JEUDI 27 AOUT 2009, 14h
« The Corrs » accompagnent l’ouverture du chapitre 21, et une question continue de me
hanter, même s’il y a bien plus grave : le chapitre 20 est-il arrivé jusque chez vous ? En effet, j’ai profité de mon passage à Bakouma pour vous l’envoyer. Mais il semble que la
connexion n’ait pas été au top. D’après les coups de fil de Pat et des parents ce lundi soir, rien n’était parvenu dans leur boite. J’en saurai davantage à ma prochaine venue ; en tout cas,
puisque vous lisez ces lignes, c’est que le chapitre précédent est aussi entre vos mains !!!
Pourquoi tant de temps sépare la fin du 20 et le début du 21 ? Et bien parce que je me suis
longuement absenté de la maison. Mais avant de revenir sur mon périple sportif (à plus d’un titre !), retour sur la veille de mon départ, à savoir le mercredi 19. Matinée pluvieuse ;
j’en profite pour tenter de remonter le dérailleur du plateau central, cassé depuis longtemps. Misère, la pièce achetée à Clermont n’est pas la bonne. Je suis obligé de tout démonter, puisque
plus rien de la mécanique cassée ne peut être remis en place, je pédalerai donc en m’aidant seulement du dérailleur arrière. Pendant tout ce temps,
et comme il pleut à verse, les enfants se pressent dans mon bureau : certains font les pitres, d’autres bouquinent, d’autres encore dansent au rythme de la cassette de musique centrafricaine
fraichement achetée. La pluie cesse en début d’après-midi, et alors que j’étais sur le terrain de sport tout proche pour une partie de raquette, un paroissien arrive en courant et me dit :
« abbé, des « étrangers » sont arrivés chez toi ». « Ah bon », dis-je, et je me mets en route. Et qui vois-je en haut de la colline ? Éric, d’AREVA, accompagné
d’Henri, un responsable de l’entreprise. C’est un honneur de les recevoir ; un honneur pour Zacko aussi, même si beaucoup de gens ne réalisent pas encore tout à fait. Éric et Henri
m’accompagnent sur le terrain ; Henri frappe à deux reprises avec la bâte, offrant 2 points supplémentaires à l’équipe qu’il rejoint, faisant la joie des jeunes en train d’évoluer autour des
drapeaux. Puis nos hôtes visitent la ville pendant que je prépare les chambres, aidé d’Armando et Archina qui tels les ouvriers de la 11è heure, étaient assis sous l’arbre devant la maison, sans
rien faire. Vermond étant invité au quartier, nous passons tous les trois une soirée fort agréable entre français, et la bouteille de vin rouge d’Afrique du Sud apportée par Henri est
appréciée ! Au cours du repas, nos échanges sont très variés, passionnants, et on termine en terrasse avec une citronnelle au miel, sous la voute étoilée d’un clair ciel sans lune. Le
lendemain matin, je les guide sur les chantiers d’or et de diamant, où les discussions vont bon train entre les invités et les ouvriers. Puis ils regagnent Bakouma, et moi je m’engouffre dans
l’église afin de participer à la réunion du Conseil paroissiale qui a démarrée sous la présidence du vice président Daniel et de Vermond. En fin de matinée, j’arrive à boucler mon sac et à fixer
mon panier sur la selle du VTT, avant de passer à table. Puis à 13h50, après avoir enfin réglé toutes les questions de dernière minute, je m’en vais. Destination de ce jour, et pour 2
jours : Kpangou. J’y arrive vers 16h30, après une pause à Kono qui me permet de causer avec quelques paroissiens. La piste que j’emprunte ensuite est vraiment difficilement praticable par
endroit. On est en saison des pluies, et l’eau débord parfois le long des rivières, ce qui fait par exemple que je me suis retrouvé à pousser mon vélo avec de l’eau jusqu’aux cuisses, sur
plusieurs dizaines de mètres. Par endroit, les herbes sont si hautes que je disparais au milieu, ne voyant quasiment rien. D’autres endroits sont des champs de boue, et j’y ai perdu une sandale,
les boucles étant restées sur mon pied, la semelle restant noyée dans la boue. Heureusement que j’avais emmené une paire de tongs en plus ! Ayant repêché les morceaux, le catéchiste Benjamin
de Kpangou s’est chargé de la réparer. Pendant ce trajet de près d’une heure et demie, je ne croise pas grand monde ! Ça me laisse du temps pour prier et réfléchir à divers projets de
formation, à la rentrée pastorale de la paroisse. Arrivé à Kpangou, la communauté m’attend, et le seau d’eau brulante est déposé dans la douche afin que je me détende avant le café et les
beignets. Puis la nuit tombe ; les gens rentrent au village, les uns venant du chantier, les autres des champs. Beaucoup viennent s’assoir devant chez Benjamin, où je suis accueilli ;
ensemble, on parle de choses et d’autres ; je leur donne les salutations de la famille et raconte mes congés. On parle politique nationale, on évoque les élections prochaines, dont on ne
sait en fait pas grand-chose. On parle boulot, cours du diamant, chefs de chantier, collecteurs. Puis chacun regagne son chez soi, et je ne tarde pas à m’endormir !
Le vendredi matin, messe puis début d’une grande journée de travail avec les responsables. Notre sujet, la
rencontre interparoissiale Bakouma – Zacko, qui aura lieu ici à Kpangou. Je viens d’abord confirmer le travail engagé par l’équipe depuis plusieurs semaines. En effet, les catéchistes et les
conseillers ont fait un gros travail d’analyse approfondie du chapitre 12 de St Marc, qui sera le support de cette grande semaine rassemblant plus de 100 personnes déléguées de chaque chapelle
des deux paroisses. Puis vient le chapitre technique : montant de la cotisation individuelle et communautaire, les problèmes de logement, de pharmacie, de transport. Et l’on reparle de la
nouvelle piste Kono - Kpangou, dont je ne sais plus si elle va enfin exister un jour… Mais s’ils veulent que les gens viennent, ils ont intérêt à se bouger ! Je suis quand même émerveillé
par la qualité de travail de fond réalisé par les membres du comité de pilotage. Les catéchistes ont reçu des formations qui les amènent à bâtir un vrai programme de réflexion et de partage, qui
s’inscrit sur une semaine complète. Quelle joie pour le prêtre que je suis de pouvoir ainsi m’émerveiller de ce qui anime les catéchistes de la paroisse.
Samedi 22 matin, messe plus solennelle, à laquelle les paroissiens répondent massivement présent. Puis les
discussions diverses reprennent jusqu’au moment du repas, que je prends en toute hâte avant de partir pour Mbago. La pluie menace, je n’ai pas envie de m’attarder. 13h, je quitte donc Kpangou
pour Mbago. 18 km à parcourir dans la forêt tropicale humidifiée par la saison, verte et belle, mais aussi difficile à traverser. Je mets mes roues dans celles d’Abou Ganda, passé le matin même
en moto pour aller voir son chantier situé à Mbago. C’est d’ailleurs là qu’on a prévu de se retrouver. Abou doit patienter à Kpangou, le temps qu’un habitant spécialiste de la chose redresse le
pont emporté par la pluie 2 jours auparavant. Je me réjouis que le pont n° 3 soit réparé avant mon passage, ça m’évitera de passer dans l’eau. Mais à peine avais-je parcouru 1 km que je me trouve
à l’entrée du pont n°1, dont la moitié a quasiment disparu dans l’eau ! Après le passage d’Abou en moto, mais il n’y a pas de lien, je pense. Une des barres horizontales a cédé, et la moitié
du tablier composé de fins troncs est quasi à la verticale. De l’autre côté de la berge, trois femmes rentrant des champs, la tête chargée qui de bois pour la cuisine, qui de manioc, qui de
bananes, de courges, d’arachides. Elles sont affolées, et s’interrogent : « ce matin, quand on est parti, le pont était en parfait état ». Je les rassure, et me propose de les
aider. Je me cale au ras de l’eau, appuyé sur le bas du tablier, et les invite à traverser en s’appuyant sur mon bras. Une des trois portant son bébé dans le dos, n’est pas rassurée, mais tout se
passe bien, et après m’avoir chaleureusement remerciées, elles s’en vont annoncer la nouvelle aux habitants. Et moi je reste là, avec mon vélo couché à l’entrée du pont. Que faire ? Je tente
le tout pour le tout : j’appuie les roues sur la traverse devenue la traverse du haut, je m’appuie sur celle du bas, et je fais glisser le VTT en espérant que la roue avant reste bien
parallèle au cadre. Je pousse tout doucement le panier fixé au porte-bagage, je déplace aussi lentement mes pieds vers la droite, et franchis la rivière sans souci. Ouf !!! Singila !
Merci ! Je peux me diriger sans problèmes jusqu’au terminus de ma balade du jour : Mbago. Je franchis les rivières grâce aux ponts n°2 puis n°3 tout beau tout neuf. Les gués permettent
à d’autres moments de traverser les eaux agitées et plus hautes qu’à l’accoutumée.
MERCREDI 2 SEPTEMBRE, 11h
Que le temps passe vite !!! Je me remets avec joie à l’ouvrage, mais me rends compte qu’il va me
falloir fouiller dans ma mémoire immédiate afin d’essayer de ne pas oublier de choses essentielles de la vie de peines et de joies des gens d’ici.
À Mbago, le court séjour de 24h m’a permis tout d’abord d’inaugurer la maison des prêtres :
c’est une case tout en paille devant laquelle les paroissiens ont planté de superbes kongo, ces longues fleurs rouge vermillon qui ressemblent à des iris d’eau. Les rencontres, comme à Kpangou,
furent sympathiques, diverses, chaleureuses. Avant la tombée de la nuit, je suis allé chez Abou dont la « résidence secondaire » est ici, puisque c’est lui le financeur principal des
chantiers du village. Il m’a présenté la production de ces derniers jours : 5,91 carats groupés, ce qu’annonce la balance de précision spécialement étudiée pour l’or et le diamant. 5,91 en 7
pièces, cela laisse espérer une marge intéressante pour lui et son équipe. J’ai partagé le diner avec les frères d’Abou qui, comme de nombreux musulmans du pays, sont entrés dans le temps du
ramadan. On a dégusté sous le manguier le poulet en sauce et le riz qui l’accompagnait, tout en parlant boulot, projets d’avenir. Dimanche matin 23 août, la communauté catholique s’est réunie à
l’église, et vu la pluie qui est tombée drue pendant la nuit, les gens ont mis du temps à rejoindre le lieu de culte. On a pris le temps de célébrer, et les choristes, malgré leur petit nombre,
ont entrainé l’assemblée dans l’action de grâce. J’ai retrouvé avec plaisir les petits baptisés de mars dernier.
J’ai quitté le village à 14h30, conscient que je n’avais pas consacré assez de temps à la communauté, mais
promettant d’y revenir un de ces jours. Les 30 km qui me séparent de la paroisse de Bakouma s’avèrent difficiles à affronter. La pluie de la nuit a couché les herbes hautes, fermant par endroit
le passage. Les yeux rivés sur la roue (avant !) du VTT, la casquette (ASM !) enfoncée jusqu’aux oreilles et la visière protégeant le visage, j’affrontais à vitesse réduite la longue et
étroite piste. Les traversées sous les grands arbres de la forêt sont rendus difficiles par le fait que le sol est très glissant. En d’autres endroits, les hautes herbes, les passages dans l’eau
et la boue. Peu de répit, si ce n’est à partir du camp d’AREVA où là, on parcourt les derniers kilomètres sur une piste toute neuve, recouverte de latérite damée, ce qui permet aux tout nouveaux
bus de la société de circuler aisément entre le camp et le village de Bakouma. C’est sur cette quasi autoroute que je croise Éric, qui revient de Bangassou (en voiture…) on se donne rendez-vous
pour le lendemain matin, et j’arrive à la paroisse St André, fourbu et heureux de ce périple.
La soirée avec les abbés Martin et Abel, et avec les grands séminaristes Gervil et Eugène, est un bon
moment. Nos conversations reflètent aussi les incertitudes liées à la crise de l’Église Centrafricaine. Le grand séminaire va-t-il rouvrir ses portes ? Les 2 jeunes sont inquiets pour leur
sort, eux qui sont entrant en 2è année. On apprend lundi que les 3è à 6è année iront étudier au Cameroun. Mais rien en ce qui concerne les plus jeunes. Lundi matin, je passe beaucoup de temps à
AREVA afin de lire et d’envoyer des mails. Puis Éric me garde pour le déjeuner et je découvre une nouvelle génération de géologues ; 3 jeunes français travaillent depuis peu ici. C’est sympa
de voir ces visages jeunes de compatriotes. On échange sur plein de sujets ; il faut dire qu’ils sont un peu étonnés de voir un prêtre français dans ces contrées qu’ils commencent à peine à
découvrir ! Après la sieste, je continue à passer des coups de fil afin d’en savoir un peu plus sur la rentrée scolaire toute proche. Mais que c’est difficile d’avoir des infos
fiables ! Côté famille par contre, les nouvelles diverses sont plutôt bonnes.
JEUDI 3 SEPTEMBRE, 10h
Mardi matin, 5h30, je quitte la maison de Bakouma et m’arrête à la barrière de gendarmerie afin de
montrer patte blanche (dans mon grand panier, je n’ai rien à déclarer d’autres que mes affaires perso) puis c’est parti pour 58 km. Il ne pleut pas, il n’a d’ailleurs pas plu du tout pendant les
périodes où j’ai eu à pédaler. Après 1 heure, soit 18 km parcouru, je m’arrête à Calebasse afin de boire un café. La conversation s’engage avec le président du club de foot, puis avec le jeune
chef du village. Pendant plus d’1 heure, ils me font leur doléances, demandant tout un tas de choses, et aussi un soutien pour le travail communautaire ; je les encourage à travailler
ensemble sur la route pour en nettoyer les portions abimées de part et d’autre de leur village, en échange de quoi je ferai parvenir ballon de foot, pompe, et plus tard maillots de foot. Je
m’engage aussi à leur préparer des outils qu’ils viendront chercher à Zacko. Je reprends la route et fait un court arrêt à PK 30, au village de Limit, appelé aussi Dunia, c'est-à-dire La Terre.
Je salue Constant qui engage la conversation sur le même thème que dans le village précédent. Je suis un peu méfiant, ayant eu des soucis de compréhension avec lui l’année dernière. Mais bon, il
ne demande aucune avance, aucun matériel, alors je l’encourage et lui assure qu’à mon passage, je lui remettrai quelque chose. Le problème actuel, c’est que les réserves de produit PAM sont
épuisées à Bakouma. Impossible de promettre des sacs de semoule ou de haricots, des boites d’huile, il ne reste rien. Mais le travail se poursuit, sinon, on n’aura plus de piste accessible. À
Damba, 20 km de Zacko, nouvelle halte. Je donne 2000 FCFA à 3 costauds que je charge de couper un arbre qui bloque le passage 1 km plus loin. Ce sont des piétons qui me l’ont signalé. Les
catholiques engagent la conversation sur un autre sujet : la création d’une chapelle. Il faut dire que ce village qui, il y a deux ans, ne comptait que deux maisons, est maintenant peuplé de
plus de 30 habitants ; les maisons en paille ou en briques s’étirent maintenant le long de la piste. La terre est bonne à cultiver, et puis … « on trouve l’or au fond des
ruisseaux », comme le dit la chanson « Santiano » ! Alors les gens affluent pour espérer 1 ou 2 grammes par jour qui leur rapporteront entre 8.000 et 20.000 Francs - entre 12
et 30 € -. Je me rassois sur la selle de mon fidèle destrier et arrive à Kono. Ouf ! Plus que 12 km. Je fais une halte afin de boire l’excellente bouillie de riz sucré et d’arachide. Je
salue rapidement les habitants et leur assure de ma venue le lendemain. mon arrivée à la maison à 12 pile est bien sûr un évènement salué par le menuisier Cyril, par les enfants qui sont là, par
l’abbé Vermond, et par les petits séminaristes de Bakouma qui ont envahi la maison pour un séjour mêlant travail, rencontre avec les abbés, et vacances avec baignades à Fungu, matchs de foot et
visites diverses. Après-midi qui commence par une « douche » d’eau chaude suivie d’une longue sieste. 140 km de VTT avec bagages, sur ces pistes, les épaules le
ressentent !
Mercredi 26 août, je reprends de bon matin la piste afin de me rendre à Kono. Ma visite revêt
plusieurs aspects : côté technique, c’est la réfection du pont. Depuis plusieurs jours, des catholiques s’emploient, autour de Patrice, à abattre un gros arbre dont le fût, bien préparé,
pourra remplacer certains petits fûts anciens et très abimés. Et les 2 collégiens du collège technique de Bangassou travaillent à l’abattage d’un rônier dont on pourra tirer au moins 16 planches
destinées à servir de tablier sur le nouveau pont. Deuxième raison de ma visite, c’est la scolarité de ces deux jeunes, Emmanuel et Frédéric. Problème principal, le logement. On cherche des
solutions qui permettent non seulement à ces deux là mais aussi à d’autres de vivre dans une maison spacieuse et agréable, une sorte de « coloc » pour ados. Louer une maison à distance
n’est pas une mince affaire ! Le café préparé par Geneviève, l’épouse de Patrice, me donne les forces nécessaires pour regagner le Centre. Je repars avec, sur mon vélo, un énorme kaoya
accroché sur le porte bagage, un poulet dont les pattes sont entravés dans la sangle, à l’arrière. Dans mon sac à dos, d’excellentes bananes et, sous la selle, 1kg500 de poisson frais ! A ce
sujet, pas de problème à propos de la chaine du froid, il ne sort pas des bacs de Picard, mais de la rivière Kono ! Je regagne la maison avec mes courses de mon « mini-market »
local, et dépose le précieux chargement aux endroits adéquats. Les enfants qui s’activent à divers travaux dans la concession viennent boire un verre d’eau et échangent quelques mots, puis
regagnent, qui l’atelier de peinture des bancs, qui la fauche de l’herbe, qui, pour les plus costauds, le creusement du fossé qui permettra d’enterrer le tuyau de l’eau destinée au quartier et à
l’école.
Après midi raquette puis Fungu et, dès la nuit tombée, projection sur grand écran du film Spiderman 3, et diner
en compagnie des séminaristes. Franck évoque alors la terrible maladie qui l’a frappé à la fin du mois de juillet. Il est devenu soudainement incapable du moindre mouvement, de la moindre parole.
Hospitalisé à Bakouma, les remèdes prescrits on produit leur effet, additionnés aux médicaments traditionnels. Pour lui, pas de doute, il a été envouté, métamorphosé. Mais il a bien résisté.
Plusieurs membres de sa famille ont voulu utiliser les gouttes dans ses yeux afin qu’il désigne le coupable, il s’en est catégoriquement refusé. Il a expliqué qu’il offre ses souffrances au
Christ, qu’il ne veut pas qu’un innocent soit accusé à tort, et qu’il va s’en sortir grâce aux médicaments et à la foi. Il a longuement parlé de ces évènements aux autres séminaristes et à moi.
Je l’ai remercié de son témoignage, et l’ai encouragé à garder la ligne de conduite qu’il s’est donné. C’est néanmoins une nouvelle plongée dans l’Afrique Centrale mystérieuse, cette discussion
de ce soir-là.
Jeudi matin, les jeunes et les enfants viennent chercher les outils, les pinceaux, et chacun se met au
travail ; au centre polyvalent, je prépare la peinture en mélangeant le blanc avec les colorants. Sous les coups de pinceaux des séminaristes, les bancs revêtent pour les uns, du bleu, pour
d’autres du gris clair, d’autres sont mauves, d’autres encore jaunes, roses. La journée se déroule dans le calme, et j’étais en train de déguster le doux vent du soir, assis sous l’arbre avec
quelques jeunes, quand le bruit lointain d’un moteur de voiture se fit entendre. Puis les phares, qui se dirigent jusqu’à nous. Allons bon, encore une visite surprise. C’est à nouveau
CONASAN ! 4 personnes descendent du 4x4 pick-up : Kévin, chauffeur du diocèse, frère David, et 2 personnes en provenance de Bangui. Ils viennent voir le bloc opératoire, dans le cadre
de leur tournée en province. Pas de problème pour les accueillir, sauf qu’il est 18h45, et que Rock a déjà préparé le repas pour 6. Bon, quand y en a pour 6, y en a pour 10. Euh, c’est pas
vraiment vrai, en fait. Parce que nos 4 impromptus avaient la dalle ! Ils avaient quitté Bangassou à 10h, et avaient fait une courte pause à Bakouma. Et l’état de la piste est tel que
l’estomac est vidé avant d’avoir parcouru les 30 premiers kilomètres. Bref, les séminaristes se sacrifient, et se rattrapent sur le pain et les sardines en boites en provenance du Maroc. Les deux
Banguissois ne sont autres que le responsable de la logistique de CONASAN et le délégué du ministère de la santé. On discute un bon moment tous les trois, autour d’une citronnelle mêlée de
miel.
Vendredi matin, visite en détail du bloc opératoire. Les remarques prodiguées par le délégué du ministère sont
judicieuses, on risque fort d’avoir des petites transformations à faire afin notamment de permettre au corps médical de passer directement de la salle d’habillement au bloc, sans passer par le
couloir. Ouvrir une porte, déplacer une cloison … ce n’est pas rien. J’en parlerai avec Monseigneur.
Après la visite, on se met d’accord pour que Kévin embarque à son bord les 4 petits séminaristes qui doivent
rentrer précipitamment dans leurs familles, frère David nous annonçant que la rentrée à St Louis est prévue pour le 7 septembre. Cette année n’est pas comme les autres, c’est évident :
aucune circulaire, aucun document ne nous est parvenu. La tradition orale joue à plein, mais c’est pas simple tout de même. Le 4x4 maintenant bien rempli nous quitte à 10h. Rock et moi avons
juste le temps de balayer les chambres et de changer les draps : arrivent en moto l’abbé Abel Baroua et le Séminariste Gervil. À 12h30, alors que j’étais au centre de santé au chevet d’un
petit de 18 mois bien mal en point à cause d’un sévère palu, Gervil lui-même vient à ma rencontre. On repart ensemble à la maison, et on passe à table. Les nouvelles de l’état de l’Église locale
sont peu réjouissantes, puisqu’il n’y a rien concernant les grands séminaristes de 1ère et 2ème année. Gervil est dans l’attente de savoir ce qu’il va devenir. Abel nous
partage le programme de ses interventions, auprès de choristes dans l’après-midi d’une part, et d’autre part auprès des membres de Caritas le lendemain samedi toute la journée. Après la sieste,
je vaque à diverses occupations puis la soirée est cool sous l’arbre, avec une citronnelle et de la musique centrafricaine que diffuse mon lecteur de K7.
Samedi, je n’ai pas le temps de me rendre ne serait-ce que 5 minutes à l’église afin d’écouter Abel. Il y a
d’abord l’organisation du repas de midi pour les 40 participants à la formation ; je me rends chez Gina afin qu’elle s’occupe de nourrir les convives. On fait le menu ensemble avec
Françoise, et je leur remets l’argent nécessaire, à savoir 7.000 francs. Puis je prends le petit dèj avec les hôtes. Puis, à tout moment arrivent des gens qui viennent me voir, certains pour
demander quand je me rends à Bakouma, ou Bangassou. Il y a aussi les malades qui veulent se rendre à Bangondé pour un rendez-vous avec les médecins ophtalmo qui arrivent le 12 septembre. Bref,
midi arrive sans que j’y fasse vraiment attention. L’après-midi, je me rends au centre de santé pour une visite, puis je suis de prêt le travail des peintres en mobilier d’intérieur. Soirée cool
au frais, préparant la messe du lendemain, au cours de laquelle l’abbé Vermond va faire ses au-revoir à la communauté de Zacko.
Dimanche matin, l’église est comble alors qu’il n’est que 8h ; les abords se remplissent
progressivement de paroissiens venus pour prier, réunis autour de leur vicaire qui vole vers d’autres horizons. La peine est lisible sur certains visages. Les mots de sympathie et d’encouragement
sont manifestés après la communion, pendant l’action de grâce. L’abbé Baroua dit son petit mot, puisqu’il fête ses 28 ans de ministère. On l’appelle le vieux, et il aime ça ! Le repas est
festif, puis Vermond et Abel vont saluer du monde dans les quartiers pendant que j’emmène Gervil à la découverte de Fungu. Bien entendu, la voiture est pleine
d’enfants !
Lundi matin, c’est le départ des 2 motos : celle que pilote Vermond, et celle que pilote Gervil et à
l’arrière de laquelle s’assoit Abel. En fait d’être assis, il expliquait qu’il a parcouru des (!) kilomètres à pied (serait-il de Marseille ???) à côté de la moto, vu, c’est vrai, combien
sont difficiles les côtes en cailloutées et les descentes pleines de boue.
Leur départ effectué, je m’active avec Rock à ranger la maison afin d’accueillir d’éventuels visiteurs prévus
ou imprévus, puis me repose avant de présider l’AG ordinaire d’ASKANGBA. C’est au cours de cette réunion que me parvient une lettre, apportée par un motard trempé par la pluie qui n’a cessé le
long de la piste : c’est l’abbé Martin et sœur Blanca qui m’annoncent la nouvelle de l’hospitalisation en urgence de papa, au CHU de Clermont. Difficile de poursuivre l’animation de l’AG,
mais je garde le cap tout en y pensant à chaque instant, et souhaitant qu’il soit déjà 19h, soit 20h en France, afin d’avoir des précisions. Je profite de la présence à ma droite du vice
président, qui possède un téléphone satellitaire, pour lui demander de pouvoir m’en servir, ce qu’il accepte immédiatement. Je ne dis rien aux petits et grands que je rencontre en cette fin de
journée, et m’installe un moment à la grotte pour prier. Je mange rapidement ce que je me prépare (Rock est en repos pour 3 jours) et me rends chez Gervais pour téléphoner. Ma tante que j’ai au
bout du fil m’explique 2 ou 3 choses et m’invite à rappeler une heure plus tard, ce que je fais, afin d’avoir maman en direct. Comme j’aimerais être plus proche en de pareilles
circonstances !
SAMEDI 5 SEPTEMBRE, 20h
Combler le retard en matière de rédaction du carnet n’est pas une mince affaire, puisque la vie ne
s’arrête pas au moment où je ferme l’ordi ! Petit retour sur les lignes précédentes : à l’heure où j’écris ce soir, les nouvelles de papa sont bonnes. Chaque matin, j’ai tenu informée
la communauté, au cours de la messe de 6h. J’ai pu avoir des nouvelles assez facilement grâce à Gervais, et ai eu la chance d’avoir toujours vu mes communications aboutir. J’ai pris le temps de
partager ce que je ressentais à quelques paroissiens attentifs, et qui m’assuraient de leur soutien, et de leurs prières pour celui qu’on appelle ici affectueusement « Papa Philippe ».
Entendre sa voix quelques instants m’a comblé de joie hier soir vendredi ; et puis c’était l’heure du diner chez Gervais, j’ai donc plongé la grande cuillère qu’on m’avait remise dans le
plat de bouillie trônant au milieu de la tablette. La lune, pleine et splendide, nous permettait de nous voir comme en plein jour. Ces petits moments de douceur alors que l’inquiétude m’habite,
que c’est bon !
Mardi 1er septembre, opération pont à Kono. Ceux qui ont entre les mains le calendrier Zacko 2009
risquent de dire : « encore ! » Mais qu’ils se rassurent, le travail effectué il y 1 an ½ est toujours bien valable. Mais on n’avait pas remplacé les bois constituant le
centre du pont. Et là, ça devenait urgent. J’avais acheté 16 mètres de corde en ville, réuni le matériel nécessaire, et suis arrivé à 8h sur les lieux. Premier travail, après les salutations
d’usage : décharger les cailloux chargés par mes passagers (6 jeunes et enfants de Zacko venus pour la balade) et destinés à renforcer les abords du pont. Puis je me suis dirigé derrière
l’église afin de tirer, avec la voiture et à l’aide de la corde, l’énorme tronc taillé sur place par Patrice, Sébastien, Jonas et les 2 lycéens du collège technique qui préparent ainsi leur
rentrée scolaire. Du premier coup, 4x4 actionné, la voiture a tiré le fût jusqu’au pont … ou presque ; en fait, la pluie a transformé l’accès du pont en champ de boue, et le tronc s’y est
bien planté. On a donc amené les planches en rônier destinées au tablier du pont pour en faire un lit sur lequel le tronc allait pouvoir glisser et ainsi arriver à destination. Ce qui fut fait,
et le résultat fut satisfaisant. Ensuite, il fallu retirer les troncs pourris sur lesquels je venais de passer ( !) et placer le nouveau. Alors là, ça a palabré ! Chacun ayant sa
version des choses, chacun revendiquant la meilleure technique, (et il y avait environ 20 hommes !), on a mis un peu de temps. Mais on y est arrivé. Puis vint le temps de mise en place des
planches de rônier. Et là, petit désagrément, il en manquait 6 pour parfaire le travail. Qu’à cela ne tienne, 5 gaillards partirent à 100 mètres de là pour abattre un rônier et tailler sur place
les planches manquantes. Ce qui fait qu’à 15h30, tout était en place. J’avais amené ma perceuse sans fil afin de préparer les trous dans lesquels on a enfoncé de longues pointes fabriquées sur
place à partir de fer à béton de 6. Deux gars qui découpent, un qui tape la pointe, deux qui plantent ces clous artisanaux, et le tour est joué. Pendant ce temps, j’ai fait avec 6 autres gars
armés de barre à mine, 2 tournées de cailloux extraits du sommet de la colline, à 1km500, et permettant de renforcer l’accès au pont à chaque entrée. À 16h30, on a achevé le travail. Bon, y a eu
accrochage verbal (heureusement que verbal !) entre un des 2 chefs du village et un habitant venu prêter main forte au reste des bénévoles. Mais en fin de journée, la fatigue aidant, on ne
se comprend pas toujours comme en début. Patrice et Geneviève ont tenu absolument à me garder le temps d’un repas, et je peux vous dire que j’ai mangé le meilleur plat de champignons de toute ma
vie ! Une cocotte archi pleine de champignons divers cueillis par le petit frère d’Innocent et Frédéric, et agrémenté d’une sauce à l’arachide. Trop bon ! Ça valait le coup de
patienter. Certes on est rentré dans la nuit, genre de chose que je n’aime pas beaucoup à cause de la panne possible, d’arbre tombé au milieu de la piste.
Mercredi, j’ai eu un peu de mal à sortir du lit pour aller célébrer la messe. Mais j’ai trouvé l’énergie pour
cela et pour la suite de la matinée, puisque j’ai continué de suivre le travail des enfants s’affairant aux travaux divers, et même eu le temps de rédiger quelques lignes du carnet (voir plus
haut). Le Conseil Paroissial de 15h à 17h fut une bonne réunion de travail au cours de laquelle nous avons défini les grandes lignes de la fête de rentrée paroissiale qui aura lieu le 11 octobre
prochain. Le thème, les idées maitresses, rien n’a été oublié. J’étais content de l’implication de chacun dans la réflexion de fond. À 17h, j’ai filé chez Jeannette afin d’établir la fiche
d’Ousmane. Elle est sa tante, et l’enfant étant pris en charge par le projet orphelin, il faut faire le lien avec l’équipe de Bangassou, puisqu’il rentre en 6è au collège catholique. J’ai envoyé
cette fiche permettant que le relais soit pris par l’équipe de Bangassou. J’ai parlé un moment avec elle, et en cette fin de journée de Ramadan, elle avait si faim et soif que j’en étais gêné. La
nuit est tombée alors que j’étais encore à la maison, et Jeannette s’est excusée de boire et manger en ma présence. Je l’ai rassuré, bien entendu, sur le fait que je trouvais cela bien normal. En
quittant la concession, Abou, Mahamat et ses frères, ainsi que les grands jeunes de la famille, étaient encore en prière sur le tapis disposés sous la paillotte.
Jeudi, matinée bricolage pour les enfants, et pour moi visites diverses et suite de la rédaction du carnet de
bord. A midi, 4 peintres en mobilier ont partagé le repas préparé par Rock : il y avait Melvin, Guy-Brice, Ousmane et Mahamat. On a passé un bon moment autour de la table. Je riais,
intérieurement bien entendu, en en voyant certains manger les concombres avec la fourchette dans une main pour saisir, et le couteau dans l’autre pour pousser. « Ah ! Ces trucs de
Blanc », comme ils aiment dire en plaisantant ! J’aime bien ces occasions de partage en petit comité, ça permet de les connaitre mieux, d’échanger plus sérieusement aussi. La réunion de
l’APE (les parents d’élèves et les maitresses de l’école maternelle) s’est tenue à 15h30 dehors à l’ombre au frais, devant nos locaux tout neufs, puisque le centre polyvalent est OK, prêt à
recevoir son public de petits de 4 et 5 ans. La réunion s’est bien passée, on a vu pas mal de choses concernant la rentrée, les formations des maitresses et des membres de l’APE.
Vendredi, hier donc (ouf ! je gagne du terrain !), Odilon et Hugor ont participé à l’opération
bricolage dans la maison. Il fallait reprendre différentes choses dans chacune des 4 chambres de la maison : les piquets de moustiquaire qui s’inclinent dangereusement vers le centre du lit,
la tablette de lavabo qui quitte le mur, le lavabo qui tente de se faire la malle, la chasse d’eau qui vous lave les pieds … bref, tout un tas de petites choses qui, si on ne le fait pas au fur
et à mesure, transforment la maison en un lieu bien peu accueillant. Les gars d’Aubin ne se sont pas trop fatigués, ayant fabriqué des chevilles avec le bois le plus tendre qu’on trouve dans le
coin. Alors quand ça sèche, forcement, ça descelle ! Hugor à la perceuse, Odilon armé de tournevis, ils ont déposé les trucs brinquebalants, sorti les mauvaises chevilles, enfoncé les vraies
chevilles arrivées dans les colis La Poste ou trouvées à la menuiserie de Bangassou, puis les 2 Monsieur-Bricolage de Zacko ont vissé les bonnes longues vis. C’est fait pour durer ! Quand à
la chasse d’eau lave-pieds, c’est moi qui m’en suis chargé. Me voilà devenu plombier … et pour endiguer ces flots indomptables, j’ai fabriqué un joint avec un morceau de chambre à air de moto
découpé au bon diamètre. Et c’est OK !!! J’ai gardé les deux jeunes à déjeuner, et on a passé un bon moment. Odilon a vécu cette année au séminaire de Bangassou, mais il a été renvoyé pour
cause de travail scolaire insuffisant. Il vient de faire une première 6è à Bangassou (il doit donc remettre ça cette année) et parle bien français, et s’exerce à s’exprimer dans cette langue qui
ne leur est pas assez familière. Hugor n’a sans doute pas tout saisi, et a parfois pris la parole en français, parfois en sango, très librement. Un des sujets amenés par Odilon, c’est la crise
que traverse l’Église. Du haut de ses 14 ans, il a son idée sur la question. « Mais comment peut-on signer une lettre, puis deux lettres qui disent que les Blancs doivent partir ? Non,
ça c’est n’importe quoi ! » Hugor a expliqué combien les gens, et pas seulement les catholiques, avaient été choqués ici de savoir que des abbés avaient rédigé et signé de tels
documents. J’ai apporté mon point de vue, à savoir que rien de bon ne se construit dans le mépris des autres, le racisme. Je les ai encouragés à aimer cette Église locale qui a besoin de jeunes
et d’adultes responsables, engagés sur des chemins de réconciliation et de cohésion, et qui ne rayent pas de leur mémoire des pans entiers de leur histoire !
À 15h30, la rencontre de Caritas m’a permis de rendre grâce pour le travail qui s’est effectué par les membres
en mon absence. Le groupe a augmenté, le service auprès des plus pauvres s’est fait plus fort. On a aussi fait le bilan de la formation animée samedi par l’abbé Abel. À 17h45, j’ai installé avec
quelques volontaires le cinéma de rue : on accroche le drap blanc sur toit de l’église, on sort les bancs, la tablette, on ouvre l’ordi, le vidéopro, on appelle les copains, et c’est parti
pour près de 2 heures d’aventures dans les Antilles, avec « Flipper le Dauphin ». Ce film leur a plu, ils ont beaucoup ri, commenté les comportements des bons et des méchants, prenant
parti pour les uns, réfutant les comportements des autres. Et puis, la mer, les gros poissons, tout ça leur est étranger ! Que de questions jaillissent, alors que la lune se lève sur Zacko
et que défilent les splendides images du film.
Ayant eu de bonnes nouvelles de papa, je m’installe en terrasse, et sirote une tisane, savourant la luminosité
qu’offre la lune qui joue à cache-cache avec moi, profitant des longues branches de notre arbre pour disparaitre, et réapparaitre.
Ce matin, comme chaque matin depuis jeudi après la messe, j’ai conduit en voiture une équipe bien singulière
pour un travail bien singulier : 3 adultes et 8 jeunes costauds, armés de barres à mine, de haches, de houes, de pelles, de machettes, engagés dans un job très spécial : créer une
déviation, c'est-à-dire percer dans la forêt 1 km de nouvelle piste, afin de contourner une zone complètement ravagée, ravinée par les pluies. C’est le conseiller paroissial Jacques qui est chef
de chantier. En 3 jours, ils ont fait un boulot remarquable. C’en est fini pour un bon moment, ces danses et ces balancements incessants de la voiture dans la zone de Yangucinq, à 3k500 de Zacko.
La nouvelle piste située à 10 – 15 mètres à droite de la précédente, est rectiligne et plane. A leur retour, j’ai chaleureusement remercié ces cantonniers temporaires, et ai généreusement
contribué à leur fin de mois (pour les adultes) et à leur rentrée scolaire (pour les 8 jeunes). Cette matinée est passée à toute vitesse tant furent nombreuses les visites faites ou reçues. J’ai
été à la rencontre d’un collecteur, Mustapha, que je n’avais pas vu depuis que le gouvernement avait saisi une partie de son matériel en novembre dernier. Il était parti sur Bangui. Il revient,
et c’est bon pour nous ici.
À 15h, rencontre avec les parents et les jeunes qui vont vivre en coloc à Bangassou dans 8 jours. C’est bientôt
la rentrée, et il faut mettre au point tout un tas de trucs concrets, à commencer par le fait que ces 7 gars ne deviennent pas mes enfants, même si c’est moi qui loue la maison. (Au fait, merci
Agir Avec Zacko !) Et puis les conseils d’Emmanuel, qui a vécu cela l’an dernier à la maison Éric, a partagé son expérience et prodigué plein de conseils. Les parents se sont écoutés, ont
parlé à cœur ouvert, et les jeunes aussi. Ainsi Odilon, Calvin, Hugor, Guy-Brice, Melvin rejoindront Frédéric et Emmanuel dans une maison que je loue dans le quartier Banguiville. Ça devrait être
sympa. Reste à trouver un adulte qui jette un œil régulièrement, et puis, j’espère que pour la location, ça marche bien comme prévu. À la grâce de Dieu !
Ce soir, à 18h30, j’ai pris le grand plateau garni d’un repas poulet – boule de manioc et d’un plat de
concombre, qu’une équipe de la Légion de Marie m’a porté à l’occasion de leur fête, afin d’aller partager le repas avec la famille de Melvin : sa grand-mère, sa maman, sa sœur Christelle et
lui ont été à la fois surpris et très heureux. On a passé un bon moment, on a bien mangé (ce qui n’est pas le cas tous les jours chez eux), on a beaucoup ri, puis le chef de quartier et des
voisins sont venus converser un moment au clair de lune. Avec eux on a parlé piste, déviation, accès à Mbago en VTT, tout en plaisantant. Et me voilà ce soir - cette nuit, devrais-je dire, il est
21h45 – heure à laquelle je ferme ces pages fraichement écrites, en attendant de poursuivre.
MARDI 8 SEPTEMBRE, 20h00
Mon ordi me fait des misères. Depuis quelques temps, le lecteur de disques est capricieux. Ça a
commencé par un blocage de l’ouverture : impossible de débloquer le tiroir, sur l’écran s’affichant un truc comme : « veuillez fermer les fichiers avant d’ouvrir ». Me voilà
bien embarrassé. Comme y a rien dans le lecteur, difficile de fermer quoi que ce soit. Je ne sais pas trop ce que j’ai fait, mais après avoir calé devant tant de mystères, j’ai tenté aujourd’hui
d’ouvrir, et ce fut un succès … de courte durée ! En effet le DVD gravé qu’il a pourtant déjà lu à maintes reprises est bloqué dedans depuis 19h15, alors que plusieurs enfants et moi
finissions de voir Taxi 4. J’ai eu le bon réflexe d’acheter un petit portable à Clermont pendant les congés, mais il refuse de lire les DVD gravés… heureusement qu’il accepte les DVD
originaux ! C’est ainsi qu’un public nombreux a regardé hier soir sur grand écran le premier épisode de la trilogie « Jason Bourne ». C’est d’ailleurs au cours de la projection
qu’on a assisté à un superbe levé de lune, qui a progressivement éclairé la place de l’église et la ville toute entière.
Dimanche matin, 7h15, je quitte la maison en VTT direction Yanguhoda, à 13 km au nord, peuplé
d’environ 80 habitants. J’y arrive tranquillement à 8h, et salue la communauté, particulièrement les choristes en train de préparer la messe. Puis je rends visite aux conseillers de la communauté
qui sont bien malades, atteints de grippe. Avant la messe, quelques confessions, puis vers 8h50 nous entrons en célébration. 4 servants d’autels sont venus de Zacko à pied pour me seconder. Ils
sont arrivés pile à l’heure pour accompagner la messe. Suite à l’Évangile du jour, j’ai longuement prêché sur les 5 sens au service de l’écoute et de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Quand on a eu
terminé la messe, on s’est dirigé en procession dans le village bâti le long de la piste, afin de prier chez les malades et leur porter la communion. Toute la communauté, soit plus de la moitié
des habitants, s’est mise en marche au rythme des chants, et les malades ont été heureux de ces visites et ces prières auprès d’eux. De retour à la chapelle, j’ai longuement discuté avec les
catéchumènes en marche vers le baptême ; ils sont 23 entrants en 2è année, 3 qui débutent, et autant de confirmands. Quelle jeunesse ! Le catéchiste Ferdinand a du boulot. Chaque
semaine, ce sont trois réunions qu’il anime de 15h à 17h. Après la causerie, repas festif en l’honneur de mon retour de congés : au menu, poulet en sauce, riz et feuilles de manioc, et bien
entendu bananes en dessert. Tout le monde a pu partager ce repas vraiment communautaire. Je les ai quitté vers 13h15, heureux de ce bon moment vécu, et dans mon cahier toute une liste de choses à
faire, à préparer, à trouver : un tableau noir pour les choristes, un ballon de foot pour les enfants, un livre de KT pour l’accompagnement des petits enfants, … sans oublier la longue liste
des cartes de baptême à refaire parce qu’oubliées, perdues, brûlées ou mangées par les termites. Je fais une halte à Fungu, et profite du peu de gens présents pour m’allonger longuement dans
l’eau chaude. Dans l’après midi, les enfants arrivent t ceux qui ne jouent pas au foot organisent des championnats de Puissance 4 (appelé aussi : 4 pions alignés c’est gagné) et de Dames. Au
premier, je suis carrément imbattable. Au second, c’est plus difficile pour moi d’enchainer les victoires ! L’ambiance est bonne sur la terrasse, alors que l’orage menace. Il ne se déclarera
finalement que dans la nuit, et le crachin « bretonnant » durera jusque vers 8h30. C’est à cette heure là que je me transforme en couvreur. En effet, les fuites incessantes au niveau du
toit de la réserve située à côté de la cuisine nous ont fait perdre des denrées alimentaires. Ayant réuni le matériel nécessaire, Hugor et Melvin ont installé les échafaudages, et me voilà debout
sur les tôles qui recouvrent le bâtiment. No souci ! La pente est douce, mes baskets pas trop usées, la surface sèche. Je prépare la nouvelle faitière que je vais positionner sur l’actuelle,
mal posée et percée. J’étudie un système anti fuite fait avec la vieille faitière dont je replie les bords, et sous lesquels je fixe un long ruban de caoutchouc qui n’est autre qu’une lanière
chambre à air de voiture. Tout allait bien, jusqu’au moment où le soleil a fait son apparition : j’ai commencé à cuire ! Allongé à plat ventre sur la tôle qui chauffait à toute vitesse,
j’ai même attrapé de légères brûlures aux cuisses. Rien de grave, mais ça m’a bien surpris. Le travail effectué est maintenant soumis aux caprices de la météo, à savoir l’addition de vent fort et
de pluies abondantes.
Après midi tranquille, et à la nuit tombante, préparation de l’installation des appareils afin de voir
l’épisode 1 de Jason Bourne.
Ce matin, messe de la Nativité de Marie, puis poursuite d’activités bricolage en tout genre dans la maison et
la concession, aidé d’un nombre importants d’enfants et de jeunes désireux de rendre service, et de préparer la rentrée scolaire. Les CM2 ont l’obligation d’être présents en ces jours qui
précèdent leur départ pour Bangassou. Le service qu’ils rendent est aussi en lien avec les sommes d’argent importantes que j’engage pour les accompagner dans cette rentrée. Ils l’ont bien compris
et ne renâclent pas à la tâche. En fin de matinée, je suis parti en VTT à la rencontre de pas mal de gens ; j’ai commencé par Didou, ce commerçant qui fait la route Bria Zacko avec un 4x4
bien amorti mais qui roule toujours. Je me suis entendu pour qu’il m’amène pour la fin de cette semaine 20 litres de Gas-oil afin de compléter mon réservoir. Je lui ai porté les 15.000 francs
nécessaires à l’achat de 20 litres, soit 1€14 le litre, ainsi que le jerrican. Puis je suis passé à la mairie saluer le Maire Alain, et l’inviter à venir causer un moment à la maison. Ce sera
sans doute pour jeudi. Je suis monté dans la ville chez Jeannette afin de parler de la suite à donner à l’envoi d’Ousmane à Bangassou, la prise en charge par le projet « Orphelin Zacko
Solidale », mis en place depuis le début de l’année, et dont lui et d’autres enfants de la famille bénéficient. Même type de conversation avec la maman de Guy-Brice, dont le fiston entre en
6è à Bangassou, et va résider dans la maison que je loue dans le quartier Banguiville. Abou est ensuite venu à la maison afin que je lui remette le ballon et le livre de KT demandé par Simon, le
catéchiste de Mbago qui travaille pour Abou dans le chantier de diamant. Abou s’y rend demain en moto. Attention, l’eau a monté partout ces temps-ci, ça ne va pas être simple !
Cet après-midi, avec deux gars d’ASKANGBA, on est allé prospecter à la limite de la ville pour voir où on
pourrait lancer notre projet de pisciculture. Allez, encore un projet, un de plus. C’est ça, être président ! Le tout, c’est de savoir faire travailler ses collaborateurs ! On a
déambulé le long d’Ambilo (!) avec Félix, le chef de quartier Lescoulé (!), afin de repérer les lieux propices à la création de bassins destinés à recevoir ce qui pourrait faire notre fortune …
parce que, dans la discussion, quand on a parlé du creusage des bassins, les 2 compagnons m’ont expliqué qu’on allait bien évidemment laver le gravier au fur et à mesure qu’on le sortira, afin
d’y trouver des diamants. Y a pas de petits profits !!!! À mon avis, on n’est pas près de voir les poissons se reproduire dans les bassins, mais
bon, on est à Zacko ! Finalement, les poissons, c’est pas encore la priorité ! A la nuit tombante, la maman de Melvin est venue en voisine pour parler avec moi de diverses choses
concernant la scolarisation de son fiston à Bangassou. Comme Jeannette ce matin, elle tient ce discours : « Mon fils, abbé, je te le donne. Toi, tu sauras le garder, lui offrir un
avenir ». Que dire sinon de rappeler chacun à son rôle, précisant aussi le mien ?
VENDREDI 11 SEPTEMBRE, 15h15
Tiens, en tapant cette date, les évènements de New York me reviennent tout à coup en mémoire. Bon, de
toute façon, il faut aller de l’avant. On ne pas passer sa vie sur terre à célébrer des jours de deuil. C’est la paix qu’il faut célébrer !!! C’est vrai néanmoins que quand les tours
jumelles apparaissent dans « Maman j’ai encore raté l’avion » ou dans « Jason Bourne », ça ne me laisse pas indifférent.
Et ici à Zacko, quoi de neuf ? Et bien c’est la dernière ligne droite pour les élèves de la ville qui
s’apprêtent à rejoindre le collège, qu’il soit général ou technique. Depuis le début de la semaine, les jeunes et les enfants s’activent aux 4 coins de la propriété. Au-delà du travail qu’ils
font, il y a les petites sommes d’argent qu’ils accumulent en vue de la rentrée. Celle des primaires n’est pas au programme dans le territoire de la préfecture, et pour cause : la formation
à laquelle tous les maitres ont été appelés, et qui devait démarrer le 15 juillet, est toujours en stand by ! Cela veut dire que ça fait 2 mois que nos enseignants du primaire chôment à
Bangassou. Et cela à cause du fait que l’inspecteur académique est encore à la capitale … Quel manque de respect des personnes et de leurs familles. Certains dont des allers et retours entre
Zacko et Bangassou, grâce à leur vélo. Mais que de temps perdu, et au final, le découragement. Le pays va mal, ce n’est pas nouveau. Et les hauts responsables, à tout un tas de niveaux, se
foutent de leurs subalternes. C’est clair.
En début d’après midi, je bricolais une serrure cassée (vive les Vachette, pâles copies contrefaites au Nigéria
…) lorsque qu’un vélo est arrivé, conduit par Olivier, séminariste entrant en terminale au séminaire St Paul de Bangui. Comme les abbés de Bakouma, son coin d’origine, sont à Bangassou, il vient
partager quelques jours avec moi avant de regagner la Capitale. Je lui ai préparé le déjeuner, puis on est allé ensemble à Fungu. En fin de journée, les jeunes qui le connaissaient de l’an
dernier sont venus passer un moment avec lui.
En soirée mercredi, nous avons vu la suite des aventures tumultueuses de Jason Bourne, dont l’histoire
s’approche de celle de XIII.
Reprise à 20h30, après une tisane bien française en compagnie d’Olivier.
Jeudi matin, comme chaque jour, prière personnelle à la grotte, puis messe, rapide petit dèj et répartition des
tâches auprès des enfants et des jeunes qui s’activent dans la concession. 4 d’entre eux nettoient les abords de l’hôpital, désherbant et fauchant tout ce qui se trouve sur leur passage. 7 autres
arrangent les abords du centre polyvalent, les uns nivellent le terrain, les autres désherbent, et dégagent les cailloux ; ce même type de travail est effectué par 2 autres qui déambulent
avec une brouette dans l’espace proche de l’église et de la maison. D’autres encore, armés de faucilles locales et de machettes, coupent les hautes herbes qui profitent de la saison pour croitre
à toute vitesse. Les plus grands creusent le canal jusqu’au château d’eau. À 8h50 arrive un jeune essoufflé qui me dit : « abbé, tu as rendez-vous à la phonie, un abbé de Bangassou veut
te parler. » « Et à quelle heure est-il, ce rendez-vous CB ? » (lire cibi) « À 9h pile ». Là, je regarde ma montre, et découvre que j’ai 7 minutes pour
traverser la ville ! Lui et moi partons en courant, longeant le marché, le centre de santé, les gargotes, sous les yeux ébahis des gens de tous âges que nous rencontrons. Il faut savoir
qu’une personnalité ne se déplace pas ainsi, ici. Elle prend son temps, et si elle possède une moto, est presque toujours conduite par le chauffeur. Mais quant à courir, pensez-vous, c’est …
impensable ! L’abbé qui court, et qui salue sans s’arrêter ; Damned, mais que se passe-t-il ??? Sourire jusqu’aux oreilles, je les laisse à leur pensée. J’arrive à 9h01, et entends
la voix de l’abbé Fidèle, Vicaire Général. Il me contactait au sujet de notre rencontre des prêtres de la semaine prochaine. J’en profite pour demander des nouvelles de la rentrée scolaire ;
elle est maintenue au 15 septembre dans les établissements catholiques, mais au niveau de Public, ça ! Fidèle me demande aussi des nouvelles de la santé de Papa, ce qui me touche beaucoup. À
mon retour, je passe à la mairie, où je retrouve Melvin et Guy-Brice. Il est plus de 9h, et le maire n’est pas arrivé ; un des chefs de quartier, Félix, me conseille d’aller chez lui, ce que
les deux garçons et moi faisons. Là nous découvrons, assis sous la paillotte devant la maison d’Alain, toute une troupe d’éleveurs Bororos nouvellement installés, et qui viennent se faire
enregistrer. Le maire me reçoit et je peux lui exposer ma préoccupation concernant les actes de naissance de 2 des futurs colocs de Bangassou. Il me promet de faire le nécessaire. Parmi les
éleveurs, le chef du village de Pombolo, celui là même qui nous avait reçu chez lui, papa, maman, Ana et moi lors de notre voyage pour Bangassou en janvier dernier !!! Bien entendu, on tombe
dans les bras l’un de l’autre, sous les yeux ébahis de l’assemblée et de l’hôte des lieux ! De retour à la maison, je prépare une bouillie géante pour toute la troupe ; grâce aux dons
en provenance d’Espagne, je peux aisément cuisiner cette bouillie du fond d’aide espagnol aux plus démunis, campagne 2008. Les restes d’Europe (pas périmés), ça a du bon parfois, et en plus c’est
bon ! Les enfants et les adultes en raffolent ! Soudain, 1 véhicule, puis 2, puis 3 ; une moto, puis 2, puis 5 : tout ce monde se rend à l’aéroport. L’avion arrive ! Je
finis de bricoler sur une porte, puis je propose à ceux qui n’ont pas engagé de course folle à pied, de monter dans ma voiture. Vous imaginez sans peine la joie ! On arrive rapidement
là-haut, à 7km du centre ville. On retrouve tout ce que Zacko compte de 4X4 (c'est-à-dire 4), et la moitié des grosses motos, une dizaine environ. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de
rencontrer le pilote, un français qui répond au prénom de Jean-Paul, et que tout le monde ici appelle Paulo. « ça fait 30 ans que je fais ça » dit-il, lui qui travaille pour Minair,
compagnie dont BADICA (Bureau Achat DIamant Centre-Africain), est propriétaire. L’avion repart sans tarder, l’orage menace ; et puis, il n’a pas fini sa tournée. Parti de Bangui ce matin, le
Sesna 404 9 places s’est rendu à Bria, puis ici, et continue sur Sam avant de rentrer. À son bord, il embarque ici entre autre les collecteurs de diamant et d’or Mustapha et Abacar. Et parmi les
bagages … ?!!
Après le déjeuner, un groupe d’enfants emmenés par Chanel et Armando guident Olivier et moi jusque dans les
carrières de diamant toutes proches. Les lieux sont remplis d’eau, ça devient des sortes de piscines géantes où les enfants s’éclatent littéralement ! Ceux qui nous y entrainent sont tous
deux d’excellents nageurs, ce qui n’est pas le cas des autres. Mais il y a de la place pour tout le monde, et les endroits peu profonds facilitent l’entrée dans l’eau des plus hésitants. Nous
nageons un bon moment jusqu’au moment où l’orage qui menaçait passe à l’action. Nous rentrons juste à temps, vraiment ! La suite et la fin de l’après midi se déroule chez moi, alors que
l’orage violent se déchaine dehors. Je leur présente l’ensemble des photos que j’ai faites pendant mes congés. Ils ont découvert Orcival et ses jeunes, ma bande d’amis et leurs enfants, Barcelone
avec mon frère et sa famille, la Bretagne version St Malo – Dinard, mes filleuls, mes cousins … ils retrouvent François et ses parents. Bref, près de 2 heures de dépaysement total. Mais je ne
suis pas sûr qu’Ibrahim m’ait cru, quand j’ai expliqué que la mer, c’est salé.
Le diner, Olivier et moi le partageons avec le jeune Odilon, ex-petit séminariste renvoyé pour manque de
travail, et devenu un des 7 colocs. On revient sur la santé de Franck, le confrère séminariste de Bakouma ; les mauvais esprits ont encore frappé : de retour à la maison après son
séjour ici, il s’est à nouveau retrouvé paralysé ; (voir jeudi 3 septembre) l’abbé Martin l’a emmené en urgence à Bangassou, afin de l’éloigner au plus vite de ceux qui lui veulent du mal,
et tentent de le métamorphoser, c'est-à-dire de prendre son esprit. Notre échange sur le sujet fut long ! J’ai trouvé Olivier très serein, partageant les menaces dont lui-même fait l’objet,
et affirmant, tout comme Franck, le souhait de ne pas céder à la violence. L’Afrique mystérieuse au quotidien de mon ministère, en lutte, en butte avec l’Évangile.
Ce matin vendredi, matinée comme les précédentes : chacun à son travail. Mais les futurs 6è sont
réquisitionnés pour transporter avec moi 400 briques stockées en haut de la ville, et destinées à construire les toilettes de l’école maternelle. Une brique fabrication maison, c’est lourd ;
alors 400 briques, c’est bon pour 4 voyages, compte tenu de l’état de la piste et de l’âge de la voiture. Charger - décharger, c’et un gros travail. Olivier et moi menions l’équipe, et je dois
dire qu’on a tous bien bossé. La bouillie fut servie en fin de matinée, quand on a eu achevé les rotations. Le maçon, lui, n’a plus qu’à se mettre au travail. Après le déjeuner, je me repose puis
ouvre cette page, vite refermée pour cause de réunion avec l’équipe locale de Caritas. Les futurs 6è reçoivent en ces jours chacun 10 cahiers, autant de protège-cahiers (merci André et
Aloïsia !) des Bics noir – rouge – vert – bleu (merci Massillon !), des crayons de couleurs, de papier, des règles (merci l’école de Chapdes-Beaufort !). Vous verriez leurs
visages, rayonnant ! Et pourtant, il y a bien une pointe de tristesse pour ces garçons qui quittent Zacko, certains pour la première fois. Bangassou, c’est tant de mystère, et en même temps
une envie folle de s’y rendre. Mais il faut laisser ce qu’on connait, ceux qu’on connait, surtout. Et ça, c’est pas facile. Ils en parlent peu. Ça viendra, peut-être ici, peut-être lorsque nous
serons là-bas. Térence, lui, vient m’annoncer une grande nouvelle : entrant en 4è au collège St Pierre-Claver, il est admis à entrer aussi au Petit Séminaire. Son cheminement au groupe
vocations à Bangassou lui offre cette possibilité. Il est heureux ce soir, mais doit partir demain dès l’aurore, parce que la rentrée au Petit Sem, c’est fait depuis … lundi. Mais voilà, quand on
est isolé comme ici, les infos n’arrivent pas toujours comme le voudrait celui qui les envoie. J’ai fait une note en ce sens au directeur, qui saura être indulgent. Et je retrouverai Térence,
l’éternel sourire aux lèvres, les yeux comme teintés de nostalgie.
MARDI 15 SEPTEMBRE, BANGASSOU, 20H30
Je profite d’un moment de répit pour m’atteler avec plaisir à la rédaction des dernières lignes de ce
chapitre 21. Très bientôt, demain peut-être, je vais vous le faire parvenir. Et pour ne pas perdre le fil, je reviens sur les 36 heures passées à Zacko et précédent mon voyage pour
Bangassou.
Samedi, la pluie a désorganisé un programme bien préparé de tâches réparties, et de choses à faire. Mais
certains jeunes se sont mis au boulot de nettoyage dans la concession. Mais côté lavage de la voiture dans la rivière, c’est fichu ! J’ai pris le temps de réparer le fauteuil roulant de
Claudia ; une roue avant était détachée, et un pneu arrière était sans cesse à plat. J’ai trouvé les bons boulons pour remplacer les vis trop courtes d’origine. Pour la chambre à air,
problème de diamètre et de dimension ; je sais que je trouverai rien de valable. Alors j’ai décidé de la remplacer par un morceau de gaine électrique. J’ai découpé à la bonne longueur ce fin
tube de plastique orange un peu épais, puis l’ai inséré dans le pneu ; j’ai ensuite rentré le tout dans la jante, et hop ! Pile Poil ! Ça roule ! Fier de ma réparation, je
suis descendu chez Claudia, de l’autre côté du marché central, afin de lui rendre son bien. Quelle joie pour cette fille clouée à la maison depuis quelques jours ! Olivier m’a accompagné, et
on est revenu tranquillement en saluant pas mal de gens qui sortaient après que la pluie eut cessé. À 12h30, Rock m’a dit que la soupe, composée de tout ce que notre cuisine comptait de potirons,
makabo (sortes de patates douces), bananes plantains, était prête à être servie aux jeunes. C’était pour les futurs élèves résidant à Bangassou l’occasion de dire au revoir à leurs copains. On
était ainsi près de 40, assis sous les arbres à côté de l’église, à déguster ce succulent breuvage dont personne n’a manqué. Puis, le soleil ayant fait son apparition, on s’est rendus nombreux à
la piscine naturelle, le long de la rivière Gonda. Là, Fabien a voulu me défier à la nage rapide, mais même si je ne m’appelle pas Bernard, je l’ai pris de vitesse, sur le dos comme sur le
ventre ; par contre, pour les saltos, je les ai laissé concourir, me contentant d’être spectateur attentif et fasciné par leurs gymnastiques. À notre retour, j’ai organisé le lavage sur
place de la voiture, puis me suis rendu à l’AG de L’Olympique de Béal, dont je suis le président d’honneur, c'est-à-dire celui qui … crache au bassinet quand y a besoin ! Nombreux furent les
joueurs présents pour cette réunion qui visait à préparer la prochaine reprise des matchs, et donc les entrainements qui vont avec. Revenant de la réunion qui se déroulait chez Issaka, face à la
maison d’Abou, je sui passé chez Didou, mais le commerçant n’était pas arrivé de Bria. Une légère inquiétude m’envahit : comment vais-je parcourir la distance qui me sépare de Bangassou avec
à peine 15 litres de gas-oil ? Bon, à la grâce de Dieu. Fin de journée bousculée par nombre de visites en tout genre. Puis j’ai installé un film : « Vas, vis et deviens » Je
ne l’ai pas suivi, ayant une somme de boulot importante et encore des visites, mais je sais que l’histoire a plu à beaucoup de spectateurs.
Dimanche 5h30, levé afin de boucler la valise, préparer encore deux ou trois choses. Patrick, un des Servants,
me dit que Didou est arrivé. Ouf, je respire ! Je démarre la voiture dont je venais de vérifier les niveaux, et me rends sur la route de Fungu. Didou dort encore, mais l’apprenti me dit qu’à
8h, ils vont décharger le 4X4. Armando et Mahamat, qui m’accompagnaient, ont pour mission de revenir à l’heure dite afin de ramener mon jerrican. Discutant avec le jeune apprenti, il me dit
qu’ils ont quitté Bria à 7h samedi. Ils sont arrivés à 4h ce dimanche. 21h pour parcourir 157 km !!! Pas facile, la circulation dans la région en cette saison. Après la messe, c’est le
moment des ultimes préparatifs : Rock et moi versons les 20 litres de gas-oil amenés par Didou, auxquels s’ajoutent 20 litres offerts par Mustapha, le collecteur à qui j’avais expliqué mon
souci de carburant ; un de ses gars est arrivé en moto avec un bidon de 20 litres, pour moi ! Je me charge de caser les bagages un à un, afin que tout soit bien calé. Puis vient le
temps des au-revoir. Des larmes coulent, discrètes. Hugor, Guy-Brice, Melvin, Ousmane quittent pour la première fois et pour plusieurs mois la ville de Zacko. Odilon et Calvin en sont à leur
deuxième année à l’extérieur, ainsi que Kassim, le petit frère d’Abou, fils du défunt Moussa Ganda. Olivier rentre lui à Bangui pour la poursuite de sa scolarité. Nous voilà bien installés dans
la voiture. Départ à 12h15. Arrivée à Kono 45 mn plus tard (on a donc parcouru 12 km…) et là, ce sont Manu et Fred qui embarquent. Là, on commence à être un peu serrés. Mais c’est ça, l’Afrique
qui voyage. On trouve une place, on s’arrange avec les voisins, on se cale sur les sacs, entre les affaires. Et je pense au 25 élèves (au moins !) qui auraient voulu rejoindre Bangassou par
ce même moyen, et qui n’ont pas trouvé de place. Eh ! C’est que j’ai pas un 38 tonnes, moi !!! A Calebasse, PK 18 de Bakouma, on fait une longue pause café afin que je discute avec les
jeunes qui ont fait un formidable travail de nettoyage et de création d’une vraie belle nouvelle portion de route, ce qu’on nomme ici déviation. Je les félicite, et les encourage à poursuivre de
l’autre côté de leur village. Ils sont motivés, notamment parce qu’à la clé, il y a un jeu de maillots de foot ! On arrive à Bakouma à 16h45, et les jeunes partent au marché acheter leur
diner pendant que je me lave et contacte Éric à AREVA. Je m’y rends ensuite à la nuit tombante afin de lui remettre un peu de courrier et le dérailleur cassé de mon VTT. À mon retour, ils se
lavent à tour de rôle sous la douche (une première pour tous !!!) pendant que je dine en compagnie de Sœur Christina, seule membre des communautés encore présente ici. Puis je retrouve mes
lascars devant la télé (une première pour quelques-uns !). je les emmène dormir sur les tapis de la salle de rencontre des charismatiques.
Lundi matin, 5h : la pluie forte me réveille. Je maugrée, puisque tant qu’il pleut et jusqu’à une heure
après, on n’a pas le droit de circuler en voiture. Je sors du lit à 6h et descends, sous la pluie, chez sœur Christina. Après le petit déjeuner, enfin la pluie s’arrête, on va pouvoir partir à
7h45. On s’en va à l’heure dite après avoir embarqué un élève de plus, Séverin. J’installe à l’avant, à côté de moi, les trois plus fins, à savoir Guy-Brice, Ousmane et Odilon. Ils se serrent sur
la banquette et autour du changement de vitesse. C’est parti pour 140 km. « toutes les deux heures, la pause s’impose » On fait une arrêt café-feuille de manioc-banane à Banabongo, puis
on arrive à Niakari afin de prendre la clé de la maison que je loue à Bangassou pour les jeunes. Et là, ça sent l’embrouille. Le mec avec qui j’ai établi un contrat m’explique qu’en fait, il y
encore des gens dans la maison, mais que ça va bientôt être libre, aussi en attendant, il nous a trouvé une autre maison qui va bien, et que nous prête un gars du village. Bon, on suit la moto
avec le gars dessus, moto qui tombe en panne après avoir franchi le bac. Donc on embarque le gars, Emma Siolo, bien sympa, qui nous amène devant un commerce fermé, composé de deux pièces sans
communication intérieures et sans fenêtres. Déception, grosse déception chez nous 8, et chez les 4 autres passagers. Bon, le gars me dit que lui, il est OK avec le mec avec qui j’ai établi le
contrat. Alors on reste là, les 7 colocs sortent leurs affaires, s’installent ; il fait beau, ça aide. Je pars accompagner les 4 derniers passagers : Kassim à Tokoyo derrière la
mosquée, Séverin en ville, Olivier vers la cathédrale, et Ousmane auprès de sœur Jeanne, responsable de l’orphelinat. Ousmane a un statut particulier puisqu’il est pris en charge depuis 8 mois
par le projet Orphelins Zacko Solidale, et à ce titre peut être accueilli à Mama Tongolo, l’orphelinat de Bangassou. Il est 14h30 quand j’arrive enfin à la cathédrale, et là, qui je trouve ?
« Mon » séminariste Samuel, qui m’attendait. Il m’explique qu’il veut rentrer à la maison … ! Et moi qui pensait me reposer un moment avant de voir le problème de logement de mes 7
gars !!! Tant pis, me voilà à l’écoute du petit séminariste qui ne rêve que d’une chose : regagner Zacko. Je l’écoute, le conseille, appelle les deux grands avec qui il s’entend bien, à
savoir Franck et Innocent. Ceux-ci m’expliquent tout ce qu’ils ont déjà engagé autour de Samuel. 2h30 plus tard, alors que la nuit tombe, je les laisse afin de saluer le directeur du collège
catholique, et de retourner à la « maison » prêtée par le gentil Emma. Et là, qu’est ce que m’annoncent Fred et Manu ? Et bien que le mec qui s’appelle Christ, et avec qui j’avais
fait ce contrat de location, est en fait un Judas !!!! Il n’est pas propriétaire de la dite maison ! Et vive la location par correspondance !!! Bon, passé l’agacement intérieur, je
réagis et me mets en chasse, au cœur de la nuit, de gens susceptibles de connaitre des maisons à louer dans la ville. Je m’arrête auprès de Taki, puis chez Jean-Marie, et leur explique mes
déboires. Ils me promettent une réponse le lendemain. De retour à la cathédrale, diner puis dodo, après deux coups de fils familiaux toujours agréables !
Ce matin mardi 15, lever à 5h15 afin d’aller célébrer chez les sœurs St Paul de Chartres, et y prendre le petit
dèj. Puis à 7h, c’est la rentrée scolaire. En fait, à peine 50 élèves se présentent au collège. Il faut dire que, comme on n’a pas encore proclamé les résultats de concours d’entrée en 6è, nombre
d’élèves de toutes classes restent à la maison. Mr Bapia voit qu’il lui manque d’ailleurs bon nombre d’enseignants en ce début de matinée pluvieuse. Je paye les inscriptions des redoublants
Odilon et Calvin, ainsi que celle de Kassim. Je m’occupe d’Ousmane, à qui sœur Jeanne recommande qu’il refasse un CM2 afin d’entrer en 6è l’année prochaine avec un bon niveau. Bon, il est un peu
peiné par tout ça, mais je l’aide à digérer la nouvelle en mettant en avant tout ce que cette proposition a de positif. Puis je me rends à l’inspection académique afin d’obtenir de savoir si mes
trois cocos qui entrent en 6è sont bien admis. C’est à 15h30 qu’Honorine Balipio me porte la bonne nouvelle : Guy-Brice, Hugor et Melvin sont OK !!! Ouf, un souci de moins !!! Et
en cette matinée, un autre souci me fut enlevé grâce à Taki ; il m’appelle à 9h, alors que j’étais en train de régler les inscriptions auprès du directeur, pour me proposer d’aller voir 3
maisons à louer. Il m’embarque à l’arrière de sa moto, et nous voilà partis dans les quartiers de Banguiville. La 3è qu’il me présente est la bonne. Je rencontre en effet la propriétaire, qui
n’est autre que la sœur de Vincent Sangbako, ce petit dont je m’étais occupé ici il y a 20 ans, et qui est caissier général Eco-Bank à Bangui. La maison est propre, bien bâtie, composée de 4
chambre et d’un salon. Il y a les toilettes à l’extérieur. Pour la cuisine, on se met d’accord cet après-midi pour qu’elle remonte la paillotte qui s’est effondrée. Les deux grands, Fred et Manu,
sont ravis. Et voilà comment ce soir, je suis soulagé !!!!
Après la sieste, j’ai ouvert les 7 colis La Poste arrivés ici pour moi, envoyés de France par les parents, avec
dedans, des outils, des dicos, des livres de français, des cahiers, des Bics, des maillots de foot, des statuettes de Marie, des DVD, des couvertures, les rideaux pour la maison, de la
confiture…. Bref, tout un tas de choses utiles et à donner. Et puis, tout un tas de clins d’yeux qui me mettent le sourire aux lèvres.
La fin de cette journée, je l’ai passée à l’évêché avec Monseigneur Aguirre. Que de sujets abordés en
2h30 : la crise, bien entendu, et les dialogues qui se sont instaurés avec certains abbés, malheureusement pas avec tous. Les nominations à venir pour certains confrères. La suite du
chantier du bloc opératoire, le centre polyvalent, la paroisse de Zacko, diverses questions matérielles. Et puis, il m’a présenté l’émission diffusée sur la première chaine de TV espagnole le 29
août dernier, et dans laquelle on me voit sur les chantiers de diamant de Zacko, expliquant à Javier, le journaliste, le travail de mes paroissiens. J’suis un peu fier, mais pas trop, mais quand
même un peu. C’est quand même la première chaine !!!!
Demain débute la rencontre de tous les prêtres du diocèse. 3 jours de travail et d’échanges sur notre ministère, en cette
période de rentrée pastorale. Je resterai quelques jours encore ici ensuite, avant de regagner la paroisse.