Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:35

 

Carnet de bord, chapitre 29.

 

Mercredi 10 mars

 

Il y a un mois hier, les Tongo Tongo, les rebelles de la LRA, envahissaient brièvement Zacko, semant la terreur. Aujourd’hui la vie a repris son cours même si la peur de les voir débarquer à nouveau, est bien présente dans tous les esprits.

La vie continue, en ville, dans les villages aussi, sur les chantiers comme dans les champs ; côté extraction de gravier et de sable pour y trouver de l’or et des diamants, c’est le bon moment : le niveau d’eau des rivières est au plus bas ; c’est facile de pouvoir atteindre le fond de la rivière afin d’y trouver les pierres et le métal, l’un comme l’autre brillants et précieux. Mais il faut néanmoins de l’eau pour laver gravier et sable afin de collecter ce qui permet de vivre ; pendant que certains utilisent les motopompes pour enlever l’eau et atteindre le lit des rivières, d’autres, moins chanceux, déplacent les tas accumulés sur la rive vers des zones permettant le lavage à grande eau. Le travail ne manque pas ! Côté culture, cette période est celle de l’aménagement des champs en vue de pouvoir planter dès qu’il aura commencé à pleuvoir. On abat des grands arbres, on arrache les mauvaises herbes, on brule aussi, beaucoup trop d’ailleurs. Mais la pluie se fait rare, alors il faut patienter avant de mettre en terre, le maïs, le riz, les arachides, … Aussi pas mal de gens, hommes et femmes, « chôment », comme on dit ici en … sango ! 

On est entré dans le temps du Carême, comme tous les catholiques du monde, le 17 février dernier. Ludovic et moi nous sommes partagés la tâche, nous répartissant les visites aux communautés de notre paroisse durant cette période qui prendra fin la nuit de Pâques. Ainsi, ce mercredi 17 février, pendant que le stagiaire présidait la célébration au centre, j’ai fait une tournée dans trois chapelles : Bamara, où j’ai célébré à 7h30, Yanguhoda, 10h, puis Kono à 15h, après une pause à la maison. Chaque fois, la même joie de rencontrer des communautés vivantes, des gens nombreux et heureux de se rassembler. Expliquer le geste de l’imposition des cendres, le sens du Carême, le chemin vers Pâques. Autant de sujets que j’ai ouverts, et qu’on aura l’occasion d’approfondir lors de nos séjours dans chaque village. Jour des cendres, jour de jeûne. Pour moi c’est resté simplement resté un vœu pieux : chaque communauté avait en effet préparé les bons petits plats, comme à l’accoutumée. Comment refuser ? Trop tard. C’est déjà chaud, parfumé, et préparé avec amitié et désir de bien faire … Je tâcherai de me rattraper un autre jour. Je n’avais donc pas faim en cette fin de journée. Est-ce un péché, mon père ?!!!

Temps du Carême, temps des récollections et retraites. Chaque vendredi à Zacko, de 6h à 16h, les paroissiens se regroupent à l’église. En matinée, messe, enseignement par Ludo ou moi, chapelet, carrefours de discussion. Dans l’après-midi, chemin de croix dans la propriété. Et pour que les 6 chapelles de notre paroisse ne soient pas en reste, Ludovic et moi y consacrons pratiquement tous nos week-ends. Ainsi pendant qu’il était 3 jours à Yanguchi, j’ai quitté Zacko jeudi en début d’après-midi pour une semaine de déplacement, à VTT. Tout d’abord, 48 heures à Kpangou, puis à nouveau 48 heures à Mbago. Dans chaque village, messe, temps de récollection, et aussi réflexion en carrefours, grâce au questionnaire sur les prêtres, en cette année particulière ouverte par le Pape Benoit XVI. Les deux villages, isolés dans la forêt au Sud-est de Zacko, sont aujourd’hui peu peuplés, une centaine d’habitants pour chacun. Les communautés catholiques sont donc petites, composées à Kpangou de 30 membres environ, la moitié à Mbago. Dans les deux lieux, la même joie de recevoir le prêtre : les catholiques ont construit une maison pour nous, ce qui est mieux que de déloger toute une famille quand on arrive ! Je me sens chez moi, dans ces petites maisons, faite de brique à Kpangou ou toute en paille à Mbago. Mon arrivée à VTT déclenche des salutations de toutes parts, venant des habitants des lieux, des plus petits aux ainés. Quelques-uns crient : « trafiquant ! », en voyant le grand panier en osier accroché au porte-bagage, et qu’utilisent ceux qui trafiquent entre Bangassou ou Ouango et Zacko, transportant manioc, huile de palme et autres denrées consommées ici. Mon panier est plein lui aussi, mais de mes affaires et du nécessaire pour le culte et l’animation, ainsi que divers objets à vendre : chapelets, livres de prière, croix, calendrier 2010. Un seau d’eau très chaude m’attend dans le petit espace sein de panneaux de paille et destiné à se laver, et aussi à se soulager. Puis c’est un peu comme un défilé informel et fraternel de gens qui viennent s’assoir un moment, prendre des nouvelles ou simplement me saluer. L’un ou l’autre apporte des produits de son champ, à partager avec les autres. On parle chantier, production de diamant, difficulté de trouver des financeurs. On parle politique aussi, vue que les élections législatives et les Présidentielles sont prévues le 25 avril prochain. La nuit tombe, la fraicheur s’installe. La fatigue m’envahit ; il faut dire que les pistes de cette zone sont étroites et très accidentées, je progresse parfois rapidement, parfois très lentement. Ainsi, en une heure, il m’arrive de parcourir à peine 10 km ; en effet par endroit, il faut pousser le vélo, vue la pente raide et longue qui suit la traversée d’un ruisseau ; franchir une rivière avec de l’eau jusqu’à la taille, en priant que le courant n’emmène pas le VTT et son chargement, tout cela fait partie de l’itinéraire que j’emprunte, et que connaissent si bien les habitants de ces villages. Il faut bien le dire, le côté sportif de la chose n’est pas pour me déplaire. Et puis j’avance à mon rythme, tout seul, sans personne autour pour causer, et ça aussi, je le reconnais, ça me fait du bien. Le chapelet accroché au guidon m’invite à la prière et à fredonner des refrains de Taizé. 27 km de Zacko à Kpangou,  puis 18 de plus pour rejoindre Mbago ; ajouter 30 pour arriver à la paroisse de Bakouma ; à cela il faut ajouter les 60 faits aujourd’hui pour regagner la maison. Total ?!! Ça me permet d’avoir du temps pour moi, notamment pendant ces longs moments où je ne croise personne. Quand survient quelqu’un, arrivant à pied, à vélo ou à moto, on se salue brièvement, puis chacun continue sa route. Et le silence reprend ses droits. Un silence envahi des étranges bruits de la forêt : les énormes cigales couleur écorce, les oiseaux en tout genre, dont certains ont de superbes couleurs bleu roi ou rouge vermillon. Le vent fait s’agiter les branches et les feuilles des hauts arbres qui dominent la piste. De temps à autre, un animal entendant le VTT se carapate dans les sous-bois. Gros lézard ? Serpent ? Petit rat ? Il emporte avec lui le secret de son identité.

 

Cette période de Carême a vu la venue à Zacko des choristes des paroisses de Bakouma et Zacko. Au total 160 jeunes et adultes se sont rassemblés du 21 au 28 février à l’église. Au programme, des temps d’enseignement assurés à tour de rôle par l’abbé Max, les stagiaires Fulbert et Ludovic, et moi. De longs moments consacrés au chant, notamment à la découverte et la mémorisation de nouveaux chants. La création est ici prolifique : chaque chorale - j’exagère à peine en disant chaque choriste (!) – a le vif désir que ses frères chantent ce qu’il a composé. Avec plus ou moins de bonheur quant au texte ou à la mélodie. Il y a rarement des catastrophes, heureusement. Mais si peu de choristes savent lire et écrire ! La tradition orale a encore de beaux jours devant elle. Et je salue la capacité de mémoire de ces jeunes et adultes qui, au long de l’année, animent les célébrations de leur communauté. L’ambiance est bonne entre les participants, bien encadrés par les responsables de la coordination. Dormir, se laver, manger, ce n’est pas simple pour tant de monde et pour 8 jours. Et puis de jeunes et gars et jeunes filles en un même lieu pendant une semaine, ça nécessite une vigilance certaine ! Je suis émerveillé par la capacité d’organisation des uns, et d’adaptation des autres ! Dimanche après-midi, faisant suite à la belle messe de clôture célébrée à l’ombre du feuillage du grand arbre, le concert proposé aux habitants de la ville, réalisé sur la place centrale, fut un succès. Malgré un temps un peu maussade, les gens se sont pressés autour des choristes installés sur les bancs amenés de l’église. La nuit tombante a sonné la fin des festivités, et en soirée, pour la quatrième fois cette semaine, j’ai proposé un film. Ainsi, grâce au vidéoprojecteur, de nombreux spectateurs qui se sont ajoutés aux choristes ont pu voir successivement « La Passion du Christ », « Kirikou », « sauvez Willy », et « Jason Bourne ». Y en avait pour tous les gouts ! Côté vie de communauté à la maison, c’était vraiment sympa de se trouver à 4 pendant la durée de la session. Les repas et autres moments de détente furent animés ! Et puis Gaétan a fait un saut à moto le vendredi, venant à la rencontre des participants, et de nous, et manifestant ainsi son intérêt pour ce type de manifestation.

C’est à l’avant-veille du premier jour de Carême que j’ai appris le décès de Maryse, à Issoire. C’est la maman d’une de mes filleules, c’est aussi une amie, puisque Gilles son mari, elle, leurs enfants et moi sommes proches depuis de longues années. Son décès m’a profondément peiné, de même que tous ceux qui la connaissent. Mais c’est qu’il n’est pas facile de vivre ce type d’évènement à distance. Partager la peine par téléphone n’est pas simple. Mais il y a quand même ce moyen là qui m’a permis de n’être pas trop loin. J’avais consacré du temps à l’accompagner pendant sa maladie, en priant avec elle, pour elle et ceux qui l’entourent. J’ai pu trouver le temps d’être en communion avec la famille en ces jours, particulièrement jeudi 18, jour de la messe d’enterrement. J’avais un jour dit à ma filleule : « ta maman, elle est pour moi celle qu’on appelle affectueusement ici « la petite maman ». Et au cours de la messe, cette parole a rejailli, dans les propos des enfants. J’ai été ému lorsque je l’ai su, au soir de ce 18 février. En matinée de ce jour, j’ai fait peu de choses, si ce n’est quelques bricoles de bureau. L’après-midi, et afin d’être en communion avec les gens rassemblés dans l’église d’Issoire, je suis parti marcher dans les collines proches de Zacko. Chapelet à la main et évangile dans le sac à dos, je me suis promené tout en priant. Petites pauses au calme et à l’ombre, et long arrêt au calvaire qui surplombe la ville ; le soleil se couchant dans mon dos éclairait Zacko, dont les cases rougeoyaient au fur et à mesure de la disparition de l’astre du jour derrière les montagnes. Retour tranquille à la maison, guettant le coup du fil qui m’en dira davantage sur ce qui s’est vécu « là bas ». J’avais partagé autour de moi la triste nouvelle du décès de Maryse. Je ne savais pas que cela allait déclencher un tel élan de solidarité : nombre de gens sont venus partager ma peine. Apportant parfois quelques produits de leurs champs, ou des petites choses achetées au marché (un paquet de spaghetti, un sachet de beurre, un demi kilo de sucre, …) des anonymes et des gens connus sont venus s’assoir sur la terrasse. Le fait que je présente une photo de Maryse nouait le dialogue. Puis 20 membres d’ASKANGBA se sont donnés rendez-vous pour me rendre visite un après-midi. Puis le 11 mars, ce fut au tour de la communauté de se mobiliser, l’appel ayant été lancé au cours de la messe du dimanche précédent. C’est ainsi que plus de 100 personnes de tous âges se sont réunis à la maison. On a prié ensemble, puis on a parlé un moment de ma famille et des proches. Beaucoup avaient apporté un fagot, signe de la veillée qu’on organise ici chaque fois qu’un décès survient dans une famille. Je n’avais pas l’intention d’organiser une telle chose, couteuse d’une part et surtout compliquée à gérer. J’ai été vraiment ému de recevoir tant de monde pendant ces jours là. Je me suis senti entouré par ces petits gestes simples, ces paroles brèves et profondes échangées.

La vie continue, pour moi, pour nous, pour tous, ici et ailleurs. Et ici, je sais désormais que je ne suis pas seul dans ces moments de grande peine. Même si la manière d’aborder la cruciale question de la mort est, à bien des égards, si différente de la France. Les gestes de solidarité qui se sont exprimés ici m’ont rejoint ; l’amour fraternel qui les habite est un bel encouragement à poursuivre le partage.

 

Mercredi 24 mars

 

Arrivé à Bangassou lundi 22 en soirée, je profite du Net pour renouer avec les bloggeurs, MSNeurs et autres utilisateurs du mail !

Les fins de semaine dans la paroisse de Zacko m’ont amené à me rendre dans les chapelles, afin de vivre de longs moments avec les communautés. Qu’est ce que j’apprécie d’avoir du temps dans le village où je m’installe pour quelques jours ! Les rencontres spontanées, les relations plus fortes se vivent sans précipitation. Ces jours derniers, j’étais à Yanguchi, à 24 km au Nord de Zacko. Accueilli dans la maison de Jules le catéchiste et sa femme Christine, j’ai partagé un peu du quotidien du couple et de leurs 6 enfants. En soirée vendredi, la pluie nous avait obligés à rentrer précipitamment dans la maison ; on s’est tous installés sur les nattes ou assis dans les fauteuils en bambous, et on s’est mis à discuter de tout un tas de choses : la vie de l’Eglise bien entendu, mais aussi de chasse, de plantation, d’avenir des enfants ; il faut dire que je suis bien triste que cette année, aucun enfant ou jeune de Yanguchi n’aille à l’école de Bamara. C’est vrai que 6 km aller, autant au retour, c’est un peu long. Mais les gens marchent beaucoup ici. Il y a eu des problèmes d’entente l’année passée avec les enseignants, et les parents n’ont pas réinscrits leur progéniture à la rentrée. Ce qui m’inquiète, c’est l’avenir de la communauté humaine. Si demain personne ne sait lire et écrire en français, ni faire de simples calculs mathématiques, qui va administrer le village ? Et qui va animer la communauté catholique ? Qui pourra devenir catéchiste, secrétaire d’une équipe, d’un mouvement ? L’avenir humain et chrétien dépend de l’engagement des parents aujourd’hui. Pendant tout ce temps, la pluie rebondissait sur la paille, et les enfants s’endormaient un à un, Christine veillant à ce qu’ils n’aient pas froid, en mettant sur eux un simple drap. Au moment de nous endormir, j’ai proposé une prière familiale qui fut le dernier temps fort de cette veillée.

La journée de samedi fut consacrée à la vie paroissiale ; en matinée, j’ai réuni à Yanguchi les couples candidats au mariage issus des deux villages de Yanguchi et Bamara. La rencontre fut intéressante, par le fait du nombre de participants, par les sujets évoqués aussi. Deux aspects difficiles reviennent souvent dans les interventions des participants : la polygamie, forme habituelle de vie ici ; pas facile pour un homme de s’engager avec une seule femme, quand l’environnement vous pousse à élargir vos horizons !!! Autre aspect, le problème de la dote. Si certaines familles de la future épouse sont conciliantes, et peu exigeantes, ce n’est pas le cas pour d’autres, qui demandent au futur époux des sommes énormes, doublées de matériel en tout genre : vélo, draps de lit, vaisselle, … ce qui pose le problème de l’amour véritable qui peut amener un homme et une femme à se choisir. En effet, l’homme qui a suffisamment d’argent, et qui répond donc aux exigences de sa future belle famille, peut acheter sa femme, qu’il y ait amour ou non. Du moment qu’il paye. A l’inverse, ceux qui s’aiment sont parfois empêchés de se marier par manque de moyens. Et c’est ainsi que des couples se défont parce qu’il n’y a pas de soutien des familles, qui jugent cette situation comme transitoire. La femme peut s’entendre dire par ses parents : « trouve toi un homme qui paye » ou pire : «  laisse tomber celui-ci pour celui là qui est prêt à payer ». L’homme peut subir la critique, la moquerie même, de la belle famille, puisqu’il n’apporte rien. Les enfants qui naissent dans le couple risquent fort d’être baladés entre les membres des deux familles, et ne jamais grandir entre leur père et leur mère. Quand viendra pour eux le jour de s’interroger sur le mariage, quels repères auront-ils reçu ? Les paroissiens avec qui j’étais donc réuni ce matin-là s’émeuvent de ces situations, mais ne peuvent, (ne veulent ?) pas changer grand-chose. La pression est trop forte, la peur de bouleverser ce qui s’est établi depuis tant de siècles est bien réelle. En tout cas, leur désir de vivre le mariage chrétien catholique les amène à réfléchir à leur vie, à celle de leurs concitoyens. Et c’est déjà un bon point. Et puis la motivation exprimée par certains amènent les autres à prendre la parole à leur tour, à parler d’eux, ce qui n’est pas dans les habitudes ici.

Dans l’après-midi, réunion du Conseil, et petit tour des différents évènements passés ou à venir. Les candidats à la confirmation étant nombreux, l’évêque viendra probablement sur place d’ici un mois pour conférer le sacrement. Il faut que la communauté se prépare à le recevoir, pourquoi pas dans la nouvelle chapelle ? Les poteaux ont été préparés, les lattes et les baguettes aussi. Il manque la paille. La pluie de ces dernières heures retarde la confection des bottes qu’on étale ensuite sur la fine charpente tressée comme un dessus de chaise. Le défi est lancé. Sera-t-il relevé ? Une visite de ma part, à vélo sans doute, s’imposera. Fin de journée calme, à jouer au 8 Américain avec Jules et les deux servants d’autel Stéphane et Clément. Tout au long de la journée, les gens à pied, les cyclistes, les motards passent lentement devant la maison. On se salue, et on engage la conversation avec ceux qui s’arrêtent pour demander de l’eau, acheter des cigarettes au détail, ou déposer un courrier. Vers 20h, deux 4X4 des commerçants Didou et Abache traversent le village. Ils viennent de Bria, à 133 km au Nord-ouest, qu’ils ont quitté dans la matinée. Vu l’état de la piste et leur chargement composé de futs de pétrole, d’essence et de gas-oil, de sacs de farine et de sucre, de matériel en tout genre, ils progressent très lentement, malgré une piste sèche. Leurs phares nous éclairent et ils nous saluent tout en poursuivant leur route.

Dimanche matin, temps de confessions avant la messe. J’ai accueilli les paroissiens un par un, ce qui m’a demandé 1h30 environ ; puis j’ai enchainé avec la messe. J’ai remis à la communauté le cadeau préparé par mes parents, à savoir une reproduction de l’archange Saint-Michel, patron de la chapelle. J’avais fait de même à Kpangou (Saint-Pierre Claver) et Mbago (Saint-Benoît) lors de ma visite en début de mois. En fin de messe, jules a dévoilé de programme de retraite proposé aux catéchumènes désirant recevoir la Confirmation (23), le Baptême (3), la Première Communion (2, + les 3 du baptême). Après le déjeuner, j’ai raccroché mon grand panier sur le porte bagage du VTT, calé mes petits sacs et aussi les deux cuisses de gazelle bien boucanées par Jules, et le lourd régime de bananes plantains offert par Jean-Sylvestre ; en route pour Zacko, avec une longue pause à Bamara pour boire un thé, discuter avec les uns et les autres.

De retour à la maison, douche au seau d’eau chauffé par le soleil, puis préparatifs pour le voyage de Bangassou. La voiture est âgée, elle a mal aux articulations ! Ainsi une lame de ressort ayant cassé il y a un mois, j’ai eu toutes les peines du monde à en obtenir une non déjà soudée. Quand elle est arrivée de Bangassou via Bakouma, (merci Takis et sa voiture jusqu’à Bakouma, merci Richard et son vélo jusqu’à Zacko!), la lame maitresse prélevée sur un véhicule sur cale au garage du diocèse à Bangassou a pu prendre place, après trois heures de travail que j’ai effectué jeudi matin 18, aidé des élèves ayant cours l’après-midi. Trois heures sous la voiture à déboulonner, démonter, positionner, reboulonner, (c’est qu’il fait chaud, même à l’ombre du châssis !) afin de pouvoir arriver sans encombre à Bangassou. Désillusion à mon arrivée : il n’y avait pas de sous-lame maitresse ajustée à la lame maitresse. La cale en bois que j’ai posée entre les deux va donc rester, afin d’éviter que l’une ou l’autre (ou les deux !) ne cassent à nouveau. C’est comme ça que ça marche, que ça roule, ici.

 

Jeudi 25 mars

 

J’aurai voulu, chers lecteurs, terminer ce chapitre avec une note d’humour, ou de bonnes nouvelles. Mais la triste réalité de ces jours derniers ne me le permet pas. En effet, dimanche 21 mars à 14h, un groupe des la LRA, les fameux Tongo Tongo, en furie, ont envahi le quartier de Rafai appelé Agoumar, situé sur la rive droite de la rivière Chinko. Pillage, incendie de maisons, du véhicule d’un commerçant. Massacre de gens enfermés dans leur maison à laquelle ils mettent le feu, prise d’otages. L’horreur. Le bilan est lourd : une dizaine de morts, surtout des femmes et des enfants, des dizaines de gens pris en otages portant les sacs et autres objets volés sur le marché et dans les boutiques. Les larmes. La détresse. Et la peur. Surtout la peur. Et c’est ce qui amène les 5 sœurs franciscaines à quitter précipitamment la communauté pour se replier à Bangassou. 2 attaques en moins d’un mois. S’en est trop. Les deux pères Kordian et Ricardo, ainsi que frère Raymond, eux aussi franciscains, ont choisi de rester. Mais pour les sœurs, ce n’était plus possible. Elles sont donc ici, à Bangassou. Choquées par ce nouveau drame. Affligées de savoir que plusieurs de leurs élèves du collège catholique St-François ne reviendront probablement pas. Quant à elles, que deviendront-elles ? Retourneront-elles à Rafai afin de poursuivre la noble tache d’ouvrir des chemins d’avenir à tous les enfants et les jeunes de cette région ? Les élèves de l’école et du collège les attendent. Mais leur supérieure générale, au Congo RDC, ne s’est pas encore prononcée. Et puis, 5 sœurs, c’est 5 angles de vue différents, 5 manières de réagir face aux évènements, et face aux questions de leur avenir.

Priez pour elles, pour nous ! Pensez à elles, à nous !

En ce jour de la fête de l’Annonciation, puisse le Dieu fait Homme en Jésus-Christ faire de nous des artisans de paix ! Puisse-t-il-nous donner la force de demeurer, au milieu de ceux qui souffrent et dont nous partageons les souffrances, des témoins d’espérance !

 

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 13:42

Michel est arrivé à Bakouma hier soir et nous a fait parvenir la suite de son carnet de bord. Ce nouveau chapitre, difficile à écrire, revient sur  les événements qui se sont passés à Zacko le 9 février et sur bien d'autres tout aussi terribles, à Rafaï et Yalinda.  Aujourd'hui, la vie reprend bien sûr à Zacko, mais il y a bien quelques craintes d'un retour des LRA...

Par Patricia et Philippe - Publié dans : INFO !
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /Mars /2010 13:35

C


CARNET DE BORD, chapitre 28

 

A propos des exactions commises par la LRA dans notre région.

 

Comme il est difficile d’ouvrir ce nouveau chapitre ! C’est la X ième fois que je me pose devant mon PC. Mais je n’arrive pas, jusque là, à écrire. A cause, sans doute, de l’actualité des évènements, à cause de leur soudaineté, de leur violence, de leurs conséquences, de l’émotion qu’ils ont engendrés. Et peut-être à cause de beaucoup d’autres aspects que j’occulte inconsciemment.

      Que s’est-t-il passé ? A l’heure où un groupe de rebelles de la LRA a envahi le marché de Zacko – c’était le mardi 9 février, à 16h25 – j’étais à Bangassou, à la maison St-Michel. 210 km au Sud de Zacko donc, en compagnie des jeunes de Zacko étudiant dans les différents lycées de Bangassou. On faisait le point, et je leur apportai avec joie des nouvelles, des produits des champs de leurs parents, un peu d’argent de poche aussi. Un premier coup de fil, en provenance de Bangui, me laisse pantois : « es-tu au courant de ce qui se passe à Zacko ? Pourrais-tu vérifier l’info ? » Immédiatement je quitte le salon, sors pour m’isoler et commence à tenter de joindre les amis de Zacko dont j’ai enregistré le numéro dans mon portable. Un échec, puis un deuxième, puis un troisième, puis … toujours rien. L’angoisse monte au fur et à mesure de ces silences, ou de l’écoute de cette voix métallique qui vous dit invariablement « le mobile de votre correspondant est éteint » ou « votre correspondant est injoignable, veuillez renouveler votre appel ultérieurement ». Au même moment, les jeunes sortent un à un de la maison, et je leur dis ce qui vient de m’être communiqué. En fin un correspondant au bout du « fil » : c’est Albert, le directeur de l’école Filles de Zacko, qui me répond ; « on est dans la brousse, cachés vers le ruisseau Machawa ! » c’est donc vrai. La LRA est entré dans la ville. Les Tongo-Tongo. L’inconcevable devient réel, d’un coup. Les premières larmes coulent sur les visages des jeunes ; ils s’affolent, s’inquiètent pour les leurs. Mais que se passe-t-il ? Je joins Bangui, et confirme l’info. Puis je me mets en chasse d’autres correspondants, afin d’en savoir davantage. Je joins Roch, le cuisinier de la communauté qui, depuis sa maison située sur la hauteur, me donne beaucoup de détails. Pendant ce temps, les jeunes de Zacko habitants d’autres maisons nous rejoignent. Ainsi que des amis, des voisins. Le silence est entrecoupé des pleurs discrets, des salutations brèves, et des sonneries de téléphone. Mes deux portables sonnent en permanence. Ce sont des gens de Bangui, de Bakouma. C’est l’Ambassade de France qui prend de mes nouvelles, et sans doute est soulagée de savoir que je suis loin de Zacko. Mais dans ma tête, c’est autre chose qui se passe ! Comme j’aimerais être au plus près, avec ceux vers qui j’ai été envoyé pour partager joies et peines du quotidien ! Je me fais vite une raison : si je suis ici à Bangassou à cette heure-ci, c’est que j’ai un rôle à jouer ici. Mettre en relation grâce aux portables, les autorités du pays et les gens de Zacko que j’arrive à joindre ; soutenir les jeunes qui sont ici avec moi. Envoyer des texto (SMS) afin d’assurer les amis cachés dans la brousse, de notre soutien, de notre prière. Puis vient le moment du choix, quand le commandant de gendarmerie demande de l’aide afin d’acheminer au plus vite les troupes là-bas, chez moi. Je le retrouve à la cathédrale, puis nous décidons que ce sera finalement l’abbé Fidèle, Vicaire Général du diocèse, et le chef de garage Jean-Marie, qui conduiront les militaires jusqu’à Bakouma. Je reste donc ici. Il fait nuit noire, je regagne la maison St-Michel. Les portables continuent de sonner, et quand ce ne sont pas les gens qui appellent, c’est nous qui cherchons à entrer en communication avec eux. On commence à y voir plus clair, à comprendre ce qui s’est passé. Et là on découvre que le pire est devant nous : plus de 40 personnes ont été prises en otage par les rebelles, afin de transporter les affaires volées sur le marché. Mais au fait, de quoi ont-ils besoin, ces rebelles sortis tout droit de la forêt tropicale ? Et bien de nourriture ; ils sont affamés, et se précipitent, arme au point, sur tout ce qui se bouffe. Ils avalent même les savons fabriqués avec la soude et les restes de cosse de café ! Et puis beaucoup de ces assaillants, qui sont une 20è, certes bien armés, sont en loques. Ils pillent les étals de vêtements, se changent sur place. Les hommes pris en otage et plaqués à terre sont attachés ensemble, puis encordés afin de porter les sacs de manioc, de riz, de sucre, de café, les balles de vêtement. Les rafales de kalachnikov continuent de résonner dans le ciel qui rougeoie au soleil couchant. La nuit est à peine tombée quand les rebelles et leurs otages rejoignent le reste de la colonne restée cachée dans les fourrés, juste en contrebas de la paroisse, sur le chemin qui conduit au confluent. C’est à ce moment que j’arrive à joindre Jolys, l’un des catéchistes de la paroisse. Il me dresse un premier bilan inquiétant et vrai. Alors, au fur et à mesure que nous avançons dans la nuit, nous parviennent au compte-goutte les noms de ceux qui ont été pris en otage, et devenus porte-faix des rebelles. Les larmes coulent sur les joues de Bénédicte et Carole qui apprennent l’enlèvement de leur oncle, l’émotion est grande quand nous parviennent les noms des jeunes eux aussi emmenés dans la forêt. Au téléphone, on interroge tout le monde : « et lui, et untel, et elle, on a des nouvelles ? » Mais souvent, les questions angoissées restent sans réponse. Parce que nombre d’habitants ont fui dans la brousse, et tardent à revenir chez eux. Certains malfaisants profiteront d’ailleurs de ces absences et de la débandade générale pour piller maisons et commerces. Il fait nuit noire, alors … A la maison St-Michel, on s’est organisé pour passer du temps ensemble : j’envoie deux garçons acheter du bois pour le feu, ainsi qu’un complément au repas préparé par les résidants du lieu ; on est une 40è, chacun doit trouver un peu à manger, assis autour du feu qui éclaire nos visages qui trahissent nos larmes, nos peurs, notre angoisse. Vers 23h, les portables se taisent. On prie une dernière fois ensemble. Puis je raccompagne André chez la cuisinière de Bangondé et Ousmane à l’orphelinat Mama Tongolo. Je m’allonge sur mon lit après une rapide douche. Mais je ne parviens pas à trouver le sommeil. Tant d’images, tant de paroles se bousculent dans ma tête. Je prie. Alors me revient une parole du Christ, dont je ne retrouverai la référence qu’à mon retour à Zacko : « n’ayez pas peur de ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme ». (Matthieu 10, 28) Maigre lueur d’espérance. Mais lueur tout de même.

Au petit matin, je vais à la messe à la cathédrale, je reste dans la foule. Mes pensées, mes prières n’ont qu’un seul et même sujet. J’ai hâte de rentrer à Zacko. C’est là-bas ma maison, mes paroissiens, mes amis. Je fais le plein de Gas-oil, de pétrole, et en hâte quelques courses. Ludo est prêt, sœur Claribel aussi ; à 10h30, nous quittons Bangassou. A Bakouma, la pause est de courte durée, il nous faut poursuivre la route. On arrive alors que la nuit est tombée. Je préviens plusieurs conseillers de mon arrivée, ils viennent me saluer, me raconter. Je suis fatigué et aspire à deux choses : dormir, et aller au plus vite en ville dès le lendemain. Mais voilà qu’à 21h15, un papa et son gendre arrivent à la maison ; la fille et l’épouse est à terme, mais elle n’arrive pas à accoucher ; et cela depuis 4 jours. Béatrice souffre sur son lit, au centre de santé. Je réfléchis à peine, remet ma fatigue entre les mains du Seigneur, et me prépare à reprendre la route. Je prends le temps de demander l’avis du personnel du centre de santé ; pour eux pas de doute, c’est tout de suite qu’il faut partir. J’installe un fauteuil de la terrasse dans la voiture, dos à la route, et empile 4 coussins. Arrivé devant le centre de santé, des hommes descendent doucement Béatrice, et l’installent dans le fauteuil. A 21h45, on part ; très lentement. 4h30 plus tard –il est 2h15- on entre enfin dans Bakouma, après avoir enclenché à maintes reprises le réducteur de vitesse afin d’éviter à Béatrice les secousses. Et puis il y a eu cet arbre, tombé juste avant notre arrivée à Gbabi, PK 14 de Bakouma. Le mari et moi, aidés du jeune Mahamat (c’est sa sœur qu’on emmène) on arrive à pousser l’arbre suffisamment pour qu’on puisse poursuivre notre progression. Arrivés à Bakouma, dans la ville endormie, je franchis la barrière de gendarmerie puis entre dans la concession de l’hôpital. J’avais téléphoné au chirurgien en arrivant dans la zone couverte par Orange, il arrive quelques minutes plus tard. Mais je déchante vite quand il me dit que personne n’a prévenu l’anesthésiste. Alors que Béatrice est transportée dans une chambre où dorment d’autres mères de nouveaux nés, je repars sur Fadama afin de ramener le fameux anesthésiste. On trouve sa maison, on le réveille de son sommeil profond (on réveille au passage sans doute tout le quartier). Il est enfin prêt, nous regagnons Bakouma. Et voilà que tout se complique : il n’y a pratiquement aucun médicament et matériel disponible. La pharmacie est quasi vide. Je pars chez Georgine, qui tient le dépôt de médicaments à la paroisse. Nouvelle agitation dans le quartier quand il s’est agit de faire du bruit pour la réveiller. Elle ouvre enfin la porte, puis revient un instant plus tard et nous partons avec elle à la pharmacie. On trouve certains produits, mais pas tout. Avec le chirurgien, nous voilà partis au centre ville, au niveau du marché ; l’objectif est toujours le même : réveiller les vendeurs de médicaments afin de compléter les éléments nécessaires à la césarienne. On tire ainsi du lit deux gars, l’un après l’autre, afin qu’ils nous ouvrent leurs portes. Il est 4h15 quand on revient enfin à l’hôpital. Je reste encore un peu, le temps de voir Béatrice entrer dans la salle d’opération où il n’y a ni eau ni électricité. Opérée par un chirurgien qui tient la lampe de poche entre ses dents, la porte du bloc ouverte pour la fraicheur, en anesthésie locale seulement. Je parviens à m’endormir à la paroisse vers 4h45. À 6h15, je suis tiré du lit par le gendre qui me demande de payer deux pochettes de sérum supplémentaires. Je donne 5 000 francs, qui s’ajoutent aux 15 000 dépensés à peine deux heures auparavant. Je me rendors un peu, puis émerge difficilement vers 8h30 ; la fatigue s’accumule.

Et commence alors ce jeudi 11 février une nouvelle journée pour le moins bizarre, à la fois mémorable par la gravité des évènements et par le nombre de gens rencontrés. Alors que j’allais au marché, je croise des 100è d’enfants sortants en courant de l’école, certains hurlant, d’autres pleurant et criant. « Les Tongo-Tongo ont pris Mbago ! » Ce village est situé à 20 km au Nord-est. S’en suit une immense débandade : les gens courent en tous sens, sortent de chez eux tout ce qu’ils peuvent emporter sur leur tête ou poser sur leur vélo. En moins d’une heure, la ville est quasi déserte. Les militaires centrafricains, sur place depuis mercredi après-midi, se déploient un peu partout ; au niveau d’AREVA, c’est l’attente. Et moi, je continue de circuler en voiture avec Mahamat afin de réunir les médicaments nécessaires aux soins postopératoires de Béatrice. Je rassure toutes les personnes que je rencontre, leur disant qu’il ne se passerait rien. Ce qui m’a fait sourire, et fait plaisir aussi, c’est de saluer le catéchiste André et sa famille en train de manger la boule de manioc, tranquillement assis sous les palmiers qui protègent la maison du soleil. Et leurs voisins qui continuent calmement de monter la nouvelle maison en briques. Puis je vais chez Taki où son fils Ludo m’aide à remplacer un pneu qui s’est déchiré durant la nuit sur la route. J’ai trouvé un pneu d’occasion, c'est-à-dire un peu moins abimé que le mien, dans la réserve de Gaëtan. On termine de réparer la roue quand l’avion se fait entendre. Je file à l’aéroport, je retrouve Eric qui rentre de congés. Vu l’ambiance du moment, il ne traine pas à reprendre ses fonctions ! Et c’est en préparant mon retour sur Zacko que je m’aperçois que la lame maitresse de suspension arrière est cassée. Impossible de repartir. Il me faut trouver le moyen de réparer. La soudure peut aider à faire quelques kilomètres, mais c’est sûr, il faudra changer la pièce brisée. En attendant, JP se charge de souder les deux lames, et ce n’est que le lendemain que la voiture est prête. Je quitte Bakouma vendredi vers 13h ; la ville est redevenue calme, il s’avère que l’info concernant les Tongo-Tongo est fausse. Les militaires centrafricains qui s’y sont rendus ont trouvé le village bien calme. Mais ce mensonge a généré une énorme panique à 20 km, à Bakouma.

De retour à Zacko dans l’après-midi, j’ai enfin le sentiment d’être là où je dois être, c'est-à-dire au milieu de mes frères. La fin de cette journée est calme ; je me repose, range mes affaires, passe quelques coups de fil pour signaler mon retour.

Le samedi matin, réunion du conseil de la paroisse. Bien entendu, on est longuement revenu sur les évènements qui nous marquent tous ; chacun raconte comment il a vécu ce mardi 9 février ; ce qu’il a fait, et aussi ce qu’il ressent, ce qui l’anime. On passe à des sujets plus terre à terre, comme l’entrée en carême et la fabrication des briques pour le bloc opératoire. En après-midi, rencontres diverses en ville et à la maison, avec comme unique sujet la rafle de mardi. Je salue des commerçants qui me racontent ce qu’ils ont vécu, me parlent de ce qu’ils ont perdu mardi, entre le pillage par les LRA et les vols de gens malhonnêtes qui ont profité de la confusion pour se servir dans les guinguettes éventrées. J’apprends aussi que Béatrice vient de décéder à l’hôpital de Bakouma ; je l’avais salué à notre départ, elle paraissait avoir retrouvé la santé, elle a même plaisanté avec moi après qu’on ait prié dans la chambre. Mais tout n’était pas rentré dans l’ordre. Je prends un petit coup au moral. C’est dur de ne plus revoir cette jeune femme pour qui on avait tant fait pour la sauver.

 Les enfants Aïta-Kwe de Kono, situé à 12 km, bravant le climat lourd qui pèse sur la ville, arrivent vers 16h à la paroisse pour faire la fête. Le cœur n’y est pas vraiment, et leurs frères de Zacko sont peu enclins à les rejoindre ; et certaines familles interdisent purement et simplement à leurs enfants de sortir. Mais ils s’organisent pour le repas, et leur veillée festive réjouit les spectateurs. Je m’endors fort tard, - il fait chaud en cette nuit – ayant un peu de mal à rédiger mon homélie. Et alors que je dors encore profondément, je suis réveillé brusquement par Ludovic.

 

      Il est 5h30 ce dimanche matin 14 février. Cette date restera, je crois, dans ma mémoire. L’incroyable s’est produit, et qui occupait nos nuits et nos journées, nos conversations et nos prières aussi. Combien de chapelets égrainés en ces jours par tant de croyants, à la maison, à la grotte mariale ou sur le chemin du chantier ou du champ ! Et je n’oublie celles et ceux, qui partout dans le monde, s’associent ainsi à ce drame ! Incroyable ! Le retour des otages ! Vous ne pouvez pas imaginer l’émotion qui a traversé nos corps et nos cœurs, quand sont arrivés les premiers hommes, amaigris, sales, fatigués, mais Vivants ! Comment écrire ce qui s’est passé en moi, en nous ! Comment vous redire les larmes qui ont coulé sur mon visage quand cette vieille femme qui passait ses journées allongée à même le sol devant la grotte mariale s’est agenouillée devant son mari encore tout hébété ! Comment vous exprimer les cris de joie et les abondantes larmes de Marie-Charlotte se lovant dans les bras d’Antoine, qui doivent célébrer leur mariage dans quelques semaines ! Et Marie-José qui retrouve son petit frère ! Et Constant, le secrétaire de la mairie, fatigué par les kilomètres parcourus dans la forêt durant ces dernières 24 heures, et qui s’extrait pourtant un moment de la foule pour raconter, en français, ce que lui et ses compagnons d’infortune ont vécu. Impossible de redire l’émotion qui m’a touché au long de ce jour naissant, quand les habitants réveillés par la nouvelle gravissaient en vitesse la colline afin de saluer chacun des 9 premiers otages, bientôt suivis par d’autres petits groupes, libérés eux aussi la veille au matin par leurs ravisseurs. Dans une interminable procession, quasi en silence, les habitants de Zacko de tous âges venaient serrer la main et dire un mot à leurs frères revenus sains et saufs. Ludo et moi avons toutes les peines du monde à servir un café et du pain aux ex-otages. Eux sont quasi muets, entre larmes de joie retenues, et souvenirs de choses terribles vécues durant ces jours derniers. Le maire arrive, l’adjoint au CB, d’autres personnalités de la ville. Ils s’inscrivent dans la procession, et embrassent longuement ceux que certains croyaient à tout jamais perdus. Une question demeure encore aujourd’hui : pourquoi tous les prisonniers ont-ils convergé ici, à l’église catholique ? Pour le lieu ? Parce que j’en suis le curé ? Vraiment je ne sais pas. Si certains sont membres de notre communauté, ce n’est pas le cas de tous. Mais tous (ou presque ?) ont tenu à venir ici avant de rentrer à la maison ; et pour prier, remercier Dieu.

A 8h45 environ, on se prépare pour célébrer ; mon homélie longuement travaillée la veille est restée sur le bureau. Le contexte est maintenant si différent ! Je garde Matthieu 10, 28, bien entendu, mais ouvre aussi le psaume 126 – 125 : « quand le Seigneur ramena les captifs à Sion, nous étions comme en rêve … » Oui, ces versets vieux de 3000 ans sont tellement d’actualité pour nous ici ! Evidemment, l’Évangile du jour – les Béatitudes chez St Luc – éclairent aussi mes propos. C’est à ce moment qu’entre Delphin, un choriste, fils de Bertrand, ex SG de la paroisse. Il s’assoit au milieu de ses frères choristes, accompagné de son père très ému. Je retiens mon émotion, et le salue depuis l’ambon où je me tiens. Il me répond d’un merci bref et chaleureux. Et c’est quelques minutes plus tard, alors que nous chantons notre foi en Dieu Père et Fils et Saint-Esprit qu’entre Simon. C’est le catéchiste de la chapelle de Mbago, qui comme les autres avait été pris mardi comme porte-faix, alors qu’il revenait avec moi de la session des catéchistes faite à Bakouma. Simon entre, accompagné d’un conseiller, prend place dans un fauteuil qu’on lui présente. Je quitte alors ma place, et les yeux embrouillés de larmes, l’embrasse longuement, pendant que les choristes continuent de nous entrainer dans la prière du Credo. J’ai bien du mal à introduire la Prière Universelle. Elle est spontanée, et plusieurs personnes, dont Simon, demandent le micro afin de nous aider à prier en communauté. L’offertoire arrive à point nommé pour moi : je peux me reposer un peu, souffler, essuyer mon visage. Mais au moment de reprendre la parole et d’entrer ainsi avec la communauté dans le temps de l’Eucharistie, l’émotion est encore trop forte ; je pleure. Pas longtemps, mais je suis obligé de marquer une pause avant de poursuivre. Je respire un grand coup et me lance à nouveau. Cette fois sera la bonne. Les paroles du Christ au cours du Dernier Repas prennent un sens si particulier en ce jour ! Au moment du notre-Père, comment ne pas peser chacun de ces mots : « comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé » ? Le pardon des ennemis, vaste sujet, dont on peut débattre longtemps, assis autour d’une table tout en buvant un café, mais qui prend une tournure si particulière le jour où on est réellement confronté à cette terrible réalité ; pardonner, oser entrevoir un avenir possible pour ces hommes et ces femmes qui viennent de piller notre ville, détruire des familles. Et c’est là que le Christ en marche vers le Calvaire nous interpelle : aimer nos ennemis ; pas seulement comme ça, comme une idée généreuse, mais en réalité. Pour ouvrir en nous aussi des chemins de paix intérieure. Et le geste de la paix du Christ partagée entre tous amène les gens à se déplacer davantage, quittant leur place pour saluer nos frères revenus de si loin ! Après la messe, je souffle ; je respire, partage la joie des uns et des autres, et reste aussi attentif au fait qu’il manque des otages. Outre celui qui a été exécuté en cours de route alors qu’il était entre les mains des ravisseurs, il y a ceux qui n’ont pas été libérés. On apprend qu’ils sont une dizaine. 40 ont été relâchés samedi matin vers 9h. « Vous êtes libres, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous ». Mais les Tongo-Tongo gardent les plus jeunes, dont deux jeunes filles. Quel sera leur sort ? Notre joie des retrouvailles ne nous fait pas oublier ceux qui pleurent, quand ils apprennent que leur enfant est encore entre les mains des rebelles. En fin d’après-midi, d’autres otages, libérés au même moment mais qui ont préféré se reposer à plusieurs reprises au long des plus de 100 km qu’ils devaient parcourir, arrivent en ville, et nous les retrouvons à la paroisse. Même joie retenue mais bien réelle des habitants qui se rassemblent en masse. Nous prions un moment ensemble, interrompant le flot des gens venus les saluer. Chacun regagne sa famille, et je me rends chez Madeleine qui a l’immense joie de retrouver son fils, un solide gaillard père de famille. Papi –c’est son surnom – raconte en détail ce que lui et les autres ont vécu. Il a été pris en otage sur la piste menant à Zacko, alors qu’il rentrait de la pêche dans la rivière Mbari, située à plus de 60 km à l’Est. Menacé comme d’autres hommes rentrant eux aussi de pêche ou des champs, par les rebelles de la LRA, il a parcouru sous la menace des armes la distance le ramenant à Zacko. Après le pillage du marché, toujours encordé à d’autres otages, il est reparti d’où il venait, c'est-à-dire vers l’Est, portant les lourds sacs de sucre et de manioc. Ayant vécu une partie de son enfance en RDC (ex-Zaïre), il parle le Kiswahili, ce qui a fait de lui le traducteur des ordres donnés par les rebelles. Il explique ainsi qu’il est sûr qu’un traitre est caché ici, à Zacko, et renseigne la LRA sur les mouvements de troupe, les déplacements de militaires dans la zone ; stupéfaction chez les auditeurs attentifs qui se pressent dans la concession. Et ce qu’il dit publiquement sera confirmé par une enquête rondement menée par les FACA venus en renfort. Un commerçant malhonnête communiquait en effet avec les rebelles, grâce au téléphone satellitaire qu’ils emmènent partout avec eux dans la forêt.

Les coups de fil d’Europe, de la famille et des amis, me font chaud au cœur ; mais je me rends compte combien il est difficile de mettre des mots sur ce que nous vivons ici, sur ce que je ressens. Je m’endors tardivement, la tête pleine de ces visages marqués, qui de larmes, qui de joie, qui de fatigue, visages des habitants de Zacko, mes frères.

 

Lundi 15, matinée de visites chez divers ex-otages ; chez Simon, encore bien fatigué, puis chez Constant, qui a les pieds dans un sale état. Et c’est alors que je lui rends visite qu’arrivent 3 otages libérés eux aussi samedi, mais qui ont été moins rapides. Ils ont dû dormir en route, incapables de faire le trajet d’une traite. Je les trouve chez eux, en train de se restaurer ; ils racontent leur périple, pendant que les gens se pressent pour les saluer. En fin de cette même journée, un évènement nouveau est venu bouleverser la quiétude du soir : le retour de trois otages. Trois jeunes, qui se sont enfuis. Contrairement aux 40 autres qui avaient été libérés, eux trois ont réussi à déjouer la vigilance des gardiens. Dans la nuit de dimanche à lundi, alors que les rebelles de la LRA dormaient, l’un des garçons surnommé Hésité, a motivé ses congénères à fuir. (Le surnom est bien mal choisi !) Seuls deux ont eu l’audace de le suivre. Les 7 autres ont eu peur, ils ont refusé. L’un d’eux lui a même dit : « Dieu nous libèrera ». Malheureux jeune qui n’a pas su reconnaitre dans l’appel de son copain, la présence de Dieu. Il reste otage de la LRA. Les trois courageux, deux gars et une fille, se sont donc enfuis en pleine nuit. Ne connaissant pas la forêt, ils se sont dirigé au flair, jusqu’au moment où ils sont arrivés sur les bords de la rivière Mbari. Ils ont pu la traverser et retrouver le chemin par lequel ils avaient été emmenés enchainés. Entrés dans Zacko vers 19h30, ils sont arrivés à l’église. La famille d’Hésité ayant été prévenue, la nouvelle s’est répandue à toute vitesse. Pendant que Ludo et moi leur servions le repas, des dizaines de jeunes et d’adultes sont venus les saluer. Le jeune Hésité a raconté leur périple, insistant sur le fait qu’ils ont fait plusieurs arrêts pour prier Dieu, et trouver ainsi le courage nécessaire pour poursuivre la route. Amandine, très émue, avait du mal à parler, bien qu’elle en ait envie. Le troisième garçon est resté quasi muet. Puis les familles sont rentrés avec leurs enfants, les visiteurs ont eux aussi regagnés leurs maisons.

 

 

Au moment de clore ce chapitre, et avant d’en ouvrir un nouveau dont j’espère qu’il relatera des faits plus ordinaires, plus cool, mais toujours savoureux de cette saveur du quotidien partagé avec les gens d’ici, je ne peux m’empêcher de penser aux habitants de Rafai, qui ont subi le même sort que nous le vendredi 19 février, et ceux de Yalinga, vendredi 26 février. Même technique : envahissement en fin de journée, pillage du marché, prise d’otages, fuite en forêt à la nuit tombante. A Rafai, la paroisse a été saccagée, les 2 coopérants DCC ont été retenus en otage, avant qu’ils ne puissent se cacher, profitant de la pagaille engendrée par l’arrivée inopinée de militaires dans la ville. A Yalinga, 80 km au Nord-est de Zacko, c’est le directeur de la station météo, un pasteur, le chef de centre de santé qui ont été joints à la 30è d’otages enlevés. La maison des safaris pillée, les installations météo et de communication détruites.

Quand cela prendra-t-il fin ?

Comme l’a si bien écrit le Concile Vatican II, les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des Hommes ce temps, l’Eglise les partage humblement ; « il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans le cœur des disciples du Christ ». (Constitution Gaudium et Spes). Il nous appartient de rendre vivante cette parole, en actes et en vérité.

 

On aspire à la paix. C’est notre désir le plus fort. C’est de cette urgence dont on voudrait parler, encore et encore. On sait qu’on n’est pas seuls, que des gens à travers le monde, pensent à nous, prient pour nous. L’Eglise n’a-t-elle pas écrit un document, suite au synode sur l’Afrique, appelant chacun à collaborer pour faire face aux défis de la réconciliation, justice et paix ? Quels défis ! On se sent si petits, si fragiles face à cette guerre si peu connue et qui déstructure lentement notre pays. On aimerait savoir ce que préparent les grands de ce monde, pour répondre à notre désir de paix. On patiente, on prie, on se serre les coudes. On espère en des lendemains de paix.

 

Et j’ajoute encore que 4 otages viennent de rentrer à la maison : 3 gars tout d’abord, qui ont pu fuir leurs tortionnaires et qui sont arrivés lundi soir à la paroisse. Quelle émotion de voir Madeleine, à genoux devant son petit fils, et rendant grâce à Dieu avant d’entrainer la petite foule rassemblée chez nous à prier le Notre-Père et quelques Je vous salue Marie ! Et puis le retour de Myriam, l’autre jeune fille enlevée le 9 février. Elle a été libérée mardi en même temps qu’une grande partie des otages enlevés à Yalinga ces jours derniers. Un cycliste l’a alors embarqué sur son vélo, et lui a ainsi permis de parcourir rapidement les 110 km qui la séparaient de Zacko. Assise ce mardi soir 2 mars dans un fauteuil de la terrasse, elle a voulu partagé ce qu’elle a vécu. Ce fut poignant. Bien entendu, elle n’a pas tout dit de son calvaire. Il faudra du temps, et certaines souffrances ne s’effaceront sans doute jamais. Mais elle est vivante, a retrouvé sa mère, son père, ses frères et sœurs. Elle aspire à la paix. Paix intérieure, paix dans sa vie quotidienne aussi.

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 14:16

Dimanche dernier nous vous annoncions le retour d'une trentaine d'otages qui avaient été libérés  la veille, c'est-à-dire samedi, et qui se
sont présentés...à l'église, pour rendre grâce à Dieu avant toute chose. Les premiers sont arrivés tôt, ils ont surpris Michel et des paroissiens en prière devant la Vierge. La nouvelle a fait le tour de la ville, et une foule de plusieurs centaines de personnes sont montées devant l'église en criant sa joie. Et pendant la messe, d'autres otages sont arrivés, ces irruptions dans l'église donnant lieu à des retrouvailles "publiques" très émouvantes.- Une vieille femme qui n'avait pas quitté la Vierge de toutes ces journées retrouvant son aussi vieux mari, ne pouvant plus que le serrer dans les bras - Michel accueillant le catéchiste d'un village voisin avec une émotion non dissimulée, une femme active dans la paroisse ne sachant que répéter "mon mari, mon mari..." D'autres otages sont rentrés lundi

Mais le plus extraordinaire retour s'est produit hier soir mardi: 3 jeunes, 2 garçons de 14 et 17 ans environ, et surtout une fille de 14 ans, se sont enfuis, dans la nuit de dimanche à lundi. Poursuivis, ils se sont cachés, ont courru, ont un peu dormi, et surtout disent-ils, ont prié. Connaissant mal la forêt, ils ont peiné mais sont arrivés finalement à bon port. Première démarche, avant même de manger: aller à l'église pour remercier Dieu! Ils ont raconté leur épopée après que Michel les ait nourris. Décidés à partir, ils ont prié avec les autres otages, en disant que Dieu les accompagnerait. Ceux qui n'ont pas osé partir ont dit que si Dieu voulait, ils seraient aussi libérés...Parmi les 3 jeunes rentrés, la fille est catholique, le jeune garçon musulman et le plus âgé? Michel ne sait pas .
 Mais toute la ville s'est réjouie, bien sûr.  C'est devant une foule en silence qu'ils ont raconté leur épopée et parlé de ceux qui restent.
     Restent en otage à ce jour 7 jeunes, dont une fille. Pourquoi en avoir libéré certains? Tout simplement pârce qu'ils n'en avaient plus besoin. Pourquoi garder les autres? Pour en faire des combattants comme eux. La donne est aussi simple que cela.      Quelle peut être la suite des évènements: compte tenu de leur armement, l'armée centrafriquaine n'est pas en mesure de faire face. Mais les soldats ougandais sont en RCA depuis plusieurs mois pour mâter cette rébellion, et on apprend ce soir qu'ils seront à Zacko demain sans doute. Les chasseurs et pêcheurs pris en otage savent parfaitement où ils sont. Avec peu de porteurs maintenant, ils ne bougeront pas beaucoup Alors... affaire à suivre. Le préfet du département devrait être sur place demain aussi     Mais ce qui est remarquable, c'est le courage de la population, et la foi qui l'a fait vivre tout au long de cette épreuve. Et les manifestations de joie, chez des gens assez peu expansifs habituellement, sont le signe de leur reconnaissance pour le Seigneur.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 16:39
Enfin une bonne nouvelle reçue à 8 h 10  ce matin: les rebelles ont libéré 35 otages hier matin, arrivés ce matin à Zacko. Ils ont convergé vers l'église, et pendant que Michel leur préparait un café, des centaines d'habitants de Zacko sont arrivés, une liesse inimaginable a envahi la ville.
Il manque encore des gens.
L'essentiel que Michel voulait nous faire partager, c'est déjà cela...
Il prépare la Messe, qui sera plus joyeuse que prévu par lui hier soir!!! "On commencera en retard.." a-t-il dit avec son humour retrouvé! Ca fait plaisir.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 06:11
Michel, joint  mercredi vers 20H20, était arrivé à  Zacko une heure plus tôt.

La ville a retrouvé son calme. Les otages ont été dénombrés : 34, hommes, femmes et enfants. Il y a eu un tué sur place, et un autre a été abattu au cours de la retraite des assaillants, vers le sud est de la ville, alors que tous croyaient qu'ils s'étaient repliés vers le nord est.
Les recherches entreprises par les hélicoptères sur ce dernier secteur n'ont évidemment rien donné aujourd'hui ! Elles reprendront demain à l'aube dans la nouvelle direction.
Un petit contingent de soldats de RCA est venu de Bangassou dans la nuit dernière.
Un détachement de l'armée ougandaise est également sur place, et Michel espère qu'il installera une base à Zacko, pourvu d'une piste pour les avions, et du terrain de foot pour les hélicoptères. Car les rebelles ne sont pas encore très éloignés, on le suppose.

Michel a commencé ce soir à prendre contact avec les familles des disparus. Il célébrera une messe demain matin à leur intention. Il avait organisé une veillée hier soir à Bangassou avec les ressortissants de Zacko qui étaient sur place.


Pour information, le "sentinelle" a été retrouvé sain et sauf !

Dernière précision  en date d'aujourd'hui vendredi 12/02 au matin: Michel est de retour à Bakouma  et tout va bien pour lui.

Nous restons en union de prière avec toute la population de Zacko
Par Patricia et Philippe - Publié dans : INFO !
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 02:29

Comme nous vous le précisions avant-hier sur le blog, Michel est actuellement à Bangassou où il est arrivé hier. Nous l'avons eu au téléphone avant-hier soir, alors qu'il s'était arrêté pour la nuit à Bakouma.
Et puis nouvel  appel à 17 h50 hier:
  depuis deux heures environ, c'est-à-dire depuis 16 heures ce mardi 9 février, Zacko est investi par les rebelles.
Bangui doit intervenir avec l'appui de l'armée française...

Les rebelles, hommes et femmes, de la LRA, peut-être une quarantaine, ont investi le marché central de Zacko vers 16 H 30, et ont razzié tout ce qu'ils pouvaient prendre, emmenant avec eux plusieurs dizaines d'habitants pour s'enfuir avec leur butin, vers l'Est. La ville est sous le choc, et des pillages sont à déplorer sur le marché lui-même, tous cherchant à récupérer ce qui reste !
 
Les rebelles n'ont pas été au delà, notamment vers l'école, l'église, la maison d'accueil (où habite Michel)... Seul manque à l'appel le "sentinelle"de la concession de l'église catholique dont Rock (le cuisinier) n'a pas de nouvelles. Est-il parti avec les otages, ou se cache t'il dans la forêt ?
 
L'armée ougandaise et les hélicoptères basés à Bria interviendront demain matin, pour tenter d'intercepter les fuyards, qui sont à pied, mais à plusieurs heures maintenant de Zacko. Michel est en contact avec l'Ambassade De France à Bangui. Il regagne Zacko demain après-midi, estimant qu'il n'y a plus rien à craindre d'un retour des bandits.

Nous vous tiendrons informés dès lors que nous en saurons un peu plus.
Soyons en union de prière avec toute la population de Zacko et n'hésitons pas à en parler autour de nous...


Par Patricia et Philippe - Publié dans : INFO !
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 18:49

Comme nous vous le précisions hier sur le blog, Michel est actuellement à Bangassou où il est arrivé aujourd'hui même. Nous l'avons eu au téléphone hier soir, alors qu'il s'était arrêté pour la nuit à Bakouma.
Et puis nouvel  appel à 17 h50 aujourd'hui:
  depuis deux heures environ, c'est-à-dire depuis 16 heures ce mardi 9 février, Zacko est investi par les rebelles.
Bangui doit intervenir avec l'appui de l'armée française...
Nous vous tiendrons informés dès lors que nous en saurons un peu plus.
Soyons en union de prière avec toute la population de Zacko et n'hésitons pas à en parler autour de nous...
Par Patricia et Philippe - Publié dans : INFO !
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 22:49

Nous avons eu des nouvelles de Michel. Il va bien. Après un rapide passage à Bakouma - il en a profité pour nous faire parvenir la suite de carnet de bord - il est reparti aujourd'hui pour Zacko avec les catéchistes et reprendra la route bien vite pour Bangassou où il sera de mardi à jeudi prochain.

Par Patricia et Philippe - Publié dans : NOUVELLES
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 22:35

 

 

 

CARNET DE BORD, chapitre 27

 

Je suis assis ce samedi 16 janvier au matin dans un endroit un peu insolite : le centre paroissial de Bakouma, transformé depuis ce début de semaine en université catholique (soyons modestes !). 28 catéchistes, venant de 7 paroisses du diocèse, sont ici réunis pour un mois de formation. Arrivés samedi dernier, ils ont commencé cette deuxième session qui fait suite à celle vécue il y a tout juste un an à Ouango. Un mois de cours, de lecture, d’approfondissement, et aussi de détente, avec notamment le foot, que ce soit sur le terrain de l’école catholique ou bien assis dans les fauteuils, Coupe d’Afrique des Nations (CAN) oblige ! J’ai consacré toutes les matinées de la semaine à présenter à « mes » élèves un enseignement aussi fourni que possible sur le Credo. De 7h30 à 12h30, nous avons ensemble progressé dans la compréhension de cette prière de l’Eglise qui unit nombre de Chrétiens d’Eglises diverses autour de la même foi. Souvent, nous avons ouvert le Nouveau Testament, parfois même l’Ancien, afin d’aller puiser dans les Ecritures le sens profond de chacune des paroles du Credo qu’on nomme aussi « Symbole des Apôtres » ; j’ai parfois fait le lien avec celui dit « de Nicée – Constantinople ». Compte tenu des difficultés de lecture et d’écriture de certains catéchistes, il m’a fallu tout écrire au tableau, et patiemment attendre que chacun ait recopié cela dans son cahier. Parler la langue sango ne me pose pas beaucoup de problèmes, mais enseigner les fondements de la foi dans cette même langue, ce n’est pas si simple ! Le vocabulaire théologique trouve parfois difficilement des correspondances claires en sango ; et je dois prendre en compte que la traduction en sango du Symbole des Apôtres est parfois plutôt minimaliste, réductrice de sens. Si c’est lié à la pauvreté de la langue, c’est aussi à mon point de vue lié à un travail de traduction réalisé il y a bien longtemps et peu lié à la Parole de Dieu. Ainsi dans le texte du Credo en sango, il n’y pas une parole précise permettant de comprendre que l’Eglise est sainte parce que liée à Dieu seul saint et animée de l’Esprit-Saint, ni mention claire de la résurrection de la chair, ni propos explicite sur la vie éternelle. Pourtant, dans la traduction en sango de la Bible, on peut sans peine trouver des expressions très proches du sens, très fidèles même. Je ne comprends pas vraiment ce qui a guidé les traducteurs à rédiger une prière dont les expressions de la fin sont si éloignées du sens profond et original. En mettant en parallèle le texte en français, et en parcourant la Bible, les élèves ont pu mieux comprendre ce qui s’offre à notre foi lorsqu’on prie avec ce texte. Enseigner, c’est prenant, ça demande de l’énergie ; préparer en demande aussi beaucoup ! J’avais pu me dégager du temps pour cela à Zacko, en m’enfermant dans mon bureau ou en m’installant à l’ombre des grands arbres du jardin. J’ai profité du calme de Bakouma pour continuer la préparation, et jour après jour ajuster mon cour à notre progression, et à leurs questions. Ces 28 catéchistes âgés de 28 à 45 ans environ, sont de niveaux intellectuels très différents : certains ont tout juste appris à lire et à écrire en sango grâce aux formations organisées sur 2 mois dans les villages, d’autres à l’inverse ont le niveau Bac, et parlent un français fluide. Pas facile de s’adresser de manière égale à tout ce groupe. Je crois que, suite notamment à l’échange de fin de matinée hier, j’ai réussi rejoindre chacun, et à permettre à tous d’en savoir un peu plus sur les fondements de notre foi sur le Christ, Fils du Père et qui donne l’Esprit vivifiant l’Eglise en ses membres. Ce samedi matin, c’est donc l’interro écrite ! 8 questions sont au tableau, et Bic à la main, Nouveau Testament ouvert, ils essayent d’y répondre. Je verrai le résultat, et saurai s’ils ont compris, ce qu’ils ont déjà assimilé, et si ce que je leur ai enseigné était clair !

Cette semaine à Bakouma qui a commencé samedi 9 ce termine aujourd’hui par mon retour à Zacko. Il y a 8 jours, j’ai quitté la maison avec, à mon bord, 3 des 5 catéchistes de la paroisse venant participer à cette session, ainsi que 4 joueurs de foot de l’équipe Olympique de Béal, qui regagnent Bangassou où ils habitent maintenant, après avoir participé à la finale de la coupe contre l’équipe Tempête – Mocaf. Le match s’était terminé dimanche 3 janvier à la nuit tombante par un nul 1 partout, et Tempête a refusé de le rejouer. Ce qui fait de Béal le vainqueur officiel, mais qui laisse un certain gout d’inachevé chez les spectateurs, les supporters, les joueurs, et les dirigeants du club dont je suis, étant depuis 2 ans président d’honneur de ce club. Et puis on n’a pas fait la fête, les dirigeants de la sous-ligue n’ayant pas pris position sur le refus de Tempête.

En ce début d’année, le temps des échanges de vœux m’a amené à prendre des nouvelles des abbés Martin et Jean-Baptiste qui sont à Obo ; Martin me disait mercredi au téléphone que la région était redevenu calme. Joseph Kony a même envisagé de déposer les armes en les remettant à l’Église catholique. Cette nouvelle a engendré la peur chez nombre de paroissiens d’Obo, ce qui a amené l’église à être quasi déserte pendant plusieurs jours. Mais Martin n’a rien vu venir. Il faut dire qu’en décembre, l’armée Ougandaise a porté un coup sérieux aux rebelles de la LRA, en allant bombarder leur campement situé entre le Vovodo et la Chinko. Mort de rebelles (combien ?), fuite des survivants dans deux directions : d’une part le Soudan, particulièrement le Darfour, et d’autre part le Nord-ouest, c'est-à-dire la région de Yalinga. Les forces Ougandaises ont donc fait le déplacement en camion jusque là, et les ont pris en tenaille. Le résultat de cette action m’est inconnu, mais il semble bien que cela ait porté un coup dur à la LRA. Espérons que la paix tant souhaitée devienne réalité. En tout cas, à Obo, les gens recommencent une vie « normale », à savoir se rendre aux champs pour préparer la terre en vue de la prochaine saison des pluies. La peur est présent, le sentiment d’insécurité demeure, mais la vie reprend son court.

Côté communication, les sympathiques responsables du camp d’AREVA me permettent de me connecter sur le Net, ce qui me facilite l’accès aux mails. J’ai profité à  trois reprises du petit bureau mis à ma disposition, et des croissants (des vrais !) offerts par Kamel, l’intendant, pour prendre le temps de lire et répondre à une correspondance nombreuse et fournie ; je télécharge aussi la plupart des photos dans mon PC, ce qui me permet ensuite de regarder tranquillement à la maison. Je suis au calme, et apprécie vraiment ce moment là, loin du bruit, de sollicitations en tout genre, des visites quasi ininterrompues. Je reconnais qu’à la paroisse de Bakouma, c’est pour moi quand même bien calme ; cette semaine, si elle a été exigeante en terme de travail intellectuel, a été aussi reposante en terme de sollicitation. Et puis la communauté composée des abbés Gaëtan et Max, et du stagiaire Fulbert, est fraternelle. Il y a une espagnole du nom de Maria qui est venue passer le mois de janvier ; membre active de Fondation Bangassou, elle prend ses congés ici avant de reprendre son poste de chimiste, spécialisée dans … le nucléaire. C’est bien qu’elle vienne partager du temps avec nous, et se rendre compte de l’importance du travail fait en Espagne, et dont les populations d’ici bénéficient. On en parle souvent à table. Elle pourra redire là-bas ce qu’elle a découvert, et ainsi continuer de mobiliser des gens autour des projets engagés avec les habitants du diocèse.

Mes confrères Ludovic et l’abbé Isaac sont revenus jeudi de Bangui sur Bangassou, et devraient arriver prochainement dans le secteur Bakouma – Zacko. Comme ils assurent eux aussi la formation des catéchistes, nous auront un peu de mal à être rapidement réunis tous les trois à la paroisse St Joseph. Ce sera sans doute possible au début du temps du carême.

Mardi 12, Lucine Hapi, responsable de la communication et des actions sociétales d’AREVA Centrafrique, nous a rendu visite à la paroisse, ici à Bakouma. On a évoqué avec elle les phases de réalisation des tables-bancs des écoles de la zone, et réfléchi à l’utilisation des subsides du projet. Gaëtan et moi avons proposé que soit engagé quelques chose au niveau des toilettes dans les écoles, actuellement inexistantes. Imaginez les problèmes d’hygiène en tout genre, notamment en cette saison sèche qui porte bien son nom : c’est ce matin samedi 16 janvier 2010 qu’il a plu quelques gouttes, ici à Bakouma ; qu’en est-il à Zacko ? Je le saurai ce soir. Mais là-bas, les dernières gouttes sont tombées le 8 novembre ! Lucine a compris la nécessité d’un tel projet, et a demandé des éclaircissements quant au cout. J’ai pris le temps de rédiger un devis le plus précis possible des besoins concernant ce chapitre des toilettes, et l’ai soumis à Gaëtan et à Denis, le chef de secteur primaire des écoles de la zone. J’ai envoyé le document final à Lucine hier. Nous espérons une réponse rapide !

 

 

 

Vendredi 22 janvier, 10h15

 

Difficile de commencer par des nouvelles ordinaires, heureuses, ou simplement reposantes ; je reviens à l’instant de l’Eglise Baptiste Centre 1, située quartier Fungu. On vient d’inhumer le papa d’André, cet enfant soigné à Bangondé – Bangassou pour cette plaie à la jambe qui n’en finit pas de suinter. Le papa était malade il y a plusieurs semaines, mais il avait regagné la maison, et repris le travail ; trop vite sans doute ; mais il faut comprendre que celui qui ne travaille pas ne peut avoir d’argent. Comment rester inactif alors que les travaux des champs ou des chantiers sont la seule ressource ? Bien que malades, ou fatigués après la maladie, nombre de gens, hommes et femmes, vont chercher de quoi manger, que ce soit en grattant le sol ou en lavant les graviers et le sable porteurs de diamant et d’or. Pas de sécu ici, pas d’arrêt maladie accompagné d’une aide financière. Et c’est ainsi que le papa d’André est parti. Lors de ma dernière visite à Bangassou, j’avais interrogé André sur son souhait. Sa réponse n’avait entrainé aucun commentaire supplémentaire de ma part : « tant que la plaie n’est pas fermée, je reste ici » ; c’est avec ces mots qu’il m’avait répondu. J’ai redit ce matin ce propos à la famille dans la peine. Sa maman, ses oncles, sa grande sœur, tous ont bien compris. Même s’ils regrettent qu’André ne fut pas au milieu d’eux, et que son papa n’ait pas eu le temps de lui dire au revoir. Maintenant, il faut avertir André, mais le réseau téléphonique est défaillant ce matin. On verra dès que possible.

Autre nouvelle difficile pour moi, pour Ludovic, et pour la communauté qui, à l’heure où j’écris ces lignes, n’est pas avertie : le non retour de l’abbé Isaac à Zacko. Il me l’a fait savoir par téléphone hier en fin d’après-midi. Vous imaginez ma surprise. Je l’ai brièvement interrogé sur les raisons qui l’amènent à décider ainsi ; il m’a clairement répondu que ça n’a rien à voir avec Zacko, ni avec ce qu’on a vécu ici. Il a besoin de recul. Et cela suite à son engagement lors de la rédaction de lettres qui ont tant agité l’Eglise du pays. Les remous continuent, et se prolongeront encore longtemps sans doute, malheureusement. L’assemblée des évêques s’est déroulée début janvier à Bangui, et certaines décisions ont vu le jour ; mon confrère doit en subir les conséquences. 4mn30 de communication téléphonique ne permettent pas d’aller en profondeur dans la conversation. Je l’ai assuré de mon amitié et de ma disponibilité. Mais je vous explique pas quelle tête j’avais en rentrant à la maison –je rentrais de la réunion hebdo des Foyers Chrétiens-. J’ai attendu la prière de 18h45 pour partager cela avec Ludovic, qui en fut tout retourné. Isaac assurera comme prévu l’enseignement aux catéchistes réunis à Bakouma, puis regagnera la maison familiale à Bangassou pour un temps de recul. Que dire encore, sinon espérer que des chemins de réconciliation, de pardon, soient ouverts dans la jungle des débats sans fin dans laquelle l’Eglise locale s’est enfoncée ? Et souhaiter de tout cœur que l’Eglise qui est à Rome s’engage, par la voix du Nonce, à générer la paix entre tous les responsables locaux.

 

Depuis mon retour de Bakouma, pas mal de petites choses se sont passées ici, signes d’un quotidien riche de rencontres, et d’une paroisse vivante. La première étape a été sans aucun doute la visite de l’évêque, dimanche 17. Il avait appelé à Bakouma pour « s’inviter » (mais c’est aussi chez lui, ici !) avec Raphaël, un architecte espagnol, et avec Paco, le kiné qui avait soigné Claudia après son opération des jambes il y a presque 2 ans (déjà !) Vous auriez vu les larmes de joie et d’émotion coulant sur les visages de Claudia et de Paco, sans oublier celui de Madeleine, la maman de Claudia ! Des retrouvailles émouvantes ! Lors de la messe, en marge de l’homélie, l’évêque a rappelé la nécessité de se mobiliser pour achever les travaux du bloc opératoire. Tout comme il y a deux ans, il faut extraire du gravier et du sable de la rivière, sortir la terre et presser les briques, puis les cuire, grâce aux arbres qu’on aura abattus. Bref, du boulot en perspective !

 

Suite de la rédaction, à 14h30

 

La visite de l’évêque et ses hôtes s’est terminée rapidement, puisqu’ils devaient regagner Bangassou en soirée. Et c’est donc après le départ de la voiture que j’ai chaussé les baskets pour un foot sur le terrain de l’école, tout proche. A l’issu du match, décision est prise de nettoyer entièrement le terrain et ses abords, l’un des objectifs étant d’agrandir la surface de jeu. Le lendemain matin, une équipe de volontaires s’est présenté à la maison. Armés d’outils en tout genre, et aussi d’une équerre géante fabriquée à partir de barres d’aluminium servant à l’origine à fixer en les inclinant les panneaux solaires sur le toit, ayant acheté une ficelle de 150 mètres environ, nous voilà engagés pour un travail qui va durer deux jours. Il faut dire qu’ici, chaque année le 18 janvier, on célèbre par une journée chômée dans les écoles, les massacres d’étudiants perpétrés par l’Empereur Bokassa en 1979. Une journée que certains ont ici consacrée à un mieux être pour l’école, au chapitre loisir. Mais c’est un sacré travail que d’égaliser le terrain, enlever les cailloux dans les zones qu’on gagne sur la brousse. Et le plus pénible est sans aucun doute de déplacer les tas d’ordures accumulés depuis des années, entassés par des habitants peu scrupuleux de l’hygiène. Et volent les sacs plastiques déterrés à coup de pioche, de houe ! Et les vieilles piles, les boites de conserve rouillées, les bouts de chaussures, … bref tout ou presque ce qu’on peut trouver dans une décharge. Entre lundi et mardi, on y est arrivé. Le terrain mesure maintenant 74 m par 50m, il est à peu près propre. Les jeunes et les enfants ont plaisir à s’y retrouver et ce matin, le directeur qui enseigne aux CM 1 et 2, a organisé un match CM1 contre CM2. Il a envoyé les élèves chercher ici les maillots, les gants de gardien, le ballon. A la fin de nos activités de nettoyage, je préparais un bidon de 5 litres de jus de fruits, grâce aux sachets achetés au marché et contenant la poudre à dissoudre (surement plein de colorants, ce truc, mais ça se boit). Et comme le bidon sortait du frigo, vous imaginez la joie des enfants ! Boire frais, c’est si rare pour eux !

Mardi, la ville de Zacko était en effervescence : le Sous-préfet de Bakouma, arrivé la veille avec Madame le Maire de Bakouma, qui est donc officiellement notre Maire aussi, est venu « introniser » le nouveau représentant de Madame le Maire ici à Zacko. Ce qui signifie aussi : exit, Alain Arabalé, qui assumait ses fonctions depuis juillet 2008, date du décès du précédent responsable. Un changement pourquoi ? Je n’en sais encore rien. Alain reste néanmoins l’adjoint du nouveau représentant qui s’appelle Abderrahmane Fezane. C’est avec lui que je vais davantage collaborer pour ce qui concerne, entre autre, les suites à donner au bloc opératoire. 5h du matin, le clairon réveille la ville, enfin … les habitants résidant dans le quartier qui accueille le SP ; puis vers 8h30, alors qu’on attend depuis près d’une heure (on était convié pour 7h30 pile !) arrive le SP, conduit par Marcel qui est au volant d’une voiture de la société AREVA. Laurent est sans aucun doute le Sous-préfet le mieux véhiculé de toute la RCA ! Un simple coup de fil chez AREVA et on lui affrète une voiture pour visiter ses administrés. Et oui, ce n’est pas tout le monde qui est SP de là où c’est qu’y a AREVA ! Pourquoi se priver des services qu’on peut obtenir ? Et puis en sango, une parole revient souvent à la bouche des gens : « unda a yeke sioni pepe » « demander n’est pas mauvais ». quelqu’un n’a-t-il pas dit : « demandez, et vous … ?! » Donc le SP arrive, salue joyeusement la population réunie sur la place centrale. Lever des couleurs, hymne national par les CM de l’école, puis discours, et intronisation du nouveau délégué de madame le Maire auprès de la délégation de Zacko, à savoir Fezane. On est en République, mais depuis 20 ans, les Maires sont toujours et encore nommés par le gouvernement, et limogés de même…. A quand un regain de démocratie de proximité ? Peut-être à l’occasion des élections présidentielles, prévues en juin 2010, si et seulement si le recensement est effectué partout, et dans les temps ! Mais le SP a d’hors et déjà précisé que les élections municipales auraient lieu à une date ultérieure, pas en même temps que les présidentielles. Donc, rendez-vous …

A 12h, je me rends tranquillement à pied chez le nouveau Maire (c’est ainsi qu’on appelle ici celui qui vient d’être nommé, même si l’appellation ne fait pas la fonction !). Je passe par la mairie alors que le SG de la sous-préfecture remet à chaque chef de quartier et de village de la zone les Per Diem, afin de les remercier pour leur travail : 2 000 FCFA. Bon, autant vous dire que c’est vraiment très peu par rapport au travail effectué par certains. Les chefs ne sont rémunérés que par la somme d’argent versé par les plaignants, lors d’affaires de quartier. Ces « jugements » sont tarifés, mais ça demande beaucoup de temps au chef, garant de la paix et de la bonne entente là où il exerce. Plus ou moins satisfaits, on se retrouve tous chez Fezane, et patientons jusqu’à ce qu’on nous apporte, vers 13h15 (invitation pour midi pile…) un excellent plat de viande de cabri accompagné de riz, et de manioc. Comme dessert, les personnalités dont je suis dégustent de la papaye et des bananes. Les discutions sont agréables, et on est assis au frais dans la maison, alors que le soleil à cette heure est plutôt chaud ! Il est près de 15h quand je regagne la maison après un arrêt au marché, afin de commander du fromage blanc auprès des femmes Mbororos, qui vendent divers produits dérivés du lait des vaches des troupeaux gardés par leurs fils et leurs maris. Fin de journée cool, alors que les enfants terminent l’aménagement du terrain de football.

 

Dimanche soir 24 janvier.

 

Je reprends la rédaction, marqué par le drame qui vient de secouer la région, tout particulièrement le village de Bamara, en photo en première page du calendrier 2010 : hier samedi à 11h du matin, plus de 100 maisons et hangars ont brûlé, en quelques minutes. Que s’est-il passé ? Et bien c’est au départ ce qu’on appelle en France un accident domestique : une jeune femme préparait les beignets, et faisait donc chauffer l’huile de palme dans la marmite, afin de les frire. Elle s’est éloignée un moment pour chercher quelque chose, et pendant ce temps d’absence, l’huile avait tant diminué qu’elle a commencé à brûler. Et là, le drame : la jeune femme a jeté un seau d’eau sur la marmite. Le feu a immédiatement atteint le toit du hangar en paille, s’est propagé à la vitesse de la lumière aux maisons voisines, puis a traversé la rue, poussé par un fort vent du Sud. En un rien de temps, des dizaines de gens ont tout perdu : des hommes, des femmes, des familles entières se sont retrouvés avec pour tout bagage les vêtements qu’ils avaient sur le dos à ce moment-là. De leurs maisons faites de paille ou de grandes feuilles tressées, il ne reste rien, si ce n’est les poteaux de soutien qui, à notre arrivée vers 16h30, achevaient de se consumer. Averti du drame une heure avant, j’ai ouvert toutes les valises, réuni les vêtements amenés de Bangassou pour les malheureux, et accompagnés de 3 membres de Saint-Vincent de Paul, nous avons pris la route en direction du Nord. Au bord de la piste, tout au long des 18 km qui nous séparent de Bamara, nous croisons des enfants, des hommes, des femmes, avec pour tout bagage un maigre sac, une natte, certains poussant leur vélo. Tout ce qu’ils ont pu sauver de l’incendie. La petite chance de ceux qui n’étaient ni au champ ni au chantier à l’heure du sinistre. Nous rattrapons le Maire qui, courageusement, s’y rendait à vélo après une journée passée à son champ. Il a laissé son engin à Yanguhoda et c’est ensemble qu’on est arrivés à destination. Images de désolation qui saisissent les passagers : tout le centre du village est calciné. Rien n’est debout, si ce n’est les fameux poteaux, et quelques murs de brique. Des commerçants ont tout perdu de leur étal. Des sacs de sucre brûlaient encore à la tombée de la nuit. Des médicaments calcinés jonchaient le sol, ainsi que de boites plastiques disloquées dont le contenu avait été aspiré par les flammes. Des travailleurs ont vu leur motopompe exploser sous l’effet de la chaleur, tandis que pour d’autres, de leur vélo il ne reste que le cadre. Le bilan humain, comme ont dit, est heureusement nul : personne n’a été blessé, ni brûlé. Ayant traversé tout le village, et donc aussi la zone calcinée, j’ai arrêté la voiture à proximité de l’église. Nous avons salué les chefs avec qui j’étais en réunion 3 jours plus tôt ; puis on a déambulé ensemble dans les quartiers détruits, saluant les habitants hagards, dont les visages reflétaient fatigue, larmes, haine ou résignation. J’ai fait quelques photos, puis les deux chefs, sous mon impulsion, ont réuni tous les sinistrés sur la place de l’église. Tandis qu’à l’intérieur, certains paroissiens triaient les habits et les étalaient sur les nattes, d’autres à l’extérieur listaient les victimes. Puis un par un, ceux qui avaient tout perdu ont pu recevoir qui un pull, qui un tee-shirt manches longues ou courtes, qui un pantalon. Certains ont demandé une des 8 nattes que j’avais attrapées au moment de partir de la maison. Au total, plus de 100 adultes -beaucoup d’hommes – ont reçu quelque chose à sa mettre sur le dos. Pour les enfants, ce fut plus difficile ; en effet le matin de ce jour, Ludovic, aidé des animatrices Marie-Charlotte et Véronique, avaient remis aux 40 enfants accompagnés par le projet Orphelins, les vêtements préparés à Bangassou. J’y avais ajouté les petits shorts cousus par les religieuses de Saint-Eutrope à Clermont. Ce qui fait qu’il ne me restait pas suffisamment de vêtements pour les enfants sinistrés. Une dizaine, sur les 31, sont repartis les mains vides. Parmi les vêtements distribués, il y avait les maillots de rugby amenés il y a un an par les jeunes du lycée Godefroy, à Clermont. Je me rappelle la réaction d’un des enseignants : « Non mais là, Michel, on s’est planté ! Qu’est ce que tu vas faire avec ça ? » Et bien la voici la réponse : ces sortes de polos épais à manches longues sont très bien pour passer la nuit à l’abri du froid. Merci les gars ! Grâce à vous, une vingtaine de jeunes portent des maillots marqués RCCP ; c’est le Rugby Club de … où ? Pas d’importance, c’est une nouvelle vie pour vos maillots. La distribution de la centaine de vêtements s’est bien passée, les gens étaient calmes ; on a salué chacun, et à notre départ, vers 19h, les 2 chefs s’attelaient à la question de savoir où tout ce monde allait dormir. Chacun de mes passagers a regagné sa maison, et j’ai alerté Ludovic qui venait de partir pour Bakouma, afin qu’il informe les catéchistes en session. Au cœur de ce désastre, un petit miracle, ou un signe ? La seule maison du quartier qui n’a pas brûlé est celle de la présidente de l’équipe Légion de Marie. C’est le lieu de rassemblement des membres, et la petite statuette de Marie qui soutient leur prière était posée sur la tablette, à côté du livre de prière et entourée de fleurs. « Le feu a enjambé la maison ! » disent les témoins, éberlués.

Ce matin dimanche, on a bien entendu prié pour, et sans doute avec ceux qui ont tout perdu à Bamara.

J’étais allé là bas en VTT mercredi matin afin de régler un problème important : le niveau d’alcoolémie d’un des deux enseignants de l’école. Il était tellement saoul le 1er janvier qu’il s’était emparé d’une hache, et après avoir décapité le poteau signalant l’église catholique, s’en était pris à un jeune qui rentrait à vélo. Celui-ci n’a eu son salut qu’à sa rapidité d’extraction de son vélo, qui n’a pas subi de coups, le fin soulard ayant tapé à plusieurs reprises … à côté ! Bref, à l’heure qu’il est il a dessoulé, et il est temps de réfléchir aux sanctions qu’il encoure. Pas de règle préétablie, et c’est donc les 2 chefs Barnabé et Mathurin, le bureau de l’APE, et moi qui avons discuté pendant près de 2 heures autour d’un café ; puis nous avons convoqué l’intéressé pour lui signifier que s’il boit ne serait-ce qu’une seule goutte d’alcool, il est renvoyé. Il écope aussi de deux mois de suspension de salaire versé par l’APE. Le jugement prononcé, j’ai rencontré longuement le catéchiste Augustin. On a passé un bon temps d’échange tous les deux. Pas facile, la vie de cette communauté dont l’essentiel de l’activité est celle des chantiers. Les gens vont et viennent, et s’en vont aussi adorer des dieux sensés leur donner le diamant. S’ils savaient dans quel piège ils sont tombés, à faire leurs incantations la nuit chez eux, ou dans leur « trou » au bord de la rivière. La communauté catholique n’échappe pas à ce problème qui entraine de la violence, des jalousies, des inimitiés. Je suis rentré par Fungu afin de me détendre un bon moment dans l’eau brulante de la source.

 

Jeudi 28 janvier 2010, 7h15

 

Le soleil rouge s’est manifesté à 5h50 ce matin, s’élevant derrière les montagnes qui dominent le centre polyvalent. Sa chaleur commence tout juste à chasser le froid qui s’est installé dès le début de la soirée ; je n’ai pas encore ôté ma polaire ! Cette journée qui commence avant l’aurore, comme souvent, sera, je l’espère, calme, afin que j’ai le temps de régler des tas de petites choses avant de partir demain matin pour Bamara. Cela fait longtemps que j’avais prévu de séjourner là-bas quelques jours. Les évènements de ces jours derniers ne changent rien à mon programme ; je sais que l’accueil ne sera pas aussi spontané, tant au niveau repas que pour le lieu du coucher. Le bilan définitif est établi comme suit : 71 maisons d’habitations ont été détruites, 9 commerces partis en fumée. J’ai réuni les affaires scolaires qui me restent afin de venir en aide aux enfants de l’école : les Bic bleus et noirs, quelques crayons de papier, 25 cahiers, un ballon, une grosse boite de craies … je verrai comment remettre cela aux petits sinistrés.

Il y a une semaine, jeudi dernier, je suis allé à 15h participer à la réunion des foyers chrétiens. Jacques et Béatrice accueillaient les équipiers. Le sujet de la vocation et de l’avenir des enfants fut présenté par Jean-Pierre, ex-président de la communauté catholique. La 30è de participants a écouté attentivement la lecture du document d’équipe qu’en faisait Jacques ; puis la discussion s’est engagée. Chose étrange pour moi, la réunion sous le manguier se présentait comme deux cercles : le premier était celui des hommes, le second, en retrait, étant celui de leurs épouses, et des veuves. C’est un mouvement de foyers. Ceux qui viennent ainsi en couple pourraient s’assoir l’un à côté de l’autre. C’est en tout cas ainsi que je l’envisagerais ! Mais ici, où hommes et femmes de la même maison mangent souvent en deux lieux séparés, cette attitude en réunion catholique peut se comprendre. Ce pourra être le sujet d’un échange, à une prochaine réunion. A mon retour, j’ai rencontré le maire chez lui, puis suis allé voir les enfants du quartier Fungu qui s’entrainaient pour le match de dimanche, à jouer contre « les enfants de l’abbé », c’est ainsi qu’on nomme les enfants et jeunes qui poussent le ballon les après-midis sur le terrain de l’école. On s’est mis d’accord pour le rendez-vous de dimanche 24 à 15h sur le terrain central de la ville. Et le jour dit, les deux équipes se sont présentées, ont enfilé les maillots. Mbolo est venu faire le commentateur du match, Pié étant le coach des gars de l’abbé, un autre adulte encourageant ceux de Fungu. L’arbitre de touche, Thierry, l’un des enseignants. En arbitre central, votre serviteur. La première mi-temps s’est déroulée bon-enfant, et les Fungu étaient menés 4 à 0 au moment du coup de sifflet. La deuxième mi-temps a bien commencé, mais à la 16è minute, alors que l’action se déroulait à un bout du terrain, deux joueurs ont commencé à se battre, de l’autre côté. En quelques secondes, cette bagarre a dégénéré en bagarre de spectateurs. Heureusement fort peu de gens en sont venus aux mains, mais les insultes nombreuses, parfois en Banda et autre langue inconnue de mon cerveau, ont fusé ;  il fut impossible de poursuivre le match. Le public était très nombreux autour du stade, les affiches ayant été apposées la veille sur les panneaux d’info de la ville. Parmi les joueurs, même chose : peu en sont venus aux mains, mais ça a gâché la fin de journée. J’étais un peu découragé, de même les autres animateurs. Les joueurs d’ici aussi, bien que certains aient envie d’en découdre avec leurs homologues de Fungu. Je me suis couché tôt après avoir regardé OSS 117, et au petit matin de lundi, je me suis rendu à l’école pour le lever des couleurs. J’ai ensuite prononcé un discours un peu long afin d’appeler les joueurs et autres enfants et jeunes à la paix, à la joie de jouer ensemble. Tout un tas bons conseils ; on verra à long terme les fruits que ça porte. Pas évident en tout cas pour les animateurs d’envisager une sous-ligue des benjamins et autres cadets !

 

Samedi, une première à Zacko : la réunion des couples désireux de célébrer leur mariage catholique. Et bien, j’ai eu l’immense joie de voir arriver … un couple. On a fait une bonne réunion, pendant près de 2 heures. Je leur ai présenté les fondements chrétiens du mariage, on a parcouru le rituel. Difficile, voire impossible de traduire en sango les mots comme liberté et fidélité. Les périphrases me permettent d’expliquer ce que l’Eglise entend, lorsqu’elle emploie ces termes dans la célébration du sacrement. Mais, un couple, c’est quand même bien peu. On verra ce qui se passera à Bamara.

 

Mardi et mercredi (hier donc) j’ai eu la sympathique visite de l’abbé Max et de Maria, engagée volontaire à l’association Fondation Bangassou de Madrid et Cordoue. Gaétan étant bien malade, il est sous surveillance médicale à Bangassou depuis près de 10 jours. Espérons qu’il va vite retrouver la forme pour son voyage à Bangui avec Maria. Mes hôtes sont arrivés vers 9h30, conduits par Fabrice. Max n’étant pas en grande forme, il s’est reposé pendant que Maria et moi saluions les tout-petits de l’école maternelle en train de manger la bouillie, puis descendions au chantier de diamant et d’or situé dans la rivière Ambilo, toute proche. On a traversé une partie des chantiers, et Maria a fait beaucoup de photos tout en discutant avec les ouvriers. Je retrouve bien entendu beaucoup de paroissiens, des membres d’ASKangba, des joueurs des clubs de foot. Et aussi beaucoup d’enfants qui, comme chacun sait ici, devraient être inscrits à l’école…. Maria s’est imprégnée de l’ambiance, et on est rentrés par le marché central, goutant aux saveurs et senteurs des produits présentés sur les étals. Après le déjeuner et la sieste, balade avec Maria et Max jusqu’à la source de Gonda. Je leur ai présenté le canal creusé il y a 9 mois par les habitants. On est rentré en saluant les habitants Mbororos du village tout proche de Gonda, puis après une pause à la maison, Maria et moi sommes allés faire un tour en ville. On s’est arrêté chez Maffous qui nous a offert un thé à la menthe et du pain frais, puis on est entré plus longuement chez son frère Aïnine. Tous deux travaillent dans le diamant, et le second a présenté à Maria ébahie la collecte de diamants de ces jours derniers. Pas de grosses pierres (encore que !) mais de jolis cailloux tout de même ! Et les explications qui vont bien avec : valeur, circuit d’achat et de vente, contraintes, taxes, bénéfices … aucune de nos questions ne sont restées sans réponse. Rentrant guidés par la lune allant croissante et déjà splendide, on a fait un long arrêt au marché, très animé à cette heure de nuit tombante et de retour des champs et des chantiers. Maria s’est essayée aux photos de nuit, et le résultat est splendide. Les lampes à pétrole qui éclairent les visages et les produits des étals, l’ambiance festive entre marchands et clients, enfants courant partout, Maria fut impressionnée. Et les salutations n’en finissaient plus ! Nombre de femmes d’ici sont heureuses de saluer une femme Blanche ! J’ai enregistré ses photos dans mon PC, et en ferai profiter les blogueurs que vous êtes! Après le diner, on est restés tous les deux près de deux heures à s’échanger des photos, à parler de la Fondation Bangassou, de calendriers, des actions engagées par les membres nombreux et très actifs.

Mercredi après la messe et le petit dèj, nouvelle excursion en ville ; premier arrêt au marché. Rejoints par Max et Fabrice, nous achetons des feuilles de boudou, qui prendront le chemin de Bakouma. Il n’y a presque rien au marché de Bakouma, Fulbert est parfois désespéré. Il avait appelé aux aurores pour qu’on achète aussi 1kg de viande de vache, et 2 boites de lait en poudre. Puis Maria et moi, on s’est rendu à pied à Fungu, accompagnés de Paterne et Mahamat, qui ont cette semaine cours à 11h30. On a aussi visité les jardins potagers situés à côté, et arrosés par l’Ambilo. De retour au centre-ville, on est allé boire un café accompagné de beignets chez la maman d’abbé-Michel-Chidaine, le fils de Caroline et Félicien. A ce propos, Isaac avait donné à Bamara le baptême à 11 bébés le jour de Noël, dont à un garçon nommé Michel-Chidaine OUMAR-MUSTAPHA. Pas mal sur la carte d’identité de ca petit catholique qui, je l’espère, deviendra grand. Et vous imaginez s’il devient demain ministre ou Président de la République !!! De retour à la maison, j’ai emmené Maria saluer les paroissiens qui extraient la terre en vue de confectionner les briques destinées, entre autre, au bâtiment du groupe électrogène. Je lui ai présenté le bloc opératoire et les travaux de finition à réaliser.

Après le déjeuner vient le temps des au-revoir. Max et Fabrice le chauffeur-mécano, je les reverrai sans tarder à Bakouma ; mais Maria doit reprendre dimanche la direction de Bangui en vue de regagner l’Espagne. Elle était très heureuse de son court séjour à Zacko ; elle emmène des dizaines de photos des gens et des lieux. Des souvenirs plein la tête des paysages vallonnés, d’eau bouillonnante, de marché au clair de lune. Elle m’a offert du « Turon » envoyé par Ana pour mon Noël ! Merci !

 

 

Mardi 2 février 2010, 8h10

 

Il a fait chaud, cette nuit, très chaud même ; je n’étais plus habitué ; ce matin, je me suis réveillé avec l’envie de … ne pas me réveiller. Mais l’heure, c’est l’heure, et la cloche de l’église a sonné à 5h30. J’ai émergé, me suis arrosé d’eau même pas froide, et me suis rendu à la grotte mariale pour prier le bréviaire ; j’ai attendu Ludo, mais il n’est pas venu, ni à la messe non plus d’ailleurs. La fatigue des jours passés à enseigner à Bakouma, puis hier la piste Bakouma – Zacko à moto, avec son sable et autres mauvaises surprises qui entrainent des chutes, et enfin la nuit trop chaude. La chaleur est lourde, nombre de gens pensent qu’il va bientôt pleuvoir. La pleine lune, c’était il y a trois jours, le temps peut donc changer.

J’étais à Bamara quand la lune a éclairé la nuit de toute sa splendeur. J’y suis arrivé vendredi dans l’après-midi. J’avais passé la matinée à Yanguhoda avec les conseillers de la communauté. On a vécu une longue et sympathique réunion, faisant le point sur divers sujets les concernant, regardant le calendrier des semaines à venir. Je les ai encouragés à achever le toit de l’église, c’est la bonne saison pour couper les bambous et tresser les feuilles afin de confectionner des panneaux carrés qui peuvent indifféremment servir de tuile ou de cloison. S’il n’y a pas de changement de programme, c’est demain mercredi qu’ils doivent se rendre sur les lieux de pousse des bambous afin de les ramener au village pour le tressage. Déjeuner sur place avec tous les acteurs de la communauté, puis j’ai visité le vaste chantier d’or et de diamant situé en contrebas du village et de la piste, à 800 mètres environ. La toute petite rivière Yanguhoda qui prend sa source à cet endroit et se jette à peine 2 km plus loin dans la Zacko, est torturée de toutes parts par les Hommes qui creusent son lit en tout sens. Le filet d’eau clair qui jaillit entre les arbres est rapidement boueux, et est canalisé en hauteur, les trous béants descendant parfois jusqu’à 10 mètres au dessous du niveau du petit cours d’eau. Une centaine d’hommes, de femmes, et même d’enfants travaillent sans relâche afin d’en retirer ce que le sous-sol voudra bien leur donner. (Euh, en fait, c’est Dieu qui donne, selon une expression couramment utilisée ici). Ces travailleurs viennent du village tout proche, mais aussi de Bamara et de Zacko. En ce moment, on peut trouver jusqu’à 20 grammes par jour dans certains trous. 20 grammes à 10 000 FCFA (=15€) le gramme, c’est une forte somme tout de même. Bien entendu, une bonne partie de ce qui est extrait du sable revient au patron, celui qui a financé le matériel, et parfois nourrit son ou ses équipes. J’ai été guidé par Rémy, le président de la communauté, qui est aussi chef de chantier, c'est-à-dire qu’il touche des dividendes de la valeur des produits arrachés au sol.

J’ai quitté Yanguhoda vers 15h et suis rapidement arrivé à Bamara, situé 5km plus loin. J’ai circulé en voiture, transportant entre autre les moustiquaires destinées aux enfants de l’école, et bien décidé à ramener la presse à briques. J’ai traversé le village en grande partie dévasté par l’incendie ayant eu lieu 7 jours auparavant. Au milieu des restes de maisons calcinées, certains commencent à reconstruire, soit de la même façon en tuile de bambous et paille, soit plus solidement grâce aux briques réalisées au moyen d’un carré, sorte de casier en bois présentant deux rectangles dans lequel on compacte de la terre avant de la démouler. La couleur des jeunes feuilles vertes contraste avec la noirceur des poteaux calcinés restés en terre. On se salue, on échange trois mots ; ma visite, mon séjour dans leur village leur fait plaisir, c’est certain. Je gare la voiture vers l’église, et retrouve des conseillers ainsi qu’Augustin, le catéchiste. La réunion du conseil de la communauté a commencé vers 15h30 ; la nuit est tombée avant que nous n’ayons achevé le tour des problèmes, qui sont divers, et bien antérieurs à l’incendie. Absence de nombreux paroissiens lors des assemblées du dimanche, peu de présence aux réunions des choristes ou de la Légion. Sans oublier l’envol vers -?- du contenu de la caisse de la chapelle. Pas facile d’aborder toutes ces questions de front. Il y a tant de non-dit entre les gens, et aussi avec moi sans aucun doute. Au coucher du soleil, on m’a emmené à la maison prêté par un paroissien, dans le quartier touché par les flammes. Je me suis installé puis l’eau chaude préparée pour ma douche m’a fait le plus grand bien. Soirée au clair de lune, assis avec quelques conseillers autour de la boule de manioc et de la viande en sauce. Samedi matin, rencontre à l’église avec les candidats et candidates au mariage. Et là, vraie joie : 8 couples se sont présentés : venus de Yanguchi ou habitants du village, ils ont participé à la rencontre avec grand intérêt. L’un des sujets sur lequel je me suis longuement appesanti, suite aux questions de participants, fut celui de la dote. Pas facile de gérer les traditions des anciens, des ancêtres, qui ne sont d’ailleurs pas toutes forcement mauvaises, et l’actualité du sacrement de mariage lié à ce que l’Eglise engage sans cesse autour de la famille. L’argent a pourri le système des relations entre les gens. La dote, le cadeau offert à l’occasion du mariage qui autrefois représentait les liens d’amitiés entre deux familles, deux tribus, est devenu une véritable entrave aux relations humaines. Autrefois, c’était des houes, des pagnes, aujourd’hui ce sont des centaines de milliers de francs, ça peut même atteindre le million, des millions ! Autrefois, les liens se traduisaient dans les faits par un travail en commun, l’établissement dans un même village ; aujourd’hui c’est l’enrichissement individuel pour un paraitre éphémère. Quitte à ruiner celui qui deviendra son gendre !!! Et la famille de madame se réservant des droits sur les enfants du couple ! Obligation d’en laisser à disposition pour aider les parents qui vieillissent, obligation de payer comme une sorte d’amende quand l’enfant (le petit fils – petite fille) a un souci de santé, un accident domestique. Je leur ai exposé des exemples précis et concrets, très actuels à propos desquels certains ont pu sans peine reconnaitre les protagonistes. Si petit à petit les choses changent, et donc avancent, c’est tout le monde qui y gagnera ; aujourd’hui, je pense qu’il n’y a pas vraiment d’amour dans les couples, à cause de la pression et des exigences permanentes des beaux-parents, des oncles ou tantes. Trop de fois, c’est la peur qui prédomine dans les relations entre gendres ou belles-filles et beaux parents. Genèse 2,24, c’est pas vraiment d’actualité ici !!!! (Lire aussi Marc 10, 1-9). Comment parler de la famille, au sens chrétien du terme ? Souvent, je pars de leurs questions, et leur renvoie la question de savoir d’où vient la règle qui prédomine dans vos relations. On essaye alors de réfléchir à ce qui serait bon, ou mieux, quant aux relations entre les familles, autour des questions de couple et de leurs enfants. Vaste sujet, dont l’approfondissement prend une nouvelle tournure, vue le bon déroulement de ces rencontres, celle d’ici comme celle du centre une semaine auparavant.

Fin de matinée avec les conseillers afin de poursuivre la réflexion concernant leur travail, la vie de la communauté.

Vers 9h, deux jeunes servants d’autel de Zacko sont arrivés pour passer le week-end avec « leur » curé. Chanel et Mahamat, portant leur sac à dos bleu clair contenant leurs nattes et effets personnels ont parcouru tranquillement au petit matin les 18 km à pied. Ils retrouvent ici leurs copains, de la famille. Bref, ils ne sont pas perdus ! Ils s’installent dans la maison et organisent un foot l’après-midi pendant que je préside à la réunion de l’APE de l’école ; les soucis ne manquent pas : la maison du SG a brulé, et donc entre autre tous les cahiers relatifs à l’école : listes, comptes-rendus d’activité, comptabilité, il ne reste rien. On a longuement évoqué les difficultés financières : chaque famille cotise à hauteur de 4 500 FCFA pour l’année ; or, il y a 41 familles, ce qui fait une entrée totale de 184 500 francs ; et chaque maitre recevant 10 000 francs par mois pendant les 9 mois, il ne reste que 4 500 francs, autant dire rien, moins que rien même, puisqu’on sait que certaines familles, bien que se faisant régulièrement tirer l’oreille, ne verseront jamais la totalité. On n’en a rien conclu, si ce n’est qu’il faut que les participations rentrent, même si c’est très lentement. Les revendications des maitres sont légitimes : être justement rémunérés. Mais eux-mêmes se rendent compte que ça ne va pas être possible. Heureusement qu’il y a le cadeau mensuel de 15 000 francs d’AREVA. Fin de journée sous la chute d’eau de la Bamara, pour le plaisir de se rafraichir après une journée bien chargée en rencontres de toutes sortes.

Dimanche matin, messe dans une église débordante de monde. J’ai saisi l’occasion offerte par les lectures du jour pour les appeler à se mettre résolument en marche ensemble. ça peut paraitre théorique, mais ne retenons qu’un exemple, celui de la presse à briques : je leur ai amené il y a tout juste un an, et en un an, la communauté n’en a rien fait, si ce n’est quelques centaines de briques lors de mon séjour à Pâques dernier… et ces briques ont été détruites par la pluie ! Voilà dans quel état de motivation se trouve la communauté de Bamara. Il y a un chanteur Centro (c'est-à-dire Centrafricain, en langage jeune) qui a choisi comme refrain d’une de ses chansons : « à qui la faute, à qui la raison ? » Après tout, la vraie question est sans doute ailleurs. Je vais bien voir, dans les semaines qui viennent, quels sont ceux qui participent à la rencontre des choristes, quelles sont les légionnaires qui se rendront à la retraite à Bakouma. A la sortie, des paroissiens et moi, on a discuté ensemble de ce qui se passe, ou ne se passe plus. Je sais qu’Augustin fait un patient travail de recréation. Je vais suivre cela de près. Après le déjeuner et la sieste (enfin une sieste !) on a joué au foot avec tout un tas de jeunes, sous les regards envieux des grands jeunes et des adultes, qui auraient bien voulu faire de même. Je vais voir comment leur faire parvenir un ballon. Fin de journée à la chute d’eau, puis soirée cool à la maison.

Lundi matin, rencontre avec les élèves sagement assis sur les tables bancs financés par AREVA, installés sous le hangar de paille. J’ai distribué des cahiers à ceux qui avaient tout perdu, et des Bic à tout le monde, même aux enseignants et à l’APE. C’était aussi la remise officielle des moustiquaires du programme de lutte contre le palu. J’ai ensuite salué tout le monde et ai repris la route pour Zacko avec, à bord, la presse à briques, et un nombre important de passagers. Arrivés au centre, je me suis directement plongé dans la réunion du conseil général de la paroisse, qui avait débuté à 8h30. Bien menée par le vice-président, les dossiers divers ouverts avaient permis aux participants de partager leurs points de vue. J’ai embrayé avec les problèmes d’ordre matériel, ce qui se détériore suite à mauvaise utilisation et qui n’est pas réparé. Par exemple la guitare de la chorale, les bancs de l’église, … Plus sérieusement fut l’établissement du calendrier de Carême, qui commence le 17 février.

Après-midi avec ASKANGBA, en AG ordinaire ; le programme de creusement des bassins pour la pisciculture est en route ! Les membres sont motivés, les bienfaiteurs se manifestent, tel un collecteur qui nous a remis en soirée, à l’occasion de notre visite, une somme de 20 000 francs. Soirée avec Ludo tout juste revenu de Bakouma à moto ; ça fait un moment qu’on ne s’est pas vus, on a des tas de choses à échanger, lui sur son séjour où il a consacré l’essentiel de son temps à enseigner aux catéchistes, moi sur cette période à Zacko.

 

SAMEDI 6 FEVRIER, 14h15

 

J’achève maintenant la rédaction de ce chapitre, afin de vous le faire parvenir aujourd’hui. J’irai en effet tout à l’heure chez AREVA afin d’entrer en communication avec vous. J’ai toujours hâte de pouvoir ouvrir ma boite mail et vous lire, vous répondre aussi.  

Mardi fut une journée sans agitation majeure, ce qui tranchait d’avec les jours suivants. En effet, par son second coup de fil, Lucine, d’AREVA, me confirmait bien sa venue à Zacko le lendemain mercredi. Elle venait avec Didier, responsable chez AREVA de tout ce qui concerne l’environnement humain autour des sites existants ou en création. En provenance directe de Paris, sa visite avait pour but de se rendre compte de ce que vivent les habitants de la zone, et plus largement du pays. Rien de tel qu’une visite à Bakouma et Zacko (bien sûr !) pour s’en rendre compte ! Conduits par Christian, ils sont arrivés vers 11h avec Nicaise, un grand ponte des douanes, pour une visite que je qualifie de marathon, puisqu’ils sont repartis à 14h15 ! En 3h15mn, ils ont pu me suivre pour découvrir le chantier d’or et de diamant d’Ambilo, puis les bassins de la pisciculture d’ASKANGBA ; un arrêt rapide (forcement !) pour saluer le Maire, apprécier le travail de réalisation des tables-bancs des écoles, saluer les élèves en classe, visiter le bloc opératoire, s’assoir autour de la table pour le déjeuner tout en prolongeant les échanges. Ce fut bref et dense à la fois ! Je pense que ce genre de visite de terrain est très positif, pour aujourd’hui, et j’espère pour demain. Pour aujourd‘hui, parce que les demandes de soutien qui parviennent à AREVA sont désormais lues par des responsables qui nous connaissent, et surtout connaissent ce dont nous parlons dans nos courriers ; pour demain, parce que lorsque l’exploitation du gisement commencera à Bakouma, ces mêmes responsables auront défini avec nous des priorités d’action et de partenariat qui seront utiles pour toute la population. Ils sont repartis pour 3h de piste, et sont bien arrivés à destination à la nuit tombante, Lucine me l’ayant précisé lors de mon coup de fil de fin de journée.

Plus tôt dans la matinée, j’avais eu réunion avec les responsables des Curia, qui fédèrent les équipes de Légion de Marie. Ils souhaitent s’organiser de manière à être plus autonomes vis-à-vis des responsables de Bakouma ; c’est en soi une bonne chose, compte tenue du nombre important d’équipes ici, et des problèmes de suivi par ceux qui sont les supérieurs et basés à Bakouma. « Mais avant de construire du neuf, il faut d’abord réunir tous les matériaux. » Or concrètement, une des 4 Curia n’avait pas envoyé de représentants, plusieurs équipes ne fonctionnent pas bien. Avant d’envisager du neuf, il faut vérifier ce qui va, et ce qui ne va pas, afin de l’améliorer. L’entente dans les équipes et entre elles permet d’envisager l’avenir. Mais au boulot pour préparer ce projet ! Ils ont sans doute été déçus, mais ont bien compris que c’est en arrangeant ce qui ne va pas aujourd’hui qu’on y verra plus clair. Et puis l’épineux dossier des finances, entrées des cotisations et utilisation de cet argent, est un vaste sujet …

Dans l’après-midi, les enfants m’ont spontanément proposé d’aller chercher du bois pour la cuisine ; il faut dire qu’ils inventeraient presque n’importe quel stratagème pour faire un tour en voiture ! Avec une dizaine, armés de machettes et de haches, on s’est rendus à 5 km de là pour découper les arbres morts, abattus par le vent ou les feux des années passées. On a ramené la voiture pleine, pour la plus grande joie de Rock bien sûr, mais aussi des enfants qui ont pu s’assoir par les fenêtres ouvertes ou se tenir debout dehors derrière, les portes ne pouvant plus être fermées. Rassurez-vous, à la vitesse à laquelle je roulais, aucun ne risquait de tomber ! Après le déchargement et le rangement, virée à Fungu pour se décrasser, et se reposer ! En soirée, nouvel épisode en privé de Jack Bauer, le héros de 24h chrono, 6è saison ; un petit temps « pour moi » que je trouve bien nécessaire.

 

Jeudi, j’ai sauté sur mon VTT dès la fin du petit dèj afin d’aller à Kono donner des conseils à un groupe d’hommes et de femmes qui s’organisent en groupement. Le principe est simple : chacun a son champ personnel, et les membres viennent chaque jour ensemble dans le champ de l’un des leurs. Le travail avance beaucoup plus vite, est bien plus efficace. Ces gens de Kono veulent maintenant s’organiser en association, afin d’être reconnus et ainsi capables de solliciter des aides essentiellement d’ordre matériel, d’AREVA par exemple. Je leur ai présenté les statuts d’ASKANGBA, afin qu’ils s’imprègnent de la démarche qu’on a engagé à Zacko. L’échange fut vraiment intéressant, j’ai eu plaisir à rencontrer des gens motivés et déjà au travail, désireux d’aller plus loin ensemble. Peut-être un jour y aura-t-il un vaste champ communautaire ?

De retour à la maison, déjeuner avec Ludo puis réunion avec lui après la sieste afin d’établir ensemble le programme de Carême. Alternance de nos présences au centre et dans les 6 chapelles, partage des temps de formation dans les communautés, les mouvements et fraternités, nous avons fait le tour de beaucoup d’aspects de cette période qui commence le 17 février. L’orage qui menaçait n’a eu aucun impact sur Zacko, et le réservoir collecteur des eaux de pluie est désespérément vide. C’est hier en circulant sur la piste que je me suis aperçu qu’il avait beaucoup plu sur la région de Damba, 20 km au Sud de Zacko.

 

Vendredi, début de matinée consacré à préparer la voiture pour me rendre à Bakouma : pression des pneus, qu’il faut regonfler un peu parfois, ce qui n’est possible qu’après avoir monté chaque roue de la voiture sur cric ; en effet elle est si lourde qu’au bout d’un moment (à peine 3 bars) l’air n’entre plus si la roue touche le sol. Pomper à la main, c’est long, et sportif, bon nombre d’enfants et de jeunes n’ont pas la force de presser sur la pompe ! C’est là qu’on voit les plus musclés. Puis le nez sous le capot, vérification des niveaux, le meilleur d’éviter les pannes. Extraction de 20 litres de gas-oil, soit 2 seaux, du fut vers le réservoir afin de faire sans souci l’aller et retour sur Bakouma. Regroupement du matériel comme le sac à outils, la machette, la pelle américaine. Puis après une rapide douche, réunion avec les membres des Foyers Chrétiens : 48 participants à cette journée essentiellement consacrée au renouvellement du bureau. Ainsi après avoir abordé divers sujets dont celui, toujours sensible, de la gestion des sous, on a procédé au vote à expression secrète. Trop de membres ne sachant pas écrire, je me suis tenu devant le tableau noir tourné vers le mur, et ai reçu chaque membre afin qu’il me glisse au creux de l’oreille le nom de celui qu’il veut voir élu à tel poste. On a ainsi fait 5 tours, un pour chaque poste du bureau, qui fut entièrement renouvelé. On a clôturé la rencontre autour d’un bon petit repas servi dans l’église. 14h45, j’ai quitté Zacko avec 3 passagers ; en route, j’en ai embarqué qui rentraient des champs les bras et les têtes chargées des produits de la terre. Arrivé à Bakouma, j’ai retrouvé Fulbert et Isaac. Max et Gaétan sont à Bangui pour plusieurs jours, et j’ai téléphoné à ce dernier une petite liste de courses à me faire : une rame de papier, de la peinture à tableau, des bouteilles de bière (promis, ce sera pour après le carême !) 2 bougies spécial filtre à eau.

Soirée cool à la paroisse, notamment avec Stéphane, un Français qui travaille dans le pays pour répertorier le faune, en ce qui concerne les gros animaux ; le but étant de voir où peuvent être installés des safaris, chasse et/ ou photos dans des zones où la population s’engage aux côtés des autorités et des organisateurs pour préserver la faune qui vit ou transite dans ces lieux.

Ce samedi en matinée, bilan général de la formation avec nos élèves les catéchistes du diocèse; dans l’ensemble, ils sont contents de ce qu’ils viennent de vivre, et qui a débuté il y a 1 mois ; ils ont aussi hâte de regagner leurs foyers ! C’est d’ailleurs pour cela que nous attendons en soirée les abbés Benjamin, directeur du petit-séminaire, et Fidèle, Vicaire Général. Ils viennent avec leurs 4X4 respectifs afin de ramener sur Bangassou, après la messe de clôture prévue demain dimanche, les catéchistes d’Ouango, Gambo, Niakari et Bangassou. Je repartirai de mon côté à Zacko avec les 6 de la paroisse, et d’autres passagers qui profitent de l’occasion pour voyager gratis !

Il va être l’heure pour moi de me rendre chez AREVA, Régis m’attend ; je vais retrouver Tanguy qui, lors de son congé, m’a acheté les pièces neuves destinées à rendre mon VTT comme neuf. Il a aussi joint 3 ballons, dont un fait déjà la joie des enfants de Kono !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Voeux de Michel pour 2010


Je vous souhaite une année de communion avec le Monde. Une année où vos oreilles, et surtout celles du cœur, sont sans cesse ouvertes afin d’entendre les larmes et les rires des Hommes et des Femmes, des Jeunes et des Enfants de notre temps, de notre planète. Parce que rien ne remplace la communion fraternelle, qu’elle soit humaine, humaniste, religieuse, catholique. La fraternité universelle dépend de chacun. Acceptons d’en être ! Parce que chacun a besoin de savoir que d’autres pensent à lui, partagent avec lui peines et joies du quotidien.

Encore une fois, bonne année de communion, bonne année en communion.

 

  Père Michel Chidaine

 

 

 

 

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