaire, sénégalais, Dieudonné (originaire de Bangassou). Brice vient de prononcer ses vœux dans la congrégation, et est en stage pastoral cette année, avant de poursuivre les études. Il y a aussi le pilote de l’avion des missions, un Hollandais nommé Bas. A 8h, Monseigneur vient me chercher, et je retrouve les coopérants à la procure interdiocésaine : c’est le début du long parcours des formalités administratives ; il faut en remplir, des papiers, pour obtenir la carte de résident ! Alain m’emmène rencontrer le médecin de la coopération, le docteur Neuilly, très accueillant. Il établit un certificat de bonne santé tout en me parlant du pays et de son histoire familiale et personnelle. A l’ambassade, c’est Mr Debost qui m’accueille, et établit la carte consulaire tout en me prodiguant quelques conseils utiles sur la circulation dans le pays.

Retour à St Charles, déjeuner et grosse sieste, enfin ! Je piquais déjà du nez en remplissant les documents administratifs le matin ! Je dormis 2 heures ! Je me réveille reposé, et envoie mes premiers mail en France. Puis j’appelle papa, lui donne le numéro de la maison ici, et il me rappelle pour une conversation sympa ; c’est aussi l’occasion de parler avec Guillaume et Sanny, que je ne suis pas près de revoir : ils décollent pour St Martin dimanche midi. Maman rappelle en fin de journée, et sitôt après le diner, à 20h30, dodo !

Vendredi matin, 5h40 : le réveil me sort du lit, et je me dirige à la chapelle pour la messe du matin où se pressent près de 30 personnes de tous horizons : lycéennes, religieuses, voisins…accompagnent les pères de la communauté. Après le petit déjeuner, visite de Bangui en voiture avec Monseigneur Aguirre au volant : grand séminaire, maison des capucins, orphelinat de Bimbo, où se trouvent 3 coopérants DCC bien connus des Courde. Pendant que la maitresse Caroline discute avec eux, je m’occupe de sa classe : 11 enfants de CE2 et CM2 : la conversation passe aisément du français au sango, je suis intérieurement heureux de voir que tout revient facilement ! Après le déjeuner, sieste toujours nécessaire ( !) puis je vais à la phonie à 15h pour entrer en contact avec Hélène et Damien : youpi ! Hélène est au poste de Rafai ! Nous échangeons quelques mots puis l’électricité est soudain coupée ici. Un peu triste de cette interruption de communication,  je me plonge dans le dictionnaire sango afin de « faire du vocabulaire ». Petit footing dans le quartier, le long du fleuve et sur la route de Mbaïki, puis douche (chaude !) après avoir aidé Helmut, prêtre Fidei Donum Autrichien basé à Mobaye, à ranger le matériel dans son nouveau 4x4 arrivé tout droit du Japon grâce à l’organisation Miva-Autriche ; Bernard Michollet vient diner avec Olivier, prêtre FD du Diocèse de Fribourg-Lausanne-Genève, enseignant comme Bernard au Grand Séminaire. Ce fut un agréable moment.

Ce matin, 29 septembre, Nazaire me propose de présider l’Eucharistie en ce jour de fête, c’est une joie ! Puis à 7h15, en plein petit dèj, le téléphone sonne : les parents me souhaitent bonne fête ! Monseigneur vient à 8 heures, au retour de l’aéroport où il a emmené les Courde et Mané prendre l’avion de la mission ; et nous voilà partis tous les deux au grand séminaire puis à ACELL et ECOBANK afin de régler diverses choses du diocèse ; le plus intéressant fut sans aucun doute notre longue conversation pendant les trajets, sur divers aspects de la réalité de l’Eglise en             RCA.

A midi, sous une pluie battante, retour à St Charles, où j’apprends qu’il n’y a pour le moment ni électricité, ni eau courante dans ce quartier de la ville. Et bien j’apprends la patience : l’envoi et la réception de mail sera pour une autre fois, je profite des batteries de l’ordi pour écrire un peu !

Dimanche 30 septembre 2007, 9h00

Les chants de la messe célébrée dans la chapelle de St Charles montent vers le ciel et envahissent doucement les cases de passage où je suis installé, devant mon ordi. C’est quand même pratique quand il y a l’électricité ! Elle est revenue vers 17h 10 hier, pour disparaitre à 18h50… et revenir ce matin ! L’eau revenue au robinet hier soir est restée, ouf !!! La douche est chaude ici, j’en profite !!! Alain est venu me chercher vers 17h30, et nous sommes allés saluer sa maman, avant de nous rendre au restaurant « Azimut », sur l’avenue Boganda ; Nestor, vicaire général du diocèse d’Alindao nous y a rejoint, et nous avons longuement échangé sur l’Eglise, poursuivant l’échange entamé avec Alain un peu plus tôt. Au retour, deux contrôles du véhicule et de ses deux passagers, l’un par la gendarmerie, l’autre par la police, nous valent de courtes discussions avec ces hommes chargés de la sécurité. Dans l’après midi, après la rédaction de la page qui précède, j’ai bien discuté avec mon voisin le père Théodore Debozendi, spiritain centrafricain âgé de 82 ans. Ordonné prêtre à Bangui en 1955, il a ensuite rejoint la Congrégation du St Esprit, et a donc vécu une année de noviciat à Cellule ! 70 novices dont 3 prêtres Africains. Il a même été en paroisse à St Ignat, juste à côté ! Il m’a expliqué combien avait été important le soutien de Mgr Pierre de la Chanonie, évêque de Clermont, auprès de Barthélémy Boganda, prêtre, et premier président de la République Centrafricaine. C’est avec l’évêque que Théodore a découvert Lourdes, et il se souvient aussi du nom de son bienfaiteur Henri Tachon, ingénieur chez Michelin.

Mardi 2 octobre, 14h05

Je rentre à l’instant bredouille du cyber café voisin : il y a coupure d’électricité depuis 8h ce matin ! J’aurais pu vérifier en allumant le néon de ma chambre… la ville est très souvent sujette à ce problème, c’est un vrai handicap pour nombre de gens qui en ont besoin sur leur lieu de travail. Hier lundi, j’ai été au cyber au centre ville, à Banguinet, heureux de savoir que 23 mail m’attendaient – je le savais grâce à la connexion que j’avais tentée à St Charles, mais qui a ensuite échoué. J’ai payé pour 1h15, ai lu tous les mails, puis commencé une réponse globale à envoyer à tous ; et là, pschitttt ! Plus rien au moment d’écrire « amitiés » : coupure ! Un peu vert, j’attends la mise en route du groupe électrogène, puis recommence le mail… j’ai eu le temps de l’envoyer, et d’en commencer un autre quand le groupe s’est mis à chauffer : le patron a décidé de tout stopper ! Tant pis, je m’y remettrai quand il y aura du courant !

Dimanche fut une journée familiale avec Alain, chez Bruno son frère d’abord, où se tenait Rémi, directeur général de la douane de RCA ; autour d’une bonne bière, nous avons eu un échange très intéressant sur les politiques de nos pays respectifs, et regardé des DVD évoquant la question de Sankara au Burkina et la guerre civile en Côte d’Ivoire : images dures, et vraies. Déjeuner chez la maman, visite chez Georgine : autant de plaisir à me plonger dans les quartiers de la capitale. Vers 16h, départ pour la piscine du Rock Hôtel avec Bas et Brice : un bon moment de détente !

Lundi matin, balade en ville avec Mgr Aguirre : visite à l’abbé Gaétan, en repos chez les sœurs Rwandaises du Km 12, route de Boali ; retour à l’Ambassade de France pour voir le médecin et récupérer les cartes consulaires…. Après midi à la phonie (mais Rafaï n’était pas en ligne) puis au cyber ; au retour j’ai appelé Papa pour son anniversaire, avec mon portable A-CELL tout neuf, et très utile jusqu’à Bangassou. Diner et dodo à 20h30 !

Ce matin, après la messe, nouveau déplacement avec Mgr, à DAMECA pour l’achat de matériel électrique pour Mané : 1 765 000 CFA de câbles et fils ! Nous rendons visite au Nonce, un Vietnamien accueillant à qui Mgr présente quelques uns de ses soucis pastoraux. Barthélémy le chauffeur nous conduit à la Maison de la Presse, puis à la paroisse ND de Fatima, en plein marché du Km 5 : accès difficile entre les étals et les pousseurs de charrettes ! Il fait 29°9 dans la chambre, le soleil tape vraiment fort dehors !

Mercredi 3 octobre, 19h

Une bonne douche chaude ! J’en profite, c’est peut-être la dernière avant un moment ! En attendant Alain avec qui je vais au resto, je reviens sur ces dernières heures. Lundi après midi, rencontre ici avec Alain, avant d’aller à St Paul, son lieu de ministère de ces 3 dernières années. Nous saluons l’Abbé Joseph Ngoui, prêtre du diocèse de Bangassou depuis 51 ans, et maintenant au service des séminaristes. J’en profite pour faire quelques photos, les premières depuis mon arrivée en RCA. Soirée cool à St Charles, et défaite de Lyon 3-0 sur son terrain ! et en plus, la connexion internet s’est mise en rideau, interrompant la rédaction de mail pour les lycéens de Godefroy !

La nuit fut agitée, compte tenu de l’énorme quantité de pluie qui est tombée sur la région ; la résonnance sur les taules est un excellent agent anti somnolence !

La matinée fut exclusivement consacrée avec Mgr à la récupération de mes 2 cantines et des 15 paquets pour Mané. Arrivée à l’aéroport à 9h30, sortie de la douane à 12h30 ! Quel travail de patience, au milieu d’une foule hétérogène composée de vrais et de faux porteurs, de douaniers compréhensifs et d’autres attendant la pièce (que dis-je : les billets !) pour qu’on puisse sortir nos 17 colis ! La douane demandait 1 400 000 CFA pour le tout !!!! Heureusement qu’il ya eu l’apéritif de dimanche matin !!!! (cf supra !).

Alain est arrivé, é goué ma !!

Dimanche 7 octobre, 20h15

Je rentre à l’instant de chez Michel Balipio et sa femme Honorine, où j’ai dégusté un toujours excellent ngouja accompagnant le riz et la banane. Quelle joie d’être de retour à Bangassou, 16 ans après mon départ pour la France !

C’est vendredi après midi que je suis arrivé ici avec Monseigneur. Le départ de Bangui s’est fait jeudi matin à l’aurore ; la veille, Alain et moi sommes allés diner à l’Escale, resto cher au cœur d’Hélène et Damien (!) et j’ai mangé des spaghettis avec une bonne part de Piton ! C’est excellent, mais ne me demandez pas quel gout ça a, c’est inimitable, venez tester par vous-même !

6h pile : le 4x4 de Mgr, conduit par Barthélémy, quitter St Charles où débute la messe du matin. C’est parti pour 2 jours d’aventure ! Nous prenons la RN 2. Les premières heures seront sur le goudron ; le long des 15 km qui suivent la barrière de PK12 (la sortie nord de Bangui), nous croisons ou doublons un vélo, transportant de lourdes charges. Des enfants parfois très jeunes qui poussent des petites remorques surchargées des « keke ti wa », ces morceaux de bois de toutes tailles destinés à la vente pour que les femmes de Bangui puissent faire la cuisine sur les 3 pierres du foyer ; dur labeur dès le lever du jour pour ces enfants en âge d’aller à l’école, mais qui n’en prendront probablement jamais le chemin. À 7h40, nous sommes à 70 km de Sibut, nous avons croisé seulement 2 camions surchargés, un autre était arrêté avec une voiture Renault 12 aussi surchargée à la barrière militaire de Damara.

8h30 : nous sortons de Sibut, après avoir avalé les 180 km de goudron en 2h de temps. Fini le bitume, bonjour… la galère ! À peine 2 Km après la sortie du village, premier incident : le camion  blanc de Mme Pacheco, à destination de Bangassou, s’est embourbé correctement dans la boue : les axes de roues sont posés à même le sol, les pneus restent quasi en l’air ! Près de 50 hommes, les passagers qui avaient pris place sur le chargement, s’affairent à creuser et remblayer autour du véhicule, afin de le sortir de cette situation. Je ne sais pas à cette heure si le camion est enfin arrivé à destination. Pour nous, autre problème qu’on trainera jusqu’à Bangassou : casse dans la boite de vitesse, ce qui rend impossible l’utilisation de la 3ème et de la 4ème ; Barthélémy n’est pas inquiet, nous ferons 1ère 2ème 5ème ! Nous avançons si lentement que des myriades de papillons aux couleurs chatoyantes dansent autour de la voiture. A 13h, soit 120km et 4h30 plus tard (!) nous atteignons enfin Grimari ! ouf ! repos ! Les sœurs Franciscaines, en ce jour de fête de leur Saint Patron, nous accueillent avec un repas sympathique et copieux. Mais le temps est compté, il ne pleut pas, alors nous repartons, il est 13h50. 2h30 plus tard, après avoir parcouru les 80 km qui nous séparent de Bambari, nous traversons la 2ème ville du pays sans nous arrêter, vu qu’il n’y a plus de gasoil depuis des semaines. Le temps est clair, nous visons Alindao comme point d’arrivée ; ce sera le cas à 18h30. Nous arrivons à l’évêché, où nous attendent les Abbés Nestor, Alain, Philippe, et Célestin Damba, avec qui j’avais partagé les préparations et célébrations des ordinations diaconales et presbytérales au cours de l’année 90 -91. Quelle joie de nous retrouver après tout ce temps ! je suis fourbu, et m’endors rapidement après le diner.

Vendredi, 5h40 : top départ ! Le brouillard est peu épais, le jour se lève, il a plu un peu pendant la nuit. Nous prenons la route, et faisons une courte halte à Kongbo afin de déposer du courrier, puis arrivons dans une zone très boueuse, réputée pénible à franchir : et c’est le cas pour le car Bangassou - Bangui qui porte le doux nom de « Merveille » : les passagers en sont tous descendus, et pendant que les femmes et les enfants s’assoient sur le côté de la route (autant dire du chemin !) les hommes s’activent à préparer le passage du véhicule en cherchant des pierres et en abattant des arbres, afin de boucher les trous et solidifier un peu le sol ! Je ne sais à quelle heure et dans quelles conditions « Merveille » a franchi cette zone, sachant qu’il y en a d’autres à suivre aussi catastrophiques. A 8h, nous traversons Dimbi, où ont fleuri les panneaux signalant « achat de diamant ». Un avant gout de Nzako, sans doute ! Sur la route dégradée, nous croisons nombre de gens de tous âges qui se rendent aux champs, à pied, avec le vélo et même parfois un âne ! 8h40 : entrée dans Kembé après 3h de piste et 110 km parcourus. C’est la pause bien méritée à la paroisse : les sœurs Comboniennes nous accueillent avec les abbés Lézin et Saturnin que j’avais connu à l’aumônerie Jean-Paul II de Bangassou : un prêtre diocésain qui n’est pas passé par le classique circuit Petit puis Moyen Séminaire avant d’entrer au Grand ! Quelle joie de nous revoir : il était à discuter avec les militaires de la barrière d’entrée quand il m’a vu à l’arrière dans la voiture et m’a dit « c’est Chidaine, ça ! » On est tombé dans les bras l’un de l’autre. Le petit dèj est bien agréable, et nous repartons à 9h30 pour avaler lentement les 130 derniers km qui nous séparent de Bangassou ; petite halte aux chutes de Kembé pour quelques photos, arrêt à Gambo pour saluer les paroissiens et entrée à Bangassou vers 13h30 !

Quelle émotion intérieure, et si difficile à partager ! Je retrouve avec joie Mané, les Courde, Ana, et salue les abbés Fidèle et Clotaire Gbaya, curé de la cathédrale que j’avais connu petit séminariste ici, et avec qui j’avais passé des vacances mémorables chez lui à Ouango avec Alain, après Pâques 1990. Après le déjeuner, je m’installe dans la nouvelle maison « case de passage » où vivent les Courde, puis après une bonne douche, j’arpente le quartier, et retrouve immédiatement des visages connus : ces petits « Aita-Kwe » d’il y a 16 ans sont devenus des hommes et des femmes ! Certains ont des enfants, travaillent ou vivotent, vivent ici alors que d’autres sont partis ailleurs ; et quelques uns sont déjà auprès du Seigneur. C’est de tout cela dont nous parlons depuis 2 jours, au fur et à mesure des retrouvailles chaleureuses à la cathédrale et dans les quartiers que je redécouvre. Samedi matin, après la messe, Jean et Thomas Balipio m’aident à remonter mon VTT soigneusement démonté par Fred, et se sont les premiers tours de roue avec Koudousse, alias Jean-François, qui nous a rejoint. 1h30 passé au cyber catho flambant neuf, œuvre de Mgr, et je suis à jour dans le courrier électronique ! Dans l’après midi de samedi, je vais saluer Valéry, Augustin, Estève qui partagent avec d’autres une coupe de kangoya. Tant de monde à saluer, tant de nouvelles à partager ! Je suis marqué par le fait que nombre d’entre ces jeunes n’ont pas un travail fixe et rémunérateur. On « bricole », on fait le « trafic » (on vend ça et là diverses choses achetées ailleurs) telles sont les expressions employées.

A 18h30, le portable sonne : Papa et Maman sont à l’autre bout ! Quelques nouvelles, ce qui fait toujours plaisir, échange simple et sympa en famille.

Soirée rugby devant la télé, grâce à une grosse parabole et son décodeur: la France remporte le quart de finale contre la Nouvelle Zélande 20 à 18 ! Une belle 2ème mi-temps nous a réjouit !

Ce matin dimanche, messe de rentrée de la paroisse cathédrale : chaque Communauté Ecclésiale de Base (CEB)  apporte des offrandes conséquentes, légumes et animaux (canards, poulets,) vivants (ça se conserve mieux ainsi !) et Clotaire préside d’une main de maitre cette célébration qui rassemble une foule immense dans et hors de la cathédrale. Danses, chants, prières se succèdent en sango, mes oreilles enregistrent petit à petit ! C’est à la fin de la messe que le curé me présente, et un tonnerre d’applaudissement répond à son propos. Je remercie, en sango, toute l’assemblée, et retrouve à l’extérieur d’autres visages connus, qui ont tout comme moi un peu changé, mais pas tant que ça : c’est le cas pour Rodrigue, cet enfant d’alors, Aita Kwe comme tant d’autres, qui n’est jamais allé à l’école et qui, aujourd’hui, « bricole » plutôt bien entre les marchés des différents villages de la région. La fête se poursuit sur le terrain de foot du séminaire, c’est alors que les petits séminaristes de Bakouma viennent se présenter : la conversation s’engage, ces 7 gars là sont très sympa.

Après le déjeuner précédé d’un apéro international (pastis-pineau-saucisson-comté-tortilla-magret), sieste et tour en vélo : visite à Bangondé dans la nouvelle communauté des sœurs Franciscaines, puis quartier Banguiville pour suivre le match de foot où s’affrontent 2 équipes locales. Nouvel arrêt autour d’une coupe de kangoya, puis diner chez Michel Balipio. Il est 21h42, le groupe électrogène est éteint depuis un quart d’heure, je vais me coucher !

Lundi 8 octobre, 18h20

Je viens de prendre une douche reconstituante après 38 Km en vélo sur la route de Bangui ! À 14h15 en effet, j’ai enfourché mon VTT direction Gbando, pour rendre visite aux chrétiens de cette chapelle chère au cœur de Papa et Maman. C’est sûr que j’ai fait sensation auprès de nombre de gens rencontrés, salués d’un signe ou d’un mot, le long de ces 17 km ! À la barrière de gendarmerie déjà, à la sortie de la ville, la discussion s’engage : c’est toujours bon de se faire connaitre ! Et quand le chef de contrôle, fusil en bandoulière, demande à essayer mon VTT, je ne me fais pas prier ! La barrière franchie, en route pour 15 km ! La route est agréable, encore humide par endroit, mais ça ne gêne pas la circulation des cyclistes transportant des fardeaux divers : sacs de manioc, bidons d’huile de palme, bois de chauffage, tuiles neuves (se sont des sortes de plaques d’un mètre constituées de longues feuilles fines cousues entre elles, et qui sont utilisées en guise de toit, comme des tuiles) et bien d’autres choses de commerce. Parfois la discussion s’engage avec ceux que je rattrape, moi qui n’ai qu’un petit sac sur le dos. Arrivée à l’église St Joseph de Gbando, quelques femmes s’apprêtant à prier le Rosaire m’accueillent avec beaucoup de joie ! Après quelques photos, nous prions ensemble une dizaine du chapelet, puis je poursuis mon chemin accompagné de Valentin qui m’emmène 2 km plus loin, de l’autre côté du Mbari, où habite Alphonse, le catéchiste. Toute la famille se rassemble, les voisins s’invitent, la concession se remplit d’enfants, de jeunes et d’adultes ! Tout le monde veut être pris en photo !!! Il me faut faire preuve de patience et de diplomatie pour expliquer que tout le monde ne pourra pas être ainsi enregistré dans l’appareil. L’heure avance, il me faut reprendre la route pour ne pas me faire surprendre par la nuit ; 16h15, c’est encore bon, mais il ne faudra pas m’attarder en chemin ! J’arrive à la barrière de gendarmerie à 17h10, et traverse le quartier Maliko, et arrivé au carrefour de la station Total qui mène à la cathédrale, j’engage la discussion avec 4 hommes de la police municipale sur la raison de ma présence ici. Puis je m’arrête au petit Séminaire au se termine le match de foot.

Mercredi 10 octobre, 14h15

Après une courte sieste agréable, troublée quand même par les aboiements intempestifs d’Oreillas, le chien gardien de Marcella, me voici de retour sur ce carnet de bord. La matinée de lundi avait été un temps de visite de l’école primaire catholique Antoine-Marie où travaille toujours et encore sœur Thérèse, de St Paul de Chartres : 47 ans de présence active ici !!! Puis, toujours avec Mgr et Patrick et Marie-Do, nous sommes allés à Bangondé. Le centre des lépreux a changé de « vocation » : il accueille aujourd’hui beaucoup de malades du SIDA ; on y trouve aussi le laboratoire d’analyse des selles et le dentiste qui sont autant de facilités offertes aux patients qui viennent de loin pour une consultation ou une hospitalisation. Aux 6 bâtiments que compte le Centre s’ajoute le bloc opératoire en construction dans lequel Mané investit beaucoup d’énergie pour que jaillisse l’électricité. Je reste marqué par le poignant dialogue entre Mgr et cette maman mourante à cause du SIDA qui lui demande de prendre soin de son enfant. Ce petit de 10 ans va rejoindre l’orphelinat où il sera pris en charge par  les sœurs franciscaines de Montpellier. Ils sont 150 dans l’orphelinat Mama Tongolo, du prénom traduit en sango de la maman de Mgr Aguirre Stella, étoile. 800 autres orphelins sont accueillis dans des familles et suivis, pour les frais de scolarité et autres, par le diocèse.

Mardi matin, rencontre avec Théo, père spiritain procureur (=économe) du diocèse ; avec lui nous débroussaillons quelques questions financières et techniques, puis je prends possession de ma voiture, un Toyota Land Cruiser PZJ 75 tôlé, inscrit pour 11 places assises. Mis en circulation il y a 14 ans, il a été bichonné par Théo, qui me le laisse en me disant que c’est un peu de son cœur qui s’en va ; mais c’est LE véhicule adapté pour la route de Nzako. Après avoir été sur Internet pour lire les mails et répondre à quelques uns, j’ai déjeuné au Petit Séminaire avec l’ensemble des abbés du diocèse venus à une rencontre de 2 jours avec leur évêque. Première prise de contact avec les uns, retrouvailles avec d’autres, c’est un bon moment qui se renouvellera le soir même et ce mercredi midi. La viande de mardi, c’était ce que les abbés et bien d’autres appellent non sans humour « du cousin », autrement dit du singe ! C’est fort en gout, c’est excellent, tout simplement.

Après une courte sieste, je prends la route de Gbando avec, à mon bord, Michel Balipio et 4 petits jeunes : Térence, Isaac, Cyrille et Martial. A notre arrivée, la communauté catholique est rassemblée pour vivre avec moi ce qui reste mémorable  à plus d’un titre : la messe dans cette chapelle St Joseph, et pour la première fois je préside en Sango ! Aux dires des paroissiens, je me suis bien débrouillé ! Quelle fête, cette Eucharistie ! Les adultes, les jeunes et les enfants, soit environ 70 personnes, vivent avec recueillement et joie la rencontre qui se termine par une inévitable séance de photos. Et Paul, ancien conseiller responsable de la paroisse, a ressorti des photos du repas festif partagé ici il y a presque 17 ans dans ce lieu. Et ce n’est pas sans émotion que j’ai revu Papa, Maman et aussi Grand-père sous la paillotte en train de partager la boule de manioc avec l’abbé Paul. Nous revenons à la cathédrale à la nuit tombante, après avoir embarqué une femme déjà « très » enceinte et son autre fils à déposer au quartier Tokoyo, et 70 KG de farine de manioc à laisser au quartier Maliko. La soirée est courte : fatigué et heureux,  je m’endors à 20h45 !

Ce matin, j’ai été à l’aérodrome de Bangassou pour attendre l’avion des Missions piloté par Bas ; nous chargeons le matériel dans les voitures de Théo et moi, et regagnons Bangassou.  Je profite de la fin de matinée pour envoyer le Mail « Bangassou n°4 » puis descends au Petit-Séminaire.

Jeudi 11 octobre, 14h45

Je  sors de dessous ma moustiquaire ! J’ y étais depuis 14h…La sieste reste un bon moment, nécessaire aussi parce que les matinées sont longues et très vite remplies de tout un tas de petites choses qui occupent bien tout le temps ; ce matin par exemple, lever à 5h30, office du matin à la cathédrale avec les prêtres et religieuses à 5h45, messe à 6h00, animée ce matin par les petits séminaristes, et qui est célébrée en français comme chaque jeudi. Clotaire m’a fait la joie de pouvoir la présider. A 6h45, petit déjeuner à la maison de la cathédrale, puis j’ai réglé diverses questions concernant le départ pour Bakouma : l’argent pour le mois, quelques achats dans les marchés de Tokoyo et centre-ville que j’ai rallié en VTT, ce qui engendre chaque fois de courtes ou longues discussions avec les passants et les commerçants. A 10h15, je vais faire le plein de gasoil à la pompe de la ville, pompe manuelle bien évidemment, puisqu’il n’y a pas d’électricité. Alors que je rentre, Mgr Aguirre m’invite avec Ana pour le café, qui est agrémenté de charcuterie sortie des caisses de matériel électrique de Mané  (!) puis à 10h45, je file au Cyber-catho pour une heure de mails à lire, à répondre, à envoyer…  c’est un  moment que j’apprécie, mais que peu de gens peuvent s’offrir compte tenu du cout : 1000 Francs, c'est-à-dire 1€50, ce qui correspond ici au salaire d’une journée de travail. A 12h, j’achète sur le tout petit marché de devant les écoles des torsades de pate d’arachide grillée et des petits sachets d’arachides enrobées de sucre ; il faut cela pour la route, demain ! Déjeuner à la maison cathédrale avec les coopérants, les abbés, les frères, l’évêque : 16 personnes à table, de tant de nationalités et de vocations différentes, quelle ambiance ! Après le repas, Michel Balipio le catéchiste principal de la paroisse m’emmène au cimetière pour prier quelques instants avec lui sur les tombes de sa femme et de son grand fils Nicolas, ainsi que celles des abbés Victor et Paul ; Paul Mbougo était le curé de la cathédrale quand j’étais ici, c’est avec lui entre autre que j’ai partagé ces deux années. Il est décédé en février 2000.

Dans la pièce voisine, Ana, avec Patrick et Marie-Do prennent leur première leçon de sango avec un enseignant proposé par Mgr Aguirre. Du courage, cette langue s’apprend vite ! Frère David vient de me rendre visite : le dentiste de Bangondé est en panne de produit anesthésiant, je vais essayer de passer commande par mail auprès de dentistes que je connais.

Voici les premières pages de mon carnet de bord !

 

 

 

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Commentaires

Bonjour Michel,

 

Voilà bien longtemps que nous ne t’avons pas donné de nos nouvelles. Alors tout d’abord nous souhaitions Brigitte et moi te souhaiter un joyeux Noël 2008, plein d’espérance et de joie pour toi et ta paroisse.

Tu nous étonnes toujours par ton engagement total et avons beaucoup d’admiration pour ce que tu fais. Nous allons te donner quelques nouvelles de notre famille. Tous nos enfants vont bien. 3 sur 5 vivent de leurs propres ailes. L’ainé, Guillaume,  est à Paris dans une société d’import export,  Nadège, notre fille qui était partie au Burkina Faso avec son mari Matthieu, est revenue en France en août après avoir accompli leur engagement. Ils ont vécu une expérience forte qui leur a beaucoup plu. Malheureusement ternie par une fausse couche en février dernier. Depuis septembre Matthieu poursuit sa thèse en chimie et ma fille est professeur stagiaire  de physique en Math Sup à Janson de Sailly. La bonne nouvelle c’est qu’elle est à nouveau enceinte et que cette fois ci tout se passe bien. Nous devrions être grands parents en mai prochain. Notre 3ème Sébastien fait un Master 2 à Paris après son école de commerce, Loïc que tu connaissais un peu (en prépa) travaille depuis mars comme ingénieur Bâtiment. Il va se marier en juillet 2009 à notre grande joie. Enfin Alexandre, notre dernier, est en seconde à Fénelon et tout se passe bien pour lui.

Brigitte est toujours prof de maths au collège de Beaumont et moi j’ai mon entreprise de constructions modulaires, rachetée en novembre 2006. Les 2 dernières années se sont bien passées, mais la crise économique dans laquelle nous nous trouvons n’augure rien de bon pour 2009. Mais on en a vu d’autres !!!

L’équipe END poursuit sa route avec comme conseiller spirituel Jean René Chaize de la paroisse de Beaumont. Les enfants de certains qui posaient quelques problèmes aux parents retrouvent des itinéraires plus classiques au grand soulagement de leurs parents. L’aîné des Chambas s’est marié et a trouvé un travail stable, celui des Dettviller a également trouvé un travail stable (dans la création des sites Internet) et ses relations avec ses parents se sont grandement améliorées. Un gros problème est cependant arrivé : Guillaume et Sylvie Gindre se sont séparés. Nous avons été vivement surpris et grandement peinés. Sylvie est retournée à Lyon d’où est originaire sa famille, Guillaume lui est resté à Clermont où il travaille dans une clinique privée.

En ce qui nous concerne, nous poursuivons notre engagement dans les END, nous sommes foyer de liaison pour la 4ème année. Nous avons fait Brigitte et moi une retraite très intéressante dans le Cantal à la Pomarède pour préparer Noël et sur la Parole de Dieu en novembre dernier. Elle  nous a fait beaucoup progresser spirituellement.

Nous voulons te redire toute notre amitié et sommes très heureux d’avoir de tes nouvelles particulièrement riches  par ton blog.

 

Bonne continuation,

 

Très amicalement

 

Brigitte et Marc Delannoy

mb.delannoy@aliceadsl.fr

Commentaire n°1 posté par Delannoy Brigitte et Marc le 24/12/2008 à 15h58
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