Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 18:31

 

DIMANCHE 16 DECEMBRE, 13h35

 

C’est de Zacko que je poursuis la rédaction de mon carnet de bord ; je suis dehors, à l’ombre d’un acacia, il fait 31°, le temps est sec, c’est la saison qui veut ça. C’est la première fois que j’emmène mon ordi ici. Il faut dire que 2 semaines sans lui, ça m’aurait paru long, surtout quant à la rédaction du carnet ! C’est d’ailleurs pratiquement la seule raison pour laquelle j’allume l’ordi.

Je suis arrivé ici mercredi 12, en voiture, avec à mon bord une quantité telle de matériel que je me demande encore comment tout ceci est rentré dans l’auto, avec en plus des passagers ! Ecoutez plutôt : un congélateur fonctionnant au pétrole (soit dit en passant, il ne fonctionne pas encore bien, j’ai vraiment du mal à le garder allumé, et j’ai les doigts qui sentent le pétrole en permanence…) il y avait dans cette même voiture un lit deux places, certes démonté mais volumineux tout de même, il y avait son matelas, il y avait une étagère (même remarque que pour le lit) et aussi ma grande cantine pleine de bazar, deux guitares électriques faites main pour la chorale de Kono, deux VTT, et des passagers avec leurs affaires. Il y avait une femme de Zacko qui rentre chez elle après un long temps d’hospitalisation à Bakouma, et deux Blancs : Blandine et Benoit. Ces deux lascars me font l’honneur d’être mes premiers invités français à Zacko ! Blandine est coopérante DCC depuis un an, elle enseigne au collège St Pierre Claver de Bangassou. Benoit est un de ses amis grenoblois venu la visiter pendant ce mois de décembre. Arrivés à Bakouma lundi avec Gaétan rentrant de la prise d’habits de Marcella à la cathédrale dimanche 9 décembre, ils viennent découvrir la région. Avec eux nous avons visité mardi le site archéologique de gravures rupestres de Lengo, PK 10 de Bakouma vers l’Est, et pris la route ce mercredi pour Zacko. Ils sont repartis en VTT hier pour Bakouma ; j’espère que tout s’est bien passé pour eux au long de ces 60 km de mauvaise piste. Je crois qu’ils ont été très contents de leur séjour. En tout cas pour moi, ce fut un plaisir de les accueillir ; on a visité jeudi avec Roger Kowoli le grand chantier de diamant et celui de l’or, puis Fungu. Le soir, on a diné chez Roger et Angèle. Vendredi, ils m’ont accompagné à Bamara. Pendant qu’ils visitaient le coin (cascade où Benoit s’est baigné, source, chantier, village) j’animais pour la première fois ici une rencontre de parents demandant le baptême pour leur bébé. Ils seront 9 à être baptisés dimanche 23 décembre lors de la première messe célébrée à Yanguchi, dans cette chapelle tout neuve que les gens ont absolument tenu à placer sous la protection de  « Saint-Michel ». Je suis un peu gêné par cette décision certes réfléchie entre eux, mais qui atteint quand même mon humilité. Je tacherai d’être à la hauteur de leur choix. Cette réunion des baptêmes s’est très bien passée pour moi, et pour tout le monde, je crois. Parce qu’en plus des parents et parrains marraines, il y avait dans la petite église tout un tas de gens venus écouter ce qui se disait : des enfants de CE, qui n’étaient pas encore en cours, des anciens, des jeunes, des amis des baptisés, près de 60 personnes se sont assises à l’ombre du toit de paille de leur église pour trois heures d’échange et de réflexion. Un des thèmes suscitant des questions est celui des manières de célébrer le baptême dans les différentes églises chrétiennes, qui sont légion ici ; « et pourquoi certains refusent le baptême des bébés ? » ; « et pourquoi certains rebaptisent-ils si on entre dans leur communauté en venant d’une autre église chrétienne ?» je suis rentré heureux de cette matinée à Bamara. L’après midi a été consacrée à la mise en marche du congélateur… sans grand succès ; pour les bières fraiches, prévoir un délai ! En soirée, bien éclairés seulement par la lune qui n’en est pourtant qu’à son premier quartier, nous avons longuement discuté tous les trois. Blandine et Benoit sont repartis en VTT hier matin vers 6h30, à la fraiche. Ces 5 jours avec eux à Bakouma et ici m’ont fait grand plaisir, j’ai vraiment aimé partager ce qui se vit ici, en étant avec eux sur le terrain ; j’attends avec impatience la rencontre de Rafaï !

Après leur départ, j’ai animé avec Benjamin, le chef catéchiste, la rencontre des parents dont les bébés seront baptisés la nuit de Noël ; ils sont 26 ! On en reparlera après l’évènement. Cette matinée dans l’église de Zacko fut là aussi très intéressante ; ce fut comme une grande catéchèse sur le sacrement en lien avec les autres sacrements de l’Eglise. L’après midi, comme chaque 15 du mois, Conseil Paroissial. La rencontre a été longuement consacrée à l’écoute d’un couple marié dont la situation s’est dégradée : convoqués par le Conseil, ils sont tenus de s’expliquer devant l’ensemble des membres présents, 35 personnes. Ils répondent aux questions des membres, s’expliquent sur tel agissement connu des voisins. Je ne suis pas habitué à ce genre de formule ayant pour objectif de remettre le couple sur les rails. Le Conseil en ses membres élus par la communauté a un rôle certain, reconnu de tous. Ceux qui sont convoqués pour  s’expliquer sur un sujet ne peuvent d’ailleurs se dérober. Est-ce que les questions, touchant d’ailleurs parfois au plus intime du couple, ce qui peut surprendre (!), est ce que les conseils prodigués par le président, le responsable Justice et Paix, et par moi-même, auront un effet constructif ? L’avenir le dira. Le positif dans cette démarche, c’est que la communauté essaye d’aider celui qui s’est égaré. « Quand un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », écrit St Paul aux Corinthiens. La suite de la rencontre du Conseil a été consacrée à la construction du Bloc opératoire, ralentie à cause de changements dans plan prévu, suite à des remarques venant du Ministère Centrafricain de la Santé, et au chantier du presbytère, qui pourrait commencer un de ces jours. Pour ce chantier là, l’évêque s’est engagé à soutenir financièrement les groupements travaillant à la réalisation des briques et à la recherche de sable et de pierres. Il faut cependant veiller à ne pas démobiliser ces mêmes gens travaillant bénévolement pour le chantier du Bloc. J’ai apprécié qu’on y réfléchisse ensemble et de manière constructive (c’est le cas de le dire…).  Hier soir, fatigué, je me suis couché à 20h, et ai émergé ce matin à 5h30 pour achever mon homélie ; je n’ai d’ailleurs pas utilisé le texte que j’avais écrit, mais me suis appuyé sur la saynète que les scouts ont exécuté après la lecture de l’évangile, et qui concernait le ministère de Jean-Baptiste. Les gens ont beaucoup ri, moi aussi, et j’ai pu développer ce qu’est la vraie conversion du cœur, en ce temps de l’Avent. Après la messe, je me suis transformé en commerçant Lourdais proposant des croix, des médailles, des chainettes, des dizeniers, et le fameux calendrier jubilaire édité à l’occasion du 10è anniversaire de l’épiscopat de Mgr Aguirre ; « deux photos par page de chaque mois de l’année 2008, le tout 300 f, c’est pas cher ! » « non, je ne vends pas les pages séparément » « non, on ne peut pas discuter le prix pour le baisser, je suis intraitable (ou presque) » « oui, il y a l’abbé Gaétan en photo, et même le petit presbytère de Zacko ! » bref, c’est surtout l’occasion de discuter avec des tas de gens ! Il faut quand même que je vende les 450 que Mgr m’a remis, mais Noël approche, je devrais y arriver.

 

JEUDI 20 DECEMBRE, 19h40

Assis devant la maison de Zacko, au clair de lune, je me repose ! J’ai vécu une super journée sur la route du Nord : parti à vélo après la messe de 6h, en fait à 7h20, vu les « divers » à régler (« mon abbé » qu’ils disent ici avec affection, et ils ajoutent toujours un truc de dernière minute…) j’ai rejoint Yanguhoda vers 8h10, où j’ai salué quelques paroissiens, puis j’ai achevé la première partie du périple à Bamara, où j’ai passé la matinée entre rencontres et confessions des petits et des grands, des jeunes et des moins jeunes. Carte de baptême en main, ils entrent un par un dans la petite église où je me tiens pour les accueillir et les écouter au nom du Seigneur. Parfois, les situations douloureuses demandent que je m’attarde un peu. Il y a notamment tout ce qui concerne le mariage chrétien : tous ceux et celles qui vivent en couple, qu’il y ait ou non des enfants, sont exclus des sacrements tant que le mariage chrétien n’a pas été célébré. Cela ce comprend tout à fait dans la règle de l’Eglise qui précise, entre autre, qu’un sacrement en appelle un autre, qu’un sacrement refusé par le catholique empêche l’accès aux autres. Mais là où se pose le problème, c’est que chaque situation, certes particulière, trouve comme caractéristique commune que le conjoint ou la conjointe non catholique refuse le mariage religieux catholique, ce qui exclut automatiquement de tout sacrement le catholique pourtant en demande. Je ne vais quand même pas prêcher pour le divorce afin que le catholique libéré puisse se confesser et communier à la messe ! J’ai pris l’initiative, à l’occasion de la venue du Christ au milieu de nous et en nous, d’inviter chaque catholique à se confesser pour pouvoir communier à Noël, interpellant particulièrement ceux qui en sont exclus en temps ordinaire du fait de leur situation matrimoniale. Je décèle chez beaucoup une joie profonde d’être ainsi accueillis et nourris des sacrements. Ce vaste sujet fera surement l’objet de débats entre prêtres du diocèse. Après le café local et les beignets maison, vers 11h30 j’enfourche mon VTT et poursuis la piste ; j’arrive 6 km plus au Nord à Yanguchi, où m’attendent les paroissiens de la toute nouvelle chapelle dédiée à Saint-Michel… là encore, confessions en nombre, et échange sur le déroulement de la messe de dimanche, où s’enchevêtrent bénédictions des lieux et des objets, et baptême des bébés du secteur. Les éléments s’ajustent tranquillement, puis après la vente de croix et de chapelets dont je suis devenu un expert (plus dur en marchandage que moi tu meurs !!!), on nous amène 5 cuillères et une petite marmite de riz récemment récolté ici même. 5 personnes dont je suis (heureusement, parce que j’ai vraiment faim !) se regroupent autour de la petite table où est arrivée la petite marmite, et chacun plonge sans trainer sa grande cuillère pour se rassasier, en espérant qu’il en restera quand la bouchée aura été avalée ; à ce moment là, plus question de conversation, ce sont ceux qui parlent le moins qui en mangent  le plus ! Le dessert est un excellent extrait local de régime de bananes. Jules, le catéchiste catéchumène, me parle de son baptême qu’il peut enfin célébrer après 15 ans d’attente, puisqu’il vient de payer à sa belle famille la dote prévue lors de l’installation avec sa femme, elle aussi catholique et déjà baptisée. Je me réjouis avec lui, et l’assure de ma présence active à leurs côtés pour les accompagner. 14h30, il est temps de reprendre la piste direction Zacko, si je vaux m’arrêter en chemin et néanmoins arriver avant la nuit. Petites haltes à Bamara puis Yanguhoda, et j’arrive à Zacko vers 16h30 ; j’en profite pour traverser les quartiers du centre, où je me perds allègrement, ramené chaque fois sur le bon chemin par les gens amusés de me voir revenir par ces sentes qui séparent leurs maisons de celles des voisins. Arrivé à la maison, je trouve Aimé qui me ramène mon linge qu’il a bien voulu laver ce matin. Je me précipite à Fungu, et me délasse dans l’eau chaude où se tiennent une dizaine de jeunes et d’enfants. Nous échangeons sur divers sujets, puis je rentre, heureux de cette journée originale.

 

DIMANCHE 23 DECEMBRE, 20h10

 

Ces pages du carnet de bord risquent de vous paraitre être écrites dans un joyeux désordre, et vous n’avez pas tord ! Mais il y a une explication à cela : c’est le problème de l’énergie ; en effet, mon panneau solaire souple, qui ressemble à un tapis de sol, développe bien du 12 volts à la sortie, mais l’ampérage est trop faible pour que le convertisseur travaille en direct ; je l’ai branché à la batterie, et là même constat, la charge en volt dans la batterie est bonne, mais il manque surement la puissance nécessaire pour que le convertisseur s’active et charge l’ordi portable. Après avoir phosphoré autour de la question, j’ai emprunté le panneau solaire mobile « en dur » de la chorale, et j’ai rechargé la batterie de la maison, et aussi l’ordi grâce au convertisseur, et cela n’a posé aucun problème. J’apprends la patience, une fois de plus, et doit encore en user pour ne pas passer le frigidaire à pétrole par la porte (vu le poids, il faut être au moins quatre costauds !) je suis encore loin de vous accueillir avec une bière bien fraiche !

J’ai rédigé avec le peu d’énergie qui restait dans l’ordi la page concernant la journée du jeudi 20 décembre ; maintenant que c’est bien chargé, je reprends le fil.

Lundi, j’ai passé la matinée à l’école publique voisine, rencontrant le directeur et chaque maitre-parent dans sa classe, saluant les élèves, essayant de converser en français avec les plus grands. Depuis ce jour, nombre d’enfants de tous horizons me saluent en ville en m’appelant par mon prénom ou par mon nom, ce qui est vraiment plus sympa que « Mounjou, Mounjou ! » (entendez par là « le Blanc »). L’effectif, c’est vraiment le gros problème ici. 262 élèves en CE2, un seul maitre-parent, qui dit mieux ? Les CP sont 90, tous assis à même le sol. Ce ne sont que deux exemples dans cette école surpeuplée : 1126 élèves inscrits, un seul fonctionnaire de l’état et 6 maitres-parents salariés de l’association des parents d’élèves. Exercice de CE2 : Calculez le nombre d’élèves moyen par enseignant…. En vous en tombez dans les pommes ! Après-midi consacrée aux confessions et aux confidences jusqu’à la nuit tombante.

Mardi à 9h30, alors que j’étais une fois encore en train de confesser des paroissiens assis dans un fauteuil sous un arbre, arrivent en voiture Gaétan, Simplice, Gervil, Jean-Claude (laïc centrafricain volontaire pour la gestion et le soutien des groupements locaux d’action économique) et deux hommes travaillant à la paroisse de Bakouma. Dans la voiture, du contreplaqué, une boite de miel pour mon petit dèj, et mon vélo qui revient de son périple sur la route Zacko – Bakouma, piloté samedi par Benoit. C’est une joie pour moi de les accueillir, partager ce que je vis et échanger en langue française ; eh oui, y a pas beaucoup de moment où je converse en français au long des jours ; les seuls moments réguliers, ce sont en fait ceux avec le Seigneur, puisque mon bréviaire est en français. Pour le reste, c’est en sango au fil de la journée. Après le déjeuner, Gaétan et moi animons une rencontre avec l’ensemble des enseignants de l’école (7 personnes…) et le président de l’APE, l’assoc des parents d’élèves. Au menu, les chiffres, le fonctionnement, les bienfaiteurs comme Uramin, le montant qu’on peut remettre à chacun des maitres-parents… Vers 16h30, tout ce petit monde venu de Bakouma reprend la route. Je suis déçu que Simplice ne reste pas, il n’est d’ailleurs pas venu durant tout le séjour qui s’achève mardi 25 décembre. J’aurais aimé partager tel aspect pastoral avec lui, et aussi être là en soirée pour se détendre.

Mercredi, matinée confessions (encore ! eh oui !) puis après midi avec les membres de la Conférence St Vincent-de-Paul de la paroisse. Ils m’ont accompagné dans la visite d’une 15è de gens très pauvres de tous âges à qui ils rendent visite régulièrement tout au long de l’année. J’ai donc déambulé dans le dédale de la ville, serpentant entre les maisons, entrant dans une case, m’asseyant à l’extérieur d’une autre, avec chaque fois le même rituel : salutation, prière commune, parfois confession, et départ pour une autre rencontre ; c’est chaque fois un peu trop bref à mon gout, mais c’est une première approche. J’ai pu rencontrer des gens très âgés, parfois très seuls, des jeunes marqués par le handicap, notamment une famille dont le père est sans avant bras gauche (suite à accident), et dont les trois enfants sont sourds ou très malentendants. Je suis rentré heureux de ce temps consacré à la prière avec ces plus petits de la ville que le Christ rejoint par sa naissance même.

Jeudi, c’est écrit sur les pages précédentes….

Vendredi matin, ça ressemble fort à lundi mardi mercredi: rencontres et confessions… par contre l’après midi, je l’ai consacré en partie aux 20 enfants de l’ACE qu’on appelle ici Aïta-Kwe - tous frères -. Je leur ai donné de quoi réaliser une grande banderole de 5 mètres sur laquelle ils peuvent dessiner ce que leur dit Noël, le message de Jésus, etc. C’est joli, ce qu’ils ont fait aux cours des trois après midi jusqu’à aujourd’hui. Et puis, quelle joie pour eux de pouvoir dessiner, choisir une couleur parmi tous les feutres que j’ai obtenu à Bangassou. En fin de journée, direction Fungu pour un bon bain d’eau chaude !

Samedi, c’est comme vendredi !

Dimanche, alors là par contre, ça n’a rien à voir ! Aujourd’hui en effet, c’était l’inauguration de la chapelle de Yanguchi, appelée chapelle St Michel. Je suis parti ce matin à 6h05 en voiture avec deux Servants Hugor et Fabien, le catéchiste principal de Zacko Benjamin, un chef chorale Basile, et bien sûr quelques passagers profitant de l’occasion pour se rendre à Bamara. Deux heures plus tard, après une crevaison et deux arrêts au passage à Yanguhoda et Bamara, nous arrivons à la chapelle. Tout se met en place, on s’active, les deux servants sont très efficaces, les gens heureux de la fête qui se prépare. A 8h35, début de la liturgie dehors, avec bénédiction de l’eau puis aspersion de la croix puis de la cloche, avant de faire le tour de l’église en paille et en bois. Puis nous entrons (il faut imaginer quand même qu’il n’y a pas de murs, simplement des piliers en troncs d’arbres qui supportent le toit). Là, encensement de la foule, puis début de la messe proprement dite. Après l’Evangile, homélie puis célébration des 9 baptêmes, les premiers de mon histoire de prêtre en RCA ! Benjamin le catéchiste est précieux pour toute cette étape de la messe d’inauguration. Les chants sont bien menés, la foule est heureuse. On apprend d’ailleurs à la fin de la messe, au cours des annonces, que 196 têtes (en français dans l’annonce en sango !) sont présentes aujourd’hui. Le repas est simple : riz et viande finement grillée. C’est l’occasion pour moi de discuter avec tout un tas de gens, pendant que mes deux servants s’activent à tenir mon commerce d’objets de piété. Vendus 50 FCFA, les chapelets fluorescents ont eu beaucoup de succès aujourd’hui ! Vers 13h, après le café du kodro – entendez par là le café local -, nous reprenons la voiture pour parcourir en 1h30 les 24 km qui nous séparent de Zacko. Je souffle un peu et décide d’aller voir le match de foot au stade situé en plein milieu de la ville, puis enfourche mon vélo pour descendre à Fungu. Ce soir, Paul Sappaï, le Major du centre de santé, est venu me tenir compagnie, et discuter de choses et d’autres ; c’est la deuxième fois au cours de ce séjour, et c’est vraiment très sympa de sa part. il fait froid, si si, j’ai froid aux pieds, le petit vent d’Est rafraichit la nuit de pleine lune qui fait qu’on y voit presque comme en plein jour. Je vais me coucher, demain est un autre jour !

Je réalise à l’instant que le carnet de bord est l’autre moment de mon séjour où je parle français…

 

 


Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 03:54

bonjour à tous!
merci pour tous vos messages, nombreux et vraiment agréables à découvrir!
pour connaitre ce que je vis au quotidien, rendez vous sur le site admirablement bien tenu par des paroissiens et amis.  Claire A. m'a posé la question: Noël là bas (donc ici pour moi) ça se passe comment? alors je te reponds, à toi et à tous, et la réponse prendra place sur le site (merci les VW!).
Dans les jours qui précèdent, toutes les églises chrétiennes de Zacko préparent la fête: il y a l'église catholique dont je suis le curé, et 6 églises chrétiennes protestantes diverses, chacune ayant son fonctionnement personnel; je connais certains pasteurs de ces églises. Donc dans toute la ville, ça bouge! on peint les murs de brique des maisons et des églises avec une sorte de chaux blanche, on écrit joyeux noël, bonne année 2008, on peint aussi à la chaux au sol les pierres nombreuses qui sont là pour la décoration. les chorales répètent chaque après midi de 15h à 17h, avant que la nuit ne tombe et que le froid s'installe. CEEôté température, c'est plus de 30° le jour à l'ombre, et seulement à peine 15° la nuit. ça caille! et peu de gens ont des couvertures. Noël chez les catholiques, c'est aussi les confessions: presque tout le monde vient se confesser, des plus jeunes aux plus agés. Etant seul à Zacko, j'y ai consacré plus de 20 heures cumulées entre le lundi 17 et le lundi 24. cela représente des centaines de personnes. Pour certains, c'est bref, pour d'autres c'est plus long, notamment des jeunes et des adlutes en profitent pour partager un grave souci, demandent un conseil. Tout ceci se fait en langue sango, et comme j'étais pratiquement tout seul sur place, le seul moment où je parle français, c'est quand je prie le matin et le soir avec le livre appelé bréviaire, qui est en français, et quand j'écris mon carnet de bord. Tout le reste se passe en sango. Le 24 décembre, c'est l'effervescence dès 5h30, au lever du soleil: les gens arrivent avec machettes, houes, rateaux, scies, et nettoient les alentours de l'église, d'autres s'occupent de l'intérieur. Les scouts préparent le feu de camp pour l'après messe. les retardataires se pressent pour les confessions. Les enfants en club ACE 7-15 ans réalisent une banderole de 5 mètres de long pour décorer le choeur, les servants d'autel répètent les gestes de la messe, les danseuses, jeunes filles de 7 à 14 ans, répétent leurs danses dehors pendant que les choristes chantent dedans, il faut bien synchroniser, puisque les filles accompagnent presque tous les chants avec leurs danses superbes, qui se passent dans l'assemblée et devant l'autel. les parents des 27 bébés baptisés cette nuit sont convoqués à 15h pour l'ultime préparation de la messe, la réunion est sous la direction du catéchiste chef Benjamin.
A 19h15, les gens se pressent dedans et dehors; l'église est de tout façon bien trop petite, il y aura 300 personnes dedans, et autant dehors! mais comme les murs ne montent pas jusqu'en haut, on entend bien dehors ce qui se passe dedans. Il n'y a pas d'électricité, alors on amène un groupe électrogène et deux néons (en fait ça ne va pas fonctionner longtemps, tant pis, on continue à la bougie!) 19h35, c'est parti pour 2h45 de messe! eh oui! les danses, 27 baptêmes de bébés, tout ça, ça prend du temps! et ici, on le prend, c'est cool, et c'est pas mon sermon qui a duré beaucoup! Alors, parmi les prénoms des baptisés, je vous en dis quelques uns: Loïc-Jospin, Bénédicte-Sidonie, Prince-Héritier, Michel (déjà!), Gaétan, dont le frère de 5 ans s'appelle Valéry-Giscard-D'estain, Priscilla-Viva, Grâce-à-Dieu-Saint-Cyr, bon, voilà pour les plus étonnants!!!!! (et on ne se moque pas, s'il vous plait!) Après la messe, malgré le froid, la fête se poursuit autour d'un grand feu avec danses et scketchs des scouts. je me suis couché vers une heure du matin et levé vers 6 heures pour préparer la messe du 25 qui, sans les baptêmes, a quand même duré 2h15! eh oui, chants multiples et danses sont toujours au menu!!!
Côté vie de famille, il n y a pas la tradition des cadeaux, en plus les gens n'ont pas toujours l'argent nécessaire; quelques parents achètent une poupée ou une balle à leurs enfants, c'est tout. Pas non plus de grand repas, pour les mêmes raisons. on ne s'invite pas beaucoup ici, c'est même un peu surprenant, j'ai pensé que j'allais manger tout seul le 25. mais les 14 servants d'autel (enfants de choeur) se sont cotisés 250 fcfa (40 centimes d'€, c'est beaucoup ici, il faut ne pas oublier) pour acheter du riz et des singes, ils ont demandé à une maman de cuisiner tout ça, et m'ont invité, ainsi que les trois catéchistes de la paroisse centre Zacko. c'était très sympa, mais comme d'hab en Afrique, les adultes mangent séparement des enfants... en guise de dessert, une cannette de limonade gout orange qui coute 750 fcfa, 1€15, c'est une fortune ici. Et je suis parti pour Bakouma, la fête étant finie à 13h. j'ai offert à chacun des servants un ballon gonflable que j'avais reçu dans le colis venant de Clermont. c'est probablement leur unique cadeau de Noèl. la prochaine fois, je tâcherai d'anticiper, et de venir avec des petites choses sympas.
donc à 13h30 pile, j'ai démarré mon gros 4x4 pour parcourir les 60 km qui me séparent de Bakouma, j'y suis arrivé à 16h45... temps normal de parcours de cette piste défoncée. à mon bord, une dame agée et 4 femmes plus jeunes, dont trois avec des petits bébés: une vraie maternité ambulante, ma voiture!!! c'est d'ailleurs avec tout ce petit monde, et en plus deux collégiens de Bakouma repartant à Bangassou pour la reprise des cours, que je suis arrivé à Bangassou aujourd'hui mercredi 26 décembre à 13h, parti à 9h40. on a parcouru les 153 km en trois heures plus quelques arrêts, c'est le temps normal, la piste est bonne. Hier soir, arrivé à Bakouma, le curé Gaétan m'attendait, et avec quelques amis on a dégusté dehors au frais, à défaut de champagne, une bonne bière 33 Export (une bouteille de 70cl pour chacun, c'est déjà bien!), avec des arachides fraichement grillées: un grand moment de bonheur, !!!! Noël 2007, c'est donc bien différent de ce que j'ai vécu avec vous. En fait, il n y a pas grand chose qui m'a manqué au niveau matériel, mais ce qui m'a quand même manqué, c'est vous. heureusement, j'ai des photos, des mails, et puis je sais que vous pensez à moi. et moi je pense à vous!
je suis à Bangassou ce jour, je pars demain pour Rafaï, à 150 km vers l'Est (6 heures de route) pour fêter le 31 avec les coopérants de Clermont Hélène et Damien Martin-Prevel, avec les parents d'Hélène venus de Issoire (il parait qu'ils ont des cadeaux pour moi!) et Patrick et Marie-Do Courde qui sont coopérants à Bangassou; je fais la route avec eux. je reviens à Bangassou le 1er janvier au soir et y reste jusqu'au 4 ou 5 janvier.bonnes fêtes de fin d'année! faites suivre les nouvelles!
je vous embrasse     Michel
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Mercredi 5 décembre 2007 3 05 /12 /Déc /2007 21:50
 
 
Je suis heureux de pouvoir vous donner de mes nouvelles en ce temps de l’Avent!
Le ministère se passe bien à Bakouma comme à Zacko. Je suis revenu de Zacko ce dimanche, vu que le Nonce est venu nous rendre visite hier et aujourd’hui lundi 3 décembre. La semaine à Zacko était bien, les chrétiens travaillent beaucoup à la fabrication de briques à cuire pour la construction du presbytère dont les plans sont arrivés, les travaux pourraient commencer en janvier. On va voir pour le bloc opératoire, il y a des questions de normes d’ aménagement intérieur qui se posent. La tâche pastorale est passionnante, les gens sont trop  serrés dans l’ église de Zacko!! La venue du nonce était bien, ce fut une rencontre sympathique. 

J’ interviens cette semaine à deux reprises à Fadama (3km de Bakouma) au cours de la session trimestrielle des choristes de toute la paroisse (une institution ici!!!). 100 personnes sont rassemblées, je fais une conférence sur la messe (sens des étapes, contenu) et une sur Marie puisque c’ est le 8 décembre samedi. Le soir de Noël le 24 décembre, je célébrerai à Zacko à 19h30!!! Que soit vive notre communion!!! Il y aura environ 20 baptêmes de bébés au cours de la messe. Je vous transmets à tous mes vœux de réussite dans tout ce que vous entreprendrez au cours de cette nouvelle année. Le Christ naît patiemment dans nos cœurs, au fur et à mesure que nous lui laissons la place. Telle est bien la joie de Noël qui peut être notre joie!

                                                                                                Michel
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 17:49

           Chers amis d’Auvergne, de France et d’ailleurs,

Je vous écris ces quelques lignes avant de reprendre ce mercredi 14 novembre la route pour Bakouma puis Zacko. Cela se fera en étapes successives. Ce qui est prévu, c’est que je me rende à Zacko du 26/11 au 2/12, puis du 12/12 au 26/12 ; entre temps, je serai à Bakouma. Le Nonce Apostolique de Bangui, entendez par ce titre l’Ambassadeur du Vatican en Centrafrique, vient faire une visite de plusieurs jours dans le diocèse. Il arrive à Bangassou le 30 novembre, y reste le 1er décembre pour y vivre la fête nationale, puis vient à Bakouma le 2/12 après midi jusqu’au 3/12 après midi ! On va mettre les petits plats dans les grands !!! Je ne sais pas si on osera lui servir du cousin (pardon, du singe) ou du boa… Le Nonce poursuit son voyage par une journée à Rafaï le 4/12, puis retourne à Bangui via l’évêché voisin d’Alindao.

Ce matin mardi, j’ai passé beaucoup de temps à réunir tout un tas de matériel nécessaire aux maisons de Bakouma et Zacko, et au travail pastoral : panneaux de contreplaqué pour faire des tableaux de classe, serrures, clous, vis, des tissus pour la déco de Noël, un sac de 50 kg de farine, du dentifrice « Signal+ », des Tupperware (y a pas de vente à domicile !!!) 3 petits ballons de foot pour les écoles villageoises, des bouteilles de sirop et une de (vrai ?) pastis (à consommer avec modération, je sais !), une lime, du grillage anti moustiques pour les fenêtres, un sac de bonbons, un entonnoir…. Bref tout ceci est très hétéroclite mais bien nécessaire ! Il y a des éléments qu’on trouve à la Mission, d’autres qu’on y achète, d’autres qu’on achète en ville. Cet après-midi devrait être cool, mais l’orage menace, ce qui pèse comme une vraie menace sur l’ouverture du Cyber Catho dans normalement 10 minutes ; il va être 15h. Allons-nous entendre le groupe électrogène qui assure l’énergie dans ce lieu ? Je vous tiens au courant !

Ces journées de formation à Bangassou furent intéressantes pour moi, et pour les nombreux participants ; nous avons parlé formation des laïcs pendant les premiers jours : formation des acteurs et responsables bien sûr, mais aussi formation permanente de chaque chrétien sur les éléments fondamentaux de la foi catholique. Il s’agit de soutenir nombre de paroissiens qui ont du mal à dire autour d’eux leur attachement au Christ et leur engagement dans l’Eglise Catholique. Les après midi de ces journées furent des temps d’information sur divers sujets tels que la création du Collège technique St Joseph, qui vient d’ouvrir ses portes ; l’accompagnement des orphelins ; l’expansion du SIDA dans le pays (15 pour cent de la population infectée ici dans l’Est…) et les moyens de lutte, ainsi que les soins à apporter aux malades, ceux qui ont développé la maladie et les autres. Chacun de ces sujets retient l’attention des 60 personnes réunies, délégués des paroisses accompagnés de tous les prêtres et de toutes les religieuses du diocèse ; c’est donc pour nous, membres du clergé et des communautés, l’occasion d’une rencontre fraternelle. Je vous donne « l’état » du diocèse au sujet des prêtres, religieuses, religieux. Vous ferez par vous-même les conclusions qui vous semblent les plus justes.

Le Diocèse de Bangassou, c’est 65 000 km2, c'est-à-dire environ la superficie de Rhône-Alpes et Auvergne. On y trouve 365 000 hab environ ; il y a 9 (neuf) paroisses. 14 prêtres diocésains sur le terrain, dont trois Rwandais ordonnés ici et un français (moi) ; il y a 1 diacre en vue de la prêtrise. 3 prêtres sont Fidei Donum dans le tout nouveau diocèse voisin d’Alindao ; 6 autres prêtres sont étudiants en Europe, un est en paroisse à Rome. Parmi les 14 prêtres, 4 ont été ordonnés il y a plus de 10 ans, j’en fais partie.

Il y a 11 prêtres religieux et 2 frères religieux de diverses congrégations missionnaires, et qui viennent d’Afrique, d’Amérique latin et d’Europe. Il y a 23 religieuses dans 7 communautés, en provenance d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Europe. Il y a 21 grands Séminaristes, dont 5 en stage pastoral cette année.

La DCC, Délégation Catholique à la Coopération, a envoyé dans le diocèse 7 coopérants, dont Hélène et Damien Martin-Prével, de Clermont, qui sont enseignants volontaires bénévoles à Rafaï (voir votre carte, ou celle qui va arriver sur le site avec les prochaines photos !!!)

Vous le voyez, il y a peu de comparaison possible entre nos deux diocèses !!!!

 

Lundi soir, je suis allé vers 18h chez Arsène, un enfant de 10 ans scolarisé en CE1 à l’école catholique. Il vit seul avec sa grand-mère, veuve depuis longtemps. Il est orphelin de Père et de Mère. Ses parents sont tous deux décédés des suites du SIDA. Ils ont eu 10 enfants, seuls trois sont encore en vie, Arsène qui est donc ici et deux à Bambari chez une tante. L’histoire d’Arsène est malheureusement très, trop ordinaire ici. Ana, la coopérante espagnole DCC, travaille en collaboration étroite avec sœur Jeanne, Franciscaine et directrice de l’orphelinat ; pour cette rentrée scolaire, environ 1300 orphelins sont recensés, et soutenus financièrement partiellement ou totalement. Ana est en train de préparer un réseau de soutien avec l’Espagne. Elle établit la liste, rencontre les enfants et des membres de leur famille quand c’est possible, et fait des photos de tous ces petits.

 

Ces quelques jours à Bangassou m’ont permis de passer aussi de bons moments avec les 7 coopérants DCC ! Petits repas bien de chez nous et ballades ont rythmé ce séjour ; ça fait du bien de manger du saucisson et une salade avec des gésiers !!! Et puis, étant le seul Blanc dans la région de Bakouma, retrouver des compatriotes est un plaisir !

 

Nous allons entrer dans une nouvelle année chrétienne avec l’entrée dans le temps de l’Avent ; ce sera le 2 décembre prochain. Permettez-moi de vous souhaiter dès maintenant un Saint et Joyeux Noël ; je n’ai pas encore préparé mon homélie du 24 décembre (!) mais je pense que je vais prêcher sur cette parole d’Isaïe au sujet du Sauveur: « on l’appellera Prince de la Paix ». Il y a beaucoup à faire pour que demeure la Paix dans les cœurs et entre les gens. La date d’inauguration de la paroisse n’est pas à l’ordre du jour, parce qu’il faut du temps pour construire ; construire d’abord les cœurs des membres de la communauté à cette réalité qu’ils souhaitent ; construire aussi le presbytère, et le bloc opératoire que tant de gens de la région attendent. Et puis, il me faut faire le tour de toutes les équipes des mouvements de jeunes et d’adultes présents à Zacko, ainsi que les équipes d’accompagnement vers les sacrements. Et il y en a beaucoup ! J’ajoute à cela tout un travail de rencontre dans les différentes chapelles avec les paroissiens, afin d’encourager ce qui se vit, et faire des propositions.

 Bon, je viens d’arriver au cyber. L’orage s’éloigne t-il ? J’espère, pour qu’il y ait une bonne connexion !

Amitiés, encore saint et joyeux Noël, et rendez vous pour vous lire après les fêtes ! Je vous ferai parvenir des nouvelles via la boite mail de la phonie CB de Bakouma.                  Michel

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Vendredi 9 novembre 2007 5 09 /11 /Nov /2007 12:41

Bonjour à tous !

Je vous écris de Bangassou, après presque un mois vécu entre Bakouma et Zacko. L’accueil dans les deux lieux s’est évidemment bien passé ! Le curé de Bakouma est Gaétan, prêtre diocésain originaire du Rwanda, ordonné à Bangassou ; le vicaire des deux curés (Gaétan et moi !) est l’abbé Simplice, qui m’accompagne lors de mes visites à Zacko ; il connait bien le terrain, c’est facile avec lui d’entrer dans l’histoire locale récente. Le 4è larron est Gervil, séminariste en stage à Bakouma. L’équipe est très sympa, il y a une bonne ambiance ; on est à 3h de piste de Bangassou, si bien que nombre de gens de l’évêché viennent nous rendre visite pour se changer les idées ! Certains soirs, on regarde en DVD les chapitres de 24heures chrono saison 2, ça détend avant d’aller dormir. J’enfourche souvent mon VTT pour les ballades ou le ministère ; j’ai d’ailleurs fait sensation en arrivant dimanche 4 novembre en vélo à Bamara, chapelle située à 18 km au nord de Zacko ! Un murmure envahissait le village-rue au fur et à mesure de mon avancée au milieu des gens interloqués : « c’est l’abbé ! c’est le curé ! », ceci étant dit en sango, évidemment ! Simplice m’a aidé pour les premières homélies, afin que la forme soit correcte et compréhensible par l’assemblée. Pour le fond, je me suis adressé à l’Esprit-Saint, comme d’hab.  Zacko, c’est proche et loin de Bakouma : seulement 65 km, mais actuellement 3h30 de 4x4 haut sur pattes et qui malgré cela arrive parfois à racler le sol de cailloux ou de boue séchée. On est pratiquement les seuls à prendre la voiture sur cet axe, les gens circulent à pied la plupart du temps, parfois en moto, ou à vélo. Nombre de cyclistes sont des trafiquants,  c'est-à-dire des commerçants qui acheminent à Zacko des denrées achetées beaucoup moins chères 300 km plus au sud ; ces jeunes poussent leurs vélos surchargés et vendent leur cargaison avant de retourner sur leur vélo jusqu’au lieu d’achat de nouvelles denrées : huile de palme, manioc, ….la vie à Zacko est marquée par l’exploitation contrôlée du diamant, les collines alentour sont défoncées à la main, puisqu’il faut retirer jusqu’à 12 m de terre pour trouver les graviers dans lesquels se cachent les diamants. La paroisse est très vivante, et nombre de gens sont engagés ; il ne sera pas facile pour moi de trouver ma place dans ce lieu où les prêtres ont plutôt été de passage, ce qui a favorisé une forme d’autonomie locale avec ses aspects positifs, et d’autres moins ! Je suis basé à Bakouma, puisque le tout petit presbytère sans eau ni électricité de Zacko ne permet pas d’y vivre en permanence. Un projet de construction est en train de voir le jour, aux côtés du bloc opératoire. Je regagne Bakouma le 16 novembre, et ne reviens à Bangassou que vers le 27 décembre, après Noël. Vous pouvez m’écrire ces jours-ci, avant le 15/11, et sinon patienter pour que je vous lise ! Vous pouvez aussi m’envoyer une carte postale avec enveloppe, c’est sympa !

                                     Amitiés à chacune et chacun !          
                                       et bonne marche vers Noël !
  
                                                                              Michel                

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 07:42

LUNDI 15 OCTOBRE, 7h45

La journée qui commence ici à Bakouma devrait être calme (c’est lundi !) Je profite de ce début de matinée pour écrire quelques lignes, ou quelques pages de plus dans mon carnet de bord. Il faut dire que, depuis 3 jours, c’est un peu non-stop !

Retour sur les évènements : vendredi matin, après la messe et le petit dèj, Gaétan, Simplice, Gervil et moi chargeons nos deux véhicules, destination Bakouma. Dans mon 4x4, 18 sacs de 25 Kg de farine de maïs, don du Programme Alimentaire Mondial (PAM), pour les pauvres de Bakouma. On y met aussi divers bagages et 2 passagers, un jeune homme et une femme enceinte. Dans le 4x4 Pick-up de Gaétan, 10 sacs de ciment de 50 Kg, mes cantines, mon vélo, de longues planches et 2 passagers, dont le cuisinier remplaçant. Gaétan et Gervil s’installent dans le pick-up, Simplice et moi dans l’autre véhicule, dont je prends le volant. A 8h, le convoi prend la route ; l’arrêt à la barrière de contrôle est très bref, et nous prenons la direction de l’Ouest  (la route de Bangui),  sur 20 km, jusqu’à Lungugba où nous bifurquons à droite  pour piquer plein Nord. Vers 9h15, nous arrivons à Niakari où une petite halte à la paroisse me permet de découvrir la nouvelle église et l’école catholique en construction. Une fourmilière en pleine activité, ce chantier ! Sous la direction de Frère Raymond, constructeur de son état, des dizaines de jeunes s’affairent, qui à tailler des pierres, qui à préparer le ciment, qui à mesurer les longueurs de ces bâtiments qui émergent progressivement de terre. Nous reprenons la route qui est plutôt agréable, puisqu’on roule sans souci autour de 60 à 80 km/h dans les nombreuses lignes droites. Certains virages secs surprendraient si je n’avais pas à ma droite l’excellent copilote qu’est Simplice ! Ce n’est pas sans regret que, traversant l’un ou l’autre des villages qui bordent la piste, j’ai écrasé un petit cabri et une poule, Gaétan en est à 2 poules ; mais comment faire autrement sur cette route où un brusque coup de volant peut être fatal à tous les passagers et aux piétons ? De temps à autre, Gaétan s’arrête pour négocier une biche ou un singe fraichement tué par un chasseur sorti de nulle part et qui propose le produit de ses exploits ; mais il faut discuter le prix ! À 12h30, nous arrivons à Bakouma ! La paroisse est au bord de la piste, à l’entrée de la ville. Des paroissiens nous attendent, nous déchargeons les 2 voitures, le cuisinier se met au travail et à 13h30, nous passons à table. A côté de la maison des prêtres, le centre paroissial est occupé par une quarantaine de chefs et cheftaines du scoutisme catholique centrafricain ; tout ce petit monde est en formation pour 3 jours. C’est avec quelques-uns que je fais un premier tour dans la ville en milieu d’après-midi, découvrant des réalités contrastées : Uramin exploite l’uranium pour encore quelques semaines ou quelques mois, ce qui a généré pas mal d’embauche, mais il y a peu de retombées directes sur l’aménagement de la ville envahie par les hautes herbes au milieu desquelles émerge une case ou un petit quartier. La soirée est courte, je m’endors alors que les scouts s’initient à l’animation des plus jeunes.

Samedi, journée passionnante : c’est l’assemblée générale de la paroisse : le curé Gaétan réunit l’ensemble des responsables des mouvements, services et chapelles de la paroisse St André de Bakouma. Après la présentation de divers aspects d’ensemble, chacun présente joies et difficultés de ses responsabilités et de ce qui se vit là où il est engagé. 4 heures le matin et 2 heures l’après midi : ça me demande beaucoup d’attention, puisque tout est exprimé en sango. Je comprends à peu près tout, et l’abbé Simplice « mon » vicaire explicite à mon oreille ce que je ne saisis pas… mais j’ai du mal à trouver tout de suite les expressions qui me permettent de réagir. A 16h, la rencontre prend fin, mais la journée de travail est loin d’être terminée ! Gaétan m’avait demandé au petit déjeuner si j’acceptais de présider l’Eucharistie de ce dimanche ici à Bakouma ; un peu réticent au début, je me suis laissé convaincre. Mais il m’a fallu rédiger l’homélie… en sango ! Heureusement, Simplice s’est proposé de la relire et de corriger les erreurs. Après plus de 2 heures de travail personnel, j’ai donc présenté ma copie à mon compagnon de pastorale, et il m’a félicité pour la rédaction, ainsi d’ailleurs que pour le contenu. Le soir venu, j’ai envoyé un mail aux parents grâce à la phonie (le mail n’a bien voulu partir que le lendemain après-midi !), et j’ai commencé à me plonger dans le missel en sango. Après une nuit réparatrice, dès 5h30, j’ai continué à préparer cette première messe du dimanche présidée en sango. Simplice est venu m’encourager et m’assurer de sa disponibilité, et à 8h30 j’entrai « dans l’arène ! » Avec émotion, j’invitai la communauté à entrer en célébration ; l’église est pleine de gens de tous âges, et les chants sont repris en chœur par toute la foule. Après l’homélie que j’ai déroulée sans trop d’accrocs, j’ai béni les promesses de 4 nouvelles cheftaines. Après cette grande première, Gerville et moi, accompagné d’une tripotée d’enfants, avons accompagné les chefs scouts qui se sont rendus au quartier chez l’un d’entre eux, Christelle, pour un temps de chants et de danses. Nous rentrons pour le déjeuner, au cours duquel nous ouvrons une bouteille de vin mousseux « pour fêter ça » ! Ça, c’est ce premier dimanche en paroisse dans ce secteur où je m’enracine progressivement. L’après midi, j’ai enfourché mon VTT pour parcourir une vingtaine de km dans les alentours. Dans le village de Fadama, deux responsables m’invitent à en faire le tour tout en m’expliquant diverses réalités du lieu, notamment l’impact des chantiers d’extraction d’uranium dans le coin : il y en a deux autour du village. Sur la route – je pourrais dire le chemin--, je double un agent de sécurité et en croise deux autres qui m’expliquent qu’ils sont chargés du gardiennage des sites. Blousons noirs marqués « fox sécurité » et matraques à la ceinture, ils parcourent à pied les 5 km qui séparent Bakouma de leur lieu de travail. Sur ce même chemin, au retour, je croise des jeunes gars poussant des vélos surchargés de sacs de manioc et de bidon d’huile de palme. Ils arrivent de Ouango ou Béma, à 250km d’ici, et partent vendre ces produits à Zacko ; il leur reste encore 65 km à parcourir… ce gagne-pain est très pénible, j’espère avoir l’occasion d’en parler avec quelques uns. A mon retour, j’engage la conversation avec les 15 jeunes venus de Zacko pour la formation scoute. Ils repartaient ce matin, parcourant comme à l’aller à pied les 65 km qui séparent Bakouma de chez eux. Ils dormiront en route quelque part.

Soirée TV avec Gaétan après le repas : on regarde ensemble la première mi-temps de : Argentine -  Afrique du Sud sur TV5 Monde, puis le groupe électrogène ayant été éteint, nous échangeons près d’une heure à la lueur d’un tube néon 12 volts sur divers aspects de la pastorale du secteur.

Il est 10h15, et je termine seulement maintenant ces quelques lignes, ayant eu un long moment avec Simplice, ce qui nous a permis de faire un premier calendrier de visites du territoire de la future paroisse de Zacko ; désormais, nous dirons Zacko, c’est le nom officiel de cette ville que j’ai hâte de connaitre.

 

MERCREDI 17 OCTOBRE, 17h45

Il pleut, j’ose dire : enfin ! Ce n’est pas fort, tant mieux, mais c’est de la pluie. Depuis plusieurs jours, il faisait très chaud de 10h à 17h, sans air, c’était étouffant. La journée de lundi s’est déroulée dans le calme ; en fin de matinée, j’ai fait un tour au marché, accompagné de quelques enfants du quartier, et me suis arrêté dans la famille Mada ; la maman souffre de divers mots, je lui apporte quelques cachets de paracétamol, et promet de suivre la santé du petit de la maison, Parfait, qui n’est pas au mieux de sa forme. L’après midi, je suis allé en VTT à Lengo, à 12 km vers l’Est. Ce village est sur l’ancienne route de Bangassou ; la communauté chrétienne catholique y est très vivante, et à côté de l’église se trouve un jardin d’enfants financé par les parents, ce qui permet au maitre d’accueillir chaque matin 40 enfants sous la paillotte, tous assis sur des planches posées sur de vieilles briques face au tableau noir qui se remplit de règles et de problèmes de calcul, le tout en français. La petite église que je visite avec François le catéchiste est nouvellement agrandie, signe du dynamisme de cette communauté. Une douzaine de personnes préparent d’ailleurs leur Confirmation. Le retour se fait à la limite de la nuit, et le premier quartier de lune donne déjà beaucoup de luminosité. Vivement la pleine lune !

Mardi matin et après midi, j’ai emménagé dans le nouveau presbytère, dans un petit studio agréable et lumineux ; j’ai enfin déballé toutes mes affaires ; je me sens chez moi, en attendant de m’installer ailleurs un jour… ! À 17h j’ai présidé l’unique messe en français de la semaine, devant une petite assemblée constituée de jeunes et d’adultes ; j’ai parlé lentement, mais ne suis pas très sûr que tout ait été compris ; le Français reste quand même une langue un peu (trop ?) étrangère à beaucoup.

Le soir, après le diner au cours duquel les échanges furent très variés et très sympa, comme d’habitude, nous avons regardé le journal TV de la chaine camerounaise.

Ce matin, messe à 6h, puis petit dèj, et envoi d’un mail à Philippe et Patricia au sujet du colis à venir. Envoyer ce genre de mail relève d’un savoir faire hors du commun, et de technologies qui, mises bout à bout, finissent par donner un bon résultat ; mais la somme de fils, de raccords, d’appareils reliés ensemble, tout ceci ferait peur à plus d’un néophyte ! À droite, un vieux PC d’Espagne, au centre la phonie, à gauche le relais d’antenne sur lequel est posé le boitier décodeur permettant la transformation du texte en ondes qui s’envolent,  au choix vers l’Australie ou l’Afrique du Sud !!!! Et ça fonctionne, grâce à une énorme batterie qui assure l’énergie nécessaire pour la bonne marche des appareils. Ah ! Philippe, (par ailleurs marié à Geneviève !!!) vient poursuivre son travail sur mon ordi : faire la feuille de chants de la messe de dimanche. La fête promet d’être belle ! Et la messe promet d’être longue : il y a 14 chants d’offertoire… !

 

JEUDI 18 OCTOBRE, St LUC, 21h16

Je retrouve enfin l’usage de mon ordi ! Il faut dire qu’il est resté de longues heures entre les mains de Philippe, qui a pris le temps nécessaire pour taper près de 25 chants ; « et encore il y en a où je n’ai mis que les refrains », qu’il me dit ! Bon, mais tout ça prend du temps et, quand la batterie est vide, il faut attendre le démarrage du groupe électrogène pour poursuivre le travail. Je précise que la turbine installée dans la rivière est en panne depuis plus de trois mois, et plus aucun appareil mangeur d’énergie ne peut fonctionner : poste à soudure pour les vélos des trafiquants, machine à Hosties, ponceuse pour la menuiserie, plus rien n’est possible. Je sauve un peu la mise grâce à la perceuse sans fil utilisée chaque jour par les menuisiers, jusqu’à ce que les batteries soient vides… et on attend 17h45 et le démarrage du groupe électrogène. C’est ainsi que le quotidien côté technique est rythmé. Retour sur les trafiquants : rien à voir avec quelque commerce malhonnête : c’est le nom donné aux cyclistes qui transportent des marchandises de Ouango et Béma jusqu’à Zako. J’ai longuement parlé avec 5 d’entre eux hier midi : ils mettent 4 jours pour parcourir les 250 km avec leurs vélos surchargés ; ils dorment en route, sont parfois bien accueillis, parfois non, par les villageois du lieu où ils s’arrêtent à la nuit tombante ; ce soir, 2 d’entre eux dorment avec leur chargement dans la menuiserie ; là ils sont à l’abri, et l’eau est en quantité au robinet. Je tâcherai d’approfondir les questions de racket de certains militaires aux barrières de contrôle, et connaitre les sommes que les trafiquants gagnent réellement ; ce n’est pas très important au regard des efforts physiques énormes qu’ils font. Du côté des petites nouvelles, le mail est en panne, puisque l’ensemble s’est subitement « désinstallé ». La vétusté des appareils doit y être pour beaucoup. On a pu en avertir les confrères grâce à la phonie qui, elle, fonctionnait bien aujourd’hui. Quelle joie d’ailleurs d’avoir dialogué avec Damien qui est à Rafaï ! C’est la première fois qu’on échange ainsi depuis mon arrivée en RCA. La fête de dimanche se prépare, et il y avait même entrainement de foot pour les enfants cet après midi, sous la direction de Séraphin, le jeune et dynamique chef scout. (Dynamique associé à chef scout est un pléonasme, j’en conviens… Et une pensée pour tous ceux que je connais en France). J’ai participé à ce match de décrassage très sympa.

Ce soir, la feuille de chants, 2 feuilles recto verso en police 9, est enfin prête et tirée à 20 exemplaires avec l’imprimante ; eh oui, il n y a pas de photocopieuse, alors on s’organise autrement.

 

DIMANCHE 21 OCTOBRE 2007, 18h27

Repos ! C’est sans doute le terme le plus approprié, et ce que je souhaite aussi ce soir ! La fête paroissiale est terminée, la paroisse Saint-André de Bakouma est entrée dans une nouvelle année pastorale; le thème en est : « la formation », ou comment se former pour bien témoigner de sa foi en famille, au village, là où l’on vit. Depuis quelques jours, tout le monde s’affairait pour que tout réussisse. Seule incertitude, point commun de toute organisation humaine sur notre terre : la météo ; et elle fut catastrophique ! Jugez plutôt : après dix jours sans pluie, sauf quelques gouttes au cours de quelques nuits, les orages se sont réveillés samedi soir, et il a plu toute la nuit de vendredi à samedi ; ce matin, une accalmie se dessinant, Gaétan décide de célébrer dehors, sous le superbe hangar fait de bambou et de longues palmes fraichement coupées. Mais à peine l’homélie commencée, une pluie énorme s’abat sur Bakouma ; on a tout rapatrié dans l’église, trop petite pour la circonstance, évidemment ! Après 20 mn d’allers et venues  sous cette pluie battante qui crée de profondes rigoles dans le sol sablonneux, nous reprenons : Gaétan développe très simplement le thème qui va guider les réflexions des équipes d’enfants, de jeunes et d’adultes. Les gens acquiescent, réagissent, approuvent tout au long de l’homélie, courte par ailleurs. La procession d’offertoire ayant quant à elle duré 1 heure, la messe, commencée dehors à 8h30 s’est finie dedans à 12h30!

 

LUNDI 22 OCTOBRE, 10h30

Je reprends le clavier (et non pas la plume !) après une interruption liée aux activités de ce dimanche soir : prière des vêpres à 18h45 suivie du diner, puis soirée ciné chez Gaétan : 2h de 24h chrono, une série américaine dont Gaétan possède la saison 2. C’est un bon moment de détente ensemble, avant d’aller dormir !

Vendredi 19, diverses rencontres ont occupé la matinée et l’après midi : j’avais prévu de réparer la porte de la case de Michel, un pauvre vieux fatigué qui habite en face de l’église. Sa santé est aléatoire, Gaétan l’avait emmené la veille à l’hôpital où on lui a prescris un traitement anti palu et du paracétamol. En arrivant ce matin chez Michel, il était par terre, tombé dans son feu heureusement éteint ; je l’ai relevé et ai pris le temps de parler avec lui, puis une dame du quartier lui a préparé un petit repas reconstituant. A mon retour chez moi, les enfants attendaient pour que je leur prête un jeu de carte ; je leur ai appris quelques jeux tout en discutant de choses et d’autres. Pendant ce temps, des gens de plus en plus nombreux s’activent pour mettre au point la fête de dimanche : construction du hangar, répétition des chants, sous l’œil attentif de Gervil, dont les oreilles mélomanes souffrent parfois beaucoup… ! Les servants ont eu aussi leur réunion, et l’entrainement de foot avec les chefs scouts a pour but de motiver les jeunes troupes !

Samedi matin, j’ai continué de préparer divers écrits pour les rencontres avec les chrétiens de Zacko. Simplice est venu les corriger, c’est un réel soutien au moment d’entrer dans l’aventure ! j’ai aussi passé près de 2 heures avec Dieudonné, « notre » garagiste ; nous avons ensemble démonté une partie du groupe électrogène qui avait refusé de se mettre en route la veille. Verdict : le filtre a huile est bouché ; on le nettoie à l’essence, on le frotte avec ma brosse de rasoir électrique (qui sent maintenant bon l’essence !) et on remet le litre et demi d’huile. Et rien ne change : le voyant de circulation d’huile reste allumé. On revidange, on nettoie encore, et on décide, après avis de Gaétan, de perforer le filtre pour que l’huile circule enfin. C’est vrai quoi, il y a bien des moteurs qui fonctionnent sans filtre à huile, alors pourquoi pas celui là ???!!! Et maintenant ça fonctionne !!! Bon, promis, on tachera de racheter un beau filtre tout neuf la prochaine fois qu’on ira à Bangui, dans… ??? Ce n’est jamais qu’à 900km, soit 3 jours de piste ! Vers 14h arrivent enfin nos hôtes du week-end en provenance de Bangassou: l’abbé Fidèle a pris le volant d’une Suzuki avec sœur Ernestine, de St-Paul-de-Chartres, Marina, postulante dans cette communauté, et Ana, coopérante DCC.  Après le déjeuner, courte sieste puis départ pour le Camp de base d’Uramin situé à 7 km ; on a pu tout visiter, ou presque : les logements des chercheurs géologues, les espaces conviviaux, les étapes de l’extraction et de l’analyse de l’Uranium. Le chef de camp, un Sud-Africain, nous explique la technique de prospection : un quadrillage est établi dans tout la région, et à chaque croisement des lignes, tous les km environ, ils font un forage ; emboitant des tubes de 5 mètres les uns au bout des autres, ils descendent ainsi jusqu’à 120 mètres ou parfois plus, jusqu’à ce qu’ils atteignent le socle rocheux. Ils prélèvent des carottes du sol.

Pause ! Il est 11h30, je poursuis, l’ordinateur sur les genoux,  assis au bord de l’eau, vers la chute située à 2 km de Bakouma.  (ça vaut la photo !) Il faut dire que depuis 8h ce matin, je fais des allers et retours en voiture avec toute une équipe de gars sympas qui tentent de remettre la turbine en route. Et ce n’est pas une mince affaire : la bobine rénovée à Bangui a l’air de fonctionner, mais les rats ont entre temps dévoré d’autres câblages ; il faut les refaire, à la paroisse. Une pièce de fonte, découpée pour sortir la bobine, doit être ressoudée : nous nous rendons chez Sébastien Taki, un métis qui possède le poste à soudure nécessaire ; le premier essai n’étant pas concluant, on y retourne donc. Et on approche de midi, j’ai l’impression de ne pas avoir fait grand-chose ! Gaétan vient de me surprendre à l’instant, (il vient voir les ouvriers) et regrette de ne pas avoir d’appareil photo !

Suite de la visite à Uramin (!) : les carottes sont remontées puis classées, et ensuite ramenées au camp. Là des géologues les analysent, puis ces petits lots de terre, de couleurs très diverses, allant du gris à l’ocre rouge, sont ensuite séchés, déshydratés, dans des grandes pièces où la température monte à 1600° pour y repérer l’uranium. C’est une roche de couleur vert pâle. Selon la densité dans le carottage, on sait si on peut tomber sur un filon intéressant. Près de 160 personnes travaillent dans les différents lieux d’extraction ou au camp de base. On cause ici du rachat d’Uramin par Areva, mais nous n’en saurons pas grand-chose de plus que ce qui circule dans Bakouma…

A notre retour, nous faisons halte chez Mohammed, surnommé Baalbek, du nom du resto qu’il tenait à Bangui. Il est maintenant grossiste en produits divers, comme tous les Libanais. Il fait construire ici un nouveau dépôt, puis fera de même à Zacko. Là où vont vivre les gens, là vont les commerçants. J’apprendrai plus tard qu’il est aussi « dans le diamant ». Alors que, assis sous sa paillotte, nous savourons une bière, l’orage nous surprend. Nous rentrons rapidement en 4x4 à la maison sous des trombes d’eau. Le diner se déroule dans une ambiance très festive, avec au menu, du boa. Pour le gout, c’est comme au sujet du python, venez gouter sur place !  Puis on se regarde « Les infiltrés » ; à 23h, dodo pour tout le monde.

Dimanche à 15h, nos hôtes reprennent la route, et après une bonne sieste, je fais une heure de VTT avant de prendre une bonne douche, certes froide mais ô combien agréable ! Après le diner, je vais lire les mails des parents et des VW à la phonie ; Gaétan a réussi à réinstaller le programme qui était tombé en rade depuis plusieurs jours. Les nouvelles sont brèves, mais font toujours plaisir ! Le colis pour Frère David et moi se prépare à Clermont, c’est bon, comme on dit ici.

LUNDI 22 OCTOBRE, 17h40

Christophe vient d’allumer le groupe qui fonctionne parfaitement. Gaétan vient de me dire que la turbine est vraiment mal en point ; la solution, c’est sans doute de l’emmener à Bangui. Affaire à suivre ! A 14h30, j’ai envoyé 2 mails via la phonie et Winlink qui semble fonctionner correctement. J’ai déambulé dans l’après midi avec Denise Balipio, que j’avais connu jeune maman à Bangassou il y a 17 ans. On a discuté de choses et d’autres le long du chemin et chez elle. Au marché, j’ai entre autre retrouvé Séraphin le chef scout, qui m’a parlé de lui : orphelin à 2 ans, il est recueilli par sa grande sœur qui l’élève jusqu’au décès de son mari, il y a 4 ans. Séraphin est alors en Seconde au lycée de Bria. La scolarité s’arrête pour lui, et il travaille maintenant les matins à la fabrication de briques qu’achètent ceux qui veulent construire leur maison. Il est courageux et vit bien sa responsabilité de chef scout. Les enfants de Bakouma ont enfin repris le chemin de l’école, les cours du primaire commencent aujourd’hui. Les collégiens et lycéens vont à Bangassou, en tout cas ceux qui ont la chance de pouvoir le faire, parce qu’il faut qu’ils se logent, se nourrissent, et aient des conditions minimum pour travailler les cours ; beaucoup d’enfants, à la sortie du CM2, n’iront donc pas plus loin sur le plan scolaire. Autant le dire : leur niveau est vraiment très faible ; quel avenir peuvent-ils espérer construire, si ce n’est mener la même vie que leurs parents, à savoir entretenir la plantation familiale qui produit la subsistance nécessaire au long de l’année ? L’argent gagné par les adultes est si  marginal qu’ils ne peuvent avoir accès aux soins, ni financer l’école de leurs enfants, ni même simplement payer une place dans un véhicule qui les emmènerait ne serait-ce qu’à Bangassou pour voir des amis ou de la famille. Comment briser ce cercle qui enferme trop de gens dans la fatalité et n’ouvre aucun chemin d’espérance ?

 

VENDREDI 26 OCTOBRE, 17h45

Je suis de retour à la maison ! A la maison, c’est à dire à Bakouma ; c’est là qu’est ma maison actuellement. Ça me fait du bien de retrouver mes affaires, après 4 jours dans la brousse à Zacko et ses environs. Ce premier séjour avec Simplice dans la nouvelle paroisse fut vraiment passionnant : que de découvertes, que de visages, que de rencontres ! Heureusement, je prends rapidement quelques notes sur mon cahier au fur et à mesure, histoire de ne pas me perdre ! Dès notre arrivée à Zacko, des enfants qui nous attendaient à plus d’un km ont couru autour de la voiture jusqu’à l’église. Ils n’avaient pas trop de mal pour rester à notre hauteur : vu l’état de la route, on ne dépassait pas les 10 km/h… Sous les arbres des abords de l’église se tenaient un grand nombre de gens de tous âges venus me saluer. Nombre de responsables de la paroisse étaient venus malgré le fait qu’à 11h30, beaucoup sont normalement « au chantier », pour extraire le diamant. Quelques chefs scouts m’entrainent dans le village, que dis-je la ville ! Je découvre une bourgade où les maisons souvent faites en brique crue sont très rapprochées. Le marché est vaste, les gens nombreux. Les premières salutations s’engagent, les premiers mots pour leur dire que je suis le curé de l’église catholique. Ça me fait d’ailleurs intérieurement tout drôle. Après le déjeuner pris avec Simplice au presbytère, il m’emmène dans un lieu que je qualifie de magique : Fungu. Une source chaude jaillit au beau milieu des hautes herbes ! Quel bonheur de se prélasser dans ce bain naturel quasi bouillonnant ! Quelques enfants et adultes sont là aussi pour se laver et jouer. Nous restons près d’une heure allongés dans cette eau limpide et chaude, devisant sur divers sujets, puis nous remontons dans la ville jusqu’à l’église ; là, sous les manguiers nous attendent un bon nombre de responsables et d’acteurs de la paroisse. Après les présentations, plusieurs thèmes sont abordés à bâtons rompus : les mouvements, les chantiers en cours, la gestion, les idées, l’histoire des lieux… je remplis deux pages de notes avec tout un tas de noms qu’il me faut maintenant associer aux visages ! Vers 7h du soir, Aimé le paroissien gardien des lieux m’accompagne au marché où je dois acheter du gaz pour le réchaud, une casserole, et aussi deux bières (il faut bien fêter ça !) Et là, stupeur, il y a un monde fou ! Tout le monde est rentré du chantier et fait ses achats : les vendeurs et vendeuses sont encore plus nombreux qu’à midi, éclairés par une lampe à pétrole ou une pile, c'est-à-dire une lampe de poche. On se presse entre les étals de feuilles de manioc et autres légumes, de cigarettes, de pate d’arachide, de viande grillée, d’huile de palme, d’alcools locaux, de produits de beauté en tout genre, de faux médicaments, de boites de conserves, de bouteilles, ... sans oublier les échoppes des vendeurs de pièces de vélo qui permettent aux trafiquants de repartir sans souci, avec en poche l’argent de la vente des produits transportés sur ces mêmes vélos pendant des dizaines de km, depuis Ouango et Bangassou au Sud, depuis Zémio à l’Est, depuis Bria au Sud-ouest. Ces jeunes seront de retour ici dans une semaine environ, avec un nouveau chargement d’huile de palme, de manioc, d’alcool local (le nguli), tout ceci pesant un poids énorme. Vraiment, Zacko est bien plus vaste que je ne pensais, et combien plus animé que Bakouma et Bangassou.

Mercredi matin, 6h, première messe dans l’église St Joseph : il y a foule pour accueillir le nouveau curé et vivre cette messe : enfants, jeunes et adultes s’y pressent ; l’église est vaste, mais tout le monde ne pourra y rentrer. La chorale s’applique, les servants sont briffés, il me reste à bien prêcher : heureusement que Simplice est « passé par là » ! La matinée est cool, on déambule en ville, on s’arrête ça et là pour saluer divers paroissiens, boire un café ou un thé, déguster une banane. Après le déjeuner, je peaufine l’homélie du lendemain et reprends les rencontres ; mais tant de gens viennent pour se confesser qu’il nous faut nous mettre au travail, un Bic à portée de main. En effet, il faut noter sur la carte de baptême, dans le carré « confession » la date de ce jour où le paroissien vient vivre le sacrement… il nous faut aussi vérifier si la personne est à jour dans le versement du denier du culte. Ça surprend, quand on n’est pas habitué ! Au cours de la rencontre avec des membres du Conseil de paroisse, je me fais expliquer les comptes, et relis les comptes-rendus des dernières réunions mensuelles. Nous décidons de faire fabriquer des bancs pour l’église, et le secrétaire général est étonné que ce ne soit pas moi qui finance ; il me faut expliquer certaines choses (!) et je tiens à ce que ce soit prélevé sur la caisse paroissiale, d’autant plus qu’il y a de quoi payer le bois et les menuisiers.

Jeudi matin, après la messe de 6h que Simplice préside, départ pour Bamara (ce qui veut dire : Lyon, non pardon, lion !) Simplice prend le volant, comme d’habitude et parce qu’il a l’habitude de ces « routes », chemins défoncés par la pluie et n’ayant aucun entretien. 1 heure plus tard, après avoir avalé lentement les 18 km, nous entrons dans Bamara. Ce petit village de 682 habitants (c’est le chef qui me l’a dit) borde la route qui s’en va vers Bria. On y trouve donc des trafiquants, et dans le village des petits commerces, dont une boulangerie, artisanale bien sûr. L’église est à la sortie, nous y arrivons alors qu’une foule de paroissiens entonne avec la chorale des chants de bienvenue. Je suis très touché par cet accueil. Puis nous nous rendons sous une paillotte où se tiennent les responsables de la chapelle, le chef du village et le président de Justice et Paix venu avec nous de Zacko. La discussion s’engage sur un cas concret d’injustice : le chef de village a surpris un homme vendant des moustiquaires qui sont normalement destinées à être données ! Il en a averti le groupe local de Justice et Paix, a fait un courrier au maire de Zacko dont il dépend. L’affaire est compliquée par le fait que c’est l’infirmier chef du dispensaire de Zacko qui est derrière tout ça. Mais qu’importe, il faut agir. Affaire à suivre, donc. Les échanges sur divers sujets se poursuivent jusqu’au moment où une personne lève la main et dit : « vous savez qu’il y a une nouvelle chapelle à 6 km ? » Je regarde Simplice, qui connait bien le terrain ; il me fait signe que non. J’interroge alors l’assemblée et on me dit que le catéchiste, autrement dit l’animateur, est ici, c’est Jules. Humblement, il se présente : ancien chef de chorale à Bria, il est maintenant installé ici. Il a pris cette initiative il y a deux mois.  Et bien, allons voir ! Et nous voilà partis pour Yanguchi, au Nord de Bamara. Après avoir entre autre traversé sur 15 mètres une rivière dont l’eau est monté jusqu’aux fenêtres (si, c’est bien vrai !) on arrive sur le lieu : en plein air au bord de la piste, quelques bancs autour du pupitre de la Parole de Dieu, une belle croix en bois. Et Jules nous dit que plusieurs dizaines de personnes se rassemblent ici chaque dimanche, Bamara étant trop loin pour eux.  Vraiment, c’est une très bonne nouvelle !!! Nous regagnons Bamara en retraversant la rivière, et après le déjeuner, messe dans la petite église de terre et de paille, archi pleine ! Une messe festive et priante nous assure de la vitalité de la communauté. Je prends aussi le temps de discuter avec l’agent-parent de l’école, Aimé-Christian, qui enseigne avec talent et passion (j’ai pu vérifier) aux 70 élèves de CI et CP, de 7h à 10h, puis aux 20 élèves de CE1 CE2 de 10h à 13h ! L’unique classe est en fait une paillotte rectangulaire sous laquelle se trouve un contreplaqué en ruine qui fait office de tableau noir. Les enfants sont assis sur des troncs d’arbre mal dégrossis, et écrivent en tenant sur leurs genoux l’unique cahier qui collecte tout. C’est Gaétan qui se charge de verser le salaire de 15 000 FCFA par mois (soit un peu moins de 23 €), grâce à une subvention de Uramin. C’est super, ce qu’Aimé entreprend depuis quelques années dans ce village du bout du monde comme il y en a tant en RCA ! Mais qu’en sera-t-il de ces jeunes CE2 à la fin de l’année scolaire ? Il faut poursuivre ce sujet avec les paroissiens.

Retour à Zacko, et visite chez Roger Kowoli, un de mes anciens « Aita Kwe », ce qui veut dire : « tous frères » en Sango. Il me présente ces trois enfants, dont l’ainé, 10 ans porte le doux prénom de Michel, en souvenir de son animateur de Bangassou en 1989-1991 (!) on discute du chantier, des conditions de vie de ces hommes et de ces femmes qui passent des jours entiers à trier du sable et des cailloux dans l’espoir de trouver la pierre rare et tant convoitée. A ce sujet, Simplice et moi avons été appelés ensemble par quelqu’un qui voulait nous remettre une enveloppe, sur laquelle il a écrit simplement : « dime ». C’est en l’ouvrant, beaucoup plus tard, que nous y découvrons 7 billets de 10 000 FCFA ! 70 000 FCA, c’est une somme énorme pour un centrafricain ! C’est par exemple le prix à payer pour la construction d’une grande case en dure et taulée. Alors, si cette personne a fait un don aussi important à son clergé, c’est que le diamant qu’elle a trouvé devait valoir au moins 2 000 000 FCFA, soit tout de même plus de 3000 € ! Rassurez-vous, je sais déjà ce que je vais faire de cette somme ; les enfants de Bamara n’ont ni craie, ni ballon de foot, les scouts de Zacko en souhaitent aussi un. Et il y a tant à faire avec jeunes et moins jeunes. La soirée nous permet, à Simplice et moi, de diner au clair de lune (elle est quasiment pleine), de déguster une fois de plus du délicieux  cousin, entendez par là du singe (!), et d’avoir un long temps d’échange profond sur des aspects plus personnels de nos vies.

Vendredi 26 à l’aurore, je me réjouis devant le splendide soleil qui se lève juste derrière la maison, puis avale un thé et ferme la petite cantine qui me sert de valise. A 6h15, c’est parti pour Bakouma ! Simplice prend le volant, la voiture se remplit de passagers ayant réservé une place, parfois à la dernière minute. Nous avons dû refuser du monde, 10 personnes avec les bagages, c’est déjà beaucoup. 1 heure et 15 km plus tard, nous arrivons à Kono pour y passer la matinée. A l’église de brique et paille nous attendent de nombreux paroissiens de tous âges, dont l’équipe du Conseil qui nous emmène boire un thé et manger un pain brioché excellent fabriqué par Vincent dans son four artisanal ; d’un continent à l’autre, les techniques ne changent pas, « on » fait de la même manière à Charbonnières-les-Vieilles ! Ce qui ici est plus compliqué, c’est l’approvisionnement régulier en farine. Dans la rue qui traverse le village, il y a un balai incessant et très lent de trafiquants qui grimpent la colline en poussant les lourdes charges attachées à leurs vélos. Quant à nous, après le réconfort vient l’effort : près d’une heure de confessions, Bic en main, à l’ombre des grands arbres qui environnent l’église. La messe bien préparée est chantante, et c’est sur place que se tient la rencontre des acteurs de la paroisse ; divers sujets sont abordés, ceux qui plaisent et ceux qui fâchent, notamment l’école qui n’a pas rouvert alors qu’il y a l’instit ; il y a mésentente avec les parents d’élèves, et se sont donc les enfants qui trinquent. Simplice et moi devrons revenir un de ces jours pour aborder le sujet en profondeur. Déjeuner au frais dans une case, puis 13h s’affiche sur nos montres : départ pour Bakouma ! Nous reprenons la route parcourue dans l’autre sens mardi matin. C’est toujours Simplice qui est au volant du 4x4 ; j’observe sa manière de traverser les cours d’eau, d’attaquer les côtes caillouteuses et les descentes pleines de sable humide. Comme à l’aller, on fait quelques pauses pour ça et là couper un arbre en travers de piste ou trop près des abords, retirer des pierres qui pourraient déchirer les pneus. D’ailleurs, à ce propos, nos véhicules sont ici équipés de Michelin à l’arrière, puisqu’ils sont bien sûr  de bien meilleure qualité! Cela nous permet, lorsqu’on est en mode normal de conduite, c'est-à-dire la propulsion (se sont les roues arrière qui sont entrainées par le moteur) d’être tranquilles ! 3 heures et demi après avoir quitté Kono, nous arrivons à la maison !

Ce premier séjour dans la paroisse a été un grand moment pour moi ; joies et difficultés partagées avec les gens laissent entrevoir ce qu’ils attendent, et me permettent de comprendre la nécessité d’ériger ce secteur en paroisse. C’est un secteur en pleine croissance, et le nombre de baptisés est en augmentation constante. C’est un coin loin de tout, mais sur cet axe Bakouma - Bria passent toutes sortes de moyens de transport qui assurent les liens entre les gens ; et les chrétiens catholiques sont animés d’un courage et d’une foi qui les ont amenés, par exemple, à vivre à Zacko pendant 5 ans sans qu’un prêtre n’aille jusqu’à eux. Un membre de la communauté venait en vélo chercher régulièrement des hosties consacrées pour que soit donnée la Communion. Et la communauté a continué de croitre ainsi, la venue plus régulière d’un prêtre ces dernières années a permis de célébrer un grand nombre de baptêmes, de premières communions, de mariages « en attente ». Une grande partie du travail de préparation avait été fait par les catéchistes. Samedi soir, à la prière des vêpres, j’ai lu l’extrait proposé pour cette veille de deuxième dimanche : les premiers versets de la lettre aux Colossiens. J’ai rendu grâce, parce que c’est vraiment cela qui s’est vécu et se vit encore ici !

Samedi 27 est synonyme de journée de repos et de bricolage : je n’ai « pensé à rien » au sujet de ces 4 jours non-stop de rencontre. Je me suis attelé à réparer le 4x4 qui a un peu souffert de l’état de la route. On a arraché jeudi le snorckel, c'est-à-dire la prise d’air qui est accroché au dessus de la porte et qui permet de traverser les rivières avec de l’eau jusqu’aux fenêtres, et sans caler au beau milieu. C’est donc fort utile ici !!! Mais voilà qu’entre deux arbres bordant la piste de beaucoup trop près, il y avait un fossé plein d’eau ; la voiture a tangué et le snorckel (je crois que ça s’écrit comme ça…) s’est arraché et a quasiment explosé sous la violence du choc ; on a ramassé les morceaux un peu partout. De retour à Bakouma, j’ai démonté l’ensemble, ainsi que le système se trouvant sous le capot, et j’ai refait les pièces en faisant de la couture avec du fil de fer pour les remettre en forme. Puis j’ai raccroché la cloche avec du zinc de toiture. On verra combien de temps ça va résister ; plus d’un jeune et adulte me voyant faire disait : « oh, Père Henri, là ! », du nom du Père spiritain fondateur de la paroisse, grand bricoleur de génie et qui a passé à Bakouma plus de trente ans. J’ai reçu ces propos comme un vrai compliment. J’ai détordu à la masse (Toyota Land Cruiser 4x4, c’est du solide !!!) le marchepied gauche, le pare-choc arrière, et j’en ai profité pour régler la porte arrière qui avait beaucoup de mal à s’ouvrir. Puis j’ai suivi Gaétan vers 16h30, direction Bangassou ; 1 km et demi après Bakouma, la citerne livrant le carburant à Uramin s’est embourbée, au beau milieu de la piste ! Partis de Bangui le 2 octobre, les chauffeurs ont mis un mois pour parcourir les 900 km, pour s’échouer à 8 km de l’arrivée ! Le camion est tellement embourbé que cela fait deux jours qu’ils le vident en remplissant à la main des futs qui sont acheminés en voiture jusqu’au réservoir à d’Uramin. On a emmené de quoi faire un pont sur le marécage pour que Monseigneur Aguirre franchisse en voiture le passage obstrué par le camion. Plusieurs jeunes embarqués dans nos véhicules abattent des arbres, coupent des sections d’1 mètre 70 environ, aidés par les chauffeurs et les gars de Fox Sécurité. En 30 mn, la longueur de 10 mètres d’eau peu profonde et de boue est recouverte de ces rondins tout frais ; on y ajoute 3 longues planches de 5 mètres et une grille de désensablage, et on entend à ce moment là le vrombissement de la Mitsubishi  conduite par Barthélémy. Prévenu par la phonie, l’évêque savait qu’il devait emprunter ce passage difficile. La nuit est tombée depuis peu, Monseigneur et Mané descendent de voiture, saluent les gens, observent les lieux. Puis Barthélémy s’engage sur ce pont improvisé, et passe sans souci, du premier coup ! Ouf ! Brefs remerciements, et tout le monde embarque pour la Mission où la soirée fraternelle se déroule à la salle à manger ; elle est très courte pour Mané qui fait une bonne crise de palu. Il se réveillera le lendemain plus en forme, et ça va aller de mieux en mieux pour lui. Gaétan, l’évêque et moi restons très longtemps à discuter de questions diverses relatives à la pastorale paroissiale et au logement des prêtres à Zacko. Il est conscient qu’on ne peut pas passer une année dans la petite maison. Il y a aussi le fait qu’il faut résider sur place pour vraiment animer le lieu, suivre les projets de construction des personnes dans leur foi et des bâtiments liés à cela. Tenir les deux dimensions est, me semble-t-il, un vrai défi pour moi et pour nombre d’acteurs de la vie de l’Eglise. C’est tellement plus facile de faire ce qui se voit « dans le paysage » ! Mais c’est au service des Hommes de cette portion du Peuple de Dieu que je suis envoyé. C’est leur croissance spirituelle que je suis venu servir.

LUNDI 29 OCTOBRE, 18h25

Dimanche, journée cool : messe à 8h30 présidée par l’évêque, qui prêche sur les Œuvres Pontificales Missionnaires et la Mission aux 4 coins du Monde. Fin de matinée avec les servants, déjeuner et sieste, puis j’enfourche le VTT pour parcourir vers le Sud une bonne quinzaine de km, à refaire dans l’autre sens pour revenir à la nuit tombante. Bonne douche fraiche, et l’évêque et moi, assis dans les fauteuils sur le pas de la porte, entamons une longue discussion, en toute confiance, sur sa joie de me voir entrer ainsi dans la vie pastorale du diocèse. Il me prodigue quelques conseils concernant les gens ayant des fonctions à responsabilité, et les sacrements demandés par des personnes qui sont en situations certes habituelles ici, et néanmoins complexes : la polygamie, la vie commune sans mariage, la sorcellerie,… Il attire aussi mon attention sur le fait que beaucoup de chrétiens adultes ont recours à des sorciers et autres devins en tout genre pour un petit coup de pouce, pour trouver du diamant par exemple. Il y a du travail à faire pour rassurer, chasser la peur, donner de vraies bases à bien des gens.

Ce matin, long échange sympa avec Simplice ; retour avec lui sur la venue de l’évêque, et suite à donner à quelques questions relatives à Zacko. Cet après-midi, rencontre de nous 4 pendant plus de 2 heures pour regarder le calendrier, aborder les questions de finance, de frais de déplacement… bref tout ce qui fait l’ordinaire d’une vie d’équipe de prêtres partagée avec un séminariste !

MARDI 30 OCTOBRE, 21h40

La nuit est tombée depuis 17h15, au beau milieu de la messe que je présidais, en français comme chaque mardi. La journée a été consacrée à la préparation de notre nouveau séjour à Zacko. La matinée, c’est du côté automobile, avec un travail rapide de renforcement du snorkel, et visite chez Taki pour une purge des freins et l’achat d’un bidon d’huile nécessaire au moteur. J’ai aussi réuni le matériel permettant demain d’arranger un peu la route à certains endroits : achat d’une baramine de près de 20 kg (!) et de 3 machettes neuves aiguisées ce soir par Dieudonné quand Christophe eut mis en route le groupe, à 17h45 comme d’hab. Après le déjeuner, on accueille quatre profs du lycée français Charles de Gaulle de Bangui. Eh oui, c’est les vacances chez les Français ! Ils découvrent l’Est, mais leur rêve de continuer en passant par Bria s’arrête ici : leur voiture sans prise d’air sur le toit (vous savez, le fameux snorkel !) ne leur permet pas de franchir les rivières qui coulent après Zacko. Ils se contentent d’une visite à Uramin, et espèrent demain trouver les grottes de gravures rupestres de la région. J’espère que je connaitrai moi aussi ces lieux un jour ! Cet après midi, achats divers : un jean Lee Cooper payé 1500 FCFA (vous ne rêvez pas, 2€30 environ !!) bon, il est déjà usé, mais c’est pour la route ; après 4 heures de piste, on est tellement rouge de poussière qu’il faut tout laver : Autant que ce soit déjà un peu vieux ! Achat d’un ballon pour les enfants de Bamara, d’une boite de Vache qui rit (1000 FCFA tout de même !) et d’une scie à métaux. Retour pour la messe, puis je me suis attelé à l’homélie du jour de Toussaint jusqu’à l’heure de vêpres à 18h45. Sitôt après, Gaétan et moi filons au quartier pour acheter 20 litres de gasoil. Il n’y en a plus à la mission, et les pompes sont à Bangassou ; alors, manque cruel oblige : nous allons faire du marché noir (!) et en pleine nuit frappons à une porte qui saura nous envoyer un vendeur ; « son » gasoil vient d’où ? On le devine, on ne le saura pas ; et même je dois dire que je préfère ne pas le savoir. Mais c’est du bon (on ne l’a quand même pas goutté !) alors on paye les 12 000 FCFA demandés ; c’est normalement 14 600 à la pompe officielle, à 135 km… Le diner est un bon moment d’échange avec les profs de Bangui, puis j’envoie un mail avec la phonie, et me prépare à boucler les bagages. Je suis en ce moment même environné de tellement de bestioles que je n’y vois rien ! Je raccroche !

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 07:40

MARDI 6 NOVEMBRE, 17h15

C’est à Bangassou que je rouvre mon PC ; je me rends compte combien le temps passe vite : déjà une semaine écoulée depuis que j’ai poursuivi mon carnet de bord ; et déjà plus de trois semaines écoulées depuis que j’ai quitté Bangassou, le 12 octobre dernier.

Je suis heureux d’être ici à Bangassou ; j’aime cet endroit, et j’aime aussi la possibilité de communiquer avec la France et le Monde sans trop de difficultés. Cette perspective me réjouit déjà !

Il s’en est passé des évènements, depuis une semaine ! L’essentiel s’est d’ailleurs déroulé à Zacko, puisque Simplice et moi y avons célébré les fêtes de Toussaint et le dimanche suivant ; j’ai pris le volant et on est partis, ce 31 octobre au matin, avec 5 gars costauds et disponibles pour arranger la route au fur et à mesure de notre avancée dans la forêt. On a fait de nombreux arrêts pour couper des arbres, dégager des pierres parfois énormes, boucher des trous béants causés par les pluies. Partis vers 7h30, on s’est arrêté pour déjeuner à Ngaya, appelé aussi Limite, il était 14h, nous avions parcouru…30km seulement. On est arrivés à Zacko vers 16h30 ; j’étais fatigué et heureux de cette expérience. Jeudi 1er novembre, jour de fête, et messe solennelle que je présidai avec joie ; je les ai fait beaucoup rire, tous ces paroissiens, lorsque, dans mon homélie, je leur ai expliqué qu’on pouvait remplacer l’expression « bienheureux » par « en marche », et j’ai relu ainsi les Béatitudes. J’ai revêtu pour l’occasion la belle chasuble blanche en provenance de Bouaké via Notre Dame de Clermont ! Après midi cool avec baignade à Fungu, la source chaude où il fait bon se prélasser. C’est aussi un lieu convivial où il se discute un tas de choses avec les gens présents, des hommes uniquement, qui se baignent et/ou se lavent, avec ou sans maillot de bain. Enfants, jeunes et adultes passent ainsi de longs moments dans l’eau chaude baignée de l’ombre d’un haut rogniez. J’y suis allé à trois reprises durant ce séjour à Zacko.

Samedi matin, j’ai longuement rencontré le responsable de Caritas, l’un des mouvements au service des pauvres. David m’a expliqué son action, et a attiré mon attention sur le fait que beaucoup de jeunes sans famille se trouvent ici. Lui et son équipe sont en train de les recenser. J’ai senti comme un appel à faire quelque chose pour ces jeunes gars et filles qui dorment souvent dehors sur ou sous les étals de marché, quand les vendeurs ont regagné leurs maisons. L’après midi, ce fut la première rencontre du Conseil Paroissial ; j’ai trouvé la rencontre intéressante, mais des questions demeurent quant à ma place dans le fonctionnement de cette bientôt paroisse dans laquelle les laïcs ont depuis si longtemps vécu sans la présence régulière d’un prêtre. J’ai senti, et je ne suis pas le seul, des réticences de la part de l’un ou l’autre des membres. Et puis, je pense que quelques-uns espèrent que Le Blanc, qui forcement, est riche, va donner beaucoup d’argent…je m’y attendais, mais ça me gêne quand même beaucoup. Je sais que, plus je vivrai à Zacko, plus les choses iront en s’arrangeant ; la demande que l’évêque fait aux chrétiens d’engager rapidement la construction du presbytère en simultané avec le bloc opératoire est comprise par beaucoup de gens, et il faudra bien dissocier les deux chantiers, puis que l’un est d’ordre privé catholique, l’autre est communautaire ; nombre de chefs de quartiers et de villages se sont engagés à amener du sable, ou du bois pour cuire les briques, ou du gravier…. Les choses avancent bien, c’est réjouissant. J’ai  dis  avec humour à Simplice que Zacko, c’est du camping ; la maison où on loge est une case de passage sans eau, sans électricité et dans laquelle tout le monde, ou presque, rentre et sort ; j’ai le sentiment de parfois ne pas être du tout chez moi. Et mes affaires, et celles de Simplice, ne sont pas vraiment en sécurité. Nous ne résiderons pleinement ici que quand notre nouvelle maison sera achevée ; elle ressemblera fortement à celle de Bakouma achevée tout récemment dans laquelle je vis.

Dimanche, 6h15 : j’enfourche mon VTT pour une grande première dans l’histoire locale récente: aller en vélo célébrer la messe à Bamara, chapelle située à 18 km au Nord, sur la route qui mène à Bria. David, un paroissien possédant un vélo, m’accompagne. On a tout le temps du trajet pour revenir sur le Conseil de la veille, auquel David a participé. A notre arrivée, vous imaginez la stupéfaction des villageois ! Au fur et à mesure que j’avançais, j’entendais, en sango : « c’est l’abbé ! C’est le curé ! » Avant la messe, temps de confession des enfants, jeunes et adultes, carte de baptême en main. Je m’installe sous l’arbre, près de l’église, mon Bic en poche, et reçois pendant près d’une heure cette vingtaine de catholiques désireux de vivre le sacrement ; pour la plupart d’entre eux, la dernière confession remonte à Noël 2006. La messe est bien animée malgré l’absence de choristes partis à Yanguchi pour accompagner les chrétiens installant la croix à l’emplacement de leur chapelle de plein air. Après l’effort, le réconfort : boule de manioc (gozo) et viande de chasse au menu, partagé avec le président de la paroisse, le chef de village et quelques paroissiens. On évoque les projets qui vont voir le jour : la nouvelle église, en briques cuites, deux salles de classe dignes de ce nom, pour faciliter l’arrivée d’un nouvel enseignant. Le chef de village et le président sont sur la même longueur d’onde, et me partagent tout cela avec simplicité et  conviction. Vers 11h30, je reprends la route, et après quelques arrêts et salutations en route, j’arrive à la maison vers 13h15. Une grosse heure de sieste plus tard, je fille à Fungu, puis rejoins Simplice au quartier ; on nous sert un café blanc, nom donné au nguli, cet alcool de manioc distillé deux fois qui déchire le gosier ! A consommer avec bôôôôôcoup de môôôdération !!!!

Lundi matin, en route pour Bakouma avec notre équipe de TP (Travaux Publics) qui a travaillé chaque jour plusieurs heures dans les environs de Zacko. Nous accompagnent deux femmes tellement enceintes qu’on s’est demandé pendant tout le trajet laquelle allait accoucher en route !!!!! On est arrivé sans que le nombre de passagers ait augmenté, malgré les secousses omniprésentes. Mais c’est la voiture qui a manifesté des signes de fatigue du côté du gasoil, et dès mardi 6h, je me suis pointé chez Takis pour un bilan de santé ; les deux filtres étant propres, il nous en reste un à vérifier : celui du réservoir… et bien allons-y, descendons donc le réservoir ! Et nous voilà pendant près de 3h30 à travailler dessous et dessus, afin de réparer ce qui peut l’être. Le filtre extrait est vraiment bouché. On nettoie, on remonte le tout, et c’est reparti… pour la galère ! En effet, après avoir pensé que tout allait bien, notre convoi composé de Gaétan, Mané et moi, chacun transportant un nombre impressionnant de personnes de tous âges et de toutes conditions (sauf des femmes enceintes, où en tout cas ça ne se voyait pas… !). Ma voiture a commencé à donner des signes de faiblesse, et on est arrivé après 5h30 de route au lieu des 3h30 habituel. Il faut dire que je n’ai pas pu dépasser les 40 km/h, et j’ai même failli ne pas redémarrer à la barrière de contrôle à l’entrée de Bangassou. On a quand même pris le temps, en route, de négocier quelques bêtes fraichement tuées par les chasseurs, et j’ai ramené chez les Balipio une antilope de quelque 3kg500 achetée 2500 FCFA. Ils ont passé une bonne soirée, m’a dit Thomas.

Ce matin du 7 novembre, repos et Internet !

Je découvre le blog avec joie !

A bientôt pour la suite du récit !!!

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mercredi 24 octobre 2007 3 24 /10 /Oct /2007 13:20

bonjour à tous,

Tout va bien à Bakouma, la température est entre 26 et 35, eh oui! l´humidité est pesante, on transpire sans rien faire. Alors, comme je m´active, vous  imaginez!  Chaque jour je me perfectionne en sango grâce aux nombreuses rencontres, j' ai prêché à  la messe du 14 octobre, les gens ont apprecié, l'abbé Simplice avait relu ma prose et corrigé les erreurs de langage. Je rencontre aujourd hui les chefs scouts pour parler du centenaire du mouvement.
Je prends la route de Nzako demain mardi : c' est une joie, mélée d' appréhension de rencontrer la communauté pendant ces 4 prochains jours. Je suis avec l' abbé Simplice mon vicaire, c' est rassurant pour moi, on s' entend bien.  L'ambiance entre nous est d 'ailleurs très fraternelle.  La perceuse sans fil sert beaucoup aux menuisiers qui fabriquent sur place le mobilier de la nouvelle maison des prètres de Bakouma. Je fais chaque jour un peu de VTT dans le coin pour découvrir les villages et saluer les gens, me faire connaître est important, même si c' est à Nzako que je vais vivre. Monseigneur Aguirre vient le week end prochain pour nous rencontrer à Bakouma. Je serai de retour à Bangassou le 7 novembre au soir pour quelques jours de formation et lirai les mail arrivés sur Yahoo. Je vous salue tous, petits et grands! bonnes fêtes de Toussaint si je ne vous donne pas de nouvelles d' ici là!  amitiés    Michel

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /Oct /2007 08:33

bonjour  à tous!
aujourd'hui mercredi 10 octobre, 11h10: il fait 30° et la connection est enfin possible! bref, que du bonheur!!!! voilà quelques jours que je suis ici à Bangassou. Grâce au satellite, j'ai pu suivre la victoire de la France en Rugby! dimanche a eu lieu la messe de rentrée paroissiale, présidée par le curé Clotaire Gbaya, que j'avais connu petit séminariste collégien de 6è et 5è et chez qui j'avais passé de super vacances de Pâques 1990 à Ouango (cf carte!) la messe fut belle sans être trop longue (2h30!) Clotaire m'a présenté à la communauté à la fin de la messe, et j'ai pris la parole ensuite, en sango bien sûr, et il y eut un tonnerre d'applaudissement.La fête qui a suivi fut l'occasion pour moi de saluer plein de gens. en fin de journée, je suis allé dans un des quartiers de Bangassou pour voir des ex-jeunes devenus pères ou mères de famille: ils ont ressorti des photos d'il y a 17 ans, et nous avons trinqué autour d'un grand verre de kangoya, le vin de palme. lundi matin, diverses visites avec Mgr Aguirre: le centre des lépreux est devenu un centre médical pour les malades du SIDA: il reste en fait très peu de ca&s de lèpre, mais le SIDA touche 20 °/ de la population. le dialogue entre Mgr Aguirre et une maman mourante lui demandant de prendre en charge son enfant de 10 ans fut poignant; l'enfant va rejoindre l'orphelinat où sont accueillis environ 150 enfants, sous la direction d'une soeur africaine de la congrégation Franciscaines de Montpellier. environ 800 orphelins sont placés dans des familles d'accueil dans Bangassou, la plupart à cause du décès de leur maman à cause du SIDA. Lundi après midi, j'ai enfourché mon VTT tout beau après son remontage, pour aller à GBANDO, à 17km vers l'Ouest. c'est dans ce village que j'ai participé à la construction de l'église, avec l'aide financière des parents. j'ai pu découvrir ce que je ne connaissais pas: l'intérieur, qui n'était pas achevé à mon départ en juillet 1991. j'ai prié le chapelet avec les mamans présentes (on est dans le mois du Rosaire) puis je suis rentré avant la nuit qui tombe à 17h30, d'un seul coup. hier mardi je suis retourné en voiture à Gbando, et j'y ai célébré la messe, en présence de 70  personnes environ. c'est une joie à plus d'un titre: d'abord célébrer dans cette église, aussi célébrer en sango pour la première fois (il parait que c'était très bien, aux dires des gens) et puis je fus ému quand un ancien du village me présenta les photos faites à l'époque de la venue de mes parents et de mon grand père maternel; on avait fait ce jour là une fête mémorable, pour nous et pour eux!
cette rencontre de mardi reste un moment de joie profonde.
j'ai reçu un véhicule, un Toyota Land Cruiser 75 tolé, c'est à dire chassis long et avec habitacle; la carte grise prévoit 11 places.... ou 1 tonne de matériel! il a déjà 10 ans environ, et roule vraiment bien. il faut ça pour Nzako, disent tous ceux que je croise.
les abbés du diocèse, c'est à dire les prêtres diocésains africains, sont réunis pour 2 jours autour de Mgr Aguirre. c'est l'occasion pour moi de faire connaissance.
je pars à Bakouma probablement jeudi, la voiture chargée de matériel, celle du curé du lieu Gaetan sera ausi chargée de gens et de matériel : sacs de ciment, sac de farine de maïs, fer à béton, bières, et plein de choses nécessaires à Bakouma; je m'installe à Bakouma quelques temps, puis reviendrai à Bangassou dans un mois environ pour la rencontre annuelle de pastorale diocésaine.
voilà quelques nouvelles, à faire suivre aux amis,  c'est un peu plus long parce que je ne sais pas quand sera le prochain mail sur Yahoo.
amitiés à tous, ma prière vous accompagne!                         Michel

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /Oct /2007 08:32

bonjour à tous!
merci de faire suivre ce message!
je le recommence, vu qu'il y a eu encore une coupure de mail pendant que je finissais d'expédier... on apprend la patience... bon, je vous avais donc écris, que je suis arrivé à Bangassou, après ce séjour d'une semaine à Bangui; mercredi, Mgr et moi sommes allés à l'aéroport pour récuperer mes 2 cantines et 15 colis contenant le ma tériel nécessaire à l'électrification du collège technique. or les douaniers exigeaient 1 400 000 F (2000 €) alors que tout ce qui est humanitaire est sans taxe; un coup de fil et 2h plus tard, on sortait sans rien payer ( et qui aurait fini dans la poche du chef ) mais il faut toujours faire jouer ses relations pour pouvoir obtenir que la loi soit respectée...
mercredi soir, repas au resto avec mon ami prêtre Alain, et Python au menu! ne me demandez pas quel gout ça a, c'est très bon, venez gouter!
jeudi matin départ pour bagassou par la route: les 180 km de goudron se passent ssans souci, puis vient la partie sport: 200 km, en 7h, entre Sibut et Bambari! on a le temps de
parler avec Mgr Aguirre! on a beaucoup partagé de choses profondes;
soirée à Alindao, après 12h assis dans le 4x4, et un bon déjeuner chez les franciscaines de grimari (c'est la St François)
hier matin vendredi, départ à 6h, arrivée à Bangassou à 13h30, après avoir parcouru les 250 Km restants
je retrouve de jeunes adultes que j'ai connu enfants il y a 16 ans, et des adultes des prêtres, des religieuses; quelle joie!
je reste quelques jours ici, et pourrai donc consulter la boite mail!
je vous salue et vous embrasse!               Michel

 


Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Voeux de Michel pour 2010


Je vous souhaite une année de communion avec le Monde. Une année où vos oreilles, et surtout celles du cœur, sont sans cesse ouvertes afin d’entendre les larmes et les rires des Hommes et des Femmes, des Jeunes et des Enfants de notre temps, de notre planète. Parce que rien ne remplace la communion fraternelle, qu’elle soit humaine, humaniste, religieuse, catholique. La fraternité universelle dépend de chacun. Acceptons d’en être ! Parce que chacun a besoin de savoir que d’autres pensent à lui, partagent avec lui peines et joies du quotidien.

Encore une fois, bonne année de communion, bonne année en communion.

 

  Père Michel Chidaine

 

 

 

 

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