Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 11:53

Le 26 ème chapitre du carnet de bord de Michel nous est parvenu.
Bonne lecture à chacune et chacun d'entre vous!

Le calendrier 2010, préparé par Michel et confectionné par nos soins est

toujours  disponible!
Merci à vous qui nous l'avez déjà commandé!
 


Pour le commander, il vous suffit de nous le demander par courrier, mail ou par téléphone:
Agir avec Zacko
20 bd Desaix
63000 Clermont-Ferrand
vanwynsberghepp@wanadoo.fr
06 27 89 63 58

Nous vous l'enverrons sous 48h.  Le prix unitaire est de 5 euros. L'argent récolté permettra de financer le nouveau projet d'école lancé par Michel, à Kono cette fois-ci. 


Nous vous rappelons enfin que grâce à vos dons tout au long de cette année
( l'association AGIR AVEC ZACKO est une association loi de 1901, habilitée à délivrer des reçus fiscaux... ) 
 
Nous avons également pu envoyer 960 kg de matériel à Zacko (livres, fournitures scolaires, ballons, outils....) le 13 novembre dernier, profitant d'un container envoyé en Centrafrique par la fondation Bangassou basée en Espagne.


00071-copie-3.jpg

Merci  à vous tous qui nous avez aidé d'une façon ou d'une autre, merci aussi à vous qui nous avez fait parvenir votre don. Un reçu fiscal vous sera prochainement envoyé!
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : PROJETS ET APPEL AUX DONS
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 14:32

 

 

 

 

 

ZACKO, le 22 décembre, 14h.

 

Il fait chaud ; heureusement le vent, bien que chaud lui aussi (tel un ventilateur, il ne brasse que l’air ambiant !), rafraichit un peu les êtres vivants qui se déplacent. Ceux qui rentrent des champs ou des chantiers sont certes couverts de sueur, et les charges parfois lourdes qu’ils portent sur les épaules ou la tête accentuent ce fait. Mais le vent vient apporter comme un peu de frais aux visages que l’eau préparée à la maison, et froide ou chaude, selon les habitudes, va rincer de la poussière que le vent soulève et qui colle à la peau. Revenant de Kono à l’heure la plus chaude du jour, je double ou croise ainsi nombre de gens qui marchent ou pédalent sur l’étroite piste que seuls les deux-roues et les piétons empruntent. On se salue, on plaisante même parfois, puis je poursuis mon chemin. Moi mon petit sac sur le dos, eux armés de barre à mine, de fût vide servant au lavage du gravier, ou rapportant dans des énormes bassines posées sur leurs têtes ce que la  nature aura donné : qui du bois pour la cuisine, qui des potirons ou des tubercules de manioc, qui des feuilles du même plant, qui des bananes ou des papayes…

J’ai passé un bon moment à Kono en compagnie d’une partie de la communauté catholique. Objectif : préparer la messe de dimanche au cours de laquelle seront baptisés une dizaine d’enfants. Les parents sont venus, et le premier temps de ce genre de réunion est toujours laborieux : c’est le contrôle des cartes de baptême. Quoi de plus délicat, en présence des autres, d’interroger l’un des parents sur les raisons de non payement du Denier du Culte (le fameux DC) pendant plusieurs années, voir des années – 30 ans pile pour un papa !- Mais c’est l’habitude ici, et certains y vont de leur couplet, à voix haute ou basse, commentant les lacunes du parent en retard de règlement. Ce chapitre tourné, le catéchiste Pierre fait à nouveau l’appel pour bien vérifier les noms et prénoms des concernés, puis nous allons aux choses plus sérieuses : le déroulement de la messe, et le sens du Sacrement de baptême, le lien avec l’Eglise, et d’autres aspects plus pratiques aussi. L’assemblée écoute, commente, demande des précisions. Souvent revient la question : « pourquoi les protestants, qui baptisent dans la rivière, disent que leur baptême est vrai, et non celui donné par les catholiques ? » Je rappelle d’abord que pour l’Eglise catholique, il n’y a qu’un seul baptême (voir Saint-Paul) et qu’on ne rebaptise pas ceux qui l’ont été au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, quelque soit le lieu et la couleur de l’eau (!). Je fais aussi un rapide rappel historique sur les églises construites dans les premiers siècles –en Afrique du Nord notamment- et sur la place particulière qu’occupait le baptistère dans ces lieux. Enfin je rappelle que les sacrements sont donnés habituellement dans l’église, lieu de rassemblement de la communauté Eglise, Corps du Christ. Voilà qui rassure un auditoire dont certains ne manqueront pas d’être chahutés par des voisins protestants et un peu trop sûrs d’eux quant à leurs pratiques qu’ils estiment plus vraies. Cette rencontre terminée, je descends un peu plus bas dans le village et me rends chez Patrice et Geneviève. Là je retrouve les deux ainés de la maison Saint-Michel de Bangassou. Emmanuel et Frédéric ont fait le tour des foyers de 5 jeunes de 6è qu’ils accompagnent au long des jours. Ils souhaitaient faire avec moi le point sur leurs visites, et programmer une rencontre générale avec parents et enfants. Ce sera le 29 décembre au matin. Je les ai remerciés pour le travail qu’ils ont fait samedi, venant à Zacko, à 12 km de chez eux, afin de dialoguer avec chaque parent. Ces deux grands, les 5 « petits » ont bien de la chance de les avoir auprès d’eux au quotidien ! J’ai rencontré aussi deux candidats à la responsabilité du jardin d’enfants (les 3 – 5 ans), qui pourrait voir le jour à Kono en septembre prochain. A ce sujet, l’architecte Ferrier m’a appelé hier pour me dire que l’établissement du devis était en cours. Tant mieux, je vais pouvoir avoir une idée de ce qui pourra être lancé dans le village. Quant aux deux maitres (un homme et une femme) nous allons prévoir une réunion avec la maitresse de Zacko qui a suivi la formation l’année dernière à Bakouma, et qui bien entendu enseigne dans le centre polyvalent, afin qu’elle les accompagne dans leur stage pratique.

 

Ces jours passés, j’ai donc vécu un temps court et fort occupé à Bangassou : arrivé le mardi à 12h45, j’en suis reparti le mercredi à 15h30 ! Ce fut bref, mais en saison sèche, faire la route est quand même bien moins fatigant qu’en saison des pluies. Arrivé à Bangassou, l’incontournable tournée dans les quartiers afin de déposer du courrier, un sac de riz par ci, des bidons vides pour l’huile de palme par là. Puis visite à Dieubéni, le fils du catéchiste Désiré. Opéré par Michel Onimus d’un bec de lièvre, il a profondément changé. Son visage est si différent, et si beau maintenant. Il en est à la fois heureux (que de moqueries subies jusque là) et aussi gêné, comme s’il ne s’habituait ni à son visage, ni au regard que posent les autres sur lui, regard d’étonnement accompagné de commentaires parfois un peu envahissants. Son retour à Zacko ne fut pas évident, il fut (je parle au passé, mais …) regardé comme une bête curieuse. Je sais que ça va passer avec le temps. André, ce jeune de Zacko qui souffre d’une grande plaie à la jambe droite, est toujours souriant, et il a été très content de me voir arriver. Mais côté plaie, aucune évolution significative. Mercredi matin, j’ai donc passé près de deux heures à Bangondé afin de voir ce qui pouvait être fait. Les sœurs Juliette, Marcella et Lourdès se sont réunis avec moi et on a décidé de mettre en place un nouveau protocole afin d’être plus efficace. Ainsi, André va résider à Bangondé afin d’y être bien nourri, et soigné deux fois par jour. Dans 3 semaines, à mon retour là-bas, nous verrons la conduite à tenir.

Mercredi matin, une simple affaire de batterie auto en mauvais état a bien failli compromettre notre voyage. En effet, plus une seule batterie 75 ampères à Bangassou, ni dans la réserve du garage, ni dans aucun magasin de la ville. Bon, va pour une 88 ampères. Tout va bien, sauf que le compartiment dans le moteur est trop petit. Et hop, et que je démonte, et que je dessoude, et que je soude et ressoude. L’équipe du garage n’a pas chômé. Mais tout ça demande du temps ! La voiture fut prête à 14h30. et moi qui rêvait de quitter avant 14h afin de ne pas rouler de nuit … Donc, au volant de la voiture (il est presque 15h) me voilà parti faire le plein de gas-oil, et remplir les bidons d’essence (20 l) et de pétrole (idem) ; je rappelle qu’ici, les pompes ne fonctionnent pas avec un système électrique : c’est à la main qu’on pompe, d’où le nom, très ajusté à la situation. C’est donc une opération assez longue. Les pleins effectués, je me suis rendu à l’orphelinat pour prendre Ousmane, puis à la maison St-Michel où je retrouve les 7 résidants, un jeune voisin prénommé Juvénal, et Désiré et son fiston Dieubéni. Passage par le petit séminaire pour chercher Isaac. Tout ce monde embarque pour Zacko, via Bakouma où nous passons la nuit.

Au petit matin, après la messe et le petit dèj, nous voilà partis. Dans la voiture, sous les sièges, tout ce qu’il faut pour travailler … sur la piste : barres-à-mine, pelles, houes, machettes, haches, les 13 hommes que nous sommes allons nous activer pour remettre en état certains endroits vraiment difficiles à franchir.

travaux-sur-la-route-avec-les-lyceens-en-conge.jpg


Une bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas les seuls : AREVA projette de nettoyer les 20 premiers kilomètres afin d’assurer la circulation de leurs engins dans la zone. 20 km, c’est toujours ça. A quand les 40 derniers passés au « Bull » ? En attendant que peut-être un jour cela se réalise, il faut bien en faire un peu, c’est mieux que de risquer de casser la mécanique de la voiture. Et bien, hormis Isaac qui avait mal au pied suite à sa chute en moto, les autres, on a bien bossé ! Et dans la joie et la bonne humeur. Ça change des bancs du collège ! On est arrivé à Zacko à 15h, après une halte à Limit (PK 30) pour le déjeuner, et une pause à Kono afin de déposer les deux grands.

 

SAMEDI 26 DECEMBRE

 

Déjà une bonne semaine que je suis rentré de la courte escapade à Bangassou. Et ce temps préparatoire à Noël fut riche en évènements. La matinée à Kono, qui ouvre ce chapitre, et bien d’autres moments ; le lendemain matin mercredi 23, même type de rencontre avec les parents et parrains et marraines des bébés qui seront baptisés le jour de Noël. Une rencontre intéressante au cours de laquelle on a parlé sacrements, signes du Salut donné par le Christ. Le catéchiste Benjamin s’est parfois débattu pour comprendre, au sujet de tel bébé, qui est le père ; pour un autre, quel est finalement le nom, le prénom. Et puis le problème de parrains pas idoines, c'est-à-dire vivant en couple sans mariage religieux. Il faut, au nom de la règle, essuyer un refus poli mais ferme. En fin de matinée, l’après-midi de ce jour et le lendemain toute la journée, j’ai reçu des paroissiens en confession. Prendre du temps avec chacun, assis à l’ombre sous les arbres. Si je confesse dans mon bureau, je serais dérangé par tout un tas d’autres visites ; au moins, sous l’arbre, moins de dérangement. J’ai profité de quelques espaces sans pénitent pour préparer l’homélie du jour de Noël, et y ai consacré davantage de  temps le mercredi soir. Dans les confessions, c’est ici comme ailleurs, parfois les gens expriment moins leurs péchés mais plutôt ce qu’ils ont subi, ce qui les peine, ce qui les fragilise. Et bien entendu est revenu à plusieurs reprises le problème des accusations de sorcellerie. Chaque fois, ce sont des femmes âgées, parfois veuves, d’autres mariées. Elles racontent ce qu’elles ont subi comme violence, verbale ou physique. Elles confient leurs souffrances et pleurent leur innocence. Je les écoute, les réconforte, et insiste aussi sur le fait que, lorsque de tels évènements arrivent, qu’elles n’hésitent pas à faire appel à des responsables de la communauté. Mais l’une d’elles me répondit alors que ce sont ceux-là même qui l’ont accusée. Elle s’est retrouvée coincée. Et moi aussi. Je lui ai dit qu’elle n’hésite pas à appeler ou faire appeler les prêtres. Mais que dire d’autre, si ce n’est entrer avec chacune dans le mystère du Christ souffrant à cause de la bêtise de l’Homme ? Le temps de dialogue est trop court, mais je fais confiance à l’Esprit-Saint afin que viennent les mots justes. Je suis chaque fois meurtri par les récits, et promets de les porter dans la prière.

Le 24 décembre, c’est aussi le grand jour : dès le début de matinée, bravant le froid vif (et ne riez pas, l’abbé Isaac n’a jamais eu aussi froid en RCA !) les enfants se sont pressés afin de décorer l’église, en fabricant des guirlandes faites de feuilles de manguier, pliées et accrochées par de fins morceaux de bois dur. Superbes, d’autant plus quand, une fois pendues aux poutres métalliques de la charpente, les enfants y ajoutent des fleurs multicolores. De leur côté, conduits par Ludo et le conseiller Alfred, d’autres enfants confectionnent la crèche, fabricant chaque personnage en terre argileuse qui, une fois les personnages et éléments de décor réalisés, durcit au soleil. La première crèche de l’histoire de l’église de Zacko ! Le bâtiment est une sorte de mini case qui ressemble plutôt à un grenier – garde manger des Zandés. Tout un symbole ! En cette fin de journée, l’ensemble prend place à l’entrée du chœur. Un éclairage fait d’une lampe torche démontée complète l’esthétique de la chose. Les Aïta-Kwe préparent la saynète qu’ils vont présenter en veillée. A 17h, premiers coups de cloches. 18h, deuxième série. A 19h, l’heure prévue de la messe de minuit, peu de gens sont présents. C’est la nuit, il fait froid, et puis, c’est l’heure … africaine ! Bon, on n’est pas pressés, de toute façon. 20 mn après l’heure, on entre en célébration. Les chants d’entrée achevés, place aux Aïta-Kwe : ils réalisent leur saynète dont le support est le récit évangélique. Entrecoupées de chants, et de rires aussi, leur prestation est agréable. On voit soudainement arriver des anges revêtus d’aubes d’enfants de chœur, et simulant le vol en agitant les bras de part et d’autre ; et leur chef a fixé une lampe frontale sur sa tête, aveuglant les bergers, et les paroissiens. La naissance de l’enfant Jésus est aussi un temps qui fait beaucoup rire. L’église ayant été éteinte un instant, une maman confie son tout jeune bébé à la jeune qui joue le rôle de Marie. Au moment où on rallume l’édifice, le bébé se met à crier comme au premier jour ! Fou rire général, et gêne de « Marie », qui ne sait pas très bien quoi faire ! La messe commence après la saynète, et se déroule dans la joie ; Ludovic assure la proclamation de l’Evangile et la prédication. Après la messe, les scouts nous invitent à poursuivre la fête. Ils ont allumé un grand feu et appellent les gens à venir danser ; puis d’autres saynètes partant de faits de vie cocasses, sont interprétées. On rit, on commente, on s’interpelle. La joie est visible. Et c’est à plus de minuit que, les paroissiens ayant regagné leurs maisons, je m’endors enfin, les Aïta-Kwe s’installant de leur côté dans le Centre Polyvalent.

Le 25 décembre de grand matin, bravant le froid, Honorine s’est installée dans le coin cuisine afin de préparer deux énormes marmites de bouillie, à servir après la messe ; les premiers jeunes sont arrivés, afin de préparer le lieu de la célébration, sous l’arbre majestueux de notre propriété. Tous les bancs sont alignés, l’autel est installé, et tout ce qui va avec. Les choristes arrangent leur matériel : panneau solaire relié aux batteries qui alimentent les amplis. Benjamin arrive assez tôt afin de placer les familles des 16 bébés à baptiser. Les danseuses s’apprêtent, revêtant leurs robes colorées. Les servants d’autel préparent le nécessaire, activant entre autre les charbons de bois utiles à l’encensoir. 8h40, on est tous prêts ; la procession se met en route, reliant la sacristie au lieu de la célébration. Les chants de Noël éclatent alors que les retardataires s’avancent, cherchent les dernières places libres sur les bancs. Certains, sachant qu’ils ne trouveraient pas de place, portent sur leurs têtes le fameux balambo, ou piroguier, ce petit tabouret qu’on emmène partout, aux champs comme au marché, et qui facilite les pauses. Ils s’installent dans un des endroits ombragés en non encore envahi de paroissiens. Le froid diminue au fur et à mesure de la montée du soleil. On est bien. Ce sera plus chaud en fin de messe, vers midi ! Pour le moment, chacun profite de la température idéale pour chanter, danser, battre des mains. Début de messe, présentation des futurs baptisés : certains sont vraiment de tous petits modèles ! Benjamin les ayant appelés, les parents ayant répondu, le dialogue entre eux et moi s’instaure, de même qu’avec les parrains et marraines. Premier geste, le signe de croix : je déambule au milieu des familles et m’approche de chaque petit dont on me murmure le prénom, et trace le signe du Christ sur son front. Pendant ce temps, les choristes entrainent la foule en entonnant un des nombreux chants liés aux différents rites déployés au cours du baptême. Avant les lectures, nouveaux signes effectués auprès de chaque candidat : le sel, déposé dans la bouche, et le touché de la bouche et des oreilles : la Parole de Dieu est délicieuse comme le sel, on la reçoit, on l’écoute, afin de la transmettre autour de nous. Après l’homélie vient la nouvelle étape du baptême : bénédiction de l’eau, renonciation au mal, profession de foi. Puis chaque enfant m’est présenté par le parrain ou la marraine, qui le tient élevé au dessus de l’immense calebasse remplie d’eau bénite.

bapteme-25-decembre-09.jpg

Dans l’assemblée, les gens chantent leur joie pendant que l’eau coule et que se pressent les photographes. Les enfants ayant été ensuite revêtus du vêtement blanc, les parents les amènent en procession par l’allée centrale, les portant à bout de bras vers le ciel, sous les applaudissements et les youyous de la foule. L’offertoire qui suit est aussi joyeux : les danseuses s’avancent, exécutant des danses tout en portant des assiettes remplies de bananes, de pain, de patates douces, et décorées de fleurs rouge vif. Elles déposent cela devant l’autel et continuent de danser pendant que les servants apportent ce qui convient pour l’Eucharistie. Les gens se lèvent ensuite et apportent leur don, versant les pièces et billets dans les troncs, ou déposant les cuvettes de manioc ou de riz devant l’autel. La messe se poursuit ainsi dans la joie et l’allégresse jusqu’à la fin. Avant l’envoi, je bénis les nouveaux responsables d’une des 4 Curia de la Légion de Marie. Applaudissements de la part de toute la foule !

Après la messe, distribution de la bouillie aux pauvres et aux enfants. « Mais où sont les pauvres ? » ai-je demandé à Ludovic pendant la messe ; en effet, le groupe d’une vingtaine qui participe habituellement à la célébration du dimanche était invisible ; ils n’étaient pas fondus dans la masse ; ils étaient absents. Dommage. Seuls 9 sont venus vivre Noël avec le reste de la communauté. Ils ont reçu un bon bol de bouillie, et aussi chacun une banane plantain pour leur repas. J’ai tenu à les servir, alors que le vice-président me harcelait pour que je participe … au comptage de la quête ! Lui et les autres conseillers ont patienté jusqu’à ce que je termine. Quant aux enfants, ils étaient très nombreux, évidemment. Chacun a pu boire son gobelet de bouillie, servis par Jacques qui veillait, tout au moins au début, à ce qu’il n’y ait pas de doublon. Tout s’est bien passé, chaque enfant a pu être servi, resservi, et parfois même re-resservi !

Ludo et moi avons partagé le déjeuner, au cours duquel j’ai ouvert une boite de foie-gras, bien appréciée par tous les deux. Puis dès 14h, j’ai troqué le costume pour la tenue de foot. Direction, le terrain de foot pour le grand tournoi des enfants. Je peux dire que les habitants de Zacko ont passé une bonne après-midi ; le spectacle des trois matchs joués par les trois équipes d’enfants et de jeunes fut vraiment beau. Vêtus des maillots bleus, ou blancs, ou rouges, les équipes se sont affrontées en un tournoi sympathique, arbitré par un jeune adulte répondant au nom de Pié, et animé de main de maitre par M’Bolo. Mieux que sur Canal ! La nuit tombait quand résonnait le coup de sifflet final, consacrant Réal Madrid champion, face à Barcelone -2è-, et Brazil. La lune au-delà de sa demie éclairait déjà la ville quand j’ai démarré « Flipper ». La mer, les gros poissons, les bateaux, tout ceci leur est étranger, et ça les passionne ! Oui, la journée de Noël fut une bonne journée, et le coup de fil aux parents a été un autre des bons moments de ce 25 décembre à Zacko.

 

Mardi 29 décembre 2009

 

Samedi 26, lendemain de fête, mais la fête continue ! 15h fut l’heure de déjeuner ; l’heure africaine pour les grands repas. Il commence tout juste à faire à peine moins chaud, il fait jour encore deux heures environ, c’est suffisant pour se réunir et partager le repas. Paul Sappaï avait invité le Conseil Paroissial. On s’est retrouvé chez lui afin de déguster un cabri agrémenté de riz et de boule de manioc. J’avais apporté pour cette occasion des bouteilles de bière achetées en août à Bangui. Martens-Pils, bière Belge. Chacun a reçu sa bouteille de 50cc, et l’a plus ou moins lentement avalée. On a bien ri ensemble, les uns disant qu’on était à Paris, les autres racontant que les Sarah venus du Tchad fabriquent un breuvage similaire, qu’il me tarde d’ailleurs de gouter. Le repas terminé, on s’est tous rendus un peu plus bas en ville afin de saluer les membres de la Curia rassemblés chez Anastasie afin de fêter, eux aussi, Noël. Mais je n’ai pas duré, comme on dit ici, parce qu’il fallait me rendre à Kono. C’est en effet dans ce village que j’ai passé deux jours. Messe et baptêmes de bébés le dimanche matin, et match de foot l’après-midi.

 

Jeudi 31 décembre 2009, 9h30

 

En cette dernière matinée de l’année 2009, je ne suis pas au top de la forme ! Mais c’était pire hier, alors je positive. Au réveil hier, l’estomac était un peu sens dessus dessous. Et la visite au centre de santé a confirmé la présence de squatters indésirables. Ça + fatigue = un peu de palu ! J’étais vraiment à plat dans l’après-midi, et baillais sans cesse pendant la réunion d’ASKANGBA que je présidais de 15h30 à 17h. J’ai réussi à fermer la porte de chez moi vers 18h, et me suis endormi un bon moment. Courte apparition pour manger deux bricoles avec Ludovic, et retour au lit jusqu’à ce matin. Bon, ce sont les risques du métier !

Retour sur le séjour à Kono. Arrivé en voiture samedi à la nuit tombante, je me suis installé dans la maison des prêtres, toute proche de l’église. Avec les responsables de la communauté, on a discuté de pas mal de choses concernant la journée du lendemain ; les baptêmes, et le match de foot. Puis je n’ai pas tardé à m’endormir, ayant préalablement déployé la moustiquaire et déroulé mon sac de couchage sur le matelas que j’avais apporté. La messe du dimanche matin fut vraiment belle, les choristes ayant bien préparé, les parents des bébés étant bien participants. Les rites se sont déroulés sous le regard attentif de nombre d’enfants présents dans cette chapelle St Emmanuel, trop petite pour l’occasion. Mahamat et Archina ont fait pas mal de photos, que j’aurai plaisir à regarder au calme ! Alors qu’on allait commencer la messe sont arrivés les joueurs et supporters de Zacko. Les catholiques ont suivi de plus près que les autres, la messe que je présidais. Puis on s’est retrouvés pour le déjeuner. Chaque enfant et jeune de Zacko avant cotisé à hauteur de 100 francs (15 centimes d’€), ce qui a permis d’acheter le manioc, les arachides, la viande boucanée. Les habitants de Kono avaient préparé les feuilles de manioc, et le riz provenait du sac offert aux prêtres par la communauté locale. Tout ce petit monde -25 cotisants- a bien mangé puis s’est reposé avant LE match. Les enfants de Kono, de leur côté, se sont retrouvés chez Patrice, le président de l’APE, afin de se préparer. Pour ce match inter-villes, une seule règle pour constituer les équipes : être élève cette année en primaire à Zacko ou à Kono. Exclus donc, les collégiens en vacances, ainsi que les ex-élèves. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour qu’il n’y ait pas de contestation dans la création des équipes. Mahamat avait fait tout un travail à Zacko, afin de constituer l’équipe et collecter les cotisations auprès de tous. Patrice avait de son côté veillé aux grains. A 14h45, les deux équipes ayant revêtus leurs maillots, blancs pour Zacko, bleus pour Kono, se sont présentés aux spectateurs, très nombreux ! Je pense que tout Kono était rassemblé autour du terrain tracé dans la concession de l’église catholique. J’ai arbitré le match, à la demande des capitaines, ainsi que des gens de Kono, étant la personne probablement la plus neutre. Deux arbitres de touche m’ont accompagné pendant les 2x 35 minutes. L’ambiance était vraiment bonne ; les joueurs se sont bien démenés pendant tout le match ; le score final était de 3 pour Zacko, 1 pour Kono. Bien entendu, les locaux étaient un peu tristes. Mais on s’est « réconciliés » autour du repas du soir partagé entre tous : 45 enfants assis au clair de lune, trempant hardiment leur main droite dans les assiettes contenant le riz et les feuilles de manioc. Puis réunis autour du feu nous réchauffant, ce fut le temps des devinettes, des histoires, des danses, des jeux. J’ai passé une bonne soirée avec tous ces « petits ». Ils sont allés dérouler leurs nattes dans l’église pendant que je regagnais la maison. Au petit matin, petit dèj, puis match amical, les deux équipes ayant été mélangées, les autres pouvant aussi participer à ce ballon réchauffant les joueurs. Puis ce fut l’heure de rentrer à Zacko. Les 25 s’entassent (c’est vraiment le mot !!!) dans ma voiture, s’installant sur les nattes, ayant glissé leurs sacs sous les sièges. 4 enfants prirent place devant ; c’tait parmi les gabarits les plus petits, mais  ce ne fut pas simple pour le changement les vitesses ! Mais à la vitesse à laquelle on roule ici, pas grand risque d’accident.  On est arrivés à Zacko, et avons pris la direction de fungu, certains enfants s’étant assis sur le rebord des fenêtres, d’autres se tenant debout à l’arrière, les portes étant restées ouvertes. Tous scandaient des chants relatifs à leur victoire, en sango « on est partis en pleurant, on est revenus dans la joie ! » ou encore en français : « on a marqué 3 buts, on a encaissé 1 but ! » A notre passage, les gens applaudissaient. De retour à la maison, après le bain dans l’eau chaude, chacun a regagné son chez soi. J’ai retrouvé Ludovic, seul depuis que la veille, Isaac avait pris la direction de Bangassou. On a partagé le repas et les évènements de ces dernières 24 heures, puis je me suis reposé, prenant le temps dans l’après-midi, de ranger, recevoir quelques visites.

Mardi, journée calme, entre rencontres et repos. Hier mercredi, alors que la santé était un peu précaire, j’ai reçu les responsables et organisateurs de la prochaine rencontres des chorales, qui aura lieu ici fin février. Thème central, cotisation des participants, accueil, horaires, on a essayé de ne rien oublier. Puis on s’est séparés après avoir bu un café ensemble. Alors que Ludo et moi déjeunions, le jeune Médard est venu m’appeler afin que je confère le Sacrement des Malades à Alain-Maurice. C’est le papa de Guy-Brice, l’un des jeunes qui est à la maison St-Michel de Bangassou. Depuis le matin, il est inactif, allongé sur son lit. Il ne dit plus rien, tremble de tout son corps. Arrivé rapidement à la maison, j’ai salué son épouse et quelques membres de la famille. Puis j’ai administré le sacrement, faisant l’onction d’huile dans les mains et sur la tête. Quand nous eûmes fini de prier ensemble, son corps s’est apaisé ; plus de tremblements, plus d’agitation. Et il m’a semblé qu’il s’était endormi, retrouvant une lente et régulière respiration. J’ai quitté la maison, accompagné de deux servants venus m’assister. Puis je me suis mis au lit un moment, essayant de récupérer un peu.

Ce matin, dernier jour de l’année, je prépare la grande veillée prévue cette nuit à l’église, de 18h ce soir à 4h demain matin.

 

lundi 4 janvier 2010, 13h45

 

Premières lignes du carnet en cette nouvelle année ! Assis à l’ombre de la terrasse à Bangassou, je déguste, non un café, mais les premières notes du CD de Ronan Luce : « le clan des miros ». Sympathiques ballades, j’en saurai davantage dans une heure environ ! J’ai trouvé ce disque dans l’un des 5 colis envoyés de Clermont, et contenant des maillots et des ballons de foot, un peu de bonne nourriture de l’Auvergne, quelques BD pour mon Noël, une masse de courrier des enfants de l’école Massillon à Clermont, et tout un tas d’autres choses. Merci aux envoyeurs et aux convoyeurs de ces boites jusqu’à Bangassou. Ça m’a fait vraiment plaisir, et ça fera plaisir à plein de gens, jeunes et moins jeunes.

Je suis arrivé hier ici à 18h15 ; j’avais quitté Zacko à 11h45 le matin même. J’ai roulé ainsi toute la journée, parcourant les 210 km à plus ou moins petite vitesse, me permettant rarement une pointe à 80 km/h. mais calculez la vitesse moyenne du véhicule, sachant que le total des pauses n’a pas excédé 45 minutes. Mes passagers, à ces moments de vitesse, emmagasinaient de l’air entrant par les fenêtres toutes grandes ouvertes. Mes passagers, Ludovic et 12 élèves de Zacko regagnant la capitale régionale, leurs lycées ouvrant les portes ce matin 4 janvier. Les 7 de la maison St-Michel, et 5 autres habitant divers lieux dont Ousmane qu’on a déposé en premier à la maison Mama Tongolo, « maman étoile », le nom de l’orphelinat où il réside. Il fallait voir la joie des autres enfants, garçons et filles, à notre arrivée : ils et elles ont dansé autour de lui, pendant que je cherchais ses bagages au milieu de la quantité de sacs en tout genre. Les uns contenaient des vêtements, d’autres des cahiers scolaires, d’autres de la nourriture sous des formes diverses : plats cuisinés (boulettes de viande) produits des champs (manioc, potiron, patates douces). Arrivés à la maison St-Michel, la voiture fut vidée de son contenu, à la lueur des phares et des lampes-torche. Puis Ludo et moi nous sommes installés à la maison d’’accueil de la cathédrale, retrouvant pas mal de confrères et échangeant avec chacun les vœux de bonne année. Sitôt le diner partagé, nous sommes allés dans un des containers contenant les denrées alimentaires, afin d’en sortir des kilos de sucre et des litres d’huile d’olive pour notre communauté ; idem dans les réserves d’outillage, où j’ai pris quelques tournevis, des clés et des pelles de chantier. L’évêque, qui s’est rendu à Bangui ce matin aux aurores, a eu le temps en soirée de parler avec moi de l’évolution des chantiers dans le diocèse, et notamment ce qui concerne la suite à donner au bloc opératoire de Zacko. Le container transportant les tuyaux d’adduction d’eau a dû arriver à Douala, ce grand port du Cameroun qui dessert la RCA. Il va être chargé sur un camion et acheminé jusqu’à Bangassou, où il sera dédouané et vidé de son contenu. Puis viendra le chargement du camion du diocèse qui permettra d’acheminer le matériel jusqu’à destination. Quand tout sera-t-il opérationnel ? Difficile de pronostiquer aujourd’hui. En tout cas, on ne dort pas ! Et il va falloir que je réveille la population, afin qu’on extrait du sable et du gravier pour les finitions.

 

La nuit du 31 décembre s’est bien passée, éclairée dans l’église grâce à l’énergie solaire (accumulée le jour, évidemment !), et dehors à la lueur de la pleine lune. Nous avons eu la joie de vivre une éclipse partielle, vers 21h. Ce fut un moment très drôle, les gens demandant des explications sur le phénomène. Et puis moi, ça m’a rappelé une certaine nuit d’août 2008, où elle fut quasi-totale ! La veillée s’est déroulée en présence d’une centaine de personnes ; on a alterné les danses, les moments de prière, les pauses café ou citronnelle. Il faut rappeler qu’il fait froid la nuit : le thermomètre descend en dessous de 12° ; quand on sait qu’il peut atteindre 38° à l’ombre  en pleine journée! C’est pour ça qu’on met la polaire et qu’on boit des boissons chaudes ! Vers 4h, fin de la veillée, une heure avant le lever du soleil. Je me suis couché rapidement, devant assurer la messe, assurer à la messe, pourrais-je ajouter. J’avais besoin de repos, étant encore un peu fatigué des soucis de santé des jours et heures précédents. La première eucharistie de l’année a amené environ 80 paroissiens, heureux de se rassembler pour chanter. Puis vint le temps du déjeuner : des enfants et des jeunes avaient cotisé 100 francs afin de faire la fête. Plus de 30 participants, consciencieusement listés par Mahamat en chef de protocole. Ils ont acheté du manioc, du riz, du jus en poudre préparé sur place et conservé ensuite au frigidaire. J’ai assuré le reste de l’alimentation, à savoir l’achat le 28 décembre  d’un poisson fraichement pêché à 60 km, dans la rivière Mbari. EnôôÔÔôôrme poisson de plus de 30 kilos, dont le diamètre de la tête plate dépassait les 25 centimètres ! Longueur plus d’1m70 ! Bref de quoi donner à manger à tous les participants, et ceci pour deux repas, puisqu’on a remis ça le soir. Imaginez que vous achetez un poisson qui permet de servir au total plus de 60 assiettes, sachant que chacun est amplement rassasié. Et encore, on n’avait pas cuisiné la tête, offerte à Roch en remerciement pour sa disponibilité. Et puis manger du poisson frais, c’est tellement rare pour la grande majorité des enfants ! Je l’ai acheté 17.000 francs ; tout comme la taille du poisson, le prix là aussi a fait le tour de la ville. « L’abbé a acheté un poisson énorme à 17.000 francs ! » Mais quel est le nom français de ce poisson ? Et bien je n’en sais strictement rien, si ce n’est que ce n’ai pas un Capitaine. Peu importe d’ailleurs ; cuit avec de l’huile de palme et accompagné de riz et de manioc, il fut excellent. Dès le repas de midi terminé, organisation du match de foot de l’après midi, avec les enseignants Thierry et Richard, ce dernier ayant coaché un groupe d’enfants et de jeunes du quartier Laisse-couler, quartier situé évidemment tout proche de la rivière Ambilo. On est arrivé sur le terrain de la ville ; chose étonnante et réjouissante : les premiers spectateurs étaient au rendez-vous. Et quand le match eut commencé, il n’y avait pas une place de libre tout autour du stade ! Imaginez la joie des joueurs des deux équipes : davantage de spectateurs que certains matchs d’équipes d’adultes officielles. En plus, ils ont vraiment bien joué ; c’est l’équipe du quartier de l’église, portant le nom du stade Ruth-Rolland, qui a gagné, 2 – 0, mais ceux de Laisse-couler n’ont pas démérité. Les spectateurs de tous âges, debout ou assis dans les fauteuils ou sur les bancs amenés de chez eux pour l’occasion, se sont massés le long des lignes blanches, empêchant les arbitres de touche de faire leur travail ; quel engouement de toute la population. Applaudissements, encouragements, cris de joie, La fête autour du ballon rond fut belle. Et on en a causé longuement en soirée et dans les jours qui ont suivi. De notre côté, nous les organisateurs sommes très contents de cette « première ». Va-t-on organiser une vraie ligue des benjamins, des juniors ? C’est fort possible. Mon souci, c’est que ça ne retombe pas sur les épaules. Ne viens-je pas d’être élu à l’unanimité par les parents d’élèves de l’école primaire garçons, trésorier général de l’APE?! Impossible de refuser. Ça fait beaucoup de choses à vivre, un peu tous azimuts. Des engagements dans des lieux de vie des gens, très divers. Je ne suis certes jamais seul, mais ma présence est à chaque réunion indispensable ; et il y a les à côté. Difficile de refuser, et pourtant je sens bien la limite des choses. Comment bien faire quand on a trop de responsabilités dans des domaines très divers ? Comment refuser aussi, quand toute une assemblée vous appelle à telle fonction dans une équipe ? Bien sûr, je suis le seul Blanc de la zone (ça fait un peu titre de chanson pour Ronan Luce !) et certains y voient sans doute un intérêt, que je ne saisi pas, ou pas encore. Pour d’autres, c’est la question de la confiance, de l’efficacité peut-être aussi. Affaire à suivre, pour un souci d’équilibre de vie.

Soirée cool le 1er janvier : avec quelques jeunes, on a installé le matériel afin de diffuser le film Kévin 2, c'est-à-dire « maman, j’ai encore raté l’avion » ; pendant la diffusion, j’ai laissé les centaines de spectateurs serrés dehors sur les bancs ou debout derrière, et je suis allé boire une bière offerte par Caroline, la jeune maman de Abbé-Michel-Chidaine, né il y a un an. Elle et son mari Félicien ont ouvert une buvette qu’elle tient pendant que lui va au chantier. Je les ai aidés dans l’acquisition d’une petite batterie 7 ampères permettant le fonctionnement de leur radio cassette, indispensable pour attirer le client ! On a parlé de pas mal de choses de la ville et de la vie. Lui, son projet de retourner à Bangui afin de retrouver le chemin du lycée et passer le Bac, qu’il a raté il y a 3 ans déjà. Comment reprendre le rythme après ces années de chantier ? Et avec quel argent vivre au quotidien dans la capitale ? Autant de questions qu’il se pose avec réalisme. Je suis revenu à la maison au moment où le film prenait fin. Et c’est alors qu’on a dégusté la fin du poisson, assis dehors sous les lampes. Le froid a amené chacun à regagner ses foyers, et à 21h, il n’y avait plus personne. 

Samedi 2, j’ai pu dégager 2 heures de temps en matinée ; je me suis isolé dans ma chambre, le casque sur les oreilles diffusant les hymnes de Taizé, afin de travailler mon intervention de la semaine prochaine sur le Credo. La formation des catéchistes du diocèse commence à Bakouma samedi 9 et dure un mois, et c’est moi qui anime les matinées de la première semaine. Il faut que je prépare bien mes interventions, les travaux de groupe, les devoirs. En début d’après-midi, un peu de mécanique, de bricolage dans la voiture, afin de tout mettre en ordre pour le voyage du lendemain. J’ai aussi refusé près de 10 demandes de voyage, y compris à des gens parfois bien malades. Mais impossible de faire autrement. A la nuit tombante, je me suis rendu chez Louise, la maman de Brice ; son mari est décédé le 31 à midi. On a parlé calmement, loin du bruit de ces veillées funèbres qui sentent l’alcool et dégénèrent parfois en insultes et bagarres. Puis j’ai continué mon chemin jusque chez Eugénie ; elle vient de perdre son fils de 5 ans, suite à des soucis de santé que le centre de santé n’a pu résoudre. Même raison de ma visite à cette heure peu habituelle : je n’aime pas l’atmosphère qui règne dans les places mortuaires. Les retraits de deuils, qu’on fasse la fête, OK. Qu’on boive un peu (beaucoup ?!) pourquoi pas. Mais les veillées bruyantes et débridées (à mes yeux) autour du corps du défunt, je ne m’y ferai pas.

Au moment de clore ce chapitre, comment ne pas souhaiter au pays où je vis et à ses habitants, une année de justice, de paix et de réconciliation ? Ces trois piliers proposés par l’Église dans le document final du synode sur l’Afrique, « sonnent » juste. Qui va savoir relever le défi, les défis ? La tache est dure, mais elle est noble aussi !

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 20:29

 

lundi 14 décembre 2009, 10h15

 

            Ouvrir ce nouveau chapitre après 10 jours sans avoir écrit, cela va me demander un petit travail de mémoire ! A commencer par la Fête Nationale. Alors, pour mettre au clair ce qui s’est vécu ces jours-ci, je suis installé dans un fauteuil, calé dans les coussins, sous les arbres de notre jardin privatif. J’ai mis sous le grand chapeau de paille, le casque qui diffuse « les Cramberries » ; c’est lundi, c’est donc repos. Et je m’organise pour être le moins dérangé possible !

La fête Nationale a bien eu lieu, le 6 décembre dernier, à Bakouma ; et ce fut une belle fête ! Arrivés jeudi à midi, Isaac, Ludovic et moi nous sommes donc reposés avant de consacrer du temps à préparer la rencontre des catéchistes. Dimanche matin, 6h, Gaétan m’emmène en moto au village de Fadama, situé à 3 km sur la route de Zacko. Il m’avait proposé de présider la Messe, lui venant simplement comme concélébrant et chauffeur ! Il y a une raison pour laquelle on a pris la moto : ne pas être envahi de passagers qui, à notre retour au centre, auraient fait le siège afin d’en trouver un (siège !) dans la voiture ! Pas de jaloux, tout le monde à pied. 3 km, c’est pas la mer à boire. « Au fait, c’est quoi la mer ? », demandent souvent les enfants d’ici. Après la messe, repos, en attendant le début des festivités. Vers 10h, Isaac ayant terminé de présider la messe de Bakouma, nous nous rendons ensemble sur la place centrale, située entre la mairie et la sous préfecture. Comme on a le temps, Gaëtan m’emmène saluer Monsieur Zingas, le ministre résidant. Outre le fait qu’il est ministre des sports, il est aussi celui qui veille sur le territoire de la préfecture de Bangassou, le Mbomou. Chaque département a en effet un ministre de tutelle qu’on nomme ministre résidant. Il est bien normal que le nôtre participe aux festivités sises à Bakouma et rassemblant des délégations de chacune des sous-préfectures. Gaëtan le connaissant personnellement (il en connait, du monde, je suis impressionné !) il m’a présenté à lui, avant qu’on se rassemble sous le hangar de paille regroupant une centaine de personnes soigneusement triées. Parmi elles, Henri De Dinechin, DG d’AREVA, et son adjointe, ainsi que d’autres responsables du camp AREVA de Bakouma. Après une courte attente, le ministre résidant arrive, accompagné de son homologue chargé de la coopération. Petit bain de foule local pour ces Banguissois. Suivent quelques discours : celui de madame le Maire de Bakouma, prononcé par Constant, le SG de Zacko, puis du sous-préfet, et enfin du ministre Zingas. Court discours, ce qui surprend un peu alors qu’on entre en période de préparation des élections présidentielles, prévue le … / … / 2010 (peut-être… !) Mais c’est ainsi, c’est bref ; et le défilé commence, animé par l’ambianceur qui ne se sépare jamais du micro, rythmé par le clairon et les tambours, et soutenu par les applaudissements de la foule très nombreuse qui s’est massée le long des lignes tracées au sol, délimitant leur zone. Gare à celui qui franchirait la ligne, il en serait quitte pour quelques coups de bâton ou de chicotte !!! Au sol, au centre de l’avenue, tel un stade pour athlètes du 100 mètres, 5 couloirs ont été tracés. Ils vont permettre que tous les groupes soient présentables devant le parterre de personnalités qui sont assises à l’ombre sous le hangar. Et c’est parti, pour près d’1 heure de parade. Oh, rien n’à voir avec les Champs Elysées un 14 juillet, mais nous ne sommes pas à Paris. Et ce défilé fut de qualité. Je n’ai d’ailleurs pas pu rester à ma place ; très rapidement, je me suis calé dans un coin du hangar, en avant, afin de faire les photos. Premier groupe à s’aligner sur … les lignes, les Fox, ces hommes du  service sécurité qui travaillent ici pour AREVA. Tout en chantant un hymne chrétien ponctué d’Alléluias, ils passent devant le hangar d’un pas rapide, les bras et jambes parfaitement coordonnés. Puis suivent une trentaine de fillettes en jupe et chemisier clairs, qui chantent à la gloire des ministres venus au nom du président le Général d’Armée François Bozizé. Elles chantent, dansent aussi, mais tellement longuement que le protocole est obligé d’intervenir afin de leur demander de laisser la place aux suivants. Et ceux qui suivent sont les tout-petits du jardin d’enfants. Gaëtan n’est pas peu fier de voir tous les petits gars et petites filles de l’ECAC en tête des écoles. Ils sont d’ailleurs suivis de leurs ainés étudiants dans la nouvelle école primaire catholique Saint-André. En tenue - c’est le nom qu’on donne à l’uniforme -, les enfants, bien alignés sur les lignes blanches, avancent au pas, tête haute, sous les applaudissements des spectateurs. Viennent ensuite les enfants des écoles publiques de Bakouma, de Zimé, de Fadama, de Gbolo. Eux n’ont pas d’uniforme, mais défilent aussi très bien, faisant la fierté de leurs enseignants qui marchent à leurs côtés. Le clairon continue de raisonner, les tambours aussi, parfois même des chants traditionnels montent de la foule, pendant que continuent de se présenter tout ce Bakouma et la région compte de mouvements, d’associations, de groupements. Les chefs de quartier ; les sous-préfets ; les associations de femmes en tous genres : les femmes veuves, les femmes modèles ( ?!), les femmes faisant des champs en commun, les femmes qui soutiennent l’actuel président, les femmes au foyer défilant avec un torchon et des draps à laver dans la rivière (!) … tant de choses qui montrent à tous que, quand bien même c’est la crise, y en a qui se bougent. Du côté des Eglises, même démonstration : derrière leur panneau les annonçant, ELIM, CEEC, CEBI, Christianisme Prophétique, et autres dénominations protestantes se présentent avec toujours le même souci de rester bien alignés. Les commerçants se présentent à leur tour : le transporteur Abdelaziz, les salariés de l’auberge. La lutte contre le SIDA étant la priorité sanitaire, certains groupes se sont présentés derrière leur panneau déclarant qu’ils font telle ou telle action à ce sujet,  et portant parfois sur la tête des boites de préservatifs. Habillés de blouses blanches ou vertes, les personnels de santé de l’hôpital s’alignent eux aussi. Les partis politiques se présentent eux aussi derrière leurs drapeaux et bannières. Les ministres ne se lèveront qu’au passage de la délégation du KNK, le parti du président ; mais seront-ils derrière lui, avec lui lors des prochaines présidentielles ? Rien n’est sûr. Mais il faut bien qu’ils se lèvent pour KNK, et seulement pour celui-là. Les enfants et jeunes ne sont pas absents du défilé : on trouve le karaté club de Bakouma, les pêcheurs dans les rivières qui se présentent avec leurs nasses, leurs lignes, leurs filets. Côté adultes, la confrérie des menuisiers et scieurs se présente de manière pour le moins originale : debout sur un pousse (ces remorques à bras qui ressemblent tant aux remorques –MICHELIN) diverses réalisations de ces professionnels du bois : chaise, lit, tablette. Et trônant au dessus, un gars en train de scier en deux un chevron, dans le sens de la longueur ! « Applaudissements ! » hurle l’ambianceur dans le micro prêté par la paroisse pour la circonstance. Mêmes rires et applaudissements quand arrivent les membres d’un groupement qui cultivent ensemble : leur pousse est en effet rempli de produits de la terre, et il y a même un papayer au milieu ! Pour clore le défilé, outre un véhicule encombré de supporters de KNK, il y a aussi l’énorme 4X4 Nissan du Safari CAWA, dont le siège est ici, et dont le rayon d’action se situe au Nord-est. Le véhicule rugit tout en se déplaçant tout doucement pendant que les membres du safari hurlent : « Safari Cawa ! Safari Cawa ! »

Peu avant midi, le défilé s’achève. Encore quelques photos, puis chacun regagne sa maison, pendant que les ministres sont accueillis chez le sous-préfet puis vont déjeuner chez AREVA ; c’est d’ailleurs là qu’ils ont aussi été hébergés ; il n’y a en effet dans le coin aucun lieu digne d’accueillir des autorités en visite. Nous nous retrouvons à la paroisse à midi et demie pour le déjeuner, puis on se repose tranquillement avant d’aller assister aux matchs de foot : le premier est un affrontement de deux équipes féminines de Bakouma ; le second m’intéresse d’avantage : c’est la sélection des meilleurs joueurs de Bakouma contre celle de Zacko ! Et devinez qui a gagné ? Et bien c’est Zacko ! 1 à 0. Un beau match, au cours duquel la formation de Bakouma n’a pas démérité. Mais Zacko était plus fort, c’est incontestable. Sans doute déçus de n’avoir pas remporté la coupe, pas de félicitations officielles aux joueurs gagnant cette compétition. Les autorités se dispersent, les gagnants restent là, heureux de cette victoire. Ils regagneront Zacko, où ils seront félicités comme il se doit !

La soirée fut un peu ratée, disons le simplement ; conviés à 19h par billet d’invitation, à la résidence du sous-préfet, Gaétan et moi y arrivons à 19h15 ; bon, on est les premiers. Ah, l’heure africaine ! On tourne un peu, puis on repart chercher les CD qui permettront à l’ambianceur de faire un peu d’animation. Les ministres nous rejoignent vers 20h30 ; comme nous, ils vont patienter, on ne sait pas bien pourquoi. Le repas ne leur est servi, et seulement à eux, à plus de 21h. Gaétan perd patience, il rentre vers 22h ; quant à moi, c’est vers 22h20 que je peux enfin m’approcher du buffet. Il fait un peu frais sous les arbres de la résidence. L’impatience, l’agacement de nombre de convives se fait sentir et pèse sur l’ambiance. Il y a un moment de détente quand le comité officiel Miss Mbomou a voulu nous faire suivre l’élection de ladite miss. 9 jeunes filles étaient présentées par les organisatrices. Venues de Bangassou ou originaires de Bakouma, elles ont traversé l’espace en feignant un déhanché (minââble) jusqu’à la table d’honneur où étaient assis les ministres et autres personnalités. Puis retour sur le banc trop petit pour les contenir toutes, pendant que l’ambianceur redisait pour la 3è ou 4è fois le poids, la taille, les mensurations de la candidate. La musique sensée les accompagner et faciliter quelques pas de danse n’arrivait pas à temps, la progression vers la table de ces filles âgées de 18 à 25 ans (d’après l’ambianceur) n’était vraiment pas évidente. Bon, ça a fait passer le temps. Mais c’était minââble. A la fin de ce défilé, on a été informé que Miss Mbomou était une certaine Raïssa. Et on nous a redit ses mensurations ; mais les critères de sélection, on ne nous les a pas fait savoir.

Si le repas était long à venir, les discussions avec les voisins de table étaient simples et sympas, ce qui est déjà une bonne chose !

A 23h, je suis rentré à la maison afin d’aller dormir.

 

Lundi matin, top départ avec les mêmes passagers qu’à l’aller, à savoir les chefs de quartier et de village soigneusement sélectionnés par Alain, le Maire de Zacko, ainsi qu’Isaac et Ludovic, évidemment. On est rentré sans souci à la maison pour midi. Isaac a beaucoup circulé en moto ces jours-ci : 2 jours dans le secteur de Bamara, puis 3 dans le coin de Kpangou. Il n’est pas encore rentré de cette seconde tournée. Pour moi, cette semaine à Zacko fut assez calme, entre diverses rencontres et réunions, et les préparatifs de Noël. J’ai réalisé le plan architecte de l’école de Kono, afin de l’envoyer par mail à Aubin et Ferrier, les architectes avec qui je vais sans doute travailler. J’ai reçu les maitres parents afin de leur verser leur cadeau d’AREVA, doublant la rémunération versée par l’APE ; j’ai envoyé par des personnes sûres le cadeau de ceux de Bamara, ceux de Kono ayant reçu le leur à mon passage. J’ai consacré du temps à préparer la matinée de réflexion sur le temps de l’Avent, qui s’est tenue samedi matin 12 à l’église, en présence de près de 80 personnes. Regard sur les grands personnages du temps de l’Avent, parallèles entre la venue de Jean-Baptiste et celle de Jésus, sans oublier les temps de questions de l’assemblée ! Fin de matinée avec l’exposition du Saint-Sacrement et longue prière universelle spontanée.

13h30. Reprise après le déjeuner en tête à tête avec Ludovic ; Isaac vient de l’appeler pour lui dire qu’il a eu un léger accident à moto, en rentrant de Mbago ; enfoncé dans la boue consécutive au passage de troupeaux de vaches, il s’est fait mal au pied en voulant dégager l’AG 100 qui, elle, n’a pas souffert. Il est entre de bonnes mains puisqu’il est arrivé à la paroisse St André ; j’en saurai plus ce soir quand j’aurai eu Gaétan au téléphone ; pour le moment, il ne répond pas … c’est l’heure de la sieste ! Aujourd’hui, je ne la fais pas, ayant passé 12 heures dans mon lit cette nuit et ce matin. Oui, une vraie grasse-mat’ comme y a longtemps que je n’en avais eu ! Ayant émergé à 9h30, et bien décidé à croiser le moins de gens possible, parce qu’il est bon d’avoir du temps pour soi. Et à propos de téléphone, force est de constater que j’ai un tout petit peu moins de temps en fin de journée et début de soirée, notamment à consacrer au carnet de bord. En effet, que ce soit moi qui appelle ou moi qu’on    appelle, je suis assez souvent en ligne. Mais je ne regrette rien ; c’est quand même bon d’avoir des nouvelles plus régulièrement qu’auparavant. Partager peines, souffrances, joies et espérances des proches est indispensable. Loin des yeux près du cœur, c’est toujours vrai, et le téléphone facilite grandement cette proximité.

Retour rapide sur cette semaine qui m’a amené à aller me baigner à trois reprises dans les grandes étendues d’eau des chantiers de diamant. Le travail n’a pas repris, puisqu’il y encore trop d’eau. Que de fou-rires avec les enfants et les jeunes ! Je fus notamment témoin d’un match de foot mémorable entre certains enfants ayant transformé une surface plane de boue séchée en patinoire : régulièrement arrosée par certains d’entre eux, ils se sont démenés autour du petit ballon noir, qui a rapidement la couleur ocre de la boue, tout comme les joueurs qui se jetaient à l’eau régulièrement afin de retrouver un instant une couleur de peau plus naturelle, avant de patiner à nouveau sur leur patinoire. Certains s’exclamaient : « Génial ! C’est comme dans le film de Kévin ! » (Comprenez : comme dans « Maman j’ai encore raté l’avion » où l’on voit les New-Yorkais patiner sur les étendues gelées des parcs de la ville.) Ils se sont ainsi amusé pendant près de 2 heures pendant que j’étais occupé à nager et à apprendre la même chose aux volontaires. Y en a qui font de sacrés progrès !

Autre activité, la présidence d’ASKANGBA. Les réunions se sont enchainées à un rythme accéléré afin de mettre sur pied la fête qui a eu lieu samedi. Tout a commencé par le match de foot opposant les équipes A et B de l’association ; il a fallu donner un nom à chacune, et comme souvent ici, l’une s’est appelé Barcelone, l’autre Real-Madrid ; je jouais dans celle de Real, et comme dans le vrai championnat Espagnol, c’est Barça qui a gagné. 1 à 0. On s’est pourtant bien défendu, j’ai même fait deux passes décisives, mais les avants, mal coordonnés, ont chaque fois échoué. Aucune importance, on s’est bien marré, et pendant tout ce temps, l’animateur, l’ambianceur, n’a pas interrompu une minute les commentaires diffusés dans tout le quartier grâce à ma sono portable de JFM. Et la fête a continué jusque tard dans la soirée chez le vice président Gervais. Repas, pour lequel chacun avait cotisé, et film, avec la diffusion de courts films de Côte d’Ivoire racontant non sans humour des scènes du quotidien avec le comédien Gohou, et d’autres. Mais la fatigue consécutive au match a amené les joueurs à regagner leurs maisons avant 22h.

Hier dimanche, départ pour Bamara avec Ludovic et toute une bande de gars et de filles Aïta-Kwe, qui ont chanté pendant tout le trajet. Quelle ambiance ! Ludo est descendu avec une partie de ses troupes à Yanguhoda, afin de présider à la célébration du dimanche, pendant que je poursuivais pour Bamara. On est arrivé pile à l’heure, c'est-à-dire 8h30 ; les gens commençaient à se demander où on était passé. Au moment de quitter Zacko, je m’aperçois que la roue avant gauche est un peu à plat ; je commence donc par mettre le cric sous la voiture afin de d’ajouter de l’air. Il faut préciser que si on ne soulève pas la voiture préalablement, l’air ne rentre pas bien, voire pas du tout, compte tenue du poids du véhicule. Donc, le cric levant le 4X4, je commence à pomper, relayé ensuite par Archina, un des servants. Et au moment de retirer le gonfleur, la valve libère tout l’air de la chambre ! Tout est à recommencer. Je préfère changer la roue, et on met la roue de secours à la place, laissant sur place la roue qui continue de se dégonfler, et priant le ciel qu’on n’ait pas de crevaison pendant notre aller et retour.et nous fumes exaucés. A notre retour, j’ai constaté que la valve était morte. Rien ne se perd, j’ai pris la valve d’une vieille chambre à air du VTT, et l’ai vissé à la place de celle qui était défectueuse. Et hop, le tour est joué ! On a remis cette roue en place après avoir pompé avec succès, et rangé la roue de secours d’où elle était sorite le matin même. Entre temps à Bamara, belle messe dans une église vraiment trop petite pour le nombre croissant de paroissiens. J’ai prêché en lien avec l’Evangile dans lequel Jean-Baptiste donne des conseils très concrets pour se convertir ; j’ai pris des exemples de la vie de tous les jours ici, revenant sur les brutalités commises parfois par les soldats, et que dénonçaient déjà le Prophète (rien de nouveau de ce côté-là sous le soleil !) ; mais j’ai aussi donné comme exemple celui des femmes qui bombent le fond de leur cuvette afin de diminuer la quantité de riz ou de manioc vendu au client pour le même prix, ou encore deux qui râpent les pièces de 100 francs (le pourtour est identique aux pièces de 10, 20 et 50 centimes d’euros) afin de grossir la quantité d’or dans la balance. Bien entendu, les gens ont beaucoup ri, et, j’espère, réfléchi aussi. Avant la fin de la célébration, j’ai béni les nouveaux responsables de la chorale locale ainsi que ceux du groupe de Légion de Marie. Après la messe, divers échanges avec le chef de village, les maitres de l’école, le président de la communauté catholique, tout cela pendant que Mahamat et Archina vendaient chapelets, croix, livres de prière et Nouveau Testament. Déjeuner sous le hangar du catéchiste Augustin qui, tout comme d’autres couples, souhaite préparer son mariage. On va mettre en route une vraie préparation, avec des rendez-vous, des temps de réflexion, afin d’accompagner au mieux ces couples qui désirent le sacrement et qui sont ensemble depuis des années ; mais c’est très souvent le problème de la dote que le mari doit verser à la famille de la femme, qui freine la réalisation de leur désir. Pas de dote, pas de mariage, que ce soit coutumier, civil ou religieux. En attendant, on peut vivre ensemble, construire une maison, faire des enfants … mais il faut payer la dote fixée par les anciens de la famille de madame. Ça explique que nos agendas ne sont pas surchargés par ces demandes : il y a en effet beaucoup, vraiment beaucoup de couples de catholiques ou de catholiques en couples, mais vraiment très peu de couples catholiques, donc mariés à l’église. Et comme l’espérance de vie est plutôt faible (en moyenne 45 ans à peine) beaucoup n’ont pas le temps de se marier. Ça peut faire sourire, mais c’est une réalité à ne pas négliger. En tout cas, c’est une joie de mettre en place une équipe de candidats, dans ce gros village où seulement un couple est marié à l’Eglise Catholique !

 

Demain, je me rends à Bangassou, prenant au passage Isaac qui m’attend donc à Bakouma.

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 09:18

CARNET DE BORD, chapitre 24

 

 

Mercredi 18 novembre

 

Assis à mon bureau de Bakouma, j’ouvre ce 24è chapitre. On sent qu’on entre en saison sèche : il fait frais la nuit et au petit matin, puis vers 10h, ça commence à chauffer ! J’ai quitté Bangassou hier mardi 17 novembre vers 14h. À mon bord, plusieurs personnes : le CB de Zacko, qui rentre de Bangui où il s’était rendu afin d’ouvrir un compte bancaire, démarche obligatoire pour tous les fonctionnaires. Ghislain, qui regagne Zacko afin de reprendre le travail d’entretien des routes. Thierry, un nouveau maitre de l’école de Zacko, contractuel. Michel, le fils de Roger et Angèle, qui était chez sa grand-mère depuis un an. Joséphine, une femme atteinte de la lèpre, et que j’avais amenée à Bangondé il y a un an, afin d’enrayer l’extension de la maladie. Voilà ce qu’il en est des passagers. Pour les bagages, ça c’est une autre affaire : il y a les sacs et valises de passagers, et ça c’est déjà du volume ! Des bidons de toutes tailles pour un total de 100 litres de pétrole, 60 litres d’huile de palme en trois bidons pour diverses personnes, un carton de savons appartenant à Paul, la caisse de livres d’un autre nouvel enseignant de Zacko, les cartons contenant les achats pour notre communauté de Zacko. En route, nous faisons halte à Zidron, chez Benjamin, et chargeons 5 gros sacs de manioc (= 15 cuvettes) destinés à nourrir les conférenciers réunis à Kpangou à partir de dimanche. A Banabongo, nouvelle halte afin de prendre un petit sac de café en grain fraichement récoltés. Au long du trajet, le CB et moi parlons de beaucoup de choses, notamment des problèmes de l’Est avec les Tongo-tongo. On aborde aussi la crise qui frappe l’église centrafricaine. Ces échanges sont simples et francs, et je reste attentif à l’état de la piste, slalomant par endroit entre les trous, les fossés, les cailloux. On parcourt les 150 km en 3h45, le temps normal en cette période de l’année. A notre arrivée, je rencontre les responsables d’AREVA venus saluer l’abbé Gaétan. Je demande si l’invitation à diner formulée par Eric tient toujours, et comme la réponse est positive, je dépose les passagers en divers lieux de la ville puis revient prendre une douche avant d’emprunter la voiture de Gaétan (vide, elle !) J’ai passé une excellente soirée, que ce soit autour du barbecue ou au bar du camp, discutant avec les uns et les autres jusqu’à plus de 22h30. Les tongo tongo, c’est une des raisons de la visite du chargé des personnels et du patrimoine d’AREVA ; on en a beaucoup parlé en première partie de soirée, évoquant aussi avec d’autres responsables de sécurité les enjeux politiques internationaux qui se cachent derrière tout ce qui se trame dans notre région aujourd’hui.

Ces jours-ci à Bangassou furent occupés, mais pas surchargés. J’ai eu, à plusieurs reprises, l’occasion de rencontrer les jeunes de la maison de Zacko, que ce soit chez eux, au collège, ou lors du dimanche qu’on a passé ensemble à Gbando. J’ai d’ailleurs consacré du temps à cette chapelle, vu que le projet de fresque mural voit le jour ; mes parents avaient participé financièrement à sa construction, ils s’engagent à financer la peinture que va réaliser Maitre Anzica, un artiste de Bangassou qui a déjà peint des scènes d’Evangile dans la cathédrale et de nombreuses chapelles du diocèse. Lors d’un rendez-vous à Bangassou, on a réfléchi à ce qui pouvait être représenté, dans cette chapelle qui porte le nom de St Joseph. Plusieurs scènes entoureront Joseph charpentier de Nazareth trônant au centre du mur du chœur. Lundi en fin de journée, je suis allé chez lui pour qu’on voie ensemble les aspects techniques et financiers. Il doit se mettre à l’ouvrage dimanche prochain.

 

Mercredi 25 novembre, 17h40

 

Enfin un peu de calme ! Depuis mon arrivée à la maison, j’ai eu vraiment du mal à me poser, à me pauser ! Ce soir, ça devrait aller ! À cette heure, en ce début de saison sèche, il fait nuit depuis déjà plus de 20 minutes. Les gens se préparent à affronter la fraicheur puis le froid de la nuit. C’est maintenant qu’on voit apparaitre les bonnets, les écharpes, les gros pulls, les blousons. Eh oui, on ne rit pas, c’est comme ça ici, en cette zone de moyenne montagne, comme on dirait en Auvergne. Bon, les pistes de ski les plus proches sont au Lesotho, c’est tout de même pas la porte à côté, même si c’est un des 54 états du continent africain (au fait, vous savez le situer sur la carte, le Lesotho ?!) Donc, on est entré dans la saison sèche ; le château collecteur des eaux de pluie est désespérément vide ; le niveau des rivières et ruisseaux diminue lentement ; les marécages, ces fameux pièges à autos et camions, disparaissent progressivement. Et puis, en milieu de journée, il fait chaud, vraiment. Les gens vont aux champs récolter le riz dont les tiges brunissent. La récolte s’annonce bonne, contrairement aux arachides qui ont cruellement manqué d’eau au bon moment, c'est-à-dire en juin.

Notre arrivée à Zacko mercredi dernier s’est effectuée dans la nuit, il était en effet plus de 18h quand nous avons garé la voiture dans la concession. Mais dès que nous avons sorti tous les bagages, il m’a fallu accompagner, en voiture, Joséphine ; à la place des pieds et des mains, elle n’a plus que des moignons, il lui est impossible de se déplacer longuement, encore moins de transporter ses sacs. C’est donc au bord du quartier « Laisse-Couler » que je me suis garé, et ai fait appeler sa famille afin que les gens la prenne en charge. Retour à la maison en passant par le marché, où j’ai acheté du pain et des sardines. On n’a pas de cuisinier, puisque Rock est en congés.

Dès le lendemain, je me suis mis en quête d’une cuisinière. Beaucoup de femmes avaient décliné l’offre avant notre voyage pour Bangassou, ayant à faire le travail des champs. C’est alors qu’Angèle est venue me remercier pour lui avoir ramené Michel. Je me suis dit que c’était un signe. Elle a tout de suite accepté, et s’est mise à l’ouvrage. Depuis ce jour, on mange bien ; quelques servants assurent à tour de rôle, et moyennant rémunération, le service vaisselle – rangement. Richard, le sentinelle, a assuré la surveillance de jour et de nuit. Bref, de ce côté-là, plus de souci. La fin de semaine fut chargée ; Isaac, Ludovic et moi avons fait une bonne réunion de communauté vendredi matin, afin de planifier les différents évènements jusqu’au Nouvel An. Messes, formations, visites de chapelles, et aussi prière pour la paix en communion avec les diocésains de l’Est, prière à l’occasion de l’année sacerdotale ouverte par le Pape Benoit XVI. On a bien travaillé, il nous reste à réaliser ! Côté bricolage, des enfants m’ont aidé jeudi à étaler les nattes dans le plafond de la maison. Les nouvelles vont vite et loin : deux gars de Mingala (c’est à environ 300 km d’ici !) sont venus avec leurs vélos chargés de nattes : 36 au total. Le prix habituel est de 1000 francs. J’ai pu marchander, et diminuer le prix de 100 par natte. S’ils étaient de Zacko, je ne l’aurais pas fait. Soutien à la vie locale oblige ! Ce jour là, j’ai dû acheter près de 50 nattes !

Parmi les petites joies de ces jours, il y a le bonheur d’Archina découvrant le colis envoyé par maman, et contenant des vêtements, un cahier, un Bic, … Vraiment il était heureux de recevoir ce sac, pour lui, suite à la lettre qu’il avait écrite. Autre joie, la naissance d’une fille chez Michel et Agnès, les parents d’Armando, Aristide, Gladys, et … les autres (j’ai oublié les prénoms des petits frères). Voir Armando cajoler sa petite sœur m’a vraiment ému.

Samedi matin, à l’école, rencontre avec les enseignants et les APE. Au programme, signature du nouveau contrat avec les agents-parents ; c’est entre eux et moi que c’est établi afin qu’ils perçoivent leur cadeau mensuel ; ils se doivent de respecter les modalités du contrat, sinon, hop !,  plus de cadeau ! Présentation des deux nouveaux enseignants fraichement formés par le PNUD ; lecture et discussion sur le règlement intérieur de l’école, commun à toutes les écoles de RCA. Deux sujets majeurs ont retenu notre attention : l’article 6 concernant la propreté des enfants (corps et vêtements) et l’article 16 concernant l’interdiction des châtiments corporels infligés par les enseignants ; c’est strictement interdit. Mais à partir de combien de coups de fouets cela devient-il un châtiment corporel ? Je reste très circonspect quant à l’utilisation de cette méthode pour faire rentrer dans ces jeunes cerveaux les subtilités de la langue française. Non, vraiment je ne me ferai jamais à ces méthodes. On a fini la réunion avec le sujet de l’acheminement des produits PAM.

Dimanche matin, départ pour Kpangou ; la Conférence Rencontre Inter-paroissiale Annuelle commence à 15h ! J’ai embarqué pas mal d’affaires dans mon grand panier accroché au porte-bagages du VTT, et suis arrivé à Kono pour 8h30, l’heure de la messe ; surprise heureuse de retrouver, outre la communauté locale, des gens de Zacko, de Yanguhoda, de Bamara, et aussi de Fadama et Zima, 2 villages situés aux portes de Bakouma. Tous ces gens de passage prennent avec moi la direction de Kpangou. Après la messe, notre étrange convoi s’ébranle lentement. Les uns à pied, les autres à vélo, on s’engage sur cette piste qui ne tarde pas à nous offrir ses mauvaises surprises : à moins de 3km de Kono, on patauge encore et toujours avec de l’eau jusqu’au-delà des genoux. Puis la montagne de Ngoumbélé est encore bien glissante. Pour le reste, patiemment, petit à petit, pas après pas, on avance. Je pédale vite, si bien que je passe de groupes en groupes, les saluant et les doublant en chantant. J’arrive ainsi peu avant 15h à destination. La nouvelle maison des prêtres est bâtie à côté de l’église, avec une belle paillotte en face. Super ! Il y a même les toilettes privées, un espace clos d’herbes sèches sommairement tressées, et qui enferment le fameux trou … Au fur et à mesure que le soleil décline, les participants arrivent eux aussi à l’église. Ceux de Bakouma et Lengo (PK 10 de Bakouma vers l’Est) ont emprunté la piste qui passe par Mbago, et nous rejoignent en dansant et en chantant. Ils viennent pourtant de parcourir à pied 48 km !!! Et il en est de même pour tous les participants ; vélo ou pieds permettent de rallier Kpangou. Depuis Zabé, ça fait près de 120 km, depuis Yanguchi, 52 km. La centaine de participants est accueillie par la communauté locale ; mais c’est tout le village qui s’est mobilisé, au-delà de la communauté catholique, pour que chacun trouve un toit et de l’eau pour se laver. La population double à Kpangou pendant cette semaine de rencontre ! Le petit village de chantiers et de cultures, caché dans la forêt, va vibrer au son des instruments des choristes de Zacko, tout ceci ayant été acheminé sur les têtes ou les porte-bagages : les batteries 12 volts, les guitares électriques cadeau d’Agir avec Zacko, le synthétiseur, l’ampli, le baffle, les câbles. Rien n’a été oublié, afin que l’animation ait lieu « à tout moment », selon l’expression consacrée ! Je suis admiratif (comment ne pas l’être !) devant la volonté de ces jeunes, de ces adultes hommes et femmes parfois âgés de plus de 50 ans (ce qui est beaucoup ici) parcourir tant de kilomètres, envoyés par leurs communautés, et venir à la rencontre des autres, à la rencontre de Dieu. Quelle énergie, quelle foi ! Les journées sont bien remplies, au rythme des levers et couchers de soleil. Dès 6h, messe, suivi du café / citronnelle. Puis animation, ouverture des pistes de réflexion, carrefour, pause soupe de potiron-bananes plantains à 10h, puis compte rendu et débat jusqu’au déjeuner, servi vers 12h30. Dès 14h30, retour à l’église jusqu’à 16h pour la suite du débat. Après, et bien il est grand temps de descendre à la rivière avant la nuit, afin de se détendre et se laver. On se couche tôt, pour être en forme le lendemain ! Le rythme proposé aux participants me laissant du temps, j’ai profité de la matinée de lundi pour travailler personnellement sur le temps de l’Avent. À 13h45, quelle ne fut pas notre surprise de voir arriver les 2 prêtres de Bakouma. Gaétan et Max, ayant laissé leur voiture à Kono, ont parcouru les 15 km à pied. Et Gaétan, bien fatigué, de demander partout en arrivant : « ça fait vraiment que 15 km, Kono – Kpangou ?!! » L’équipe d’organisation s’est empressée de trouver deux lits au calme pour les loger, ainsi que deux seaux d’eau bien chaude, et de quoi se restaurer. On a passé tout les trois la fin de journée sous la paillotte puis au clair de lune, devisant sur tout un tas de trucs.

Je les ai quitté le lendemain mardi à 8h30, et suis arrivé à Kono environ 1h10 plus tard ; là, café – beignets rencontres diverses, notamment au sujet de l’école ; le projet de construction pourrait voir le jour rapidement, notamment parce qu’il y a aussi une forte demande du côté des tout-petits 3-5 ans : on en a listé 70 !!! Si on les ajoute aux 130 élèves du primaire, ça fait du monde ! Mon arrivée à Zacko a coïncidé avec la sortie des classes ; nombre d’enfants ont scandé « abbé Michel ! » tout en dansant autour du VTT. Après le déjeuner, Isaac a pris à son tour la direction de Kpangou, en moto. Il n’était pas très rassuré d’avoir à affronter cette piste qu’il ne connait pas, et qui peut réserver des surprises. A l’heure qu’il est ce soir, n’ayant pas eu de nouvelle, je suppose qu’il est bien arrivé ! En fin d’après midi, je voulais saleur le nouveau sous-préfet, venu chez nous pour une visite de trois jours. Je lui avais rendu visite chez lui lors de mon dernier passage à Bakouma, et souhaitais le saluer avant qu’il ne regagne la sous-préfecture. Je l’ai retrouvé chez le CB, en compagnie de madame le Maire de Bakouma, Alain le Maire d’ici, et deux autres invités. On a discuté un moment en regardant les lumières rougeoyantes du soleil couchant. Je lui ai proposé de venir prendre le petit déjeuner le lendemain, ce qu’il a tout de suite accepté. Et donc ce matin mercredi après la messe, il est arrivé avec le Maire ; on a visité le bloc opératoire, puis partagé le café et autres viennoiseries locales avant qu’il n’aille à la rencontre de la population. Et moi, et bien je me suis offert (ou plutôt j’ai offert !!!) deux voyages gratuits, deux allers-retours Zacko – Damba, afin d’acheminer au plus vite les sacs de semoule PAM de l’école, restés à Damba depuis le retour du chauffeur sur Bambari. De 73 sacs déposés et contrôlés chez le chef du village, il n’en reste plus que 66. Le gars s’est embrouillé dans des explications fantasques et contradictoires. Le président de l’APE Charles et le pasteur Gauthier, chargé de la gestion des stocks, ont promis que ça ne resterait pas sans suite. J’espère, et j’en doute. Parce que tous ou presque tous sont toujours plus ou moins mouillés dans des trucs de détournement de fond, de matériel, … alors, on tait souvent ces malversations, et tout le monde s’en porte mieux. Tout le monde, sauf le pays, et les nouvelles générations, qui grandissent à l’exemple de leurs parents et éducateurs. A 16h, j’ai pris mon vélo pour me rendre à fungu, afin de me reposer dans l’eau chaude et bienfaisante !

 

         Mercredi 2 décembre 2009, 18h

 

         Ce 24è chapitre est abonné aux mercredis ! Le hasard, au milieu des préoccupations et occupations quotidiennes.

La grande nouvelle, grande nouveauté pour les habitants de Zacko, c’est la mise en route de l’émetteur relais de téléphonie mobile TELECEL !!! Fini et bien fini, l’isolement permanent, les courriers incertains entre Bakouma et Zacko, les soirées chez les propriétaires de téléphones satellitaires afin d’avoir des nouvelles de France, ou les courses à pied dans la ville pour arriver à l’heure au rendez-vous CB Radio avec Bangassou. « On est devenu une ville ! »  disent les gens ; « on n’est plus perdus dans la brousse ! » téléphonent les autres à leurs familles et amis ! Depuis jeudi matin 26 novembre, les téléphones, les cartes de recharge, et même (déjà !) les gadgets annexes envahissent le marché et les commerces de la ville. Bon, tout cela a un cout, c’est vrai. Le prix de vente d’un téléphone mobile ici : 5000 Francs. Avec du crédit déjà en place. 5000 francs, ça équivaut à 7€50 ; c’est pas très cher, ça ne fait qu’un demi-gramme d’or. Mais ce n’est pas à la portée immédiate de la bourse de beaucoup de gens. Le risque est grand que certains s’endettent encore davantage. Mais il faut aussi reconnaitre que ça va grandement faciliter le travail, grâce à des relations immédiates avec Bangui, avec le Monde ! Moi, j’avoue que ça m’a rendu tout fébrile quand j’ai pu appeler l’Auvergne depuis Zacko ! Je ne fais pas encore vraiment au fait de me déplacer avec le portable en poche. Ça n saurait tarder ! Et ça sonne déjà pendant la messe … il y a tout un travail d’éducation à faire auprès de nos paroissiens. Justement le téléphone vient de sonner, c’est le maire de Zacko ; je viens de lui apprendre que la fête du premier décembre, prévue le … 5, est repoussée au 6 décembre ! Je l’ai su grâce à Gaétan qui vient de me le dire … au téléphone. Le maire Alain s’est empressé de vérifier l’info, qui s’est avérée juste. (ça va plus vite que les lettres remises aux trafiquants. On ne change néanmoins pas notre programme, on part demain jeudi.

Depuis mercredi dernier, d’autres évènements ont marqué le quotidien de la région, en particulier la rencontre des délégués des chapelles, réunis à Kpangou. Ce qui est étonnant, c’est le nombre de gens qui, me voyant ces jours-ci, me disaient pour les uns : « c’est donc fini, votre rencontre ? » « Non, j’y retourne vendredi » répondais-je ; et mes interlocuteurs de demander des nouvelles de ce qui se vit là bas, et cela quelque soit leur religion, leur lieu de vie. C’est quand même marrant de voir l’intérêt qu’on porte à ce que vivent d’autres Eglises. J’aime bien ce mode de relation qui amène à s’intéresser à ce que vivent les autres en matière de foi, de religion, d’Eglise.

 

         Vendredi 4 décembre, 17h30

 

         Je reviens de chez AREVA, où j’ai pu me connecter à Internet et ainsi lire certains d’entre vous, et commencer à vous écrire ; j’ai aussi mis en place l’imprimante auparavant utilisée sur le PC HP. C’est l’occasion de retrouver Kamel, le nouveau chef de camp, de discuter PC et autre avec Olivier, de boire un coca au bar du camp et de rencontrer d’autres salariés vivant ici. C’est un peu l’effervescence, vu que les ministres, et leurs suites, vont loger au camp pendant 48h, le temps que se déroulent les festivités de la fête nationale. J’y reviendrai plus loin. Zut, j’ai (déjà !) oublié l’heure de la messe des communautés, réunissant les sœurs franciscaines et les abbés : 18h ; et en plus, c’est moi qui préside, je ne peux donc pas arriver en retard !

 

         Samedi 5 décembre, 7h15

 

         Ça fait 2 heures déjà que je suis réveillé ; après l’office du matin, on enchaine avec la messe que Gaétan m’a demandé de présider ; puis vient le petit déjeuner. Et ce matin, nous avons dégusté des viennoiseries ! Des vraies, pas de pâles copies à base de manioc, non ! Des vraies, offertes la veille par Kamel. Un bon croissant, un pain au chocolat, c’est quasi irréel à Bakouma ! Et qu’est ce que c’est bon !

         Vendredi 27, j’ai donc repris la direction de Kpangou, afin de passer les derniers jours de session avec les quelques 140 participants. Après 2h15, je suis arrivé là, alors que l’abbé Isaac était en train de boucler son sac à dos afin de regagner le centre. On s’est retrouvé pour discuter autour d’un café accompagné de patates douces. Il était bien content des 3 jours qu’il venait de passer avec les conférenciers, comme ils s’appellent ici (en français dans le texte … sango.) J’ai donc pris le relais, mettant aussi mes pas dans ceux de Gaëtan et Max qui, arrivés lundi, sont repartis jeudi pour Bakouma. J’ai d’ailleurs appris à Kono que leur 4X4 s’est enfoncé à Damba, au niveau du tronçon que j’appréhende en cette saison, et qui m’avait laissé de si mauvais souvenirs. 4 heures dans la boue, sans rien pouvoir faire d’efficace. Leur salut est venu du 4X4 de Telecel qui regagnait lui aussi Bakouma et qui, après avoir évité le danger, a pu les tirer d’affaire.  La conférence de Kpangou, c’est vraiment un grand moment de rencontre, d’amitié, de réflexion, de débat. J’ai eu beaucoup de plaisir à conclure avec les participants cette riche semaine. Vendredi et samedi, j’ai eu du temps pour rencontrer en tête à tête un certain nombre de participants. Moment d’échange, de confession parfois, toujours fort. Au cours de la messe de clôture, j’ai célébré les baptêmes de 2 bébés, dont celui de Wenceslas, le deuxième enfant du catéchiste Nestor et de sa femme Clarisse. Ce fut une belle célébration, au cours de laquelle, entrant dans le temps de l’Avent, je n’ai pu m’empêcher de prêcher, la roue (avant !) de mon VTT à la main. Reprenant à mon compte une homélie de Grégoire de Nysse (écrivain des premiers siècles), j’ai expliqué que la relation de l’homme avec Dieu est comparable à cette roue. Notre terre, c’est la jante, le pneu, la chambre à air. Notre vie ressemble à cette roue, parfois forte et belle, parfois fragilisée par les évènements douloureux. Ainsi le pneu peut prendre des chocs, la chambre à air s’abimer. Mais l’air dans la chambre, c’est l’Esprit-Saint ; c’est lui qui donne respiration à notre vie. Le centre de la roue, c’est Dieu, autour de lui tout tourne. Et les rayons sont autant de chemins empruntés par l’Homme pour aller à Dieu. Et de même pour les rayons, plus on se rapproche de Dieu, plus on se rapproche des autres, on les croise même, eux qui vont aussi vers Dieu, sur leur propre chemin. Je crois que l’image leur a vraiment plu. Après la communion, la remise d’un bouquet de fleurs en tissu m’a ému. A travers moi, ce sont les prêtres des deux paroisses qui ont été remerciés. J’ai à mon tour longuement remercié l’équipe de coordination ; ils ont fait un bon travail, à tout point de vue, que ce soit pour l’accueil, les repas, l’enseignement, l’animation. Après le déjeuner, j’ai quitté Kpangou ; il était 14h30 ; au long du trajet, j’ai doublé ceux qui étaient à pied, et même ceux qui étaient à vélo. A chaque fois, salutations, rires, complicité. Arrêt coup de main auprès de Daniel, le vice-président de Zacko, qui était en train de pousser son vélo, n’ayant aucun outil pour réparer la crevaison. C’est un peu comme dans l’évangile de Saint-Matthieu, au chapitre 25, avec la parabole des vierges folles ! Je suis arrivé à la nuit tombante à Zacko, heureux de ce que j’ai partagé avec les délégués des communautés.

        

         Début de semaine assez intense, compte tenu du projet de fin de semaine à Bakouma. Lundi, matinée au Conseil Général, qui réunit les responsables des mouvements et fraternités de la paroisse. Bonne réunion avec les acteurs de la vie paroissiale, achevée par le partage du repas. Après-midi consacrée à ASKANGBA, afin de préparer notre fête nationale, qui aura lieu le … 12 décembre.

Mardi, c’est le vrai jour, la vraie date de la fête nationale. Mais rien n’est prévu à Zacko, et il en est de même dans nombre de villes du pays ; chacun en effet choisit sa date de célébration. Un peu bizarre, comme habitude, mais c’est ainsi, on prend acte. En matinée, j’ai proposé un tournoi de baseball, de raquette comme disent les enfants. On s’est bien amusé ! Puis ils sont partis constituer leurs équipes pour le tournoi de foot de l’après-midi. Ils étaient super motivés. Dès 14h les premiers arrivaient, liste en main, afin de présenter leur équipe ; certains avaient trouvé un arbitre, et on s’est dirigé avec les trois jeux de maillots (un bleu, un blanc, un rouge !) vers le terrain de foot du centre ville. J’ai apporté la sono afin de mettre de l’animation autour du stade, et inviter les gens à venir voir jouer les « petits ». On a commencé dans la joie et la bonne humeur ; ce fut du beau ballon. Mais on n’a pas pu terminer là ce qui était prévu, ayant été chassés par la sélection des meilleurs joueurs de Zacko, qui doivent affronter ceux de Bakouma dimanche. J’étais « vénère », comme on dit. Agacé et déçu par cet envahissement imprévu, alors que les enfants avaient fait des affiches afin d’inviter à voir leur tournoi. Et aucun membre de la sous-ligue de foot n’est venu me voir pour en causer. On a plié bagage, et terminé notre tournoi sur le petit terrain de l’école. Puis j’ai partagé le jus d’orange gardé au frais depuis le matin, et on a fini la journée de fête devant Spiderman 3. J’étais content de réunir tous ces enfants et jeunes, et de voir des adultes les accompagner. Parmi eux, ceux qui faisaient les commentaires des matchs en direct grâce à la sono étaient dignes des Canal + et autres chaines de TV !

 

Mercredi 2 au matin, réunion de communauté. Ludo, Isaac et moi nous retrouvons au frais sous les grands arbres de notre jardin, à l’abri des visiteurs qui se succèdent chaque jour à la maison. Nous avons le loisir de travailler ensemble au calendrier de nos activités respectives, de partager les tâches qui nous incombent, de partager ce qui est joie et difficulté de notre ministère. Après le déjeuner, je prends le temps de vérifier le moteur de la voiture ; la batterie fuit, l’acide a coulé dans le moteur, sans causer de gros dégâts. Mais j’en ai profité pour refaire les terminaisons des fils qui arrivent à la batterie, et de graisser tout ça, pendant que des enfants s’activaient à laver l’intérieur de la voiture. Vérification des niveaux, nettoyage du radiateur, bref, un peu de boulot quand même ! Pour tester les travaux et me reposer, j’emmène mes aides en voiture à fungu, où l’eau chaude nous fait vraiment du bien ! Fin de journée et début de soirée consacrée au rangement de mon chez moi, souvent dérangé par des visites de paroissiens venus pour diverses préoccupations.

Jeudi 3, top départ à 8h30 avec, à mon bord, Isaac et Ludo, le Maire et des chefs de quartier soigneusement sélectionnés par l’autorité supérieure ! Ils étaient si nombreux à vouloir embarquer que j’ai déchargé cette responsabilité à Alain, qui m’a fourni la liste officielle des passagers. Pour moi, plus de souci pour exprimer un refus. En chemin, nous embarquons un chef des Mbororos, éleveur de vaches qui habite à la sortie de Zacko, vers la source de Gonda. Puis à Kono, c’est le chef Assane qui embarque, amenant à 12 le nombre de passagers, chauffeur compris. Nous arrivons sans souci d’enlisement ni de panne à Bakouma à 11h30 ; en saison sèche, on roule vraiment plus facilement ! Après avoir déposé toutes les autorités locales chez le sous-préfet, nous arrivons à la paroisse, où nous retrouvons avec joie la communauté des abbés et des sœurs. Après le déjeuner et alors que j’émerge de la sieste, je reçois un appel du maire de Zacko : Alain souhaite que je participe à la réunion concernant les tables-bancs réalisés à Zacko et financés par AREVA ; Lucine, la responsable de la communication et de l’action sociétale de l’entreprise, se fait attendre, ce qui me permet de discuter longuement avec les autres invités. Enfin elle arrive, avec dans son grand sac rose en toile, des enveloppes chargées d’argent liquide : c’est la deuxième tranche de travaux qui va pouvoir commencer dès le retour des menuisiers à Zacko. Je me permets de solliciter de sa part une visite jusque chez nous. « Si le pilote est OK pour faire un crochet avec l’avion avant de regagner Bangui », me répond-elle. A suivre.

Bakouma, y a la télé, aussi j’en fais une petite cure, histoire de ne perdre le rythme ! L’horaire d’hiver d’Europe nous amène à être à la même heure, j’ai donc le journal télévisé en même temps que vous, amis lecteurs. Et il en est de même pour les films et le sport.

Hier vendredi, matinée de travail entre prêtres et avec sœur Claribel, qui nous accueille ; au programme, la session de formation des catéchistes, qui aura lieu ici pendant un mois en janvier et février prochain. Partage des tâches, problèmes techniques, rythme horaire, tout est évoqué pendant ces 4 heures de réunion. Après la sieste, je file chez AREVA afin de retrouver Olivier, et … la suite, je l’ai écrit hier soir !

Avant de conclure, comment ne pas revenir sur ce qui se trame dans certaines régions de RCA ? C’est en effet lorsque j’étais à Kpangou qu’on a appris à la radio que la ville de Ndélé, située au Nord, a été pendant deux jours entre les mains de rebelles de Charles Massy, un opposant qui s’est refusé à signer les accords de paix. Même si cette prise fut très courte, il n’empêche qu’il y a son cortège de morts (une 15è), et de déplacés (combien ?). Et puis si ça s’est fait une fois, ça pourra se refaire encore. Plus au Nord à Birao, deux français d’une ONG ont été enlevés. A l’Est vers Obo, c’est plutôt calme en ce moment, mais ici « Pas de nouvelles » ne rime pas forcément avec « Bonne nouvelle », quand il s’agit de parler des rebelles de Joseph Kony. Alors, on vit au rythme des infos, essayant de décoder le faux du vrai, et profitant du téléphone pour contacter directement les personnes qui résident dans les lieux concernés. On approche des élections présidentielles, même si rien ne semble vraiment se préparer, en province en tout cas. Pas de liste électorale, puisque pas de recensement ; pas de recensement, puisque pas d’état civil fiable. Trop souvent dans nos régions, on nait on meurt sans qu’aucun document administratif ne soit jamais établi. Les cartes de baptêmes délivrées par les Eglises à leurs membres sont parfois le seul document que les gens auront en main au long de leur vie. Alors quand auront lieu ces fameuses élections ? Et comment cela va-t-il se dérouler ?

 

Ici à Bakouma, oubliés temporairement les problèmes politiques, les drames qui se jouent aux frontières ; la ville est en effervescence : 3 ministres arrivent pour la fête nationale du 1er décembre, qui est ici prévue le 6, demain dimanche. AREVA, à travers Lucine, est au premier plan, dans le soutien au bon déroulement des festivités. Côté déco, on repeint les panneaux, on décore les arbres, on construit les podiums, on apprend à défiler ; qu’on soit gamin du jardin d’enfant catholique ou membre de l’Eglise Baptiste, ou encore chef de village à Zacko, personne ne doit manquer à l’appel. La fête promet d’être belle, le soleil et la chaleur aussi (!) seront sans aucun doute de la partie.

Mais ça, ce sera pour le chapitre 25 !

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /Nov /2009 14:19

Témoignage sur une guerre inconnue.

 

Abbé Michel CHIDAINE, prêtre du diocèse de Clermont Fidei Donum dans le diocèse de Bangassou, République Centrafricaine.

 

Rassemblés en ces jours de mi-novembre à Bangassou autour de Monseigneur AGUIRRE, évêque de ce diocèse de Centrafrique, des laïcs délégués des 10 paroisses ; toutes les religieuses et tous les religieux de congrégations diverses et engagés sur tout le territoire du diocèse au service de la santé, de la scolarité, des plus pauvres ; tous les prêtres diocésains et de congrégations en charge des paroisses, ou portant des responsabilités diocésaines. Au total près de 50 participants. Un sujet majeur de cette rencontre pastorale diocésaine annuelle : le Synode pour l’Afrique qui s’est déroulé à Rome du 4 au 25 octobre dernier. Le document d’appui à notre réflexion est bien évidemment le Message Final, rédigé par les évêques participant à cette assemblée. Très vite, nous découvrons que ce qui est écrit par nos représentants à Rome rejoint de très près la situation des hommes et des femmes vivant dans les deux préfectures de l’Est, et qui correspond au territoire de notre diocèse. A la lecture du 5è paragraphe, où sont déplorées les détresses en tout genre qui frappent le continent, nous abordons ce qui se trame chez nous. Et de même pour le paragraphe 36, pour ne citer que ceux-là. Aujourd’hui, à l’heure où vous lisez ces lignes, une guerre particulière a pris forme sur le territoire centrafricain. Il y a plus de 30 ans qu’en Ouganda, la guerre civile a vu se lever un leader charismatique du nom de Joseph Koni. Et si aujourd’hui, ce pays là est calme, ce leader et ses troupes de rebelles continuent leurs exactions ailleurs, tout particulièrement en République Démocratique du Congo (RDC) et aussi dans notre pays, la RCA. Joseph Koni a grandi dans le milieu chrétien ; depuis des années, il est persuadé que sa tribu est le peuple élu par Dieu. Le langage chrétien a été détourné de son chemin de Vie ; on s’en est saisi pour semer la mort. Son armée de rebelles porte le nom de LRA, Lord Resistance Army, l’Armée de Résistance du Seigneur. Ils sont des centaines, bien armés, bien ravitaillés aussi en munitions. On les appelle les « tongo-tongo ». Tongo, c’est matin en Lingala, la langue de l’Est de la RDC. Parce que c’est souvent de grand matin que ces rebelles attaquent les villages afin de s’emparer des récoltes. Ils tuent, violent, et réduisent en esclavage les plus valides qui deviennent les porteurs de leur butin. Aujourd’hui la ville d’Obo, préfecture la plus à l’Est, accueille 300 réfugiés de RDC et plus de 2500 déplacés, ces villageois des environs qui ont fui devant les exactions des tongo-tongo. Idem à Zemio, où là ce sont plus de 3000 réfugiés de RDC qui ont franchi le fleuve Mbomou qui fait office de frontière avec la RCA, afin de trouver la paix. L’abbé Martin, prêtre diocésain centrafricain, curé de la paroisse d’Obo, disait : « la population d’Obo est prise en otage ; les gens ont faim, les gens ont peur, ils n’ont que leurs yeux pour pleurer. Les gens qui vont au champ sont capturés, ou tués ; d’ici peu, il n’y aura vraiment plus rien sur le marché. » L’abbé doit demander une escorte de l’armée pour que lui ou son confrère se rende à Mboki, autre ville où la communauté catholique est importante. Il y a quelques jours, le 24 octobre, le village de Derbissaca, tout proche de la sous-préfecture de Djema, a été la proie de ces tueurs. Pillage, assassinats, déportation. Les pères franciscains de la paroisse de Rafaï, en charge de cette autre paroisse, sont inquiets.

Face à ces exactions, le gouvernement centrafricain n’est pas absent : les FACA, Forces Armées Centrafricaines, sont présentes. A leurs côtés, l’armée régulière Ougandaise a déployé des centaines d’hommes, afin de les appuyer dans la lutte contre les tongo-tongo. Il est bon de préciser qu’il n’y a pas de frontière commune entre les deux pays, puisque l’Ouganda est à l’Est de la RDC. Mais des questions se posent : les militaires Ougandais sont de la même ethnie que les rebelles ; et des témoignages précisent qu’il y a collusion entre eux. Alors, quelle est l’efficacité des accords entre les deux pays ? Qu’en est-il de l’intégrité du territoire centrafricain ? Qu’est ce qui se cache réellement derrière le fait que ces centaines de rebelles étrangers se déplacent dans la forêt en toute impunité ? Le président de la RCA, François Bozizé, avait depuis longtemps souhaité organiser cette année la traditionnelle fête des moissons d’octobre à Obo. Il en a été empêché, la situation étant devenue dangereuse. Et puis, quelle récolte faire, quand on sait que les rebelles se cachent dans les champs, parfois à moins d’1 km des premières maisons de la ville ? Heureusement que la piste Bangassou - Obo, longue de 600 km, avait été refaite pour l’occasion, elle permet l’acheminement rapide des véhicules de la Croix-Rouge, de MSF, du HCR, du PAM, le Programme Alimentaire Mondial. D’autres ONG viennent elles aussi porter aide et assistance aux réfugiés et déplacés qui envahissent les centres-villes.

La paroisse de Zacko dont je suis le curé, est située à 250 km à l’Ouest de Djema ; c’est loin, et c’est si proche. Seule la forêt tropicale sépare ces deux villes. Un courrier émanant du Préfet, a été lu par le 1er adjoint au Maire au cours d’une réunion rassemblant les personnalités de la ville ; nous informant de la situation préoccupante, il est demandé d’activer des comités d’autodéfense qui prendront part à la surveillance permanente de la région aux côtés des gendarmes. C’est ainsi qu’à Kpangou, village situé en pleine forêt et accessible seulement à pied ou en deux roues et où je me suis rendu ces jours-ci, j’ai vu les habitants fabriquer leurs fusils, taillant la crosse dans le bois de jeunes arbres, et transformant les guidons de vélo en canon de fusil capable de projeter loin les plombs de la cartouche 00, la double zéro. Mais que faire face aux AK 47 et autres armes sophistiquées des tongo-tongo ? Au cours de la réunion à Zacko, j’ai appelé chacun à ne pas céder à la peur. J’ai insisté sur le fait qu’il nous faut continuer d’aller vendre et acheter au marché, de nous rendre au travail sur les chantiers d’or et de diamant, à l’école aussi. On ne sait pas vraiment où ils se cachent, ces envahisseurs. Alors s’il nous faut être prudents, attentifs, il ne faut cependant pas nous enfermer dans la peur qui va nous paralyser, et finalement nous tuer. Dans chaque église, chaque mosquée, il est demandé de prier régulièrement pour la paix ; la paix dans notre pays, la paix dans nos cœurs aussi. Partager les peines et les angoisses de nos contemporains est au cœur du ministère de prêtre que nous exerçons. Jusque dans les situations les plus dramatiques que traversent nos frères en humanité.

Le Message Final du Synode sur l’Afrique nous appelle tous, d’Afrique et aussi de partout ailleurs, à ouvrir des chemins de Réconciliation, de Justice et de Paix. Ce qui amène Sœur Lourdès, Combonienne originaire du Portugal et en communauté à Bangassou, à déclarer : « il faut encourager nos paroissiens et tous les habitants à na pas céder à la peur ». Et parlant de nous, prêtres et religieux, elle ajoute : « quand on est engagés en faveur de Dieu et des peuples, on est appelés à donner sa vie ». Le paragraphe 6 du document synodal se termine par ces lignes : « nous interpellons tout un chacun à collaborer main dans la main pour faire face aux défis de la réconciliation, de la justice et de la paix en Afrique ; beaucoup souffrent et meurent : il n’y a pas de temps à perdre ».

Au nom de nos frères les habitants de notre diocèse qui souffrent, au nom de tous ceux et celles qui partagent leurs peines, je vous demande de ne pas nous oublier. Priez pour nous, et aussi informez-vous sur la situation, grâce aux moyens modernes de communication ; faites suivre cette lettre et d’autres infos susceptibles d’éveiller dans le Monde une véritable prise de conscience du drame qui se joue silencieusement en République Centrafricaine.

 

 

Par Père Michel Chidaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 08:34

 

MARDI 27 OCTOBRE, 10h40

 

Nouvelles pages, nouvelles lignes, et retour sur les jours passés. C’est depuis AREVA BAKOUMA que j’ai pu vous faire parvenir le chapitre 22. Ce séjour à Bakouma était un temps de repos, il fut douloureux pour mon estomac, et les nuits n’en furent que plus agitées. A l’heure où j’écris ces lignes, tout est rentré dans l’ordre. C’est en fait à Bangassou que j’ai pris le temps de me soigner. Il n’était pas prévu au programme que je m’y rende. Le décès d’un confrère prêtre a bousculé l’organisation que Ludovic et moi avions établie. L’abbé Charles est décédé à l’hôpital de Bangondé jeudi matin. L’abbé Fidèle a appelé la communauté de Bakouma, où nous nous trouvions donc, ainsi que l’évêque, venu discuter avec chacune et chacun. Ludovic et moi avions commencé de charger la voiture, nous avons tout ressorti, et pris dès 13h30 la direction de Bangassou, précédé de l’évêque. Gaétan, quant à lui, décidait de quitter Bakouma très tôt le vendredi, avec Abel et Max et le stagiaire Fulbert. Arrivés à la nuit tombante à Bangassou, je me suis recueilli un moment devant le corps de Charles, présenté dans la cathédrale. Puis après le diner (juste de l’eau et de tranches de pain, vu l’agitation stomacale), je me suis rendu à la maison Zacko de Bangassou, où se trouvent les 7 jeunes élèves de chez nous. Je me suis approché de la maison sans faire de bruit, et quelle ne fut pas ma joie de les trouver tous assis autour de la tablette sur laquelle était déposée la lampe à pétrole éclairant faiblement les visages. Je me suis joint à la discussion ; ils étaient enchantés de me recevoir au milieu d’eux. Je leur ai donné des nouvelles de leurs familles et de leurs copains, ils m’ont parlé de leur quotidien, qui se passe bien, des petits soucis de santé de l’un ou l’autre, et surtout de leurs premières notes. Beaucoup sont heureux de ces premiers résultats. Je les ai quittés vers 21h15 pour rejoindre mon lit.

Vendredi matin, 7h, je prends la direction de Bangondé afin de faire les analyses nécessaires permettant de connaitre les raisons de ces troubles. Je suis redescendu dard-dard  afin de vivre la messe de funérailles de l’abbé Charles. Si peu de choses étaient communes avec les funérailles de France ! Le cercueil, ouvert, est déposé au pied de l’autel. L’abbé semble regarder la foule qui se presse dans la cathédrale, et au dehors. Les prêtres et l’évêque ont revêtu l’étole blanche. La messe commence comme toutes les messes de dimanche, et se déroule ainsi jusqu’après la communion. Une messe d’action de grâce qui fait suite à la veillée qui a duré toute la nuit ; la prière avait été rythmée par les guitares électriques, les tambours, et nombreuses furent les danses autour du corps de Charles. Parmi toutes ces coutumes, un élément me parait pour le moins « décalé » : de nombreux flashs d’appareils photos crépitent pendant toute la messe. On ne veut rien perdre de cet évènement, sans doute ; c’est vrai qu’il est bien rare, dans cette jeune Eglise, de vivre les funérailles d’un prêtre diocésain. C’est seulement le 5ème décès depuis 20 ans. Mais c’est pour moi un peu anachronique de garder les photos du mort dans son cercueil, de filmer les derniers instants où son visage nous apparait, alors que des prêtres approchent le couvercle, après les rites de l’encens, de la bougie, du bréviaire. Ceux qui connaissent les rites catholiques seront d’ailleurs surpris qu’il n’y ait pas eu le dépôt de l’étole ni de la chasuble sur le prêtre. Dès que le cercueil fut fermé, les prêtres le saisissent et se frayent un chemin au milieu de cette foule compacte qui ne voulait pas quitter la cathédrale. Puis dans le cimetière tout proche, sous les grands arbres, nous prions encore, chantons, bénissons, puis chaque prêtre jette une pelle de terre, avant que les fossoyeurs ne terminent le travail. Il y avait un café pour les religieuses, les prêtres, mais pour moi, c’est remontée à Bangondé afin de connaitre les résultats. Verdict clair : un peu de palu, doublé de vers intestinaux. Rien de grave, donc. Sœur Juliette prescrit les médicaments, et je regagne la maison. J’y retrouve Ousmane, qui a appris ma venue imprévue. On parle un moment, puis je l’embarque après le déjeuner afin de faire avec lui quelques courses rapides : gas-oil, poste radio, cartes de téléphone. 15h, top départ ; nous ne sommes désormais plus deux mais trois. En effet, un second prêtre vient vivre à Zacko : l’abbé Isaac Service. Professeur au Grand Séminaire de Bangui, il est cette année au chômage, puisque la noble institution n’a pas rouvert ses portes. Aussi a-t-il accepté de venir passer l’année ici ! Une joie pour moi, une joie pour tous les paroissiens !!! On est arrivés à Bakouma alors qu’il faisait déjà bien nuit.

Le lendemain samedi, rechargement de la voiture : 16 balles de 25 moustiquaires destinées aux enfants des écoles, dans le cadre d’un programme de lutte contre le paludisme. Il reste 4 balles dans mon bureau de Bakouma, que je remettrai à Kono et Bamara lors de mon prochain voyage. On progresse lentement sur la piste que les pluies ruinent. On fait une pause à Calebasse, PK 18, afin de s’entendre sur les suites des travaux d’entretien. Il faut dire que j’ai une enveloppe de plusieurs centaines de milliers de francs, remise par l’évêque suite à des dons faits par trois mairies d’Espagne, et destinés à la réfection des ponts sur les pistes du diocèse. Ainsi, le travail amorcé se trouve conforté grâce à la générosité de ces municipalités. Muchas Gracias ! A Kono, on dépose Ludovic qui participe au camp Aïta-Kwe. Puis à la maison, on trouve Rock qui se réjouit de la venue d’un prêtre chez nous et nous prépare le déjeuner. Je reprends ensuite la direction de Kono, afin d’apporter à Ludovic se dont il a besoin pour ces deux jours dans le village. Fin de journée marquée par la fatigue !

Le lendemain c’est dimanche, et je prends la direction de Yanguchi. 6h02, départ avec, à mon bord, 4 servants, et une choriste. Pas d’autres passagers ? Non, et pourtant, les candidats au voyage ne manquaient pas, mais aucun n’est arrivé à temps. Tant pis, pour eux ! Tant mieux, pour les gens rencontrés en route et qui ont pu profiter de la voiture ! Arrivés au bord de la rivière Zacko, à 4 km de la chapelle St Michel, je m’arrête afin de voir la profondeur de l’eau. Le passage pour les deux roues et piétons est quasi au sec, puisqu’on a de l’eau jusqu’aux genoux. Le passage autos est déjà bien envahi. Je décidai de garer la voiture et de finir à pied. Merci Seigneur ! Au retour en effet, la rivière était encore montée de plus de 20 centimètres, doublée d’un courant vraiment fort ; traverser à pied fut vraiment sportif, alors en voiture, ça aurait été très risqué ! Les paroissiens de Yanguchi ont été surpris et heureux de nous voir arriver à pied. Le café et les patates douces grillées nous ont redonné l’énergie dépensée à marcher à pied sur la piste. J’ai ensuite assuré les confessions pendant plus d’une heure, avant de commencer la messe, vers 9h30. La communauté était quasi au grand complet, et j’ai vécu un bon moment, comme d’hab. Le déjeuner, assis dans le fauteuil dans la maison, m’a amené à une petite sieste sur place, bercé par les conversations des autres hôtes. Puis retour à pied jusqu’à la voiture, et pause à Bamara afin de saluer l’enseignant, de lui apporter le cadeau versé par AREVA afin de soutenir son travail. La bonne nouvelle, c’est qu’en plus du cadeau par mois travaillé, il y a deux mois offerts, correspondant aux mois de juillet et août ! C’est toujours bon à prendre ! J’ai exposé le problème des moustiquaires, qu’il faudra remettre aux familles des enfants inscrits à l’école, et des tables-bancs qui sont en cours de fabrication à Zacko, programme financé par AREVA. En fin de journée, visite de conseillers de la paroisse, pour quelques mises au point.

Hier lundi, lever des couleurs dans la cour de l’école, puis discours des personnalités présentes, dont moi, évidemment. Ce fut bref : « les enfants, personne ne peut apprendre à votre place ». Bref, et j’espère percutant.

 

Lundi 2 novembre, 17H50

 

L’orage menace, le vent se lève, le tonnerre gronde au loin. Mais on sent bien qu’on est entré dans la saison sèche : la chaleur est lourde en milieu de journée, alors que les soirées et le petit matin, c’est un peu frais. L’avantage, c’est qu’on dort bien ! Pour nous protéger de la chaleur qui envahit le grenier, j’achète toutes les nattes tressées qu’on trouve dans la ville ; 1000 francs un natte de 90 X 2 mètres. Et il en faut environ 80 pour couvrir tous les plafonds de la maison ; j’en ai déjà une trentaine, achetées par les servants d’autel à qui je remets l’argent afin qu’ils ramènent les fameuses nattes. Ah, il commence à pleuvoir. Je vais augmenter le volume de « l’infréquentable Bénabar », pour contrecarrer le bruit sourd des éléments qui commencent à se déchainer sur nos têtes.

Lundi dernier, la matinée fut consacrée à quelques aménagements dans la maison ; il fallait bricoler du côté du logement d’Isaac, notamment poser le rideau, ce que fit parfaitement  Ludovic, pendant que je finissais l’aménagement de la douche extérieure. Nous attendions des invités, qui se sont manifestés le lendemain vers 14h. Sébastien et Sylvie, l’auvergnate de Bangui, tous les deux enseignants au lycée Charles de Gaulle, le lycée Français, avaient une semaine de congés, comme les petits français de France. Alors ils ont osé pousser leur Nissan jusqu’ici. On avait mis en place le projet via le téléphone, lors de mon séjour à Bakouma. N’étant pas joignables, nous les attendions, sans certitude de les accueillir. Ils sont bien arrivés, lentement et surement. Quelle joie pour moi, pour nous trois, de les recevoir ! Je ne connaissais pas Sébastien, jeune enseignant en CP, qui a baroudé sur les 5 continents, il est vraiment très sympa. Quant à Sylvie, égale à elle-même, la joie de vivre qui la caractérise est agréable à tous. Ils étaient avides de tout connaitre, ils ont été servis : découverte du travail entrepris par la population autour du bloc opératoire, et balade le long du canal destiné à recevoir le tuyau d’eau ; visite des chantiers d’or et de diamant, et rencontre avec un des collecteurs, qui nous a reçu et nous a longuement présenté son travail, et ce qu’il achète et vend. Promenade dans Zacko et dégustation de la douma, l’hydromel local. Dans leur glacière, l’excellent vin de Bordeaux a accompagné les fromages tels le Comté, le Roquefort et la Fourme d’Ambert, tout cela provenant de Bangui, bien entendu. On a parlé de voyages, en suivant les récits des péripéties de Sébastien, tous les cinq installés dans les fauteuils, éclairés par la lune qui en était à sa moitié de croissance, et buvant une bonne citronnelle au miel. Ils sont repartis jeudi en matinée, afin de regagner tranquillement la capitale. Sont-ils bien arrivés ? Je l’espère, j’en saurai davantage lors d’un prochain coup de fil ! Ils ont osé parcourir plus de 900 km dans chaque sens, et ça, ça fait vraiment plaisir. C’est aussi important pour les gens d’ici, de savoir que des résidants de la capitale viennent jusque chez nous. Oui, on peut arriver jusque là, passer du bon temps, visiter les lieux, discuter avec les gens, faire des photos, vivre des levés et des couchers de soleils splendides. J’ai pu leur consacrer tout le temps souhaité, ce que j’ai apprécié aussi beaucoup. Parce que la fin de semaine était plutôt chargée !

Jeudi après-midi, AG des parents d’élèves de l’école maternelle : je fus surpris du nombre important de parents : plus de 50 personnes, hommes et femmes, venus écouter le président, les maitresses ; ils ont été très sensibles au fait qu’il n’y ait pas eu d’augmentation du tarif de scolarité (3000 francs), alors que le bâtiment est neuf et si bien équipé. Je leur ai demandé de remercier tous ceux qui ont participé à cette construction, via l’association « Agir avec Zacko ». La rentrée s’est bien faite, puisqu’il y a plus de 130 élèves répartis dans les deux classes. Beaucoup veulent acheter la tenue, c'est-à-dire l’uniforme jaune et bleu (j’y suis pour rien !!!) cousu à Bakouma et vendue 1000 francs (1€50).

Vendredi matin, Conseil Général, assemblée de tous les responsables de mouvements et fraternités catholiques actifs dans la ville. On a fait le bilan de la fête de rentrée, et abordé tout un tas de sujets. Je me suis fâché tout rouge quand un responsable de Légion de Marie a exposé mon incapacité doublé de mon refus de soutenir le groupe scout. Il est mal tombé, vraiment, vu qu’on venait de préparer une sortie qui s’est bien passée, vécue à Kpangou. Ce genre de propos mensonger traverse parfois la communauté, voir la ville, et ça, je ne laisse plus passer. Alors je lui ai donné une pénitence, il a dû couper les hautes herbes qui longent notre concession, au niveau de l’école maternelle. Trois heures de travail pour lui apprendre à réfléchir un peu avant de parler, à discerner le vrai du faux, à ne pas faire feu de tout bois, …. Ça peut paraitre rude, mais il faut faire taire ce type de propos qui me blessent, et me découragent aussi parfois d’accompagner les mouvements du centre Zacko. Après la sieste, je suis allé voir le Maire afin de parler de la fête Nationale qui se profile à l’horizon. En effet, ASKANGBA a besoin de savoir ce qu’il en est, il est venu participer à notre AG de fin de mois, et nous a longuement parlé du projet de Bakouma réunissant toutes les personnalités du département. On a décidé en AG de faire notre fête le samedi suivant, le 5 décembre.

Le lendemain samedi, journée dédiée au sacrement de réconciliation. Dès la fin de la messe, Isaac et moi nous sommes rendus disponibles à nos paroissiens. Jusqu’à la nuit tombée, ils sont venus, jeunes et adultes, hommes et femmes, pour vivre le sacrement de réconciliation. Ils ont ensuite souvent pris le chemin de la grotte pour s’y assoir un petit moment, avant de regagner leurs maisons. Sans trahir aucun secret, plusieurs fois est revenu le problème de dénonciation de sorcellerie ; les personnes qui en ont parlé sont les victimes de ces accusations fantoches. Et elles expriment les difficultés qu’elles ont à pardonner ; ce que toute personne normalement constituée peut comprendre, quand on connait les souffrances par lesquelles passent certaines d’entre elles !

 

MERCREDI 4 NOVEMBRE, 20h30

 

Suite de cette journée de samedi, qui ne s’est pas tout à fait passé comme prévu. Je devais participer à la réunion des parents dont les tout-petits enfants sont baptisés le lendemain. Le catéchiste Benjamin était le pilote, ce qui m’a permis de m’éclipser rapidement pour répondre à une convocation expresse d’Alain, le Maire de Zacko. Dans une des salles de classe, nombre de personnalités de la ville : les chefs de quartiers, des représentants de commerçants, des artisans miniers, des collecteurs ; le CB adjoint Gervais, l’imam, et moi, unique représentant des pasteurs d’Eglises chrétiennes. Deux sujets au programme, l’un plutôt réjouissant, l’autre qui, le moins qu’on puisse dire, a cassé l’ambiance. Le premier chapitre a consisté à  préparer la fête du 1er décembre. L’essentiel ayant lieu à Bakouma, il s’est agit de savoir comment nous rendre là-bas, et de leur faire parvenir les cotisations exigées par Madame le Maire de … là-bas. Les cotisations, c’est comme les impôts, c’est obligatoire, tarifé, listé. Alors, pas de récalcitrant, tout le monde crache au bassinet, sitôt qu’il a des sources de revenu régulières. Chance, la paroisse de Zacko n’est pas sur la liste !!! Il parait que celle de Bakouma est appelée à participer pécuniairement, j’en parlerai à Gaétan ! L’autre chapitre est plus « hard » : il s’agissait pour Alain de lire la lettre reçue de la préfecture de Bangassou, concernant la LRA, Lord Resistance Army, l’Armée de Résistance du Seigneur. Ces groupes armés ayant pour leader charismatique Joseph Koni viennent de L’Ouganda, pays qui se cache à l’Est du Soudan. Depuis des années, ils sillonnent les forêts de la RDC, et font parfois des incursions en RCA. Dernièrement, ils ont attaqué un véhicule d’une ONG travaillant avec des réfugiés vivant à Obo, la préfecture de l’Est (cf. votre carte de RCA). Véhicule brulé, chauffeur assassiné (je passe sur certains détails). Obo, c’est loin, vraiment. Mais le problème, c’est que depuis l’attaque du camp principal de Koni en RDC, des bandes armées ont franchi les fleuves qui servent de frontière. Ils sont surarmés (merci qui ???) et pillent de part et d’autre du fleuve pour se nourrir. Il y a deux semaines, ils ont attaqué le village de Derbissaca, et enlevé 12 personnes qui leur ont servi de porteurs afin d’emmener la nourriture pillée dans le coin. Le problème, c’est que ce village est franchement dans l’intérieur du pays, au Nord de Rafai. De Derbissaca à Zacko, à vol d’oiseau, il y 225 km. C’est beaucoup, quand on sait qu’il y des tas de rivières chargées en cette fin de saison des pluies. C’est peu aussi, quand on sait que les intentions de ces Ougandais sans foi ni loi sont prêts à tout pour manger, pour survivre. Depuis plusieurs mois, l’armée Ougandaise est présente dans notre pays, aux côtés de FACA, Forces Armées Centre-Africaines, afin de coordonner une action efficace contre ces rebelles. Ceux qui connaissent le film « Les larmes du soleil », avec Bruce Willis, peuvent imaginer la facilité avec laquelle on peut repérer ces rebelles, mais aussi la difficulté de les atteindre. Bref, le communiqué préfectoral est court, et il appelle à la vigilance ; concrètement, il faut organiser les comités d’autodéfense, sorte de milices villageoises armées de … ce qu’ils ont en main, par exemple des fusils fabriqués en toute illégalité, qui deviennent soudain des armes utiles, et qui apparaissent ainsi au grand jour, pour les tours de garde … de nuit. Ayant été averti la veille par Alain, j’ai amené la carte du pays afin qu’on regarde ensemble les lieux des exactions. J’ai ensuite demandé à Alain ce qu’on devait, pouvait dire à nos paroissiens. Il a expliqué qu’il fallait être clair, sans semer la panique. Pas évident ! Mais j’ai abondé dans son sens en développant le sujet, insistant sur le fait que les gens devaient continuer d’aller aux champs, au chantier, au marché pour vendre et acheter, à l’école, … ce qui a entrainé une salve d’applaudissements. J’ai repris le même discours le lendemain dimanche au cours de l’homélie que j’ai prononcé après avoir lu Les Béatitudes. Il me semblait que c’était bon de le situer dans une réflexion d’ensemble sur la paix. Il faut savoir que pour traduire le mot « bienheureux, ceux qui … », il y a en sango une périphrase qui dit « que leurs cœurs respirent la paix, ceux qui … ». Partant de là, j’ai abordé de front le but de la réunion de la veille. Oui, dans l’assemblée, nombre de gens ont réagi. C’est normal ; mais je crois avoir bien fait de le situer au cœur de l’homélie, afin de faire le lien avec la vie que le Christ donne à travers ces 9 Béatitudes. La stupeur passée, j’ai senti un certain apaisement gagner les gens, au fur et à mesure de la poursuite de mon propos. L’Esprit-Saint a fait le reste !

Et moi, dans tout ça ? Et bien, je n’ai pas bien dormi dans la nuit de samedi à dimanche, ressassant les discussions de la matinée, et préparant mon propos du matin suivant. Je ne suis pas inquiet. Le devrais-je ? Zacko est une ville, il y a du monde pour réagir. Et puis les forces armées doivent travailler à les canaliser hors des lieux habités. Partir, pour aller où ? Cette question brûle sans doute les lèvres de certains habitants. Il n’y pas de risque imminent. J’en saurai davantage quand je verrai Eric à Bakouma. Lui aura des éléments précis, puisqu’il est chargé de la sécurité du camp d’AREVA.

Lundi, c’était le 2 novembre ; messe à 6h, avec une assemblée clairsemée d’une centaine de personnes. Isaac a présidé et prêché, avant que chacun gagne son champ, l’école, son chantier. La vie continue ! Après midi thèque, le fameux baseball qui fait tant plaisir aux enfants ! Fin de soirée devant l’ordi, pour le carnet de bord, et après le diner, film pour Ludovic et moi. J’étais couché depuis 20 mn environ quand le sentinelle vint me tirer du lit. Deux véhicules en provenance de Bangassou viennent d’arriver. Les Mines. A leur bord, le responsable régional, un délégué du gouvernement, et un Européen de la Banque Mondiale. Objectif pour ce dernier, faire un audit sur l’exploitation du diamant en RCA. Et c’est pourquoi il nous arrive ici, au cœur de la nuit, après un orage court et violent. 22h30, plus question d’aller au marché. Ludovic et moi (Isaac dort à poings fermés) sortons les restes gardés dans notre frigo, et accueillons tout ce beau monde dans la salle à manger. La discussion s’engage à l’initiative de l’européen, un certain Léon, de Bruxelles (et en plus c’est vrai !) on évoque les problèmes de l’exploitation artisanale ici, il nous parle du projet de réforme du réseau achat – vente du diamant. Puis ils gagnent les chambres, et on se retrouve le lendemain. Je me réveille avec des petits yeux, ça fait des mois que je ne me suis pas couché à minuit !!!

Alors que je préside la messe, je vois arriver le Maire et le SG, venus à la rencontre de ces invités imprévus, et aussi voulant me partager un souci technique : le camion des produits PAM (Programme Alimentaire Mondial) transportant 7 tonnes de vivres, s’est enfoncé à 22 km d’ici, après le village de Damba. Il aurait aimé qu’on s’y rende ce matin là, mais les grands des Mines ont bousculé son projet. C’est donc ce matin mercredi qu’on est partis là bas. On a quitté Zacko vers 9h30, parce qu’il fallait que j’organise les élections du nouveau bureau de la Curia 1 de la Légion de Marie (la Curia, c’est l’assemblée de 6 présidium, 1 présidium, c’est 1 équipe du mouvement) ; il y avait eu un putsch fomenté par quelques membres malhonnêtes qui avaient réussi à organiser des élections plus ou moins truquées, en tout cas non conformes au règlement, et visant à ne pas permettre aux anciens responsables de se représenter. J’ai agi en agent de paix, faisant respecter la charte du mouvement (bien faite, d’ailleurs). Tout s’est déroulé clairement, sous le regard impartial des présidents des autres Curia. Un nouveau bureau a vu le jour, pour le bien de toute la Curia, et du mouvement en général, si présent et actif dans la paroisse.

9h30 donc, on part pour Damba ; j’emboite le pas derrière la voiture d’Abouna, un collecteur qui a bien voulu prêter sa voiture et son chauffeur ; je dépose en route Jacques et Narcisse, qui sont les TP de l’axe Zacko – Bakouma. Ils refont des KM de piste, pour notre confort et note sécurité. Arrivés à Kono, le maire rencontre le chef et ils se mettent d’accord pour embarquer une 15è de jeunes disposés à participer au relèvement du camion des PAM. Nous arrivons « sur zone » vers 11h fort (c’est ce qu’on emploie ici pour dire qu’on est proche de l’heure suivante !). Il est bien enfoncé, le camion de PAM ! Un 10 roues DAF dont le nez (plat) est en bascule vers l’avant droit, et qui baignerait dans la boue jusqu’à la fenêtre de la portière passager, si deux gars ne se relayaient pas en permanence avec leurs seaux, afin de vider le trou que l’eau envahit au fur et à mesure. On rapporte les batteries, fatiguées la veille après tant de redémarrages avortés. Mais c’est que le démarreur aussi a souffert. Peine perdue, le camion ne sortira pas (ça me rappelle quelques souvenirs …). Démontage du démarreur, afin de le réparer à Zacko. On décide d’embarquer une partie des vivres ; Ramadane en prend un peu plus d’une tonne dans le pick-up, je m’arrête à 900 kilos. Du sucre, du maïs, de la semoule, des bidons d’huile. Il reste encore 5 tonnes. Et la pluie menace, et surtout les termites, qui n’ont pas hésité à attaquer plusieurs sacs pourtant entreposés sur les claies du camion. De retour à Zacko, les enfants de l’école midi jaillissent de leurs classes en hurlant : « PAM ti é ! » « Nos produits PAM ! » Il est 16h15 quand je peux enfin passer à table. Les steaks sont excellents, accompagnés de concombre à la mayonnaise. J’avais vraiment faim !

 

lundi 9 novembre, 14H40

 

Me voici arrivé à Bangassou, et je finalise le 23è chapitre avant de vous l’envoyer, grâce au cyber-catho !

Ces jours derniers ont été pour le moins sportifs, puisque je me suis rendu à Kpangou pour finaliser la préparation de la rencontre paroissiale qui aura lieu à la fin de ce mois. Avant de quitter la maison, j’ai reçu pas mal de gens et tenté de régler certaines questions ; évènement principal, un couple marié catholique dont l’épouse ne veut plus regagner Bria. J’ai reçu monsieur, pas content du tout d’avoir parcouru plus de 150 km à pied, et madame, pas contente du tout que monsieur ait … vous avez compris !!! Au bout d’une heure et demie, et une petite prière plus tard, je les ai laissé, et j’ai appris ce dimanche que rien n’était résolu, loin de là. Ce sont ensuite les menuisiers qui sont venus acheter mes planches ! Le monde à l’envers ! J’ai, ou plutôt j’avais une réserve de planches en vue de travaux divers dans le bloc, le centre polyvalent. Mais comme il y a pénurie sur le coin, le projet des tables bancs financé par AREVA n’avance pas aussi vite que prévu. Alors, j’ai revendu (je crois honnêtement pouvoir dire que j’ai même fait un tout petit bénéfice) tout ou presque. Diverses visites encore, pendant que l’abbé Isaac préside à la journée de jeûne organisée à l’église en vue de prier pour la paix dans le pays. C’est à 11h20, bagages bouclés, que j’ai pu enfourcher mon vélo. Dieu est grand, j’ai pu arriver à Kono juste avant qu’un violent orage n’éclate sur la région. Je suis resté sous un hangar de paille où l’on sert du café, puis j’ai salué diverses personnes tout en patientant. Vers 14h enfin, la pluie a cessé. Avec le catéchiste de Kpangou Nestor et un autre habitant du village, on est partis avec nos vélos. Nous avons affronté les hautes herbes trempées et nous barrant le passage, les pentes glissantes et boueuses, les sentiers remplis d’eau. Mais on est arrivés. Quand on trouve que c’est pénible, il suffit de penser qu’un seau d’eau très chaude vous attend, ainsi que de grands verres de thé, et vous trouvez l’énergie pour affronter tous ces éléments déchainés. C’est ce qui m’attendait à l’arrivée. Je n’ai pas tardé à me couché, il était à peine 20h,  joie et fatigue mêlée.

La matinée de vendredi, après la messe, fut consacrée à la rencontre paroissiale. Les dernières petites touches, les détails, dont les questions de nourriture : acheminer de quoi manger pour 140 personnes durant une semaine, par cette piste, ce n’est pas une mince affaire ! Les paroissiens de la localité n’ont pas peur de ça, mais il manque parfois d’énergie. Tout est entre leurs mains, et sur les porte-bagages de leurs vélos ! Et la commande est importante : 5 gros sacs plein de manioc, un sac de 25 kg de sucre, du café en grain, … il  faut au moins tout ça pour tant de monde. L’après-midi fut cool, et la soirée aussi : j’ai rendu visite à plusieurs familles et même bu un fond de nguli, cet alcool fort tiré du manioc.

Samedi matin, messe … du dimanche avec toute la communauté, puis discussions diverses avant que nous soit servi le déjeuner ; menu du jour : riz, boule de manioc pour accompagner un bon morceau de boa préparé avec du sésame. De quoi affronter les difficultés que nous réserve la route du retour. Vers 13h30, l’autre catéchiste Benjamin et moi partons pour Zacko. Il n’a pas plu, les herbes se dressent vers le ciel ; pas de problèmes en vue. Jusqu’au moment où, 3 km avant Kono, les eaux de la rivière, grossies par les pluies de jeudi, avaient tellement monté que l’étroit et long pont de bois semblait posé sur les eaux tumultueuses. Et l’accès était praticable, à condition de s’enfoncer dans l’eau boueuse pratiquement jusqu’à la taille. Ce que nous avons dû faire. Décharger le contenu du panier et le charger sur le dos, soulever le vélo. Franchir le pont tremblant plus que nous, puis redescendre dans les mêmes eaux, et marcher sur près de 300 mètres. Là aussi, on pense au café qu’on pourra boire à Kono ! Courageux, je remonte sur mon VTT, alors qu’il n’y a guère plus de 50 cm d’eau. Et là, c’est la chute. Je me retrouve soudainement à terre, le genou gauche saignant un peu. Le plus humide n’était plus moi mais la sacoche fixée au guidon. Je me relève alors que mon compagnon arrive et me trouve dans cette position fâcheuse ; rien de cassé, heureusement. Le café de Kono nous réchauffe, et on arrive à Zacko vers 16h30, alors qu’un nouvel orage menace. C’est samedi, et plein de gens achèvent à cette heure-là leur réunion. Une file d’attente s’organise alors que je n’ai pas vraiment l’envie de recevoir tout ce monde. Après quelques salutations et sujets rapidement négociés, je vais me laver, sentant bien de l’impatience chez certains. Qu’importe, il me faut déjà penser au voyage du lendemain. Je laisse les derniers visiteurs, afin d’aller voir au quartier une famille qui doit embarquer pour Bangassou. Je rentre à l’heure de la prière – 18h45 – et retrouve les confrères abbé Isaac et Ludovic, bréviaire en main, assis dans les fauteuils. Nous prions ensemble puis partageons le diner, échangeant des nouvelles de nos rencontres.

Dimanche matin, c’est moi qui préside la messe, et c’est Isaac qui prêche. Comme ça, je me repose un peu ! Puis pendant une heure et demie, c’est à nouveau le défilé dans mon bureau : le mari malheureux (cf. supra), le cuisinier qui veut son salaire de congés payés, une femme qui demande que je bénisse la croix 5 couleurs qu’elle vient d’acheter, les conseillers et les problèmes de quête, … Les familles des jeunes de Zacko résidant à Bangassou apportent une enveloppe, des sous, des produits de leurs champs, afin de nourrir leurs chers petits. À midi, nous pouvons enfin passer à table, alors que nombre de servants d’autel attendent notre départ pour rentrer chez eux. Les passagers en partance pour Bangassou s’annoncent : la maman, sa fille et son bébé né avec un pied tordu ; Dieubéni, âgé de 12 ans, qui a un bec de lièvre, et son père le catéchiste Désiré. Eux vont à Bangassou afin de rencontrer le chirurgien Michel Onimus, spécialiste de ce genre de cas, et qui viendra à Bangondé à la fin du mois. Il y a aussi un couple de vieux dont le mari souffre d’une plaie purulente à la tête. Et puis André, dont la plaie à la jambe ne guérit pas. Devant à côté de moi se serrent Isaac et Ludovic. On quitte la maison vers 13h30, faisons une pause à Kono afin de prendre les produits des champs collectés par les parents de Frédéric et Emmanuel. Arrêt à Damba, où nous découvrons avec joie que le camion de PAM est enfin sorti de son trou. Mais le chauffeur nous dit que l’eau est entrée dans le circuit d’huile, et qu’il lui faut purger, et surtout retrouver suffisamment de litres pour continuer sa route. Bakouma nous attend, nous y entrons vers 16h45. Les sœurs nous attendent pour la prière et le repas. Sœur Blanca est montée sur ressort : elle part pour 5 mois de congés dans son pays, le Guatemala. Ça fait 3 ans qu’elle est arrivée en RCA. On peut comprendre son impatience, et sa joie ! Après le diner, soirée Télé pour les trois hommes : le match Lyon Marseille nous a enchantés !! Ce fut superbe ! 90 minutes de plaisir, et de suspense !!!

Ce matin, départ vers 8h, et arrivée ici à 12h, 150 km plus tard …

Je viens à Bangassou pour la rencontre du Conseil des Consulteurs qui se déroulera demain mardi, et pour la rencontre diocésaine pastorale qui commence mercredi et dure trois jours. C’est l’occasion de lire les mails, d’entendre la voix de amis, de réfléchir avec les confrères, de souffler aussi.

Avant d’ouvrir le chapitre 24 !!!!

 

 

Par Père Michel Chidaine
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 14:28

             VENDREDI 25 SEPTEMBRE, 20h10

 

                Un nouveau chapitre s’ouvre ce soir. De retour à la maison, je prends le temps de la relecture, de la synthèse, de la réflexion, assis au bureau devant mon PC toujours un peu capricieux. Je souffle un peu ce soir, alors qu’il ne fait pas vraiment frais. Il faut attendre 21h ou même plus tard pour qu’un petit air frais envahisse lentement la maison en s’infiltrant à travers les lames de verres (les fameux nacos) grands ouverts. L’orage gronde ; la pluie tombera-t-elle cette nuit ? Mis à part la nuit dernière où à peine trois gouttes sont tombées, il n’a pas plu ici depuis samedi dernier. Pourquoi est-ce que j’insiste là-dessus ? Et bien parce que dans le même temps, il a plu à Bangassou presque chaque jour dans cette même période, dont très abondamment à deux reprises, samedi puis lundi, chaque fois quasiment toute la journée. On est ici plus au Nord, plus haut aussi, et ici, pas de grands fleuves. Le climat est bien différent. D’ailleurs, cette année, il n’a pas autant plu que l’an dernier. Ainsi le manque d’eau en juin a été fatal aux cacahouètes, les fameuses arachides qu’on déguste sous diverses formes tout au long de l’année. Le cours de la cacahouète va flamber. Peut-être que les gens de Romagnat vont réagir (bon, ça c’est pour les Auvergnats qui savent !!!). En tout cas, c’est une vraie préoccupation pour les gens d’ici. C’est en effet un aliment qu’on peut garder un an ou davantage dans des grands sacs. On les sort de leur enveloppe au fur et à mesure des besoins en huile, en sauce, en pâte d’arachide, ou simplement grillées. La pluie, c’est cependant la plaie pour les pilotes comme moi qui sillonnent les pistes. L’an dernier à pareille époque, notre axe Bakouma - Zacko était un vrai champ de boue par endroit (lire ou relire le chapitre 13 !!!). Cette année, il n’en est rien. Je suis rentré hier sans souci, alors que j’étais intérieurement un peu stressé à l’idée de devoir affronter telle ou telle partie de ces 60 km. Singila na Nzapa, merci à Dieu !

                Le chapitre précédent s’achevait au moment où je commençais un séjour à Bangassou. La rencontre des prêtres du diocèse fut un bon moment de travail et de fraternité. Mais autant l’écrire tout de suite, le climat n’est pas franchement serein. Certains abbés campent sur des positions d’après moi difficiles à comprendre, difficiles à recevoir. Crispations qu’ils expriment clairement, mais sans qu’il n’y ait quoi que ce soit de recevable pour eux, et venant de la part de confrères ou de l’évêque lui-même. Ils sont peu nombreux - 4 tout au plus -, mais c’est lourd quand même. Ce le fut particulièrement lors de la matinée de vendredi lorsque l’évêque a lu les lettres de nomination. Certains ont reçu la lecture du document et le changement expliqué, comme une sanction. Monseigneur Aguirre a bien redit que le fond du problème est bien celui des comportements scandaleux de certains prêtres du pays ; il ne faut pas noyer le sujet en avançant d’autres questions et problèmes visant à faire oublier le vrai problème. Les lettres cosignées par nombre d’abbés n’ont fait qu’attiser le feu. Loin d’apaiser tout ça, certains abbés du diocèse ne regrettent rien. Dur pour l’évêque, et même pour les autres abbés et aussi pour les religieux missionnaires des différents continents. Bien entendu, les laïcs ne comprennent pas non plus cette radicalité de position. Espérons-en demain !!! Le bon sens, c'est-à-dire le sens de l’Église, saura émerger dans le cœur des prêtres et des laïcs, et on saura trouver des chemins de réconciliation en profondeur.

Nos échanges sur l’année sacerdotale ouverte par Benoit XVI, le synode pour l’Afrique qui s’ouvre à Rome en octobre, la rentrée dans nos paroisses, ce furent quelques-uns des sujets que nous avions au menu de cette session. Je fus d’ailleurs au centre du débat qui a concerné ce dernier chapitre, ayant été convié à présenter ce qui s’engage dans tout le territoire de la paroisse St Joseph de Zacko. J’ai partagé ce qui se vit avec les laïcs ici, témoignant de ma manière de faire avec le Conseil, à savoir que ses membres travaillent avec moi, et même en mon absence, afin que tout se mette en place pour le lancement de notre année pastorale, prévue le 11 octobre.

Concernant les nominations, c’est donc le grand séminariste Ludovic Takwali qu’on a confié pour cette année à la paroisse, afin qu’il découvre le ministère et se prépare à vivre les dernières années d’études avant l’ordination diaconale puis presbytérale. C’est avec lui que je suis arrivé à Zacko, hier jeudi.

 

 

 

 

                Lundi 28 septembre, 18h

 

                Dehors, assis dans les fauteuils sur la terrasse, Ludovic et quelques jeunes jouent aux cartes ; c’est ainsi que je les ai retrouvés, à mon retour de fungu, où j’avais été à vélo vers 16h30. Au retour, je suis passé chez Honorine, à qui j’ai demandé de préparer un popoto géant pour demain 29 septembre, jour de fête des archanges Raphaël, Gabriel et Michel.

                À Bangassou, j’ai consacré beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, et … beaucoup de patas (le sou local) à l’emménagement des garçons dans la maison : achat de bancs, de table, d’ustensiles divers en complément de ce que les parents avaient donnés. J’ai aussi rendu visite à trois reprises à Clémence et Joséphine, deux femmes de Zacko atteintes de la lèpre et qui sont à Bangondé depuis près d’un an. Je leur ai porté ce que leurs familles m’avaient confié pour elles, et j’ai rédigé les lettres qu’elles souhaitaient faire parvenir à Zacko. J’ai rendu visite aux malades atteints du SIDA et à ceux qui les accompagnent. À l’orphelinat, j’ai aussi passé pas mal de temps afin qu’Ousmane se situe bien dans le lieu avec ses nouveaux amis. Comme deux d’entre eux sont dans sa classe en CM2B à l’école Antoine-Marie, ça facilite les liens, la complicité. Pas évident pour ces gars qui quittent Zacko et leurs familles pour la première fois, de se trouver à l’aise dans ces lieux nouveaux, dans cette ville si différente de celle où ils ont toujours vécu. Un problème a surgi au séminaire, et qui a surpris tout le monde : le petit nouveau venant de Zacko, et donc fraichement admis après avoir passé le concours d’entrée, s’est enfui, tout simplement !!! Il a exprimé son refus de venir là, que ce soit aux abbés de la maison, aux copains, ou à moi. Mais c’est quand même pas moi qui l’ai forcé à passer le concours ni à venir ici. Ni moi ni personne, sauf peut-être son père. Mais si c’est le cas, pourquoi le petit Samuel ne m’en a-t-il pas parlé, alors que j’ai pris pas mal de temps avec lui avant la rentrée ? En tout cas, il s’est organisé pour trouver une moto qui l’emmène jusqu’à Bakouma, et il est ainsi retourné à Zacko. J’ai passé du temps à contacter Gervais afin qu’il prévienne Christian, le père du séminariste en cavale. Au cours de la prière de jeudi soir à la chapelle du séminaire, j’ai remercié chacun pour sa patience à l’égard de Samuel, et leur ai dit qu’aucun n’était responsable de ce comportement irresponsable.

Dimanche 20, journée à Gbando. L’abbé Clotaire, curé de la cathédrale et du secteur, m’avait confié sa valise chapelle, celle que la famille Chidaine avait offerte, et qui venait de Tonton Jean. Que de clin d’yeux en ce dimanche ! Clin Dieu, sans aucun doute : célébrer à Gbando, dans cette chapelle que j’avais construite avec les paroissiens il y a 18 ans, grâce aux fonds versés par la famille ; célébrer avec le calice et la patène de mon oncle prêtre décédé il y a 4 ans ; célébrer en compagnie des jeunes de Zacko, que la communauté a très bien accueilli. Après la messe, on a reparlé de la fresque qui pourrait être réalisée sur le mur du chœur de l’église. Les paroissiens se chargent de faire établir un devis auprès de Maitre Anzica, le peintre local qui a réalisé tant d’œuvres dans les chapelles du secteur. On s’est rendu ensemble chez le catéchiste Alphonse, en flânant sur le pont du Mbari, le plus long pont du pays. Bien entendu, on a fait des photos ! Le repas fut somptueux, les jeunes furent ravis ! Au retour sur Bangassou, j’ai déposé les gars dans leur coloc, puis avec les trois gars de l’orphelinat qui m’accompagnaient depuis le matin, on a été faire un tour au bord du fleuve. Aucun des trois n’avait vu le Mbomou à Bangassou ; majestueux, large, profond, le fleuve est à cet endroit de toute beauté. Ousmane, Pothin et Belfort se sont émerveillés de voir aussi qu’on est aussi près de la RDC, située sur l’autre rive. Je les ai ramenés chez eux à Mama Tongolo, ce qui veut dire Mama Etoile, puisque Stella est le prénom de madame Aguirre-Munoz, mère de Monseigneur Aguirre. À 18h, j’ai repris la voiture afin d’aller partager le repas d’inauguration de la maison des jeunes. Surprise, et aussi gêne, ils ont écrit, à la craie, sur le fronton : « maison Saint Michel ». Bon, merci ; le plus beau cadeau qu’ils me fassent, c’est qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes dans les études et dans la bonne ambiance entre eux.

Lundi tentative de nettoyage et d’installation / réinstallation de mes ordis, grâce au génie du père Pedro, Combonien originaire d’Amérique Centrale. Il a la patience, et la tchatche aussi ! Et des programmes en espagnol … Bon, en tout cas, le nouveau PC lit maintenant les DVD gravés, et le PC qui m’accompagne depuis 2 ans est bien moins capricieux. C’est la débrouille, de toute façon.

Mardi matin, mise en route pour le départ. Premier arrêt : la menuiserie ; c’est en effet une fois qu’on a chargé les contre plaqués qu’on peut alors poser le fut de gas-oil ; deuxième étape donc, la station service Total. 73 litres dans le réservoir, + 200 dans le fut, + 80 litres de pétrole pour le frigo + 10 litres d’essence = 258 000 FCFA ! (395 €). Ensuite, retour à l’accueil pour le chargement des packs de bières abandonnés depuis début août faute de place, des cartons de nouilles, des pots d’olives vertes, des bouteilles d’huile d’olive et 35 kilos de sucre, tout ça en provenance d’Espagne ; il y a le matelas 140x200, les bagages de Ludovic, les 7 colis La Poste envoyés par les parents contenant des cahiers, des statuettes de Marie, des Bics, des DVD, de la purée en sachet, des dicos pour la bibliothèque, d’inévitables sacs de manioc dégageant leur inimitable odeur … Et il faut ramener la moto, conduite jusqu’ici par Vermond. Bref, tout ça et le reste trouve place dans la voiture. 10h, Ludovic et moi, on quitte la paroisse cathédrale, direction le marché afin d’acheter des roues pour le pousse, et 3 bricoles de dernière minute. Enfin nous prenons la route de Bakouma via le pont sur le Mbari. J’ai renoncé à franchir le fleuve par le bac compte tenu du chargement, et aussi de l’état de la piste après les pluies diluviennes reçues à Bangassou. En route, nous prenons Salomon, un enseignant de Zacko qui rentrait à pied à la maison. 200 km, c’est pas rien, même si on est habitué à marcher. Il était bien heureux qu’on le serre entre nous deux sur la banquette. On a fait un arrêt casse croute à PK 60 de Bangassou, où nous avons retrouvé 13 membres de Saint-Vincent de Paul, en route, en piste pour la session diocésaine organisée à Rafaï. Là aussi, il faut du courage et de la volonté pour s’engager ensemble à vivre cette rencontre qui a lieu à 350 km de chez soi, quand on a pour tout moyen de déplacement un vélo ou … ses pieds. Ils étaient joyeux d’aller retrouver les membres de leur mouvement et de recevoir une bonne formation. On aura des échos à leur retour à Zacko. Quelques kilomètres plus loin, qui croisons-nous ? Et bien Samuel, tout simplement ! Avec son père, en route pour … le petit séminaire. Vu la tête du père et du fils, ça avait dû chauffer ! Et ils ont quitté Zacko dimanche aux aurores, mais les pluies sur Bakouma lundi ont ralenti leur progression. Christian, le père, était à la fois énervé et découragé. Arrêtés sur la piste, moteur coupé ou pédales calées selon le moyen de déplacement, on a discuté un bon moment. Au père, j’ai dit que tout devrait se décider au niveau du séminaire. Je lui ai rappelé d’autre part qu’il fallait qu’il soit très à l’écoute de son fils, et j’ai dit à Samuel qu’il fallait qu’il dise en vérité ce qu’il y a au fond de lui-même. Ils ont pris la direction du Sud, nous avons pris celle du Nord, et sommes arrivés sans soucis à la paroisse St-André de Bakouma. Les abbés Abel et Martin nous attendaient, ainsi que le stagiaire Fulbert. Repos garanti, télé et téléphone. Le lendemain mercredi, matinée TP : j’ai emmené Ludovic et Fulbert à Calebasse, PK 18 de Bakouma en direction de Zacko. Là, avec les habitants, on a transporté les pierres, grâce au pick-up de Martin. Ici, ce qui est terrible, c’est que là où il y a des pierres, y en a trop. Et là où y en a pas, et bien il faut en mettre ! Alors on active le principe des vases communicants, en quelque sorte. Les pierres rassemblées à la sortie du village à l’emplacement de la nouvelle portion de piste, il faut les transporter de l’autre côté du village, là où la côte n’est que sable. Une 12è d’hommes s’est activée pour qu’on fasse rapidement les 5 rotations nécessaires. On a ensuite bu un café préparé par Hélène, et on est rentré à Bakouma pile pour le déjeuner, à 12h30. Je ne me suis pas fait prier pour la sieste ! En fin de journée, j’ai pris la direction d’AREVA, afin de partager le diner avec les résidants du camp. Agréable surprise : les 3 Sud-Af, (c’est ainsi qu’on surnomme les Sud-Africains) avaient concocté une de leurs recettes locales, à savoir un ragout de mouton. Excellent ! Assis au clair du premier quartier de lune, j’ai passé une super soirée avec les français responsables du camp, les géologues de passage ou résidants, les 3 Sud-Af. En dessert, crêpe à la mangue et crème de mangue. Trop bon ! Nos échanges furent variés, cool. Pour la petite histoire, les géologues en mission pour 1 ou 2 semaines, on les appelle chez AREVA des … missionnaires ! J’ai regagné la paroisse assez tardivement, mais les 2 stagiaires regardaient encore la télé..

Jeudi matin, top départ à 8h30. Il faut dire que la voiture était déjà chargée. Et qu’on n’avait pratiquement touché à rien ! Ludovic découvre alors la piste avec ses pentes raides, ses blocs rocheux qui entravent la circulation, ses arbres et ses hautes herbes qui ferment le paysage. On a fait une pause à Pakambala, PK 12, afin d’embarquer Alain-Maurice, le papa de Guy-Brice, et ex-responsable de la paroisse de Zacko, qui est bien malade. Il sera certainement mieux auprès de sa femme que chez sa sœur qui voulait le soigner exclusivement avec des médicaments traditionnels. Je ne sais pas ce dont il s’est agit, mais une chose est sûre : son état est pire qu’il y a 7 mois quand il y est arrivé. À Damba, court arrêt et salutations, puis arrêt plus long à Kono, notamment pour tenter de régler le différent qui m’oppose au loueur de la maison dont il n’est pas le propriétaire. Christ ne s’est pas dérobé, ce ne fut pas le calvaire. Il s’est expliqué clairement, et est venu le lendemain me rendre une partie de l’argent que je lui avais versé (un peu moins de 30 deniers). Notre arrivée à Zacko fut calme, vu que c’était l’heure de la sieste. Aimé et Rock ont aidé à décharger la voiture, puis on a mangé un truc rapide (des spaghettis à la sauce tomate). Ludovic a commencé à se familiariser avec les lieux. C’est chez lui maintenant, et pour toute cette année scolaire. Quand la chaleur fut un peu retombée, je suis allé en ville saluer les familles des jeunes installés à Bangassou. Quelle joie pour eux d’avoir des nouvelles ! Et que de remerciements. Je suis rentré à la nuit tombée.

Vendredi matin, après la messe, rencontre des responsables de chorale de la paroisse. J’aurais dû assister à l’ensemble de la réunion, mais nombre de gens sont venus, nombres de choses étaient à régler, et ceci dès la fin du petit dèj. C’est comme ça chaque fois que je reviens après quelques jours d’absence.

 

                VENDREDI 2 OCTOBRE, 13h20

 

                Que le temps passe vite ! Je me remets à l’ouvrage après le déjeuner, au lieu de sacrifier au traditionnel rituel de la sieste. Il faut dire que j’ai émergé de mon lit à … 8h30 (local time !!!) Rassurez-vous, je suis en pleine forme, même si je soupçonne des squatteurs dans mon appareil digestif. La grasse-mat’, c’est à cause, ou plutôt c’est grasse (pardon, grâce) à la météo défavorable à toute activité. Il a commencé à pleuvoir à 2h20 environ. À 5h30, c’était encore si fort que je ne risquais pas de me rendre à l’église. Ni moi ni aucun autre catholique. Donc, je n’ai pas bougé, me suis rendormi, et bien réveillé vers 7h15, et afin de contrecarrer le bruit de la pluie sur les tôles, je me suis mis le casque sur les oreilles, et JJG dedans. Et en route pour 1h30 du DVD n°2 d’ « Un tour ensemble ». Vers 8h30, le concert « live » étant terminé, mais pas encore celui de la pluie, je me suis rendu à la salle à manger et là, j’ai compris que cette matinée serait placée sous le signe du bricolage : il pleut dans la maison, dans le salon et les deux chambres d’accueil. Aidé du tout nouveau grand escabeau offert par « Fundacion-Bangassou », je me suis baladé avec Ludovic sur les plafonds, sous le toit. Bien entendu, Armando et Chanel ne sont pas restés au niveau du sol, trop contents de visiter les combles, qui ne recèlent pourtant aucun trésor si ce n’est des morceaux de câbles électriques et de lambris. On a repéré les fuites, causées par des pointes de tôles mal fixées ou non étanches. Il faudra un jour se balader SUR le toit ; en attendant, on a découpé les plastiques d’emballage des échelles (rien ne se perd, …) et fait ainsi des tapis anti fuite posés sur les lambris des plafonds. Ça nous a pris toute la matinée, puisqu’on a profité, à la faveur de cette pluie incessante, pour vérifier le plafond du centre polyvalent. Là, pas de surprise désagréable, tout est OK.

                Fin de semaine dernière placée sous le signe des retrouvailles avec la communauté le dimanche. La messe fut belle, la foule nombreuse dehors et dedans, ce qui a fortement impressionné Ludovic, chaleureusement accueilli par les Zackolais. Les Aïta-Kwe, (= clubs A.C.E.) dont Ludovic prend la responsabilité aux côtés des animateurs, sont heureux de pouvoir entrer dans une année qui promet d’être belle et riche. La réunion à laquelle on a tous les deux participé après la messe ouvre de bonnes perspectives. En soirée, film pour tous, avec la première partie de « Mission Cléopâtre ». Le DVD ayant calé au bout de 49 minutes, on s’est replié sur TAXI 4, qu’on a vu là en intégralité.

                Lundi, Ludovic et moi, inévitablement accompagnés de toute une bande de jeunes et d’enfants, avons bricolé dans la propriété. Au programme, nettoyage des allées pour certains, fauchage de l’herbe pour d’autres, et pour nous, fabrication du toit des toilettes du centre polyvalent. David le maçon ayant terminé un des deux bâtiments, il restait à le couvrir. On a pris les chevrons, les tôles qu’on a ajustées aux dimensions de la construction. Ces tôles qui sont les restes de la maison ou du bloc opératoire nous sont très utiles. Vers 11h, l’équipe que je dirigeais a dressé le toit sur les 4 murs, il ne restait plus qu’à l’accrocher aux murs au moyen des fers servant à l’emballage des vêtements d’occasion arrivant d’Europe sur le marché local. Pendant ce temps, les petits de maternelle prennent possession de leur nouveau cadre de vie, et ils sont heureux, croyez moi ! Et les maitresses Sylvie et Léa aussi ! Après la sieste, j’ai pris mon vélo pour un petit tous de tranquillité et une visite bienfaisante à Fungu.

Mardi, c’était le 29 septembre, jour des archanges Raphaël, Gabriel et Michel. Après la messe, j’ai offert à tous les participants (plus de 50 personnes !) un bol de bouillie et un beignet, histoire de marquer le coup ; j’avais demandé la veille à Honorine de me préparer cela, ce qu’elle a fait bien volontiers. Suite de la matinée consacrée à diverses rencontres faites à la maison, pendant que nombre de paroissiens s’activaient dans la concession pour le grand nettoyage préalable à la fête de la paroisse prévue le 11 octobre. Des plus petits aux plus grands, chaque mouvement et fraternité doit nettoyer et entretenir « ses » mètres carré. La bouillie leur a donné l’énergie pour s’activer pendant un long moment ce matin-là ! Ludovic et moi avons posé dans sa chambre le premier rideau dont le tissu fut acheté à Bangui, cousu à Charbonnières-les-Vieilles, et renvoyé par La Poste. La tringle est tout simplement un manche de pelle fabriqué par Augustin, le papa d’Hugor. Les anneaux et les crochets viennent de France. Du sur-mesure ! Après-midi foot, toujours habillés des maillots rouges et des maillots bleus de l’école Massillon. En soirée, film, c’est la fin de la trilogie Jason Bourne qui a ravi les spectateurs.

Mercredi, alors que la pluie rebondit sur le toit de l’église au cours de la messe de 6h, Ludovic et moi, qui avons déjà pris le petit dèj, sommes prêts à partir à Kono pour participer à la réunion du Conseil Général. Bien accueillis à notre arrivée par le bureau du conseil qui nous a offert le café ou le thé, on est ensuite entrés dans l’église pour une réunion qui devait durer … 6 (six) heures !!! On en est en effet sortis à 14h. En fait, il y avait tellement de difficultés qu’il a fallu tout ce temps pour remettre de l’ordre : remédier aux incompréhensions, aux jalousies ; j’ai exigé des comptes clairs concernant le Denier du Culte (et là, c’est plutôt en eaux troubles) ; j’ai demandé au catéchiste de s’expliquer sur les raisons de sa grève pendant plusieurs dimanches ; au cours de ces assemblées, il quittait l’église sitôt après le prêche ! J’ai aussi interrogé les conseillers sur les raisons du désintérêt pour leur tâche. Tout s’est dit, sans doute, et quelle ne fut pas ma surprise d’entendre que je n’aimais pas la communauté de Kono !!! Et ceci parce que je n’y étais pas venu célébrer depuis octobre dernier. C’est chaque fois l’abbé Vermond qui était venu présider ces derniers mois. Je suis resté zen, vu que ce type de propos est dénué de fondement, et je leur expliqué que je me rendais dans le même temps dans les chapelles plus éloignées, moins accessibles. Je les ai rassurés en leur disant que j’avais prévu depuis longtemps de venir ce dimanche 4 octobre. Des vraies paroles de pardon se sont échangées en fin de rencontre entre des gens qui s’étaient éloignés les uns des autres à la suite d’incompréhensions diverses. Puis le repas réunissant Ludovic, Sébastien, présidant la communauté, et moi, sonna la fin de notre visite. À 15h30, de retour à Zacko, je fonçai à l’école primaire pour la réunion d’ASKANGBA. Peu de membres présents, mais une volonté de voir avancer le projet de pisciculture. Fin de journée au calme. Ouf ! Repos, prière, repas, dodo.

Jeudi matin, 1er octobre, papa se réveille, le chiffre des dizaines ayant changé ! Bon anniversaire !!!

À 8h15, réunion à l’école primaire. Il s’agissait de voir comment faire la rentrée scolaire malgré l’absence des deux directeurs. Il fallait affronter la difficile question des finances, et de la trésorerie. On a échangé pendant plus de 3 heures sur tout un tas de sujets relatifs à l’école. Pourquoi étais-je là ? Pourquoi présidais-je à cette réunion ? Et bien pour donner l’impulsion qui manquait sans doute aux enseignants pour commencer leur travail. Et pour dire aux membres des APE présents qu’ils avaient eux aussi du travail à faire pour que la rentrée puisse avoir lieu au plus vite. Prêtre, curé de la paroisse, et aussi au cœur des soucis de l’école publique, des problèmes d’hygiène (y a pas de toilettes à l’école …) des problèmes de terrain de sport (y en a pas). Comment donner envie aux gens d’agir, avec leurs moyens, nos moyens, et sans attendre, sans toujours tout remettre à plus tard, à … jamais ? Des petits pas qui se font pour l’avenir des enfants, des familles, pour l’avenir de Zacko. Cette réunion en appelle d’autres, et j’espère nous amènera à travailler concrètement à réaliser certains projets. Dans l’après-midi, je suis allé nager dans les bassins destinés à laver le diamant. Petit moment de solitude choisie, de calme et de tranquillité avant une fin de journée où les visiteurs en tous genres se sont succédés, dont Bertrand et un autre collègue, envoyés par Aubin pour finir les petits travaux du bloc Opératoire. J’ai acheté au scieur les 3 chevrons de 5 mètres qu’il amenait sur son vélo, en vue des prochains travaux de cadre de portes ou de charpente des toilettes. Et puis j’ai reçu Marc qui a accompagné Christian rentré de Bangassou, sans son fils Samuel. Et c’est tant mieux, ça veut dire qu’il est resté au petit séminaire. On en parlé longuement ; le père a expliqué comment il a vécu ces jours auprès de son fils ; il a parlé de l’accueil excellent des abbés du séminaire, de l’évêque. Je lui ai dit combien j’étais heureux que tout prenne une telle direction. Je lui ai confessé que je n’y croyais pas beaucoup, le jour où j’ai quitté Bangassou. Tant mieux, le petit Samuel a trouvé sa place au milieu de ses copains. Et Christian et sa femme Anastasie peuvent dormir tranquille.

 

MERCREDI 7 OCTOBRE, 7h.

 

Je suis bien matinal ! Réveillé par les grondements du tonnerre, j’ai quitté mon lit à 5h15 et, après un brin de toilette, me suis assis dans un fauteuil sur la terrasse, en attendant Ludovic. Nous prions d’habitude à la grotte, mais les premières gouttes de pluie nous en dissuadent ce matin. Qu’importe, l’essentiel est d’être en communion avec les communautés du diocèse et d’ailleurs qui se réunissent à la même heure que nous. À 6h, la messe débute et quelques minutes plus tard, on ne s’entend plus ! La pluie rebondit si fortement sur les tôles que je m’abstiens d’homélie et invite l’assistance – plus de 30 personnes quand même – à se tenir autour de l’autel. Nombreux sont celles et ceux qui sont surpris, mais tous montent dans le chœur et vivent la messe avec davantage d’intérêt, sans doute. On se sépare après le chant d’envoi et chacun choisit sa technique : certains restent réfugiés dans l’église ; d’autres, prévoyants, enfilent leur vêtement de pluie ou ouvrent leur parapluie. Pour moi, le chemin n’est pas long. Je fonce, protégé par les branches des arbres qui poussent dans la propriété. Je retrouve Ludovic qui a déjà préparé la table, et nous dégustons l’excellente confiture de citron, ainsi qu’une délicieuse gelée de groseilles de Marsat (63 – Puy-de-Dôme). Viennent d’arriver dans mon bureau Chanel qui avait bravé les éléments déchainés pour servir la messe, et Mahamat, qui est arrivé pour servir, mais après « la bataille » ! Ils vont sans doute jouer au « Puissance 4 » ou aux dames, à moins qu’ils acceptent de faire un peu de lecture grâce aux livres d’enfants qui sont sur l’étagère.           

Samedi matin dernier, rencontres diverses, concernant la rentrée scolaire ici, mais aussi celle des élèves de Zacko installés en coloc à Bangassou. Les parents ont tous répondu présent à la réunion à laquelle je les ai convoqués. Même Rufin, le papa de Calvin, rentré dans la soirée du périple des Saint-Vincent-de-Paul à Rafaï, était là, malgré la fatigue. J’ai d’abord installé l’ordi sous l’arbre sur la tablette, et ai présenté les photos faites lors de notre arrivée à Bangassou. Puis je leur ai fait un état des finances concernant chaque enfant. Ce qu’ils ont versé avant notre départ, ce que j’ai avancé et qu’ils doivent me rembourser, petit à petit. Ce fut vraiment un bon moment d’amitié, d’échange. Je crois que tous ces parents sont heureux de ce qui se vit, et Rufin, qui est passé à l’aller et au retour de Rafaï à la maison des jeunes, a confirmé la bonne ambiance qui règne entre eux.

À 12h30, Ludovic et moi nous mettons à table, pensant que nos hôtes ne viendraient plus. À 13h15, alors que je buvais un café, arrive Barthélémy au volant de la voiture de Monseigneur. À son bord, 4 passagères que nous n’attendions plus : 3 médecins espagnoles et sœur Blanca, venue entre autre pour la traduction simultanée de nos conversations (eh oui, je n’ai pas habité Barcelone). Arrivée tardive parce qu’ils arrivaient directement de Bangassou. On réchauffe le déjeuner, tout en parlant de tout un tas de choses, notamment l’éloignement et l’état de la piste, mais aussi de leur travail d’ophtalmo à Bangondé. Puis on part visiter le bloc opératoire. On y a passé 2 heures, à réfléchir au réaménagement possible de l’intérieur, vu qu’il manque la salle de préparation et de repos du personnel médical. J’ai redessiné le plan afin qu’elles communiquent à l’évêque les changements nécessaires à effectuer. Avant leur départ pour Bakouma, on a visité une maison à vendre juste en face de l’église, et qui pourrait nous servir pour l’accueil de médecins. J’avoue que j’étais un peu claqué à la fin de la journée, à faire, défaire et refaire les plans d’aménagement du bloc. Il y a du boulot en perspective, si on veut ouvrir en avril 2010 (c’est le souhait de l’évêque).

Dimanche matin, 7h15, top départ pour Kono : Ludovic s’installe devant, 4 servants montent derrière, et c’est parti ! 30 secondes plus tard, top arrêt : la voiture refuse obstinément d’avancer, puis cale. Plus rien à faire, elle ne redémarre pas. Bon, il faut agir, et il n’est plus temps de faire de la mécanique. Nous regagnons la maison après avoir demandé avec humour au pasteur de l’église voisine de veiller sur la voiture, en panne devant chez lui. Pendant que Ludovic s’organise avec le catéchiste pour la présidence de l’assemblée ici, je me prépare à me rendre à Kono en VTT. Je transfère le contenu de la valise-chapelle dans un sac à dos, et m’apprête à « décoller ». Et zut, la chambre à air arrière est bien à plat ; alors que je pompe, la valve « explose ». Allez, courage, il me faut démonter, changer la chambre, et le pneu tant qu’à faire. Tout cela prend un peu de temps, et je quitte la maison à 8h15. J’ai la certitude d’arriver très en retard à Kono, mais je fonce néanmoins et parcours les 12 km en 40 minutes, après avoir franchi à pied le pont brinquebalent fait de rônier, de Machawa, et traversé les eaux tumultueuses de Gonda : le niveau est tellement haut que l’eau atteint le haut des cuisses, et le courant si violent qu’il me déporte alors que mon vélo est calé sur mon dos. Mais c’est ainsi en cette fin de saison des pluies. Pour nous tous ici, pas d’autre solution pour aller et venir. J’arrive à Kono avant 9h, alors que l’église archi bondée attend son pasteur. Les responsables et catéchistes viennent à ma rencontre et je les informe de nos soucis mécaniques, puis je demande un seau d’eau afin de me rendre présentable. Je sors du sac à dos mon costume du dimanche, et avale un excellent lait chaud hyper sucré comme ils savent le faire ici. La messe est belle, l’assemblée participante, jusque pendant la lecture de l’évangile concernant la polémique engagée par des pharisiens au sujet du mariage et du divorce. Aux propos de Jésus que je lisais, les gens approuvaient clairement, et montait une sorte de brouhaha, rare à ce moment de la messe. J’ai démarré mon homélie en développant ce fait, et ai poursuivi en essayant de garder l’attention des paroissiens par des sollicitations régulières de réaction. Après la célébration, salutations, vente de croix 5 couleurs (toujours autant de succès), rencontre avec les 2 enseignants, qui se plaignent de ne pas avoir été payés intégralement par l’APE à la fin de l’année scolaire dernière. Quand j’interroge le comptable de l’APE, il me dit que les comptes 2008 – 2009 sont clos. Puis il explique que les chefs du village ont demandé à l’APE d’être clémente à l’égard des familles qui n’ont pas payé l’intégralité de la scolarité de leurs enfants. C’est bien gentillet, cette attitude, mais concrètement ce sont les instits qui payent, et qui ne sont donc pas payés. J’ai dit que cette décision était injuste à l’égard de ces deux personnes qui ont consacré une année avec les enfants du village.. Affaire à suivre. Puis le conseil a convoqué un couple où les relations sont rendues difficiles par l’excès d’alcool chez le mari. On a passé 1h30 ensemble à dénouer ce qui était embrouillé. Au final, il me semble que le couple est reparti apaisé, et le mari bien décidé à veiller sur sa femme et leurs enfants.

Je suis rentré à Zacko vers 16h30, et me suis reposé avant d’installer le matériel permettant de voir un film ; encore et toujours « Kévin 2 », comme les enfants l’appelle ici en parlant de « Maman, j’ai encore raté l’avion ». Il y avait du monde pour rire devant la somme des gags qui se déroulent dans cette histoire rocambolesque.

Lundi matin, tout comme hier mardi, j’ai consacré une partie de la matinée à faire de la menuiserie. Travailler le bois m’a toujours plu. Et vu le nombre de tables-bancs abimés, cassés, entassés au fond des salles de classe, il y a du boulot. J’ai amené les outils et les clous, et ai été rejoint lundi par Lambert, Marc et Christian. On s’est attelé à la réparation du mobilier scolaire, certes en partie démoli mais réalisé en bois rouge très solide, et amené ici il y a 10 ans ou peut-être même davantage. Ça vaut le coup d’investir de l’énergie et quelques clous pour remettre tout cela en état. Et puis, travailler avec les parents, et en présence des enfants, n’est pas pour me déplaire. Peut-être cela développera chez certains une prise de conscience de l’entretien courant des petites choses, ce qui permet qu’elles durent. Dans l’après midi, j’ai ouvert le capot de la voiture que les jeunes amateurs du ballon rond avaient poussé la veille jusqu’à l’église. J’ai branché le chargeur en direct sur la batterie et ai tenté de démarrer. Il y a eu des ratés côté moteur ; filtre encrassé, sans doute. Finalement, ce fut un succès, couronné par un énorme nuage de fumée noire et nauséabonde qui a envahi l’église et la gorge des choristes en train de préparer la fête de dimanche. Non, ils n’ont pas apprécié, même s’ils ne l’ont pas manifesté avec virulence.. Et la voiture a démarré, et a obéi à son chauffeur. Je l’ai replacé sous « son » arbre, puis ai participé à la réunion organisée par Ludovic et Marie-Charlotte au sujet des orphelins. On a fait le tour des situations et commencé à voir les problèmes de rentrée scolaire de ces grands et petits. On a pointé les questions concernant les projets communautaires visant à donner aux familles un apport financier : élevage, culture, ce qui a démarré, ce qui est en léthargie. L’animatrice est OK, et Ludovic content de prendre cette responsabilité. 16h30, je regarde le ciel, il est clément ; on a le temps de faire un tour de sable avant la nuit. J’embarque 5 jeunes et autant de pelles petites et grandes, et c’est parti pour le confluent, où il reste du sable collecté par les paroissiens en juin. On en a chargé un bon mètre cube, qu’on a déposé vers le bloc opératoire, ce qui a permis hier à Bertrand et Romaric de finir le crépis du château d’eau et quelques réparation au niveau du bloc. En soirée, Ludovic et moi avons regardé « Michou D’Auber ».

Mardi après midi, baignade à Gonda, puis les jeunes ont accroché les nouveaux panneaux servant de clôture à notre jardin, au dos de la maison. Fin de journée assailli par les visites, notamment de conseillers émus (?) par la disparition de près de 30.000 FCFA de la caisse de la paroisse. Y en a bien un (ou plus ?) qui doit être moins ému que les autres…. Je ne sais pas comment donner suite à cette affaire ; on verra le moment venu.

 

MARDI 13 OCTOBRE, 17h50

 

L’évènement qui a concentré beau coup d’énergie ces jours derniers, c’est sans aucun doute la fête de rentrée paroissiale. L’essentiel s’est bien sûr déroulé le dimanche, mais comme dans tout grand évènement, il y a eu un avant, et un après. L’avant, ou plus justement « les avants » furent de plusieurs ordres. Les courriers envoyés à chaque chapelle par le Conseil de Zacko ont amené chaque lieu à se mobiliser correctement : envoi d’argent (bon, entre 0 Franc (pour les moins organisées) et 5000 FCFA pour les communautés qui ont tenu parole. Il y a eu l’envoi de paniers de viande boucanée, facile à conserver plusieurs jours ; l’achat de manioc en quantité, ainsi que ses feuilles, cuisinées comme des épinards.il fallut s’organiser pour avoir de l’eau en quantité sur place pour la cuisine, la vaisselle. Que d’agitation à partir de vendredi, côté espace restauration, c'est-à-dire sous l’acacia situé derrière la cuisine de Roch. Et tout au long de cette semaine, les chorales A et B ont fait résonner leurs chants dans l’église, et tout le quartier en a bien profité ! J’ai participé à cet élan de joie, tout en achevant mon travail de menuiserie à l’école primaire. Chaque jour, j’ai remis sur pied 5 à 7 pupitres en piteux état. Il me reste à fabriquer quelques pièces manquantes, pour cause de casse, ou parce qu’elles ont servi de repas aux termites.

Dans l’après midi de vendredi, rencontre avec les familles concernées par le projet orphelins. Nombreux furent les adultes présents : des veufs, des veuves, des grand-mères, des oncles ou tantes de ces petits et grands que soutient l’ONG SOLIDALE qui nous accompagne depuis l’Italie. Grâce au travail de Marie-Charlotte et Véronique, respectivement Animatrice du projet à Zacko, et Volontaire, on a évoqué les projets communs engagés par les familles visant à leur rapporter de l’argent : élevage de cabris ou de cochons, culture de manioc, … . Puis on a parlé rentrée scolaire : ORPHELINS ZACKO SOLIDALE prend en charge les frais de scolarité des enfants, ainsi d’ailleurs que ceux concernant leur santé ; les fournitures sont à charge des familles. La nuit tomba et chacun est rentré à la maison.

                SAMEDI matin, arrivée des premiers paroissiens des chapelles et du centre : les membres des bureaux des Conseils de communauté. Je les ai convoqués pour une réunion qui a duré toute la journée. Au programme : le rôle de chacun ; le fonctionnement de la paroisse ; les liens avec le curé, le diocèse ; les relations avec les catéchistes ; les finances. On a bien travaillé, et je sais que chacun a été satisfait de nos échanges. Le centre polyvalent commence à servir ainsi à autre chose que l’enseignement de maternelle, c’est bon ! La pause de midi nous a permis de déguster le repas préparé par Roch. On était quand même 25 à partager la boule de manioc et la viande fumée qui nage dans les feuilles cuites avec la pâte d’arachide. Dès le début de l’après-midi, la concession a commencé à être envahie par les paroissiens venus des chapelles les plus éloignées. Et en chantant, en dansant, ils se saluèrent, puis ces quelque 200 jeunes et adultes ont eu le plaisir de recevoir un bon repas. La pluie vers 18h nous a empêché de voir le film prévu, à savoir Ballon d’Or ; seuls quelques jeunes plus chanceux se sont installés dans mon bureau pour le visionner. Pendant ce temps, dans les deux salles du centre polyvalent et dans l’église, les gens ont déroulé leurs nattes et allumé les lampes à pétrole, indispensables pour veiller sur les dormeurs, et … chasser les mauvais esprits.

                Dimanche matin, 5h : quel ramdam devant la maison : ceux qui ont dormi dans le centre polyvalent amènent sous l’arbre les 60 bancs du lieu. Idem pour ceux qui ont dormi dans l’église. On se lève tôt, pour avoir le temps de boire un café ou une citronnelle, et s’enfiler quelques beignets, avant de se rendre à l’autre bout de la ville afin d’organiser le défilé, qui devient traditionnel chez nous.. Les choristes, les servants, chacun prépare son lieu, s’organise. Même effervescence sous l’acacia : cuisinières et protocoles s’activent. C’est indispensable, un ou des protocoles, pour « veiller sur » le bon déroulement des choses, et « surveiller » que rien ne disparaisse. Je participe activement à la mise en place des bancs et autres tablettes, sous l’arbre majestueux situé devant la maison. L’ambiance est bonne, le soleil au rendez-vous ! 8h30, le défilé s’approche ; bien organisé à son départ, chaque équipe, chaque chapelle s’est rassemblée sous sa pancarte. Au fur et à mesure de l’avancée, on entonne des chants ; chaque équipe chante le sien. Ça pourrait passer pour une immense cacophonie, il n’en est rien. L’espace entre deux groupes est suffisant pour que chacun chante ce qui lui plait. L’arrivée sur les lieux a quelque chose de magique : les gens qui les attendaient les acclament, les chorales réunies entonnent les premiers chants de rassemblement. La fête promet d’être belle. La procession se met en route : les danseuses ouvrent la marche, agitant des sortes de plumeaux faits de fil de pochon, comme disent les gens du Dauphiné. Derrière elles, les servants d’autel, puis les lecteurs habillés de leurs tuniques vertes (et non pas bleues !). Enfin Ludovic et à mes côtés, François qui porte la calebasse d’eau bénite dont j’asperge les paroissiens à mon passage. Installés sur les bancs, ou sur les tabourets amenés par les paroissiens de Zacko, tout le monde est à la fête ; et pour cause : après le mot du vice président, j’invite les chorales, l’une après l’autre, à présenter le chant qu’elle a créé pour l’occasion. C’est le délire, chaque fois qu’une chapelle, qu’un mouvement entend son nom cité dans les paroles du chant ! Les gens nommés se lèvent, applaudissent, et s’élèvent aussi vers le ciel les youyous dont les femmes ont le secret. Lorsque la dernière chorale a exécuté son chant, nous entrons alors dans la célébration proprement dite. Il est déjà 9h30. Et jusqu’à midi, nous sommes là, plus de 1000 personnes de tous âges, réunis sous l’arbre majestueux devant la maison.

Bon, je fais une pause dans la rédaction. Il est 10h40, et mon ordi HP vient de me lâcher. A 8h45. D’un seul coup, la musique qui en sortait s’est mise à bégayer, les images et les textes ont disparu. Plus rien. J‘ai tenté de l’arrêter, rien ; je me suis résolu à ôter la batterie, puis je l’ai remise, il n’a pas voulu démarrer en mode normal, mais seulement en mode sans échec ; et alors le plus terrible est arrivé : je n’ai jamais pu sauver mon travail de rédaction entamé à 8h … Le drame. Et me voilà donc à rédiger à nouveau ; je ne suis pas démoralisé, mais un peu agacé. Je pense aux lecteurs, familles et amis, aux bienfaiteurs, et ça me donne du baume au cœur !

Donc je reprends le fil de l’histoire sur le PC ACER.

L’offertoire est un temps particulièrement festif, et avant que les gens ne se lèvent pour apporter leur offrande en dansant au rythme des instruments et des chants, les danseuses ouvrent la procession, suivies par les servants dont Armando, qui porte la nappe d’autel réalisée pour l’occasion, et sur laquelle est écrit : « é mu lege so Yingo ti Nzapa a fa na é », « nous prenons le chemin que nous indique l’Esprit de Dieu ». À la fin de la messe, chaque communauté repart avec sa nappe, afin d’être en communion avec les autres lieux, au long de cette année pastorale qui s’ouvre en ce jour. Et puis c’est l’occasion de remettre une nappe propre et neuve à chaque lieu, et ça c’est pas du luxe !

Après la messe, repas préparé par une équipe composée de gens des différents lieux. Les conseillers de Zacko s’en sont vus pour qu’on ait de la viande pour tout le monde ; c’est à 5h du matin qu’ils ont pu négocier de belles pièces de vache fraichement abattue pour 62.000 FCFA ; et le boucher est venu découper sur place ces kilos de viande que cuisinaient dans la foulée les femmes préposées à ce travail ; c’est en effet aux hommes qu’est réservé la confection de la boule de manioc, tant est conséquent l’effort demandé, vu la taille des marmites. Une petite chose qui m’a agacé, et qui s’est terminé avec humour (de Dieu !) : on est venu me dire qu’il ne restait plus de viande, alors que les pauvres n’avaient pas encore été servis. Et là, je découvre, dans un plat un peu caché, les meilleurs morceaux de la vache, bien cuits, et surtout bien gardés pour … les cuisinières et les conseillers. J’ordonne donc que soit préparée pour ceux qui n’ont pas été servis, une quantité suffisante de viande. Et me suis chargé moi-même de les servir. Mais je n’ai pas voulu participer au repas, déçu par cette attitude qui n’honore pas des gens responsables. J’ai avalé une banane et un morceau de pain, puis suis allé sur le terrain de foot, pour le tournoi Danseuses / Aïta-Kwe / Servants ; de 15h à 17h30, j’ai arbitré tous les matchs. Ludovic nous a rejoint, en tenue de sport, et a joué avec les Aïta-Kwe, ce qui a rendu un tout petit peu jaloux les autres joueurs ; et le résultat fut étonnant : égalité parfaite ; une victoire et une défaite chacun, et trois buts marqués. A la nuit tombée, on a regardé le film : « les petits génies ». Certains jeunes et enfants, fatigués par cette longue journée, ce sont endormis sur les bancs !

Lundi, journée de formation des catéchistes, qui s’est poursuivie jusqu’au lendemain midi. Mais avant de partager avec eux le café / citronnelle / beignets, Ludovic et moi sommes allés avec Marie-Charlotte et Véronique à la rencontre des enfants du projet ORPHELINS ZACKO SOLIDALE. Il s’agissait de les inscrire à l’école. Les deux femmes ont donc fait le tour des trois lieux afin de présenter chacun à leurs enseignants, et de voir les questions de redevance scolaire. C’est Ludovic qui a animé la matinée de formation, développant le thème de l’Evangile selon Saint-Luc, qui sera le fil rouge de l’année liturgique qui s’ouvre pour toute l’Eglise catholique fin novembre. Après le déjeuner partagé ensemble, suite de la rencontre avec la liste impressionnante des « divers » : question autour des documents utilisés, et des manquants. Sujet délicat des relations catéchiste – Conseil de communauté. Les sacrements. L’enseignement de la catéchèse auprès des enfants scolarisés, et de ceux qui ne le sont pas. Tous ces sujets, et d’autres, nous ont occupés jusqu’au mardi en matinée. Et c’est en fait avant que nous ayons terminé notre travail que sont arrivés les membres de la communauté de Bakouma. On avait reçu en soirée la veille la lettre écrite par Gaëtan prévenant de la venue de Max, Fulbert, Abel et lui. On les attendait donc, et Roch avait organisé le repas en conséquence. A 8h30, ils ont gravi la colline ; c’est tôt, mais il faut dire qu’ils avaient quitté Bakouma vers 4h30 ! Motivés, les gars ! Ludovic les a accueillis, leur a servi un bon petit dèj pendant que je poursuivais avec les catéchistes. Puis je les ai rejoints et on a devisé, assis à l’ombre de l’arbre, sirotant un verre de jus de citron fabriqué par les sœurs franciscaines de Bakouma. Après le déjeuner, je les ai amené à la maison que je projette d’acheter afin d’y accueillir les visiteurs et les médecins qui viendront travailler ici. Gaëtan est emballé par l’affaire ; l’évêque devrait accepter de débloquer 3.400.000 FCFA. Le gros œuvre est en place, il reste l’aménagement intérieur. C’est du boulot, mais pas trop compliqué. Et puis c’est en face de l’église, il ne devrait pas y avoir de problème d’eau ni d’électricité. En soirée, j’ai visionné un nouvel épisode de « 24h chrono ». Depuis la semaine dernière, j’en visionne un ou deux certains soirs ; ça me détends ; le casque sur les oreilles pour une qualité de son optimum, et parfois éviter le bruit sourd de la pluie sur les tôles, je m’installe dans le fauteuil, les pieds sur le tabouret. Qu’il est bon d’être au calme !

Reprise (non pas de Windows, mais du carnet), à 17h15.

Mercredi, hier donc, matinée repos et balade dans Zacko ; je suis allé au marché acheter 1kg de vache fraichement abattue, puis dans un commerce plus sérieux afin d’y trouver du lait en poudre, du Nescafé, des maquereaux, de la mayonnaise. Et oui, on trouve tout, à Zacko ! Et puis, j’ai du plaisir à prendre le temps avec les gens croisés au long de la balade. On se salue, on échange quelques mots, on parle de foot, du bloc opératoire – « ça ne peut pas manquer », comme on dit ici ! – Bien sûr, il y a ceux qui disent « mu na mbi », « donne-moi » des sous, bien entendu ; c’est toujours un peu gênant, je dois dire. Bon, je crois que ne m’y ferai jamais ; quand j’ai de l’humour, pas de souci pour l’interlocuteur ni pour moi. Mais s’il me chauffe, ça chauffe !!! C’est rare, mais ça peut arriver.

Après le déjeuner, sieste (la première de cette semaine !) puis à 15h, réunion d’ASKANGBA. Le Vice Président étant rentré, le bureau était quasi au complet. On a commencé à voir ce qu’on pouvait faire pour la fête du 1er décembre, fête nationale de RCA. En soirée, Ludovic et moi sommes allés chez Mustapha afin de voir le match France - Autriche. Allez les Bleus !!! Doménech prendrait-il la suite de Jacquet ? L’avenir nous le dira. En tout cas, sa sélection fut OK face aux géants autrichiens. 3 – 1, c’est un bon score, en bonne voie pour le Mondial ! Le salon était bondé, et l’ambiance sympa, avachis dans les canapés. Les hommes, souvent musulmans « évolués », parlaient français entre eux, et avec moi. Mustapha arborait un polo de l’OM, un original, en fan supporteur de l’équipe de la cité de la canebière. Une ambiance différente de la salle bondée d’Ousmane !

Ce matin, je me suis donc débattu avec le PC HP, puis me suis détendu en allant cuire les steaks achetés la veille. Je suis ensuite allé à Gonda, ce qui m’a fait devenir maitre nageur, Fred et Séverin voulant apprendre la brasse. On a passé un bon moment ensemble, avant de rentrer à la maison pour une réunion de travail avec ASKANGBA, au sujet du projet de pisciculture.

La nuit est tombée. Quelque part, loin, l’orage gronde. Les grillons géants emplissent le silence du soir. Les oiseaux attendent le lever du jour. JJG tourne dans le lecteur CD. Fin de journée cool.

 

                mardi 20 octobre, 7h50

 

                C’est depuis Bakouma que je termine la rédaction de ce chapitre 22.. J’y suis arrivé hier lundi à 12h30 avec Ludovic et tout un tas de passagers, certains ayant embarqué à Zacko, d’autres ayant eu la chance de nous trouver sur la piste, alors qu’ils parcouraient à pied les 60 km qui séparent Zacko de Bakouma. Qu’il est bon de venir là, afin de pouvoir téléphoner, envoyer des mails, prendre des nouvelles de France et d’ailleurs. Et puis ça change aussi de la perpétuelle agitation de Zacko !

                Vendredi matin, j’ai consacré du temps à suivre la rentrée scolaire des enfants, puisqu’avec Marie-Charlotte et Ludovic, on est allé régler les frais de scolarité des orphelins. On a versé au total près de 100.000 FCFA, entre l’école Filles et celle des Garçons ; le directeur temporaire côté garçons, Richard, nous a d’ailleurs dit : « heureusement que vous êtes là pour aider à remplir la caisse de l’APE ! » C’est en effet de cette caisse que dépend son salaire, alors la remarque est forcement intéressée … Je suis ensuite allé au centre de santé pour rendre visite à la maitresse de maternelle Sylvie. La veille déjà, vers 20h, Ludovic et moi y étions déjà allés, afin de la réconforter. Elle a écopé de plusieurs points de suture sur la tête, posés sans anesthésie (!), suite à une bagarre chez elle : elle vend le nguli, l’alcool fort fabriqué à base de manioc ; elle consomme d’ailleurs elle-même le produit … et voilà qu’un homme avantageusement servi, sans doute, doublé du fait qu’il est semble-t-il un amoureux éconduit ayant fait partie de l’histoire personnelle de la maitresse (mais cela ne nous …. !!!!) a tout simplement écrasé deux verres (vides…) sur la tête de la maitresse, qui fut aussi sa maitresse. Vides, les verres, c’est mieux, même si l’alcool fort sur les plaies, ça soigne … Donc, émoi dans le quartier, et soins soutenus afin de sauver le cuir chevelu de cette maitresse à plusieurs facettes.  Elle retrouve petit à petit le moral, mais il reste beaucoup à faire pour la sortir de l’alcool. Je suis allé ensuite chez Christian afin de reparler de son fils ayant fui le séminaire. Je l’ai trouvé apaisé, et inquiet aussi par rapport à l’avenir du petit Samuel. On a échangé un bon moment, au milieu des tissus multicolores, devant sa machine à coudre en parfait état et qui est le gagne pain (le gagne manioc) de la famille. En revenant à l’école, je croise un groupe de filles qui en tiennent une vigoureusement. Je les interroge, elles me répondent qu’elle était partie se jeter dans la rivière Zacko. Elle avait quitté brusquement la salle de classe de CE2, et ses copines ont eu fort à faire pour la ramener. Je m’approche de la fille, environ 13 ans. Elle ne parle pas, son corps est crispé. A ce moment là, elle se tient debout, entouré des autres filles. Je lui parle, elle entend. Tous regagnent la classe quand elle s’enfuit à nouveau ; un enseignant appelle alors des garçons de CM2 (âge moyen 14 - 15 ans) afin qu’ils la retiennent au sol. Je viens auprès d’elle et me rend compte qu’elle dégage une force extraordinaire. Les 4 gars pourtant costauds ont du mal à la maitriser. Elle se met à parler et crie : « laissez moi, elles m’appellent ! » De qui parle-t-elle ? Et bien de ce qu’on appelle ici en français les sirènes. (cf. Ulysse) Les génies du mal qui sont dans l’eau, et qui attirent ainsi des jeunes et des adultes, afin qu’ils se suicident. Mystérieuse Afrique où les esprits de l’eau commandent en maitre. La mère de la fille est sujette aux mêmes troubles, aux mêmes appels, et pour elle aussi, il faut des hommes costauds qui sachent la retenir. La discussion qui a suivi avec deux enseignants fut intéressante : comment concilier réflexion intellectuelle et scientifique, avec de tels évènements qui sont relativement fréquents ? Comment concilier foi en Christ, foi en Dieu, et puissances obscures qui détruisent l’Homme ? Peu de réponses à nos questions, mais une recherche à poursuivre. C’est en revenant de l’école que j’ai entendu arriver la voiture d’Eric. Le chef de la sécurité AREVA BAKOUMA est rentré de congés. Et il m’amène (ô joie !) les pièces neuves pour mon VTT ! Ça, ça met du baume au cœur ! Et il y a du bricolage en perspective ; reste à trouver le temps. On passe à table, et au cours du repas, il me donne des nouvelles de sa famille, de son séjour. On parle du pays, des projets qu’engage AREVA pour la zone, notamment les tables-bancs des écoles. Il quitte Zacko vers 14h, ramenant à Bakouma le chef de secteurs primaire venu avec lui, et qui a animé une rencontre rapide avec les maitres parents qui sont seuls aux commandes de l’école, puisqu’aucun des deux directeurs n’est arrivé. Peu après leur départ, réunion du Conseil de la paroisse ; bilan (positif) de la fête de rentrée, et épineux problème de comptabilité, non encore résolu.

                Samedi matin, la pluie a retardé le démarrage de la rencontre de l’APE de l’école maternelle, qui s’est bien passée. On a évoqué les enfants, les frais de scolarité, les questions matérielles, le rapport de rentrée à rédiger et à remettre à sœur Blanca pour le 5 novembre. Et puis on a réfléchi à l’inauguration du centre polyvalent. C’est dans l’air, il faut voir si les autorités municipales sont présentes en ce moment. On fera probablement ça un matin, afin de servir ensuite le café ou la citronnelle aux participants. A mon retour à la maison, alors qu’une fine pluie continue de tomber, je réalise qu’il me faut tester l’état de la voiture. Histoire de ne pas me retrouver dans la même situation que 2 semaines auparavant, lorsque nous avions voulu partir à Kono pour la messe. Grand bien m’en a pris, puisqu’elle a démarré au quart de tour, et s’est arrêté aussitôt après. Problème d’arrivée de gas-oil, c’est sûr. J’ai commencé à mettre le nez dans le moteur, puis ai décidé d’attendre la venue de Mahamat, un mécano qui nous a déjà rendu service. C’est après le déjeuner que je me suis penché sur le problème du VTT. Les pièces qu’Eric a amenées correspondent à mon vélo, j’ai donc commencé à le remettre en état. Mais j’ai été interrompu par l’arrivée de Mahamat qui venait au secours de la voiture. On y a passé tous les deux près de 2h, pour un résulta convaincant ; nous avons pu nous rendre à Bamara sans soucis le lendemain dimanche pour la messe, le repas, les visites, la réunion de l’APE locale, afin de motiver les gens à terminer la construction du bâtiment en paille servant d’école. Les danseuses de Zacko qui nous ont accompagné ont émerveillé les paroissiens de la communauté, par leurs danses et leur rythme. De retour en fin de journée, préparation des bagages, rangements, puis fin de soirée chez Daniel pour le retrait de deuil de son frère décédé il y a trois mois. C’est la grande fête sous le ciel étoilé : les choristes ont amené le matériel, les gens se pressent autour des tablettes où sera servi le manioc sous toutes ses formes : boule, feuilles, et … alcool !!!

La fête et belle et je m’endors même un petit moment, assis dans un fauteuil, bercé par les chants et les danses.

  

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 07:09

 

            JEUDI 27 AOUT 2009, 14h

 

            « The Corrs » accompagnent l’ouverture du chapitre 21, et une question continue de me hanter, même s’il y a bien plus grave : le chapitre 20 est-il arrivé jusque chez vous ? En effet, j’ai profité de mon passage à Bakouma pour vous l’envoyer. Mais il semble que la connexion n’ait pas été au top. D’après les coups de fil de Pat et des parents ce lundi soir, rien n’était parvenu dans leur boite. J’en saurai davantage à ma prochaine venue ; en tout cas, puisque vous lisez ces lignes, c’est que le chapitre précédent est aussi entre vos mains !!!

            Pourquoi tant de temps sépare la fin du 20 et le début du 21 ? Et bien parce que je me suis longuement absenté de la maison. Mais avant de revenir sur mon périple sportif (à plus d’un titre !), retour sur la veille de mon départ, à savoir le mercredi 19. Matinée pluvieuse ; j’en profite pour tenter de remonter le dérailleur du plateau central, cassé depuis longtemps. Misère, la pièce achetée à Clermont n’est pas la bonne. Je suis obligé de tout démonter, puisque plus rien de la mécanique cassée ne peut être remis en place, je pédalerai donc en m’aidant seulement du dérailleur arrière.  Pendant tout ce temps, et comme il pleut à verse, les enfants se pressent dans mon bureau : certains font les pitres, d’autres bouquinent, d’autres encore dansent au rythme de la cassette de musique centrafricaine fraichement achetée. La pluie cesse en début d’après-midi, et alors que j’étais sur le terrain de sport tout proche pour une partie de raquette, un paroissien arrive en courant et me dit : « abbé, des « étrangers » sont arrivés chez toi ». « Ah bon », dis-je, et je me mets en route. Et qui vois-je en haut de la colline ? Éric, d’AREVA, accompagné d’Henri, un responsable de l’entreprise. C’est un honneur de les recevoir ; un honneur pour Zacko aussi, même si beaucoup de gens ne réalisent pas encore tout à fait. Éric et Henri m’accompagnent sur le terrain ; Henri frappe à deux reprises avec la bâte, offrant 2 points supplémentaires à l’équipe qu’il rejoint, faisant la joie des jeunes en train d’évoluer autour des drapeaux. Puis nos hôtes visitent la ville pendant que je prépare les chambres, aidé d’Armando et Archina qui tels les ouvriers de la 11è heure, étaient assis sous l’arbre devant la maison, sans rien faire. Vermond étant invité au quartier, nous passons tous les trois une soirée fort agréable entre français, et la bouteille de vin rouge d’Afrique du Sud apportée par Henri est appréciée ! Au cours du repas, nos échanges sont très variés, passionnants, et on termine en terrasse avec une citronnelle au miel, sous la voute étoilée d’un clair ciel sans lune. Le lendemain matin, je les guide sur les chantiers d’or et de diamant, où les discussions vont bon train entre les invités et les ouvriers. Puis ils regagnent Bakouma, et moi je m’engouffre dans l’église afin de participer à la réunion du Conseil paroissiale qui a démarrée sous la présidence du vice président Daniel et de Vermond. En fin de matinée, j’arrive à boucler mon sac et à fixer mon panier sur la selle du VTT, avant de passer à table. Puis à 13h50, après avoir enfin réglé toutes les questions de dernière minute, je m’en vais. Destination de ce jour, et pour 2 jours : Kpangou. J’y arrive vers 16h30, après une pause à Kono qui me permet de causer avec quelques paroissiens. La piste que j’emprunte ensuite est vraiment difficilement praticable par endroit. On est en saison des pluies, et l’eau débord parfois le long des rivières, ce qui fait par exemple que je me suis retrouvé à pousser mon vélo avec de l’eau jusqu’aux cuisses, sur plusieurs dizaines de mètres. Par endroit, les herbes sont si hautes que je disparais au milieu, ne voyant quasiment rien. D’autres endroits sont des champs de boue, et j’y ai perdu une sandale, les boucles étant restées sur mon pied, la semelle restant noyée dans la boue. Heureusement que j’avais emmené une paire de tongs en plus ! Ayant repêché les morceaux, le catéchiste Benjamin de Kpangou s’est chargé de la réparer. Pendant ce trajet de près d’une heure et demie, je ne croise pas grand monde ! Ça me laisse du temps pour prier et réfléchir à divers projets de formation, à la rentrée pastorale de la paroisse. Arrivé à Kpangou, la communauté m’attend, et le seau d’eau brulante est déposé dans la douche afin que je me détende avant le café et les beignets. Puis la nuit tombe ; les gens rentrent au village, les uns venant du chantier, les autres des champs. Beaucoup viennent s’assoir devant chez Benjamin, où je suis accueilli ; ensemble, on parle de choses et d’autres ; je leur donne les salutations de la famille et raconte mes congés. On parle politique nationale, on évoque les élections prochaines, dont on ne sait en fait pas grand-chose. On parle boulot, cours du diamant, chefs de chantier, collecteurs. Puis chacun regagne son chez soi, et je ne tarde pas à m’endormir !

Le vendredi matin, messe puis début d’une grande journée de travail avec les responsables. Notre sujet, la rencontre interparoissiale Bakouma – Zacko, qui aura lieu ici à Kpangou. Je viens d’abord confirmer le travail engagé par l’équipe depuis plusieurs semaines. En effet, les catéchistes et les conseillers ont fait un gros travail d’analyse approfondie du chapitre 12 de St Marc, qui sera le support de cette grande semaine rassemblant plus de 100 personnes déléguées de chaque chapelle des deux paroisses. Puis vient le chapitre technique : montant de la cotisation individuelle et communautaire, les problèmes de logement, de pharmacie, de transport. Et l’on reparle de la nouvelle piste Kono - Kpangou, dont je ne sais plus si elle va enfin exister un jour… Mais s’ils veulent que les gens viennent, ils ont intérêt à se bouger ! Je suis quand même émerveillé par la qualité de travail de fond réalisé par les membres du comité de pilotage. Les catéchistes ont reçu des formations qui les amènent à bâtir un vrai programme de réflexion et de partage, qui s’inscrit sur une semaine complète. Quelle joie pour le prêtre que je suis de pouvoir ainsi m’émerveiller de ce qui anime les catéchistes de la paroisse.

Samedi 22 matin, messe plus solennelle, à laquelle les paroissiens répondent massivement présent. Puis les discussions diverses reprennent jusqu’au moment du repas, que je prends en toute hâte avant de partir pour Mbago. La pluie menace, je n’ai pas envie de m’attarder. 13h, je quitte donc Kpangou pour Mbago. 18 km à parcourir dans la forêt tropicale humidifiée par la saison, verte et belle, mais aussi difficile à traverser. Je mets mes roues dans celles d’Abou Ganda, passé le matin même en moto pour aller voir son chantier situé à Mbago. C’est d’ailleurs là qu’on a prévu de se retrouver. Abou doit patienter à Kpangou, le temps qu’un habitant spécialiste de la chose redresse le pont emporté par la pluie 2 jours auparavant. Je me réjouis que le pont n° 3 soit réparé avant mon passage, ça m’évitera de passer dans l’eau. Mais à peine avais-je parcouru 1 km que je me trouve à l’entrée du pont n°1, dont la moitié a quasiment disparu dans l’eau ! Après le passage d’Abou en moto, mais il n’y a pas de lien, je pense. Une des barres horizontales a cédé, et la moitié du tablier composé de fins troncs est quasi à la verticale. De l’autre côté de la berge, trois femmes rentrant des champs, la tête chargée qui de bois pour la cuisine, qui de manioc, qui de bananes, de courges, d’arachides. Elles sont affolées, et s’interrogent : « ce matin, quand on est parti, le pont était en parfait état ». Je les rassure, et me propose de les aider. Je me cale au ras de l’eau, appuyé sur le bas du tablier, et les invite à traverser en s’appuyant sur mon bras. Une des trois portant son bébé dans le dos, n’est pas rassurée, mais tout se passe bien, et après m’avoir chaleureusement remerciées, elles s’en vont annoncer la nouvelle aux habitants. Et moi je reste là, avec mon vélo couché à l’entrée du pont. Que faire ? Je tente le tout pour le tout : j’appuie les roues sur la traverse devenue la traverse du haut, je m’appuie sur celle du bas, et je fais glisser le VTT en espérant que la roue avant reste bien parallèle au cadre. Je pousse tout doucement le panier fixé au porte-bagage, je déplace aussi lentement mes pieds vers la droite, et franchis la rivière sans souci. Ouf !!! Singila ! Merci ! Je peux me diriger sans problèmes jusqu’au terminus de ma balade du jour : Mbago. Je franchis les rivières grâce aux ponts n°2 puis n°3 tout beau tout neuf. Les gués permettent à d’autres moments de traverser les eaux agitées et plus hautes qu’à l’accoutumée.

 

MERCREDI 2 SEPTEMBRE, 11h

 

            Que le temps passe vite !!! Je me remets avec joie à l’ouvrage, mais me rends compte qu’il va me falloir fouiller dans ma mémoire immédiate afin d’essayer de ne pas oublier de choses essentielles de la vie de peines et de joies des gens d’ici.

            À Mbago, le court séjour de 24h m’a permis tout d’abord d’inaugurer la maison des prêtres : c’est une case tout en paille devant laquelle les paroissiens ont planté de superbes kongo, ces longues fleurs rouge vermillon qui ressemblent à des iris d’eau. Les rencontres, comme à Kpangou, furent sympathiques, diverses, chaleureuses. Avant la tombée de la nuit, je suis allé chez Abou dont la « résidence secondaire » est ici, puisque c’est lui le financeur principal des chantiers du village. Il m’a présenté la production de ces derniers jours : 5,91 carats groupés, ce qu’annonce la balance de précision spécialement étudiée pour l’or et le diamant. 5,91 en 7 pièces, cela laisse espérer une marge intéressante pour lui et son équipe. J’ai partagé le diner avec les frères d’Abou qui, comme de nombreux musulmans du pays, sont entrés dans le temps du ramadan. On a dégusté sous le manguier le poulet en sauce et le riz qui l’accompagnait, tout en parlant boulot, projets d’avenir. Dimanche matin 23 août, la communauté catholique s’est réunie à l’église, et vu la pluie qui est tombée drue pendant la nuit, les gens ont mis du temps à rejoindre le lieu de culte. On a pris le temps de célébrer, et les choristes, malgré leur petit nombre, ont entrainé l’assemblée dans l’action de grâce. J’ai retrouvé avec plaisir les petits baptisés de mars dernier.

J’ai quitté le village à 14h30, conscient que je n’avais pas consacré assez de temps à la communauté, mais promettant d’y revenir un de ces jours. Les 30 km qui me séparent de la paroisse de Bakouma s’avèrent difficiles à affronter. La pluie de la nuit a couché les herbes hautes, fermant par endroit le passage. Les yeux rivés sur la roue (avant !) du VTT, la casquette (ASM !) enfoncée jusqu’aux oreilles et la visière protégeant le visage, j’affrontais à vitesse réduite la longue et étroite piste. Les traversées sous les grands arbres de la forêt sont rendus difficiles par le fait que le sol est très glissant. En d’autres endroits, les hautes herbes, les passages dans l’eau et la boue. Peu de répit, si ce n’est à partir du camp d’AREVA où là, on parcourt les derniers kilomètres sur une piste toute neuve, recouverte de latérite damée, ce qui permet aux tout nouveaux bus de la société de circuler aisément entre le camp et le village de Bakouma. C’est sur cette quasi autoroute que je croise Éric, qui revient de Bangassou (en voiture…) on se donne rendez-vous pour le lendemain matin, et j’arrive à la paroisse St André, fourbu et heureux de ce périple.

            La soirée avec les abbés Martin et Abel, et avec les grands séminaristes Gervil et Eugène, est un bon moment. Nos conversations reflètent aussi les incertitudes liées à la crise de l’Église Centrafricaine. Le grand séminaire va-t-il rouvrir ses portes ? Les 2 jeunes sont inquiets pour leur sort, eux qui sont entrant en 2è année. On apprend lundi que les 3è à 6è année iront étudier au Cameroun. Mais rien en ce qui concerne les plus jeunes. Lundi matin, je passe beaucoup de temps à AREVA afin de lire et d’envoyer des mails. Puis Éric me garde pour le déjeuner et je découvre une nouvelle génération de géologues ; 3 jeunes français travaillent depuis peu ici. C’est sympa de voir ces visages jeunes de compatriotes. On échange sur plein de sujets ; il faut dire qu’ils sont un peu étonnés de voir un prêtre français dans ces contrées qu’ils commencent à peine à découvrir ! Après la sieste, je continue à passer des coups de fil afin d’en savoir un peu plus sur la rentrée scolaire toute proche. Mais que c’est difficile d’avoir des infos fiables ! Côté famille par contre, les nouvelles diverses sont plutôt bonnes.

           

            JEUDI 3 SEPTEMBRE, 10h

 

            Mardi matin, 5h30, je quitte la maison de Bakouma et m’arrête à la barrière de gendarmerie afin de montrer patte blanche (dans mon grand panier, je n’ai rien à déclarer d’autres que mes affaires perso) puis c’est parti pour 58 km. Il ne pleut pas, il n’a d’ailleurs pas plu du tout pendant les périodes où j’ai eu à pédaler. Après 1 heure, soit 18 km parcouru, je m’arrête à Calebasse afin de boire un café. La conversation s’engage avec le président du club de foot, puis avec le jeune chef du village. Pendant plus d’1 heure, ils me font leur doléances, demandant tout un tas de choses, et aussi un soutien pour le travail communautaire ; je les encourage à travailler ensemble sur la route pour en nettoyer les portions abimées de part et d’autre de leur village, en échange de quoi je ferai parvenir ballon de foot, pompe, et plus tard maillots de foot. Je m’engage aussi à leur préparer des outils qu’ils viendront chercher à Zacko. Je reprends la route et fait un court arrêt à PK 30, au village de Limit, appelé aussi Dunia, c'est-à-dire La Terre. Je salue Constant qui engage la conversation sur le même thème que dans le village précédent. Je suis un peu méfiant, ayant eu des soucis de compréhension avec lui l’année dernière. Mais bon, il ne demande aucune avance, aucun matériel, alors je l’encourage et lui assure qu’à mon passage, je lui remettrai quelque chose. Le problème actuel, c’est que les réserves de produit PAM sont épuisées à Bakouma. Impossible de promettre des sacs de semoule ou de haricots, des boites d’huile, il ne reste rien. Mais le travail se poursuit, sinon, on n’aura plus de piste accessible. À Damba, 20 km de Zacko, nouvelle halte. Je donne 2000 FCFA à 3 costauds que je charge de couper un arbre qui bloque le passage 1 km plus loin. Ce sont des piétons qui me l’ont signalé. Les catholiques engagent la conversation sur un autre sujet : la création d’une chapelle. Il faut dire que ce village qui, il y a deux ans, ne comptait que deux maisons, est maintenant peuplé de plus de 30 habitants ; les maisons en paille ou en briques s’étirent maintenant le long de la piste. La terre est bonne à cultiver, et puis … « on trouve l’or au fond des ruisseaux », comme le dit la chanson « Santiano » ! Alors les gens affluent pour espérer 1 ou 2 grammes par jour qui leur rapporteront entre 8.000 et 20.000 Francs - entre 12 et 30 € -. Je me rassois sur la selle de mon fidèle destrier et arrive à Kono. Ouf ! Plus que 12 km. Je fais une halte afin de boire l’excellente bouillie de riz sucré et d’arachide. Je salue rapidement les habitants et leur assure de ma venue le lendemain. mon arrivée à la maison à 12 pile est bien sûr un évènement salué par le menuisier Cyril, par les enfants qui sont là, par l’abbé Vermond, et par les petits séminaristes de Bakouma qui ont envahi la maison pour un séjour mêlant travail, rencontre avec les abbés, et vacances avec baignades à Fungu, matchs de foot et visites diverses. Après-midi qui commence par une « douche » d’eau chaude suivie d’une longue sieste. 140 km de VTT avec bagages, sur ces pistes, les épaules le ressentent !

            Mercredi 26 août, je reprends de bon matin la piste afin de me rendre à Kono. Ma visite revêt plusieurs aspects : côté technique, c’est la réfection du pont. Depuis plusieurs jours, des catholiques s’emploient, autour de Patrice, à abattre un gros arbre dont le fût, bien préparé, pourra remplacer certains petits fûts anciens et très abimés. Et les 2 collégiens du collège technique de Bangassou travaillent à l’abattage d’un rônier dont on pourra tirer au moins 16 planches destinées à servir de tablier sur le nouveau pont. Deuxième raison de ma visite, c’est la scolarité de ces deux jeunes, Emmanuel et Frédéric. Problème principal, le logement. On cherche des solutions qui permettent non seulement à ces deux là mais aussi à d’autres de vivre dans une maison spacieuse et agréable, une sorte de « coloc » pour ados. Louer une maison à distance n’est pas une mince affaire ! Le café préparé par Geneviève, l’épouse de Patrice, me donne les forces nécessaires pour regagner le Centre. Je repars avec, sur mon vélo, un énorme kaoya accroché sur le porte bagage, un poulet dont les pattes sont entravés dans la sangle, à l’arrière. Dans mon sac à dos, d’excellentes bananes et, sous la selle, 1kg500 de poisson frais ! A ce sujet, pas de problème à propos de la chaine du froid, il ne sort pas des bacs de Picard, mais de la rivière Kono ! Je regagne la maison avec mes courses de mon « mini-market » local, et dépose le précieux chargement aux endroits adéquats. Les enfants qui s’activent à divers travaux dans la concession viennent boire un verre d’eau et échangent quelques mots, puis regagnent, qui l’atelier de peinture des bancs, qui la fauche de l’herbe, qui, pour les plus costauds, le creusement du fossé qui permettra d’enterrer le tuyau de l’eau destinée au quartier et à l’école.

Après midi raquette puis Fungu et, dès la nuit tombée, projection sur grand écran du film Spiderman 3, et diner en compagnie des séminaristes. Franck évoque alors la terrible maladie qui l’a frappé à la fin du mois de juillet. Il est devenu soudainement incapable du moindre mouvement, de la moindre parole. Hospitalisé à Bakouma, les remèdes prescrits on produit leur effet, additionnés aux médicaments traditionnels. Pour lui, pas de doute, il a été envouté, métamorphosé. Mais il a bien résisté. Plusieurs membres de sa famille ont voulu utiliser les gouttes dans ses yeux afin qu’il désigne le coupable, il s’en est catégoriquement refusé. Il a expliqué qu’il offre ses souffrances au Christ, qu’il ne veut pas qu’un innocent soit accusé à tort, et qu’il va s’en sortir grâce aux médicaments et à la foi. Il a longuement parlé de ces évènements aux autres séminaristes et à moi. Je l’ai remercié de son témoignage, et l’ai encouragé à garder la ligne de conduite qu’il s’est donné. C’est néanmoins une nouvelle plongée dans l’Afrique Centrale mystérieuse, cette discussion de ce soir-là.

Jeudi matin, les jeunes et les enfants viennent chercher les outils, les pinceaux, et chacun se met au travail ; au centre polyvalent, je prépare la peinture en mélangeant le blanc avec les colorants. Sous les coups de pinceaux des séminaristes, les bancs revêtent pour les uns, du bleu, pour d’autres du gris clair, d’autres sont mauves, d’autres encore jaunes, roses. La journée se déroule dans le calme, et j’étais en train de déguster le doux vent du soir, assis sous l’arbre avec quelques jeunes, quand le bruit lointain d’un moteur de voiture se fit entendre. Puis les phares, qui se dirigent jusqu’à nous. Allons bon, encore une visite surprise. C’est à nouveau CONASAN ! 4 personnes descendent du 4x4 pick-up : Kévin, chauffeur du diocèse, frère David, et 2 personnes en provenance de Bangui. Ils viennent voir le bloc opératoire, dans le cadre de leur tournée en province. Pas de problème pour les accueillir, sauf qu’il est 18h45, et que Rock a déjà préparé le repas pour 6. Bon, quand y en a pour 6, y en a pour 10. Euh, c’est pas vraiment vrai, en fait. Parce que nos 4 impromptus avaient la dalle ! Ils avaient quitté Bangassou à 10h, et avaient fait une courte pause à Bakouma. Et l’état de la piste est tel que l’estomac est vidé avant d’avoir parcouru les 30 premiers kilomètres. Bref, les séminaristes se sacrifient, et se rattrapent sur le pain et les sardines en boites en provenance du Maroc. Les deux Banguissois ne sont autres que le responsable de la logistique de CONASAN et le délégué du ministère de la santé. On discute un bon moment tous les trois, autour d’une citronnelle mêlée de miel.

Vendredi matin, visite en détail du bloc opératoire. Les remarques prodiguées par le délégué du ministère sont judicieuses, on risque fort d’avoir des petites transformations à faire afin notamment de permettre au corps médical de passer directement de la salle d’habillement au bloc, sans passer par le couloir. Ouvrir une porte, déplacer une cloison … ce n’est pas rien. J’en parlerai avec Monseigneur.

Après la visite, on se met d’accord pour que Kévin embarque à son bord les 4 petits séminaristes qui doivent rentrer précipitamment dans leurs familles, frère David nous annonçant que la rentrée à St Louis est prévue pour le 7 septembre. Cette année n’est pas comme les autres, c’est évident : aucune circulaire, aucun document ne nous est parvenu. La tradition orale joue à plein, mais c’est pas simple tout de même. Le 4x4 maintenant bien rempli nous quitte à 10h. Rock et moi avons juste le temps de balayer les chambres et de changer les draps : arrivent en moto l’abbé Abel Baroua et le Séminariste Gervil. À 12h30, alors que j’étais au centre de santé au chevet d’un petit de 18 mois bien mal en point à cause d’un sévère palu, Gervil lui-même vient à ma rencontre. On repart ensemble à la maison, et on passe à table. Les nouvelles de l’état de l’Église locale sont peu réjouissantes, puisqu’il n’y a rien concernant les grands séminaristes de 1ère et 2ème année. Gervil est dans l’attente de savoir ce qu’il va devenir. Abel nous partage le programme de ses interventions, auprès de choristes dans l’après-midi d’une part, et d’autre part auprès des membres de Caritas le lendemain samedi toute la journée. Après la sieste, je vaque à diverses occupations puis la soirée est cool sous l’arbre, avec une citronnelle et de la musique centrafricaine que diffuse mon lecteur de K7.

Samedi, je n’ai pas le temps de me rendre ne serait-ce que 5 minutes à l’église afin d’écouter Abel. Il y a d’abord l’organisation du repas de midi pour les 40 participants à la formation ; je me rends chez Gina afin qu’elle s’occupe de nourrir les convives. On fait le menu ensemble avec Françoise, et je leur remets l’argent nécessaire, à savoir 7.000 francs. Puis je prends le petit dèj avec les hôtes. Puis, à tout moment arrivent des gens qui viennent me voir, certains pour demander quand je me rends à Bakouma, ou Bangassou. Il y a aussi les malades qui veulent se rendre à Bangondé pour un rendez-vous avec les médecins ophtalmo qui arrivent le 12 septembre. Bref, midi arrive sans que j’y fasse vraiment attention. L’après-midi, je me rends au centre de santé pour une visite, puis je suis de prêt le travail des peintres en mobilier d’intérieur. Soirée cool au frais, préparant la messe du lendemain, au cours de laquelle l’abbé Vermond va faire ses au-revoir à la communauté de Zacko.

            Dimanche matin, l’église est comble alors qu’il n’est que 8h ; les abords se remplissent progressivement de paroissiens venus pour prier, réunis autour de leur vicaire qui vole vers d’autres horizons. La peine est lisible sur certains visages. Les mots de sympathie et d’encouragement sont manifestés après la communion, pendant l’action de grâce. L’abbé Baroua dit son petit mot, puisqu’il fête ses 28 ans de ministère. On l’appelle le vieux, et il aime ça ! Le repas est festif, puis Vermond et Abel vont saluer du monde dans les quartiers pendant que j’emmène Gervil à la découverte de Fungu. Bien entendu, la voiture est pleine d’enfants !

Lundi matin, c’est le départ des 2 motos : celle que pilote Vermond, et celle que pilote Gervil et à l’arrière de laquelle s’assoit Abel. En fait d’être assis, il expliquait qu’il a parcouru des (!) kilomètres à pied (serait-il de Marseille ???) à côté de la moto, vu, c’est vrai, combien sont difficiles les côtes en cailloutées et les descentes pleines de boue.

Leur départ effectué, je m’active avec Rock à ranger la maison afin d’accueillir d’éventuels visiteurs prévus ou imprévus, puis me repose avant de présider l’AG ordinaire d’ASKANGBA. C’est au cours de cette réunion que me parvient une lettre, apportée par un motard trempé par la pluie qui n’a cessé le long de la piste : c’est l’abbé Martin et sœur Blanca qui m’annoncent la nouvelle de l’hospitalisation en urgence de papa, au CHU de Clermont. Difficile de poursuivre l’animation de l’AG, mais je garde le cap tout en y pensant à chaque instant, et souhaitant qu’il soit déjà 19h, soit 20h en France, afin d’avoir des précisions. Je profite de la présence à ma droite du vice président, qui possède un téléphone satellitaire, pour lui demander de pouvoir m’en servir, ce qu’il accepte immédiatement. Je ne dis rien aux petits et grands que je rencontre en cette fin de journée, et m’installe un moment à la grotte pour prier. Je mange rapidement ce que je me prépare (Rock est en repos pour 3 jours) et me rends chez Gervais pour téléphoner. Ma tante que j’ai au bout du fil m’explique 2 ou 3 choses et m’invite à rappeler une heure plus tard, ce que je fais, afin d’avoir maman en direct. Comme j’aimerais être plus proche en de pareilles circonstances !

 

            SAMEDI 5 SEPTEMBRE, 20h

 

            Combler le retard en matière de rédaction du carnet n’est pas une mince affaire, puisque la vie ne s’arrête pas au moment où je ferme l’ordi ! Petit retour sur les lignes précédentes : à l’heure où j’écris ce soir, les nouvelles de papa sont bonnes. Chaque matin, j’ai tenu informée la communauté, au cours de la messe de 6h. J’ai pu avoir des nouvelles assez facilement grâce à Gervais, et ai eu la chance d’avoir toujours vu mes communications aboutir. J’ai pris le temps de partager ce que je ressentais à quelques paroissiens attentifs, et qui m’assuraient de leur soutien, et de leurs prières pour celui qu’on appelle ici affectueusement « Papa Philippe ». Entendre sa voix quelques instants m’a comblé de joie hier soir vendredi ; et puis c’était l’heure du diner chez Gervais, j’ai donc plongé la grande cuillère qu’on m’avait remise dans le plat de bouillie trônant au milieu de la tablette. La lune, pleine et splendide, nous permettait de nous voir comme en plein jour. Ces petits moments de douceur alors que l’inquiétude m’habite, que c’est bon !

 

Mardi 1er septembre, opération pont à Kono. Ceux qui ont entre les mains le calendrier Zacko 2009 risquent de dire : « encore ! » Mais qu’ils se rassurent, le travail effectué il y 1 an ½ est toujours bien valable. Mais on n’avait pas remplacé les bois constituant le centre du pont. Et là, ça devenait urgent. J’avais acheté 16 mètres de corde en ville, réuni le matériel nécessaire, et suis arrivé à 8h sur les lieux. Premier travail, après les salutations d’usage : décharger les cailloux chargés par mes passagers (6 jeunes et enfants de Zacko venus pour la balade) et destinés à renforcer les abords du pont. Puis je me suis dirigé derrière l’église afin de tirer, avec la voiture et à l’aide de la corde, l’énorme tronc taillé sur place par Patrice, Sébastien, Jonas et les 2 lycéens du collège technique qui préparent ainsi leur rentrée scolaire. Du premier coup, 4x4 actionné, la voiture a tiré le fût jusqu’au pont … ou presque ; en fait, la pluie a transformé l’accès du pont en champ de boue, et le tronc s’y est bien planté. On a donc amené les planches en rônier destinées au tablier du pont pour en faire un lit sur lequel le tronc allait pouvoir glisser et ainsi arriver à destination. Ce qui fut fait, et le résultat fut satisfaisant. Ensuite, il fallu retirer les troncs pourris sur lesquels je venais de passer ( !) et placer le nouveau. Alors là, ça a palabré ! Chacun ayant sa version des choses, chacun revendiquant la meilleure technique, (et il y avait environ 20 hommes !), on a mis un peu de temps. Mais on y est arrivé. Puis vint le temps de mise en place des planches de rônier. Et là, petit désagrément, il en manquait 6 pour parfaire le travail. Qu’à cela ne tienne, 5 gaillards partirent à 100 mètres de là pour abattre un rônier et tailler sur place les planches manquantes. Ce qui fait qu’à 15h30, tout était en place. J’avais amené ma perceuse sans fil afin de préparer les trous dans lesquels on a enfoncé de longues pointes fabriquées sur place à partir de fer à béton de 6. Deux gars qui découpent, un qui tape la pointe, deux qui plantent ces clous artisanaux, et le tour est joué. Pendant ce temps, j’ai fait avec 6 autres gars armés de barre à mine, 2 tournées de cailloux extraits du sommet de la colline, à 1km500, et permettant de renforcer l’accès au pont à chaque entrée. À 16h30, on a achevé le travail. Bon, y a eu accrochage verbal (heureusement que verbal !) entre un des 2 chefs du village et un habitant venu prêter main forte au reste des bénévoles. Mais en fin de journée, la fatigue aidant, on ne se comprend pas toujours comme en début. Patrice et Geneviève ont tenu absolument à me garder le temps d’un repas, et je peux vous dire que j’ai mangé le meilleur plat de champignons de toute ma vie ! Une cocotte archi pleine de champignons divers cueillis par le petit frère d’Innocent et Frédéric, et agrémenté d’une sauce à l’arachide. Trop bon ! Ça valait le coup de patienter. Certes on est rentré dans la nuit, genre de chose que je n’aime pas beaucoup à cause de la panne possible, d’arbre tombé au milieu de la piste.

Mercredi, j’ai eu un peu de mal à sortir du lit pour aller célébrer la messe. Mais j’ai trouvé l’énergie pour cela et pour la suite de la matinée, puisque j’ai continué de suivre le travail des enfants s’affairant aux travaux divers, et même eu le temps de rédiger quelques lignes du carnet (voir plus haut). Le Conseil Paroissial de 15h à 17h fut une bonne réunion de travail au cours de laquelle nous avons défini les grandes lignes de la fête de rentrée paroissiale qui aura lieu le 11 octobre prochain. Le thème, les idées maitresses, rien n’a été oublié. J’étais content de l’implication de chacun dans la réflexion de fond. À 17h, j’ai filé chez Jeannette afin d’établir la fiche d’Ousmane. Elle est sa tante, et l’enfant étant pris en charge par le projet orphelin, il faut faire le lien avec l’équipe de Bangassou, puisqu’il rentre en 6è au collège catholique. J’ai envoyé cette fiche permettant que le relais soit pris par l’équipe de Bangassou. J’ai parlé un moment avec elle, et en cette fin de journée de Ramadan, elle avait si faim et soif que j’en étais gêné. La nuit est tombée alors que j’étais encore à la maison, et Jeannette s’est excusée de boire et manger en ma présence. Je l’ai rassuré, bien entendu, sur le fait que je trouvais cela bien normal. En quittant la concession, Abou, Mahamat et ses frères, ainsi que les grands jeunes de la famille, étaient encore en prière sur le tapis disposés sous la paillotte.

Jeudi, matinée bricolage pour les enfants, et pour moi visites diverses et suite de la rédaction du carnet de bord. A midi, 4 peintres en mobilier ont partagé le repas préparé par Rock : il y avait Melvin, Guy-Brice, Ousmane et Mahamat. On a passé un bon moment autour de la table. Je riais, intérieurement bien entendu, en en voyant certains manger les concombres avec la fourchette dans une main pour saisir, et le couteau dans l’autre pour pousser. « Ah ! Ces trucs de Blanc », comme ils aiment dire en plaisantant ! J’aime bien ces occasions de partage en petit comité, ça permet de les connaitre mieux, d’échanger plus sérieusement aussi. La réunion de l’APE (les parents d’élèves et les maitresses de l’école maternelle) s’est tenue à 15h30 dehors à l’ombre au frais, devant nos locaux tout neufs, puisque le centre polyvalent est OK, prêt à recevoir son public de petits de 4 et 5 ans. La réunion s’est bien passée, on a vu pas mal de choses concernant la rentrée, les formations des maitresses et des membres de l’APE.

Vendredi, hier donc (ouf ! je gagne du terrain !), Odilon et Hugor ont participé à l’opération bricolage dans la maison. Il fallait reprendre différentes choses dans chacune des 4 chambres de la maison : les piquets de moustiquaire qui s’inclinent dangereusement vers le centre du lit, la tablette de lavabo qui quitte le mur, le lavabo qui tente de se faire la malle, la chasse d’eau qui vous lave les pieds … bref, tout un tas de petites choses qui, si on ne le fait pas au fur et à mesure, transforment la maison en un lieu bien peu accueillant. Les gars d’Aubin ne se sont pas trop fatigués, ayant fabriqué des chevilles avec le bois le plus tendre qu’on trouve dans le coin. Alors quand ça sèche, forcement, ça descelle ! Hugor à la perceuse, Odilon armé de tournevis, ils ont déposé les trucs brinquebalants, sorti les mauvaises chevilles, enfoncé les vraies chevilles arrivées dans les colis La Poste ou trouvées à la menuiserie de Bangassou, puis les 2 Monsieur-Bricolage de Zacko ont vissé les bonnes longues vis. C’est fait pour durer ! Quand à la chasse d’eau lave-pieds, c’est moi qui m’en suis chargé. Me voilà devenu plombier … et pour endiguer ces flots indomptables, j’ai fabriqué un joint avec un morceau de chambre à air de moto découpé au bon diamètre. Et c’est OK !!! J’ai gardé les deux jeunes à déjeuner, et on a passé un bon moment. Odilon a vécu cette année au séminaire de Bangassou, mais il a été renvoyé pour cause de travail scolaire insuffisant. Il vient de faire une première 6è à Bangassou (il doit donc remettre ça cette année) et parle bien français, et s’exerce à s’exprimer dans cette langue qui ne leur est pas assez familière. Hugor n’a sans doute pas tout saisi, et a parfois pris la parole en français, parfois en sango, très librement. Un des sujets amenés par Odilon, c’est la crise que traverse l’Église. Du haut de ses 14 ans, il a son idée sur la question. « Mais comment peut-on signer une lettre, puis deux lettres qui disent que les Blancs doivent partir ? Non, ça c’est n’importe quoi ! » Hugor a expliqué combien les gens, et pas seulement les catholiques, avaient été choqués ici de savoir que des abbés avaient rédigé et signé de tels documents. J’ai apporté mon point de vue, à savoir que rien de bon ne se construit dans le mépris des autres, le racisme. Je les ai encouragés à aimer cette Église locale qui a besoin de jeunes et d’adultes responsables, engagés sur des chemins de réconciliation et de cohésion, et qui ne rayent pas de leur mémoire des pans entiers de leur histoire !

À 15h30, la rencontre de Caritas m’a permis de rendre grâce pour le travail qui s’est effectué par les membres en mon absence. Le groupe a augmenté, le service auprès des plus pauvres s’est fait plus fort. On a aussi fait le bilan de la formation animée samedi par l’abbé Abel. À 17h45, j’ai installé avec quelques volontaires le cinéma de rue : on accroche le drap blanc sur toit de l’église, on sort les bancs, la tablette, on ouvre l’ordi, le vidéopro, on appelle les copains, et c’est parti pour près de 2 heures d’aventures dans les Antilles, avec « Flipper le Dauphin ». Ce film leur a plu, ils ont beaucoup ri, commenté les comportements des bons et des méchants, prenant parti pour les uns, réfutant les comportements des autres. Et puis, la mer, les gros poissons, tout ça leur est étranger ! Que de questions jaillissent, alors que la lune se lève sur Zacko et que défilent les splendides images du film.

Ayant eu de bonnes nouvelles de papa, je m’installe en terrasse, et sirote une tisane, savourant la luminosité qu’offre la lune qui joue à cache-cache avec moi, profitant des longues branches de notre arbre pour disparaitre, et réapparaitre.

Ce matin, comme chaque matin depuis jeudi après la messe, j’ai conduit en voiture une équipe bien singulière pour un travail bien singulier : 3 adultes et 8 jeunes costauds, armés de barres à mine, de haches, de houes, de pelles, de machettes, engagés dans un job très spécial : créer une déviation, c'est-à-dire percer dans la forêt 1 km de nouvelle piste, afin de contourner une zone complètement ravagée, ravinée par les pluies. C’est le conseiller paroissial Jacques qui est chef de chantier. En 3 jours, ils ont fait un boulot remarquable. C’en est fini pour un bon moment, ces danses et ces balancements incessants de la voiture dans la zone de Yangucinq, à 3k500 de Zacko. La nouvelle piste située à 10 – 15 mètres à droite de la précédente, est rectiligne et plane. A leur retour, j’ai chaleureusement remercié ces cantonniers temporaires, et ai généreusement contribué à leur fin de mois (pour les adultes) et à leur rentrée scolaire (pour les 8 jeunes). Cette matinée est passée à toute vitesse tant furent nombreuses les visites faites ou reçues. J’ai été à la rencontre d’un collecteur, Mustapha, que je n’avais pas vu depuis que le gouvernement avait saisi une partie de son matériel en novembre dernier. Il était parti sur Bangui. Il revient, et c’est bon pour nous ici.

À 15h, rencontre avec les parents et les jeunes qui vont vivre en coloc à Bangassou dans 8 jours. C’est bientôt la rentrée, et il faut mettre au point tout un tas de trucs concrets, à commencer par le fait que ces 7 gars ne deviennent pas mes enfants, même si c’est moi qui loue la maison. (Au fait, merci Agir Avec Zacko !) Et puis les conseils d’Emmanuel, qui a vécu cela l’an dernier à la maison Éric, a partagé son expérience et prodigué plein de conseils. Les parents se sont écoutés, ont parlé à cœur ouvert, et les jeunes aussi. Ainsi Odilon, Calvin, Hugor, Guy-Brice, Melvin rejoindront Frédéric et Emmanuel dans une maison que je loue dans le quartier Banguiville. Ça devrait être sympa. Reste à trouver un adulte qui jette un œil régulièrement, et puis, j’espère que pour la location, ça marche bien comme prévu. À la grâce de Dieu !

Ce soir, à 18h30, j’ai pris le grand plateau garni d’un repas poulet – boule de manioc et d’un plat de concombre, qu’une équipe de la Légion de Marie m’a porté à l’occasion de leur fête, afin d’aller partager le repas avec la famille de Melvin : sa grand-mère, sa maman, sa sœur Christelle et lui ont été à la fois surpris et très heureux. On a passé un bon moment, on a bien mangé (ce qui n’est pas le cas tous les jours chez eux), on a beaucoup ri, puis le chef de quartier et des voisins sont venus converser un moment au clair de lune. Avec eux on a parlé piste, déviation, accès à Mbago en VTT, tout en plaisantant. Et me voilà ce soir - cette nuit, devrais-je dire, il est 21h45 – heure à laquelle je ferme ces pages fraichement écrites, en attendant de poursuivre.

 

            MARDI 8 SEPTEMBRE, 20h00

 

            Mon ordi me fait des misères. Depuis quelques temps, le lecteur de disques est capricieux. Ça a commencé par un blocage de l’ouverture : impossible de débloquer le tiroir, sur l’écran s’affichant un truc comme : « veuillez fermer les fichiers avant d’ouvrir ». Me voilà bien embarrassé. Comme y a rien dans le lecteur, difficile de fermer quoi que ce soit. Je ne sais pas trop ce que j’ai fait, mais après avoir calé devant tant de mystères, j’ai tenté aujourd’hui d’ouvrir, et ce fut un succès … de courte durée ! En effet le DVD gravé qu’il a pourtant déjà lu à maintes reprises est bloqué dedans depuis 19h15, alors que plusieurs enfants et moi finissions de voir Taxi 4. J’ai eu le bon réflexe d’acheter un petit portable à Clermont pendant les congés, mais il refuse de lire les DVD gravés… heureusement qu’il accepte les DVD originaux ! C’est ainsi qu’un public nombreux a regardé hier soir sur grand écran le premier épisode de la trilogie « Jason Bourne ». C’est d’ailleurs au cours de la projection qu’on a assisté à un superbe levé de lune, qui a progressivement éclairé la place de l’église et la ville toute entière.

            Dimanche matin, 7h15, je quitte la maison en VTT direction Yanguhoda, à 13 km au nord, peuplé d’environ 80 habitants. J’y arrive tranquillement à 8h, et salue la communauté, particulièrement les choristes en train de préparer la messe. Puis je rends visite aux conseillers de la communauté qui sont bien malades, atteints de grippe. Avant la messe, quelques confessions, puis vers 8h50 nous entrons en célébration. 4 servants d’autels sont venus de Zacko à pied pour me seconder. Ils sont arrivés pile à l’heure pour accompagner la messe. Suite à l’Évangile du jour, j’ai longuement prêché sur les 5 sens au service de l’écoute et de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Quand on a eu terminé la messe, on s’est dirigé en procession dans le village bâti le long de la piste, afin de prier chez les malades et leur porter la communion. Toute la communauté, soit plus de la moitié des habitants, s’est mise en marche au rythme des chants, et les malades ont été heureux de ces visites et ces prières auprès d’eux. De retour à la chapelle, j’ai longuement discuté avec les catéchumènes en marche vers le baptême ; ils sont 23 entrants en 2è année, 3 qui débutent, et autant de confirmands. Quelle jeunesse ! Le catéchiste Ferdinand a du boulot. Chaque semaine, ce sont trois réunions qu’il anime de 15h à 17h. Après la causerie, repas festif en l’honneur de mon retour de congés : au menu, poulet en sauce, riz et feuilles de manioc, et bien entendu bananes en dessert. Tout le monde a pu partager ce repas vraiment communautaire. Je les ai quitté vers 13h15, heureux de ce bon moment vécu, et dans mon cahier toute une liste de choses à faire, à préparer, à trouver : un tableau noir pour les choristes, un ballon de foot pour les enfants, un livre de KT pour l’accompagnement des petits enfants, … sans oublier la longue liste des cartes de baptême à refaire parce qu’oubliées, perdues, brûlées ou mangées par les termites. Je fais une halte à Fungu, et profite du peu de gens présents pour m’allonger longuement dans l’eau chaude. Dans l’après midi, les enfants arrivent t ceux qui ne jouent pas au foot organisent des championnats de Puissance 4 (appelé aussi : 4 pions alignés c’est gagné) et de Dames. Au premier, je suis carrément imbattable. Au second, c’est plus difficile pour moi d’enchainer les victoires ! L’ambiance est bonne sur la terrasse, alors que l’orage menace. Il ne se déclarera finalement que dans la nuit, et le crachin « bretonnant » durera jusque vers 8h30. C’est à cette heure là que je me transforme en couvreur. En effet, les fuites incessantes au niveau du toit de la réserve située à côté de la cuisine nous ont fait perdre des denrées alimentaires. Ayant réuni le matériel nécessaire, Hugor et Melvin ont installé les échafaudages, et me voilà debout sur les tôles qui recouvrent le bâtiment. No souci ! La pente est douce, mes baskets pas trop usées, la surface sèche. Je prépare la nouvelle faitière que je vais positionner sur l’actuelle, mal posée et percée. J’étudie un système anti fuite fait avec la vieille faitière dont je replie les bords, et sous lesquels je fixe un long ruban de caoutchouc qui n’est autre qu’une lanière chambre à air de voiture. Tout allait bien, jusqu’au moment où le soleil a fait son apparition : j’ai commencé à cuire ! Allongé à plat ventre sur la tôle qui chauffait à toute vitesse, j’ai même attrapé de légères brûlures aux cuisses. Rien de grave, mais ça m’a bien surpris. Le travail effectué est maintenant soumis aux caprices de la météo, à savoir l’addition de vent fort et de pluies abondantes.

Après midi tranquille, et à la nuit tombante, préparation de l’installation des appareils afin de voir l’épisode 1 de Jason Bourne.

Ce matin, messe de la Nativité de Marie, puis poursuite d’activités bricolage en tout genre dans la maison et la concession, aidé d’un nombre importants d’enfants et de jeunes désireux de rendre service, et de préparer la rentrée scolaire. Les CM2 ont l’obligation d’être présents en ces jours qui précèdent leur départ pour Bangassou. Le service qu’ils rendent est aussi en lien avec les sommes d’argent importantes que j’engage pour les accompagner dans cette rentrée. Ils l’ont bien compris et ne renâclent pas à la tâche. En fin de matinée, je suis parti en VTT à la rencontre de pas mal de gens ; j’ai commencé par Didou, ce commerçant qui fait la route Bria Zacko avec un 4x4 bien amorti mais qui roule toujours. Je me suis entendu pour qu’il m’amène pour la fin de cette semaine 20 litres de Gas-oil afin de compléter mon réservoir. Je lui ai porté les 15.000 francs nécessaires à l’achat de 20 litres, soit 1€14 le litre, ainsi que le jerrican. Puis je suis passé à la mairie saluer le Maire Alain, et l’inviter à venir causer un moment à la maison. Ce sera sans doute pour jeudi. Je suis monté dans la ville chez Jeannette afin de parler de la suite à donner à l’envoi d’Ousmane à Bangassou, la prise en charge par le projet « Orphelin Zacko Solidale », mis en place depuis le début de l’année, et dont lui et d’autres enfants de la famille bénéficient. Même type de conversation avec la maman de Guy-Brice, dont le fiston entre en 6è à Bangassou, et va résider dans la maison que je loue dans le quartier Banguiville. Abou est ensuite venu à la maison afin que je lui remette le ballon et le livre de KT demandé par Simon, le catéchiste de Mbago qui travaille pour Abou dans le chantier de diamant. Abou s’y rend demain en moto. Attention, l’eau a monté partout ces temps-ci, ça ne va pas être simple !

Cet après-midi, avec deux gars d’ASKANGBA, on est allé prospecter à la limite de la ville pour voir où on pourrait lancer notre projet de pisciculture. Allez, encore un projet, un de plus. C’est ça, être président ! Le tout, c’est de savoir faire travailler ses collaborateurs ! On a déambulé le long d’Ambilo (!) avec Félix, le chef de quartier Lescoulé (!), afin de repérer les lieux propices à la création de bassins destinés à recevoir ce qui pourrait faire notre fortune … parce que, dans la discussion, quand on a parlé du creusage des bassins, les 2 compagnons m’ont expliqué qu’on allait bien évidemment laver le gravier au fur et à mesure qu’on le sortira, afin d’y trouver des diamants. Y a pas de petits profits !!!!  À mon avis, on n’est pas près de voir les poissons se reproduire dans les bassins, mais bon, on est à Zacko ! Finalement, les poissons, c’est pas encore la priorité ! A la nuit tombante, la maman de Melvin est venue en voisine pour parler avec moi de diverses choses concernant la scolarisation de son fiston à Bangassou. Comme Jeannette ce matin, elle tient ce discours : « Mon fils, abbé, je te le donne. Toi, tu sauras le garder, lui offrir un avenir ».  Que dire sinon de rappeler chacun à son rôle, précisant aussi le mien ?

 

            VENDREDI 11 SEPTEMBRE, 15h15

 

            Tiens, en tapant cette date, les évènements de New York me reviennent tout à coup en mémoire. Bon, de toute façon, il faut aller de l’avant. On ne pas passer sa vie sur terre à célébrer des jours de deuil. C’est la paix qu’il faut célébrer !!! C’est vrai néanmoins que quand les tours jumelles apparaissent dans « Maman j’ai encore raté l’avion » ou dans « Jason Bourne », ça ne me laisse pas indifférent.

Et ici à Zacko, quoi de neuf ? Et bien c’est la dernière ligne droite pour les élèves de la ville qui s’apprêtent à rejoindre le collège, qu’il soit général ou technique. Depuis le début de la semaine, les jeunes et les enfants s’activent aux 4 coins de la propriété. Au-delà du travail qu’ils font, il y a les petites sommes d’argent qu’ils accumulent en vue de la rentrée. Celle des primaires n’est pas au programme dans le territoire de la préfecture, et pour cause : la formation à laquelle tous les maitres ont été appelés, et qui devait démarrer le 15 juillet, est toujours en stand by ! Cela veut dire que ça fait 2 mois que nos enseignants du primaire chôment à Bangassou. Et cela à cause du fait que l’inspecteur académique est encore à la capitale … Quel manque de respect des personnes et de leurs familles. Certains dont des allers et retours entre Zacko et Bangassou, grâce à leur vélo. Mais que de temps perdu, et au final, le découragement. Le pays va mal, ce n’est pas nouveau. Et les hauts responsables, à tout un tas de niveaux, se foutent de leurs subalternes. C’est clair.

En début d’après midi, je bricolais une serrure cassée (vive les Vachette, pâles copies contrefaites au Nigéria …) lorsque qu’un vélo est arrivé, conduit par Olivier, séminariste entrant en terminale au séminaire St Paul de Bangui. Comme les abbés de Bakouma, son coin d’origine, sont à Bangassou, il vient partager quelques jours avec moi avant de regagner la Capitale. Je lui ai préparé le déjeuner, puis on est allé ensemble à Fungu. En fin de journée, les jeunes qui le connaissaient de l’an dernier sont venus passer un moment avec lui.

En soirée mercredi, nous avons vu la suite des aventures tumultueuses de Jason Bourne, dont l’histoire s’approche de celle de XIII.

            Reprise à 20h30, après une tisane bien française en compagnie d’Olivier.

Jeudi matin, comme chaque jour, prière personnelle à la grotte, puis messe, rapide petit dèj et répartition des tâches auprès des enfants et des jeunes qui s’activent dans la concession. 4 d’entre eux nettoient les abords de l’hôpital, désherbant et fauchant tout ce qui se trouve sur leur passage. 7 autres arrangent les abords du centre polyvalent, les uns nivellent le terrain, les autres désherbent, et dégagent les cailloux ; ce même type de travail est effectué par 2 autres qui déambulent avec une brouette dans l’espace proche de l’église et de la maison. D’autres encore, armés de faucilles locales et de machettes, coupent les hautes herbes qui profitent de la saison pour croitre à toute vitesse. Les plus grands creusent le canal jusqu’au château d’eau. À 8h50 arrive un jeune essoufflé qui me dit : « abbé, tu as rendez-vous à la phonie, un abbé de Bangassou veut te parler. » « Et à quelle heure est-il, ce rendez-vous CB ? » (lire cibi) « À 9h pile ». Là, je regarde ma montre, et découvre que j’ai 7 minutes pour traverser la ville ! Lui et moi partons en courant, longeant le marché, le centre de santé, les gargotes, sous les yeux ébahis des gens de tous âges que nous rencontrons. Il faut savoir qu’une personnalité ne se déplace pas ainsi, ici. Elle prend son temps, et si elle possède une moto, est presque toujours conduite par le chauffeur. Mais quant à courir, pensez-vous, c’est … impensable ! L’abbé qui court, et qui salue sans s’arrêter ; Damned, mais que se passe-t-il ??? Sourire jusqu’aux oreilles, je les laisse à leur pensée. J’arrive à 9h01, et entends la voix de l’abbé Fidèle, Vicaire Général. Il me contactait au sujet de notre rencontre des prêtres de la semaine prochaine. J’en profite pour demander des nouvelles de la rentrée scolaire ; elle est maintenue au 15 septembre dans les établissements catholiques, mais au niveau de Public, ça ! Fidèle me demande aussi des nouvelles de la santé de Papa, ce qui me touche beaucoup. À mon retour, je passe à la mairie, où je retrouve Melvin et Guy-Brice. Il est plus de 9h, et le maire n’est pas arrivé ; un des chefs de quartier, Félix, me conseille d’aller chez lui, ce que les deux garçons et moi faisons. Là nous découvrons, assis sous la paillotte devant la maison d’Alain, toute une troupe d’éleveurs Bororos nouvellement installés, et qui viennent se faire enregistrer. Le maire me reçoit et je peux lui exposer ma préoccupation concernant les actes de naissance de 2 des futurs colocs de Bangassou. Il me promet de faire le nécessaire. Parmi les éleveurs, le chef du village de Pombolo, celui là même qui nous avait reçu chez lui, papa, maman, Ana et moi lors de notre voyage pour Bangassou en janvier dernier !!! Bien entendu, on tombe dans les bras l’un de l’autre, sous les yeux ébahis de l’assemblée et de l’hôte des lieux ! De retour à la maison, je prépare une bouillie géante pour toute la troupe ; grâce aux dons en provenance d’Espagne, je peux aisément cuisiner cette bouillie du fond d’aide espagnol aux plus démunis, campagne 2008. Les restes d’Europe (pas périmés), ça a du bon parfois, et en plus c’est bon ! Les enfants et les adultes en raffolent ! Soudain, 1 véhicule, puis 2, puis 3 ; une moto, puis 2, puis 5 : tout ce monde se rend à l’aéroport. L’avion arrive ! Je finis de bricoler sur une porte, puis je propose à ceux qui n’ont pas engagé de course folle à pied, de monter dans ma voiture. Vous imaginez sans peine la joie ! On arrive rapidement là-haut, à 7km du centre ville. On retrouve tout ce que Zacko compte de 4X4 (c'est-à-dire 4), et la moitié des grosses motos, une dizaine environ. Et là, quelle ne fut pas ma surprise de rencontrer le pilote, un français qui répond au prénom de Jean-Paul, et que tout le monde ici appelle Paulo. « ça fait 30 ans que je fais ça » dit-il, lui qui travaille pour Minair, compagnie dont BADICA (Bureau Achat DIamant Centre-Africain), est propriétaire. L’avion repart sans tarder, l’orage menace ; et puis, il n’a pas fini sa tournée. Parti de Bangui ce matin, le Sesna 404 9 places s’est rendu à Bria, puis ici, et continue sur Sam avant de rentrer. À son bord, il embarque ici entre autre les collecteurs de diamant et d’or Mustapha et Abacar. Et parmi les bagages … ?!!

Après le déjeuner, un groupe d’enfants emmenés par Chanel et Armando guident Olivier et moi jusque dans les carrières de diamant toutes proches. Les lieux sont remplis d’eau, ça devient des sortes de piscines géantes où les enfants s’éclatent littéralement ! Ceux qui nous y entrainent sont tous deux d’excellents nageurs, ce qui n’est pas le cas des autres. Mais il y a de la place pour tout le monde, et les endroits peu profonds facilitent l’entrée dans l’eau des plus hésitants. Nous nageons un bon moment jusqu’au moment où l’orage qui menaçait passe à l’action. Nous rentrons juste à temps, vraiment ! La suite et la fin de l’après midi se déroule chez moi, alors que l’orage violent se déchaine dehors. Je leur présente l’ensemble des photos que j’ai faites pendant mes congés. Ils ont découvert Orcival et ses jeunes, ma bande d’amis et leurs enfants, Barcelone avec mon frère et sa famille, la Bretagne version St Malo – Dinard, mes filleuls, mes cousins … ils retrouvent François et ses parents. Bref, près de 2 heures de dépaysement total. Mais je ne suis pas sûr qu’Ibrahim m’ait cru, quand j’ai expliqué que la mer, c’est salé.

Le diner, Olivier et moi le partageons avec le jeune Odilon, ex-petit séminariste renvoyé pour manque de travail, et devenu un des 7 colocs. On revient sur la santé de Franck, le confrère séminariste de Bakouma ; les mauvais esprits ont encore frappé : de retour à la maison après son séjour ici, il s’est à nouveau retrouvé paralysé ; (voir jeudi 3 septembre) l’abbé Martin l’a emmené en urgence à Bangassou, afin de l’éloigner au plus vite de ceux qui lui veulent du mal, et tentent de le métamorphoser, c'est-à-dire de prendre son esprit. Notre échange sur le sujet fut long ! J’ai trouvé Olivier très serein, partageant les menaces dont lui-même fait l’objet, et affirmant, tout comme Franck, le souhait de ne pas céder à la violence. L’Afrique mystérieuse au quotidien de mon ministère, en lutte, en butte avec l’Évangile.

            Ce matin vendredi, matinée comme les précédentes : chacun à son travail. Mais les futurs 6è sont réquisitionnés pour transporter avec moi 400 briques stockées en haut de la ville, et destinées à construire les toilettes de l’école maternelle. Une brique fabrication maison, c’est lourd ; alors 400 briques, c’est bon pour 4 voyages, compte tenu de l’état de la piste et de l’âge de la voiture. Charger - décharger, c’et un gros travail. Olivier et moi menions l’équipe, et je dois dire qu’on a tous bien bossé. La bouillie fut servie en fin de matinée, quand on a eu achevé les rotations. Le maçon, lui, n’a plus qu’à se mettre au travail. Après le déjeuner, je me repose puis ouvre cette page, vite refermée pour cause de réunion avec l’équipe locale de Caritas. Les futurs 6è reçoivent en ces jours chacun 10 cahiers, autant de protège-cahiers (merci André et Aloïsia !) des Bics noir – rouge – vert – bleu (merci Massillon !), des crayons de couleurs, de papier, des règles (merci l’école de Chapdes-Beaufort !). Vous verriez leurs visages, rayonnant ! Et pourtant, il y a bien une pointe de tristesse pour ces garçons qui quittent Zacko, certains pour la première fois. Bangassou, c’est tant de mystère, et en même temps une envie folle de s’y rendre. Mais il faut laisser ce qu’on connait, ceux qu’on connait, surtout. Et ça, c’est pas facile. Ils en parlent peu. Ça viendra, peut-être ici, peut-être lorsque nous serons là-bas. Térence, lui, vient m’annoncer une grande nouvelle : entrant en 4è au collège St Pierre-Claver, il est admis à entrer aussi au Petit Séminaire. Son cheminement au groupe vocations à Bangassou lui offre cette possibilité. Il est heureux ce soir, mais doit partir demain dès l’aurore, parce que la rentrée au Petit Sem, c’est fait depuis … lundi. Mais voilà, quand on est isolé comme ici, les infos n’arrivent pas toujours comme le voudrait celui qui les envoie. J’ai fait une note en ce sens au directeur, qui saura être indulgent. Et je retrouverai Térence, l’éternel sourire aux lèvres, les yeux comme teintés de nostalgie.

 

            MARDI 15 SEPTEMBRE, BANGASSOU, 20H30

 

            Je profite d’un moment de répit pour m’atteler avec plaisir à la rédaction des dernières lignes de ce chapitre 21. Très bientôt, demain peut-être, je vais vous le faire parvenir. Et pour ne pas perdre le fil, je reviens sur les 36 heures passées à Zacko et précédent mon voyage pour Bangassou.

Samedi, la pluie a désorganisé un programme bien préparé de tâches réparties, et de choses à faire. Mais certains jeunes se sont mis au boulot de nettoyage dans la concession. Mais côté lavage de la voiture dans la rivière, c’est fichu ! J’ai pris le temps de réparer le fauteuil roulant de Claudia ; une roue avant était détachée, et un pneu arrière était sans cesse à plat. J’ai trouvé les bons boulons pour remplacer les vis trop courtes d’origine. Pour la chambre à air, problème de diamètre et de dimension ; je sais que je trouverai rien de valable. Alors j’ai décidé de la remplacer par un morceau de gaine électrique. J’ai découpé à la bonne longueur ce fin tube de plastique orange un peu épais, puis l’ai inséré dans le pneu ; j’ai ensuite rentré le tout dans la jante, et hop ! Pile Poil ! Ça roule ! Fier de ma réparation, je suis descendu chez Claudia, de l’autre côté du marché central, afin de lui rendre son bien. Quelle joie pour cette fille clouée à la maison depuis quelques jours ! Olivier m’a accompagné, et on est revenu tranquillement en saluant pas mal de gens qui sortaient après que la pluie eut cessé. À 12h30, Rock m’a dit que la soupe, composée de tout ce que notre cuisine comptait de potirons, makabo (sortes de patates douces), bananes plantains, était prête à être servie aux jeunes. C’était pour les futurs élèves résidant à Bangassou l’occasion de dire au revoir à leurs copains. On était ainsi près de 40, assis sous les arbres à côté de l’église, à déguster ce succulent breuvage dont personne n’a manqué. Puis, le soleil ayant fait son apparition, on s’est rendus nombreux à la piscine naturelle, le long de la rivière Gonda. Là, Fabien a voulu me défier à la nage rapide, mais même si je ne m’appelle pas Bernard, je l’ai pris de vitesse, sur le dos comme sur le ventre ; par contre, pour les saltos, je les ai laissé concourir, me contentant d’être spectateur attentif et fasciné par leurs gymnastiques. À notre retour, j’ai organisé le lavage sur place de la voiture, puis me suis rendu à l’AG de L’Olympique de Béal, dont je suis le président d’honneur, c'est-à-dire celui qui … crache au bassinet quand y a besoin ! Nombreux furent les joueurs présents pour cette réunion qui visait à préparer la prochaine reprise des matchs, et donc les entrainements qui vont avec. Revenant de la réunion qui se déroulait chez Issaka, face à la maison d’Abou, je sui passé chez Didou, mais le commerçant n’était pas arrivé de Bria. Une légère inquiétude m’envahit : comment vais-je parcourir la distance qui me sépare de Bangassou avec à peine 15 litres de gas-oil ? Bon, à la grâce de Dieu. Fin de journée bousculée par nombre de visites en tout genre. Puis j’ai installé un film : « Vas, vis et deviens » Je ne l’ai pas suivi, ayant une somme de boulot importante et encore des visites, mais je sais que l’histoire a plu à beaucoup de spectateurs.

Dimanche 5h30, levé afin de boucler la valise, préparer encore deux ou trois choses. Patrick, un des Servants, me dit que Didou est arrivé. Ouf, je respire ! Je démarre la voiture dont je venais de vérifier les niveaux, et me rends sur la route de Fungu. Didou dort encore, mais l’apprenti me dit qu’à 8h, ils vont décharger le 4X4. Armando et Mahamat, qui m’accompagnaient, ont pour mission de revenir à l’heure dite afin de ramener mon jerrican. Discutant avec le jeune apprenti, il me dit qu’ils ont quitté Bria à 7h samedi. Ils sont arrivés à 4h ce dimanche. 21h pour parcourir 157 km !!! Pas facile, la circulation dans la région en cette saison. Après la messe, c’est le moment des ultimes préparatifs : Rock et moi versons les 20 litres de gas-oil amenés par Didou, auxquels s’ajoutent 20 litres offerts par Mustapha, le collecteur à qui j’avais expliqué mon souci de carburant ; un de ses gars est arrivé en moto avec un bidon de 20 litres, pour moi ! Je me charge de caser les bagages un à un, afin que tout soit bien calé. Puis vient le temps des au-revoir. Des larmes coulent, discrètes. Hugor, Guy-Brice, Melvin, Ousmane quittent pour la première fois et pour plusieurs mois la ville de Zacko. Odilon et Calvin en sont à leur deuxième année à l’extérieur, ainsi que Kassim, le petit frère d’Abou, fils du défunt Moussa Ganda. Olivier rentre lui à Bangui pour la poursuite de sa scolarité. Nous voilà bien installés dans la voiture. Départ à 12h15. Arrivée à Kono 45 mn plus tard (on a donc parcouru 12 km…) et là, ce sont Manu et Fred qui embarquent. Là, on commence à être un peu serrés. Mais c’est ça, l’Afrique qui voyage. On trouve une place, on s’arrange avec les voisins, on se cale sur les sacs, entre les affaires. Et je pense au 25 élèves (au moins !) qui auraient voulu rejoindre Bangassou par ce même moyen, et qui n’ont pas trouvé de place. Eh ! C’est que j’ai pas un 38 tonnes, moi !!! A Calebasse, PK 18 de Bakouma, on fait une longue pause café afin que je discute avec les jeunes qui ont fait un formidable travail de nettoyage et de création d’une vraie belle nouvelle portion de route, ce qu’on nomme ici déviation. Je les félicite, et les encourage à poursuivre de l’autre côté de leur village. Ils sont motivés, notamment parce qu’à la clé, il y a un jeu de maillots de foot ! On arrive à Bakouma à 16h45, et les jeunes partent au marché acheter leur diner pendant que je me lave et contacte Éric à AREVA. Je m’y rends ensuite à la nuit tombante afin de lui remettre un peu de courrier et le dérailleur cassé de mon VTT. À mon retour, ils se lavent à tour de rôle sous la douche (une première pour tous !!!) pendant que je dine en compagnie de Sœur Christina, seule membre des communautés encore présente ici. Puis je retrouve mes lascars devant la télé (une première pour quelques-uns !). je les emmène dormir sur les tapis de la salle de rencontre des charismatiques.

Lundi matin, 5h : la pluie forte me réveille. Je maugrée, puisque tant qu’il pleut et jusqu’à une heure après, on n’a pas le droit de circuler en voiture. Je sors du lit à 6h et descends, sous la pluie, chez sœur Christina. Après le petit déjeuner, enfin la pluie s’arrête, on va pouvoir partir à 7h45. On s’en va à l’heure dite après avoir embarqué un élève de plus, Séverin. J’installe à l’avant, à côté de moi, les trois plus fins, à savoir Guy-Brice, Ousmane et Odilon. Ils se serrent sur la banquette et autour du changement de vitesse. C’est parti pour 140 km. « toutes les deux heures, la pause s’impose » On fait une arrêt café-feuille de manioc-banane à Banabongo, puis on arrive à Niakari afin de prendre la clé de la maison que je loue à Bangassou pour les jeunes. Et là, ça sent l’embrouille. Le mec avec qui j’ai établi un contrat m’explique qu’en fait, il y encore des gens dans la maison, mais que ça va bientôt être libre, aussi en attendant, il nous a trouvé une autre maison qui va bien, et que nous prête un gars du village. Bon, on suit la moto avec le gars dessus, moto qui tombe en panne après avoir franchi le bac. Donc on embarque le gars, Emma Siolo, bien sympa, qui nous amène devant un commerce fermé, composé de deux pièces sans communication intérieures et sans fenêtres. Déception, grosse déception chez nous 8, et chez les 4 autres passagers. Bon, le gars me dit que lui, il est OK avec le mec avec qui j’ai établi le contrat. Alors on reste là, les 7 colocs sortent leurs affaires, s’installent ; il fait beau, ça aide. Je pars accompagner les 4 derniers passagers : Kassim à Tokoyo derrière la mosquée, Séverin en ville, Olivier vers la cathédrale, et Ousmane auprès de sœur Jeanne, responsable de l’orphelinat. Ousmane a un statut particulier puisqu’il est pris en charge depuis 8 mois par le projet Orphelins Zacko Solidale, et à ce titre peut être accueilli à Mama Tongolo, l’orphelinat de Bangassou. Il est 14h30 quand j’arrive enfin à la cathédrale, et là, qui je trouve ? « Mon » séminariste Samuel, qui m’attendait. Il m’explique qu’il veut rentrer à la maison … ! Et moi qui pensait me reposer un moment avant de voir le problème de logement de mes 7 gars !!! Tant pis, me voilà à l’écoute du petit séminariste qui ne rêve que d’une chose : regagner Zacko. Je l’écoute, le conseille, appelle les deux grands avec qui il s’entend bien, à savoir Franck et Innocent. Ceux-ci m’expliquent tout ce qu’ils ont déjà engagé autour de Samuel. 2h30 plus tard, alors que la nuit tombe, je les laisse afin de saluer le directeur du collège catholique, et de retourner à la « maison » prêtée par le gentil Emma. Et là, qu’est ce que m’annoncent Fred et Manu ? Et bien que le mec qui s’appelle Christ, et avec qui j’avais fait ce contrat de location, est en fait un Judas !!!! Il n’est pas propriétaire de la dite maison ! Et vive la location par correspondance !!! Bon, passé l’agacement intérieur, je réagis et me mets en chasse, au cœur de la nuit, de gens susceptibles de connaitre des maisons à louer dans la ville. Je m’arrête auprès de Taki, puis chez Jean-Marie, et leur explique mes déboires. Ils me promettent une réponse le lendemain. De retour à la cathédrale, diner puis dodo, après deux coups de fils familiaux toujours agréables !

Ce matin mardi 15, lever à 5h15 afin d’aller célébrer chez les sœurs St Paul de Chartres, et y prendre le petit dèj. Puis à 7h, c’est la rentrée scolaire. En fait, à peine 50 élèves se présentent au collège. Il faut dire que, comme on n’a pas encore proclamé les résultats de concours d’entrée en 6è, nombre d’élèves de toutes classes restent à la maison. Mr Bapia voit qu’il lui manque d’ailleurs bon nombre d’enseignants en ce début de matinée pluvieuse. Je paye les inscriptions des redoublants Odilon et Calvin, ainsi que celle de Kassim. Je m’occupe d’Ousmane, à qui sœur Jeanne recommande qu’il refasse un CM2 afin d’entrer en 6è l’année prochaine avec un bon niveau. Bon, il est un peu peiné par tout ça, mais je l’aide à digérer la nouvelle en mettant en avant tout ce que cette proposition a de positif. Puis je me rends à l’inspection académique afin d’obtenir de savoir si mes trois cocos qui entrent en 6è sont bien admis. C’est à 15h30 qu’Honorine Balipio me porte la bonne nouvelle : Guy-Brice, Hugor et Melvin sont OK !!! Ouf, un souci de moins !!! Et en cette matinée, un autre souci me fut enlevé grâce à Taki ; il m’appelle à 9h, alors que j’étais en train de régler les inscriptions auprès du directeur, pour me proposer d’aller voir 3 maisons à louer. Il m’embarque à l’arrière de sa moto, et nous voilà partis dans les quartiers de Banguiville. La 3è qu’il me présente est la bonne. Je rencontre en effet la propriétaire, qui n’est autre que la sœur de Vincent Sangbako, ce petit dont je m’étais occupé ici il y a 20 ans, et qui est caissier général Eco-Bank à Bangui. La maison est propre, bien bâtie, composée de 4 chambre et d’un salon. Il y a les toilettes à l’extérieur. Pour la cuisine, on se met d’accord cet après-midi pour qu’elle remonte la paillotte qui s’est effondrée. Les deux grands, Fred et Manu, sont ravis. Et voilà comment ce soir, je suis soulagé !!!!

Après la sieste, j’ai ouvert les 7 colis La Poste arrivés ici pour moi, envoyés de France par les parents, avec dedans, des outils, des dicos, des livres de français, des cahiers, des Bics, des maillots de foot, des statuettes de Marie, des DVD, des couvertures, les rideaux pour la maison, de la confiture…. Bref, tout un tas de choses utiles et à donner. Et puis, tout un tas de clins d’yeux qui me mettent le sourire aux lèvres.

La fin de cette journée, je l’ai passée à l’évêché avec Monseigneur Aguirre. Que de sujets abordés en 2h30 : la crise, bien entendu, et les dialogues qui se sont instaurés avec certains abbés, malheureusement pas avec tous. Les nominations à venir pour certains confrères. La suite du chantier du bloc opératoire, le centre polyvalent, la paroisse de Zacko, diverses questions matérielles. Et puis, il m’a présenté l’émission diffusée sur la première chaine de TV espagnole le 29 août dernier, et dans laquelle on me voit sur les chantiers de diamant de Zacko, expliquant à Javier, le journaliste, le travail de mes paroissiens. J’suis un peu fier, mais pas trop, mais quand même un peu. C’est quand même la première chaine !!!!

Demain débute la rencontre de tous les prêtres du diocèse. 3 jours de travail et d’échanges sur notre ministère, en cette période de rentrée pastorale. Je resterai quelques jours encore ici ensuite, avant de regagner la paroisse.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 3 septembre 2009 4 03 /09 /Sep /2009 17:17

            ZACKO, le 7 août 2009

 

            En cette matinée pluvieuse et triste, les éclats de rire des enfants assis sur la terrasse emplissent la maison. Ils se pressent depuis mon arrivée à Zacko, et viennent demander des nouvelles des parents, des lycéens de Clermont, de François et de ses parents, bref de tous ceux qui sont venus leur rendre visite ici. Et puis ils veulent voir les photos prises pendant mes congés ; ils découvrent ainsi mes petites cousines naviguant dans la Rance, à côté de Saint-Malo. Ils contemplent les nouveaux mariés d’Issoire et d’Arlanc. Ils admirent les photos du Barça, le club où jouait Eto’o, le fameux Camerounais qui fait rêver tant d’enfants et de jeunes africains qui poussent le ballon sur la latérite ou dans les herbes plus ou moins hautes qui envahissent tout en saison des pluies. Et puis, il n’y a pas que les enfants qui se pressent à la maison ; les adultes viennent, quasi en procession, pour me saluer, demander des nouvelles. Une des questions favorites, c’est : "est-ce qu’ils ne nous saluent pas ?" Bien entendu, je réponds oui, parce que c’est vrai, tout simplement. Mais cette question montre combien il est important de transmettre le bonjour. Chacun est ainsi porteur de bonne nouvelle, garant des liens qui se tissent et qui durent. Il est nécessaire de prendre le temps du dialogue avec chacun, même s’il me faut redire bien souvent la même chose à mes visiteurs.

Quelle joie de retrouver Zacko et ses habitants, les levés de soleil, le marché et ses fruits et légumes, … et puis surtout, quelle émotion de découvrir le bloc opératoire et le centre polyvalent achevés ! En mon absence, Aubin et son équipe ont vraiment bien travaillé. Bon, c’est vrai que, dans le détail, … bref, il ne faut pas trop regarder en détail !!! Le plâtre sur les murs des pièces de l’hôpital ressemble davantage à la piste de Zacko qu’à l’autoroute Clermont – Issoire ! Mais on fait ici avec les moyens du bord et les compétences des gens. Les couleurs des deux bâtiments sont une alternance de vert, en bas, et de jaunes plus ou moins soutenu pour le haut, à partir d’un mètre. L’intérieur du centre polyvalent est vraiment lumineux, avec les plafonds en contreplaqué peint en blanc. Les bancs et tables fabriqués par le menuisier ont pris place dans le lieu, il reste à les peindre avec des couleurs vives. J’ai acheté ce qu’il faut à Bangui, les enfants les plus habiles s’en chargeront un de ces jours. En mon absence, tout ne fut pas rose du côté du matériel, et je ronge un peu (un tout petit peu !) mon frein, parce que des chutes de contreplaqué ainsi que des planche de coffrage ont disparu. Sans doute découvrirai-je autre chose. Et puis le personnel d’entretien de la concession n’entretient pas grand-chose…. Ça aussi, ça m’agace. Sur l’aspect paroissial, Vermond a été heureux de son travail ici ; en mon absence, il a assuré ! Visite de certaines chapelles, baptêmes à Zacko de bébés en juin, d’enfants et d’ados en juillet, rencontres régulières avec le Conseil et divers mouvements. Bref, ça a bien tourné. On en a longuement parlé lors de notre séjour à Bangassou et depuis notre venue ici. On est aussi revenu sur la crise qui secoue encore l’Église de RCA. Il a partagé son point de vue sur ce qu’il a vécu lors de l’AG qui s’est tenue à Bangui fin mai ainsi que sur divers aspects de ces épisodes dont on ne voit pas bien comment cela va finir.

À mon arrivée à Zacko mardi 4 au soir, je suis allé saluer la famille de Moussa Ganda, l’un des chefs de groupe de Zacko, (= chef des chefs de plusieurs quartiers) qui est décédé à Bangui le 21 juillet dernier. Il était gravement malade et venait d’y être amené quand il a trouvé la mort à l’hôpital communautaire. À l’extérieur de la concession, j’ai retrouvé plusieurs de ses enfants (il en 32 vivants), dont Abou, Mahamat, Idriss. On a évoqué les évènements de ces dernières semaines. Puis j’ai demandé à aller saluer Jeannette, l’une de ses épouses. Les garçons m’ont permis d’aller la saluer brièvement, ce qui est un fait rarissime ici. En effet en période de deuil et pour une durée de 40 jours, elles ne quittent pas la maison, si ce n’est pour déambuler quelques instants dans la concession. Quand je suis entré, Abou m’a fait assoir dans le couloir sur un petit tabouret ; mes yeux se sont habitués à la lumière, et j’ai découvert, dans la pièce me faisant face, 6 femmes assises sur des nattes, et dont les visages étaient entièrement recouverts de tissu coloré. Parmi elles, ses 3 épouses, et des sœurs de celles-ci vivant dans la même concession. Je les ai saluées, puis les ai assurées de ma prière pour elles, leurs enfants, et pour Moussa. J’ai aussi transmis les amitiés de mes parents. Jeannette m’a alors répondu, j’ai pu ainsi savoir où elle se tenait. Elle m’a remercié longuement ; j’aurais aimé la serrer dans mes bras, mais je sais que ce ne sera possible que quand le deuil sera levé, à la fin du mois d’août.

            Les visites et rencontres s’enchainent ce matin ; je me remets à la rédaction de ces pages après une interruption ; je viens de remettre au bureau de l’association ASKANGBA les maillots, shorts, gants de gardien et le ballon pour notre équipe, pour nos équipes devrais-je dire, puisqu’il faut penser aux rencontres sportives entre nous. Le ballon, il a une longue histoire : il m’avait été offert par mes paroissiens du Secteur Sud, à l’Ouest d’Issoire, quand j’en étais le responsable. Un beau Puma dédicacé par les familles présentes lors du pèlerinage de Ronzières de septembre 2001. J’avais gardé le précieux cadeau sur mon étagère à Clermont. Il a belle allure, ce ballon recouvert des prénoms et noms des amis du Lembronnais !

J’ai accompagné André au centre de santé, afin de voir de prêt l’évolution de la plaie qu’il a à la jambe droite. Il y a certes une très légère amélioration, mais je voudrais bien que des médecins européens donnent leur avis sur le traitement effectué actuellement. Je me demande s’il n’y aurait pas autre chose de plus efficace que la poudre de pénicilline répandue chaque 2 jours (comme on dit ici) sur la plaie, après l’avoir nettoyée.

 

Suite de la rédaction, à 18h05

Après le déjeuner, sieste puis rencontres diverses sur place avant la réunion du Conseil Paroissial, qui vient de s’achever. On a fait rapidement le point sur le vécu de ces derniers mois, puis on a préparé la messe du 15 août dans les grandes lignes. Je leur ai remis les courriers des parents et de Monseigneur Simon, l’archevêque de Clermont. Ils ont lu cela avec attention, de même que les articles de journaux parus lors de mon séjour en Auvergne et relatant mon travail et ma vie ici. Enfin, je leur ai présenté les objets liturgiques offerts par le diocèse de Clermont à la paroisse St Joseph de Zacko. La joie était visible sur leurs visages. Ils étaient comme des enfants, lorsqu'ils agitaient à tour de rôle la cloche destinée aux servants d'autel ; il faut dire qu'avec 4 clochettes, elle résonne vraiment bien ! Dernière découverte, la sono que j'avais achetée chez mes cousins à Riom. Un combiné Baffle – Cassette – Micro-HF - Micro fil - prises guitares – autonomie plus de 6h ! Exactement ce qu'il nous faut pour Zacko et pour les chapelles ! Merci aux membres bienfaiteurs de l'association "Agir avec Zacko".

 

Et au fait, que s'est-il passé entre vendredi dernier et aujourd'hui ? Et bien beaucoup de choses, comme vous vous en doutez. Commençons par le commencement, à savoir vendredi. J'ai consacré une bonne partie de mon temps à faire des courses en ville et à me rendre à Internet. Il y a eu aussi ces moments fraternels entre prêtres, le soir à la terrasse de la maison de la cathédrale. On est resté longtemps dehors, profitant de la fraicheur du soir et de la bière ou du coca, discutant de tout et de rien, et donc aussi de la crise actuelle.

Samedi, journée cool, et préparatifs de la voiture pour le voyage du lendemain à Ouango : vérification des niveaux d'huile et d'eau, qu'il a fallu compléter, ainsi que des freins et d'embrayage (ça, c'était OK). J'ai "holdupé" (chut !) un essuie-glace à la voiture des pères de Zémio ; il faut dire qu'avec le tonneau qu'ils ont fait à l'entrée de Grimari il y a 3 semaines, (fort heureusement sans gravité pour eux), il n'y a plus que le moteur qui fonctionne encore correctement. C'est d'ailleurs ce qui a permis à Kévin de ramener le véhicule, roulant parfois à plus de 100 à l'heure, dixit effrayée sœur Claribel, l'une des infortunées passagères.

Dimanche 2 août, grand jour pour notre diocèse : c'est l'ordination comme prêtre de Frère Yovane De Cox Rojas. Originaire du Chili, il est venu dans le cadre de sa congrégation missionnaire Gran Rio, et a suivi une partie des études au grand séminaire de Bangui. Ordonné diacre le jour où Vermond est devenu prêtre, il reçoit aujourd'hui l'ordination de prêtre dans le secteur où il va exercer son ministère. À 4h30, alors qu'il fait encore nuit, 5 4X4 quittent le parking de la cathédrale, pour affronter pendant 2h30 les 75 km de piste qui nous permettent d'arriver à destination. Le problème, ce n'est pas seulement la piste défoncée, c'est surtout l'état des ponts. 3 sont plus particulièrement dangereux et si vous vous engagez mal, vous risquez tout simplement de vous retrouver coincé dedans ou … dessous ! Rendons grâce, aucun des 12 pilotes de 4X4 surchargés de passagers et venus à Ouango n'a eu de problème. Au fur et à mesure de notre approche de la ville, la foule se presse le long de l'étroite piste quasi envahie par endroit par les hautes herbes. Et comme il n'a pas plu depuis une semaine dans cette région, notre passage inonde de poussière les infortunés piétons tout endimanchés. Cela n'empêche nullement les salutations et interpellations du genre : "embarquez-nous !" ou encore : "faites nous une petite place !"  À notre arrivée à la paroisse, l'équipe des prêtres et des religieuses de la place nous accueillent chaleureusement et nous offrent un copieux petit déjeuner composé d'omelette et de pain brioché fabriqué par l'excellent cuisinier du lieu, Michel. Puis on se prépare ; les 15 prêtres présents revêtent leur aube et leur étole, l'évêque porte mitre et chasuble, mais n'a pas apporté sa crosse (l'état de la piste, c'est déjà suffisant … euh ! Euh!!!) Les danseuses précèdent la procession qui s'ébranle lentement de la sacristie au podium astucieusement placé sous les arbres et orienté Ouest – Est, afin que personne ne soit aveuglé par le soleil pendant la célébration qui durera 3 heures tout de même ! L'abbé Fidèle se saisit de ma caméra, et à tour de rôle, lui et moi tachons de ne rien perdre de la messe. Moment fort quand, alors que la chorale entonne l'Alléluia, 4 hommes s'avancent par l'allée centrale, portant un fauteuil posé sur deux barres de bois et sur lequel est assise une petite fille portant l'Évangile. En avant de ce cortège, un danseur recouvert de peintures traditionnelles, exécute une danse avec les sagaies qu'il porte, symbolisant la chasse aux mauvais esprits qui pourraient fermer nos cœurs à la compréhension de la Parole de Dieu. Beau signe proposé à tous par la tradition des Yakomas, l'ethnie des gens du fleuve Mbomou. Autre moment fort, l'offertoire bien entendu, et le sourire de nombre de participants quand une femme s'est approchée de l'autel en dansant, portant sur sa tête un grand plateau dans lequel vivait encore un énorme capitaine, cet excellent poisson du fleuve ! Il a été rapidement emmené en cuisine, mais à l'heure du déjeuner, nous n'en avons rien vu… Yovane a eu son petit moment d'émotion et de larmes retenues quand les gens sont venus en dansant et chantant lui remettre des cadeaux. Salutations, embrassades, notamment avec sœur Marcella, membre de la même congrégation et vivant à Bangassou. Après la messe, repas fraternel avec prêtres, séminaristes, religieuses, laïcs responsables de la paroisse, autorités locales. Mais on n'a pas vu de poisson ! Au pays des Yakomas, vraiment, c'est un comble ! On s'en remettra, c'est sûr, mais on s'en souviendra, c'est aussi sûr…! Vers 15h, notre cortège regagne Bangassou, qu'on rejoint à la nuit tombante. Je suis claqué, et m'endors rapidement après une brève apparition à la salle à manger.

Lundi matin, opération permis de conduire. Fabrice, un jeune de Bakouma qui apprend la mécanique, et Hervé, le stagiaire séminariste sortant qui vient de passer un an à la paroisse de Bakouma, ont reçu ce cadeau de l'abbé Gaétan. Mais comme il est en congé en Europe, il m'a chargé de m'en occuper. 8h30, nous voilà partis aux TP, les Travaux Publics, afin de retirer la feuille permettant de réunir les pièces nécessaires et d'écrire la demande. Nous allons ensuite au trésor public pour payer le timbre fiscal de 3500 Francs. Première déconvenue, tout le personnel est là, sauf … le caissier. On ne peut donc pas se procurer ce jour là le fameux timbre. Qu'à cela ne tienne, nous nous rendons aux impôts acheter un autre timbre fiscal. Quand on explique notre demande, le secrétaire nous répond qu'il ne connait pas la somme qu'on doit verser ici. Qu'à cela ne tienne, il nous confie son homme de confiance et nous retournons tous aux TP pour connaitre le prix à payer. "C'est 15 000 francs", nous dit le SG des TP. Et nous voilà repartis pour le centre des impôts. Et là, le SG que nous informons de tarifs officiels nous dit : "ah, mais c'est que je n'ai que des timbres à 20 000 francs ou 30 000 francs à vendre." Grrrrr ! Bon, on va donc devoir, de retour aux TP, donner l'argent en liquide et mettre cela dans un dossier qui doit partir un jour pour Bangui. (Si vous voyez où peut se situer une certaine forme d'angoisse) Vers 11h, on regagne la cathédrale, Fabrice poursuivant le changement des roulements pivot de la voiture des sœurs de Bakouma, Hervé et moi vacant à nos occupations. L'après-midi, je me rends à Bangondé ; je passe un bon moment à la léproserie en compagnie de mes paroissiennes Joséphine et Clémence, ces deux dames âgées que j'ai amenées il y a près de 9 mois. Les plaies aux pieds restent vives, les soins se poursuivent, mais c'est vraiment très long. Ma visite leur a fait du bien, c'est sûr, et à moi aussi. On a plaisanté sur plein de choses, et puis elles étaient heureuses d'avoir des nouvelles des parents et amis de France venus à leur rencontre. Puis j'ai gravi la colline un peu plus et suis allé au Bon Samaritain. Là, les malades atteints du SIDA se pressent dans les chambrées de 3 à 6 lits. Je consacre un bon moment à un ami prêtre du diocèse voisin, puis vais m'assoir auprès du président de la communauté catholique de Mbago, l'une des chapelles de Zacko. Sa femme et lui sont arrivés la veille, lui étant au bout du rouleau. L'équipe soignante pourra-t-elle le requinquer ? L'avenir le dira. En tout cas, la présence de son épouse est nécessaire pour la toilette et pour lui donner à manger. Autre situation douloureuse parmi d'autres, cette maman de Bangassou dont le corps est vraiment squelettique, et qui ne parvient plus à se mouvoir. Elle reste allongée sur le lit, en position fœtale. Visage de désolation d'une maigreur extrême, qui contraste avec la bonne santé de ses 5 enfants qui sont à l'extérieur sous la véranda. Âgés de 2 à 15 ans, les deux ainés étant d'ailleurs de beaux gaillards, ils jouent ensemble, allongés sur la natte déroulée sur le ciment de la terrasse. Je parle un moment avec eux, puis après avoir raccompagné à l'autre bout de la ville une maman en hospitalisation de jour, je suis passé par chez le Libanais et ai acheté un jeu de carte que j'ai apporté à ces garçons qui veillent sur leur maman du matin au soir. La nuit tombe quand je rentre à la maison Gran Rio où j'ai élu domicile à mon arrivée de Bangui.

Mardi 4 août au matin, j'ai présidé la messe à la cathédrale puis ai pris le petit dèj. L'opération qui a suivi a duré près d'une heure : charger la voiture. Ce n'est pas le départ en vacances, il n'est pas question des valises et sacs des uns et des autres, mais de mes bagages, qui sont déjà pas mal volumineux, de matériel électrique pour le bloc opératoire, d'achats en tout genre pour la communauté des prêtres de Zacko (PQ – 30 litres de pétrole – cubes Maggi – sirop – mayonnaise – 15 kg de clous – 1 carton de sachets de lessive – 1 caisse DE savons - …) Le PQ, c'est pas lourd, mais ça prend de la place! Bref, je dois me résoudre à abandonner, temporairement bien sûr, les deux packs de 24 bouteilles de bière achetés à Bangui, ainsi que 50 mètres de tissu blanc et des tas de bricoles. 8h45, Vermond et moi embarquons, le séminariste Gervil se cale à l'avant entre nous, trois passagers trouvent de la place comme ils le peuvent entre les bagages et la porte arrière. On passe le bac sans encombre, et on est rendu à Bakouma à 12h. Les abbés Martin et Abel nous attendent pour un solide déjeuner, puis nous repartons vers le Nord. Il y a bien comme un bruit métallique de temps à autre, mais vu l'état de la piste, je ne suis pas trop inquiet. À Damba où nous faisons une pause salutations-pipi-boire de l'eau, je vérifie les lames de suspension, et là horreur, que vois-je ? La lame maitresse arrière droit est cassée. Nous faisons une réparation de fortune avec un morceau de bois et une lanière, puis nous repartons et arrivons lentement et sans souci autre à la maison. Là, c'est la joie qui domine : les choristes quittent l'église pour m'embrasser et me serrer longuement dans leurs bras. La nouvelle de mon retour fait l'effet d'une trainée de poudre, et la ruée commence alors, vu qu'il fait encore jour. Je me couche vers 21h, heureux d'être revenu à la maison.

Le lendemain, je commence la distribution du courrier auprès des enfants et des adultes. Les cartes postales et lettres font plaisir, c'est net. Et puis c'est le défilé permanent des habitants, venus prendre des nouvelles et en donner. Allez, il est plus de 21h, j'ai les paupières lourdes. Au dodo !

 

            MERCREDI 12 AOUT, 7h30

 

            Les fortes pluies de cette nuit m'ont réveillé, c'était vers 22h30. Mais je me suis vite rendormi, mon corps étant habitué depuis longtemps au bruit que fait l'eau qui rebondit sur les tôles. Ce matin, mon réveil a sonné à 5h ; mais comme il pleuvait toujours, je ne suis pas allé au rendez-vous fixé la veille par les membres d'ASKANGBA. Il s'agissait de nettoyer le terrain de foot pour le match de demain jeudi 13 août, jour anniversaire de la naissance de la RCA, la République Centrafricaine, ou Centrafrique (le ou la ???? Nul ne le sait vraiment !!!!) Bref, fille ou garçon, c'est demain le grand jour, et … rien n'est prévu officiellement, ni à Zacko ni ailleurs, semble-t-il. Donc ASKANGBA prépare son show, à savoir un match de foot devant un public conquis d'avance. Hier mardi, on s'est retrouvés à cet endroit pour commencer le travail : boucher les trous, parfois les fossés qui défigurent le terrain, creusés par les pluies abondantes. Il faut aussi couper les hautes herbes épaisses qui freinent le ballon et entravent les pieds des joueurs. Plus de 25 hommes, armés de machettes, de pelles, barre à mine se sont mis au boulot. Il y a bien 9 équipes de foot inscrites à la sous-ligue de Zacko, et un bureau qui devrait faire ce travail. Mais on a apporté notre concours. Vers 7h30, on a cessé le travail, et chacun est parti, qui à sa maison, qui au chantier, qui à son champ. Le rendez-vous de ce matin ayant été noyé, je vais voir ce qu'on fait pour finir notre tâche.

Samedi matin, mécanique au programme !  L'abbé Fidèle Vicaire Général, avait apporté un jeu de lames pour la voiture, lors de la visite qu'il a effectué ici jeudi avec les responsables de la COordination NAtionale de SANté catholique, CONASAN. Leur visite express avait permis de leur présenter le bloc opératoire quasiment achevé et de faire le point sur le matériel reçu. Vers 8h, et jusqu'à 10h30, sous le regard de spectateurs nombreux et pour le moins étonnés, Vermond et moi, aidés d'Aimé, avons procédé à l'échange standard des lames de suspension situées à l'arrière droit de la Toyota. Il faut déployer des trésors de patience et d'ingéniosité, vu les conditions de travail. Rassurez-vous, ça roule ! Mais j'étais crevé, et suis parti, en voiture, jusqu'à Fungu, avec quelques-uns des jeunes spectateurs qui ont observé sans mot dire la séance de mécanique en direct. Une heure allongé dans l'eau chaude, rien de tel pour se refaire une santé ! La sieste qui a suivi a achevé le travail de reconstitution physique… et comme d'habitude, l'après-midi est passé à toute vitesse, vu qu'il fait nuit tôt, en ce moment vers 17h45. J'ai préparé l'homélie du lendemain, puis après le diner partagé avec Vermond, me suis couché rapidement.

Dimanche 9 août, messe de retrouvailles avec la communauté. Du monde, beaucoup de monde, et même – agréable surprise – les danseuses, qui ont accompagné les chants et processions de la messe.  J'ai salué toute la communauté de la part des parents, de Philippe, Patricia et François, ainsi que des jeunes et enseignants du lycée Godefroy. Les mercis, les applaudissements se sont succédés. La nouvelle sono a permis à tous ceux qui étaient assis à l'extérieur de suivre aisément ce qui se passait à l'intérieur. Au moment de l'offertoire, j'ai présenté à tous les objets liturgiques offerts par le diocèse de Clermont. Fièrement, en rang par deux derrière les danseuses, les Servants d'Autel exhibaient les deux ciboires, le calice, la patène, les burettes (dont les chapeaux ressemblent à des diamants), et la cloche, la fameuse cloche à 4 clochettes qui tinte si joliment ! En fin de célébration, après les annonces et l'interminable mot de remerciement du vice président Daniel, lié à mon retour, un choriste m'informe que des Blancs veulent me voir. Je leur fais dire qu'ils attendent 5 minutes, le temps de finir. Puis à la sortie, je découvre Éric, le chef de camp d'AREVA Bakouma, accompagné de deux autres personnes. Tous les trois arrivent de Bakouma afin de visiter la ville de Zacko. Éric commence à être un habitué des lieux, puisqu'il lui arrive de temps en temps de prendre la piste jusqu'ici. Pour Lucine et Jean-François, c'est la première fois qu'ils viennent jusque là. Et le second, c'est même sa première venue en RCA. L'un et l'autre travaillent chez AREVA dans le cadre des projets de partenariat que l'entreprise peut mettre en place dans le pays, et tout particulièrement dans la sous-préfecture de Bakouma, dont dépend Zacko. J'ai eu un peu de mal à les accueillir, ne parvenant pas à m'extraire de la foule des paroissiens qui voulaient me saluer, me demander des nouvelles, m'en donner. Nos trois visiteurs ont été étonnés, surpris de tant de monde, de la chaleur aussi qui se dégageait de ces signes d'amitié. Puis le calme est revenu lorsque nous avons pu nous assoir sur la terrasse. Bien entendu, une foule de garçons et de filles sont venus sagement s'assoir sous le grand arbre, afin d'écouter et de regarder. Vermond et moi avons servi l'eau fraiche et le sirop, et Rock, en homme astucieux, a compris que son jour de congé serait remis à plus tard. Il est venu discrètement me demander ce qu'il fallait cuisiner pour ce midi, et pour le soir aussi, puisque nos hôtes souhaitaient rester assez longtemps pour faire le tour de la ville mais surtout d'un certain nombre de sujets liés à leur fonction dans l'entreprise AREVA. Tout comme l'apéro, le repas fut un bon moment d'échange sur ce qui se vit ici. Réalités humaines, sociales, économiques, Lucine et Jean-François ne manquent pas de poser beaucoup de questions dont ils notent consciencieusement les réponses dans leurs cahiers. Vers 14h30, nous partons nous balader en ville, où je les abandonne entre les bonnes mains du CB et de Jacques Lingouamba, membre du Conseil. J'ai en effet la réunion mensuelle d'ASKANGBA, que je préside aux côtés de Gervais, l'adjoint du CB, et des autres membres du bureau. Cette réunion nous permet de définir avec précision les statuts de notre association, et de mettre en place la fête du 13 août. Au moment où nous quittons l'école où s'est tenue l'assemblée, nos amis reviennent de leur balade. Ils ont chaud, vraiment ! Un verre, deux verres d'eau fraiche les ravissent, puis ils s'installent dans les chambres que Rock, aidé de quelques Servants, a préparées. "Ici, on a l'électricité 24h/24, mais pas encore l'eau courante !" ça n'a pas l'air de les inquiéter. Au moment du diner, nous poursuivons nos échanges sympas, notamment sur notre travail respectif, et continuons bien sûr d'évoquer les réalités locales. Un maitre mot revient : partenariat. Je me dis que c'est vraiment une chance qu'on ait mis au point cette association ASKANGBA. Je me réjouis aussi que l'association Agir avec Zacko ait achevé le financement de la construction du centre polyvalent et commence à fournir les documents pour la bibliothèque. Le mécénat d'AREVA va pouvoir s'appuyer sur des partenaires sérieux. Lundi matin, Lucine, Jean-François et moi prenons le temps de faire le point sur ce qui peut voir le jour dans des délais plus ou moins proches. Savoir que nous pourrons recevoir du matériel pour la bibliothèque et pour l'espace sportif lié à l'école, d'ici le début 2010, me réjouit vraiment. On échange aussi nos adresses, et ils me précisent ce que nous pouvons attendre aujourd'hui du mécénat et du partenariat d'AREVA. Pendant ce temps, Éric se déplace dans la concession, brandissant son téléphone satellitaire à la recherche du réseau, afin de donner de ses nouvelles au camp de Bakouma. Vers 9h, nous partons en voiture jusqu'à Ambilo afin qu'ils découvrent les chantiers d'or et de diamant. Comme chaque fois que j'accompagne des visiteurs sur ces lieux, l'accueil est sympa, de la part des ouvriers comme des chefs, même si ces derniers sont plus réservés. Les trois compagnons d'AREVA font des photos et filment les scènes qui se déroulent sous leurs yeux. Ils notent les dures conditions de travail de ces hommes et de ces femmes, dont certaines allaitent tout en manœuvrant les tamis ou en puisant l'eau à verser sur les brancards, ces claies inclinées qui permettent de retenir les paillettes d'or ainsi séparées du sable. À 10h, alors que le ciel s'assombrit rapidement, ils me déposent à la paroisse et prennent la piste pour Bakouma. Je regagne la maison et vaque alors à mes occupations. Cette visite imprévue augure de bonnes choses pour l'avenir de Zacko. De petits projets qui voient le jour pourront recevoir le soutien de la grande entreprise qu'est AREVA. À nous ici d'être inventifs.

 

Reprise à 14h15.

Dans l'après-midi, j'ai rendu visite à Martine. C'est l'épouse de Jean Nzapahouda; ils sont les parents de 5 garçons, dont les 2 ainés sont aux scouts et les 3 derniers Servants d'autel. C'est Séverin qui est venu s'assoir à mon bureau et me dit en sango : "tu sais, maman, elle a failli mourir." Je lui pose quelques questions, écoute ce qu'il me partage, prends une boite de paracétamol, puis on se met en route. Au passage, je salue pas mal de gens, et arrive avec mon guide à la maison située en bordure du stade de foot. Martine est bien fatiguée, c'est visible. Elle m'explique que depuis trois semaines, elle n'a pas beaucoup de force. Entre les travaux des champs et la recherche du diamant, on peut le comprendre. Je laisse un peu d'argent pour qu'elle achète les perfusions de vitamine, puis nous prions et je quitte la maison. Je fais une halte chez Maurice, le papa de Chanel, Fabien, Judith, Nathalie et d'autres plus grands, qui ont leur propre maison. Celui-ci m'explique ses soucis d'argent : ils ont monté un four à brique en famille. L'abattage des arbres, la confection des briques, le montage, la cuisson, tout fut assuré en famille. Mais Maurice n'a toujours pas construit sa maison parce qu'il n'a pas l'argent pour acheter le ciment nécessaire aux fondations. Hors s'il était rémunéré comme avant la crise par le collecteur dont il est salarié, il n'y aurait pas eu ce problème. il me propose que je lui achète ses briques pour les besoins de la paroisse ou d'un chantier en cours. Je lui réponds que ce sera peut-être un jour possible, mais je n'ai moi non plus pas le ciment nécessaire pour cela. On cause de choses et d'autres avant de rentrer et emmener en voiture ceux qui veulent aller à Fungu. Mais il y a moins d'adeptes en ce moment. Il faut dire que chaque après-midi, les garçons se pressent pour prendre les maillots rouges et les bleus offerts par le collège Massillon de Clermont. Merci aux profs de sport d'avoir pensé aux eux, à nous ! Le grand sac contient ces deux jeux de maillot ainsi que le ballon et deux paires de gants achetés chez Décathlon, et un sifflet acheté au PK 12 de Bangui. Ils sont heureux de s'organiser en créant chaque fois les équipes, en nommant un responsable du matériel et un arbitre. Chaque match se passe bien. Avec les perdants et les gagnants, bien sûr, mais toujours dans la bonne humeur.

Hier mardi, tout comme ce matin, c'est une vraie ruche ici ! Nombre d'enfants viennent "se faire embaucher" pour travailler à l'entretien de la concession. Aimé distribue les pelles, les houes, les barres à mine… et moi je distribue le travail, et un peu de sous en fin de matinée. En ce moment, Christian et Théophile, deux paroissiens, se sont portés volontaires pour construire de vraies toilettes à côté de l'église (pas trop loin pas trop près !). Hier et ce matin, j'ai fait des rotations avec la voiture afin d'amener les briques nécessaires à l'élévation des murs. Aidé des jeunes capables de faire une chaine efficace, je suis allé à Ambilo, assez loin dans la brousse le long des zones de chantier, là où les membres du mouvement Foyers-Chrétiens avaient monté un four destiné à procurer un peu de bénéfice à leur équipe. Aubin a dû acheter une bonne partie de la production, j'ai amené aux deux constructeurs les 300 dernières briques. La caisse paroissiale payera l'ensemble. Pendant ce temps, autour du chantier, des jeunes s'affairent au transport de la terre qui servira de joint entre les briques, d'autres manœuvrent la brouette qu'ils remplissent de cailloux étalés ensuite dans et autour du petit bâtiment.

Hier matin avant ce travail plus technique et manuel, rencontre davantage spirituelle avec tous les responsables de la Légion de Marie. On a mis en place les festivités du 15 août, réfléchissant à la manière d'accueillir les nouveaux membres, les responsables de la nouvelle Curia (la 4è !), qui vient de voir le jour, réunissant 4 équipes (=4 présidia) de Kono, Kpangou, et Pia, un village où il n'y a pas (encore ?) de chapelle. La fête promet d'être belle, surtout si on peut célébrer dehors, sous le gros arbre !

 

MARDI 18 AOUT, 17h45

 

La pluie soudaine et très soutenue qui s'est abattue sur la ville à 16h10 a cassé la folle ambiance qui régnait sur le stade tout proche de la paroisse, le stade de l'école. Une vingtaine de joueurs avait entamé le deuxième match de thèque, toujours appelée ici raquette. Grâce à la batte de baseball amenée dans mes bagages, les parties de raquette sont devenues plus sportives : avec la légèreté du bois, les balles volent plus haut, plus loin. Alors il faut courir, sur le terrain et aussi au milieu des hautes herbes qui le bordent ! Un vrai délire parfois, et qui permet aux plus chanceux de rallier le point de départ en un seul coup, faisant d'une traite le tour des 5 drapeaux. Et hop, 5 points de plus pour l'équipe !

Jeudi, c'était le 13 août ; la fête de l'Indépendance. Pendant que le président de la République François Bozizé se rendait à Paoua, fief de son éternel adversaire Ange Patassé, nous étions humblement 15 personnes réunies à 8h pile sous le mat du drapeau. Le Maire Alain a dit un petit mot, très court du fait des décès successifs de chefs de quartiers ces derniers temps, a-t-il expliqué. C'est pourquoi il n'avait pas convoqué officiellement la population ce matin là. Dommage, à mon avis, qu'on n'ait pas mieux marqué l'évènement, réunis nombreux autour du 5 couleurs, notre drapeau, et chantant l'hymne national. J'ai mieux compris ce qui manquait à Alain : de l'énergie. Il trouve que c'est vraiment beaucoup de travail, la mairie secondaire de Zacko. La charge est lourde, le soutien rare, les problèmes nombreux. On en a parlé très simplement autour d'un verre de sirop de menthe. Il était très heureux que je lui remette une réserve conséquente de sucrettes Canderel, ce qu'il m'avait demandé. En fin de matinée, c'est au tour de Gervais, CB adjoint, de passer un moment au frais sur notre terrasse. On a parlé foot, et on s'est préparé pour le grand match de l'après-midi : ASKANGBA en force ! L'équipe A contre la B. devant un public dont le nombre a grossi de minute en minute, on a joué un beau match qui s'est soldé, contre toute attente, par la victoire de l'équipe B, celle dans laquelle j'évolue. Score sans appel de 4 à 0. Un animateur commentait l'évolution du jeu en direct, grâce à la nouvelle sono que j'avais amenée sur le terrain. Mieux que sur Canal + ! Alors que la pluie menaçait, j'ai invité tous les joueurs et adhérents de l'assoc à partager une bouillie, assis sous le hangar de paille jouxtant l'église. Je n'ai pas mis longtemps à m'endormir !

Vendredi, veille de l'Assomption : Vermond et moi avions fait de ce jour un temps spécial pour l'accueil des paroissiens et les confessions. J'ose dire qu'entre 7h et 11h, puis de 15h à 17h30, on n'a pas arrêté une minute. Enfants, jeunes, adultes se sont pressés auprès de l'un de nous pour préparer leur cœur à la fête du lendemain. Et quelle fête !

Samedi 15 août, fête de l'Assomption de Marie. Dès 5h30, alors que j'étais encore endormi, les premiers sont arrivés pour préparer le lieu de la célébration. Un de mes souhaits enfin réalisé : célébrer sous cet arbre si magnifique et chargé d'histoire et de symboles. Les bancs de l'école ajoutés à ceux de l'église ont permis à tout le monde de s'assoir à l'ombre, d'autres s'étant regroupés sur les racines. L'autel regardait vers le soleil levant, permettant aux prêtres d'avoir devant les yeux le splendide paysage de la vallée de la Zacko. Les choristes ont chanté beaucoup de chants à Marie (y compris pendant l'offertoire …) et les Légionnaires hommes et femmes étaient venus en nombre, souvent vêtus du pagne traditionnel du Mouvement et sur la tête ou les épaules l'indispensable foulard rouge. 8 nouveaux membres ont fait ce jour-là leur Promesse, l'engagement dans la Légion (!) dont la réponse fut une bordée d'applaudissements. Au moment de l'offertoire, celles et ceux qui s'activaient côté cuisine sur les trois pierres sont arrivés en procession, brandissant le long bois servant à piler la nourriture, ou les immenses cuillères utilisées pour tourner le manioc. Quel fou rire ! Vraiment, la fête fut belle. Et le repas qui a suivi fut bien organisé, si bien que chacun a pu trouver de quoi manger, à condition bien entendu d'avoir apporté sa gamelle.

À 12h30, j'ai mis en route le film de Bernadette de Lourdes (merci pour le DVD, mon filleul de La Roche !) et les gens se sont serrés dans l'église, devenue une fois de plus bien trop petite. Le son est OK, l'image bien assez grande.  Le film a beaucoup plu, même si je trouve qu'il est un peu long. Au point de vu du français, c'est accessible pour beaucoup de gens. Réaction de certains jeunes, plus habitués aux films américains : "mais c'est vieux, cette histoire, leurs voitures, c'est avec des chevaux !" Bon y a du boulot pour qu'ils se repèrent dans le temps, les petits gars ! Après le film, la pluie nous a un moment fait hésiter sur la suite à donner. Et comme elle fut de courte durée, on s'est finalement dirigé vers le terrain de foot tout proche pour le tournoi de ce jour de fête : matchs de foot des Servants contre les Danseuses, puis des Danseuses contre les Aïta-Kwe. Du beau ballon pour les enfants et les spectateurs. Et puis le fait d'être en maillot de sport compte beaucoup. Tout s'est terminé par une distribution de bonbons.

            Dimanche 16 août, 6h30 : les portières sont fermées, les passagers impatients ; nous partons pour Yanguchi, la chapelle située à 24 km au Nord de Zacko. Dans la voiture, Didier, un chef des choristes, 4 danseuses qui avaient envie de voyager un peu, 4 Servants, et Innocent, le petit séminariste de Kono qui passe un temps chez nous. Arrêt à PK 13, le village de Yanguhoda, pour saluer la communauté. Les questions fusent, dont celle-ci, toujours étonnante : "Les parents, est ce qu'ils ne nous saluent pas ?" "Bien entendu qu'ils vous saluent !" répondis-je avec conviction. Je leur promets une visite un de ces dimanches, puis nous partons pour Bamara, où l'arrêt est là de courte durée, puisque je promets d'y faire une pause à notre retour. On arrive à Yanguchi à 8h, après avoir traversé la rivière Zacko en ayant de l'eau jusqu'aux fenêtres pendant 15 mètres environ. Le tout, c'est de ne pas paniquer, et de ne pas glisser, ni à gauche ni à droite ! Une chance, c'est qu'à cet endroit, il n'y a pas de courant. Et puis si d'autres véhicules passent, y a pas de raison que je n'y arrive pas.

À Yanguchi, accueil chaleureux autour d'un café accompagné de baboros, ces patates douces frites dans l'huile de palme, puis j'ouvre le temps des confessions, et je réalise alors que quasiment tous les paroissiens ont reçu le baptême à Pâques dernier, et qu'il n'y a pas eu de messe depuis. Donc, 1h15 plus tard, j'avais achevé cette tâche prenante et magnifique d'offrir le pardon de Dieu. C'est vers 9h40 que nous avons commencé la messe. La pluie fine qui nous accompagnait depuis le matin n'a cessé que vers la fin. J'ai ensuite raconté brièvement mes vacances, puis ai réuni le Conseil, comme je l'avais spécifié sur le courrier envoyé quelques jours auparavant. Vers 12h, déjeuner composé de boule de manioc et de viande de chasse cuisinée à l'huile de palme. Je mange avec avidité, les célés, ça creuse ! On repart ensuite en se serrant un peu ; en effet il faut faire de la place pour le petit Lucien, 18 mois, baptisé en décembre dernier, et qui semble faire une bonne crise de palu, diagnostique confirmé en soirée par le chef de centre de santé. Bien entendu, sa mère et son père sont du voyage. Arrivé à Bamara, l'épouse du catéchiste Maurice m'interpelle : "Abbé ! Le café c'est ici, c'est prêt !" Je m'installe à l'ombre de leur maison et suis rapidement entouré de gens venus me saluer, prendre de nouvelles, en donner. Puis vient un sujet ô combien compliqué, celui des gens possédés par des esprits mauvais, les "Mamiwata". On me présente alors Chimène et Bertille, deux jeunes filles, ainsi qu'une femme, Françoise. Toutes les trois sont "prises", c'est-à-dire qu'en soirée, ou durant la nuit, elles sont appelées par ces Mamiwata, les esprits de l'eau, et elles ne contrôlent plus leurs faits et gestes ; elles sont attirées vers la forêt, et vers la rivière, où elles vont aller se jeter. Il faut la force de 4 hommes parfois pour les retenir dans la maison ! On dit même que parfois les voix de ces filles deviennent rauques, et ce qui en sort n'est pas toujours compréhensible. Bref, on me les présente, et je propose qu'on se retire loin du "public" qui tout à coup devient envahissant. On s'installe dans l'église toute proche. Nous faisons connaissance, puis je parle de Jésus-Christ guérissant les possédés, je fais le lien avec le baptême qui nous plus fort que le mal puisqu'il ouvre des chemins d'éternité avec Dieu. Ensuite je les reçois individuellement, afin de leur poser quelques questions plus personnelles et proposer à celle qui est catholique de se confesser. Les deux autres sont engagées à l'Église Baptiste de Bamara. Enfin je les réunis à nouveau pour une prière inspirée de l'absolution et du Notre Père, et sans doute d'autres choses dont seul le Saint-Esprit a le secret… Je sors un peu "vidé" de ce long moment passé en leur compagnie, et en même temps "chargé" de tout plein de questions, qui m'agitent encore. De quoi, de qui parlons-nous lorsque nous évoquons de telles situations d'emprise de forces obscures sur des gens ? Qu'est ce surnaturel qui marque tant l'esprit de pratiquement toute la population ? Comment libérer de toutes ces peurs des gens qui vont se suspecter entre eux d'être les auteurs de ces métamorphoses ? Et il y a sans doute bien d'autres interrogations. Une chose est claire pour moi, je le redis : l'Évangile est libérateur, vraiment.

De retour à Zacko, et après avoir déposé Lucien au centre de santé, j'enfourche mon VTT pour une heure de balade au soleil couchant. Ça fait du bien d'être seul et de souffler après une telle journée !

 

Lundi, journée rangement et bricolage ; l'entrepôt appelé ici magasin, et qui servait jusque là aux maçons, est libre. Je vais pouvoir y stocker un certain nombre de choses qui envahissent mes placards, comme les outils, les cartons de lessive et de savons, et autres bazars entassés sur mon étagère. Les jeunes ont donné un sérieux coup de main tout au long de la journée. Innocent et Odilon se sont lancés quant à eux dans la construction de la première étagère destinée à la bibliothèque. Ils ont bien suivi les consignes, et ce matin mardi, on a assemblé les planches qu'ils avaient sciées, rabotées, ajustées. Hier en fin de journée, alors que sur le terrain de foot, les garçons s'éclataient, je préparais avec quelques-uns une séance de cinéma. On a sorti tout le matériel et positionné le drap sur le mur de l'église, le vidéo sur la tablette à côté de l'ordi, la sono sur la chaise. Les câbles bien reliés, et c'est parti pour plus de deux heures en compagnie de Spiderman 3 ! Dans l'obscurité de la nuit sans lune, le nombre de spectateurs grossit peu à peu, mais c'est une assemblée très silencieuse qui découvre New-York sous un aspect un peu particulier, il faut bien le dire. Mais quand j'explique à celui qui veut emmener le film chez lui, qu'il est dans le disque dur externe, alors là c'est pour lui impossible ; tant de films et de photos dans ce petit truc noir ? "La magie des Blancs" conclut-il, encore tout étonné.

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 31 juillet 2009 5 31 /07 /Juil /2009 10:46

CHAPITRE 19

 

            BANGUI, samedi 25 juillet 2009, 20h08

 

            Après plus de 2 mois de « silence », me voici de retour sur le blog ! Si je mets le mot silence entre guillemets, c’est parce que, pendant cette période qui me sépare de la dernière ligne du chapitre 18, il y en a eu, des rencontres, des soirées de témoignage, des visites dans les écoles, les paroisses ! Ce séjour en France m’a fait du bien. J’ai aimé ce temps de retrouvailles. Autant avec la famille qu’avec les amis, ainsi qu’avec des gens que je ne connaissais pas jusqu’à ce jour, ou ce soir, où nous nous sommes salués, avons échangé quelques mots. Finalement, je me suis rendu compte que nombre de visiteurs de mon blog ne m’avaient vu que sur mon site ! C’est beau, l’informatique !

Alors, permettez-moi de vous remercier de suivre ce qui se vit ici en RCA, et que j’essaye de vous présenter à travers ce carnet de bord. Merci à vous, amis lecteurs, pour votre soutien. C’est une joie de vous retrouver !

Et je me permets un clin d’œil particulier aux Centrafricains vivant en France ou ailleurs, ainsi qu’à ceux qui ont vécu un temps plus ou moins long dans ce pays qui m’accueille.

 

            C’est jeudi après midi, le 23, que j’ai retrouvé la RCA. Bangui la Coquette et sa moiteur lourde faisant suite aux pluies du matin, et qui nous saisit dès la descente de l’avion ; une ville qui grouille de monde, sillonnée par d’innombrables taxis jaunes, certains hors d’âge, qui slaloment entre les 4X4, les plus rutilants étant ceux des ONG installées dans la capitale… J’aime déambuler dans cette ville, à pied ou en voiture. Bangui dont les chaussées défoncées regorgent d’eau boueuse, et le long desquelles se promènent, en ce samedi, tout un tas de gens bien habillés ; les uns se rendent à leur réunion religieuse, d’autres sont de mariage, d’autres encore rendent visite à un parent, à un ami. Ces gens-là se faufilent lentement entre les vendeurs d’objets en tout genre qu’ils ont calé sur des panneaux de bois ou qu’ils portent simplement à la main. Sur l’avenue BB, autrement dit Barthélémy Boganda, Alain-Blaise Bissialo et moi sommes restés 2 heures en terrasse à discuter, regardant ces foules d’enfants, de jeunes, d’adultes se croiser, se saluer ou s’ignorer. C’est bon d’être ici. J’ai hâte de regagner Zacko, mais il me faut patienter encore quelques jours, puisque nous irons ensemble à l’ordination de Yovane à Ouango, prévue le 2 août prochain.

C’est à la Maison Bangassou que je réside. Les travaux sont terminés, et l’abbé Max accueille ceux qui vont et viennent entre la capitale et le diocèse. Côté confort, pas de souci ; côté cuisine, ce n’est pas vraiment organisé, ce qui amène Max à demander à ses sœurs habitant la ville de nous préparer le ngunja et la boule. Frère David, le dentiste de Bangondé, y réside le temps de sa formation ; l’abbé Jean-Vermond est aussi présent dans les murs. En soirée hier et avant-hier, assis dans les fauteuils et goutant à la fraicheur et au petit vent doux qui caressait la capitale, nous avons longuement discuté de tout un tas de choses. Bien entendu, le sujet principal est la crise que traverse l’Église catholique du pays. Je note qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour que règne une véritable paix dans le cœur des prêtres et des évêques, ainsi que dans celui des paroissiens « lambda ». Les chemins de réconciliation sont souhaités par tous. Mais est ce que l’on parle bien des mêmes chemins ? L’avenir nous le dira. Je reste personnellement confiant ; je pense que les abbés résidant actuellement en Europe pour des études ont une parole originale qu’on n’a pas encore bien entendu ici. Ça viendra en son temps.

J’ai profité de cette matinée de samedi pour faire quelques courses, notamment pour marchander 2 cartons de cahiers de 50 et 100 pages ainsi que des boites de craie, en prévision de la prochaine rentrée scolaire. Acheter ici en gros, c’est moitié prix par rapport à Zacko. Mais il faut prendre le temps de marchander, sinon … ! Hier, je m’étais rendu à Ecobank afin de changer les €uros que j’avais reçu du compte Agir Avec Zacko. Avec cette somme, je vais pouvoir continuer d’équiper le centre polyvalent de Zacko. J’achète aussi ici des livres qui vont alimenter le fond de notre bibliothèque. Rien de tel que la littérature Africaine pour ouvrir aux jeunes et aux adultes des horizons sympathiques et leur permettre de découvrir les auteurs de leur pays, de leur continent. Mais là aussi, il faut prendre le temps de marchander ! Rien de tel qu’une petite causerie pour faire baisser les prix ; et puis, j’aime ça, vraiment.

Le ronronnement des groupes électrogènes des voisins envahit le silence de ce soir. Nous sommes sans électricité depuis 18h, et cela jusqu’à 21h30 environ. C’est ainsi chaque soir. Et nous avons beaucoup de chance, parce que des quartiers entiers de la capitale ne l’ont que quelques heures par jour, ou par semaine. Et bien, c’est du direct, au moment où je termine cette phrase, le courant revient ! Youpi, je vais pouvoir rebrancher mon ordi. Et regarder un film !

 

BANGUI, mardi 28 juillet, 14h10

 

À quelques heures du départ pour Bangassou, prévu demain aux aurores, je reste au frais dans la chambre de la « Maison Bangassou ». Il fait chaud dans la capitale. Peut-être pleuvra-t-il ce soir ou demain. En tout cas, il fait bon se balader en ville, puisqu’il n’a quasiment pas plu depuis mon arrivée. Les rues sont sèches, les voitures commencent à soulever sur leur passage un fin nuage de cette poussière qui s’infiltre partout. Les vendeuses de fruits et légumes étalent leurs récoltes devant les portes grillagées des grands magasins. Elles hèlent le passant, proposant carottes, tomates, concombres, pommes de terre, et aussi les fruits du pays comme les papayes, ananas, bananes, goyaves, citrons, … Un vrai pays de cocagne, la Centrafrique ! Les enfants parfois en haillons m’abordent à tout instant. Ils sont appelés « godobé », c'est-à-dire petit voyou, mais moi je dirais plutôt poulbot, en référence à ces gamins de Paris qui erraient dans les rues au XIXe. Ils mendient 50 ou 100 Francs pour manger. Impossible de donner à tous ; j’entame néanmoins la conversation, et offre à quelques-uns un sandwich préparé devant la boulangerie Rosami.

Lorsque je circule en voiture, c’est pour faire des courses. Je remplis le pick-up de pots de peinture pour les bancs du centre polyvalent, ainsi que les colorants et les diluants qui vont bien. La peinture à tableau noir pour les ardoises, des pinceaux, quelques produits pour la vie à Zacko (oignons, PQ, sparadraps et compresses, vin de messe et hosties) remplissent les sacs en plastique bleu et blanc. Et puis, comme il n’y a pas de mal à se faire du bien, j’ai pris au magasin de bricolage Foberd (!) 2 packs de 24 bouteilles de Heineken. J’aurais voulu des cannettes de 33cl. Ils ne font plus désormais que le format 50cl … Chance ! J’emporte pour Zacko un baffle acheté à 50% de réduc, ainsi qu’un synthé portant le même rabais. Il va y avoir de la joie chez les musiciens, et … des décibels dans mon oreille droite !!! (à Zacko, la chorale est à droite du prêtre, dans le chœur …).

Ce matin, au volant du 4X4, je me fais arrêter par 3 policiers. Je présente tous les papiers, et là, surprise, je m’entends dire que le certificat d’assurance n’est pas valable parce qu’il est rédigé à la main. Et pour me prouver qu’ils ont raison, ils arrêtent les voitures qui passent et m’amènent leurs certifs d’assurance. Un peu embêté, je discute, et me rends compte qu’il n’y a rien à faire. C’est la fin du mois… si vous voyez ce que je veux dire. Rien à faire, si ce n’est payer maintenant. Et j’en suis quitte pour sortir 5000 FCFA de ma poche. Vraiment agacé par cette perte de temps (près de 45 mn) et surtout par le profond sentiment d’injustice, je quitte le trottoir de chez Rayan et poursuis ma tournée des magasins. Apprenant cela, Alain, qui m’attendait à la Maison, furieux, a décidé d’aller voir les trois flics pour réfuter ce qu’ils ont fait. Ce soir, j’aurai le compte rendu de l’entrevue.

Dimanche, j’ai passé une bonne journée, tout d’abord en compagnie de l’abbé Max ; avec lui on est allé dire la messe à l’Église de la Trinité, dans le quartier Castors. Superbe église de quartier dont les paroissiens sont si fiers, eux qui ont entièrement financé sa construction. La pluie du matin a retardé le début de la messe, puis l’église s’est remplie progressivement. La chorale a exécuté de très beaux chants. Quelle joie pour moi de replonger ainsi dans la liturgie en langue sango. Puis vers midi, Alain et moi sommes allés à Boy-Rabe chez Claudine, qui nous attendait pour le repas. Ce qui m’a plu, c’est que, comme d’ailleurs vendredi lors d’une visite « dépose de colis » à Miskine, la mère de famille a mangé et bu avec nous. Et oui, on est en ville ici ; la femme ne reste pas dehors sous la paillotte à garder le repas au chaud, pendant que les hommes sont assis à l’intérieur et dégustent ce qu’on leur apporte. Je suis rentré de Boy-Rabe à pied, passant entre autre devant l’Assemblée Nationale, les bâtiments d’Air France. Arrêt au centre d’accueil pour saluer les sœurs et acheter des livres pour les catéchistes, puis coca frais chez les pères Comboniens. Avec le père Berti, on a échangé un bon moment sur la cries qui secoue l’Église. J’ai admiré sa sérénité, et surtout son espérance. Pour lui, comme pour moi d’ailleurs, c’est une vraie bonne crise d’adolescence. Les maladresses de Rome ont envenimé la situation plutôt que de chercher à apaiser les choses. Mais si l’on parle de chemins de réconciliation, saurons nous marcher sur le même chemin, ou chacun restera-t-il sur le sien ? C’est une crainte personnelle que je lui ai exprimé, et à laquelle il a acquiescé. On est revenu sur ce sujet hier lundi au resto « l’escale », situé juste en dessous de notre Maison. Il y avait Alain, Max, moi, et un autre abbé Michel, tout jeune prêtre du diocèse de Bangui. Difficile avec lui de dialoguer sur ce sujet que nous trois abordions calmement jusqu’à son arrivée. Il était remonté comme une pendule, sûr de lui, et n’écoutant pas notre cheminement de pensée. Bon, j’en conclue que les chemins du dialogue, qui passent forcement par l’écoute et le respect de l’autre, sont encore à inventer.

Dans l’après-midi de lundi, Aubin et Ferrier sont venus me voir, et on est allés s’installer en terrasse à « la Sirène », vers Ngaragba, au bord de l’Oubangui. On a parlé construction du bloc opératoire, fin du chantier du centre polyvalent, chantiers à venir. Je leur ai offert un appareil photo numérique et un disc dur externe. Puis je leur ai remis les 5000 € correspondant à la fin du chantier du centre polyvalent. Il y a encore un peu plus de 400 000 FCFA à verser, ce que je ferai quand ils auront livré les grilles de protection de portes des deux salles. Plus tôt, en matinée, j’ai été au Centre de Transfusion Sanguine situé tout proche du lycée Charles de Gaulle. J’avais vu le panneau la veille et discuté un moment avec l’infirmier de garde, qui m’avait expliqué la nécessité de rejoindre le nombre de donneurs. Il y a eu en 2008, seulement 8047 dons effectués, que ce soit au Centre ou à l’occasion de déplacements de l’antenne mobile dans les quartiers de la capitale. En France, les nouvelles normes Européennes m’ont soudain exclu du réseau ; c’était au début 2006, alors que je donnais jusque là mes plaquettes chaque trimestre à Clermont, que j’ai appris que je n’étais plus souhaité, vu que j’avais vécu 22 mois consécutifs en Afrique (en RCA, de fin 89 à mi 91). Tout ça laisse un peu rêveur. Ici, ce sont d’autres règles qui prévalent, et de même qu’à Atakpamé en août 2007, j’ai donné mon sang sur le continent africain. Les besoins sont immenses, les donateurs trop rares. Comme à Clermont au CTS, entretien avec le docteur, rapide examen médical puis don du sang, allongé sur un lit de donneur. La discussion s’engage avec les autres donneurs, des hommes plutôt jeunes, excepté un homme qui en est à son 61è don à Bangui ! On a parlé de tout un tas de choses, puis après avoir été « débranché », j’ai reçu une bouteille de jus de fruit gazeux et une boite de sardine. À l’occasion d’un prochain séjour dans la capitale, je reviendrai au CTS.

Hier et aujourd’hui, la journée a commencé par l’eucharistie célébrée dans le salon en compagnie de frère David, Max et Alain. Puis on poursuit par le petit dèj qu’on prépare ensemble. Le déjeuner d’aujourd’hui à 13h nous a vu Max et moi en cuisine, et Jean-Vermond et Jean-Noël, prêtre de Bangassou étudiant à Madrid, et qui est en congé au pays, nous ont rejoint. On a bien rigolé autour du plat de chenilles grillées et du ngukassa, sorte de soupe mêlant bananes plantain et feuilles de kaoya, le potiron local. Les chenilles, c’est vraiment bon. Et pour en connaitre le goût, vous savez ce qu’il vous reste à faire !!!

 

JEUDI 30 JUILLET, Bangassou, 16h45

 

Ça y est ! Je suis de retour dans le diocèse ! Je suis assis au cyber qui tourne plein pot en cet après midi ensoleillé. Mon ordi cherche des mises à jour, et j’ai lu les mails sur mon Yahoo. Partis de Bangui hier matin, les abbés Alain-Blaise Bissialo et Grâce-à-Dieu Faki, prêtres centrafricains du diocèse de Bangassou exerçant leur ministère en France, et venus pour les congés, et moi-même, prêtre français qui rentre de congés et regagne le diocèse de Bangassou, avons embarqué à bord du pick-up Land Cruiser du diocèse. La voiture est bien chargée : des tôles et des caisses appartenant à l’abbé Innocent qui rentre au diocèse après les études à Rome, les cartons de boites de craie pour l’école catholique primaire de Bangassou, mes bagages, mes achats, et encore plein d’autres choses qui finissent par faire du poids et du volume ! Nous prenons 2 passagers qui, comme nous, regagnent l’Est. Nous nous engageons sur la route goudronnée. Alain est au volant ; les contrôles de police, de gendarmerie, des eaux et forêts ralentissent notre progression, mais nous arrivons enfin à Sibut. Arrêt à la gare routière. Un litre d’eau bu et une omelette avalée, et c’est reparti. Je prends le volant sur les pistes qui se dégradent déjà dangereusement par endroit. Problème d’entretien régulier. C’est pas le tout de rénover, il faut aussi conserver. On profite aussi des pistes refaites au-delà de Grimari, et on arrive à Bambari 1h30 après avoir quitte cette ville, au lieu de 2h45 – 3h30 auparavant !!! Mais là aussi, comment va se réaliser l’entretien ? Nous effectuons un long arrêt à Bambari où l’épouse du docteur Christophe nous reçoit chez elle en ce milieu d’après midi. Elle est la maman de Donald, un grand séminariste de Bangui. Le repas est bon, l’atmosphère chaleureuse. Il nous faut néanmoins poursuivre notre chemin. Nous quittons la ville pour Alindao. La nuit tombe, le ciel se fait menaçant. Et une appréhension m’envahit : serons-nous bloqués par une barrière de pluie ? Il y en a 5 sur les 120 km à parcourir. Les deux premières sont ouvertes ; mais il a plu récemment sur le parcours ; pour les trois suivantes, il faut montrer patte blanche (normal, c’est moi qui conduis !). Je présente les pièces afférentes au véhicule, et j’exhibe alors fièrement mon tout nouveau CEMAC ! C’est ainsi qu’on appelle le permis de conduire de RCA, format carte magnétique, photo scannée dans la masse, avec le groupe sanguin affiché.  La grande classe, le permis Centro ! Je l’avais demandé en express vendredi. Et puis il y a l’adresse du propriétaire, j’ai fait donc inscrire Zacko ! A la paroisse cathédrale d’Alindao nous attendent les abbés du lieu, Alain, Dieudonné. Nous rencontrons Dominique et Béatrice, couple de nouveaux coopérants Fidesco fraichement arrivés. Il y a aussi Julienne, qui vient aussi d’arriver pour l’économat du diocèse, et Olaf, coopérant allemand installé depuis l’an dernier. Mais c’est surtout Ana, Patrick et Marie-Do que je retrouve avec joie à Alindao ! Ils sont sur le chemin du retour en Europe. Et oui, pour eux c’est fini. Un brin de tristesse se distingue peut-être. Je sens bien une grande joie pour les trois DCC de retrouver leurs familles, leurs amis. Après le diner, on échange ensemble un moment, assis dans les fauteuils, au frais. Puis le sommeil m’envahit, et je gagne la maison de Domi et Béa pour une nuit relaxante.

Ce matin, dernier repas avec les trois de Bangassou. Ça me fait un petit pincement au cœur de savoir qu’il n’y aura plus de coopérants européens à Bangassou. J’aimais passer du temps avec eux lors de mes venues à l’évêché. Une véritable amitié s’est nouée entre nous, elle durera sans doute bien longtemps. Mais ce n’est plus pareil. Ainsi va la vie.

8h, départ pour les 230 derniers km. Alain prend le volant, qu’il me rendra à Gambo, pour les 75 km restants. Même si le chantier de rénovation avance bien, il manque encore plus de 90 km. Et là, c’est toujours la galère. Slalom entre les trous, entrée lente et sortie idem quand on trouve les immenses trous d’eau, tas de cailloux, ornières. Mais l’agacement est atténué par le fait que d’ici 2 mois, ce sera terminé. On a fait une pause à Kembé pour saluer les grands séminaristes du diocèse d’Alindao qui sont en retraite. On achète en route des gazelles fraichement tuées. On arrive à la cathédrale de Bangassou à 13h45, où nous croisons Monseigneur Aguirre qui part pour Ouango avec Sœur Marcella et Yovane, qui sera ordonné prêtre dimanche. À la maison d’accueil nous reçoivent les abbés Abel Baroua, Fidèle, Saturnin. La joie de mes confrères venant en vacances est visible et volubile : cela fait deux ans qu’ils sont partis d’ici pour la France ! (si vous voyez ce que je veux dire !). Congratulations, fous rires, complicité, rien ne manque, pas même la Mocaf, la fameuse bière du pays.

            Allez, à bientôt, amis lecteurs !

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Voeux de Michel pour 2010


Je vous souhaite une année de communion avec le Monde. Une année où vos oreilles, et surtout celles du cœur, sont sans cesse ouvertes afin d’entendre les larmes et les rires des Hommes et des Femmes, des Jeunes et des Enfants de notre temps, de notre planète. Parce que rien ne remplace la communion fraternelle, qu’elle soit humaine, humaniste, religieuse, catholique. La fraternité universelle dépend de chacun. Acceptons d’en être ! Parce que chacun a besoin de savoir que d’autres pensent à lui, partagent avec lui peines et joies du quotidien.

Encore une fois, bonne année de communion, bonne année en communion.

 

  Père Michel Chidaine

 

 

 

 

Présentation

VIDEOS

Calendrier

Juin 2012
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30  
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés