Mardi 1 avril 2008 2 01 /04 /Avr /2008 16:56

VENDREDI 28 MARS, 8h30

 

Assis dans mon bureau à Bakouma, bercé par les notes de guitare qui jaillissent des mains de Gervil qui s’est installé dehors à l’ombre, je profite du calme de ce matin pour m’atteler avec joie à la rédaction de mon carnet.

Retour tout d’abord sur le 25 mars ; eh oui, j’ai changé de dizaine ! Ca y est, j’ai 40 ans, et je pense à tous ces amis vivant en Auvergne et ailleurs, avec qui j’ai tant partagé, et qui fêtent eux aussi cette étape de leur – notre vie ; j’espère qu’ils et elles sont aussi détendus que moi ! C’est quand même sympa, au cœur du continent africain, avec les prêtres partageant mon quotidien, de fêter cet anniversaire en présence d’amis de France. L’arrivée lundi soir des Courde, des Martin-Prével et de leurs amis Clotilde et Matthieu Frys m’a vraiment réjoui. Après une balade mardi en matinée à Lengo et aux gravures rupestres, la fin du déjeuner fut pour eux l’occasion de me remettre courriers et cadeaux, que les Frys avaient reçu et transporté jusque là : BDs, DVD, nouvelle selle de VTT, chocolats Poulain 1848, hauts parleurs pour l’ordi, livres et bien sûr lettres diverses m’ont fait grand plaisir, mais c’est plus encore leur présence qui m’a fait chaud au cœur. La communauté des 4 se trouve enrichi de la présence de ces 6 Français : 10 autour de la table pour ce repas et tout au long de ces quelques jours de repos après Pâques, c’est vraiment inoubliable. Les mails reçus grâce à Winlink m’ont permis de rester en lien avec les parents et quelques amis très proches. Une belle journée, ce 25 mars 2008, qui s’est doublée de la bénédiction que représente l’énorme orage qui a claqué en début d’après-midi. La pluie des mangues, celle qui permet aux fruits d’arriver à maturité. Une vraie bénédiction, sauf que sur Bakouma centre, un violent coup de vent a couché quelques arbres et surtout endommagé plusieurs toitures. Mais la fin de journée ayant retrouvé le calme habituel de l’Afrique des forêts tropicales, le petit groupe de Français s’est rendu à la chute d’eau sur la rivière pour découvrir l’installation électrique en panne et le captage d’eau en parfait état, qui alimente le château d’eau. Soirée ciné, avec sur grand écran grâce au vidéo projecteur « Shooting Dogs ». Ce film raconte la transformation, au début du Génocide Rwandais le 4 avril 1994, d’une école technique salésienne de Kigali en camp de réfugiés Tutsi, jusqu’au départ des Casques Bleus Belges qui entraine le massacre sur place de ces 2500 réfugiés. Un drame de plus, un drame parmi d’autres rapporté au cinéma avec tact par le réalisateur et les acteurs. Ce qui fut plus intéressant encore, c’est la discussion qui s’en est suivi, le lendemain au cours du repas. Gaëtan a pris le temps de nous parler de son histoire, et de celle de son peuple. Avec retenu et espérance aussi.

Mercredi fut une journée sans voiture : balade à pied dans Bakouma le matin, avec à la clé dégustation de vin de palme au bar du coin, où la musique assourdissante délivrée par de vieilles cassettes tournant plus ou moins régulièrement nous empêchaient de communiquer facilement, malgré l’étroitesse de la paillotte du bar du marché. Mais c’est aussi ça, l’atmosphère locale ! Après-midi découverte de la pêche à la nasse et à la ligne, guidés par ceux qui la pratiquent au quotidien : les enfants de Bakouma. Ils ont été heureux qu’on s’intéresse ainsi à cette activité qui leur rapporte souvent quelques sous, et remplit aussi la marmite.

Jeudi 27 mars, journée avec voiture : un aller et retour à Zacko avec Simplice et toute la troupe des Munju (prononcer Mounejou), c'est-à-dire des Blancs (dont je fais toujours partie !). Partis à 6h30, on est arrivés sur place 2h45 plus tard ; là, café ou thé et bananes accompagnées de la pâte de termites ; bon, pour tout dire, y en a qu’on pas eu l’audace et la curiosité de goûter… tant pis pour eux, tant mieux pour les autres ! On a ensuite fait une bonne marche à pied de près de trois heures, à la découverte des chantiers de l’or et du diamant. Déjeuner à 13h30 avec au menu la gazelle achetée à Zima le matin même. Baignade à Fungu pour tout le monde : le plus long, c’est d’expliquer qui vient, et d’attendre que les baigneurs sortent de l’eau et se rhabillent afin de permettre aux trois dames Blanches de s’approcher et de se baigner.  Et une fois dans l’eau, plus moyen d’en sortir … tellement on y est bien ! Mais il faut songer à rentrer, si on ne veut pas rouler de nuit trop longtemps. A 16h, nous quittons Zacko. La nuit tombe à 18h, et Simplice qui conduit termine le trajet à la lueur des phares jaunes qui éclairent les trous, les cailloux et les mauvais ponts. Nous arrivons sans encombre à Bakouma. Douche, diner et dodo pour tout le monde !

 

LUNDI 31 MARS, 9h15

 

                Revenu hier soir de Zacko avec Simplice et, comme d’hab’, un nombre certain de passagers, dont deux mamans et leurs marmailles qui ont vomi tout le long du trajet, je suis en repos ce matin à Bakouma, avant de prendre la route cet après-midi pour Bangassou. La route d’hier se fit sous la pluie, et donc dans la boue ; petit à petit, nous changeons de saison ; la saison pluvieuse, comme on dit ici en français, débute avec ses premiers orages, et la naissance de ces termites volantes dont beaucoup (j’en fais partie !) se régalent ici, grillées ou en pâte. Après la pluie, les enfants attendaient que Christophe, le sentinelle, mette en route le groupe électrogène, afin de se tenir sous les néons où se pressent les termites. Les enfants tiennent en main des sacs en plastique, des pots, des marmites, et récoltent ces petits animaux qui tournent et virevoltent au sol et en l’air, alors que tombe la nuit et que monte la fraicheur qu’occasionnent les pluies de la journée.

Vendredi, avec les français d’ici et de métropole, nous avons accompagné le chef de camp d’Uramin dans tous ses déplacements ; Christophe Martin nous a accueilli au camp et nous a expliqué le processus d’exploitation du sol, à la recherche d’Uranium. Puis il nous a emmenés sur quasiment tous les chantiers disséminés dans la forêt. A bord de son 4x4, nous avons parcouru près de 50 km, d’un chantier de prospection à l’autre. Ce fut vraiment très instructif de découvrir tout ce qui est mis en œuvre pour diagnostiquer la quantité d’uranium dans telle zone, puis pour effectuer des prélèvements, soit par carottage, soit par aspiration et remplissage de grands sacs plastique. L’un des problèmes majeurs reste celui de l’eau et des nappes phréatiques qui pullulent à quelques dizaines de mètres sous la surface ; il faut pomper sans relâche, et « ils » parlent même de créer, si l’exploitation prend de l’ampleur dans les années qui viennent, une rivière artificielle afin de dégager les grandes quantités d’eau qui sont situées entre le sol et les couches recelant de l’uranium.  Chaque lieu d’exploration est sous surveillance. Vous ne verrez aucune photo, par discrétion. Mais on se déplace librement dans cette zone proche des villages et de Bakouma et où se succèdent champs d’agriculteurs et forêts plus ou moins denses. Sur les pistes, on croise des gens de tous âges rentrant des champs, une partie de leur récolte posée sur la tête dans les bassines en alu.  A de nombreuses reprises lors de cette visite, j’ai salué des paroissiens de Bakouma, de Zacko et même de Bangassou, qui ont eu la chance d’être embauchés sur le site. Le salaire minimum est d’environ 53 000 FCFA par mois, (à cela s’ajoutent les primes diverses) ; le SMIC est à 18 750 FCFA ; c’est une chance de pouvoir travailler ici ; mais il y a des contreparties, évidemment : chaque jour, c’est 11 heures sur le terrain, y compris deux ou trois pauses de 30 mn à 1 heure pour le repas et le repos. Les jours de repos sont possibles après 10 à 14 jours de travail d’affilée. Pas facile de conjuguer cela avec une vie de famille, et une activité religieuse, qu’elle soit du vendredi ou du dimanche… C’était l’objet de la première rencontre que les trois abbés, nous avions eu avec Christophe Martin, en février.

Samedi matin, départ pour Zacko ; j’ai dit au revoir (et merci !) à toute la troupe de français qui s’apprêtait à regagner Bangassou dans l’après midi. On se reverra plus ou moins bientôt ! Ce fut calme à la paroisse de Zacko, puisque le Conseil Général de fin de mois n’a pas eu lieu. On tâchera de rassembler les membres samedi prochain.

Dimanche matin, 6h25, départ pour Kono ; 12 km dans la brousse par une petite piste. C’est suffisant pour inaugurer ma nouvelle selle ! A 7h05, j’étais arrivé, et ai bu un café et dégusté des petites pâtisseries à base de riz ; ça ressemble à des crêpes, ça en a même un peu la consistance et le gout, mais il n’y a ni lait, ni farine, ni œuf, rien que du riz. Et avec une tasse de café local, c’est vraiment bon. La discussion avec les catéchistes m’a permis de faire le point sur leurs engagements auprès des adultes et des jeunes en marche vers les sacrements du baptême, de l’eucharistie, de la confirmation, de la réconciliation. Je commence aussi à sensibiliser les acteurs des chapelles à la préparation de la venue de l’évêque, qui se rendra ici en mai pour les confirmations, et surtout une visite pastorale dans la paroisse. Avant la messe, près d’une heure de confessions à l’extérieur de la chapelle, puisque les choristes y préparent leurs interventions. Au cours de la messe, quête originale, appelée « rencontre » ; chaque mouvement et service présent dans cette chapelle est appelé à tour de rôle ; chaque membre se lève alors et vient déposer son offrande dans la panière. Pendant qu’un nouveau groupe se déplace vers une nouvelle panière, on compte ce qui a été versé par le groupe précédent. A la fin de la messe, on publie ce que chaque groupe a totalisé. Applaudissements ou légères taquineries suivent l’énoncé des chiffres, selon se qui a été versé. C’est une façon de sensibiliser les paroissiens aux besoins de leur propre mouvement et ceux de la chapelle.

Le déjeuner fut l’occasion de déguster un excellent pangolin (encore !) accompagné, comme d’hab’, de la boule de manioc. De retour à Zacko pour 12h30, j’ai préparé mon sac, remis à Roch et Aimé, les  deux employés, leur salaire du mois (moins tout ce que je leur avais avancé…). Puis on a embarqué tout ce monde et Simplice nous a conduit jusqu’à Bakouma.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /Mars /2008 23:29

De nouvelles photos illustrant le journal de bord de Michel viennent d'être mises en ligne. Il ne vous reste plus qu'à les découvrir!

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Jeudi 6 mars 2008 4 06 /03 /Mars /2008 21:02

Michel vient de nous apprendre que demain matin,  Claudia et Amina seront opérées par le Professeur Michel Onimus, chirurgien français de Besançon! Claudia pourra donc se tenir debout d'ci un mois! Quant à Amina, elle sera opérée de son bras droit. Ensuite, elles vont toutes deux rester un mois à Bangassou, le temps nécessaire pour leur rééducation. On imagine leur joie et celle de tous ceux qui les entourent.. Pour les 5 autres enfants, ils ne sont pas opérables pour l'instant, en raison de leur trop jeune âge, de leurs malformations ou bien encore parce que sur place il n'y a pas l'oxygène nécessaire pendant l'opération...Ils reprendront le chemin de Zacko dès demain matin, toujours avec Michel.

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 07:11

LUNDI 18 FEVRIER, 13h30

 

Vous avez, chers lecteurs de mon carnet de bord, reçu le chapitre 5 mercredi dernier. Après bien des péripéties, j’ai pu vous faire parvenir ces lignes, ce qui m’a réjoui.

C’est à Bakouma que je me trouve en ce début de semaine, après un court et très intense séjour à Zacko. Parti de Bangassou jeudi matin avec Aubin, encore bien fatigué par des soucis de santé, mais requinqué par les visites effectuées au Centre de Santé de Bangondé, nous avons fait une courte halte à Bakouma pour le déjeuner, puis avons poursuivi jusqu’à Zacko, que nous avons rejoint à 16h45. Dans notre voiture, comme d’hab’ un chargement hétéroclite : un fût de 200 litres de gasoil afin de subvenir à nos besoins une fois arrivé dans la région, 5 sacs de ciment pour la réparation d’un des ponts, 2 énormes sacs de manioc, 2 sacs de 25 kg de farine de maïs, 50 litres de pétrole servant à alimenter les frigos de Bakouma et Zacko, nos bagages, et deux passagers à l’arrière : Bruno, mécanicien moto à qui Gaétan fait appel pour remettre en état les motos de Bakouma, (c’est là qu’il s’arrêtera) et Bénédicte, jeune matrone de Zacko que j’avais emmené lors de notre voyage aller à Bangassou pour qu’elle suive auprès de l’hôpital régional un complément de formation. Pour ce qui est du transport,  vous pourriez transformer le propos en interrogation de mathématique CM :

 

« La voiture du Père Chidaine, un Toyota PZJ 75 tôlé qui pèse 1 tonne 800kg à vide, peut transporter un chargement de 1 tonne. Le père Chidaine y met 200 litres de gasoil dans un fût pesant à vide 30 kg, 5 sacs de ciment de 50 kg chacun, 2 sacs de manioc de 40 kg chacun, 2 sacs de farine de maïs de 25 kg chacun, 50 litres de pétrole dans 2 jerricans en plastique pesant chacun à vide 1 kg, 4 passagers adultes dont le poids moyen est de 60 kg, environ 60 kg de bagages pour l’ensemble des passagers. Quel est le poids total transporté ? Reste-t-il de la place pour 50 kg d’arachides non décortiquées ? Sans les arachides, ou avec les arachides, peut-on s’arrêter au bord de la piste pour acheter dans les petits villages 2 singes de 2 kg chacun, et trois gazelles de 2 kg et demi chacune ? Reste-t-il encore un peu de place ? Combien de kilos ? Le véhicule chargé peut-il franchir la rivière sur le bac acceptant des véhicules dont le poids total est de moins de trois tonnes ? »

Bon courage, les têtes blondes !  Et les têtes plus très blondes aussi !!!!

 

Assis dans mon bureau, Clément, Honorius et Stéphane regardent l’album photos réalisé par Séverine et Mélodie ; les commentaires, en sango, sont drôles ! Et ils me cherchent sur toutes les photos, ajoutent leurs commentaires…. Ils sont membres du groupe des 17 Servants d’Autel de la paroisse de Zacko, venus au rassemblement organisé ici par Gervil, le séminariste stagiaire. 50 enfants des deux paroisses ont répondu présent à l’invitation qui se tient à Fadama, à trois km, à partir de 15h30 aujourd’hui. On est partis ensemble hier après la messe de 8h30 à Zacko. 14 Servants de Zacko et 3 de Bamara (qui ont parcouru à pied les 18 km entre chez eux et Zacko), ont pris place dans ma voiture. C’est moins lourd que le chargement des jours précédents, mais c’est plus volumineux, et surtout beaucoup plus bruyant ! Mais ces trois heures de piste (60 km) se sont passés dans la joie et la bonne humeur, entre concours de devinettes, chansons et sujets divers, dont la mécanique automobile. La moitié des enfants n’étaient jamais sortis de Zacko et des villages environnants. C’est pour eux une grande première. Quasiment aucun n’avait fait un tel voyage en voiture. Alors, vous imaginez leur bonheur, et ma joie ! A notre arrivée nous attendaient les Servants de Bakouma pour une première rencontre autour du ballon de foot. En soirée, pendant que Jolys, le responsable des Servants de Zacko veillait sur eux, Gaétan, Simplice et moi sommes allés saluer le nouveau chef de camp d’Uramin, un français dont le prénom est Christophe ; arrivé depuis 3 jours, il est passionné … d’agriculture ! Espérons qu’il se fera à ce travail aux entrailles de la terre. On a partagé le diner à Uramin avec lui et de DRH de Uramin Centrafrique et Namibie, Alain Ménoti. Les discussions sur les conditions de travail, l’avenir de l’exploitation, les problèmes de transport, j’en ai appris beaucoup. Et tout d’abord que Uramin reste Uramin ; Aréva est propriétaire à 100%, mais ça ne change rien au plan de l’entreprise locale. La gestion du personnel reste Uramin, ici et en Namibie. Le rythme de travail a changé, désormais les salariés travaillent jusqu’à 14 jours d’affilé, et Gaétan a soulevé le problème qui agite toutes les églises chrétiennes : les repos dominical. En effet, avec ces nouveaux contrats, c’est pendant 11 heures de rang qu’il faut travailler, avec au total 1h30 de pause réparties dans la journée. Même le dimanche. Il y a de l’agitation dans la ville de Bakouma. Entre joies de l’embauche et agacement face aux horaires, pas facile de savoir que penser, et que dire.

Ce matin, j’ai emmené tout ce petit groupe de Servants à la découverte des gravures rupestres de Lengo ; j’en ai profité pour acheter le long de la piste 10 planches de 4 ou 5 mètres de long, que les scieurs préparent dans la forêt et vendent ensuite au village. Cela permettra aux menuisiers d’ici de fabriquer des chaises et des fauteuils pour la maison de Zacko.

Retour sur les jours précédents : jeudi soir, dès l’arrivée, je me suis plongé avec les participants, dans la finalisation de la deuxième journée de réco de Carême, qui a donc eu lieu le lendemain de 6h à 16h30. Ce fut une belle et bonne journée ; environ 100 personnes dès le matin sont venues prier et réfléchir en carrefours sur l’évangile du dimanche suivant (la Transfiguration) ; j’ai aussi animé trois temps d’enseignement, un autour des préfaces de Carême, un  à propos de l’évangile, et un temps sur l’espérance, en écho à celui sur la foi de vendredi dernier. Le chemin de Croix fut, semble-t-il, réussi grâce au fait que j’avais choisi de lier les 14 stations directement aux récits d’évangile et à une prière « universelle » en lien avec la vie ; une première, bien accueillie par les 200 personnes marchant cet après-midi là derrière la croix. Jusque là, ils utilisaient chaque fois le même et unique document en sango présenté dans le carnet de chants de messe. Je pense qu’ils avaient envie de prier un peu autrement. Je ne sais ce qui m’avait poussé à réfléchir les choses autrement ; en fait si, je sais… alors, rendons grâce ! L’équipe de préparation a mis en œuvre un truc sympa : à la fin du chemin de Croix, dégustation du « popoto », sorte de bouillie de manioc, d’arachides et de sucre, servi chaud. Popoto vient du sango potopoto, ce qui veut dire boue. Et quand il pleut ici, on sait ce que sait que la boue ! Ça vous donne une idée de la consistance du popoto… J’ai embarqué ensuite tout un tas d’enfants pour Fungu où la baignade en eau chaude est vraiment reposante et revigorante. L’espace autour de la source est en train d’être nettoyé, ce n’est pas un luxe, vu l’envahissement de la végétation.

En soirée, Jean-Pierre le président du conseil paroissial est venu me rendre visite pour un court échange, puis je me suis lancé dans la comptabilité, pour un point des finances bien nécessaire avant la prochaine campagne de travaux d’extraction de gravier et de transport de pierres. Nous attendons la benne Berliet jaune d’un jour à l’autre, alors il faut se tenir prêt.

Samedi matin, préparation de la rencontre réco de Carême de vendredi prochain, puis suite des discussions avec le menuisier Cyril concernant les portes et fenêtres du magasin (on appelle ainsi les pièces servant de réserve de matériel) et la sacristie. Le magasin est en construction, la sacristie est en projet ; il faut que le menuisier s’active. Après-midi consacrée au Conseil paroissial, avec au menu le démarrage du chantier du bloc opératoire. Soirée cool, avec Aubin qui est encore un peu fatigué.

Dimanche matin, église plus que comble pour ce deuxième dimanche de Carême. La chorale B « Bonne Nouvelle » avait choisi de beaux chants ; reste un problème récurant : l’ajustement des voix, et la coordination avec la guitare électrique… mes oreilles souffrent d’autant plus qu’à Zacko comme d’ailleurs à Bakouma, les choristes et instrumentistes sont dans le chœur, à environ 1 mètre 50 de mon conduit auditif, droit à Zacko, gauche à Bakouma… il faut que je rééquilibre ma tête en venant célébrer plus souvent le dimanche à Bakouma !

 

MERCREDI 20 FEVRIER, 20h40

 

Le groupe électrogène vient d’être éteint par Christophe, le sentinelle. C’est grâce à ma lampe tempête à batterie que je peux travailler ce soir encore, avant de faire comme le groupe…

La rencontre des Servants d’autel est terminée ; elle s’est très bien passée à Fadama, où l’accueil par la communauté catholique fut sympa, tant au niveau des repas que pour d’autres aspects. Il y avait tout de même 50 participants ! Gervil a mené cela avec compétence, secondé par Jolys. Les enfants sont heureux de ces trois jours passés ensemble à jouer, à prier, à partager, à ouvrir l’évangile, à célébrer, à réfléchir à des aspects pratiques de leur fonction à la messe. J’ai passé un peu de temps auprès d’eux hier après midi pour assister au match aller Bakouma/Zacko, et cet après-midi pour le match retour. Bilan du tournoi : match aller 0-0, match retour 3-1 pour Bakouma. Ils étaient plus forts ! Les matchs étaient arbitrés par Gervil. Ce matin, j’ai célébré la messe et partagé le petit dèj, une assiette d’une sorte de fèves  bien nourrissantes. La suite de la matinée promettait d’être calme, vu l’agitation de la nuit : à 0h24 débarquait le camion Berliet jaune en provenance de Bangui, avec tout un tas d’affaires pour la maison : tôles, chevrons, lattes, ciment, mais malheureusement pas de contre-plaqué pour les plafonds, le produit pourtant fabriqué dans l’Ouest vers Berberati est introuvable sur Bangui. Ce matin, Abbas, Ramioul et leur équipe se mettent en route vers 7h00, traversent Fadama au moment où se termine la messe et poursuivent la piste jusqu’au moment où, à 15 km de là, un méchant tronc d’arbre vient perforer le carter de boite de vitesse. Quelle ne fut pas ma surprise de voir débarquer à la paroisse de Bakouma, en vélo, Abbas portant la pièce endommagée. Alors Gaétan et moi sommes partis à la recherche de quelqu’un susceptible de pouvoir faire une sorte de soudure sans mèche à souder…. Et on a trouvé ! En fait, il s’agit de gens habitués à fabriquer des marmites à partir de différents métaux récupérés un peu partout. Ils les font chauffer, les font fondre, les assemblent, et ça vous donne une sorte (je dis bien une sorte) de cocotte minute sans sifflet ni joint d’étanchéité, mais adapté au manioc et à ses feuilles si délicieuses. Alors la carter, en fonte, a subi un traitement qui a permis de reboucher le trou de 10 cm de diamètre. Vers 13h,  j’ai conduit au camion Abbas et Rufin, un apprenti mécanicien qui est chef de groupe scout à la paroisse St Bernard de Bangui. J’ai attendu d’être sûr de l’efficacité de la réparation de fortune, et je suis reparti pour Fadama. A mon retour à Bakouma, la nuit tombait, et j’ai emmené Jean-Noël chercher et acheter des chevrons et des planches afin qu’il fabrique des lits, des étagères et des chaises pour la maison de Zacko. On a ramené le tout grâce au pick-up de Gaétan.

Les mails reçus grâce à la CB me permettent de garder le contact en attendant un prochain voyage vers Bangassou ; Gaétan a pris le temps de m’expliquer un certain nombre de choses afin que je sois autonome sur ce type d’appareil mêlant Radio CB, ordinateur, et boitier de liaison. 9a marche un peu quand ça veut, tout ce truc là ; ça dépend de la météo, de l’encombrement des appels lancés aux serveurs gardant précieusement les mails, et la bonne volonté des bénévoles d’Afrique du Sud qui encodent et désencodent les mails pour qu’ils passent par la voie des ondes. J’ai reçu des nouvelles de France, et bonnes en plus, c’est toujours agréable !

Mardi soir au cours du diner, et bien longuement encore après, Gaétan et moi avons partagé divers soucis concernant l’Eglise en RCA. Des lettres ouvertes accusatrices circulent entre les prêtres d’un diocèse voisin, certains attaquant ainsi par écrit tel ou tel évêque. Des propos grossiers, injurieux, émaillent ces courriers dont certains prêtres du diocèse de Bangassou reçoivent les copies. Des prêtres d’un autre diocèse sont suspendus par l’évêque du lieu pour des actes graves concernant, entre autre, les questions de gestion. Pas facile de s’y retrouver dans tout cela ; cette Eglise qui fête ses 100 ans est encore bien fragile, partagée entre joie de la croissance et souffrances liées entre autre à des questions de moralité qui concernent un certain nombre de prêtres, essentiellement centrafricains, à des difficultés de relation pastorale entre religieux et diocésains, entre Centrafricains et étrangers. Son éclairage de prêtre venu du Rwanda comme séminariste étudier à Bangui puis en Espagne m’a été bénéfique. Que de choses à convertir dans le cœur de tant de responsables de l’Eglise ! Et c’est à son service que je suis envoyé, très humblement. Que l’Esprit m’aide à vivre mon ministère avec authenticité et joie !

 

SAMEDI 23 FEVRIER, 15h30

 

Alors que mon imprimante édite un document bien particulier, je profite de l’ordi allumé pour poursuivre le carnet de bord. Ce document en cours d’édition, c’est le programme de répartition des tâches auprès des différentes confessions religieuses, concernant la construction du bloc opératoire. La réunion de ce matin, convoquée en toute hâte hier sur ma demande par Bertrand, le SG de la paroisse, a rassemblé à l’école (un lieu neutre, pour qu’aucun ne soit gêné) les responsables des églises et mosquées de Zacko. Pasteurs, diacres, adjoint d’Imam, prêtre et laïcs ont pris place dans la classe de CE2  pour une heure et demie de discussion conviviale et efficace, puisque chaque groupe s’est engagé pour un type de travail particulier au cours de la semaine. Ainsi lundi, les catholiques sont à la fabrication des briques et à l’extraction du gravier pendant que les Baptistes Centre 1 ramassent des cailloux. Mardi ce sont les Baptistes de Centre 2 qui fabriquent (on dit pressent) les briques. Mercredi, ELIM est aux briques, MSEP aux cailloux, Adventistes au bois pour la cuisson des briques, et les Catholiques au gravier… et ainsi de suite jusqu’au samedi où on trouve la Mosquée Centrale au gravier, L’église de la Coopération au bois, les Apostoliques Centre 1 au sable, les Catholiques aux briques. C’est parti comme ça pour plusieurs semaines. Au total, il y a ici 13 Eglises chrétiennes différentes et 4 mosquées, dont la Centrale est la plus importante. Le nombre des fidèles dans tous ces lieux est très inégal. De quelques dizaines à plusieurs milliers. Pour une première rencontre de ce type, ce fut une bonne expérience de fraternité. On a terminé par une prière à Dieu de remerciement pour ce qui s’est engagé, et de demande que tout se vive dans la paix. Plusieurs ont posé des questions sur ma provenance, et les raisons de ma présence ici ; c’était très sympa. Le programme est édité, Bertrand va venir le chercher pour le distribuer dans chacun des lieux.

Depuis jeudi midi, heure de notre arrivée ici, il s’en est passé des choses ! Dès la fin du repas, quelques servants et Ousmane (son prénom vous permet de comprendre pourquoi il n’est pas servant d’autel… !) viennent me prévenir qu’Odilon, un des leurs qui revient aussi de Bakouma, a pris deux gros coups de manche de hache sur la tête, par la rivale de sa mère. En fait, l’enfant venait d’arriver à la maison et racontait son séjour lorsque la dite rivale, venant de chez elle, a foncé sur l’autre femme. Odilon s’est précipité sur l’agresseur et l’a supplié à genoux de ne rien faire à sa mère; bilan : le crâne un peu ouvert sur le dessus, et une méga-bosse derrière l’oreille gauche. Conduit au centre de santé, il a été bien soigné, et se repose chez lui. Le menuisier, celui à qui j’ai d’ailleurs demandé de fabriquer deux lits pour la maison, a saisi la rivale et l’a reconduit chez elle. Il y aura peut-être plainte déposée auprès du chef de quartier. Odilon est marqué aussi dans son cœur par cet évènement. Il n’en a rien dit, ce qui n’est pas étonnant. Les enfants, et même les adultes, parlent peu de se qu’ils ressentent au fond d’eux-mêmes. Mais les copains l’ont bien entouré. Il est venu servir la messe hier et ce matin, je pense qu’il y a un petit clin d’œil à ce que je lui ai dit avant-hier lorsque j’étais chez lui à son retour du centre de santé.

Vendredi, troisième journée de récollection de carême que j’ai animé en grande partie ; à 6h, messe ; puis enseignement sur le carême, à la découverte de l’évocation de la Passion du Christ dans les Prières Eucharistiques.

8h30, chapelet, puis confessions. 9h30 lecture de l’évangile du dimanche suivant, et mise en carrefour avec 7 questions préparées le samedi précédent. La mise en commun jusqu’à midi fut passionnante. 12h30 – 13h30, adoration du St Sacrement avec courtes prières spontanées des participants. 14h : réflexion autour de La Charité – l’Amour dans le Nouveau Testament, puis Chemin de Croix pendant une heure dans notre concession. Fin à 16h. En ce qui concerne l’enseignement, pas question d’écrire de longs textes au tableau, trop de gens sont illettrés. Alors j’écris un mot ou deux, et fais des dessins pour préciser tel aspect, comme par exemple la méditation en St Jean dans la première lettre aux communautés, lorsqu’il explique qu’il faut nous aimer puisque l’amour vient de Dieu. Un ou deux personnages vite faits, deux flèches vers le haut et vers le bas, et hop, c’est tracé. Et c’est compris, enfin j’espère ! En fin de journée, je suis allé en voiture à Fungu, embarquant au passage une 15è d’enfants. En chemin, j’ai déposé 4 haches que le forgeron de Bakouma me faisait porter à sa fille afin qu’elle les vende. En soirée, installés dehors au clair de lune devant l’ordi, Robert, Aimé et moi avons regardé le film « Blood Diamond ». Ce matin cocorico à 5h pour la prière à la grotte et la messe à l’église, pendant que Simplice prenait la route pour Bamara où il animait une journée de réco auprès des paroissiens de cette chapelle. Il s’est arrêté au passage au camp que les scouts de Zacko et Bakouma ont installé à 2 km sur les rives de la rivière ; la veille, il est allé leur dire la messe et passer du temps avec eux.

Le camion Berliet arrivé ici mercredi soir est reparti hier matin pour Bangassou afin de ramener le ciment et les tôles pour la sacristie et le nouveau magasin (= entrepôt), ainsi que du ciment pour le bloc opératoire. Aubin a embarqué avec l’équipe du camion afin de pouvoir téléphoner et envoyer et recevoir des mails.

Vendredi matin, j’ai décroché un moment de la retraite pour aller saluer le maire et lui demander s’il était disponible pour la pose de la première pierre du bloc opératoire mardi matin. Pas de problème, date et heure sont fixées, si bien que ce matin, après la réunion des confessions religieuses, on s’est réuni avec le bureau de la paroisse autour d’un café pour établir le programme et le protocole, vu les invités qui nous rejoindront pour cette occasion. A midi arrive le nouveau commandant de brigade de gendarmerie de Zacko ; il est nommé depuis deux semaines, et vient voir les lieux avec ses subordonnés. Après avoir vu les sites de construction, on s’est assis tous les 5 à l’ombre autour d’une bière bien fraiche ! On a pu ainsi prendre le temps d’échanger sur divers sujets concernant la scolarité, l’état des voies de circulation, leur travail ici…

J’ai ensuite enfourché le VTT pour aller à Gonda saluer ceux qui sortent le gravier, et j’ai retrouvé Robert pour le déjeuner ; en matinée, il a fait 3 tours de voiture avec tout un tas d’enfants pour amener les 950 briques disponibles qu’on a achetées à un maçon, afin de construire la sacristie.

 

MARDI 26 FEVRIER, 20h

 

26 février 2008 : Cette date restera sans aucun doute longtemps gravée dans les mémoires des habitants de Zacko. Une date, comme une pierre blanche ancrée dans leur cœur, aussi blanche que celle que le maire de la ville et moi-même avons solennellement scellée ce matin à 8h45. La première pierre du bloc opératoire de Zacko. Tout s’est déroulé comme l’équipe de la paroisse l’avait préparé samedi matin. Dès 6 h ce matin, les paroissiens sont venus chercher les bancs et les fauteuils de l’église afin de les positionner sur le site du chantier. Pendant ce temps, toute une équipe s’installait sous un arbre tout proche du site afin de préparer thé et café. Dès 7h45, les premiers invités arrivaient, et à 8h, le maire gravissait la colline. Il rejoignait les chefs de quartier, les responsables des confessions religieuses, les responsables de la paroisse, le chef du centre de santé, le directeur de l’école,…. On n’attendait plus que le Commandant de gendarmerie pour ouvrir les festivités sobres et officielles. Marc Yoro en chef de protocole a placé les nombreux invités et donné la parole aux intervenants.  J’ai débuté par une courte prière au cours de laquelle l’abbé Simplice a lu un extrait de la Genèse : l’accueil de Dieu par Abraham au chêne de Mambré. On est tous enfants d’Abraham, n’est ce pas ? Puis se sont succédés trois discours ; le premier fut celui du maire, lu par le secrétaire général Constant; c’est un beau discours, parcourant diverses réalités locales, mais un peu trop flatteur à mon égard, à mon gout… Vous le trouverez sans doute en annexe. Ensuite le président de la paroisse a rappelé les diverses situations tragiques qui ont amené les paroissiens à se préoccuper de cette construction ; j’ai dit pour conclure un mot me permettant de citer entre autre une phrase que me disent souvent les gens que je rencontre : « Nzapa a mu na mo ngangu ! » que Dieu te donne la force » (et non pas : que la force soit avec toi…) je leur ai « renvoyé » le propos en le reprenant pour tous les participants ; oui, que Dieu leur donne la force de consacrer du temps à tout cela, pour le plus grand bien de toute la région. Le maire s’est levé et a saisi la truelle tendue par Bertrand, un des chefs de travaux. Empoignant ensuite la belle pierre blanche trouvée au milieu du tas chargé la veille à Fungu, il l’a scellée sur un petit muret construit tout exprès. Applaudissements de la centaine de participants, puis service du café et du thé, au choix, avec petit pain ou croissant (eh oui, les croissants de Zacko méritent votre venue !!!). Vers 9h30, tout était terminé, et déjà les gars d’Aubin reprenaient le travail sur le site pendant que quatre de « mes » temporaires charriaient la latérite nécessaire au sol de la maison, dont les 6 pignons sont maintenant achevés. Je suis vraiment heureux de ce qui s’est vécu ce matin. C’est une joie d’accompagner toute cette population, et de les aider à entrer et demeurer dans l’espérance.

Cet après-midi, repos, j’ai fait de la confiture de papaye ! Cela faisait un moment que ça me démangeait, et le problème n’était pas de trouver le sucre, puisqu’on l’achète par sac de 25 kg (!), ni d’acheter de papayes, y en a vraiment beaucoup, et à 50 f pièce (7 centimes d’€uros). Non, le problème, c’était d’a            voir le temps. Et je l’ai pris, comme vous le voyez. A 14h, je suis descendu au marché emprunter une balance à Jean-Marie, un jeune de CM2 qui tient chaque après-midi le petit magasin de Ange. Puis j’ai découpé les papayes, pesé le tout (je ne vous apprends rien…) et ajouté au fruit le sucre, dans la cocotte en inox, un objet tout neuf que j’ai âprement négocié au marché, sachant que c’est très difficile à trouver, ici comme à Bangassou ; ici, c’est tout alu ! Delphin, voyant mon désarroi devant l’échec de ma recherche d’une grande cuillère en bois, est allé chercher un beau morceau de bois et, 20 mn après, j’étais en possession d’une belle cuillère modèle exclusif « made in église catholique de Zacko » ! Ayant rassemblé du bois en quantité suffisante devant les 3 pierres du foyer que j’installai sous le petit hangar, je commençais à tourner la  confiture, (cuite au feu de bois, évidemment !) sous le regard plus qu’étonné de tous ceux qui passaient devant l’église. En 2 heures, j’en ai entendu, des remarques et des questions ! J’ai intérieurement souvent beaucoup ri, en écoutant ce qui se disait du Blanc, de surcroit l’Abbé (notre Abbé) qui tourne pendant tout ce temps ce produit qu’ils ne connaissent pas. A 18h, fin des hostilités, Aubin m’aide à remplir les pots, en nombre insuffisant pour les 8 kg 500 de confiture préparée  (le reste est versé dans une grande boite en métal) Et lui, avec les chauffeurs Abbas et Rabiou, étaient comme les enfants que mes frères et sœur étions à Charbonnières, tournoyant autour de maman qui finissait de remplir les innombrables pots destinés à nos petits dèj : ces trois gaillards se disputaient pour lécher la cuillère en bois et le fond de la marmite ! Encore un bon moment de rire en cette fin de journée ! C’est qu’ils l’ont trouvé succulente, « ma » confiture !!!!

 

Les jours précédents ont été riches de rencontres, notamment dimanche matin où j’ai célébré la messe à Yanguhoda ; un évènement dans ce lieu où la chapelle avait été fermée il y a plus de 20 ans (elle avait donc disparu), et où 50% de la population est venue en ce 24 février à la messe, soit 40 personnes de toutes générations. Ferdinand, le nouveau catéchiste du lieu se met à l’ouvrage, après cette semaine de formation à Bakouma, et en attendant le mois de formation à Bangassou en avril et mai prochain.  Après la célébration, discussion sur le lieu fait de simples troncs fixés sur des pieux enfoncés dans la terre sombre et poussiéreuse. Bientôt s’élèvera ici une chapelle ; reste à déterminer qui en sera le Saint Patron…. On a aussi partagé le riz local avec le nouveau bureau du Conseil de la chapelle. C’est bien entendu en vélo que je m’y était rendu, parcourant les 13 km rapidement à l’aller, et tranquillement au retour, m’arrêtant fréquemment pour discuter un instant ou plus longuement avec des piétons de tous âges, des cyclistes divers, dont les trafiquants avec leur 200 kg de produits, des femmes mbororos chargées de calebasses de lait, un chasseur, des femmes lavant leur linge au bord de l’Ambilo… bref, des rencontres simples comme je les aime.

A mon arrivée, Aubin était installé dans un fauteuil, revenant tout juste de Bangassou avec, entre autre, le ciment et les tôles pour la sacristie. Le camion, lui, est resté un long moment en rade à 2 km, victime d’une double crevaison. Vous verriez comment ils ont recousu, à l’aide d’un fer chauffé à blanc, d’une grosse ficelle et d’un long morceau de ma sangle de transport, le pneu Michelin X…précision et efficacité du travail sur ce pauvre pneu déchiré ; et c’est vraiment costaud, vu les tonnes transportées ces jours-ci ; les salariés de l’entreprise, vous seriez épatés !!!

Lundi matin, rencontres diverses, préparation du discours et de la prière pour la pose de la première pierre, et après-midi à Fungu, non pas pour me baigner mais pour, avec toute une équipe, charger la benne à deux reprises, avec les pierres blanches entassées sur le bord de la piste samedi par les scouts et le matin même par les chrétiens de l’Eglise Baptiste Centre 1.  A ce sujet, ils sont venus le matin à 7h ; ils étaient 151 personnes !!!! En 45 minutes, ils ont charrié l’équivalent de 3 bennes, ce qui représente plusieurs tonnes ! Et c’était pas des petits cailloux de rien du tout !!!! Certains paroissiens de St Joseph feraient bien de méditer cet acte communautaire de nos frères chrétiens…

C’est la joie au cœur que je vais me coucher, alors qu’il fait à peine frais dehors, et encore bien chaud dans la maison. L’orage de la nuit passée (le premier depuis deux semaines) n’a pas vraiment rafraichi l’atmosphère, et a collé, momentanément seulement, la poussière du sol. C’est la saison sèche pour deux mois encore !

 

MARDI 4 MARS, 10h45

 

            Cette matinée est déjà vraiment chaude, et plus moite qu’à Zacko : je suis à Bangassou depuis hier. Mais avant de préciser ce pourquoi je suis venu jusque là, retour sur la fin de semaine.

Mercredi 27 février, journée consacrée à diverses visites dans la ville et au presbytère, suite à la cérémonie de la veille. En arrivant à la mairie, je suis amicalement interpellé par le SG Constant qui me présente les problèmes de fragilité du pont enjambant un cours d’eau asséché en cette saison, mais très actif en pleine saison des pluies. Le pont, fait de troncs d’arbres sur lesquels ont été entassées des pierres et de la latérite, donne des signes de faiblesse à chaque passage de la benne ramenant les cailloux de Fungu. Dans la discussion, je leur ai proposé que les quartiers s’occupent d’abattre et d’amener les 4 troncs nécessaires à la consolidation, je m’occupe des bennes de cailloux et de gravier ou de latérite. A eux d’agir pour que le reste suive ! Mais sans trop tarder, puisque la benne, nous ne la gardons jamais plus de quelques jours après l’arrivée des marchandises. Cette fois-ci, le système de levage de la benne fonctionnant à merveille, plus besoin de décharger à la main les tonnes de gravier ou de pierres ; quel gain de temps : chaque jour, près de 10 tours ont pu être réalisés, contre 4 la première fois en janvier.

Jeudi matin, le camion est reparti, et j’ai stoppé de manière un peu sèche il est vrai, la rémunération de temporaires qui ont extrait le gravier et chargé le camion ces jours derniers. Un peu sèchement pourquoi ? Et bien parce qu’il ne m’était pas possible de prévoir à l’avance le jour de retour du camion à Bangui, et puis que je n’ai pas vu les temporaires en fin de journée, puisque Lambert donnait directement à chacun la somme convenue de 1 500 francs. Vers 9h, le conseil général paroissial démarrait, avec un nombre si petit de membres que c’était préoccupant. Il va falloir rappeler à chaque responsable de mouvement qu’il doit envoyer deux membres à ces rencontres mensuelles. On est revenu sur le sujet sans fin des fours à briques ; j’ai eu un peu de mal à digérer quelques propos mensongers à mon égard concernant cette question de versement d’argent aux travailleurs bénévoles qui étaient, rappelons le, devenus plus gourmands que les temporaires extrayant le gravier … j’ai appris à ne pas trop en dire, pour qu’on tourne la page, mais désormais je reste méfiant à l’égard de certains paroissiens, en ce qui concerne ces questions d’argent. Il faut dire que c’est un problème permanent ici, entre les gens ; Simplice et moi avons d’ailleurs pris la décision de renvoyer le monsieur qui gardait la maison, et avait donc les clés ; trop de disparitions d’objets, de nourriture, et tout récemment détournement d’argent nous ont amené à agir ainsi. Alors il nous faut trouver quelqu’un d’autre ; Bertrand, le SG de la paroisse nous a présenté un gars plutôt jeune, nous sommes prêts à lui faire confiance. L’avenir nous dira si on s’est trompé ou non…

La 4è journée de jeûne et de Réco de Carême était menée ce vendredi par les catéchistes, et environ 70 personnes ont vécu ce temps fort ; j’ai beaucoup aimé le partage d’Evangile sur l’Aveugle-né, c’était vraiment intéressant d’écouter le cheminement de réflexion de gens très divers qui s’enrichissaient de la parole des autres. Le temps de pause un peu long m’a permis de discuter longuement avec le catéchiste Benjamin, afin de faire le point avec lui. Ce fut un bon moment de partage et d’écoute ; je l’ai conforté dans sa responsabilité mise à mal par les propos de quelques paroissiens … fatigants !

Samedi matin, les gens de la mosquée centrale sont passés pour me dire qu’ils descendaient à Gonda pour sortir le gravier, et j’ai fait des allers et retours en voiture dans Zacko, entre le lieu du chantier et la rivière Ambilo où nous avions installé une moto pompe facilitant le remplissage des 3 fûts de 200 litres. Comme rien ne va tout à fait comme prévu, il a fallu changer la bougie en cours de travail, et le tuyau percé de toutes parts arrosait l’intérieur de la voiture aussi bien que les systèmes automatiques des jardins publics français ! Rassurez vous, il y a quand même de l’eau qui entrait dans le fût. En fin de matinée, et 15 km plus tard, nous avions rempli le bac et le bassin creusé à cet effet le long de la nouvelle maison, la quantité d’eau est suffisante pour 2 ou 3 jours de travail. Au centre de la concession sur le plateau, les fondations du bloc opératoire sont quasiment terminées. Près de l’église, les 6 pignons de la maison ont été décoffrés, les gars vont poursuivre avec la pose de la charpente puis des tôles. Les habitants de Zacko restent impressionnés par la rapidité et la qualité du travail réalisé par Aubin et son équipe. Et ça les motive pour travailler à l’extraction du gravier ! C’est d’ailleurs à ce sujet que je suis allé discuter dans l’après midi, avec Etienne, le pasteur de l’Eglise Baptiste Centre 1 ; ses paroissiens ont charrié lundi tellement de pierres qu’il n’y en a plus besoin. Je lui ai demandé d’aller le prochain lundi avec « ses troupes » à Gonda, pour le gravier. Il est OK, et très content de ma petite visite.

Je suis aussi allé voir Claudia qui, avec 7 autres enfants, est la raison de ma présence à Bangassou. J’ai en effet pris la route dimanche à 13h45 avec 7 enfants souffrants de paralysie des jambes ou des bras, ou ayant la bouche déformée depuis la naissance par un bec de lièvre. Aux côtés de chaque enfant, un adulte, père, mère ou grand-mère, décidé à veiller sur eux pendant le séjour à Bangassou. Tous ces enfants de Zacko, âgés de 2 à 14 ans, ont répondu à l’appel lancé depuis plusieurs semaines dans divers lieux du diocèse par le docteur sœur Marcella. Elle informait chacun de la venue du docteur Onimus, de Cordoba, en Espagne. Avec deux autres médecins, ce chirurgien vient opérer des enfants qui peuvent l’être, afin qu’ils retrouvent la santé, la mobilité,… tout ceci est gratuit, la seule exigence, c’est de venir à Bangassou. Et bien j’ai relayé l’appel et organisé le transport de tout ce petit monde (heureusement qu’il n’y a pas eu 15 ou 50 candidats… !!!) La voiture était bien remplie, vous vous en doutez : il y a Claudia, 14 ans, dont les jambes sont atrophiées, sa maman et son tout petit frère Samedi ;  Dieu-Grand, 6 ans, dont les pieds ne répondent pas toujours et qui marche difficilement, et sa maman et son petit frère ; Dieu-béni, 12 ans souffrant de la malformation de la bouche et du palais, accompagné de son papa ; Amina, dont le bras droit s’est figé après une chute dans l’huile bouillante, avec sa maman et son petit frère Abou ; Nahumie, 2 ans, souffrant de paralysie partielle des pieds, et sa maman ; Alban, 4 ans, qui ne marche pas, et sa grand-mère ; Flavie, 10 ans, qui souffre de malformation de la jambe gauche, et sa maman. Un total de 18 têtes ! Vous imaginez qu’il y a des bagages personnels, des sacs de manioc, des bidons d’huile, ma petite cantine… et tout est rentré, comme par miracle, et nous sommes arrivés à Bakouma sans encombre vers 17h ; j’ai déposé chacun dans des familles d’accueil, puis me suis reposé et ai vraiment apprécié la douche. Se laver au seau tous les jours, dans « la cabane au fond du jardin » (avis aux fans des flying tractors !) c’est pas très agréable (heureusement qu’il y a Fungu, la source chaude de Zacko, c’est efficace pour le décrassage en fin de journée !)

Lundi matin, 8h15, j’avais ramassé tout mon petit monde dans les quartiers, nous quittons Bakouma direction Bangassou. Impossible pour moi de vous retraduire la joie de Claudia et Dieu-béni, les deux plus grands, assis à l’avant à mes côtés ! Ils ont ri, contemplé le paysage, aperçu des animaux traversant devant nous, salué tous les gens rencontrés en bord de piste…. Ils ont essayé de comprendre les différents boutons du tableau de bord. C’était vraiment formidable. A l’arrière, les conversations entre les adultes allaient bon train, alors que, pour la plupart, ils ne se connaissaient pas avant d’embarquer la veille. Arrivés à Bangassou après quelques arrêts, nous sommes allés à Bangondé prendre des infos, puis à l’hôpital régional pour la suite des infos, et j’ai accompagné chacun afin qu’ils rejoignent leurs familles ou les familles d’accueil. Fatigué de tout cela, et très heureux aussi, j’ai savouré une grosse bouteille de 33 Export pendant le déjeuner : il était 14h déjà !

15h30, rendez-vous sur Internet pour découvrir vos messages, dont de nouveaux correspondants de Clermont et de bien d’autres lieux, particulièrement du Père Henri, spiritain, prêtre de Bakouma et Zacko pendant plus de 30 ans ! Il venait aux nouvelles, j’étais ému de lui répondre.

Soirée entre européens chez Blandine, histoire de se raconter ce qu’on devient, les uns et les autres. Un bol  d’air cool, complété par un (non, deux !) appels de mes parents.

 

Ce matin, première consultation à l’Hôpital général auprès de Maximo, Médecin espagnol de Cordoba, arrivé la veille ; il prépare le terrain pour le Professeur Onimus qui arrive jeudi. J’ai fait le ramassage de tout « mon » petit monde, puis l’un après l’autre, j’ai introduit l’enfant et l’adulte accompagnateur, rassurant autant l’un que l’autre ! Contrairement à mes frères, je ne parle pas l’Espagnol. Les conversations nous amenaient à passer du Sango à l’Espagnol via le français, sous la direction de Sœur Marcella, d’Argentine, assistée de deux internes de l’hôpital. Vers 10h, tout était terminé, j’ai raccompagné chacun, et me voici de retour à la maison. Le prochain rendez-vous est fixé à jeudi, dès l’arrivée du docteur Onimus. Qui sera opéré ? Qui rentrera rapidement ? Dieu seul le sait. Mais déjà cette visite permet à ces enfants et à leurs familles d’être pris en considération ; c’est déjà si important. Et puis ça crée des liens qui, je pense, resteront forts entre nous. Bangassou, c’est tellement, loin, et si différent de Zacko !

Je reprendrai la route vendredi matin avec les enfants qui ne seront pas opérés. Peut-être aurais-je le temps de vous donner quelques nouvelles avant mon départ.

 

En tout cas, permettez-moi de vous souhaiter de très joyeuses et saintes fêtes de Pâques !

Que le Christ partageant les souffrances de l’humanité soit aussi la source de votre joie de vivre, et de croire !

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /Mars /2008 07:07

LUNDI 4 FEVRIER, 18h

La nuit tombe ici à Zacko, mais la chaleur reste étouffante, et l’absence de vent a rendu  cette journée plutôt pénible. Je suis assis dans un des nouveaux fauteuils fabriqués par le menuisier Cyril, et destinés aux salons des 4 chambres de la nouvelle maison ; il est très confortable ! D’ailleurs, ceux qui veulent en être sûr savent ce qu’il faut faire… Ce soir, au fur et à mesure que j’écris, Frédéric, Junior, Odilon, Ousmane, Paterne et Armando lisent le texte, en ce demandant ce que je fais. Je vais leur expliquer que c’est le récit de mes journées que je compose pour vous partager ce que je vis. Ils sont bien surpris de savoir que vous les connaissez déjà grâce au carnet et aux photos !!! Ils ont passé une bonne partie de l’après-midi à enfourcher à tour de rôle mon vélo pour faire le tour de l’église et la place, devant le petit presbytère. C’est une bonne alternative au foot, et ça les amène à s’entraider, à patienter et discuter de tout et de rien, c’est sympa aussi de les voir s’intéresser à ce que je fais ; après m’avoir aidé à confectionner les boites à clous et à trier le contenu, on a discuté du temps du Carême, qui commence ce mercredi. Calendrier en main, on a compté les jours, et on arrivé au chiffre de 46 ; normal, puisqu’il faut ensuite retrancher les 6 dimanches de ce temps de Carême. (Vous le saviez, n’est ce pas ?!)

Mon vélo se porte très bien, il a déjà franchi la barre symbolique des 1000 km ! Il souffre cependant de petits maux : le porte-gourde n’a pas résisté à certains chocs engendrés par les enfants, et la selle s’est fendue au milieu ; je l’ai réparée avec un morceau de métal enroulé autour d’une calle en bois, le tout placé sous la selle, et des lanières fabriquées à partir de vieilles chambres à air tiennent le tout. C’est presqu’aussi confortable qu’avant !

La matinée de ce lundi avait démarré bien calmement après une matinée presque grasse, puisque je suis sorti du lit à 7h00. Après le petit dèj, Aubin et moi sommes allés voir une grosse réserve de pierres sorties des berges de la rivière Gonda, à presque 2 km en contre bas de notre propriété. Il y en a beaucoup, il faudra au moins deux trajets en camion, quand il y aura possibilité pour un camion de venir à nouveau ici…. Le chantier de remise en état des ponts n’est pas lancé. On a ensuite arpenté le terrain pour décider du lieu exact de l’implantation du Bloc Opératoire. Cet après-midi fut cool.

C’est vendredi soir que je suis arrivé ici avec Simplice, et comme d’hab’ tout plein de gens divers dans la voiture … des Courde ! Eh oui, notre super voiture permettant à tous les coopérants DCC du diocèse de voyager ensemble jusqu’à Bangui, on a fait un échange momentané. Leur session a lieu ces jours-ci avec l’Abbé Antoine Exelmans et tous les DCC de RCA, ils sont partis samedi matin et rentrent au bercail  autour du 12 février. C’est donc en pick-up qu’on a quitté Bangassou vendredi matin. J’étais content de ce court séjour, mais l’estomac barbouillé m’a fait souffrir, et les analyses faites au centre de Santé Bangondé de Bangassou ont révélé que j’étais très habité intérieurement…. Malheureusement pas seulement au plan spirituel ! Le verdict est tombé vendredi matin, 24 heures après les examens : flagyles et ascaris se partagent mon espace intérieur, provoquant quelques remue-ménages peu agréables. Certains savent ce que sait qu’un accélérateur de particules, hein ?!!! Le traitement prescrit par Sœur Lourdes (merci de prononcer aussi le « S », elle est portugaise) fait son effet, rassurez-vous. Je vais de mieux en mieux ! Entre coups de téléphone et mails, j’ai eu peu de temps de repos, mais quelle joie de savoir que les choses avancent au chapitre des projets de solidarité à Godefroy, à Massillon, en paroisse, à l’aumônerie des lycées BPJA, et ailleurs!

Vendredi soir, deux bonnes nouvelles nous attendaient ici: la maison s’élève, les mûrs en briques sont quasiment achevés, les piliers de ciment en passe d’être terminés ; dire qu’il y a trois semaines, il n’y avait rien à cet endroit ! Et puis l’autre heureuse nouvelle, c’est que Benjamin a trouvé de l’eau !!! À 15m50, l’eau a jailli ; il a creusé encore deux mètres, toujours aidé par Cyril qui remonte patiemment le seau rempli de terre et de cailloux. De l’eau ici, c’est tout qui va être différent pour nous ! Pour le moment elle est un peu trouble, mais quand le fond aura été aménagé, on y verra clair !

Samedi matin fut pour moi relax, pendant que Simplice et toute une équipe préparait la première journée de retraite de Carême, qui sera vendredi 8 février. De mon côté, les servants d’autel s’étant rendus disponibles pour un travail dans la concession durant la matinée, Jolys et moi avons fait deux équipes : une chargée de déplacer les pierres, une de transporter les briques en voiture depuis l’emplacement du four jusqu’à la maison, qui s’élève vers le ciel à grande vitesse. L’après-midi, entre rendez-vous et confessions, le temps a passé vite, et c’est vers 17h que j’ai embarqué dans le pick-up les servants d’autel pour nous rendre à Fungu.

Dimanche matin, messe ici, pendant que Simplice célébrait à Bamara, puis après-midi cinéma à la maison : j’avais invité les servants afin de les remercier ; on a regardé ensemble devant l’ordi le premier épisode de Jason Bourne, « la mémoire dans la peau », puis on est allé ensemble se détendre à Fungu. En soirée, Aubin est revenu de Bakouma avec Robert le chauffeur qui vient donner un coup de main en pilotant (c’est le mot) la vieille voiture increvable du Père Henri. Toute la journée d’aujourd’hui, il a transporté d’un bout à l’autre de la concession des dizaines de pierres qui serviront à la fondation du Bloc.

 

JEUDI 7 FEVRIER, 16h

 

Assis à l’ombre sur notre terrasse, je domine de quelques mètres le Centre-ville de Zacko ; les maisons sont déjà très (trop) serrées, et pourtant deux nouvelles constructions sont en train d’émerger juste devant nous, en contre bas, au milieu des autres. Absence de plan d’urbanisme, et partisans de la moindre distance d’avec le marché et les puits, et peut-être d’autres critères encore, amène les gens à s’entasser dans ce que tous appellent « le trou », ce que nous appelons en français « la cuvette ». Le projet de déplacer le stade vers l’extérieur de la ville va libérer de la place, mais le risque est grand que se développe très vite un tissu de constructions anarchiquement disposées. Avec tout ce que cela veut dire comme promiscuité et insalubrité. Zacko est encore en croissance, et la conversation que j’ai eu à Bangassou avec Michel, directeur régional de la Sécurité Sociale, fait un peu froid dans le dos. Avec à terme la création de 1 800 emplois chez Aréva à Bakouma, la proche région ne sera pas en mesure de fournir de la nourriture pour tout ce monde nouvellement installé ; en effet, 1800 emplois, c’est plus ou moins 10 000 personnes concernées, puisque les familles des employés vont en vivre. Pas assez de nourriture, c’est d’abord une hausse des prix, et puis tout simplement plus assez, ou plus rien. Au final, ceux qui auront de l’argent pourront s’en tirer, les autres, déjà pauvres, le seront de plus en plus. Quant à Zacko, le risque est grand que les trafiquants, ces cyclistes en provenance des villages de Ouango à 300 km au Sud, et qui transportent du manioc, de l’huile de palme, des arachides, s’arrêtent à Bakouma où ils vont trouver leur compte en vendant sur place leurs produits, et en gagnant ainsi deux jours de pénible trajet. Ce qui inquiète beaucoup Michel, c’est que rien n’est réfléchi en haut lieu pour anticiper ce qu’il appelle la catastrophe. Il faut, selon lui, que déjà les agriculteurs locaux changent de comportement, à savoir cultiver pour ses propres besoins, et s’attellent à agrandir franchement leurs champs afin de cultiver davantage et avec diversité. C’est un des moyens d’éviter une envolée des prix non maitrisable. Mais qui va& relayer ces propos auprès des populations peu enclines à remettre en cause des habitudes de fonctionnement axées sur l’autosuffisance ?

Au chapitre nourriture encore, je découvre avec effarement que le programme travail contre nourriture tombe à plat. Je vous explique : des produits du Programme Alimentaire Mondial sont parvenus ici, huile en bidon de 4 litres et sacs de 25 kg de semoule de maïs, dans le but de les distribuer en échange d’un travail précis, au terme d’un accord avec les travailleurs. Par exemple,  créer un chemin d’accès direct au bloc opératoire demande plusieurs jours de travail ; j’ai confié cette tâche à Aimé Pia, un jeune père de famille, un de « mes » anciens Aïta-kwe de Bangassou. Charge à lui de recruter deux ou trois autres collègues pour faire avec lui ce travail qui demande trois ou quatre jours. Le deal est le suivant : quand le travail est achevé, chacun reçoit un sac de semoule et un bidon d’huile de palme. Et bien, il n’a trouvé personne qui accepte le deal ! Il s’est donc mis au travail tout seul. Hier mercredi, j’ai passé deux heures à l’aider, ainsi que Robert le pilote de la vieille Toyota. Ce matin, un jeune, Sylvain, qui tournait en rond devant la porte, a accepté de se mettre ainsi au travail, ce qu’il avait refusé il y a deux jours. J’ai fait la proposition d’échange entre un tas de gravier contre un sac de semoule, je n’ai pas encore eu de réponse positive. Quand j’interroge les gens sur les raisons pour lesquelles ils quémandent du travail ici, ils répondent que c’est parce qu’ils ont faim. Mais quand je leur propose jusqu’à 25 kg de semoule de maïs, ça ne leur convient pas, ils préfèrent l’argent. Je peux comprendre ça, mais eux doivent comprendre que je n’ai pas d’argent frais à disposition en permanence. J’ai dépensé un million de francs en moins d’un mois, c’est énorme, c’est beaucoup trop. Bien des choses restent à comprendre, certaines à convertir, chez eux parfois, en moi aussi surement. Il faut du temps, je le prends, je suis là pour ça entre autre, non ?!

Mardi, c’était Mardi Gras. J’ai pensé à toutes les mamans (à commencer par la mienne !) chez qui j’ai dégusté des beignets, des crêpes, ou de si bons gâteaux au long de ces années, entouré d’enfants et de jeunes avec qui les échanges étaient toujours passionnants. Cette année, malgré le fait qu’Aubin l’architecte était malade, on a ouvert des pochettes contenant du chorizo et de la rosette en provenance de Clermont. Cela a accompagné l’excellent repas concocté comme d’hab par Julienne. Simplice est parti aussitôt après pour Kpangou avec la moto, afin de vivre ces 24h avec les paroissiens de cette chapelle située à 30 km au Sud. J’ai travaillé mon sermon du lendemain. En soirée, on a regardé sur l’ordi le film « les infiltrés ».

Mercredi des Cendres, messe à 8h30, église remplie ! Et à 11h45, près de 50 enfants et deux enseignants sont à leur tour venus recevoir les cendres. J’ai bien aimé cette journée calme et de jeûne. J’en ai profité pour avancer dans la lecture du très intéressant livre de Jean Rigal « l’Eglise  à l’épreuve de ce temps ». Merci à Philippe Mallet, responsable des Fidei Donum en Afrique, pour cet envoi ! Après-midi consacrée au travail d’aménagement de la route d’accès direct au Bloc Opératoire. J’ai travaillé avec Aimé Pia et Robert à l’extraction de racines et de souches, et à l’enlèvement de pierres qui serviront aux fondations du bloc. Travail dur, quasiment en silence, en ce jour de jeûne et de prière ; j’ai aimé ce moment suffisamment loin de la maison pour ne pas être dérangé par les paroissiens parfois envahissants.

Ce matin jeudi, visite à la mairie : j’ai vu le plan cadastral en cours de finition, entre les mains du secrétaire général Constant. J’ai discuté avec le Maire de choses et d’autres, notamment la découverte de l’eau à 15m50 dans notre concession. Je suis allé cet après-midi rendre visite à une fillette malade qui souffre des jambes, mais elle ne peut faire partie des enfants susceptibles d’être opérés par le Docteur Onimus qui vient début Mars à Bangassou. Par contre, deux enfants se sont signalés en plus de Claudia. Comme elle, ils souffrent de troubles de la marche, suite à une maladie ou à une injection de Quinimax mal acceptée par leur corps d’enfant. Je vais organiser leur venue à Bangassou pour les tous premiers jours de Mars.

Je m’apprête à descendre vers le marché pour aller voir les demi-finales de la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations. Au programme, Cameroun/Ghana, puis Egypte/Côte d’Ivoire. Il va y avoir de l’ambiance…. !!!!

 

MARDI 12 FEVRIER, 7h30

 

Au petit matin, je poursuis la rédaction du carnet ; il est 7h30, cela fait deux heures déjà que je suis debout, comme la plupart des Centrafricains, et comme le soleil qui nous tire du lit avec ses rayons et sa chaleur, douce jusqu’à 10h environ. Je suis arrivé à Bangassou hier lundi, et ce matin, j’ai été m’assoir à la cathédrale pour prier l’office du matin avec l’ensemble des membres des communautés religieuses de la ville. Puis à 6h, messe en sango présidée ce matin par l’abbé Clotaire, le curé. Petit dèj à 6h45 au cours duquel je retrouve les pères franciscains de Rafaï Norman et Ricardo. Et me voilà devant l’ordi.

Je reprends le fil de mon carnet, que j’avais coupé jeudi après-midi.

Les matchs de la CAN ont été passionnants, c’est du football de bon niveau, avec des accélérations et des courses de vitesse superbes. Dans cette salle bien trop petite pour ce genre d’occasion, les odeurs de transpiration se mêlent à celles de la cigarette, et personne ne sort à la mi-temps de peur de ne pas retrouver sa place sur l’un des bancs étroits et sans dossier sur lesquels on se sert ; c’est  comme à Paris dans le métro aux heures de pointe. Il faut vraiment aimer le foot, il faut aussi savoir passer du bon temps avec les habitants du lieu !

Vendredi, première journée de récollection à la paroisse. Ce fut un vrai long moment de prière, de partage d’Evangile, d’Adoration, de méditation. Débutant à 6h par la messe, cela s’est terminé à 15h30 après le chemin de Croix vécu dans tout l’espace de notre propriété. Simplice et toute une équipe avaient bien préparé les choses. Le lendemain matin, c’était à mon tour de plancher avec une autre équipe, pour préparer la récollection de vendredi prochain ; il en sera ainsi chaque vendredi de Carême. Les gens présents (environ 300 personnes) ont été ravis de ce qui leur est proposé, et ceux qui préparent ont des idées, réfléchissent, inventent des choses pour permettre à chacun de s’y retrouver. Ce jour-là furent aussi donnés les premiers coups de pioche pour la construction du Bloc Opératoire ! C’est un moment d’émotion discrète qui m’a envahi en passant devant les fossés des fondations, alors que nous déambulions en vivant le chemin de Croix. Dimanche, à la fin de la messe, Bertrand, le secrétaire général de la paroisse, et moi avons encouragé les gens à ne pas baisser les bras devant l’ampleur de la tâche.

Samedi matin, après la réunion de préparation de la deuxième journée de réco de Carême, le secrétaire général de la Mairie est venu me voir pour me donner les plans officiels de la concession et parler du bornage provisoire par les services municipaux. Le plan est clair, ce document nous est très utile pour la suite du dossier concernant la construction. J’ai écrit au Maire que je l’invitais à la pose de la première pierre, dont nous déciderons la date avec Aubin. L’après midi, j’ai participé à une rencontre d’équipe « légion de Marie », mouvement d’adulte rassemblant beaucoup de gens hommes et femmes, pour la prière, l’écoute de l’Evangile, la charité. Cette réunion était pour cette équipe l’occasion de fêter, un peu en avance, Notre Dame de Lourdes, puisque c’est le nom qu’ils ont donné à l’équipe. En soirée, sous les étoiles, assis dans les fauteuils, Aubin, Robert et moi avons regardé le film « ne le dis à personne » ; un moment de détente que j’ai vraiment apprécié !

Dimanche matin, messe, puis rencontre avec des membres du Conseil Paroissial qui avaient convoqué deux femmes qui se chamaillent dans le quartier. Il s’agissait de donner la parole à chacune, de comprendre le pourquoi du comment, et de leur prodiguer quelques conseils avant de prier ensemble et de renvoyer chacune dans ses foyers. Le résultat, c’est à apprécier dans les jours qui viennent…

A 13h45, nos deux véhicules ont pris la route pour Bakouma où nous attendait une foule de plusieurs centaines de personnes venues regarder, grâce au vidéo projecteur installé en extérieur, la finale de la CAN, sur écran géant. Quelle ambiance, sans cigarette ni sensation désagréable d’être écrasé par les voisins passionnés du ballon rond ! Le commentaire était souvent inexistant, compte tenu de panne de micro (!) C’est l’Egypte qui a gagné, ce qui n’a réjouit qu’une infime minorité de téléspectateurs, dont moi…. ! Et non, je n’ai pas encouragé les Lions Indomptables du Cameroun, mais les Pharaons d’Egypte. On les appelle partout « Les Blancs d’Afrique », alors…

Lundi matin, départ avec Aubin pour Bangassou, avec, comme d’hab’, un certain nombre de gens assis dans le pick-up. Trois arrêts en route nous ont permis d’acheter des animaux fraichement abattus durant la nuit par les chasseurs: un singe et trois gazelles ; à chaque arrêt, chacun dit s’il veut ou non acheter, puis négocie le prix avec le vendeur. Une gazelle, c’est entre 900 et 1100 FCFA, un singe autour de 1300 FCFA ; j’ai offert à la famille Balipio la gazelle que j’ai achetée.

Après la sieste, j’ai passé deux heures devant mon ordi connecté afin de vous lire, de vous répondre. J’apprécie toujours autant d’avoir de vos nouvelles !

J’apprends avec tristesse le décès du père Francisque Bouquet, mon confrère pendant les 6 années passées à Clermont. C’est une figure du Centre ville qui rejoint notre Père du Ciel.

En fin de journée, des jeunes sont venus me chercher pour me demander de ramener chez lui Frédéric, un jeune confirmand plutôt costaud. Sorti de la réunion vers 16h30, il s’est allongé à l’ombre, et ne s’est pas réveillé. Un cas de plus de coma paludéen, sans doute. Sa mère pensait pouvoir le mettre à l’arrière de la mobylette du voisin de quartier, mais c’était impossible. Complètement endormi, nous l’avons alors installé dans le pick-up à l’arrière, puis je me suis dirigé entre les cases serrées du quartier Banguiville, pour arriver jusque chez eux. La pauvreté des lieux et des gens m’a amené à leur proposer de l’emmener à l’hôpital, aux urgences. Je savais qu’à partir de ce moment là, c’est à moi qu’incombait de payer l’ensemble des frais occasionnés par son hospitalisation. Toujours endormi, mais allongé maintenant sur son lit de bois, nous l’avons réinstallé à l’arrière, puis avons pris la piste pour l’hôpital. Il fait nuit noire ; à l’arrivée, le médecin de garde le fait installer dans l’une des salles réservées à la médecine. Une salle sans électricité, comme toutes les salles de l’hôpital. Une salle où sont installés 6 lits solides et neufs, en fer, seule touche de modernité dans cet espace où l’infirmier, tenant d’une main la lampe à pétrole, tente avec tact et talent, de faire une injection à un des patients arrivé peu de temps avant nous. Une salle ouverte des deux côtés et donc à tous les vents et à la poussière, où le plafond en bois s’effrite, abimé par la pluie, et où les poches de perfusion sont accrochées aux volets. Dans la pièce, le râle d’un vieux mourant est à peine estompé par le rire d’un bébé jouant dans les bras de sa maman accompagnant un autre patient. La venue du médecin, lampe de poche à la main, rassure un peu ; il diagnostique un fort palu, et prescrit une perfusion d’antipaludéen et de glucose ; je vais à la pharmacie acheter l’ensemble des produits et ramène le tout, ou presque, puisqu’il n‘y a plus de coton à vendre; nouvelle attente du médecin parti auprès d’un autre patient dans une autre salle. A son retour, toujours très calmement, il s’occupe de notre Frédéric qui lance parfois quelques petits cris étouffés. La perfusion posée, il n y a plus qu’à attendre le lendemain. Laissant seule la maman, je repars en voiture, ramenant au quartier les jeunes qui sont venus prêter main forte au transport de Frédéric. Et je me mets à fredonner la chanson de Jean-Jacques Goldman : « juste après »… (avis aux connaisseurs du texte et du clip, seuls vous pouvez comprendre !)

J’arrive, très en retard, chez Blandine qui m’a invité à diner en même temps que les Pères spiritains de Bangassou. La soirée fut belle et agréable avec les Pères Théo, Hollandais, Antonio, Angolais, et René, Camerounais. Je réalise soudain qu’il n’y a pas un centrafricain autour de la table !

Je me prépare à repartir pour Zacko demain mercredi 13, si tout va bien du côté matériel. Il faut les plans définitifs du Bloc, envoyé par Internet, les pièces pour la moto, du gasoil, du pétrole…. C’est parti pour l’aventure des courses en ville !

 

Il est 10h55….et je suis au Cyber, où la connexion rencontre des problèmes. Il faut débrancher tous les ordis, et tous les câbles de lien à Internet des ordis personnels. C’est un problème de serveur. J’ai donc le temps de vous dire que les coopérants de la DCC viennent de rentrer à l’instant au bercail. Je suis allé à 9h au marché acheter des pièces de moto pour Bakouma ; entre bielle et segments en tous genres, j’ai trouvé mon bonheur, grâce à Bruno, un spécialiste moto de la ville. Heureusement qu’il m’a accompagné, je serais reparti avec des pièces de Suzuki, peu compatibles avec la Yamaha, et pourtant emballées dans une boite estampillée Yamaha… Avant la panne de connexion, Aubin et moi avons eu le temps de rentrer dans l’ordi les plans définitifs du Bloc Opératoire ; je vais les imprimer et on va ainsi engager pleinement les travaux.

Il est 11h30, je suis encore au Cyber ; le verdict est tombé : il faut changer le disque dur du serveur… autant dire que je ne sais pas quand je vais pouvoir vous envoyer ces nouvelles. Guy-Roger, un de mes anciens Aïta-Kwe, est déjà au travail pour installer le nouveau disque dur (incroyable mais vrai, il y en a en réserve !) La radio grésille dans la salle qui s’est vidée de ses clients : le Président de la République Centrafricaine François BOZiZE est à l’antenne, en train de faire un discours aux jeunes de son Parti, le KNK, initiales de KWA NA KWA, ce qui pourrait ce traduire par : tous au travail, ou : le travail rien que le travail. L’ambigüité en langue sango est forte, puisque KWA traduit aussi bien le mot travail que le mot mort….. Côté bonne nouvelle, le camion Berliet jaune et ses chauffeurs reprend la route demain pour Zacko, la benne chargée de ciment, de chevrons et de tôles. Arrivée prévue en fin de semaine à destination ! Le travail va se poursuivre avec un rythme soutenu.

 

15h30 : la connexion est revenue, c’est parti pour l’envoi du chapitre 5 !

Rendez vous dans quelques semaines pour découvrir le chapitre 6 !!!

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 22:15

DIMANCHE 30 DECEMBRE, jour de la Sainte-Famille.

C’est depuis Rafaï que j’écris ces premières lignes. Après un séjour de quelques heures seulement à Bangassou, du 26/12 13h au 27/12 8h45, me voici à Rafaï, à 150 km à l’Est. Me voici, je devrais dire nous voici : en effet, jeudi matin 27, c’est avec Patrick et Marie-Do que j’ai pris la route au volant de ma voiture. 7 heures plus tard, à 15h45, nous arrivions au bac de Rafaï qui nous permet de traverser le Chinko large de 250 mètres et d’atteindre le but de notre voyage : la paroisse St Augustin où résident Damien et Hélène, qui ont été rejoints par les parents de celle-ci depuis le 20 décembre. Sur la route, nous avons transporté pendant 10 km un pauvre vieux impotent que deux adultes avaient chargé dans une brouette afin de le reconduire chez lui. Voyant cela (on voit tout vu la vitesse de circulation !) pas d’hésitation, je me suis arrêté et ai emmené tout ce petit monde (sauf la brouette…) jusqu’à destination. Quelle joie pour eux, ils ne tarissaient pas en remerciements. Quelques km plus loin, un vieux papa m’bororo marchaient péniblement sur la piste ; il nous fait signe, je m’arrête. Il nous demande de l’emmener, lui et son fils, jusqu’à Rafaï. Pas de problème, nous emmenons les deux avec les arcs, les flèches, la théière en plastique dont ils ne se séparent jamais ; lors d’une pause, nous partageons les bananes prévues par Marie-Do. Nos deux passagers m’expliquent qu’ils arrivent de Zacko ! Partis lundi matin 24, ils avaient parcouru 270 km jusqu’à ce jeudi 27 !!!! Et je me suis souvenu de la question d’un musulman à Zacko ce même jour veille de Noël « ah ! mais vous êtes encore là ? Parce qu’hier, on est venu, et on n’a pas vu la voiture, on pensait que vous étiez partis » En fait, j’étais à Yanguchi ; ces gens venaient précisément me demander d’emmener nos deux passagers de ce jour. Faute de les embarquer à Zacko, on aura fait 90 km avec eux, c’est toujours ça. Et le plus jeune, Ousmane, nous a bien aidé lorsqu’il s’est agit de refaire les ponts cassés afin d’engager la voiture sans risque de chute dans l’une ou l’autre des rivières à traverser : ici un IPN à replacer après le passage d’un camion si large qu’il y avait 1m d’écart avec notre voiture, là des rondins qu’il faut aller repêcher dans l’eau afin de refaire le tablier du pont. On n’est pas trop d’un de plus pour ce genre de travail !

Quel bonheur  de retrouver tout ce petit monde à Rafaï depuis jeudi soir : l’équipe des 4 franciscains, les 5 sœurs franciscaines, et bien sûr Georges et Stéphanie les parents d’Hélène, ainsi que Damien et Patrick et Marie-Do. C’est un vrai changement d’air, j’apprécie vraiment. Et puis Georges et Stéphanie sont arrivés avec une grosse quantité de courrier m’étant destinée ; lire tant de lettres et de cartes postales de gens si divers m’a fait plaisir. Il y a même deux CD ! J’essaye de répondre à chacun en utilisant comme carte postale les photos que j’ai édité avec mon imprimante avant de partir à Zacko début décembre.

Et puis on échange au long des jours très librement de tout un tas de choses, je me suis mis à penser à ce que je vis lors de vacances en Bretagne où on flâne et on se repose entre deux courtes ballades dans le coin.

 

DIMANCHE 6 JANVIER, 20 h10, fête de l’Epiphanie, Bakouma.

 

Eh oui, les vacances, ça a du bon, et j’en ai même un peu oublié le carnet de bord…. Mais j’ai de bonnes excuses, enfin, j’espère que vous les accepterez !

Entre flâneries à Rafaï et réponses plus ou moins longues à nombre de lettres et de photos reçues, il ne restait plus beaucoup de temps, si ce n’est celui du sommeil, bien nécessaire. Dimanche dernier, Kordian, le curé de la paroisse aux 24 chapelles, m’a fait la joie de me demander de présider à Rafaï-centre, dans l’église St Augustin, pendant que lui et ses deux confrères Norman et Ricardo se rendraient chacun dans une de leurs chapelles pour la fête de la Sainte Famille. L’après midi, après le déjeuner chez les sœurs franciscaines, Frère Raymond nous a emmené au Centre du Continent Africain. Les calculs très sérieux ont été effectués en leur temps par l’Institut Géographique du Congo Belge (IGCB), et une toute petite borne en ciment a été plantée là, au beau milieu d’un terrain de foot local situé en pleine brousse. Damien n’a pas oublié le ballon, et après une séance photo comique, le match s’est engagé avec des jeunes qui passaient sur la piste. Puis Raymond nous emmène saluer des M’bororos qu’il connait bien. On partage quelques mots, puis nous visitons l’immense case en paille construite par les femmes pendant que les hommes font paitre les troupeaux de vaches à quelques km. Dans la case, tout autour, des lits en bois léger fabrication locale centrafricaine appelés kélekpa, et accrochées à la structure de la toiture, des calebasses de toutes tailles destinées à la confection et au transport de produits laitiers vendus aux marché. Ces familles sont presque sédentarisées, ce qui explique que Raymond connaisse chacun des membres. On a là aussi fait de superbes photos, le soleil couchant donnant un éclairage doux et chaleureux.

Le 31 fut une journée cool, que j’ai consacrée encore au courrier et à une interview pour RCF, menée de main de maitre par Patrick. La soirée fut originale : Kordian, qui est un vrai maitre en cuisine, nous a préparé un succulent gâteau que nous avons dégusté en fin de repas avec les franciscaines qui nous avaient rejoint dès l’apéro au cours duquel il y avait des toasts au saucisson, et d’autres au Cantal !

Puis, comme on est en saison sèche, Kordian nous a organisé une séance de cinéma avec vidéoprojecteur. Au programme : « la marche de l’empereur » ! Près de deux heures en Antarctique !!! Ce n’était vraiment pas couleur locale, idem pour ce qui est de la température…. c’était vraiment inattendu, original et très sympa. Puis à minuit, Damien et Patrick sont allés sonner les deux cloches en en tirant les cordes, et à ce tintement au cœur de la nuit répondaient les coups de fusil et les clameurs des quartiers de Rafaï. On entrait en 2008 !

A 5h15, je suis réveillé par des chants d’enfants tout proches ; Kordian sort de la chambre, et se retourne en disant : « les enfants, ils sont au moins 150 dehors ! » et ils chantent à tue tête et brandissent des branches et des palmes décorées (non ! ce n’est pourtant pas le jour des Rameaux ??!) jusqu’à ce qu’on leur remette un bonbon (au moins) à chacun. Alors là, il faut organiser un vrai rang afin de servir chaque enfant, éviter les resquilleurs, et calmer les affamés ! Je ne sais pas d’où Kordian a sorti tous ces sacs de bonbons, mais il a pu sans problème satisfaire à la demande. Et les voilà qui se dirigent ensuite vers la maison de Damien et Hélène, et chantent encore et toujours ; Kordian arrive à la rescousse avec encore des sacs de bonbons qu’Hélène et Damien s’emploient à distribuer avec la même rigueur que précédemment.

Ce réveil trop matinal m’a amené à finir de boucler ma petite cantine, puis que c’est là dedans que je transporte toutes mes affaires, qui sont ainsi bien protégées. Nous dévorons le premier petit déjeuner de l’année, et nous prenons la route ; nous, c’est qui donc ? Et bien Patrick et Marie-Do, bien sûr, et aussi Georges et Stéphanie Tézenas qui repartent pour notre belle Auvergne ! Les au-revoir avec leurs enfants laissent échapper quelques larmes étouffées, puis à 8h15, nous commençons à avaler les 150 km prévus en ce premier jour de janvier, premier jour de l’année 2008. Le bac franchi et quelques ponts réaménagés plus tard, c’est la pause déjeuner à midi, qui nous amène à déguster des sandwichs à la Vache qui Rit et au saucisson, accompagnés d’eau filtrée conservée au frais dans nos gourdes. Rien à voir avec les repas de nouvel an précédents, mais après tout l’essentiel est bien ailleurs que dans ce qu’il y a se mettre sous la dent !!! À Lanomé, je marchande puis achète à la demande de Sœur-Thérèse un sac de farine de manioc pour 4000 francs, destiné à l’école Antoine-Marie de Bangassou. A plusieurs reprises sur la route, nous rencontrons des gens qui me connaissent, ce qui fait beaucoup rire Patrick. D’autres s’arrêtent et nous saluent, et dans certains villages, c’est,  dixit Marie-Do, « une foule en liesse qui clame « Bônané ! Bônané ! »

On arrive sans souci à Bangassou vers 15h30. Je suis fatigué après ces 7 heures au volant qui suivent une nuit un peu trop courte. Je dépose les Courde chez eux puis emmène les Tézenas chez les sœurs St-Paul-de-Chartres où Sœurs Thérèse, Marguerite et Ernestine leur réservent un accueil chaleureux. Arrivé à la maison d’accueil de la Cathédrale, je ne tarde pas à m’endormir après le diner, après que j’ai découvert le contenu du colis remis par la famille et les amis aux Tézenas. J’en profite davantage le lendemain : des DVD, des BD, et encore du courrier ! Je n’aurai pas le temps de répondre à chacun.

Les jours suivants sont consacrés à l’envoi et à la réception de mail de partout, qui me font plaisir, quelque soient leur longueur et le contenu ; c’est bon de rester ainsi en lien, même si rien ne remplace « le direct » quand les regards se croisent et les paroles s’échangent sans intermédiaire. J’ai aussi la joie de téléphoner à quelques uns, quel plaisir d’entendre leurs voix !

J’ai célébré deux matins de suite chez les 5 franciscaines qui sont installées sur la colline de Bangondé, et partagé le petit déjeuner avec elles. J’ai consacré du temps à l’orphelinat et aux 21 pensionnaires du lieu jeudi après midi. Vendredi midi, excellent Capitaine chez les Courde, cuisiné par Monsieur (le Capitaine, c’est un gros poisson sans petites arrêtes, très fin, je vous le recommande !). Puis c’est Blandine qui reçoit pour la soirée d’au revoir à Bas, le pilote néerlandais, qui part en Namibie, et est remplacé ici par John ; il est de même nationalité, mais on change de génération… l’important, c’est qu’il soit sympa et qu’il pilote bien ; je ne doute ni de l’un ni de l’autre. Mais quelques larmes à peine retenues ont coulé sur les joues de quelques jeunes filles européennes (eh oui, le pilote grand, beau, blond, jeune, sympa, c’est loin d’être un mythe !!!).

Samedi matin, départ pour Bakouma, arrivée sans souci dans « mes meubles », et ce matin, messe de l’Epiphanie à l’église, pendant que Simplice allait évangéliser à Lengo.

 

MARDI 15 JANVIER, 9h50

 

Voilà 9 jours que je n’ai pas ouvert mon ordi !!!

Rassurez-vous, je ne suis pas malade, tout va bien du côté santé comme du côté moral, et même spirituel ! Mais ces derniers jours ont été remplis d’imprévu, et d’occupations prenantes : certes, lundi, mardi et mercredi furent reposants, et j’avais l’intention que ça se poursuive ainsi dans les jours suivants. Je m’étais d’ailleurs lancé dans un truc dont je ne raffole absolument pas : la rédaction des registres paroissiaux et des cartes de baptême. Et toc ! Une pensée pour toutes les secrétaires paroissiales et archivistes qui soulagent leurs prêtres d’un travail fastidieux. Que voulez-vous, quand on célèbre 36 baptêmes à Noël, il faut en assumer les conséquences scripturaires. Et  Dieu seul sait ce qui nous attend : mardi avait commencé dans le calme, entre bricolage de la chasse d’eau qui, avec sa fuite, avait vidé le château d’eau… ce qui est quand même un inconvénient, n’est ce pas… (?) Quand, en plus, il faut couper la descente générale du château d’eau pour réparer la fuite, on entend rapidement les protestations des autres occupants de la maison! Après trois allers et retours effectués par Yéyé (un des servants d’autel) ou moi entre la vanne du château et la chasse d’eau, j’ai réussi à remettre tout ça en état. L’après-midi de mercredi, j’ai emmené en voiture une vingtaine d’enfants et de jeunes à Kpembéré ; c’est l’emplacement des gravures rupestres, qu’aucun des enfants ne connaissait. Ils se disaient entre eux et m’expliquaient aussi que c’est Téré, l’Ancêtre de tous, qui les a dessinées. Les histoires autour de cela sont nombreuses, et ne sont pas des légendes ; d’après les enfants, il faut prendre tout cela avec beaucoup de sérieux.

La soirée de mercredi s’annonçait calme, mais à 22h10, tout fut bouleversé. Alors que j’entrai dans le sommeil après la prière des Complies, le bruit peu habituel d’un camion envahit le silence de la nuit, et celui de notre concession, jusque sous mes fenêtres ! À l’intérieur de ce Berliet jaune hors d’âge en provenance directe de Bangui, et au dessus de plus de 10 tonnes de matériel, 15 hommes. L’équipe de l’architecte venant construire la maison d’accueil de Zacko !!! Les présentations rapidement faites, Gervil et Simplice, réveillés eux aussi (ce qui n’est pas étonnant !) accueillent nos hôtes imprévus dans différents lieux. J’engage la conversation avec Aubin, l’architecte constructeur chef de travaux, qui m’explique son intention d’être à Zacko dès le lendemain jeudi. Et bien, la nuit a été courte pour moi, je peux vous dire ! Arrivé de Bangassou samedi, je n’avais pas vraiment fini de ranger mes affaires, ni de profiter pleinement de toutes les lettres que j’avais reçu de tant de gens d’Auvergne et d’ailleurs. Et me voilà à réfléchir à tout ce que je dois embarquer pour que, dès le matin, je sois à pied d’œuvre. Je finis par m’endormir, et me réveille pour la messe de 6h présidée par Simplice. Il faut ajouter que Gaëtan est à Bangui, prêt à accueillir ses amis d’Espagne.

Interruption imprévue du temps calme : il faut que j’aille vérifier le montage du four de cuisson des briques.

 

MERCREDI 16 JANVIER, 18h25

 

L’interruption a été de longue durée… mais tout va bien ! Je reprends le fil du récit.

Arrivé à Zacko à midi précises, Simplice et moi ouvrons la maison, puis on va déjeuner au marché  dans une petite auberge qui sert le manioc avec de la vache (eh oui, amateurs de Mc Do, ici y a pas de bœuf !) Simplice repart à Bakouma retrouver Gervil, je reste là et attend le camion, ses passagers  et son chargement. Je profite du temps de pose pour aller saluer le Maire, et diplomatiquement lui demander s’il accepterait d’envoyer quelqu’un pour délimiter notre concession, c'est-à-dire notre propriété. Il me répond qu’il viendra sur place le lendemain. Je repars, un peu inquiet quant à sa réaction à sa venue, lors de la découverte  du camion et de tout ce qui s’en suit. Je n’ai guère le temps de ruminer, le Berliet brinquebalant fait vibrer Zacko de son vrombissement, alors qu’il est encore à près d’1 km de l’église. Il est 17h. J’avais juste eu le temps d’avertir les responsables de la paroisse qui, pris de court, tout comme moi d’ailleurs, se demandent bien ce qu’il faut faire. L’expression employée ici, c’est : «ça nous brusque beaucoup,  il fallait nous avertir». Il y a quand même de la joie mêlée aux inquiétudes bien légitimes : qu’est ce qui va se passer ? / que faut-il faire ? / qui travaille comment ? / mais c’est quoi qu’on construit ? /   et tout plein d’autres propos de ce genre, qui traduisent l’intérêt de tous pour ce qui va se passer. La soirée est consacrée à l’aménagement des lieux pour recevoir l’architecte Aubin Fikouma, ses dix employés et l’équipage du camion loué à Bangui, composé de quatre personnes : le superviseur Abbas, le chauffeur Ramioul, et les deux apprentis. La nuit tombe, chacun trouve un lit ou un endroit pour dérouler sa natte. En hâte, Sylvie la maitresse des maternelles nous prépare le manioc et un peu de viande que se partagent les 2 chauffeurs, Aubin et moi. Le lendemain vendredi, prise de contact tous azimuts : les responsables de la paroisse répondent présent, et accompagnent Aubin dans les divers lieux où on peut trouver du bon gravier, du bon sable et de belles pierres pour construire la maison d’accueil. A 10h15 arrive le premier adjoint  au Maire, à qui je sers un thé vert (c’est une habitude ici, j’ai appris à le préparer) puis nous discutons de ma question de délimitation de notre concession. Nous échangeons d’abord sur le fond : l’urgence de construire ici un bloc opératoire ; je lui explique que nous allons commencer par la maison d’accueil qui permettra aux futurs intervenants dans ce bloc de venir y vivre. Il me promet de revenir demain avec quelques notables afin de valider la surface nécessaire à tous nos projets auxquels il ajoute d’ailleurs celui d’une école et d’un collège catholique, si important à ses yeux. Bon, pour ce projet là, on verra plus tard !!!

Après le déjeuner préparé par l’épouse de Paul Sappaï, Aubin et ses 10 employés se mettent au travail, et avec moi délimitent avec précision l’emplacement de la maison d’accueil. A 17h, les fils sont posés à 30 cm du sol, on devine déjà ce que sera la maison. Soirée cool autour du repas et dehors au frais avec Aubin, les 2 chauffeurs et les 2 apprentis.

Samedi matin, tout le petit monde d’Aubin est au boulot dès 6h30. Ils creusent les fossés où seront coulées les fondations de la maison. Les paroissiens se pressent pour savoir à quel endroit travailler. Les lieux sont variés : construction du four pour cuire les briques, sortir le gravier et le sable de l’Ambulo qui coule dans le fond de la vallée. Extraire les pierres le long de la route qui mène à Bria par Bamara. On commence à organiser les équipes, et chacun rejoint un lieu, pendant que le camion et son équipage se reposent, après ces 980 km parcourus en 5 jours depuis Bangui. A 10h30, j’avais rendez vous avec les premier adjoint ; j’attendais assis dans un fauteuil, mon bloc note à la main. Et tout à coup qui vois je arriver ? Le Maire en personne, tous les adjoints, et tous les chefs de quartier (ils sont 26) ! Adieu le projet de thé vert en tête à tête avec le maire… Avec Lambert, Bertrand et Jean-Pierre, on organise à la hâte un espace où tout le monde puisse s’assoir, et la conversation s’engage : salutations de rigueur, puis le Maire lui-même explique dans un court et ferme discours la nécessité d’un bloc opératoire ici à Zacko. Je lui redis l’investissement des catholiques et de beaucoup de gens de la commune dans ce projet. Puis Aubin prend la parle pour expliquer ce qu’il vient faire ici. Plusieurs personnes réagissent très positivement en déclarant : « c’est donc vrai, ça y est, c’est parti ; l’engagement pris par l’évêque et les paroissiens, ce n’est pas que du vent,… » la joie se dessine sur les visages, et cette joie va d’ailleurs se propager tout au long de la journée dans toute la ville. Alors le Maire se lève, et nous entamons le tour de ce qui devient notre concession. Ce qu’il nous donne est beaucoup plus  grand que je ne le pensais ; chacun exprime son avis tout en déambulant dans les hautes herbes et les cailloux ou en empruntant les sentiers menant aux plantations familiales. Quelle joie intérieure j’ai  ressenti après le départ de tous ces administrés et leur chef ! En fin de journée, nous prenons la décision qu’après la messe du lendemain, des volontaires sacrifient le repos du dimanche pour aller charger puis décharger les pierres. C’est pas bien, je sais, mais le camion est loué, et ne va pas rester très longtemps ici ; alors il faut faire vite. Ce qui fut fait : 4 voyages avec dans la benne, des milliers de pierres nécessaires aux fondations. Quelle joie pour tous les gens de voir ce camion circuler ainsi. Le souci majeur, ce sont les enfants qui courent partout autour, ce qui engendre une réelle crainte chez les chauffeurs. Mais comment les chasser alors même que nous traversons la moitié de la ville dans un sens et dans l’autre ?

En soirée, bilan de cette première journée, avec Lambert, Bertrand et Jean-Pierre. On préparer le lundi, et chacun repart avec une mission précise à mettre en œuvre. Je suis préoccupé par le fait de ne pas avoir de cuisinier ni de gardien des lieux en journée. Il me faut prendre des décisions qui ne sont pas simples, et que je suis obligé de réfléchir seul. Je décide de demander à Aimé d’être là à différents moments de la journée, moyennant un salaire que nous fixons ensemble ; sa présence m’est reposante ; son épouse Julienne nous sert les repas chaque jour. Lundi matin, messe à 6h, puis envoi des équipes : beaucoup d’hommes se présentent pour devenir temporaires, c'est-à-dire être payé chaque jour et/ou à la tâche accomplie. Il me faut refuser du monde, puisque des équipes ont été constituées, mais il faut quand même employer quelques têtes nouvelles compte tenue de l’ampleur du travail. Et il faut discuter salaire… ce qui n’est pas une mince affaire. Bon, avec certains on se met d’accord, mais avec d’autres, c’est plus difficile, surtout que certains salariés du dimanche n’ont en réalité pas fait grand-chose, ce qui a eu vraiment le don de m’énerver. (eh oui, ça arrive encore… !) Il faut organiser l’équipe service du café sur les lieux de chantier, compter les beignets et la quantité de sucre, pour éviter les « histoires » entre les gens… j’avoue que je préfèrerais consacrer ces précieuses minutes du matin à autre chose, mais bon… De son côté, Aubin et son équipe sont à l’ouvrage, et Simplice rentre de Kpangou où il a célébré messe et baptême dimanche. Je suis sur tous les fronts, encourageant les gens de tous les côtés, sur tous les chantiers. L’entente avec Aubin est vraiment agréable, et le soir venu, nous partageons beaucoup de choses.

Mardi matin, lui et Simplice prennent la route de Bangassou afin de rencontrer l’évêque. Je reste seul, ou presque ! La maison et son auvent ne désemplissent pas dès l’aurore, entre les gens qui cherchent à être employés comme temporaire à 1500 FCFA et moi qui veut les payer 1000 FCFA, ceux qui trouvent qu’il n y a pas assez de beignets avec le café, ceux qui viennent se confesser (c’est pas vraiment le moment…) ma patience est mise à l’épreuve, mais vers 10h, le lieu devient calme, ce qui me permet d’ouvrir l’ordi. Mais voilà que sur le chantier du four à brique, il y a grande mésentente : ceux qui ont dit qu’ils savaient (monter le four avec les briques à cuire) sont visiblement incapables de le faire : l’empilement subtil a chu, endommageant plusieurs dizaines de briques, ce qui occasionne la colère retenue mais réelle des autres, au nom de tous ceux qui ont préparé ces briques depuis des semaines. Je viens en pacificateur improvisé, et propose qu’on fasse appel à un vrai spécialiste reconnu et apprécié ; Serge est donc recherché dans toute la ville jusqu’à ce qu’on le trouve et qu’il vienne me voir pour qu’on se mette d’accord sur… le salaire.

Désolé, j’interromps, l’ordi n’a plus que 5% d’énergie ; il m’en reste bien d’avantage !!!! Bonne nuit, et à bientôt !

 

JEUDI 17 JANVIER, 19h05

 

 Il y a 97% d’énergie restante dans la batterie de l’ordi, grâce à un après midi ensoleillé (35°) et au panneau solaire appuyé contre le mur et sous lequel j’ai abrité le convertisseur dans lequel j’ai branché le câble de l’ordi qui rentre par la fenêtre dans ma chambre où se trouve l’ordi posé sous la moustiquaire… vous avez suivi ?!!! Bref, vous découvrez une fois encore que tout arrive à celui qui sait s’organiser !

Assis dehors au frais (enfin !) je déguste le reste d’une bière partagée avec le président de la paroisse Jean-Pierre Tagba qui est venu aux nouvelles à la nuit tombée ; la lune entame sa croissance, elle est au-delà de la demi et nous éclaire déjà vivement.

Avant-hier donc, les équipes constituées le matin ont beaucoup et bien travaillé. La soirée fut courte puisqu’après le diner, chacun est allé se coucher. Hier mercredi, tout comme ce matin, j’ai célébré la messe à 6h, puis « embauché » un certain nombre de gens à la journée ; vu le nombre, je pourrais dire : un nombre certain de gens ! plus de 40 personnes, avec qui il faut négocier le temps de travail, le type de travail, et rassurer sur le fait qu’il y a bien du café sur place accompagné de beignets. Il faut remettre à certains de ces temporaires les instruments nécessaires au travail prévu, ce qui me vaut de savoir une machette et une hache certainement en de bonnes mains, mais pas les miennes, ce qui aurait dû être le cas…….. ; en fin de journée, je fais les comptes : 12 personnes au montage des deux fours à briques, 12 à l’extraction du sable et du gravier auxquels il faut ajouter 8 gars d’Aubin, 7 personnes à collecter des pierres, 7 à un autre lieu d’extraction de gravier, 2 qui creusent le puits à la recherche de l’eau, 6 dans la concession pour le nettoyage… me voilà devenu chef d’entreprise, avec les joies et les galères : il y a ce qui avance bien, et ce qui pédale dans la semoule. Et au final plus de 80 000 FCFA par jour « sortis » de la caisse. Bon, ramené en €uros, vu de chez vous, c’est peu, mais c’est énorme ici, puisque le SMIC est à 18 750FCFA, ce qui fait le salaire journalier à moins de 700FCFA. Vous voyez que « je » paye plutôt généreusement. Mon VTT sert à aller d’un lieu de travail à l’autre : l’emplacement du four, sur la grande route de Bakouma vers le Sud, est à 1 km ; le confluent où on extrait sable et gravier, est à 1 km vers l’Est ;  vers le Nord sur la route Bamara se trouve l’emplacement de collecte des pierres blanches, et sur la petite route de Bakouma un autre lieu d’extraction du gravier, à 2 km. Bref, faire le tour de chaque chantier demande du temps, et m’amène à parcourir plus de 10 km à plusieurs reprises par ces chemins étroits et encombrés, ce qui me plait, évidemment ! Et puis, ici dans la concession, il faut être là à chaque fois que le Berliet jaune revient chargé de l’un ou l’autre de ces produits de la Terre qui vont permettre la construction de la maison d’accueil et du bloc opératoire. Empiler les pierres à un endroit précis, le sable à un autre, le gravier à un troisième… c’est pas si simple à coordonner, mais on y arrive toujours. La bonne entente avec les chauffeurs facilite grandement bien des choses. Ce qui me pèse, c’est de ne pas savoir à qui faire absolument confiance : une bière qui disparait dans le frigo (qui fonctionne à merveille !), un retour de monnaie tronqué, un demi kilo de sucre qui n’arrive jamais dans la marmite de café du matin, des instruments qui « s’envolent » le soir venu vers d’autres concessions ; franchement, je n’aime pas ça. Ce qui est positif, c’est qu’émergent des jeunes et des adultes à la fois sympas, consciencieux et travailleurs, et qui ne manquent pas d’humour. Rien de tel pour détendre l’atmosphère ! Cela dit, je reste toujours un peu sur mes gardes, ce qui n’est, me semble t-il, pas vraiment dans ma nature.

Mardi 15 à 15h30, la réunion mensuelle du Conseil Paroissial s’est bien passée. Le président Jean-Pierre Tagba nous a invité à méditer en ce début d’année l’extrait de la lettre de Paul aux Romains, 12, 1-2 ; vous pouvez aller lire ce court texte. Puis on a longuement débattu sur le Carême 2008 qui commence dans 3 semaines. On a décidé que chaque vendredi serait consacré au jeûne, à l’enseignement, à la prière. Et ceci dès 6h avec la messe jusqu’à 17h en finissant par un chemin de Croix. Fade é ba, comme on dit en sango, c'est-à-dire : on verra bien (ce que ça donne) ; mais comme on dit aussi (en français) : qui ne tente rien n’a rien.  

Aujourd’hui, à plusieurs reprises sont arrivés des gens venus voir le chantier : Abdoulaye le chef du quartier voisin du nôtre, Abouna un des collecteurs de diamants, Charles le président de l’APE, des membres de l’Eglise Baptiste toute proche, des femmes des hommes, des jeunes et des enfants qui déambulent autour des fossés creusés pour les fondations de la maison et des tas toujours plus gros de sable, de gravier et de pierre. A certains j’offre volontiers un thé vert…et la discussion se poursuit ainsi encore quelques minutes.

Il est 19h55, La nuit est tombée depuis 18h ; j’ai faim, et je sens que je ne vais pas tarder à m’endormir ; les machines à écraser le manioc se sont tues, seuls les cris des enfants jouant dehors éclairés par la lune, et les musiques lointaines diffusées par les bars, troublent le calme dans lequel Zacko s’enfonce doucement. Et je rends grâce pour tout ce qui se vit ici.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mercredi 30 janvier 2008 3 30 /01 /Jan /2008 22:12

DIMANCHE 20 JANVIER, 19h

 

Il fait encore chaud ce soir. Je suis à l’intérieur de la maison, toutes portes et fenêtres ouvertes. La chope à mes côtés est remplie d’un désaltérant thé vert. Les lampes branchées à la batterie diffusent une lumière quelque peu blafarde à peine suffisant pour éclairer mon clavier.  La ville est plus calme que d’habitude, mais des cris vont se faire entendre dans 1 heure, lors de la fin du match d’ouverture de la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations ; Ghana contre Guinée, les premiers risquent fort d’écraser les seconds. J’avais prévu de me rendre dans l’un des 4 lieux de Zacko équipés d’antenne satellite ; mais je suis rentré fatigué (et heureux !) de ma tournée en vélo vers le Nord « à 17h fort », comme on dit ici, c'est-à-dire presque 18h.

Vendredi matin, aux aurores, après la messe, je suis descendu à Confluent pour encourager les travailleurs temporaires et bénévoles d’un jour qui chargent le sable dans des sacs ou des bassines, le transportent sur leurs épaules ou leur dos et vont le vider quelques centaines de mètres plus loin, après avoir traversé la rivière Ambulo sur un pont fatigué et étroit. C’est à cet endroit, rendu accessible il y a dix jours par une équipe qui a nettoyé la brousse afin d’y ouvrir un chemin, que la benne Berliet s’est présentée 2 à 3 fois par jour pour recevoir un chargement de ce sable ou de ce gravier extrait des rives ou des profondeurs de l’Ambulo, afin de le décharger ensuite au sommet de la colline qu’est notre concession,  en lieu et place de la construction de la Maison d’Accueil et du Bloc Opératoire. Que de monde en ce matin ! Heureusement j’avais prévu le café, le sucre et le lait en poudre en quantité ainsi qu’une somme d’argent suffisante pour acheter des beignets et des baboros, sorte de patates à cuire très nourrissantes. A mon retour, quelle joie de voir Simplice et Aubin en train de décharger la voiture ! Ils rentrent de Bangassou avec de bonnes nouvelles concernant la suite des (nous allons désormais employer le pluriel, et dire des) chantiers. En effet l’évêque, avant de partir pour l’Europe, s’est engagé à signer le contrat pour l’établissement définitif du plan du Bloc Opératoire. Dans quelques semaines, nous aurons les plans venant du Cabinet d’architecture Africa-Concept dont Aubin Fikoula est l’un des 2 fondateurs ; c’est son collègue resté à la Capitale et qui se nomme Ferrier (vous chercherez sur votre calendrier des Saints à qui ou quoi correspond son prénom, les plus rusés d’entre vous allez trouver !) qui se charge de finaliser tout ça et de nous l’envoyer. Quelle joie pour tous les gens de Zacko ! J’ai donc mis des gens au travail du nettoyage du sommet de la colline afin que, sur ce plateau, on puisse faire le repérage précis de l’emplacement du Bloc. Il y a eu de l’animation autour de la table à midi et le soir, avec les 4 membres d’équipage du Berliet qui ont pris la route samedi matin aux aurores. J’ai apprécié chacun des gars, tous musulmans, bien différents les uns des autres. Pas facile de gérer la cuisine pour tout ce monde quand aucun ne mange de viande de brousse (autrement dit d’animal sauvage) et qu’il faut que ce soit l’un d’eux qui tue le coq ou la poule pour qu’ils puissent ensuite la consommer. Pour le reste, pas de souci, et ils m’ont fait découvrir l’excellent lait de vache vendu par les femmes M’bororos au marché. Le frigo fonctionne plutôt bien, je vais en acheter de temps à autre.

Le temps de détente aux sources très chaudes de  Fungu fut vraiment bienvenu et agréable !

 

Samedi matin, après la messe et le départ du Berliet pour Bangui, j’ai repris les tournées en vélo d’un lieu à l’autre, pendant que Simplice se chargeait, avec la voiture remplie de futs de 200 litres, d’aller chercher l’eau dans l’Ambulo, afin de la verser dans le bassin construit tout exprès à proximité du premier chantier pour faciliter la confection du ciment. Il en fait, des allers et retours, avec toute une équipe de gars solides. Quand je suis arrivé à Confluent, quelle ne fut pas ma surprise de voir 50 gars de tous âges et de toutes confessions religieuses entrain de sortir le sable ! Quelle joie de saluer les chefs de 3 quartiers de Zacko venus avec leurs administrés consacrer du temps à la construction du Bloc Opératoire ! Bien entendu, avec tout ce monde, il a manqué de café, de sucre, de lait et de beignets… j’ai donc foncé au marché pour en acheter 80 (la vendeuse m’a fait répété 3 fois le chiffre, il faut dire que j’ai emporté tout son plateau !). J’ai amené le reste, qui est en réserve à la maison, et je suis redescendu à fond jusqu’au Confluent, afin de rassasier tous ces travailleurs. C’est aussi l’occasion de discuter avec les uns et les autres.  Pendant ce temps, Aubin se débattait à la briqueterie quant à la manière de monter le four, et la manière d’y mettre le feu à l’intérieur. Il faut dire qu’un four, c’est un empilement subtil des briques enchevêtrées et sous lesquelles on laisse par endroit un canal permettant d’y entrer des tronc nécessaires à la cuisson lente de ces 7000 briques pressées depuis quelques semaines par les différentes équipes d’adultes de la paroisse. Visiblement, tout n’est pas simple, il y a de vives tensions entre les acteurs. Aubin a essayé de jouer la conciliation et, à mon retour à la maison, nous y sommes retournés avec Simplice, afin que je pacifie un peu tout ça. Ce soir dimanche, le four est fermé, les briques vont cuire lentement pendant deux jours, puis on va ouvrir, et là, surprise : combien de briques seront bien dorées à l’extérieur et bien cuites à l’intérieur ???

Ce matin dimanche, j’ai enfourché mon VTT à 6h45 pour me rendre successivement à Bamara et Yanguchi, où j’ai célébré la messe dans chacun des lieux. Arrivé 18 km et 1 heure 5 minutes plus tard à la chapelle St François de Bamara, j’ai eu le temps de confesser une dizaine de personnes avant la messe, puis de me rendre ensuite à la nouvelle chapelle St Michel de Yanguchi, où m’attendait la communauté. Après la messe, temps d’échange et de discussion avec les petits et les grands, puis on m’amène la boule de manioc et un excellent morceau de gibier fraichement tué et bien préparé par Christine, la future épouse de Jules le catéchiste catéchumène. C’est d’ailleurs chez eux que je me suis rendu ensuite afin de commencer la préparation de leur mariage. Puisque Jules a réuni la somme de la dote nécessaire au mariage coutumier, rien n’entrave la célébration sacramentelle, et donc aussi son baptême. Cette « première », puisque c’est la première fois que je mets en route ici un couple vers le mariage, fut passionnante. D’autres rendez vous sont à prévoir, chez eux à 25 km de Zacko, soit une heure trente environ en VTT. A mon passage à Bamara sur le chemin du retour, nouvel arrêt-repas-discussion avec les responsables de la Communauté Catholique. Au menu alimentaire, boule et Pangolin ; au menu discussion, l’école, puisque le deuxième Maitre-Parent Job Adris est arrivé au début du mois afin de soulager Aimé-Christian. Il y a des problèmes de caisse, des problèmes de contrat ; je n’y peux en réalité pas grand-chose, mais ma présence est indispensable afin d’encourager les acteurs principaux. 100 enfants scolarisés ici, c’est énorme. Il faut soutenir la création des classes de CM1 puis de CM2. Je repars vers 16h15, fait un court arrêt et discute avec le pilote d’un petit Saviem en panne depuis 17 jours dans la montée à la sortie de Bamara : disque d’embrayage hors d’usage, boite de vitesse abimée, et en plus, impossible de passer, même à pied ; il est en travers entre les deux hauts talus qui encadrent cette portion de la piste… heureusement qu’ils ont pris le temps d’ouvrir une nouvelle piste dans la brousse en abattant quelques arbres et en poussant quelques cailloux. Jusqu’à quand restera t-il dans cette inconfortable situation ? Je fais un dernier arrêt à Yanguhoda, à 5 km de Bamara, (donc à 13 de Zacko) afin de prévoir avec les catholiques une réunion qui vise à éclaircir leur souhait grandissant de fonder là aussi une chapelle. Rendez-vous est pris pour dimanche prochain après-midi.

Je suis rentré un peu fatigué et très heureux de cette journée faite de simplicité et de joie dans toutes ces rencontres. Ça n’est pas rien, 50 km au soleil et aussi à l’ombre, avec mon VTT « customisé » ! Il faut dire que j’ai ajouté à l’arrière un gros porte-bagage « villageois » et sur le guidon un gros clac-sonne qui…. sonne !

Ça y est, le match est terminé, le Ghana gagne de justesse contre la Guinée 2 à 1. Aubin avait sa radio allumée, ça m’a permis de suivre le cours des choses ! 

 

MERCREDI 23 JANVIER, 19h

 

Aubin a l’oreille collée à son mini poste de radio, réglé sur RFI, Radio France Internationale. Comme chaque fin de journée, c’est la diffusion en direct des matchs de la CAN ; ce soir, c’est Sénégal / Tunisie, il y a égalité 1 partout à l’heure de jeu. Hier mardi à 17h30, on est allé tous les trois assister au match Cameroun / Egypte : dans une salle bondée, des supporters des deux camps se sont affrontés verbalement avec plus ou moins d’humour, mélangeant allègrement les langues française, sango, banda et arabe. Dans cet espace exigu prévu pour 100 personnes, nous étions au moins le double, les yeux rivés sur l’écran de TV pas plus grand que celui de mon salon à St Genès, dont le son fort heureusement amplifié couvrait à peine le brouhaha permanent. La taule chauffée par le soleil continuait de diffuser une température lourde ; les murs touchant le toit pour éviter les intrusions ne laissaient passer qu’un trop petit peu d’air ; et ici, pas d’interdiction de fumer dans les lieux publics : je suis ressorti avec les vêtements et les poumons enfumés ; ça m’a rappelé l’atmosphère de concerts à la Coopé de Mai à Clermont, avant les nouvelles lois… Le Cameroun s’est fait presque écraser par l’Egypte, et le score final de 4 à 2 a amené la majorité du public de la salle à sortir la tête basse. J’ai passé tout de même un bon moment, ayant un faible pour ceux qu’on appelle partout « les Blancs d’Afrique », c'est-à-dire les Egyptiens.

Ce début de semaine est aussi caractérisé par un peu moins de travail pour moi côté chantiers. Je mets en route chaque matin des Temporaires qui vont nettoyer la concession, coupant les fourrés et taillis ou enlevant un partie des immenses et nombreuses qui jonchent nos hectares. Il faut leur préparer un café au lait très sucré vers 10h30, afin qu’ils aient l’énergie nécessaire pour poursuivre leur tâche. Vers 15h, chacun vient chercher auprès de moi son salaire du jour : 1000 ou 1500 FCFA, ce qui est largement au dessus du SMIC horaire centrafricain. Parmi ces employés d’un jour ou deux, des personnes pauvres de Zacko qui viennent ici chercher de quoi acheter un peu du nécessaire qui leur fait défaut, comme du savon, du pétrole. Certains ne sont pas de grands travailleurs, mais c’est parfois le geste qui compte. Divers rendez-vous imprévus et plus ou moins étonnants quant au contenu, rythment les journées. Je reçois à l’ombre des arbres les personnes qui viennent causer de choses et d’autres, celles qui demandent à se confesser, dont pas mal d’enfants et de jeunes à l’issue des réunions de préparation au baptême ou à la confirmation. Il y a ce couple en proie à des cauchemars chaque nuit, dus à la présence de forces du Mal chez eux ; écouter, respecter, prier, redonner l’espérance, autant d’attitudes simultanées et complémentaires pour accompagner ces situations. Mais mon regard d’Européen ne peut tout saisir ; j’ai toujours eu confiance en l’Esprit-Saint, ce qui m’est une fois encore d’un grand secours !

Lundi, la matinée fut consacrée à arpenter notre concession, un quintuple décamètre à la main, pour en mesurer l’ensemble. En tête de ce petit cortège, Aubin et l’un de ses ouvriers, le secrétaire général de la Mairie Constant, Diop un chef de quartier venu entériner tout ça au nom des autres, et moi. Bilan des mesures, près de trois hectares, en comptant aussi ce qui est déjà construit. C’est beaucoup, diront certains, mais c’est surtout la garantie qu’on peut bâtir plus tard autre chose…

Je suis allé hier rendre visite à Claudia, cette jeune fille dont les jambes sont atrophiées  depuis la naissance. Avec elle et sa maman, on commence à mettre au point sa venue à Bangassou pour une éventuelle opération qui lui permettrait de vivre debout, en appui sur des béquilles. Si c’était possible de l’opérer, ce serait géniale pour elle qui vit par terre et déambule sur les mains !

Simplice et moi avons travaillé tous les deux pendant une heure et demi afin d’établir un calendrier de carême pour notre paroisse. Je lui ai fait part de la réflexion menée avec le conseil mardi dernier. On a bien discuté de tas de sujets sérieux d’ordre pastoral, et balisé notre travail pour les semaines qui viennent.

Ce soir, à la nuit tombante (c'est-à-dire à 17h45) tous les trois sommes allés à l’emplacement des fours, pour assister à l’ouverture du premier et la fermeture du deuxième. Dans le premier, il y a du bien et du beaucoup moins bien : certaines briques sont trop cuites, et donc très friables, d’autres n’ont pas été atteintes par la chaleur, il faudra les recuire. On espère que le deuxième four sera parfait. Les 6 acteurs qui s’affairent autour à pousser le bois dans les flammes s’entendent très bien. Ça devrait donc mieux se passer qu’autour du premier four. J’ai pris une « douche » au retour, comme chaque soir. Douche est entre guillemets. La technique consiste à verser de l’eau froide tirée du puits dans une bassine et de l’emmener dans le lieu approprié, et de s’arroser subtilement avec une petite calebasse à poignée, puis à utiliser shampoing et savon avec parcimonie afin de faciliter le rinçage. Surtout ne pas oublier sa lampe de poche et sa serviette…  j’aime bien la douche de Bakouma ou l’eau courante est si agréable ! On finira bien par l’avoir ici ; mais le creusage du puits est long, le sol est parfois vraiment dur. Benjamin est à plus de 13 mètres de profondeur, il espère être proche du but ; moi aussi.

 

VENDREDI 25 JANVIER, 18h40

 

Les bruits de la ville montent dans le soir qui attend le lever de la lune. Une des quatre petites mosquées fait résonner l’appel à la prière, couvrant avec  peine le bruit incessant à cette heure-là des machines à écraser le manioc, qui sont installées en bordure du marché. Il fait à peine frais malgré le léger courant d’air qui frôle la véranda de la maison. Je me repose en dégustant un léger pastis servi avec beaucoup d’eau très fraiche dans une grande chope. Je grignote (trop !) d’arachides grillées et finement salées, préparées par Angèle, la femme de Roger Kowoli. Vous savez, ce sont les parents de Michel !

Hier matin, il y a eu du bon et du beaucoup moins bon. Le moins bon, écrivons-le tout de suite, est venu du fait de la demande de 6 personnes ayant veillé le deuxième four  à briques. Arrivés vers 7h30 en m’expliquant qu’ils l’avaient fermé, je me suis dit que leur remettre à chacun 4000 FCFA serait une bonne manière de les remercier, puisqu’ils avaient veillé en chargeant les trois trous avec le bois durant la nuit, au fur et à mesure de la transformation en braises. 7 fois 4000 FCFA, c’est déjà beaucoup pour un four à trois trous, sachant que le prix peut varier pour toute une équipe entre 15000 et 25000 FCFA. Je leur remets donc la dite somme à chacun puis vaque à d’autres occupations. De retour quelques minutes plus tard, j’entends que « ça murmure ». C’est alors que l’un d’entre eux au nom de tous (ou presque) vient me voir pour me dire que c’est largement insuffisant. Je suis entré dans une forte colère qui les a surpris, mais ils n’ont pas démordu. Je leur ai remis à chacun 4000 F de plus, en leur disant bien que cet argent qu’ils exigeaient, ils ne le méritaient pas. Les comptes étant publics, j’ai averti que les gens sauront tôt ou tard ce qui leur a été versé. Je suis surtout outré par le fait qu’ils aient exigé autant, alors qu’ils l’avaient vécu comme un service pour lequel il m’avait semblé juste de verser une somme déjà importante 2000 f à deux reprises, + 4000 f ce matin. 6 sont repartis avec 12 000 FCFA au total, ce qui est une somme énorme quand on sait que le SMIC est à 18750 F. J’ai vraiment le sentiment de m’être fait avoir. Simplice était fou de savoir qu’ils ont exigé autant. Pour lui aussi c’est incompréhensible. Quant à Aubin l’architecte, il ne comprend même pas qu’ils aient l’audace, en temps que paroissiens - choristes - catéchiste ou autre, de demander ça. Pourquoi ai-je versé cette somme supplémentaire, direz-vous ? Et bien parce qu’ils l’ont demandé. Et parce qu’ils ont dit dans les quartiers que je les exploite… vu les milliers de francs dépensés à juste titre pour leur alimentation, je me demande qui exploite qui… il faut qu’ils s’aperçoivent de leur folie ; et de leur manque de respect à l’égard du projet ; c’est LE problème, en tout cas un des problèmes majeurs ici : l’argent. Eux-mêmes, certains habitants se présentent en disant : on est des « guinginza »des chercheurs d’argent. Le soir même, ce qui m’a fait vraiment chaud au cœur, c’est que des gens m’ont abordé au marché ou dans la rue pour me dire qu’ils ont trouvé scandaleuse l’attitude de ces quelques-uns. Difficile cependant de rester dans la paix des béatitudes à accueillir dimanche !  Je sais qu’il faut du temps pour comprendre, digérer, prier tout ça.

Il y a aussi du bon, rassurez-vous ! À commencer sur ce sujet par le soutien de beaucoup de gens. Mais aussi parce que le travail avance bien : les fondations de la maison d’accueil sont quasiment terminées, y compris le chainage bas sur lequel viendront reposer les murs en brique. Des groupes sont organisés pour amener l’eau nécessaire au chantier, d’autres coupent du bois pour les prochains fours, et le sable et le gravier continuent de sortir de Confluent. La concession est nettoyée, en en voit toutes les limites, et on se prend à rêver de la construction d’une école puis d’un collège….ça, c’est pour les suivants !

Aujourd’hui, j’ai passé pas mal de temps à nettoyer avec des volontaires bénévoles (si, ça existe !) l’emplacement du Bloc Opératoire. On arrache les souches, on brule ce que d’autres ont coupé quelques jours auparavant. Gaëtan est venu passer la journée avec ses amis d’Espagne en visite chez nous pour un mois. On a passé un bon moment tous ensemble autour d’un excellent pangolin préparé par Honorine. Il y avait du vin français en bouteille, un luxe et un beau cadeau pour nous à Zacko ! Et bien entendu, des Turones, ces excellents desserts espagnols.

Après leur départ pour Bakouma, j’ai reçu tour à tour les 6 maitres-parents de l’école afin de leur remettre à chacun la somme de 15 000 F, amputée de l’avance plus ou moins importante que je leur avais faite avant les congés de Noël.

5 Servants d’Autel voulant gagner un peu de sous, ils ont petit à petit déplacé grâce au Pousse (ce qu’on appelle parfois chez vous « remorque Michelin »), les tas de cailloux stockés devant l’église jusqu’à l’emplacement du Bloc Opératoire, 300 mètres plus loin. Puis on est allés ensemble à Fungu pour un bain chaud bien mérité.

 

MARDI 29 JANVIER, 9h45

 

En ce matin ensoleillé où l’atmosphère qui se réchauffe chasse la fraicheur de la nuit et du petit matin, je poursuis ce carnet de bord, dans mon bureau de Bakouma ! Eh oui, c’est là que je suis arrivé hier après-midi lundi avec Simplice et, comme à chaque fois, un certain nombre de gens dans la voiture. Je suis sur le départ pour Bangassou, où je vais pouvoir vous lire et téléphoner à quelques-uns. Il y a une certaine impatience en moi !!!

Samedi fut une journée calme, entre rencontres, confessions et discussions diverses. Les Servants d’Autel sont venus passer la matinée à travailler bénévolement (eux !) sur le chantier ; ils ont utilisé le pousse pour continuer et achever le long travail de déplacement des pierres. Je leur ai remis un savon pour laver leur linge et faire leur toilette. Je leur ai servi des beignets et du jus d’orange quasi glacé, ce qui leur a fait vraiment plaisir. Bien entendu, les quelques bonbons qui restent de l’énorme sac envoyé par maman les ont ravis, une fois de plus. Pour la petite histoire, j’en ai offert beaucoup un dimanche après-midi, lors du démarrage du chantier et des premiers transports de pierres, où les enfants trop nombreux couraient autour du camion. Le lendemain, plusieurs sont venus avec quelques sous pour en acheter ! « Ils sont vraiment très bons, ces bonbons », disaient-ils en sango. J’ai refusé tout net, évidemment, préférant continuer de les distribuer au fur et à mesure des occasions.

Dimanche matin à 7h00, j’ai pris la direction du Sud : la piste de Kono, en vélo, pour aller y célébrer la messe. 12 km plus loin, j’arrivai tranquillement sur place. La fraicheur matinale m’a bien réveillée et stimulée pour la journée. Avant la messe, café sur le marché, puis confessions, sous l’arbre à côté de l’église. Après la messe, discussion avec les responsables de la paroisse et le chef du village concernant l’état des ponts abimés par le temps et les véhicules ; il faut changer les énormes troncs d’arbres et rehausser la structure en béton sur laquelle ils sont posés. C’est du travail, les gens ont l’air d’avoir envie de le faire, il manque le spécialiste béton ; je vais essayer d’en trouver un à Bakouma ou sur le chantier de la maison et du bloc opératoire.

Après le déjeuner composé de la boule de manioc et d’une excellente (je me répète souvent ???!!!) viande de chasse, j’ai repris la direction de Zacko. Sur la piste, un enfant transportait 4 balambo, des petits tabourets qu’on appelle, parait-il, piroguier. 4, soit 1 pour chacune des 4 chambres de la nouvelle maison, je n’ai pas résisté. Vers 14h30, je me suis rendu à 13 km au Nord, dans le village de Yanguhoda. Ce vieux village est peuplé de gens qui pratiquent la recherche de l’or dans la rivière tout proche. Près de 40 personnes, toutes catholiques ou en voie de le devenir, m’attendaient pour évoquer avec moi la possibilité de la fondation d’une chapelle dans leur village, qui n’est peuplé que de 76 habitants, m’a dit le chef. Avec quelques-uns des responsables, nous avons partagé le déjeuner composé de riz de la plantation locale et de viande de chasse – le tout servi à mon arrivée à 15h30 - (eh oui, il faut un bon estomac, mais le VTT ici, ça creuse !). Puis nous avons réuni tout le monde à l’emplacement de la future chapelle. Les gens m’ont expliqué que la chapelle précédente, à l’autre bout du village, avait été fermée par le Père Henri en 1985 suite à des dévotions plus qu’étranges faites par les paroissiens et les autres villageois, afin qu’ils trouvent toujours plus d’or. Plus de 20 ans après, ils souhaitent ardemment que soit levée la sanction qui pèse sur eux, mais dont leurs ancêtres de famille ou dans la foi, sont responsables. Je suis rentré alors que la nuit était tombée et que la fraicheur commençait à me saisir malgré l’énergie déployée… En soirée, Aubin avait amené avec Robert un chauffeur de Bakouma, un lecteur DVD grâce auquel on a vu un vieux film de Jacky Chan. Pas terrible, mais ça détend.

Lundi matin, l’assemblée générale de la paroisse, réunissant les délégués des mouvements et des chapelles du territoire, nous a permis de faire un bilan de l’année écoulée et de mettre en place un bon programme de retraites de Carême dans les différents lieux. Simplice et moi allons animer des retraites dans chacune des églises afin d’accompagner les paroissiens tout au long de ce chemin vers Pâques.

Pendant ce temps, Aubin et son équipe posaient les premières briques de la maison : ça avance à toute vitesse, et c’est du beau travail !         

En arrivant hier soir à Bakouma, quelle joie de me voir remettre par Gaëtan tout un tas de lettres de vous parvenues jusque là via l’adresse de Bangui, ainsi qu’un colis en provenance de Louveciennes ! Un autre colis de Clermont et du courrier est amené par l’abbé Antoine Exelmans, prêtre du diocèse de Rennes qui fut Fidei Donum à Bangassou pendant 4 ans. J’ai ouvert fébrilement les enveloppes et les colis pour y découvrir des dessins d’enfants, des cartes postales enneigées et quelques délices pour nos papilles gustatives….merci à tous !

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Samedi 5 janvier 2008 6 05 /01 /Jan /2008 04:57
                                                                                                                                             Bangassou, le 4 janvier 2008.
Chers membres de ma famille, chers amis d’Auvergne et d’ailleurs,
Au moment de regagner Bakouma et Zacko après une semaine de repos à Rafaï et Bangassou, je vous écris pour vous souhaiter du fond du cœur une HEUREUSE ET SAINTE ANNEE 2008 ! Heureuse malgré les soucis de la vie, les imprévus et les fardeaux trop lourds, heureuse quand même et malgré tout, parce que je sais que chacun peut à la fois recevoir et donner ne serait-ce qu'’un tout petit instant de bonheur chaque jour. Sainte, je vous la souhaite aussi, cette année, afin que vous soyez, à votre manière bien sûr, témoins de la présence de Dieu dans votre cœur et celui des jeunes et des adultes de notre temps. Sainte aussi parce que j’'ai l'intime conviction que L'’Esprit-Saint nous précède et nous soutient dans tout ce que nous entreprenons et qui rend heureux les autres, et nous-mêmes aussi, ce qui n’est pas à négliger !
Je viens de vivre un premier trimestre passionnant auprès des prêtres, des religieuses, des chrétiens et de tant de gens divers de cette région de l’Est qui correspond au diocèse de Bangassou. Je sais que la distance avec vous n'est pas toujours facile à vivre pour vous, vous comprendrez qu’elle n’'est pas toujours facile pour moi, vu l’'importance des liens tissés avec chacun de vous. Je constate cependant qu’avec beaucoup d’'entre vous, nous avons inventé une nouvelle manière de communiquer, de nous tenir informés de ce que nous vivons au quotidien.
C’est une joie de vous lire grâce au mail ou au courrier ! Et quand plusieurs semaines dans le Nord du diocèse ne permettent pas l'accès à quelque moyen de communication que ce soit, vous imaginez quelle est ma joie de vous « retrouver » lorsque je m’installe au Cyber !
Cette année 2008 sera sans doute pour moi marquée par la construction du presbytère de Zacko, une maison plus confortable et mieux équipée que la case de passage que j’occupe actuellement. Bien entendu, il faut simultanément réfléchir au déroulement des travaux du bloc opératoire, mais divers soucis techniques n'’en permettent pas la mise en oeœuvre immédiate. Il y a aussi la taille de l’'église qui pose question : elle est vraiment trop petite, même pour les dimanches ordinaires. Et il n’y a pas de maison type centre paroissial pour les rencontres ; en saison sèche, pas de problème, on vit dehors sous les arbres. Mais en saison des pluies, c'’est un problème.
Construire des bâtiments n’'a de sens que si on construit les coeurs, que si on aide les chrétiens à se construire une véritable personnalité liée au Christ. J'’ai vécu 2 semaines passionnantes au moment de Noël, que j’ai consacrées aux rencontres individuelles, liées ou non au sacrement de Réconciliation. Je compte bien poursuivre cette forme d’'accompagnement de la communauté dès ce mois, et engager des temps forts au long du carême qui commence le 6 février.
 
« Que le Dieu de l’espérance vous donne en plénitude la paix ! » je fais mienne cette salutation de l’apôtre Paul, et vous dis à bientôt !
Ma prière vous accompagne, sachez que la vôtre me soutient !
                                                                                                        Michel

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 18:49

VENDREDI 16 NOVEMBRE, 18h15

CARNET DE BORD, CHAPITRE 3 !!!

C’est parti pour la suite du récit de mon quotidien qui s’enchevêtre avec celui de jeunes et d’adultes vivant en Centrafrique, tout particulièrement dans le diocèse de Bangassou. Vous avez reçu les longs carnets correspondant aux chapitres 1 et 2, puis deux pages en transition qui vous invitent déjà à vivre avec joie l’entrée dans le temps de l’Avent et ce qui suit. Je reprends le rythme plus régulier auquel vous êtes habitués !

Me voici de retour chez moi, à Bakouma, après une semaine à Bangassou rythmée par les heures de formation et les rencontres, sans oublier le temps passé au cyber, pour accueillir les nouvelles des uns et des autres, souvent heureuses, parfois tristes, et même dures. Les recevoir n’est pas facile quand on est loin, comme c’est le cas pour moi. L’assurance de ma prière pour ceux qui souffrent ou galèrent prend chez moi davantage de sens. Quelque soient les nouvelles, j’apprécie de les lire. C’est le signe que malgré la distance et l’impossibilité de se parler « en direct », on reste en confiance et même en confidence.

Je « colle » ci-dessous ce que j’avais écrit lors d’une soirée à Bangassou, au début de mon séjour.

 

JEUDI 8 NOVEMBRE, 20h40

Il pleut !!! Des trombes d’eau s’abattent sur Bangassou de puis 18h30. Et dire que 200 km plus au Nord, il fait sec, si bien que les premiers feux de brousse ont été allumés, tout proche du centre de Zacko. Arrivé ici avant-hier, je participe à la session annuelle de pastorale diocésaine avec 1 ou 2 délégués de chaque paroisse, et l’ensemble des prêtres, religieux et religieuses du diocèse. Ce qui s’est partagé aujourd’hui m’a passionné, notamment  l’exposé de l’abbé Isaac sur le rôle des laïcs d’après Vatican II et l’exhortation de JP II « Eglise en Afrique », et les carrefours et débats qui ont suivi. L’après midi, 3 interventions simples et courtes, suivies de questions de l’assemblée (70 personnes) m’ont ouvert les yeux : tout d’abord la mission d’Evangélisation en provenance d’Argentine, « Gran Rio » avec des laïcs femmes qui prononcent des vœux publics d’engagement, ce que vivra Marcella le 9 décembre prochain à la cathédrale ; des équipes mixtes vivant de cette spiritualité naissent dans les paroisses du diocèse. Deuxième sujet, le travail pastoral des sœurs franciscaines qui sont à l’Est. Troisième intervention, celle du directeur du Collège technique St Joseph, où travaillent entre autre les Courde. Voilà pour cette journée qui s’est conclue par la messe.

Hier soir, j’ai eu une longue discussion chez Blandine avec Hélène et Damien : quelle joie de nous revoir ! On a plein de choses à se raconter, et ce soir, vu que Maman Isabelle voulait parler à son cher petit (1m90 tout de même !) je suis descendu chez les Spiritains apporter mon portable, et j’ai conversé avec Hélène, pendant que l’époux rassurait la Mère ! J’ai aussi appris hier la nomination de Mgr Simon à la vice-présidence de la Conférence Episcopale ; je lui ai envoyé un mail de félicitations, je pense que c’est une chance pour l’Eglise de France. Cyber catho pas ouvert cet après midi, pour cause de temps menaçant ; je patiente jusqu’à demain.

VENDREDI 16, donc, 18h25

Je poursuis le fil de mes écrits, en ce jour anniversaire de Simplice Bienvenu Sakpou, qui fête ses 36 ans ! On a d’ailleurs célébré l’anniversaire de son ordination diaconale le 9 novembre, c’était il y a 4 ans, et ce même jour, Gaétan était ordonné prêtre ! Et c’est à moi qu’on avait demandé de présider la messe ce soir-là à la chapelle du petit séminaire, avec les participants à la session. Bakouma en force !

C’est donc mercredi matin que j’ai pris le volant de la voiture avec, à mon bord, tout un tas de gens rentrant eux aussi à Bakouma et Zacko. Le trajet s’est déroulé sans souci, sauf que les agents des barrières de pluie nous ont fait par deux fois le coup du « papiers-permis-de-conduire-vous-venez d’où-vous-allez-où- et pas-trop-vite-y-faut-que-j’y écrive-dans-mon-cahier » ça prend chaque fois 10 à 15 mn tout de même !!! Surtout garder le sourire et son calme, afin que l’agent se décide rapidement à décadenasser la barrière en métal. 150 km et 3h15 plus tard, nous sommes à la maison. C’est bon de se sentir dans ses affaires. L’après midi, grosse sieste, si bien qu’il ne restait que peu de temps pour faire quelque chose ; la seule que j’ai eu le temps de faire, c’est cette rencontre : Julice, l’un des deux participants venu de Zacko, est entré parler un moment, puis ce fut l’heure du diner, suivi du coucher, déjà !

SAMEDI 17 NOVEMBRE, 14h30

Reprise du carnet cet après midi après la sieste. Il faut dire qu’hier, après le diner, Gervil, Gaétan et moi avons poursuivi notre feuilleton « 24h chrono » en avalant deux nouveaux épisodes. Dans l’après midi, Marcella est arrivée pour nous rendre visite jusqu’à Lundi, et voir les membres de la Communauté « Gran Rio » dont elle est ici responsable.

Hier matin vendredi, Denis, chef de secteur scolaire, c'est-à-dire délégué dans la sous-préfecture du responsable préfectoral d’enseignement, est venu parler de son travail et des projets de formation à destination des agents-parents déjà en exercice et des nouveaux proposés par les villageois des différents lieux de la sous-préfecture. Qui sont les agents-parents ? Ce sont des adultes choisis par les membres de l’association des parents d‘élèves (APE) de l’école du village. Après une formation plus ou moins longue (deux mois environ) donnée par le chef de secteur scolaire, ils sont aptes à enseigner aux enfants du primaire, du CI (= grande section de maternelle) au CM2. C’est la solution actuelle pour palier à l’absence d’une vraie politique de la part du gouvernement concernant la scolarisation dans ces zones si loin de tout, et où vivent finalement beaucoup de gens : 2000 enfants sont enregistrés dans les écoles villageoises de la sous-préfecture, et Bangui n’a envoyé que 3 « vrais » instituteurs fonctionnaires….. ! Les villageois, soutenus par la paroisse, se mobilisent depuis quelques années pour qu’ouvrent des écoles dites villageoises. On en trouve plus de 10 dans la région que couvre la paroisse actuelle de Bakouma, et plusieurs villages souhaitent qu’une école voie aussi le jour chez eux ; il faut les encourager en leur donnant un peu de matériel (tableau, ardoises, craies…); de leur côté, ils s’organisent pour la construction d’un hangar en paille comme salle de classe, et collectent l’argent pour soutenir le ou les agents-parents nécessaires, et qui acceptent cet engagement. Il faut soutenir ces agents qui vont faire cela toute l’année et pendant plusieurs années. C’est l’APE qui donne une participation financière d’environ 10 000 FCA par mois prélevée dans la caisse des cotisations, et cette année encore, la paroisse verse un complément de 10 000 à 15 000 FCFA par mois à chaque agent-parent. Si c’est bien géré sur place par l’APE, il ne doit pas y avoir de déficit, vu que la cotisation annuelle par enfant est de 1000 FCFA (1€50). Par exemple à Zacko, le directeur est instituteur, et est donc fonctionnaire salarié de Bangui ; Les 5 agents-parents reçoivent 15 000 FCFA par mois pour 8 mois de scolarité, soit 75 000 FCFAx8 = 600 000 FCFA ; le nombre d’élèves avoisinant les 900 à Zacko, il rentre près de 900 000 FCFA par an dans la caisse de l’APE. Ça tourne donc, si tout se passe bien. Zacko est la plus grosse école de la préfecture en nombre d’élèves. Voilà ce que je peux dire aujourd’hui sur ce sujet.

Autres nouvelles diverses :

Hier après-midi, foot sympa avec les enfants de la paroisse : j’ai passé avec eux un bon moment ! Et ce matin, plusieurs sont venus laver la voiture ; je leur donne 150 FCFA afin qu’ils s’achètent un Bic ou un cahier, ou autre chose qu’ils souhaitent. Notre voisin de la paroisse Michel est à l’hôpital, tombé dans le coma depuis lundi soir ; à notre arrivée mercredi, il était chez lui, veillé par deux membres de sa famille ; Simplice l’a emmené à l’hôpital, il est entre de bonnes mains, et devrait s’en sortir, en retrouvant lentement les forces nécessaires. L’orage a grondé avec violence et la pluie est tombée de jeudi 14h à vendredi 6h du matin presque sans discontinuité, ce qui a engendré l’effondrement de cases sur des personnes qui dormaient. La santé de deux d’entre elles est préoccupante.

Ce matin, les membres du Mouvement « Légionnaires de Marie » concluaient le Mois du Rosaire (à la mi-novembre…) et Gaétan a fait une intervention très intéressante sur la prière. Sur les 80 personnes présentes, quand il leur a demandé « qui sait lire le sango ? » seules une douzaine de mains se sont levées, dont 8 d’hommes. On enseigne la parole du Christ de manière bien différente dans de telles situations. Comme le Christ lui-même s’adressant aux foules, il faut déployer des trésors d’imagination pour « faire passer le message » ! J’ai suivi Gaétan, habile orateur dialoguant avec cette assemblée captivée par le sujet … et par le curé ! Les gens sont heureux de ce qu’ils ont entendu, découvert et partagé en cette matinée qui s’est achevée par l’Eucharistie. Il est 15h15, je vais voir le match de foot au terrain : MCC (Mission Catholique Club) joue pour la victoire et affronte Santé-Sport!

DIMANCHE 18 NOVEMBRE, 18h30

Rapide tour d’horizon de ces dernières 24h, mais sans chrono (!) : en me rendant au stade, où le MCC (!) a perdu 4 – 2 contre Santé-Sport, j’ai rattrapé Jeanne, notre pauvre voisine d’en face ; j’entame la conversation et elle m’explique qu’elle porte nourriture et boisson à un membre de sa famille hospitalisé ; je l’accompagne, puise au passage 15 litres d’eau que je verse dans sa bassine, sous le regard amusé d’un petit groupe de femmes se reposant chez l’une d’entre elles, à côté du puits… Arrivé à l’hôpital, je découvre que la personne à qui nous apportons eau et aliments est le catéchiste de Ouanda, une chapelle de Bakouma située à 60 km au Sud-est. Nous discutons un moment, puis je m’assois auprès de Michel, autre pauvre voisin hospitalisé depuis mercredi ; il ne dit rien, ne mange ni ne boit, mais il entend ; je l’ai même fait rire un peu quand je lui ai dit que je l’attendais pour boire le café chez lui. Je doute que cela puisse se faire un jour, mais c’était une promesse qu’on s’était faite. Je me suis arrêté ensuite auprès d’un jeune papa opéré de deux hernies situées dans le ventre ; il souffre beaucoup. L’hôpital de Bakouma est dirigé par un bon médecin, et il y a une bonne équipe d’infirmiers. Mais il n’y a que le strict minimum : si vous venez pour être hospitalisé, il faut vous munir de votre matelas, moustiquaire, et être accompagné d’une ou plusieurs personnes pour vous préparer le repas. Il faut aussi payer les médicaments et les perfusions au fur et à mesure. Ce n’est pas facile pour beaucoup de gens, qui hésitent à venir, et parfois s’y rendent trop tardivement. Les chambrées sont de 6 à 8 lits, non mixtes, et un peu « en courant d’air » permanent. La pharmacie paroissiale permet aux gens de la région d’avoir de vrais médicaments, ceux vendus au marché provenant souvent du Nigéria étant de la contrefaçon ; cela dit, s’il y en a au marché, c’est qu’il y a des clients…. L’information doit être accentuée sur ce sujet, et sur tant d’autres concernant la santé.

Hier soir, au cours du diner, Gaétan m’a proposé de présider la messe ce dimanche, cela lui permettant de se rendre dans deux chapelles situées à quelques km. Ayant regagné mon chez moi après le diner, je me suis attelé à l’homélie de ce 33è dimanche du temps ordinaire. J’ai achevé la rédaction ce matin après le petit dèj, et ai donc présidé ici seul pour la première fois. Tout s’est bien passé, évidemment, mais mes oreilles (et celles de beaucoup de paroissiens !) ont souffert des nombreux vols de canard de la chorale. Après la messe, je saute dans la voiture de Gaétan pour l’opération « keke ti wa » ! Cela consiste à partir en brousse abattre des arbres morts afin   d’engranger ce fameux keke ti wa, autrement dit bois pour le feu, pour la cuisine donc ! L’opération

A débuté à 10h30 par la constitution de l’équipe dirigée par Séraphin, le grand chef scout maitre d’œuvre local du centenaire du scoutisme célébré le 25 novembre. Nous voilà partis sur la route de Zacko, et huit km plus tard, nous stoppons en un lieu fa            vorable repéré par le chef ; en 45 mn, plusieurs mètres cubes de bois sont abattu et rassemblés dans le pick-up par la dizaine de jeunes bucherons de ce jour. Il faut voir ces petits de 10 à 14 ans manier la hache et la machette avec dextérité et efficacité ! Retour pour 12h15, et après le déjeuner et la sieste, j’ai commencé à démonter la caisse de transport de mon vélo faite par Fred à Tallende. Comme promis, elle sera transformée en tableau d’école et en ardoises, pour le plus grand bonheur des petits et des grands ! le foot avec les Servants et autres enfants sur le grand terrain pendant une heure est l’occasion d’une bonne suée pour tout le monde ! Les jeunes voulant découvrir Zacko, je leur ai installé l’ordi dehors et ils se sont assis sur la marche de la terrasse pour regarder une partie des photos que j’ai fait ici et à Zacko et la région. Les commentaires étaient parfois très drôles !!!

Ce soir, il fait chaud et humide, pas facile d’aller dormir !

 

MARDI 20 NOVEMBRE, 20h30

 

Comme d’habitude à cette heure-ci, Christophe, notre sentinelle, vient d’éteindre le groupe électrogène allumé vers 17h30. Mon bureau s’éclaire de la blanche lumière de la lampe tempête à batteries, tandis que JJG (Goldman pour ceux qui ne savent pas) envahit doucement l’espace grâce au lecteur CD branché dans mon ensemble « 8 prises + batterie 220V » très pratique pour vivre en 220V même quand y en n’a plus dans les prises murales.

Ce qui marque la vie de la paroisse, c’est l’organisation cette semaine de la Conférence Paroissiale Annuelle, qui rassemble des délégués de chacune des chapelles de la paroisse. Zacko en est, ainsi que les 4 chapelles qui l’environnent, puisqu’on n’a pas encore appris à l’enfant qui vient de naitre à marcher tout seul. (Cette formule n’est pas de moi mais d’un (futur) paroissien, et je l’aime beaucoup, je la trouve très explicite). Près de 90 hommes et femmes sont arrivés dimanche soir, à vélo pour certains, à pied pour tous les autres ; les plus loin, venant par exemple de Bamara, 18 km au Nord de Zacko qui est déjà 65 km au Nord de Bakouma, ont quitté leur maison et leur travail samedi matin. Je reste époustouflé par l’énergie qui anime ces gens ; cela mérite le respect et de vrais encouragements. Le programme de toute cette semaine a été bâti par les laïcs de Bakouma ; Gaétan a été simplement consulté. Les trois prêtres interviendront à tour de rôle sur trois sujets différents à partir de demain après midi. Si ce sont les laïcs qui s’organisent ainsi depuis plusieurs années, c’est suite à la fragilité de la santé du Père Henri,  Spiritain fondateur de la paroisse, et qui a dû regagner les Pays-Bas il y a quelques années ; avant son départ, il ne circulait pratiquement plus dans les chapelles éloignées de Bakouma, d’où l’idée de laïcs de prendre en charge une semaine annuelle de rencontre et de formation sur divers sujets de pastorale à partir d’un texte d’Evangile. Le programme est dense, les participants sont ravis ! Il y a d’ailleurs un nombre maximum de participants par chapelle, pour éviter les foules et faciliter la gestion de l’accueil dans les familles et les repas du matin et du midi. Mon bureau se transforme chaque matin en petit magasin d’objets religieux : je  vends (en réalité sans aucun bénéfice ou presque)  croix, chaines, médailles, chapelets, dizeniers, en provenance directe d’Espagne et d’Italie. Prix de vente moyen des objets : 200FCFA. C’est pas la ruine quand même ! Bon, y a moins de choix qu’à Lourdes, mais après tout je préfère !!! Alors ces dames et ces messieurs se pressent pour marchander, discuter le prix, demander un rabais sur le prix de deux croix achetées… c’est l’Afrique, et ça permet de discuter le coup !!!

Notre voisin Michel est mort hier matin. Je suis triste, parce qu’avec ce « vieux », j’avais commencé quelques liens simples et sympathiques. On avait rendez-vous un de ce jours pour un café ; tant pis. Comme il n’a pas de famille proche, Gaétan s’est occupé de faire fabriquer le cercueil ici dans notre menuiserie, a demandé au chef scout Séraphin de constituer une petite équipe pour creuser la fosse, dans ce qui s’appelle le cimetière, et qui est en réalité un espace envahi de hautes herbes entre des grands arbres. La présence de tant de participants à la Conférence a donné à la courte cérémonie une vraie dimension communautaire autour de beaux chants. Tous, nous avons accompagné Michel jusqu’à ce lieu tout proche de la maison que la paroisse lui avait prêté depuis quelques années. (clin d’œil alors qu’il est 21h : JJG chante « puisque tu pars »…)

La réalisation du tableau pliant confectionné à partir de presque tous les éléments de la caisse du vélo est en bonne voie, grâce à la participation de tout un petit groupe d’enfants du primaire (âgés tout de même de 8 à 16 ans). C’est l’occasion de parler de choses et d’autres, et il en est de même sur le terrain de foot où un nouveau match a eu lieu cet après-midi : en discutant avec Richard (12 ans, CM1), qui tousse beaucoup, j’apprends que lui et deux autres petits joueurs vivent dans une case toute proche, sans qu’aucun adulte ne s’occupe d’eux. Le papa est décédé depuis longtemps, la maman est partie à Zacko, il ajoute : « depuis » (combien de temps ?). Alors les enfants s’autogèrent. Richard est le plus grand ; à 4h30, le jour se lève à peine, il se dirige vers la rivière où il a, la veille, placé une nasse destinée à la capture des petits poissons qui remontent le courant. S’il y en a, le repas de midi est assuré ; sinon… De retour à la maison, il prend ses affaires, et avec Grâce à Dieu qui est en CE1, ils partent à l’école, souvent sans manger. Albert, lui, reste à la maison et tourne en rond dans le quartier. Il n’est pas entré à l’école cette année. Certes il souffre d’une plaie gênante qui n’arrive pas à se résorber, mais cette seule explication n’est pas suffisante. J’en saurai un jour un peu plus. En tout cas ce soir, j’ai passé un moment agréable dans leur case rectangulaire enfumée, et ai préparé avec eux une tisane à la citronnelle et au miel que j’avais apporté. C’est la première étape de lutte contre la toux. Demain, médicaments et peut-être visite à l’hôpital. Ce genre de situation n’est pas si rare ici, mais c’est chaque fois très préoccupant ; les enfants, très (trop !) jeunes apprennent à s’autogérer, ou bien tournent mal. D’ailleurs, c’est un peu la même chose pour Dieubéni qui vient me voir parfois en fin de journée : il est né en 1991, vit chez un parent dit éloigné, sa mère vit à Bangassou depuis deux ans, et lui reste ici ; il redouble le CM2, et me partage ses projets d’avenir : devenir prêtre. Il souhaite entrer au petit séminaire de Bangassou et suivre la scolarité au collège à St Pierre Claver. J’ai regardé ses cahiers de cours : c’est un peu maigre comme contenu. J’ai proposé qu’on converse ensemble en français, pour l’aider. Il se débrouille bien, je lui ai prêté un des rares livres facile d’accès : « les droits de l’enfant » destiné aux enfants ; je pense que je vais étendre cette activité aux CM1 et CM2 qui viennent à la paroisse.

Ce matin, je suis allé au jardin d’enfants de Bakouma soutenu par la paroisse ; si vous voulez vous sentir une star, venez donc ! Les 50 enfants viennent vous toucher les mains et les bras et vous répètent 250 fois « Bonjour Monsieur » ! Ça me rappelle les cours de récré de Fénelon et Massillon… je suis venu prendre les mesures du petit portique afin de leur fabriquer trois balançoires : la première est « sortie des ateliers » cet après-midi. Ils la découvriront demain.

 

VENDREDI 23 NOVEMBRE, 18h

 

Parfait vient de sortir de chez moi, un beau sparadrap recouvrant une jolie compresse protégeant la pommade « fucidine » dont je lui ai légèrement « barbouillé » le genou, après une méga chute sur le terrain, alors que j’arbitrais un «béret » , sans, d’ailleurs, que ne revienne à mon esprit le moindre mauvais souvenir d’une certaine chute au Pignolet avec les 6è de BPJA… cet après midi fut enfin un temps de détente et de jeu ; j’ai initié une vingtaine de jeunes au double drapeau ; ça leur a plu, semble-t-il, vu le nombre de parties qu’ils ont joué, avant de demander eux-mêmes de jouer au béret. Ces moments sont des occasions de les connaitre, et de leur apprendre aussi à partager des choses ensemble malgré les différences d’âge et de niveau scolaire.

La Conférence annuelle prend fin dimanche avec la grand’messe, et demain déjà, il n y a rendez-vous que le matin. Je suis intervenu hier jeudi après midi devant cette assemblée de responsables, pour évoquer à leur demande la question de l’engagement des laïcs dans le diocèse de Clermont. J’ai repris quelques éléments de Vatican II et de l’exhortation  apostolique de JPII « Eglise en Afrique ». Puis j’ai développé le travail de l’EAP, les relations avec l’ensemble des éléments et groupes qui constituent la Paroisse dans le diocèse. Puis les réactions et les questions, les tentatives de comparaison de fonctionnement entre les deux diocèses de Clermont et de Bangassou ont permis un échange animé et intéressant. Certains participants ont apprécié le travail de l’EAP, mais on s’est rendu compte que ce n’est pas possible ici de le vivre ainsi, compte tenu de l’étendue des paroisses ; mais l’idée a germé de rencontres de présidents des chapelles de la paroisse, pour un temps de partage et de réflexion pouvant conduire à des décisions regardant l’ensemble du territoire paroissial. Je vais expérimenter cela à Zacko. L’Eucharistie de 6 du matin ouvre chaque journée, et les trois prêtres président à tour de rôle. C’est exigeant de préparer à deux reprises l’homélie sur les textes du jour ! Il faut dire que la présence des responsables de tant de lieux est l’occasion de rencontres personnelles avec l’un ou l’autre, au moment des pauses. Cette Conférence est vraiment bien organisée : après la messe, service du café ou de la citronnelle, (produits locaux !), puis à 10h, pause et service d’une soupe chaude aux légumes : ka-hoya ou patate douce se dégustent avec un petit bâton à la main pour les extraire du gobelet : un vrai délice ! Puis à midi, déjeuner pour tout le monde, préparé sur place par une équipe de volontaires, différents chaque jour. Cuisiner au feu pour plus de 120 personnes, c’est sport vu de France, mais ici ils sont habitués : les énormes marmites bouillantes posées sur les trois pierres du feu regorgent, l’une de ngouja (feuilles de manioc) l’autre de gozo (manioc tubercule en purée), et sur le feu rôtissent les morceaux de singe ou de cabri. Et tout est prêt à l’heure, si bien qu’ensuite, les participants prennent le temps de la sieste souvent sur place sous les arbres, jusqu’au coup de cloche de 14h30 qui les rappellent à l’église pour la suite du programme. La cloche, une jante de camion accrochée au manguier, qu’on frappe à l’aide d’un morceau de moteur : un piston de voiture… croyez moi, ça réveille, et ça s’entend au loin !

Je n’ai pas pris beaucoup de temps pour de longs trajets en vélo ces jours-ci, vu les occupations sur place, et les temps de bricolage et d’entretien que j’ai effectué ; outre les balançoires (la deuxième est presque terminée), j’ai installé un long pot d’échappement à notre groupe électrogène afin d’évacuer les fumées loin du filtre à air. Ce matin, la fuite d’eau dans l’annexe de notre salle à manger m’a amené à faire quelques installations supplémentaires autour de l’évier : accroche du robinet et du support de serviette. La perceuse sans fil, c’est vraiment utile, et il m’a fallu presque l’arracher des mains du menuisier (je plaisante !) qui s’en sert tous les jours pour fabriquer nos fauteuils de salon, nos armoires, nos lits… tout ce qui est meuble en bois dans la maison vient d’ici. C’est un superbe travail du chef et de son équipe.

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 27 décembre 2007 4 27 /12 /Déc /2007 18:41

DIMANCHE 25 NOVEMBRE, 21h05

 

Je viens de corriger un document de Gaétan sur l’auto-prise en charge afin qu’il l’envoie en France. Je suis en pleins préparatifs pour le départ à destination de Zacko demain matin, mon logement ressemble à un appart en court de déménagement…. Mais depuis hier soir, ma tête est préoccupée par ce que Gaétan nous a dit à table et que le secrétaire général de la sous-préfecture a confirmé via un document officiel lu à la fin de la messe ce matin : un groupe de gens armés originaires de l’Ouganda, de la RDC, de RCA avec à leur tête un colonel Congolais se dirigerait vers Bakouma. Cette info émane directement de Bangui. Il est demandé à la population d’être prudente et de signaler toute personne suspecte. Lu juste avant la fin de la messe, ce document a jeté un froid dans toute cette assemblée heureuse de prier et chanter en ce jour du Christ-Roi. C’est aussi le centenaire du scoutisme qu’on célèbre aujourd’hui. La fête avait bien commencé ; d’un coup, une chape de plomb est tombée sur la foule : le chant final a été chanté sans conviction ; le déjeuner avec les responsables scouts était un peu terne ; les saynètes de l’après-midi ont détendu l’atmosphère, mais le cœur n’y était pas. En revenant du centre social où petits et grands scouts sont réunis depuis trois jours, je me suis arrêté chez l’Agent Spécial (rien à voir avec 007, c’est simplement le nom donné au trésorier du Trésor Public) ; on a discuté de ce sujet ; il est inquiet, conscient que cette info est sûre, et que les suites sont inconnues. Ce soir au diner, les trois Africains qui sont mes compagnons de route ici ont évoqué ce qu’ils ont vécu, soit à Bangui au cours des différentes mutineries qui ont ensanglanté la ville, soit au Rwanda il y a plus de dix ans. Gaétan, qui est Rwandais, a redit plusieurs fois qu’un pays qui entre dans la guerre vit un drame immense, et que tout ce qui existait, en particulier comme lien social, était détruit pour un long temps.

Le foot de 16h à 17h avec les jeunes m’a fait un temps oublier ce sujet qui engendre à juste titre la peur chez tous les habitants, ce fut un bon moment. Comme chaque fois ou presque après un match, il faut soigner les petits bobos de quelques joueurs qui jouent pieds nus dans ce terrain bosselé aux herbes plus ou moins hautes. Dieubéni est venu faire de la lecture avec le livre scolaire de géographie que j’ai acheté 1000 F cette semaine pour aider les CM dans leur scolarité ; ils se le passent au long de l’année.

 

MARDI 4 DECEMBRE, 10h50

 

Voilà 8 jours que j’ai « raccroché » l’ordi et le carnet de bord ; je suis heureux de le rouvrir ce matin ! La semaine à Zacko fut riche de rencontres, et je me rends compte que, plus j’y suis, plus les liens s’affinent, s’approfondissent et se diversifient. Ces journées m’ont permis de vivre une longue  rencontre avec Benjamin, le catéchiste principal, responsable du Centre, et relais dans l’accompagnement des catéchistes des chapelles. On a parlé de son travail, de celui des autres catéchistes, et avons pris date pour la préparation de la célébration de la 20è de baptêmes de bébés à célébrer dans la nuit de Noël. Un bébé, c’est ici un enfant qui a moins de 6 ans… il faut rencontrer les parents et les parrains et marraines, et vivre avec eux une longue réunion que Benjamin appelle petite retraite. Autre sujet, qui est presque lié et qui le concerne : c’est lui qui est spécialisé dans le forage manuel de puits ; il se met à l’ouvrage ces jours-ci afin de pouvoir, nous l’espérons, trouver de l’eau à proximité de notre maison ; c’est une des conditions de la mise en route des chantiers de construction du presbytère et du bloc opératoire.

A Zacko sont décédés cette semaine deux enfants de la communauté : Gervil, 5 ans, qui venait d’intégrer les Louveteaux (déjà) est mort des suites d’une angine mal soignée ; malade depuis des semaines (on en avait parlé à la Toussaint), ses parents se sont décidés à l’emmener au dispensaire. Paul Sapaï, l’infirmier en chef, l’a ausculté et a prescrit des antibiotiques en perfusion. Les parents ont fait brancher la première dose, puis sont partis dès le lendemain présenter l’enfant à un certain Modeste, voyant, prophète et guérisseur vivant à 7 km. Lui-même a demandé qu’ils ramènent Gervil au dispensaire, mais les parents ont refusé. Alors qu’ils étaient là bas, l’enfant est mort, et c’est à notre arrivée lundi dernier que le corps était ramené à la maison. Paul est venu partager son désarroi et sa peine ; c’est d’autant plus compliqué que tout le monde se connait, vu le nombre de catholiques ici. Simplice et moi nous sommes rendus à la place mortuaire et avons assuré la célébration sur place ; Simplice a présidé et je n’ai rien perdu de ce qu’il a dit et fait. Le petit Gervil a été enterré au pied de la maison, avec, accroché à son tee-shirt, la croix du mouvement scout. Les parents ont été entourés de dizaines de personnes qui ont veillé pendant 3 jours et 3 nuits avec leurs chants et leurs danses. Jeudi soir, c’est Sidonie, 20 mois, la fille de Jean-Pierre Tagba, président du Conseil de la paroisse, qui décédait, suite à des complications de l’appareil digestif. Elle avait été plutôt bien suivie médicalement, mais le mélange des médicaments prescrits par l’infirmier et ceux qu’on appelle pudiquement « yoro ti kodro » (médicament du village) n’a peut-être pas été dans le sens de la guérison. On ne saura sans doute jamais, mais quoi qu’il en soit, cette habitude de mélange des genres est parfois fatale à des gens de tous âges dont ceux qui les entourent pensent bien faire. Vendredi matin à l’aube (6h), j’ai présidé à la célébration qui, tout comme celle de lundi, a vu une foule immense se rassembler dans la petite concession de Jean-Pierre et Agnès. Sidonie repose au pied de la maison, déposée sur sa natte, inhumée avec auprès d’elle, tous ses vêtements. Les veillées suivantes ont vu nombre de gens venir parler, chanter, danser, boire un café très sucré et grignoter quelques produits locaux. Dimanche matin, au cours de la messe, j’ai invité la communauté à prier pour eux et leurs parents.

 

Mardi soir, j’ai mangé le ngunja et la boule de manioc (gozo) chez Angèle et Roger ; Roger Kowoli est un de « mes » anciens Aïta-Kwe de Bangassou, c’est le papa de Michel. On a parlé de choses et d’autres concernant notamment son travail et celui de bien  des gens ici espérant trouver un jour enfin LA pierre qui fera leur fortune… mais ils investissent tant en matériel et en frais pour avoir le droit de creuser que c’est un gouffre (c’est bien le cas de le dire !!!) et beaucoup s’endettent ou se ruinent.

 

Jeudi après midi, visite à Bamara et Yanguchi. Dans la voiture conduite par Simplice, quelques amis dont Pierre-Lambert, président de Justice et Paix, Roger Kowoli, Jérémie, le frère de Simplice. Il y a aussi un tableau flambant neuf ainsi qu’un ballon et une jante pouvant servir de cloche, tout cela pour l’école de Bamara. 1 km avant notre arrivée, des enfants puisant de l’eau nous saluent et s’exclament sans s’arrêter : « tableau ti e, la ! tableau ti e, la ! » (C’est notre tableau !) Et ils courent autour de la voiture. Il faut dire que la route est à cet endroit tellement mauvaise qu’ils n’ont pas trop de peine à le faire !!! Intérieurement, une grande joie me saisit. Leur joie me ravit. Arrivés à l’école, les deniers CE1 et 2 achèvent leur cours sous la direction de l’agent-parent Aimé-Christian. Ils accourent et me saluent en français, et poursuivent ainsi la conversation, ce qui stupéfait Jérémie qui avait été enseignant à Rafaï. Le tableau est emporté par les enfants, le ballon confié au président de la paroisse, la cloche déposée en attendant la confection de son support. Puis nous poursuivons vers Yanguchi où nous attendent les membres de cette nouvelle communauté menée par Jules. Ô surprise : les chrétiens ont achevé l’église ! Un magnifique toit en paille recouvre le lieu découvert il y a 1 mois et demi, et les bancs en troncs d’arbre ont été fixés au sol ; un autel a trouvé place au centre, à côté du pupitre qu’ils avaient confectionné. C’est vraiment la réaction de l’apôtre Paul qui me revient : « comment refuserions-nous le baptême à ceux qui sont habités de l’Esprit-Saint ? » Il faut dire que parmi tous ces gens, et en particulier chez les enfants, les jeunes et les jeunes adultes, pratiquement aucun n’a reçu le baptême, pas même le catéchiste ! Je leur ai proposé une petite catéchèse sur le sens de la messe, la communion avec tous les catholiques à travers les textes liturgiques. J’ai aussi parlé de cette nouvelle année qui s’ouvre avec le Temps de l’Avent. A notre départ, après avoir partagé la boule, un énorme régime de banane m’était offert, ainsi que d’autres produits de cette bonne terre de Yanguchi. De retour à Bamara, nous passons plus d’une heure à tenter un rapprochement entre les deux membres d’un couple marié depuis 8 mois mais qui se déchire. L’affaire concerne en fait de nombreux villageois, notamment les catholiques. Beaucoup de choses ont été dites, avec plus ou moins de calme. Il est sûr que ces deux personnes vont partir chacune de leur côté. Cette question du sacrement de mariage en RCA est très complexe, j’espère y voir progressivement plus clair.

 

Zacko, c’est aussi les enfants et les jeunes : le ballon de foot a été usé par les longues heures de match des enfants du quartier qui jouent devant l’église protestante UFEB toute proche. Il y a Fungu où je me suis rendu à deux reprises en fin de semaine ; 3 km à pied, c’est long… mais en footing c’est plus rapide ; j’avais laissé mon vélo à Bakouma, pour le plus grand bonheur de Gervil, le séminariste stagiaire ! A la source chaude, j’y retrouve des gens connus et crée d’autres liens avec enfants et adultes venus comme moi se détendre après le travail.

 

Cette semaine, j’ai fait quelques travaux dans notre presbytère miniature, notamment l’installation de barreaux aux fenêtres : j’avais pris les fers à béton à Bangassou lors de ma dernière venue ; aidé sur place par Hugues le menuisier et Roger Kowoli, la perceuse a fait le reste, jusqu’à ce que les deux batteries soient totalement déchargées. J’ai passé plusieurs heures à nettoyer notre immense esplanade côté route de Bakouma, relayant ainsi le travail accompli par divers groupes de chrétiens ces derniers jours. Les gens ont été très surpris de me voir travailler, dedans et dehors, avec énergie, inventivité et détermination. Et moi, ça m’a fait du bien de passer ce temps là à bricoler seul ou avec d’autres.

Samedi, 1er décembre, c’est la Fête Nationale ! Tout ce qui était prévu a failli être tout simplement annulé faute de responsables locaux, écoutez plutôt : vendredi, veille de la Fête, on apprend que le Maire, son adjoint, le secrétaire général, le commandant de brigade et leurs familles ont fui à Bakouma et Bangassou pour cause d’arrivée imminente de rebelles venant de Yalinga ! (pendant ce temps à Bakouma, ils apprennent que Zacko est entre les mains des-dit rebelles !) Alors le peuple resté là sans protection militaire ni la présence des autorités et qui s’est réveillé avec cette information, a décidé de célébrer quand même la Fête Nationale : les CE et CM de l’école sont arrivés en rang au pas militaire, puis ont chanté l’hymne National : « O Centrafrique, O berceau des Bantous… » Puis le pasteur de l’Eglise Baptiste a invité tout le monde à la prière pour le pays, pour la paix ; enfin, un ancien maire a fait un discours court et clair sur l’importance de ne pas céder à la peur, mais de poursuivre la vie dans le calme: « allez au marché, vendez, achetez, allez à vos champs, faites la fête aujourd’hui ! » Vers 8h30, tout était fini, et une horde d’enfants est venu me saluer, à un point tel que je ne pouvais plus me déplacer dans le marché !

Simplice est parti à Kono pour passer 24 heures avec la communauté, emmené par le pilote d’une moto qui a accepté moyennant le payement de deux litres d’essence. Je pensais me reposer l’après-midi, mais c’était sans compter sur le fait que le samedi est veille de dimanche, et donc jour de confession : près de 20 personnes de tous âges se sont pressés tour à tour sous l’arbre où j’avais installé deux chaises. C’est l’occasion de prendre du temps avec l’une ou l’autre, connaitre un peu de leur histoire, de leur itinéraire de foi.

Soirée en solitaire dans le presbytère, ce qui m’a permis d’achever mon homélie du premier dimanche de l’Avent. J’ai développé ce qu’est la nouvelle année, à partir d’un jeu de mot tout simple : ngu (prononcer ngou) est le mot utilisé pour désigner et l’eau et l’année ; d’autre part, fini est le mot utilisé pour dire nouveau et aussi Vie. Alors vous voyez, quand on dit : «bonne année», on dit : « Nzoni fini ngu », ce qui peut aussi dire : «bonne nouvelle eau, bonne eau de la Vie». J’ai commencé mon homélie avec, à la main, un seau et sa corde pour puiser l’eau, et j’ai développé ce que le Seigneur, à travers les textes de ce dimanche, nous offre de puiser dans cette eau, et au cours de cette année. J’espère qu’ils ont saisi le jeu de mots….. mon Sango est parfois un peu hésitant ! Heureusement, l’Esprit-Saint est d’un grand secours, et pas seulement à ce moment, mais aussi entre autre au moment du sacrement de Réconciliation, pour lequel il ne m’est pas toujours facile de comprendre ce qui est partagé au Seigneur.

Notre retour à Bakouma après les messes s’est passé sans souci, ouf ! Il faut dire que deux crevaisons en trois jours, ça fait beaucoup pour nos pauvres chambres à air qui équipent les pneus. Sans parler du fait que chaque réparation demande du temps et de l’aide ; au fur et à mesure, je tache d’équiper la voiture en nécessaire de réparation : dernière entrée de matériel : deux démonte pneu, fabriqué par Timothée le forgeron.

 

CE MÊME JOUR, 18h10

 

Dimanche 17h : arrivée à Bakouma du Nonce Apostolique pour la RCA et le Tchad : Mgr Pierre Nguyen VAN TÔT, résidant à Bangui. Accompagné de Mgr Aguirre, il fait une visite au diocèse de Bangassou ; après deux jours dans la ville épiscopale, il nous vient, puis se rend à Rafaï aujourd’hui mardi. A son arrivée, des enfants et des adultes se pressent pour saluer les deux Monseigneur, puis après un gouter au cours duquel nous savourons les excellents gâteaux mitonnés à Bangassou par Sœur Marguerite, repos et retrouvailles pour les traditionnelles vêpres à 18h45. Au cours du diner, Mgr Aguirre revient sur divers projets en cours, et la discussion se poursuit sous la paillotte jusqu’à 21h30. On regarde le plan du futur presbytère de Zacko : simple et superbe à la fois. On évoque la lenteur de l’avancement du dossier du bloc opératoire, vu les contraintes posées par l’ordre des médecins Centrafricains concernant l’aménagement intérieur. Il faut encore revoir le plan, ça retarde la mise en chantier. Avec le Nonce, on parle de notre ministère, Simplice et moi partageons ce que nous vivons dans le secteur de Zacko, avec notamment ce qui se vit à Yanguchi. Le Nonce partage son expérience, dont ses trois années vécues au Rwanda dès le début du génocide. Gaétan partage ce qu’il a lui-même vécu, c’est poignant. Après une nuit calme, réveil et petit dèj avec nos hôtes, puis messe à 8h : église comble, belle chorale, et un Nonce qui préside en Sango avec certes quelques hésitations mais avec conviction. Après cela, visite du jardin d’enfants : 65 petits bouts de choux n’en croient pas leurs yeux ! Ils chantent en cœur ce que la maitresse leur a appris, en sango et en français ; c’est craquant ! Et je croque quelques visages avec mon appareil photo, c’est un régal. Nos visiteurs partent à Fadama saluer les choristes qui entament leur session trimestrielle, et on se retrouve pour déjeuner. C’est l’occasion d’évoquer ce qui se vit au Vatican, ce que devient Benoit XVI, et de parler de sa toute nouvelle encyclique « dans l’espérance nous avons été sauvés ; Mgr Aguirre nous remet le texte, je vais en faire ma lecture sainte !  En tout début d’après midi, le Nonce et notre évêque s’en retournent à Bangassou via Niakari où ils doivent rencontrer la communauté. J’ai aimé la simplicité de cette visite et des visiteurs, c’était détendu, simple et très fraternel.

L’après-midi, j’ai accompagné les enfants de Bakouma qui m’ont présenté leur gagne-pain : les nasses installées dans la petite rivière leur permettent de ramasser quelques poissons qu’ils vendront en porte à porte ou au marché. Nous avons déambulé dans cette eau peu profonde où sont alignés des rangs dont le nombre permet à des dizaines de nasses d’être ainsi en fonction. Chacun des jeunes a la ou les siennes. Puis les enfants se sont baignés brièvement dans l’eau froide, à l’endroit large et sablonneux où les Baptistes protestants célèbrent leurs baptêmes. A part le jeune Kongo-Placide, aucun ne sait vraiment nager, mais ils s’éclatent comme des fous dans cette immense pataugeoire.

 

Ce matin, j’ai passé du temps à l’hôpital pour aider un homme que j’avais transporté dimanche depuis Zacko jusqu’à Bakouma : il souffre d’une nouvelle hernie, sachant qu’il a déjà été opéré il y a deux ans à Bangassou. C’est d’ailleurs là que se trouve sa famille ; il a donc refusé d’être opéré ici malgré l’urgence ; il faut savoir que, outre les frais d’opération et d’hospitalisation qui sont totalement à la charge du patient, il faut que des personnes s’occupent des repas et de la toilette durant tout le temps d’hospitalisation. C’est donc impossible pour Benjamin de rester ici. Alors il a fait le choix d’aller à Bangassou, à 150 km, demandant à un trafiquant qui redescend en vélo à vide vers le Sud de l’emmener sur le porte-bagage, moyennant finance. Je lui ai donné 15 000 FCFA pour la route et les frais d’hospitalisation… je n’ai plus un sous sur moi, mais c’est sans importance, vu la situation de Benjamin. Espérons qu’il ne souffre pas trop sur la route.

Ce soir, Gaétan m’a appelé pour m’inviter à lire un mail en provenance de Clermont : quelle joie d’avoir des nouvelles ! La phonie est à nouveau en bon état de fonctionnement après quelques péripéties qui ont vu des mails ne jamais aboutir…

 

SAMEDI 8 DECEMBRE, 18h, fête de l’Immaculée Conception

 

Je n’ai cessé de penser aujourd’hui à Lyon qui brille de mille feux, et à ces foules de pèlerins venus se fondre dans la masse des badauds rassemblés dans la capitale des Gaules. Ici la fête est moins sophistiquée, elle est tout aussi belle : c’est l’avant dernier jour du rassemblement trimestriel des choristes de la paroisse (on va bientôt dire : des paroisses !) et j’ai fait une conférence d’une heure sur le thème de Marie dans les évangiles, et ce que sa manière d’être nous enseigne à nous, croyants. J’ai consacré trois heures de préparation hier matin vendredi, fouillant dans les évangiles et autres livres du NT ; j’avais même préparé quelques lignes sur le lien avec Judith, cette femme de la Bible dont le Livre est un des éléments, peu connu, de l’Ancien Testament. Cette petite recherche biblique m’a plu, et je n’ai pas été dérangé ; seul Etienne, 12 ans, en CE2, mais dont l’enseignant est malade, est venu s’assoir durant tout ce temps, a regardé l’album photos confectionné par deux jeunes filles inséparables de BPJA… il a posé de temps en temps une question ou deux, et moi de même à son sujet ; c’était un peu de parole rompant le calme facilitant ce travail de préparation de formation des laïcs à l’entrée dans la parole de Dieu. La conférence de jeudi matin sur la Messe m’a demandé du travail au long de la journée de mercredi, puisqu’il fallait intervenir en langue Sango ; ce que j’ai dit a été là aussi bien reçu par cette assemblée de 120 personnes venues de presque toutes les chapelles de la paroisse, les plus éloignées étant à plus de 80 km de Fadama où tout ce monde est accueilli jusqu’à demain. Fadama n’étant distant de Bakouma que de 3 km, j’ai fait les trajets en VTT, ce que j’apprécie vraiment beaucoup. Et puis cela évite parfois des disputes ou des tensions entre les gens, ou avec eux parfois, au sujet de savoir qui monte dans la voiture, et pour aller où ; c’est le côté un peu pénible parfois, que je ne supporte pas toujours avec patience… j’ai d’ailleurs préféré revenir en voiture jeudi vers 11h30 pour accompagner à l’hôpital une choriste bien malade, que j’ai ramenée après consultation chez elle à Lengo, à 10km vers l’Est.

Hier vendredi sont arrivés vers 16h30 ceux qu’ici on appelle « les Safaris » ; j’avais rencontré Eric il y a plusieurs semaines, c’est aujourd’hui sa femme Emily qui est arrivée du campement en cours d’installation à 250 km à l’Est de Bakouma ; Emily est suédoise, comme Eric, elle aussi est née en RCA ; avec elle et les pisteurs dont 2 pygmées, il y a Simon, jeune recrue venu tout droit de Suède ! Arrivé il y a un mois, il apprend le Sango, mais doit aussi se mettre au Français ! Mais il est volontaire et motivé, ça ira vite. Lui et moi, avec Emily, avons discuté longuement autour d’un café pain-maison vache-qui-rit, avant qu’ils ne reprennent la route pour Bangui, où atterrissent demain soir les parents d’Emily. Dans la semaine prochaine, tout ce petit monde repassera par Bakouma pour rejoindre le campement où Eric travaille d’arrache-pied pour que tout soit accueillant pour la famille. C’est un drôle de travail, je pense que seuls les passionnés de l’Afrique peuvent comprendre un tel acharnement à ouvrir une piste nouvelle en pleine forêt tropicale pour y amener des chasseurs en tout petit nombre et fortunés déboursant 20 000 € (tout de même !) pour 2 semaines d’exil volontaire dans ces espaces quasiment inviolés par l’Homme. Je n’aurai sans doute jamais ce privilège de participer à ce type de vacances, et ça ne me branche pas vraiment, mais je voudrais bien voir comment ça se passe au quotidien.

Revenant jeudi de Fadama en vélo, je « tombe » à l’entrée de Bakouma sur une horde de garçons des classes de CE de l’école fondamentale toute proche ; sortis à 10h30 pour permettre aux autres CE de suivre les cours à leur tour, ils sont venus au niveau du pont pour une activité pour le moins surprenante : plonger nus dans la rivière quelques instants, remonter et se rouler longuement dans le sable qui compose l’essentiel de la route à cette époque de l’année, puis à nouveau plonger ! Le manège dure ainsi un grand moment, dans la joie et l’hilarité générale, sous l’œil indifférent des adultes venus laver leur linge et l’accrocher un moment à la balustrade du pont. Cette activité « sportive » n’est semble-t-il pas du gout de tout le monde, et j’ai même été interpelé un peu plus loin pour la faire cesser, en raison de la présence de servants d’autel parmi cette quarantaine d’enfants. Je me demande bien ce que je pouvais dire, et si c’est à moi de le dire…

J’ai commencé des interviews de jeunes de Bakouma avec le magnétophone miniature clé USB. Ça fonctionne bien ; la difficulté reste la langue française ; ce n’est pas facile de trouver des gars et des filles qui parlent suffisamment notre langue pour faire des phrases construites et claires. Je vais pour suivre ces rencontres enregistrées afin d’enrichir ce qui deviendra peut-être une émission de RCF 63. En tout cas, ils ont des choses à dire de leur vie, de leurs activités, de la scolarité, c’est déjà essentiel !

Ce soir samedi, la maison est animée : sont arrivés hier, et restent jusqu’à demain une délégation de gens de Bangassou venus participer à la clôture de la session des choristes. Jean-Marie Azoubao, président d’honneur des chorales (il est avant tout chef de garage du diocèse, à Bangassou !), Marie-José Kpoka, responsable du comité diocésain de développement, les abbés Benjamin et Abel, respectivement Aumônier diocésain et adjoint pour les chorales. On passe de bons moments ! J’ai beaucoup apprécié ce qu’Abel a dit aux choristes au sujet de l’auto-prise en charge, expliquant qu’il ne fallait rien ou attendre, ou presque, des Blancs en terme d’argent frais. C’est bon que ce soit lui qui l’ait dit, je sais que ses paroles ont du poids auprès des diocésains.  Peut-être cela engendrera-t-il un réel changement de comportement chez quelques paroissiens trop demandeurs, et agaçants.

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Voeux de Michel pour 2010


Je vous souhaite une année de communion avec le Monde. Une année où vos oreilles, et surtout celles du cœur, sont sans cesse ouvertes afin d’entendre les larmes et les rires des Hommes et des Femmes, des Jeunes et des Enfants de notre temps, de notre planète. Parce que rien ne remplace la communion fraternelle, qu’elle soit humaine, humaniste, religieuse, catholique. La fraternité universelle dépend de chacun. Acceptons d’en être ! Parce que chacun a besoin de savoir que d’autres pensent à lui, partagent avec lui peines et joies du quotidien.

Encore une fois, bonne année de communion, bonne année en communion.

 

  Père Michel Chidaine

 

 

 

 

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