CARNET DE BORD, chapitre 27
Je suis assis ce samedi 16 janvier au matin dans un endroit un peu insolite : le centre paroissial de
Bakouma, transformé depuis ce début de semaine en université catholique (soyons modestes !). 28 catéchistes, venant de 7 paroisses du diocèse, sont ici réunis pour un mois de formation.
Arrivés samedi dernier, ils ont commencé cette deuxième session qui fait suite à celle vécue il y a tout juste un an à Ouango. Un mois de cours, de lecture, d’approfondissement, et aussi de
détente, avec notamment le foot, que ce soit sur le terrain de l’école catholique ou bien assis dans les fauteuils, Coupe d’Afrique des Nations (CAN) oblige ! J’ai consacré toutes les
matinées de la semaine à présenter à « mes » élèves un enseignement aussi fourni que possible sur le Credo. De 7h30 à 12h30, nous avons ensemble progressé dans la compréhension de cette
prière de l’Eglise qui unit nombre de Chrétiens d’Eglises diverses autour de la même foi. Souvent, nous avons ouvert le Nouveau Testament, parfois même l’Ancien, afin d’aller puiser dans les
Ecritures le sens profond de chacune des paroles du Credo qu’on nomme aussi « Symbole des Apôtres » ; j’ai parfois fait le lien avec celui dit « de Nicée –
Constantinople ». Compte tenu des difficultés de lecture et d’écriture de certains catéchistes, il m’a fallu tout écrire au tableau, et patiemment attendre que chacun ait recopié cela dans
son cahier. Parler la langue sango ne me pose pas beaucoup de problèmes, mais enseigner les fondements de la foi dans cette même langue, ce n’est pas si simple ! Le vocabulaire théologique
trouve parfois difficilement des correspondances claires en sango ; et je dois prendre en compte que la traduction en sango du Symbole des Apôtres est parfois plutôt minimaliste, réductrice
de sens. Si c’est lié à la pauvreté de la langue, c’est aussi à mon point de vue lié à un travail de traduction réalisé il y a bien longtemps et peu lié à la Parole de Dieu. Ainsi dans le texte
du Credo en sango, il n’y pas une parole précise permettant de comprendre que l’Eglise est sainte parce que liée à Dieu seul saint et animée de l’Esprit-Saint, ni mention claire de la
résurrection de la chair, ni propos explicite sur la vie éternelle. Pourtant, dans la traduction en sango de la Bible, on peut sans peine trouver des expressions très proches du sens, très
fidèles même. Je ne comprends pas vraiment ce qui a guidé les traducteurs à rédiger une prière dont les expressions de la fin sont si éloignées du sens profond et original. En mettant en
parallèle le texte en français, et en parcourant la Bible, les élèves ont pu mieux comprendre ce qui s’offre à notre foi lorsqu’on prie avec ce texte. Enseigner, c’est prenant, ça demande de
l’énergie ; préparer en demande aussi beaucoup ! J’avais pu me dégager du temps pour cela à Zacko, en m’enfermant dans mon bureau ou en m’installant à l’ombre des grands arbres du
jardin. J’ai profité du calme de Bakouma pour continuer la préparation, et jour après jour ajuster mon cour à notre progression, et à leurs questions. Ces 28 catéchistes âgés de 28 à 45 ans
environ, sont de niveaux intellectuels très différents : certains ont tout juste appris à lire et à écrire en sango grâce aux formations organisées sur 2 mois dans les villages, d’autres à
l’inverse ont le niveau Bac, et parlent un français fluide. Pas facile de s’adresser de manière égale à tout ce groupe. Je crois que, suite notamment à l’échange de fin de matinée hier, j’ai
réussi rejoindre chacun, et à permettre à tous d’en savoir un peu plus sur les fondements de notre foi sur le Christ, Fils du Père et qui donne l’Esprit vivifiant l’Eglise en ses membres. Ce
samedi matin, c’est donc l’interro écrite ! 8 questions sont au tableau, et Bic à la main, Nouveau Testament ouvert, ils essayent d’y répondre. Je verrai le résultat, et saurai s’ils ont
compris, ce qu’ils ont déjà assimilé, et si ce que je leur ai enseigné était clair !
Cette semaine à Bakouma qui a commencé samedi 9 ce termine aujourd’hui par mon retour à Zacko. Il y a 8 jours,
j’ai quitté la maison avec, à mon bord, 3 des 5 catéchistes de la paroisse venant participer à cette session, ainsi que 4 joueurs de foot de l’équipe Olympique de Béal, qui regagnent Bangassou où
ils habitent maintenant, après avoir participé à la finale de la coupe contre l’équipe Tempête – Mocaf. Le match s’était terminé dimanche 3 janvier à la nuit tombante par un nul 1 partout, et
Tempête a refusé de le rejouer. Ce qui fait de Béal le vainqueur officiel, mais qui laisse un certain gout d’inachevé chez les spectateurs, les supporters, les joueurs, et les dirigeants du club
dont je suis, étant depuis 2 ans président d’honneur de ce club. Et puis on n’a pas fait la fête, les dirigeants de la sous-ligue n’ayant pas pris position sur le refus de Tempête.
En ce début d’année, le temps des échanges de vœux m’a amené à prendre des nouvelles des abbés Martin et
Jean-Baptiste qui sont à Obo ; Martin me disait mercredi au téléphone que la région était redevenu calme. Joseph Kony a même envisagé de déposer les armes en les remettant à l’Église
catholique. Cette nouvelle a engendré la peur chez nombre de paroissiens d’Obo, ce qui a amené l’église à être quasi déserte pendant plusieurs jours. Mais Martin n’a rien vu venir. Il faut dire
qu’en décembre, l’armée Ougandaise a porté un coup sérieux aux rebelles de la LRA, en allant bombarder leur campement situé entre le Vovodo et la Chinko. Mort de rebelles (combien ?), fuite
des survivants dans deux directions : d’une part le Soudan, particulièrement le Darfour, et d’autre part le Nord-ouest, c'est-à-dire la région de Yalinga. Les forces Ougandaises ont donc
fait le déplacement en camion jusque là, et les ont pris en tenaille. Le résultat de cette action m’est inconnu, mais il semble bien que cela ait porté un coup dur à la LRA. Espérons que la paix
tant souhaitée devienne réalité. En tout cas, à Obo, les gens recommencent une vie « normale », à savoir se rendre aux champs pour préparer la terre en vue de la prochaine saison des
pluies. La peur est présent, le sentiment d’insécurité demeure, mais la vie reprend son court.
Côté communication, les sympathiques responsables du camp d’AREVA me permettent de me connecter sur le Net, ce
qui me facilite l’accès aux mails. J’ai profité à trois reprises du petit bureau mis à ma disposition, et des croissants (des vrais !) offerts par Kamel, l’intendant, pour prendre le
temps de lire et répondre à une correspondance nombreuse et fournie ; je télécharge aussi la plupart des photos dans mon PC, ce qui me permet ensuite de regarder tranquillement à la maison.
Je suis au calme, et apprécie vraiment ce moment là, loin du bruit, de sollicitations en tout genre, des visites quasi ininterrompues. Je reconnais qu’à la paroisse de Bakouma, c’est pour moi
quand même bien calme ; cette semaine, si elle a été exigeante en terme de travail intellectuel, a été aussi reposante en terme de sollicitation. Et puis la communauté composée des abbés
Gaëtan et Max, et du stagiaire Fulbert, est fraternelle. Il y a une espagnole du nom de Maria qui est venue passer le mois de janvier ; membre active de Fondation Bangassou, elle prend ses
congés ici avant de reprendre son poste de chimiste, spécialisée dans … le nucléaire. C’est bien qu’elle vienne partager du temps avec nous, et se rendre compte de l’importance du travail fait en
Espagne, et dont les populations d’ici bénéficient. On en parle souvent à table. Elle pourra redire là-bas ce qu’elle a découvert, et ainsi continuer de mobiliser des gens autour des projets
engagés avec les habitants du diocèse.
Mes confrères Ludovic et l’abbé Isaac sont revenus jeudi de Bangui sur Bangassou, et devraient arriver
prochainement dans le secteur Bakouma – Zacko. Comme ils assurent eux aussi la formation des catéchistes, nous auront un peu de mal à être rapidement réunis tous les trois à la paroisse St
Joseph. Ce sera sans doute possible au début du temps du carême.
Mardi 12, Lucine Hapi, responsable de la communication et des actions sociétales d’AREVA Centrafrique, nous a
rendu visite à la paroisse, ici à Bakouma. On a évoqué avec elle les phases de réalisation des tables-bancs des écoles de la zone, et réfléchi à l’utilisation des subsides du projet. Gaëtan et
moi avons proposé que soit engagé quelques chose au niveau des toilettes dans les écoles, actuellement inexistantes. Imaginez les problèmes d’hygiène en tout genre, notamment en cette saison
sèche qui porte bien son nom : c’est ce matin samedi 16 janvier 2010 qu’il a plu quelques gouttes, ici à Bakouma ; qu’en est-il à Zacko ? Je le saurai ce soir. Mais là-bas, les
dernières gouttes sont tombées le 8 novembre ! Lucine a compris la nécessité d’un tel projet, et a demandé des éclaircissements quant au cout. J’ai pris le temps de rédiger un devis le plus
précis possible des besoins concernant ce chapitre des toilettes, et l’ai soumis à Gaëtan et à Denis, le chef de secteur primaire des écoles de la zone. J’ai envoyé le document final à Lucine
hier. Nous espérons une réponse rapide !
Vendredi 22 janvier, 10h15
Difficile de commencer par des nouvelles ordinaires, heureuses, ou simplement reposantes ; je reviens à
l’instant de l’Eglise Baptiste Centre 1, située quartier Fungu. On vient d’inhumer le papa d’André, cet enfant soigné à Bangondé – Bangassou pour cette plaie à la jambe qui n’en finit pas de
suinter. Le papa était malade il y a plusieurs semaines, mais il avait regagné la maison, et repris le travail ; trop vite sans doute ; mais il faut comprendre que celui qui ne
travaille pas ne peut avoir d’argent. Comment rester inactif alors que les travaux des champs ou des chantiers sont la seule ressource ? Bien que malades, ou fatigués après la maladie,
nombre de gens, hommes et femmes, vont chercher de quoi manger, que ce soit en grattant le sol ou en lavant les graviers et le sable porteurs de diamant et d’or. Pas de sécu ici, pas d’arrêt
maladie accompagné d’une aide financière. Et c’est ainsi que le papa d’André est parti. Lors de ma dernière visite à Bangassou, j’avais interrogé André sur son souhait. Sa réponse n’avait
entrainé aucun commentaire supplémentaire de ma part : « tant que la plaie n’est pas fermée, je reste ici » ; c’est avec ces mots qu’il m’avait répondu. J’ai redit ce matin ce
propos à la famille dans la peine. Sa maman, ses oncles, sa grande sœur, tous ont bien compris. Même s’ils regrettent qu’André ne fut pas au milieu d’eux, et que son papa n’ait pas eu le temps de
lui dire au revoir. Maintenant, il faut avertir André, mais le réseau téléphonique est défaillant ce matin. On verra dès que possible.
Autre nouvelle difficile pour moi, pour Ludovic, et pour la communauté qui, à l’heure où j’écris ces lignes,
n’est pas avertie : le non retour de l’abbé Isaac à Zacko. Il me l’a fait savoir par téléphone hier en fin d’après-midi. Vous imaginez ma surprise. Je l’ai brièvement interrogé sur les
raisons qui l’amènent à décider ainsi ; il m’a clairement répondu que ça n’a rien à voir avec Zacko, ni avec ce qu’on a vécu ici. Il a besoin de recul. Et cela suite à son engagement lors de
la rédaction de lettres qui ont tant agité l’Eglise du pays. Les remous continuent, et se prolongeront encore longtemps sans doute, malheureusement. L’assemblée des évêques s’est déroulée début
janvier à Bangui, et certaines décisions ont vu le jour ; mon confrère doit en subir les conséquences. 4mn30 de communication téléphonique ne permettent pas d’aller en profondeur dans la
conversation. Je l’ai assuré de mon amitié et de ma disponibilité. Mais je vous explique pas quelle tête j’avais en rentrant à la maison –je rentrais de la réunion hebdo des Foyers Chrétiens-.
J’ai attendu la prière de 18h45 pour partager cela avec Ludovic, qui en fut tout retourné. Isaac assurera comme prévu l’enseignement aux catéchistes réunis à Bakouma, puis regagnera la maison
familiale à Bangassou pour un temps de recul. Que dire encore, sinon espérer que des chemins de réconciliation, de pardon, soient ouverts dans la jungle des débats sans fin dans laquelle l’Eglise
locale s’est enfoncée ? Et souhaiter de tout cœur que l’Eglise qui est à Rome s’engage, par la voix du Nonce, à générer la paix entre tous les responsables locaux.
Depuis mon retour de Bakouma, pas mal de petites choses se sont passées ici, signes d’un quotidien riche de
rencontres, et d’une paroisse vivante. La première étape a été sans aucun doute la visite de l’évêque, dimanche 17. Il avait appelé à Bakouma pour « s’inviter » (mais c’est aussi chez
lui, ici !) avec Raphaël, un architecte espagnol, et avec Paco, le kiné qui avait soigné Claudia après son opération des jambes il y a presque 2 ans (déjà !) Vous auriez vu les larmes
de joie et d’émotion coulant sur les visages de Claudia et de Paco, sans oublier celui de Madeleine, la maman de Claudia ! Des retrouvailles émouvantes ! Lors de la messe, en marge de
l’homélie, l’évêque a rappelé la nécessité de se mobiliser pour achever les travaux du bloc opératoire. Tout comme il y a deux ans, il faut extraire du gravier et du sable de la rivière, sortir
la terre et presser les briques, puis les cuire, grâce aux arbres qu’on aura abattus. Bref, du boulot en perspective !
Suite de la rédaction, à 14h30
La visite de l’évêque et ses hôtes s’est terminée rapidement, puisqu’ils devaient regagner Bangassou en soirée.
Et c’est donc après le départ de la voiture que j’ai chaussé les baskets pour un foot sur le terrain de l’école, tout proche. A l’issu du match, décision est prise de nettoyer entièrement le
terrain et ses abords, l’un des objectifs étant d’agrandir la surface de jeu. Le lendemain matin, une équipe de volontaires s’est présenté à la maison. Armés d’outils en tout genre, et aussi
d’une équerre géante fabriquée à partir de barres d’aluminium servant à l’origine à fixer en les inclinant les panneaux solaires sur le toit, ayant acheté une ficelle de 150 mètres environ, nous
voilà engagés pour un travail qui va durer deux jours. Il faut dire qu’ici, chaque année le 18 janvier, on célèbre par une journée chômée dans les écoles, les massacres d’étudiants perpétrés par
l’Empereur Bokassa en 1979. Une journée que certains ont ici consacrée à un mieux être pour l’école, au chapitre loisir. Mais c’est un sacré travail que d’égaliser le terrain, enlever les
cailloux dans les zones qu’on gagne sur la brousse. Et le plus pénible est sans aucun doute de déplacer les tas d’ordures accumulés depuis des années, entassés par des habitants peu scrupuleux de
l’hygiène. Et volent les sacs plastiques déterrés à coup de pioche, de houe ! Et les vieilles piles, les boites de conserve rouillées, les bouts de chaussures, … bref tout ou presque ce
qu’on peut trouver dans une décharge. Entre lundi et mardi, on y est arrivé. Le terrain mesure maintenant 74 m par 50m, il est à peu près propre. Les jeunes et les enfants ont plaisir à s’y
retrouver et ce matin, le directeur qui enseigne aux CM 1 et 2, a organisé un match CM1 contre CM2. Il a envoyé les élèves chercher ici les maillots, les gants de gardien, le ballon. A la fin de
nos activités de nettoyage, je préparais un bidon de 5 litres de jus de fruits, grâce aux sachets achetés au marché et contenant la poudre à dissoudre (surement plein de colorants, ce truc, mais
ça se boit). Et comme le bidon sortait du frigo, vous imaginez la joie des enfants ! Boire frais, c’est si rare pour eux !
Mardi, la ville de Zacko était en effervescence : le Sous-préfet de Bakouma, arrivé la veille avec Madame
le Maire de Bakouma, qui est donc officiellement notre Maire aussi, est venu « introniser » le nouveau représentant de Madame le Maire ici à Zacko. Ce qui signifie aussi : exit,
Alain Arabalé, qui assumait ses fonctions depuis juillet 2008, date du décès du précédent responsable. Un changement pourquoi ? Je n’en sais encore rien. Alain reste néanmoins l’adjoint du
nouveau représentant qui s’appelle Abderrahmane Fezane. C’est avec lui que je vais davantage collaborer pour ce qui concerne, entre autre, les suites à donner au bloc opératoire. 5h du matin, le
clairon réveille la ville, enfin … les habitants résidant dans le quartier qui accueille le SP ; puis vers 8h30, alors qu’on attend depuis près d’une heure (on était convié pour 7h30
pile !) arrive le SP, conduit par Marcel qui est au volant d’une voiture de la société AREVA. Laurent est sans aucun doute le Sous-préfet le mieux véhiculé de toute la RCA ! Un simple
coup de fil chez AREVA et on lui affrète une voiture pour visiter ses administrés. Et oui, ce n’est pas tout le monde qui est SP de là où c’est qu’y a AREVA ! Pourquoi se priver des services
qu’on peut obtenir ? Et puis en sango, une parole revient souvent à la bouche des gens : « unda a yeke sioni pepe » « demander n’est pas mauvais ». quelqu’un
n’a-t-il pas dit : « demandez, et vous … ?! » Donc le SP arrive, salue joyeusement la population réunie sur la place centrale. Lever des couleurs, hymne national par les CM de
l’école, puis discours, et intronisation du nouveau délégué de madame le Maire auprès de la délégation de Zacko, à savoir Fezane. On est en République, mais depuis 20 ans, les Maires sont
toujours et encore nommés par le gouvernement, et limogés de même…. A quand un regain de démocratie de proximité ? Peut-être à l’occasion des élections présidentielles, prévues en juin 2010,
si et seulement si le recensement est effectué partout, et dans les temps ! Mais le SP a d’hors et déjà précisé que les élections municipales auraient lieu à une date ultérieure, pas en même
temps que les présidentielles. Donc, rendez-vous …
A 12h, je me rends tranquillement à pied chez le nouveau Maire (c’est ainsi qu’on appelle ici celui qui vient
d’être nommé, même si l’appellation ne fait pas la fonction !). Je passe par la mairie alors que le SG de la sous-préfecture remet à chaque chef de quartier et de village de la zone les Per
Diem, afin de les remercier pour leur travail : 2 000 FCFA. Bon, autant vous dire que c’est vraiment très peu par rapport au travail effectué par certains. Les chefs ne sont rémunérés
que par la somme d’argent versé par les plaignants, lors d’affaires de quartier. Ces « jugements » sont tarifés, mais ça demande beaucoup de temps au chef, garant de la paix et de la
bonne entente là où il exerce. Plus ou moins satisfaits, on se retrouve tous chez Fezane, et patientons jusqu’à ce qu’on nous apporte, vers 13h15 (invitation pour midi pile…) un excellent plat de
viande de cabri accompagné de riz, et de manioc. Comme dessert, les personnalités dont je suis dégustent de la papaye et des bananes. Les discutions sont agréables, et on est assis au frais dans
la maison, alors que le soleil à cette heure est plutôt chaud ! Il est près de 15h quand je regagne la maison après un arrêt au marché, afin de commander du fromage blanc auprès des femmes
Mbororos, qui vendent divers produits dérivés du lait des vaches des troupeaux gardés par leurs fils et leurs maris. Fin de journée cool, alors que les enfants terminent l’aménagement du
terrain de football.
Dimanche soir 24 janvier.
Je reprends la rédaction, marqué par le drame qui vient de secouer la région, tout particulièrement le village
de Bamara, en photo en première page du calendrier 2010 : hier samedi à 11h du matin, plus de 100 maisons et hangars ont brûlé, en quelques minutes. Que s’est-il passé ? Et bien c’est
au départ ce qu’on appelle en France un accident domestique : une jeune femme préparait les beignets, et faisait donc chauffer l’huile de palme dans la marmite, afin de les frire. Elle s’est
éloignée un moment pour chercher quelque chose, et pendant ce temps d’absence, l’huile avait tant diminué qu’elle a commencé à brûler. Et là, le drame : la jeune femme a jeté un seau d’eau
sur la marmite. Le feu a immédiatement atteint le toit du hangar en paille, s’est propagé à la vitesse de la lumière aux maisons voisines, puis a traversé la rue, poussé par un fort vent du Sud.
En un rien de temps, des dizaines de gens ont tout perdu : des hommes, des femmes, des familles entières se sont retrouvés avec pour tout bagage les vêtements qu’ils avaient sur le dos à ce
moment-là. De leurs maisons faites de paille ou de grandes feuilles tressées, il ne reste rien, si ce n’est les poteaux de soutien qui, à notre arrivée vers 16h30, achevaient de se consumer.
Averti du drame une heure avant, j’ai ouvert toutes les valises, réuni les vêtements amenés de Bangassou pour les malheureux, et accompagnés de 3 membres de Saint-Vincent de Paul, nous avons pris
la route en direction du Nord. Au bord de la piste, tout au long des 18 km qui nous séparent de Bamara, nous croisons des enfants, des hommes, des femmes, avec pour tout bagage un maigre sac, une
natte, certains poussant leur vélo. Tout ce qu’ils ont pu sauver de l’incendie. La petite chance de ceux qui n’étaient ni au champ ni au chantier à l’heure du sinistre. Nous rattrapons le Maire
qui, courageusement, s’y rendait à vélo après une journée passée à son champ. Il a laissé son engin à Yanguhoda et c’est ensemble qu’on est arrivés à destination. Images de désolation qui
saisissent les passagers : tout le centre du village est calciné. Rien n’est debout, si ce n’est les fameux poteaux, et quelques murs de brique. Des commerçants ont tout perdu de leur étal.
Des sacs de sucre brûlaient encore à la tombée de la nuit. Des médicaments calcinés jonchaient le sol, ainsi que de boites plastiques disloquées dont le contenu avait été aspiré par les flammes.
Des travailleurs ont vu leur motopompe exploser sous l’effet de la chaleur, tandis que pour d’autres, de leur vélo il ne reste que le cadre. Le bilan humain, comme ont dit, est heureusement
nul : personne n’a été blessé, ni brûlé. Ayant traversé tout le village, et donc aussi la zone calcinée, j’ai arrêté la voiture à proximité de l’église. Nous avons salué les chefs avec qui
j’étais en réunion 3 jours plus tôt ; puis on a déambulé ensemble dans les quartiers détruits, saluant les habitants hagards, dont les visages reflétaient fatigue, larmes, haine ou
résignation. J’ai fait quelques photos, puis les deux chefs, sous mon impulsion, ont réuni tous les sinistrés sur la place de l’église. Tandis qu’à l’intérieur, certains paroissiens triaient les
habits et les étalaient sur les nattes, d’autres à l’extérieur listaient les victimes. Puis un par un, ceux qui avaient tout perdu ont pu recevoir qui un pull, qui un tee-shirt manches longues ou
courtes, qui un pantalon. Certains ont demandé une des 8 nattes que j’avais attrapées au moment de partir de la maison. Au total, plus de 100 adultes -beaucoup d’hommes – ont reçu quelque chose à
sa mettre sur le dos. Pour les enfants, ce fut plus difficile ; en effet le matin de ce jour, Ludovic, aidé des animatrices Marie-Charlotte et Véronique, avaient remis aux 40 enfants
accompagnés par le projet Orphelins, les vêtements préparés à Bangassou. J’y avais ajouté les petits shorts cousus par les religieuses de Saint-Eutrope à Clermont. Ce qui fait qu’il ne me restait
pas suffisamment de vêtements pour les enfants sinistrés. Une dizaine, sur les 31, sont repartis les mains vides. Parmi les vêtements distribués, il y avait les maillots de rugby amenés il y a un
an par les jeunes du lycée Godefroy, à Clermont. Je me rappelle la réaction d’un des enseignants : « Non mais là, Michel, on s’est planté ! Qu’est ce que tu vas faire avec
ça ? » Et bien la voici la réponse : ces sortes de polos épais à manches longues sont très bien pour passer la nuit à l’abri du froid. Merci les gars ! Grâce à vous, une
vingtaine de jeunes portent des maillots marqués RCCP ; c’est le Rugby Club de … où ? Pas d’importance, c’est une nouvelle vie pour vos maillots. La distribution de la centaine de
vêtements s’est bien passée, les gens étaient calmes ; on a salué chacun, et à notre départ, vers 19h, les 2 chefs s’attelaient à la question de savoir où tout ce monde allait dormir. Chacun
de mes passagers a regagné sa maison, et j’ai alerté Ludovic qui venait de partir pour Bakouma, afin qu’il informe les catéchistes en session. Au cœur de ce désastre, un petit miracle, ou un
signe ? La seule maison du quartier qui n’a pas brûlé est celle de la présidente de l’équipe Légion de Marie. C’est le lieu de rassemblement des membres, et la petite statuette de Marie qui
soutient leur prière était posée sur la tablette, à côté du livre de prière et entourée de fleurs. « Le feu a enjambé la maison ! » disent les témoins, éberlués.
Ce matin dimanche, on a bien entendu prié pour, et sans doute avec ceux qui ont tout perdu à
Bamara.
J’étais allé là bas en VTT mercredi matin afin de régler un problème important : le niveau d’alcoolémie
d’un des deux enseignants de l’école. Il était tellement saoul le 1er janvier qu’il s’était emparé d’une hache, et après avoir décapité le poteau signalant l’église catholique, s’en
était pris à un jeune qui rentrait à vélo. Celui-ci n’a eu son salut qu’à sa rapidité d’extraction de son vélo, qui n’a pas subi de coups, le fin soulard ayant tapé à plusieurs reprises … à
côté ! Bref, à l’heure qu’il est il a dessoulé, et il est temps de réfléchir aux sanctions qu’il encoure. Pas de règle préétablie, et c’est donc les 2 chefs Barnabé et Mathurin, le bureau de
l’APE, et moi qui avons discuté pendant près de 2 heures autour d’un café ; puis nous avons convoqué l’intéressé pour lui signifier que s’il boit ne serait-ce qu’une seule goutte d’alcool,
il est renvoyé. Il écope aussi de deux mois de suspension de salaire versé par l’APE. Le jugement prononcé, j’ai rencontré longuement le catéchiste Augustin. On a passé un bon temps d’échange
tous les deux. Pas facile, la vie de cette communauté dont l’essentiel de l’activité est celle des chantiers. Les gens vont et viennent, et s’en vont aussi adorer des dieux sensés leur donner le
diamant. S’ils savaient dans quel piège ils sont tombés, à faire leurs incantations la nuit chez eux, ou dans leur « trou » au bord de la rivière. La communauté catholique n’échappe pas
à ce problème qui entraine de la violence, des jalousies, des inimitiés. Je suis rentré par Fungu afin de me détendre un bon moment dans l’eau brulante de la source.
Jeudi 28 janvier 2010, 7h15
Le soleil rouge s’est manifesté à 5h50 ce matin, s’élevant derrière les montagnes qui dominent le centre
polyvalent. Sa chaleur commence tout juste à chasser le froid qui s’est installé dès le début de la soirée ; je n’ai pas encore ôté ma polaire ! Cette journée qui commence avant
l’aurore, comme souvent, sera, je l’espère, calme, afin que j’ai le temps de régler des tas de petites choses avant de partir demain matin pour Bamara. Cela fait longtemps que j’avais prévu de
séjourner là-bas quelques jours. Les évènements de ces jours derniers ne changent rien à mon programme ; je sais que l’accueil ne sera pas aussi spontané, tant au niveau repas que pour le
lieu du coucher. Le bilan définitif est établi comme suit : 71 maisons d’habitations ont été détruites, 9 commerces partis en fumée. J’ai réuni les affaires scolaires qui me restent afin de
venir en aide aux enfants de l’école : les Bic bleus et noirs, quelques crayons de papier, 25 cahiers, un ballon, une grosse boite de craies … je verrai comment remettre cela aux petits
sinistrés.
Il y a une semaine, jeudi dernier, je suis allé à 15h participer à la réunion des foyers chrétiens. Jacques et
Béatrice accueillaient les équipiers. Le sujet de la vocation et de l’avenir des enfants fut présenté par Jean-Pierre, ex-président de la communauté catholique. La 30è de participants a écouté
attentivement la lecture du document d’équipe qu’en faisait Jacques ; puis la discussion s’est engagée. Chose étrange pour moi, la réunion sous le manguier se présentait comme deux
cercles : le premier était celui des hommes, le second, en retrait, étant celui de leurs épouses, et des veuves. C’est un mouvement de foyers. Ceux qui viennent ainsi en couple pourraient
s’assoir l’un à côté de l’autre. C’est en tout cas ainsi que je l’envisagerais ! Mais ici, où hommes et femmes de la même maison mangent souvent en deux lieux séparés, cette attitude en
réunion catholique peut se comprendre. Ce pourra être le sujet d’un échange, à une prochaine réunion. A mon retour, j’ai rencontré le maire chez lui, puis suis allé voir les enfants du quartier
Fungu qui s’entrainaient pour le match de dimanche, à jouer contre « les enfants de l’abbé », c’est ainsi qu’on nomme les enfants et jeunes qui poussent le ballon les après-midis sur le
terrain de l’école. On s’est mis d’accord pour le rendez-vous de dimanche 24 à 15h sur le terrain central de la ville. Et le jour dit, les deux équipes se sont présentées, ont enfilé les
maillots. Mbolo est venu faire le commentateur du match, Pié étant le coach des gars de l’abbé, un autre adulte encourageant ceux de Fungu. L’arbitre de touche, Thierry, l’un des enseignants. En
arbitre central, votre serviteur. La première mi-temps s’est déroulée bon-enfant, et les Fungu étaient menés 4 à 0 au moment du coup de sifflet. La deuxième mi-temps a bien commencé, mais à la
16è minute, alors que l’action se déroulait à un bout du terrain, deux joueurs ont commencé à se battre, de l’autre côté. En quelques secondes, cette bagarre a dégénéré en bagarre de spectateurs.
Heureusement fort peu de gens en sont venus aux mains, mais les insultes nombreuses, parfois en Banda et autre langue inconnue de mon cerveau, ont fusé ; il fut impossible de
poursuivre le match. Le public était très nombreux autour du stade, les affiches ayant été apposées la veille sur les panneaux d’info de la ville. Parmi les joueurs, même chose : peu en sont
venus aux mains, mais ça a gâché la fin de journée. J’étais un peu découragé, de même les autres animateurs. Les joueurs d’ici aussi, bien que certains aient envie d’en découdre avec leurs
homologues de Fungu. Je me suis couché tôt après avoir regardé OSS 117, et au petit matin de lundi, je me suis rendu à l’école pour le lever des couleurs. J’ai ensuite prononcé un discours un peu
long afin d’appeler les joueurs et autres enfants et jeunes à la paix, à la joie de jouer ensemble. Tout un tas bons conseils ; on verra à long terme les fruits que ça porte. Pas évident en
tout cas pour les animateurs d’envisager une sous-ligue des benjamins et autres cadets !
Samedi, une première à Zacko : la réunion des couples désireux de célébrer leur mariage catholique. Et
bien, j’ai eu l’immense joie de voir arriver … un couple. On a fait une bonne réunion, pendant près de 2 heures. Je leur ai présenté les fondements chrétiens du mariage, on a parcouru le rituel.
Difficile, voire impossible de traduire en sango les mots comme liberté et fidélité. Les périphrases me permettent d’expliquer ce que l’Eglise entend, lorsqu’elle emploie ces termes dans la
célébration du sacrement. Mais, un couple, c’est quand même bien peu. On verra ce qui se passera à Bamara.
Mardi et mercredi (hier donc) j’ai eu la sympathique visite de l’abbé Max et de Maria, engagée volontaire à
l’association Fondation Bangassou de Madrid et Cordoue. Gaétan étant bien malade, il est sous surveillance médicale à Bangassou depuis près de 10 jours. Espérons qu’il va vite retrouver la forme
pour son voyage à Bangui avec Maria. Mes hôtes sont arrivés vers 9h30, conduits par Fabrice. Max n’étant pas en grande forme, il s’est reposé pendant que Maria et moi saluions les tout-petits de
l’école maternelle en train de manger la bouillie, puis descendions au chantier de diamant et d’or situé dans la rivière Ambilo, toute proche. On a traversé une partie des chantiers, et Maria a
fait beaucoup de photos tout en discutant avec les ouvriers. Je retrouve bien entendu beaucoup de paroissiens, des membres d’ASKangba, des joueurs des clubs de foot. Et aussi beaucoup d’enfants
qui, comme chacun sait ici, devraient être inscrits à l’école…. Maria s’est imprégnée de l’ambiance, et on est rentrés par le marché central, goutant aux saveurs et senteurs des produits
présentés sur les étals. Après le déjeuner et la sieste, balade avec Maria et Max jusqu’à la source de Gonda. Je leur ai présenté le canal creusé il y a 9 mois par les habitants. On est rentré en
saluant les habitants Mbororos du village tout proche de Gonda, puis après une pause à la maison, Maria et moi sommes allés faire un tour en ville. On s’est arrêté chez Maffous qui nous a offert
un thé à la menthe et du pain frais, puis on est entré plus longuement chez son frère Aïnine. Tous deux travaillent dans le diamant, et le second a présenté à Maria ébahie la collecte de diamants
de ces jours derniers. Pas de grosses pierres (encore que !) mais de jolis cailloux tout de même ! Et les explications qui vont bien avec : valeur, circuit d’achat et de vente,
contraintes, taxes, bénéfices … aucune de nos questions ne sont restées sans réponse. Rentrant guidés par la lune allant croissante et déjà splendide, on a fait un long arrêt au marché, très
animé à cette heure de nuit tombante et de retour des champs et des chantiers. Maria s’est essayée aux photos de nuit, et le résultat est splendide. Les lampes à pétrole qui éclairent les visages
et les produits des étals, l’ambiance festive entre marchands et clients, enfants courant partout, Maria fut impressionnée. Et les salutations n’en finissaient plus ! Nombre de femmes d’ici
sont heureuses de saluer une femme Blanche ! J’ai enregistré ses photos dans mon PC, et en ferai profiter les blogueurs que vous êtes! Après le diner, on est restés tous les deux près
de deux heures à s’échanger des photos, à parler de la Fondation Bangassou, de calendriers, des actions engagées par les membres nombreux et très actifs.
Mercredi après la messe et le petit dèj, nouvelle excursion en ville ; premier arrêt au marché. Rejoints
par Max et Fabrice, nous achetons des feuilles de boudou, qui prendront le chemin de Bakouma. Il n’y a presque rien au marché de Bakouma, Fulbert est parfois désespéré. Il avait appelé aux
aurores pour qu’on achète aussi 1kg de viande de vache, et 2 boites de lait en poudre. Puis Maria et moi, on s’est rendu à pied à Fungu, accompagnés de Paterne et Mahamat, qui ont cette semaine
cours à 11h30. On a aussi visité les jardins potagers situés à côté, et arrosés par l’Ambilo. De retour au centre-ville, on est allé boire un café accompagné de beignets chez la maman
d’abbé-Michel-Chidaine, le fils de Caroline et Félicien. A ce propos, Isaac avait donné à Bamara le baptême à 11 bébés le jour de Noël, dont à un garçon nommé Michel-Chidaine OUMAR-MUSTAPHA. Pas
mal sur la carte d’identité de ca petit catholique qui, je l’espère, deviendra grand. Et vous imaginez s’il devient demain ministre ou Président de la République !!! De retour à la maison,
j’ai emmené Maria saluer les paroissiens qui extraient la terre en vue de confectionner les briques destinées, entre autre, au bâtiment du groupe électrogène. Je lui ai présenté le bloc
opératoire et les travaux de finition à réaliser.
Après le déjeuner vient le temps des au-revoir. Max et Fabrice le chauffeur-mécano, je les reverrai sans tarder
à Bakouma ; mais Maria doit reprendre dimanche la direction de Bangui en vue de regagner l’Espagne. Elle était très heureuse de son court séjour à Zacko ; elle emmène des dizaines de
photos des gens et des lieux. Des souvenirs plein la tête des paysages vallonnés, d’eau bouillonnante, de marché au clair de lune. Elle m’a offert du « Turon » envoyé par Ana pour mon
Noël ! Merci !
Mardi 2 février 2010, 8h10
Il a fait chaud, cette nuit, très chaud même ; je n’étais plus habitué ; ce matin, je me suis
réveillé avec l’envie de … ne pas me réveiller. Mais l’heure, c’est l’heure, et la cloche de l’église a sonné à 5h30. J’ai émergé, me suis arrosé d’eau même pas froide, et me suis rendu à la
grotte mariale pour prier le bréviaire ; j’ai attendu Ludo, mais il n’est pas venu, ni à la messe non plus d’ailleurs. La fatigue des jours passés à enseigner à Bakouma, puis hier la piste
Bakouma – Zacko à moto, avec son sable et autres mauvaises surprises qui entrainent des chutes, et enfin la nuit trop chaude. La chaleur est lourde, nombre de gens pensent qu’il va bientôt
pleuvoir. La pleine lune, c’était il y a trois jours, le temps peut donc changer.
J’étais à Bamara quand la lune a éclairé la nuit de toute sa splendeur. J’y suis arrivé vendredi dans
l’après-midi. J’avais passé la matinée à Yanguhoda avec les conseillers de la communauté. On a vécu une longue et sympathique réunion, faisant le point sur divers sujets les concernant, regardant
le calendrier des semaines à venir. Je les ai encouragés à achever le toit de l’église, c’est la bonne saison pour couper les bambous et tresser les feuilles afin de confectionner des panneaux
carrés qui peuvent indifféremment servir de tuile ou de cloison. S’il n’y a pas de changement de programme, c’est demain mercredi qu’ils doivent se rendre sur les lieux de pousse des bambous afin
de les ramener au village pour le tressage. Déjeuner sur place avec tous les acteurs de la communauté, puis j’ai visité le vaste chantier d’or et de diamant situé en contrebas du village et de la
piste, à 800 mètres environ. La toute petite rivière Yanguhoda qui prend sa source à cet endroit et se jette à peine 2 km plus loin dans la Zacko, est torturée de toutes parts par les Hommes qui
creusent son lit en tout sens. Le filet d’eau clair qui jaillit entre les arbres est rapidement boueux, et est canalisé en hauteur, les trous béants descendant parfois jusqu’à 10 mètres au
dessous du niveau du petit cours d’eau. Une centaine d’hommes, de femmes, et même d’enfants travaillent sans relâche afin d’en retirer ce que le sous-sol voudra bien leur donner. (Euh, en fait,
c’est Dieu qui donne, selon une expression couramment utilisée ici). Ces travailleurs viennent du village tout proche, mais aussi de Bamara et de Zacko. En ce moment, on peut trouver jusqu’à 20
grammes par jour dans certains trous. 20 grammes à 10 000 FCFA (=15€) le gramme, c’est une forte somme tout de même. Bien entendu, une bonne partie de ce qui est extrait du sable revient au
patron, celui qui a financé le matériel, et parfois nourrit son ou ses équipes. J’ai été guidé par Rémy, le président de la communauté, qui est aussi chef de chantier, c'est-à-dire qu’il touche
des dividendes de la valeur des produits arrachés au sol.
J’ai quitté Yanguhoda vers 15h et suis rapidement arrivé à Bamara, situé 5km plus loin. J’ai circulé en
voiture, transportant entre autre les moustiquaires destinées aux enfants de l’école, et bien décidé à ramener la presse à briques. J’ai traversé le village en grande partie dévasté par
l’incendie ayant eu lieu 7 jours auparavant. Au milieu des restes de maisons calcinées, certains commencent à reconstruire, soit de la même façon en tuile de bambous et paille, soit plus
solidement grâce aux briques réalisées au moyen d’un carré, sorte de casier en bois présentant deux rectangles dans lequel on compacte de la terre avant de la démouler. La couleur des jeunes
feuilles vertes contraste avec la noirceur des poteaux calcinés restés en terre. On se salue, on échange trois mots ; ma visite, mon séjour dans leur village leur fait plaisir, c’est
certain. Je gare la voiture vers l’église, et retrouve des conseillers ainsi qu’Augustin, le catéchiste. La réunion du conseil de la communauté a commencé vers 15h30 ; la nuit est tombée
avant que nous n’ayons achevé le tour des problèmes, qui sont divers, et bien antérieurs à l’incendie. Absence de nombreux paroissiens lors des assemblées du dimanche, peu de présence aux
réunions des choristes ou de la Légion. Sans oublier l’envol vers -?- du contenu de la caisse de la chapelle. Pas facile d’aborder toutes ces questions de front. Il y a tant de non-dit entre
les gens, et aussi avec moi sans aucun doute. Au coucher du soleil, on m’a emmené à la maison prêté par un paroissien, dans le quartier touché par les flammes. Je me suis installé puis l’eau
chaude préparée pour ma douche m’a fait le plus grand bien. Soirée au clair de lune, assis avec quelques conseillers autour de la boule de manioc et de la viande en sauce. Samedi matin, rencontre
à l’église avec les candidats et candidates au mariage. Et là, vraie joie : 8 couples se sont présentés : venus de Yanguchi ou habitants du village, ils ont participé à la rencontre
avec grand intérêt. L’un des sujets sur lequel je me suis longuement appesanti, suite aux questions de participants, fut celui de la dote. Pas facile de gérer les traditions des anciens, des
ancêtres, qui ne sont d’ailleurs pas toutes forcement mauvaises, et l’actualité du sacrement de mariage lié à ce que l’Eglise engage sans cesse autour de la famille. L’argent a pourri le système
des relations entre les gens. La dote, le cadeau offert à l’occasion du mariage qui autrefois représentait les liens d’amitiés entre deux familles, deux tribus, est devenu une véritable entrave
aux relations humaines. Autrefois, c’était des houes, des pagnes, aujourd’hui ce sont des centaines de milliers de francs, ça peut même atteindre le million, des millions ! Autrefois, les
liens se traduisaient dans les faits par un travail en commun, l’établissement dans un même village ; aujourd’hui c’est l’enrichissement individuel pour un paraitre éphémère. Quitte à ruiner
celui qui deviendra son gendre !!! Et la famille de madame se réservant des droits sur les enfants du couple ! Obligation d’en laisser à disposition pour aider les parents qui
vieillissent, obligation de payer comme une sorte d’amende quand l’enfant (le petit fils – petite fille) a un souci de santé, un accident domestique. Je leur ai exposé des exemples précis et
concrets, très actuels à propos desquels certains ont pu sans peine reconnaitre les protagonistes. Si petit à petit les choses changent, et donc avancent, c’est tout le monde qui y gagnera ;
aujourd’hui, je pense qu’il n’y a pas vraiment d’amour dans les couples, à cause de la pression et des exigences permanentes des beaux-parents, des oncles ou tantes. Trop de fois, c’est la peur
qui prédomine dans les relations entre gendres ou belles-filles et beaux parents. Genèse 2,24, c’est pas vraiment d’actualité ici !!!! (Lire aussi Marc 10, 1-9). Comment parler de la
famille, au sens chrétien du terme ? Souvent, je pars de leurs questions, et leur renvoie la question de savoir d’où vient la règle qui prédomine dans vos relations. On essaye alors de
réfléchir à ce qui serait bon, ou mieux, quant aux relations entre les familles, autour des questions de couple et de leurs enfants. Vaste sujet, dont l’approfondissement prend une nouvelle
tournure, vue le bon déroulement de ces rencontres, celle d’ici comme celle du centre une semaine auparavant.
Fin de matinée avec les conseillers afin de poursuivre la réflexion concernant leur travail, la vie de la
communauté.
Vers 9h, deux jeunes servants d’autel de Zacko sont arrivés pour passer le week-end avec « leur »
curé. Chanel et Mahamat, portant leur sac à dos bleu clair contenant leurs nattes et effets personnels ont parcouru tranquillement au petit matin les 18 km à pied. Ils retrouvent ici leurs
copains, de la famille. Bref, ils ne sont pas perdus ! Ils s’installent dans la maison et organisent un foot l’après-midi pendant que je préside à la réunion de l’APE de l’école ; les
soucis ne manquent pas : la maison du SG a brulé, et donc entre autre tous les cahiers relatifs à l’école : listes, comptes-rendus d’activité, comptabilité, il ne reste rien. On a
longuement évoqué les difficultés financières : chaque famille cotise à hauteur de 4 500 FCFA pour l’année ; or, il y a 41 familles, ce qui fait une entrée totale de 184 500
francs ; et chaque maitre recevant 10 000 francs par mois pendant les 9 mois, il ne reste que 4 500 francs, autant dire rien, moins que rien même, puisqu’on sait que certaines familles,
bien que se faisant régulièrement tirer l’oreille, ne verseront jamais la totalité. On n’en a rien conclu, si ce n’est qu’il faut que les participations rentrent, même si c’est très lentement.
Les revendications des maitres sont légitimes : être justement rémunérés. Mais eux-mêmes se rendent compte que ça ne va pas être possible. Heureusement qu’il y a le cadeau mensuel de
15 000 francs d’AREVA. Fin de journée sous la chute d’eau de la Bamara, pour le plaisir de se rafraichir après une journée bien chargée en rencontres de toutes sortes.
Dimanche matin, messe dans une église débordante de monde. J’ai saisi l’occasion offerte par les lectures du
jour pour les appeler à se mettre résolument en marche ensemble. ça peut paraitre théorique, mais ne retenons qu’un exemple, celui de la presse à briques : je leur ai amené il y a tout juste
un an, et en un an, la communauté n’en a rien fait, si ce n’est quelques centaines de briques lors de mon séjour à Pâques dernier… et ces briques ont été détruites par la pluie ! Voilà dans
quel état de motivation se trouve la communauté de Bamara. Il y a un chanteur Centro (c'est-à-dire Centrafricain, en langage jeune) qui a choisi comme refrain d’une de ses chansons :
« à qui la faute, à qui la raison ? » Après tout, la vraie question est sans doute ailleurs. Je vais bien voir, dans les semaines qui viennent, quels sont ceux qui participent à la
rencontre des choristes, quelles sont les légionnaires qui se rendront à la retraite à Bakouma. A la sortie, des paroissiens et moi, on a discuté ensemble de ce qui se passe, ou ne se passe plus.
Je sais qu’Augustin fait un patient travail de recréation. Je vais suivre cela de près. Après le déjeuner et la sieste (enfin une sieste !) on a joué au foot avec tout un tas de jeunes, sous
les regards envieux des grands jeunes et des adultes, qui auraient bien voulu faire de même. Je vais voir comment leur faire parvenir un ballon. Fin de journée à la chute d’eau, puis soirée cool
à la maison.
Lundi matin, rencontre avec les élèves sagement assis sur les tables bancs financés par AREVA, installés sous
le hangar de paille. J’ai distribué des cahiers à ceux qui avaient tout perdu, et des Bic à tout le monde, même aux enseignants et à l’APE. C’était aussi la remise officielle des moustiquaires du
programme de lutte contre le palu. J’ai ensuite salué tout le monde et ai repris la route pour Zacko avec, à bord, la presse à briques, et un nombre important de passagers. Arrivés au centre, je
me suis directement plongé dans la réunion du conseil général de la paroisse, qui avait débuté à 8h30. Bien menée par le vice-président, les dossiers divers ouverts avaient permis aux
participants de partager leurs points de vue. J’ai embrayé avec les problèmes d’ordre matériel, ce qui se détériore suite à mauvaise utilisation et qui n’est pas réparé. Par exemple la guitare de
la chorale, les bancs de l’église, … Plus sérieusement fut l’établissement du calendrier de Carême, qui commence le 17 février.
Après-midi avec ASKANGBA, en AG ordinaire ; le programme de creusement des bassins pour la pisciculture
est en route ! Les membres sont motivés, les bienfaiteurs se manifestent, tel un collecteur qui nous a remis en soirée, à l’occasion de notre visite, une somme de 20 000 francs. Soirée
avec Ludo tout juste revenu de Bakouma à moto ; ça fait un moment qu’on ne s’est pas vus, on a des tas de choses à échanger, lui sur son séjour où il a consacré l’essentiel de son temps à
enseigner aux catéchistes, moi sur cette période à Zacko.
SAMEDI 6 FEVRIER, 14h15
J’achève maintenant la rédaction de ce chapitre, afin de vous le faire parvenir aujourd’hui. J’irai en effet
tout à l’heure chez AREVA afin d’entrer en communication avec vous. J’ai toujours hâte de pouvoir ouvrir ma boite mail et vous lire, vous répondre aussi.
Mardi fut une journée sans agitation majeure, ce qui tranchait d’avec les jours suivants. En effet, par son
second coup de fil, Lucine, d’AREVA, me confirmait bien sa venue à Zacko le lendemain mercredi. Elle venait avec Didier, responsable chez AREVA de tout ce qui concerne l’environnement humain
autour des sites existants ou en création. En provenance directe de Paris, sa visite avait pour but de se rendre compte de ce que vivent les habitants de la zone, et plus largement du pays. Rien
de tel qu’une visite à Bakouma et Zacko (bien sûr !) pour s’en rendre compte ! Conduits par Christian, ils sont arrivés vers 11h avec Nicaise, un grand ponte des douanes, pour une
visite que je qualifie de marathon, puisqu’ils sont repartis à 14h15 ! En 3h15mn, ils ont pu me suivre pour découvrir le chantier d’or et de diamant d’Ambilo, puis les bassins de la
pisciculture d’ASKANGBA ; un arrêt rapide (forcement !) pour saluer le Maire, apprécier le travail de réalisation des tables-bancs des écoles, saluer les élèves en classe, visiter le
bloc opératoire, s’assoir autour de la table pour le déjeuner tout en prolongeant les échanges. Ce fut bref et dense à la fois ! Je pense que ce genre de visite de terrain est très positif,
pour aujourd’hui, et j’espère pour demain. Pour aujourd‘hui, parce que les demandes de soutien qui parviennent à AREVA sont désormais lues par des responsables qui nous connaissent, et surtout
connaissent ce dont nous parlons dans nos courriers ; pour demain, parce que lorsque l’exploitation du gisement commencera à Bakouma, ces mêmes responsables auront défini avec nous des
priorités d’action et de partenariat qui seront utiles pour toute la population. Ils sont repartis pour 3h de piste, et sont bien arrivés à destination à la nuit tombante, Lucine me l’ayant
précisé lors de mon coup de fil de fin de journée.
Plus tôt dans la matinée, j’avais eu réunion avec les responsables des Curia, qui fédèrent les équipes de
Légion de Marie. Ils souhaitent s’organiser de manière à être plus autonomes vis-à-vis des responsables de Bakouma ; c’est en soi une bonne chose, compte tenue du nombre important d’équipes
ici, et des problèmes de suivi par ceux qui sont les supérieurs et basés à Bakouma. « Mais avant de construire du neuf, il faut d’abord réunir tous les matériaux. » Or concrètement, une
des 4 Curia n’avait pas envoyé de représentants, plusieurs équipes ne fonctionnent pas bien. Avant d’envisager du neuf, il faut vérifier ce qui va, et ce qui ne va pas, afin de l’améliorer.
L’entente dans les équipes et entre elles permet d’envisager l’avenir. Mais au boulot pour préparer ce projet ! Ils ont sans doute été déçus, mais ont bien compris que c’est en
arrangeant ce qui ne va pas aujourd’hui qu’on y verra plus clair. Et puis l’épineux dossier des finances, entrées des cotisations et utilisation de cet argent, est un vaste sujet …
Dans l’après-midi, les enfants m’ont spontanément proposé d’aller chercher du bois pour la cuisine ; il
faut dire qu’ils inventeraient presque n’importe quel stratagème pour faire un tour en voiture ! Avec une dizaine, armés de machettes et de haches, on s’est rendus à 5 km de là pour découper
les arbres morts, abattus par le vent ou les feux des années passées. On a ramené la voiture pleine, pour la plus grande joie de Rock bien sûr, mais aussi des enfants qui ont pu s’assoir par les
fenêtres ouvertes ou se tenir debout dehors derrière, les portes ne pouvant plus être fermées. Rassurez-vous, à la vitesse à laquelle je roulais, aucun ne risquait de tomber ! Après le
déchargement et le rangement, virée à Fungu pour se décrasser, et se reposer ! En soirée, nouvel épisode en privé de Jack Bauer, le héros de 24h chrono, 6è saison ; un petit temps
« pour moi » que je trouve bien nécessaire.
Jeudi, j’ai sauté sur mon VTT dès la fin du petit dèj afin d’aller à Kono donner des conseils à un groupe
d’hommes et de femmes qui s’organisent en groupement. Le principe est simple : chacun a son champ personnel, et les membres viennent chaque jour ensemble dans le champ de l’un des leurs. Le
travail avance beaucoup plus vite, est bien plus efficace. Ces gens de Kono veulent maintenant s’organiser en association, afin d’être reconnus et ainsi capables de solliciter des aides
essentiellement d’ordre matériel, d’AREVA par exemple. Je leur ai présenté les statuts d’ASKANGBA, afin qu’ils s’imprègnent de la démarche qu’on a engagé à Zacko. L’échange fut vraiment
intéressant, j’ai eu plaisir à rencontrer des gens motivés et déjà au travail, désireux d’aller plus loin ensemble. Peut-être un jour y aura-t-il un vaste champ communautaire ?
De retour à la maison, déjeuner avec Ludo puis réunion avec lui après la sieste afin d’établir ensemble le
programme de Carême. Alternance de nos présences au centre et dans les 6 chapelles, partage des temps de formation dans les communautés, les mouvements et fraternités, nous avons fait le tour de
beaucoup d’aspects de cette période qui commence le 17 février. L’orage qui menaçait n’a eu aucun impact sur Zacko, et le réservoir collecteur des eaux de pluie est désespérément vide. C’est hier
en circulant sur la piste que je me suis aperçu qu’il avait beaucoup plu sur la région de Damba, 20 km au Sud de Zacko.
Vendredi, début de matinée consacré à préparer la voiture pour me rendre à Bakouma : pression des pneus,
qu’il faut regonfler un peu parfois, ce qui n’est possible qu’après avoir monté chaque roue de la voiture sur cric ; en effet elle est si lourde qu’au bout d’un moment (à peine 3 bars) l’air
n’entre plus si la roue touche le sol. Pomper à la main, c’est long, et sportif, bon nombre d’enfants et de jeunes n’ont pas la force de presser sur la pompe ! C’est là qu’on voit les plus
musclés. Puis le nez sous le capot, vérification des niveaux, le meilleur d’éviter les pannes. Extraction de 20 litres de gas-oil, soit 2 seaux, du fut vers le réservoir afin de faire sans souci
l’aller et retour sur Bakouma. Regroupement du matériel comme le sac à outils, la machette, la pelle américaine. Puis après une rapide douche, réunion avec les membres des Foyers Chrétiens :
48 participants à cette journée essentiellement consacrée au renouvellement du bureau. Ainsi après avoir abordé divers sujets dont celui, toujours sensible, de la gestion des sous, on a procédé
au vote à expression secrète. Trop de membres ne sachant pas écrire, je me suis tenu devant le tableau noir tourné vers le mur, et ai reçu chaque membre afin qu’il me glisse au creux de l’oreille
le nom de celui qu’il veut voir élu à tel poste. On a ainsi fait 5 tours, un pour chaque poste du bureau, qui fut entièrement renouvelé. On a clôturé la rencontre autour d’un bon petit repas
servi dans l’église. 14h45, j’ai quitté Zacko avec 3 passagers ; en route, j’en ai embarqué qui rentraient des champs les bras et les têtes chargées des produits de la terre. Arrivé à
Bakouma, j’ai retrouvé Fulbert et Isaac. Max et Gaétan sont à Bangui pour plusieurs jours, et j’ai téléphoné à ce dernier une petite liste de courses à me faire : une rame de papier, de la
peinture à tableau, des bouteilles de bière (promis, ce sera pour après le carême !) 2 bougies spécial filtre à eau.
Soirée cool à la paroisse, notamment avec Stéphane, un Français qui travaille dans le pays pour répertorier le
faune, en ce qui concerne les gros animaux ; le but étant de voir où peuvent être installés des safaris, chasse et/ ou photos dans des zones où la population s’engage aux côtés des autorités
et des organisateurs pour préserver la faune qui vit ou transite dans ces lieux.
Ce samedi en matinée, bilan général de la formation avec nos élèves les catéchistes du diocèse; dans
l’ensemble, ils sont contents de ce qu’ils viennent de vivre, et qui a débuté il y a 1 mois ; ils ont aussi hâte de regagner leurs foyers ! C’est d’ailleurs pour cela que nous attendons
en soirée les abbés Benjamin, directeur du petit-séminaire, et Fidèle, Vicaire Général. Ils viennent avec leurs 4X4 respectifs afin de ramener sur Bangassou, après la messe de clôture prévue
demain dimanche, les catéchistes d’Ouango, Gambo, Niakari et Bangassou. Je repartirai de mon côté à Zacko avec les 6 de la paroisse, et d’autres passagers qui profitent de l’occasion pour voyager
gratis !
Il va être l’heure pour moi de me rendre chez AREVA, Régis m’attend ; je vais retrouver Tanguy qui, lors
de son congé, m’a acheté les pièces neuves destinées à rendre mon VTT comme neuf. Il a aussi joint 3 ballons, dont un fait déjà la joie des enfants de Kono !