Mercredi 17 juin 2009



Pour ceux qui ne le sauraient pas ou qui l'auraient oublié, Michel sera ce soir

MERCREDI 17 JUIN à 20h30 au CDP

pour une conférence sur le thème
"Au service de la mission universelle".

Seront également présents Hélène et Damien Martin-Prével qui ont passé deux ans en République Centrafricaine en tant que coopérants.


Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Lundi 18 mai 2009

Et oui, Michel est de retour pour quelques semaines! Depuis vendredi. Il est en pleine forme et même si le temps lui paraît bien frisquet il est heureux d'être de retour en Auvergne!
A peine 48 heures qu'il est là et il a déjà donné une conférence samedi soir dernier dans le cadre des fêtes du Port et  participé dimanche aux différentes célébrations toujours en lien avec les fêtes de Notre Dame du Port.
Et puis Michel nous a envoyé la suite de son carnet de bord - que nous attendions tous avec impatience depuis deux mois, mais qu'il ne pouvait nous faire parvenir n'ayant pas accès au net....
Alors bonne lecture!
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Lundi 18 mai 2009

CARNET DE BORD, chapitre 18

Dimanche 15 mars

            Le CD très éclectique offert par la mairie de Clermont tourne dans le lecteur. « Le son de l’Auvergne » –c’est son titre- est parvenu jusqu’au cœur de l’Afrique grâce à La Poste. Pas mal, dans l’ensemble, la production auvergnate, certains morceaux sont même bons ! Le CD était glissé dans le dernier colis contenant essentiellement des manuels scolaires de maternelle destinés aux formateurs des maitres et maitresses de jardins d’enfants. C’est sœur Blanca qui va être contente ! Elle trouvera ces documents à son retour de Zemio ; elle et sa consœur Claribel, accompagnées d’Hervé, ont quitté Bakouma pour assurer une semaine de formation auprès de ces mêmes enseignants travaillant avec les tout-petits.  Dans ce colis, de la crème de marron et, mois de février à Clermont oblige, un DVD de court-métrages. Youpi ! J’ai justement achevé la Saison 2 de Prison Break.

            La petite semaine à Bangassou fut passionnante, côté rencontre et formation tout d’abord : les deux jours de débat entre prêtres au sujet des sacrements furent vraiment intéressants. Nous étions 23 présents autour de l’évêque ; 23, c’est quasiment tout le monde, seuls 3 manquaient à l’appel. 23, c'est-à-dire 11 religieux (sur 12), de congrégations différentes, de nationalités différentes, et 12 prêtres diocésains (2 absents) de RCA, du Rwanda, et moi de France. On a bien entendu évoqué nos confrères en formation en Europe. Longs échanges sur nos pratiques pastorales, sur les situations auxquelles nous sommes confrontés, le poids de traditions, le gros problème de la dot dans le mariage, la compréhension des rites par les paroissiens, … nous avons beaucoup parlé, beaucoup écouté pendant ces deux jours ; l’évêque s’est situé en auditeur, prenant parfois la parole pour confirmer le cheminement des évêques de RCA ; l’abbé Martin, de Bakouma, nous éclairait, livre du Droit Canon –le Droit de l’Église- en main, toujours ouvert à la bonne page. Ce qui me laisse sur ma faim, c’est l’immense décalage que je ressens, et qui m’écartèle, entre la manière qu’ont les évêques du pays d’appliquer la règle de l’Église, et ce que j’ai connu sur ce sujet de la part des évêques de France. Je me suis souvent tu, quand le débat se concentrait par exemple sur les demandes de mariages de gens non confirmés ; ici, c’est impossible, sauf autorisation expresse de l’évêque, que ces gens-là aient accès au sacrement de mariage s’ils ne préparent pas simultanément celui de la confirmation. En France, les chemins sont autres. Ici, on répond en ouvrant le Droit de l’Église et le directoire des évêques de RCA, là-bas en France, il me semble que, loin de tout balayer, on écoute et accompagne les situations de chacun, de manière donc beaucoup moins formelle, mais me semble-t-il (et sans me poser en donneur de leçon), plus proche de ce que le Christ aurait dit, et/ou fait. 12 ans au service du diocèse de Clermont m’ont amené à vivre mon ministère avec des confrères ayant ce souci de ne pas enfermer les paroissiens dans des carcans, mais de les accompagner dans ce qu’ils vivent afin d’y enraciner le désir de vivre de l’Évangile. Ici, j’ai le sentiment qu’on vise à ce que les gens obéissent à la règle, dénuée de place pour l’accompagnement personnel. La venue ressente de Mgr Sarah, secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, révèle cette pression que met Le Vatican sur les Épiscopats africains. Ainsi lors de sa visite en RCA, la Propédeutique a dû mettre la clé sous la porte (en pleine année scolaire), certains évêques ont mis à pied quelques-uns de leurs abbés et se sont vus remis en place sur plusieurs sujets, notamment celui de la pastorale de ce qu’on appellerait en France « pastorale de proximité ». La règle, c’est la règle, pourrait-on lire entre les lignes. Moi dans tout ça, je suis un peu comme écartelé. Je sens bien que trop de fermeté ne nous permet pas, à nous prêtres, de vivre avec bon nombre de paroissiens un accompagnement personnel, puisque la réponse à leurs questions, à leurs situations, se trouve dans le Droit Canon. Seule une éventuelle autorisation de l’évêque peut lever telle interdiction. Le Vatican n’est-il pas plus sévère et exigeant avec l’Afrique (dernier continent où on peut encore être aussi strict ?) qu’avec le reste du monde ? Question de Congrégation peut-être, puisque celle de l’Évangélisation des Peuples ne s’occupe pas (pas encore ?) de l’Europe et des Amériques.

Pour moi, difficile d’aborder ce sujet-là avec les confrères en assemblée, parce que je ne voulais pas semer le bazar. Mais un tête à tête rapide avec Monseigneur m’a permis de lui partager ces questions. Il comprend, mais bien qu’Espagnol, il est maintenant d’ici, depuis le temps qu’il y vit. Il semble se faire à cette manière d’agir auprès des catholiques. Il dit parfois que le droit Canon peut faire des exceptions, en mentionnant par exemple : « sauf en terre de mission » ; je lui ai dit que ce que j’avais entendu lors de nos échanges différait tant de la pratique en France qu’on pourrait peut-être ajouter la mention : « sauf en terre de vieille chrétienté ». Derrière cette note quelque peu humoristique, il y a ma préoccupation à vivre une pastorale qui soit aussi celle de la croissance ; on ne tire pas sur les branches des arbres pour le faire grandir plus vite, mais on arrose le sol, afin que l’arbre se développe. Forcer quelqu’un au mariage alors qu’il est en route vers le baptême ou la confirmation ne me parait vraiment pas un bon moyen de faire découvrir et apprécier toute la richesse de ce sacrement. Ça j’en ai déjà parlé dans ce carnet, et je reste persuadé que le Droit Canon devrait être éclairé de l’esprit du Concile Vatican II.

Vendredi, longue matinée du Collège des Consulteurs ; Monseigneur voulait consulter son Conseil sur des sujets sensibles et complexes. La discrétion est de rigueur, il n’y a donc pas de publication de compte rendu. Mais une fois encore j’ai apprécié le sérieux avec lequel chacun des 6 prêtres a participé aux débats, pris position, conseillé l’évêque. Le déjeuner qui a suivi fut servi au petit séminaire, et Ana s’était mise en cuisine pour préparer de succulentes patates à la moutarde. Des vraies patates ! Hum ! A propos de repas, deux soirées chez Patrick et Marie-Do ont été l’occasion de revenir sur leur rencontre de coopérants à Bangui, sur tout un tas de sujets de la vie de l’Église, de parler de nos familles. Et bien entendu, on rigole bien, et le repas et les boissons sont à la hauteur de ces agapes !

 

LUNDI 16 MARS

 

Comme à chacun de mes séjours à Bangassou, je suis allé à la Maison Éric, où résident 5 lycéens de Bakouma et Zacko, sur lesquels Gaëtan et moi veillons. Les 2 de Zacko qui sont au collège technique « marchent » bien, très bien même, puisque Emmanuel est premier de sa classe, Frédéric est 6è, sur les 37 élèves de première année. Les 3 de Bakouma qui sont au lycée moderne marchent eux aussi pas mal, mais souffrent vraiment de la surpopulation scolaire : 220 dans une seule classe de 6è, Herman doit avoir du courage chaque jour, chaque heure de cours, vraiment. Notre échange a duré près d’une heure et demie, assis devant leur maison. Ils sont bien, nos petits gars ; ceux de Bakouma, contrairement à ceux de Zacko, ne sont pas beaucoup soutenus par leurs parents. Et ça les gêne, et ça ennuie Gaëtan qui ne sait pas trop comment « mettre la pression » pour que les parents versent la somme nécessaire à la bonne marche de la communauté de leurs enfants. J’ai donné ma contribution pour l’achat du pétrole permettant à la lampe d’éclairer leurs cahiers de devoirs. Autres jeunes rencontrés, les petits séminaristes, particulièrement ceux de Zacko et Bakouma, avec qui on échange sur ce qui se passe dans leurs paroisses, et qui partagent joies et soucis. J’apporte aussi du courrier, mais pas de boite de pâte d’arachide cette fois-ci, la saison touche à sa fin. J’ai remonté les bretelles de ceux qui ne travaillent pas beaucoup, comme Calvin, qui se paye un 2/20 minable en … instruction religieuse !!! Et puis deux rencontres en tête à tête, avec des séminaristes souhaitant confier leurs questions, leurs projets. Deux longs moments consacrés à écouter, à questionner, à encourager. Et à ma prochaine venue à B/SSOU, on poursuivra le dialogue.

Vendredi, Vermond et nos passagers avons quitté Bangassou à 16h seulement, parce qu’il me fallait impérativement envoyer un article par mail à l’Institution Ste Marie de Riom, et l’agenda de mon séjour en Auvergne ; or Internet était sans connexion le matin ; heureusement qu’à 15h30, c’était rétabli. Les mails, c’est un long temps de chacun de mes séjours, mais c’est toujours un bon moment ; parfois les nouvelles sont mauvaises, mais c’est ainsi, je ne peux fuir la réalité des amis et de la famille. Être loin apprend à gérer ce type de nouvelles autrement, et à réagir aussi autrement.

Bakouma samedi matin, rapide détour par Lengo, où je suis allé chercher les affaires que Charles avait laissé là-bas. Charles, c’est le formateur de l’AFI, l’alphabétisation des adultes qui débute ce lundi matin à Kono. On s’est arrêté dans le village situé à 12 km de Zacko pour présenter le formateur à ces élèves d’un âge parfois avancé. Puis j’y suis retourné le dimanche après-midi avec tout un tas de matériel comme le tableau noir, les livres, afin que ce matin, tout démarre normalement. Et ce matin, c’est en VTT que j’y suis encore retourné afin de faire un petit discours d’encouragement et d’assister aux premières minutes de cours. J’ai vraiment pris du plaisir à voir les visages de ces femmes et de ces hommes en train de tenir une craie pour la première fois, et dessiner dans l’espace les formes principales des lettres que sont le rond, le trait vertical, l’horizontal et les diagonaux. Charles est patient et souriant, ses élèves le suivent attentivement.

 

 

 

            MARDI 17 MARS

 

            Dimanche matin, messe au centre, dans une église comme à l’accoutumée plus que pleine. J’ai prêché sur les commandements (c’était le sujet du jour), insistant notamment sur le fait que Dieu développe à trois reprises le thème du vol ; en sango, l’adultère se dit : voler une femme. Ainsi, se succèdent trois expressions : « tu ne voleras pas », puis « tu ne voleras pas de femme », puis « tu ne voleras pas la femme de ton prochain » ; avec sérieux et humour, j’ai pu mettre l’accent sur ce fléau qu’est l’adultère, vu qu’en sango tout se dit de la même manière, quelque soit le vol commis. Un vol est un vol, et tous sont interdits. J’ai insisté ensuite sur le repos du dimanche. Il m’arrive en effet, lorsque je me rends à Bamara ou Kono en vélo, de surprendre certains de mes paroissiens, barre-à-mine à l’épaule ou fut vide sur la tête, en route pour le chantier ; l’imitation de l’effet de surprise a été un court temps de franc fou-rire ! En début d’après-midi, après le retour de Vermond de Bamara, c’est à mon tour de prendre la voiture, direction Kono, avec à mon bord Charles le formateur et Richard, son adjoint ; il y avait aussi deux cartons pleins à craquer de crayons de papier, de gommes, de taille-crayons (merci St Bruno !) de boites de craies, de cahiers double-lignes, de livres de lecture pour débutants. L’immense tableau noir, ainsi que la porte de la nouvelle maison de prière du groupe Légion de Marie de Kono étaient aussi de la partie. A 3 km de Kono, on a perdu la barre de direction … ! Heureusement que la vitesse n’est pas possible dans la région ! Mais ça fait une impression bizarre, quand vous tournez le volant, de sentir que la voiture ne vous obéit pas !!! Les freins ont répondu, eux !!! Pas de problème, 3 mn sous la voiture ont suffit, grâce aux sangles, à remettre le tout en place. Mieux qu’un bon whisky, notre voiture, puisque c’est une 16 ans d’âge… ! Mais il faudra changer la rotule avant droite. On est arrivé sans encombre à destination, et on a déchargé tout le matériel et laissé les enseignants prendre possession des lieux. Retour à la nuit tombée, et dès le lendemain, nouvelle visite à Kono, pour assister à la mise en route des cours pour adultes. 11 présents à la première matinée, c’est peu, mais ça va décoller lentement, vu que 42 personnes s’étaient inscrites. C’est à vélo que j’ai fait le trajet, et j’ai pris le temps, au retour, d’aller voir dans les zones de chantier les endroits où on peut trouver du bon sable pour poursuivre les travaux. Ce fut un des sujets du conseil paroissial qui s’est tenu dans l’après-midi, et qui s’est terminé à la nuit tombée, vu le nombre de thèmes abordés.  Côté projet Orphelins, Alfred, qui était pressenti pour ce poste par Vermond et moi, s’est finalement désisté. Dommage, il était surement l’homme le plus à même de suivre cette aventure. On va rechercher quelqu’un d’autre qui soit compétent dans ce domaine, sans tarder maintenant, Ana voulant nous rendre visite après Pâques pour voir l’évolution du projet et former les acteurs. En soirée, j’ai commencé à visionner le DVD des court-métrages ; c’est aussi varié qu’une séance à Clermont ; y a du bon, et du moins bon dans ce que j’ai vu après le diner pendant 1h30 avec Hugor, Ibrahim et Melvin.

Ce matin, nouvelle virée dans le secteur : je suis allé au rendez-vous fixé avec les catéchistes de la route du Nord. A 6h10, j’ai quitté le centre ville pour arriver 1h05 plus tard à Bamara, où j’ai retrouvé Joseph, Maurice et Augustin, catéchistes du lieu, et Jules qui arrivait de Yanguchi ; on a attendu Ferdinand qui espérait que je l’emmènerais en voiture à mon passage à Yanguhoda ; il a été bien déçu de me voir arriver en vélo !!! A propos du vélo, les Servants l’ont baptisé « auto ti kyon », ce qui veut dire « l’auto de l’égoïste ». Ma réputation de bonté dans l’aide au transport des personnes est mise à mal !!!! Retour sur les choses sérieuses qui furent au centre de notre rencontre qui a duré toute la matinée ; il s’agissait essentiellement de préparer le programme de la Semaine Sainte, que je vais vivre au milieu d’eux. Résidant pendant 6 jours à Bamara, je serai au plus près des trois communautés de ce secteur, circulant (à vélo !) de l’une à l’autre afin d’assurer ça et là une catéchèse, une rencontre de baptême, un temps de confession, … On a ensemble précisé tout un tas de choses, et chacun en a été satisfait. On a ensuite abordé divers points dont l’accompagnement des catéchumènes, les célébrations du dimanche, les relations (parfois tendues) avec les conseils des chapelles. Le café avant, accompagné de beignets, puis après le travail la boule de manioc accompagnée de friture, ces petits poissons grillés qu’on avale tout entiers (cf. Chateauneuf-les-Bains !) ont été de bons moments de partage et de rire. Au retour, arrêt à Fungu pour près de 45 mn de Thalasso « à ma façon » ; en plus, il n’y avait que deux autres personnes, j’ai pu m’échouer longuement dans l’eau bouillante, protégé du soleil grâce à l’ombre du rônier tout proche. Depuis mon arrivée à la maison, ça n’a pas arrêté 5 mn ! Tout y est passé, ou presque : de la plaie purulente à la main qu’il me fallait soigner en urgence (j’ai envoyé le jeune homme au centre de santé) à la vente d’or (je refuse toujours et encore) en passant par l’achat de planches pour le mobilier de l’école (là, j’ai accepté !), sans oublier les larmes d’un CM2 qu’un enseignant a trop frappé avec l’ex courroie de distribution, les demandes d’argent pour je ne sais plus trop quoi (j’ai refusé), et la tondeuse que j’ai utilisée pour raser la tête de Médard après que son maitre d’école se soit acharné avec une lame de rasoir (pas neuve… !!!) pour lui faire comprendre qu’il devait venir en cours avec des cheveux plus courts, rien ou presque ne m’a été épargné, alors que j’aspirais vraiment au calme. Bon, certains lecteurs vont sourire, d’autres s’interroger, sur les méthodes employées à l’école notamment. Et bien c’est tant mieux, c’est ça, mon paysage, LE paysage quotidien.

A propos de pays, quel ne fut pas mon étonnement hier en arrivant à Kono de voir dressée au milieu de la piste à l’entrée Sud du village, une barrière de gendarmerie. Ce matin, même chose à Bamara, à l’entrée Nord, devant l’église. Poussé par la curiosité, j’ai demandé à ces deux gendarmes bien armés de Zacko ce qu’ils faisaient là. Tout d’abord, ils m’ont expliqué qu’ils étaient là par ordre de l’État Major, afin de surveiller les va et vient d’armes dans tout le pays. « On est là pour vous protéger des rebelles qui ne respectent pas le cessez-le-feu ». Comme si les soi-disant rebelles allaient se balader dans le pays par les voies de circulation. Et d’ailleurs, si un groupe armé débarque à Bamara, devinez qui va courir le plus vite et s’enfuir en premier???!!! Je leur ai demandé leur ordre de mission, et ce qu’ils m’ont donné m’aurait fait partir dans un énôôôôôôrme éclat de rire, si je n’avais crains un incident diplomatique. Envoyé par l’État Major des armées, le document dactylographié daté du 30 janvier stipule qu’ordre est donné d’ériger des barrières afin de contrôler les véhicules dont les plaques d’immatriculation sont non conformes ; de faire baisser les vitres des véhicules qui les ont teintées, afin de bien voir les passagers ; de contrôler les papiers des véhicules. Point Final. J’ai dit mon étonnement qu’à partir d’un tel écrit, on fasse autant de tracasseries aux cyclistes. Alors l’un des gendarmes a amené ensuite un deuxième document, manuscrit, émanant du Chef de Brigade de Zacko, disant de contrôler tout chargement, ainsi que les pièces afférentes au … vélo ! On est loin de la missive de l’Etat Major ! Et on érige donc ces barrières qui permettent quoi ???? Et bien le racket, tout simplement. Les trafiquants qui circulent se voient dans l’obligation de payer un droit de passage de 300 F à 500 F, sous peine de se voir dessaisis de leurs marchandises ou de leur vélo. Et qui empoche ?? Inutile de l’écrire … A Bamara, ce que j’ai vu m’a d’autant plus révolté que les deux chefs de villages sont complices de la chose : en effet, ils restent à tour de rôle auprès des deux gendarmes afin que les cyclistes qui sont connus du coin puissent passer sans payer. A eux, je me suis permis de dire que, quand on porte le beau nom de République, cela implique, entre autre, la libre circulation des personnes et des biens. En temps qu’élu du peuple, ils devraient être au service de tous.

Vraiment, une fois de plus, ce sont les pauvres et les petits qui trinquent. Quand va-t-on sortir de cette logique infernale qui est doublée de la peur de rebelles qui se transforme en peur de toute personne inconnue arrivant dans votre village ? Tout étranger devient suspect, tout trafiquant est soupçonné de transporter des armes. Pauvre démocratie … et dire qu’on est à un an des prochaines élections présidentielles, législatives, et peut-être même municipales.

 

            MARDI 24 MARS, 15h30

 

            Que d’évènements depuis une semaine ! Je rentre en effet d’une tournée dans les chapelles situées au Sud ; je vais y revenir ensuite. Les deux journées vécues à Zacko furent consacrées à préparer et vivre la prière de jeudi après-midi à l’église, dans le cadre de la semaine de Caritas Centrafrique. Mercredi après-midi, on a mis au point un déroulement qui a donné lieu à une rencontre le lendemain, qui fut sympathique : alternance de chants, de prises de paroles - catéchèse de ma part sur Matthieu 25,31 – 46 ; 1 Corinthiens 13, 13 – histoire de Saint-Vincent de Paul, … puis prière à partir de Mt 5, 13-16, une lampe allumée et du sel ayant été déposés sur l’autel. 80 personnes de tous âges se sont ainsi rassemblées en cette fin de journée. J’ai bien aimé ce temps plutôt inédit ici, et qui a été apprécié. Vermond m’a dit ce midi que le repas de dimanche servi aux pauvres a eu du succès, et il en restait encore après que tout le monde fut servi ; une vraie multiplication des pains ! Nombre de pauvres sont repartis avec une gamelle pleine pour le soir. J’aurai un compte rendu un de ces jours.

Retour su mercredi après le déjeuner : j’ai reçu un billet d’invitation à participer à un repas offert par les heureux gagnants du tournoi de foot des enfants, organisé par un jeune footballeur du club Tempête Mocaf (du nom de la bière locale). Pierre avait lancé des inscriptions pour ce tournoi, et ça s’est mis en place petit à petit. Puis après les entrainements et les éliminatoires, on est arrivé à la finale. L’équipe dans laquelle évoluait Hugor, Richard, Grâce à Dieu et d’autres (l’équipe de France…) a remporté ce tournoi face au Cameroun, ce qui a amené Mahamat et ses copains à pleurer de déception. Repas donc, chez le capitaine Valentin, derrière le marché central. L’équipe au complet avait invité Pierre, Wasty le directeur de l’école, et le curé, sponsor du tournoi (le ballon, la pompe, les drapeaux des corners) et naturellement président d’honneur de l’équipe de France ; remarque, je l’étais aussi pour celle du Cameroun, ce qui m’amenait à payer les droits des matchs des deux équipes, à raison de 50 FCFA par match, soit 7 centimes d’€uro… J’aime ces moments au quartier, où règne une bonne ambiance ; j’aime m’y assoir pour partager des moments simples autour d’un repas, discuter de tout et de rien, sous les yeux ébahis de bon nombre de gens qui passent. J’avais amené chez Valentin deux bidons de 5 litres d’eau glacé, dans lesquels j’ai versé du jus en poudre. C’est une vraie joie pour eux de boire des jus de fruit, et glacé en plus.

Jeudi matin, alors que je comptais avoir du temps calme pour travailler à mon bureau, voilà que plusieurs élèves arrivent, la tête basse. Il est 8h15. Que se passe-t-il ? Et bien ils ont été renvoyés de l’école parce que leurs parents n’ont pas payé les frais de scolarité. Ces CM1 et CM2 subissent la mauvaise volonté de leurs parents. J’insiste sur ce point : les parents de ces enfants travaillent, ou peuvent le faire, et ainsi économiser petit à petit la somme nécessaire pour que leurs enfants soient scolarisés. Mais voilà, « y a pas d’argent » répondent-ils invariablement quand je les aborde sur ce sujet. Ce qui est loin d’être vrai, bien entendu. Alors, que faire  dans l’immédiat tout d’abord, puis à plus long terme ? Pour la deuxième étape de ma réflexion, pas d’idée. Pour résoudre rapidement la première question, j’ai proposé aux enfants de faire un petit travail pendant la matinée. Ils ont été immédiatement d’accord et sont partis, armés de pioches et de machettes, nettoyer le chemin d’accès au bloc opératoire, ceci jusqu’à midi. Ils y ont mis tout leur cœur. En fin de matinée, j’ai porté au directeur 5 fois 1000 FCFA afin que les 5 garçons puissent reprendre les cours dès l’après-midi. 1000 FCFA, c’est bien insuffisant, puisque la somme totale s’élève à 2600 Francs. Mais je ne suis pas le père ni la mère de tous ces petits. Les enfants qui travaillent pour payer leur scolarité. Perso, ça me gêne vraiment. Les parents sont aux abonnés absents, alors qu’ils doivent, c’est obligatoire et inscrit dans la loi de RCA, inscrire leurs enfants à l’école primaire. Peut-être certains parents attendent-ils que je paye, tout simplement ; alors je suis tombé dans le panneau ; sauf que je les connais, ces petits, leurs petits, ils ont vraiment soif d’apprendre à lire, à compter, à parler français. Alors que faire à plus long terme ???

Vendredi aux aurores, j’ai bouclé mon sac à dos et l’ai chargé dans mon grand panier, ainsi que le duvet, la moustiquaire, le K-way, la boite contenant le minimum pour la messe, et quelques bricoles religieuses à vendre. 6h10, je quitte la maison, après avoir salué les Servants, alors que Vermond a commencé à célébrer l’eucharistie à l’église, et je prends résolument la route en direction du Sud.

 

            DIMANCHE 29 MARS, 19h05

 

Que de retard accumulé !!!!

Pour me donner du courage, je viens de déguster un excellent aligot accompagné de l’excellent saucisson de chez Charcuterie Lassalas (avis aux connaisseurs !). Ne voulant manger cela tout seul, j’ai invité deux servants d’autel prénommés Armando et Mahamat. « Le repas des Blancs » comme ils ont aimé à le répéter, les a ravis. Et moi de même. C’est une soirée qui conclut une journée consacrée aux 25 servants d’autel de Zacko. Ce matin, Gina, une proche voisine, nous a préparé une grande quantité de boule de manioc accompagnée de viande et de coco (prononcer coco avec l’accent des Bisontins, le o de vélo, c'est-à-dire avec le o très ouvert … !). Après la messe, on s’est retrouvé sous les grands arbres de l’espace privé des prêtres, en arrière de la maison ; Vermond rentrait de Kono avec trois servants, et on est passé à table avec leur chef, le catéchiste Jolys. À l’issu du déjeuner, j’ai partagé les buchettes de sirop Teisseire envoyées par François, le servant de Clermont venu leur rendre visite en août dernier… J’ai offert les 19 balles de tennis et des porte-clés trouvés dans divers colis. Ils sont contents de ces petits cadeaux. J’ai ensuite sorti l’ordi et projeté un film emprunté à Issa, un des gérants de salle vidéo avec qui on fait des échanges de DVD. Le DVD apporté par les jeunes contient plusieurs films japonais de combat plus ou moins forts, plus ou moins drôles. Ils ont voulu voir ensemble « Taïchi foot », l’histoire d’amateurs de foot qui capturent des forces pour gagner les matchs. Les forces surhumaines, les jeunes en connaissent un rayon ! De plus, c’est assez dans leur culture, ces histoires de forces que des hommes peuvent obtenir et qui leurs donnent des pouvoirs spéciaux. Comme certains avaient déjà vu le film ici ou chez Issa, ils racontaient l’histoire en avance, ce qui fait qu’il n’y a pas besoin du son !!! C’est un côté sympa de plus dans ces retrouvailles avant d’entrer dans la Semaine Sainte. Fin de journée autour du ballon de foot (normal !) puis retour de la troupe à la maison à la nuit tombée. Ce matin, beaucoup de monde à la messe, mais une quête petite en valeur ; les temps sont durs. J’ai harangué la foule sur le verset 26 du chapitre 12 de l’évangile de Jean lu aujourd’hui. Qui veut vraiment suivre le Christ doit le vivre concrètement, et chaque jour. Quels exemples ai-je pris ? Et bien lorsque je pars à la rivière laver mes habits, pourquoi ne pas prendre en passant ceux d’un pauvre du quartier ? Quand je ramène du bois pour la cuisine, pourquoi ne pas en déposer au pauvre qui est mon voisin ? Rentrant du chantier, je peux prendre là encore du bois de cuisine et l’apporter à un nécessiteux. J’ai balayé chez moi ; et pourquoi ne pas le faire chez le voisin handicapé ? Ces petits exemples concrets sont vraiment parlants. Il reste deux semaines avant de fêter Pâques, il est encore temps pour bien faire.

Retour donc sur mon séjour hors des murs de Zacko : mon périple pour Mbago m’a conduit d’abord à Kpangou. Arrivé là à 8h45, j’ai travaillé pendant 2 heures avec les deux catéchistes ; on a fait le point sur la vie de la communauté, les catéchumènes, la présidence des rencontres du dimanche ; puis j’ai consacré une heure environ aux membres du conseil de la communauté. Il y a un réel problème avec le président dûment élu : il n’est quasiment jamais là ; j’ai proposé que le vice président, qui fait tout le travail, devienne le président. Il faut que la communauté se prononce ; je verrai ce qu’il en est lors de mon séjour au milieu d’eux dans quelques jours. Un constat demeure : Kpangou se vide de sa population. Nombre de gens sont allés s’installer à Kono, d’autres à Bamara, où il y a du travail et surtout des gens qui les payent ; c’est ça le problème de Kpangou : il y a du travail, des diamants, mais pas d’investisseur. Même difficulté 18 km plus au Sud à Mbago, que j’ai rejoint à 16h. Le village semble quand même plus actif, et Abou y vient depuis Zacko régulièrement pour payer des gens qui travaillent dans ses chantiers. La communauté catholique est forte de ses 45 membres dans un village qui compte à peine 100 habitants. 4 nouveaux petits catholiques sont venus grossir les rangs, puisqu’ils ont reçu le baptême de mes mains le dimanche matin au cours de la messe célébrée dans une chapelle toute neuve. Les termites ayant eu raison de la précédente, tout le monde s’est mis au travail, en l’absence du catéchiste envoyé en formation à Ouango, et tout fut rebâti en un temps record. Les trois poteaux principaux de l’armature sont des troncs d’arbres ! Les termites n’ont qu’à bien se tenir. Ce séjour à Mbago m’a permis de mieux connaitre les membres de la communauté ; j’ai là aussi pris le temps de discuter avec les catéchistes qui font un bon travail d’animation des assemblées du dimanche. J’ai aussi profité du calme des lieux, devant « ma » case sous « ma » paillotte. Du calme, enfin, loin du tumulte permanent de Zacko.

Dimanche 14h, je quitte Mbago pour Bakouma ; 28 km dont 13 entre sous-bois très sombres et humides et surfaces de roches ou le soleil tape vraiment fort. Le centre du continent africain dans toute sa splendeur et ses contrastes. Les 15 derniers km sont plus faciles, puisqu’AREVA étend son domaine de prospection et crée des chemins à coup de bulldozer, chemins ouverts au public. Mon arrivée à Bakouma a été un peu comme qui dirait une gaffe ; mais que voulez-vous, je ne savais rien, sortant de la brousse profonde ! Voilà le souci : le sous-préfet (enfin, celui qui faisait office de) était mort la veille à Bangui. Ne le sachant pas, et arrivant devant sa maison (c’est la première maison qu’on rencontre quand on coupe à vélo sur les pistes qui courent à travers les champs) je salue tout le monde avec ma bonhommie habituelle (Balala kwe !), joyeux d’arriver à destination. Et là flop : pas un mot ou presque. C’est alors que je m’aperçois qu’il y a vraiment beaucoup de monde devant la maison et à l’ombre des manguiers tout proches. Gros malaise, pensez-vous ! Une femme vient à mon aide, alors que j’ai franchement ralenti le rythme de ma course, et m’annonce la triste nouvelle. Flop. Je m’éclipse rapidement et rejoins la paroisse, où je trouve Gaëtan Kabasha et Martin Modoué, les abbés de ces lieux. Les enfants et jeunes qui me voient passer me suivent et font la course avec moi (devinez qui c’est qui a gagné ?!). Il y a toujours beaucoup d’étonnement à me voir sur mon VTT customisé à l’africaine pour les circonstances pastorales : ajout du porte-bagages surmonté d’un gros panier en osier placé perpendiculairement et me permettant de transporter tout mon barda. Douche et repos au programme, ainsi que quelques coups de fil pendant ce séjour de moins de 48 heures. Lundi, matinée consacrée à mettre au point avec Gaëtan la formation des catéchistes dont nous serons les pilotes, et qui se déroulera du 20 au 26 avril. Après midi cool, et changement du pneu avant du VTT. Ayant près de 3000 km au compteur (Gilles, c’est beaucoup ou peu pour un pneu Michelin de VTT ?) il se trouve qu’il est fendu à jusque dans l’intérieur, comme déchiré. Les tout petits cailloux et autres petites épines prenant un malin plaisir à y rentrer et à perforer la chambre à air, j’ai préférer faire l’échange et conserver la chambre à air ayant adopté déjà 5 rustines. Je regarde la télé et découvre bien attristé la polémique autour des déclarations du Pape lors de son voyage au Cameroun et en Angola. Comme d’hab à la télé, on nous bombarde d’extraits si courts qu’on ne connait pas le fil de la pensée de celui qui est interviewé. Comme d’hab à la télé, on pense que le Pape est venu faire un show et rameuter « ses » foules afin de faire nombre et engranger encore du succès telle une star. La conclusion du journaliste de France2 était navrante : « le Pape est venu pour vérifier sa popularité ; et bien, c’est raté » (un truc à peu près comme ça). Encore une poule qui a trouvé une clé, ce journaliste-là parti se faire bronzer sur les plages de Luanda, la capitale de l’Angola. Cela dit, je pense que si chaque fois qu’un Pape vient sur ce continent et qu’il commence son séjour par ce type de discours martelant le refus de l’usage du préservatif (Jean-Paul II avait fait de même entre autre au Rwanda, c’était en 1990…), c’est une bien piètre image de l’Afrique qu’il renvoie au Monde ; et là je ne partage la manière de faire. Tant de belles choses naissent un peu partout ici qu’il pourrait y avoir de l’espérance dans des propos de début de séjour. En matière de sexualité, c’est évident qu’il y a beaucoup à dire, notamment au sujet de ce qui se vit ici en Centrafrique. Mais faut-il aborder cela dans de longs discours diffusés au Monde ? L’expansion du SIDA est un fléau qu’on ne peut combattre ici et aujourd’hui seulement en prônant la fidélité et l’abstinence, et en interdisant purement et simplement l’usage du préservatif. Le travail des consciences, l’évolution des mentalités, c’est un travail si long ! En attendant, la maladie continue sa progression parfois rapide dans les familles, les quartiers, les villages. L’éveil des consciences à un mieux-être dans les rapports humains en général se heurte à des habitudes ancestrales, dans cette société centrafricaine où, en province, la femme est soumise, et cela quelque soit son âge, et quelque soit l’ethnie dont on étudie les mœurs. Dans un pays où la polygamie est l’habitude, même chez de nombreux catholiques pratiquants (qui certes n’ont pas accès aux sacrements) et où le fait de fréquenter une fille fait qu’on va avoir sa famille sur le dos plus rapidement que prévu avec obligation d’acheter (c’est le terme exact en sango) ladite fille, ce qui revient à un mariage forcé, pour les deux parties d’ailleurs ( !), la monogamie et la fidélité sont quasi hors sujet aujourd’hui. Voilà ce que m’inspirent les propos entendus à la télé.

Mardi matin 5h35 : je franchi (en passant par-dessous, « ils » n’étaient pas réveillés !) la barrière de gendarmerie sauvagement installée afin de taxer encore les moins riches du pays. (Lire ci-dessus.) Il fait frais, j’en profite pour pédaler gaillardement et rejoins Kono à 9h45. Je passe un temps auprès des adultes devenus élèves, puis arrive à la maison à 11h.

 

JEUDI 2 AVRIL, 20h40

 

            Reprise de la rédaction ; je crois que ça n’a jamais été compliqué pour moi de rédiger ces pages, qui m’aident pourtant à relire ce que je vis, à prier aussi, et enfin à communiquer avec tant de gens au moment même où je rédige, en attendant de pouvoir les envoyer. Mardi 24 mars fut donc placé sous le signe du repos, la réunion de préparation de la retraite de vendredi ayant été remise au jeudi. J’en ai profité pour ranger mes affaires, aller m’allonger dans l’eau chaude de Fungu, et recevoir diverses personnes, dont pas mal d’enfants et de jeunes, heureux de me voir revenu et avides de savoir comment s’était passé mon séjour.

Mercredi, c’était le 25 mars, fête de l’Annonciation, et par la même occasion celle de mon anniversaire. Bon, côté moral, OK, beaucoup de joie à offrir une bonne bouillie accompagnée de beignets aux participants de la messe du matin, 25 personnes environ. Une manière toute simple de partager ma joie. En matinée, musique et envie de balade, mais voilà que l’orage menace. Il n’a pas plu depuis longtemps, ce sera d’ailleurs le seul jour de pluie de cette période. Mais il a plu, beaucoup, et à plusieurs reprises au long de la journée. Le projet de film est donc tombé à … l’eau. Mais les enfants ont eu droit à des bonbons. Déjeuner et diner africains avec Vermond ; je me suis fait plaisir en dégustant quelques bonnes petites boites de produits français trouvés dans les colis. Le lendemain jeudi, retour à la réalité pastorale : réunion le matin jusqu’à 13h avec les délégués des chorales de la paroisse, puis à 15h avec les responsables de la Légion de Marie pour la réco du vendredi. Vers 16h45, alors que j’avais achevé la préparation du lendemain et installé le film, le beau temps étant revenu, je me suis fait prendre à partie par le président de l’APE du jardin d’enfants (école catholique). Il était fâché à mon sujet –je ne l’avais pas reçu assez vite et comme il le souhaitait—s’en est suivi de sa part une bordée d’insultes auxquelles je n’ai pas répliqué, me contentant d’élever très très fortement la voix et le priant de quitter les lieux. Il a levé la main sur moi et s’est retenu de justesse, impressionné par le nombre de gens qui avaient accouru. « Et voici, mesdames et messieurs, un des signes visibles des ravages de l’alcool » (voir à ce sujet précis le Carnet au 8/12/2008) Ma patience a des limites. Ces limites ont été visibles. Ce que je ne mesurais pas, c’est l’impact que cette toute petite histoire, ce fait mineur a eu dans les quartiers. La nouvelle a fait le tour de la ville dans la soirée, et c’est l’indignation qui a dominé. Comment un responsable, saoul de surcroit, ose-t-il se présenter chez l’abbé, et en plus lever la main sur lui ? En sango, l’expression en provenance des USA et qui domine, lorsqu’on parle des abbés, des pasteurs, c’est « boy ti Nzapa ». (Nzapa, c’est Dieu). Notre abbé, c’est un boy ti Nzapa, comment peut-on lui faire une chose pareille ? Les conseillers de l’église ont convoqué le monsieur en question hier 1er avril afin de mettre les choses au clair. À mon avis, tout ce qu’il a dit faisait ressortir qu’il est parfait, irremplaçable, incontournable, et que c’est moi qui ai fait un esclandre non fondé. Non, je n’étais vraiment pas heureux hier en fin de journée de me retrouver en face de lui ; d’autant qu’il a été agressif avec tout le monde. Mais bon, pour calmer les évènements et passer à autre chose, il fallait le faire. Les conseillers présents ont été calmes, mais peu enclins à lui secouer les puces. Tant pis, tant mieux, ça n’a pas d’importance. On verra ce que l’avenir nous réserve.

La journée de vendredi 27 mars fut consacrée à la réco des Légionnaires. Assistance nombreuse et priante, composée de femmes et d’hommes engagés dans ce grand mouvement de l’Église Catholique en RCA. Ce que j’aime avec ce mouvement, c’est qu’on rencontre parmi toutes ces femmes, quelques-unes qui savent lire et écrire. Alors les carrefours, les mises en communs prennent une autre tournure, puisque la prise de parole pour le compte rendu n’est plus réservée aux voix masculines. Temps de confession le matin avant le lancement de la journée, et en début d’aprèm ; chapelet, méditation, partage d’évangile, enseignement, adoration, chemin de croix, bouillie partagée (c’est jour de jeûne), tous les ingrédients étaient réunis pour vivre une bonne journée. À 16h30, en voiture pour fungu avec les Servants et autres garçons venus au chemin de croix. La source chaude est à l’ombre des rôniers, c’est vraiment agréable.

Samedi, j’ai consacré ma matinée aux 5 CM2 candidats au concours d’entrée au petit séminaire. Au menu, dictée, grammaire, puis calcul et problèmes de math. Le plus difficile en math pour ces gars, c’est de comprendre la consigne, ce qu’on leur demande exactement. Mais avec patience, on y arrive, ils y arrivent !

Après la sieste, réunion avec Caritas et St-Vincent-de-Paul, afin de faire le point sur la journée des pauvres qui avait eu lieu le dimanche précédent, alors que j’étais à Mbago. Point négatif, les luttes de pouvoir, qui ont amené les responsables des deux mouvements à se « crêper le chignon » pendant et après la fête. Points positifs nombreux ! Les visites du samedi matin dans les quartiers ont réuni près de 100 paroissiens motivés, désireux de servir les plus pauvres en apportant de quoi manger, en venant faire la lessive, puiser de l’eau ; le repas du dimanche après la messe, servi à plus de 150 personnes pauvres, était si copieux que chacun est reparti avec sa gamelle pleine pour le soir et le lendemain ! C’est le miracle au bord du lac, remixé à Zacko ! Je suis personnellement content que ça se soit bien passé dans l’ensemble, et sans ma présence. C’est bon signe, et en plus les acteurs des deux mouvements sont près à remettre cela, un de ces jours.

Dimanche matin, messe précédée de confessions. Beaucoup de gens, beaucoup de pièces à la quête, comme d’habitude ; mais là, grosse surprise, une somme diminuée presque d’un tiers par rapport à l’habitude. L’argent manque dans les foyers, c’est clair.

Journée de lundi cool, avec pas mal de travail perso, notamment la confection de dossiers permettant de lire la Passion du Christ lors du jour des Rameaux. Avec les moyens du bord, j’ai réalisé 8 livrets permettant aux lecteurs de bien proclamer les chapitres à lire lors de cette messe. Soirée film, avec John Travolta et Nicolas Cage dans « Volte-face ». Mardi, matinée consacrée à la retraite du Renouveau charismatique. Puis à 11h30 sont arrivés Barthélémy (le chauffeur de Monseigneur) sans son patron mais avec Laura, la nièce du patron (!) venue d’Espagne afin de passer trois mois à Bangassou et participer entre autre à la mise en place de la nouvelle comptabilité de la Procure. Simple visite, mais ô combien sympathique. Barthélémy a réparé la transmission de la voiture en changeant la rotule mangée par les ans. Après le déjeuner, j’ai emmené Laura faire un tour à pied dans la ville, puis ils sont repartis pour Bakouma. Dans la voiture, il y avait ce matin là l’un des petits séminaristes Calvin, qui a profité de cette occasion pour nous rejoindre ; Odilon et Innocent étaient arrivés samedi soir grâce à d’autres occasions. Tous les trois sont heureux de retrouver la famille et les amis, avant d’attaquer le troisième trimestre.

Hier et aujourd’hui, suite du travail au bureau, entre visites d’enfants et d’adultes. J’ai profité du retour de Monsieur le Maire (en réalité l’adjoint du centre secondaire de Zacko, comme on dit ici) pour lui rendre visite ; on a discuté adduction d’eau, et on a pris rendez-vous pour lundi, afin d’aller à la source de Gonda voir ce qu’il est possible de faire pour creuser le canal dans lequel on enterrera le tuyau.

Ce soir, le séminariste stagiaire de la cathédrale Blaise Kpangou est arrivé, pour vivre Pâques avec nous ici. c’est sympa d’accueillir un visage connu pour cette période !

 

DIMANCHE 5 AVRIL, 18h20

 

Me voici frais et dispo devant mon ordi ; il y a à peine 45 minutes que je suis rentré de Kpangou, ce village situé à 27 km et où je viens de passer deux jours. Arrivée ric-rac avant la tombée de la nuit. J’ai pu, après avoir vidé le panier fixé au porte-bagages, m’assoir dans un fauteuil et assister au coucher du soleil, un grand verre de sirop de menthe bien froid à la main. La douche, comme toujours avec un seau d’à peine 10 litres d’eau chauffé par le soleil de ce jour, m’a fait le plus grand bien. J’ai allumé le lecteur CD et écoute « Toi et Moi », de Grégoire ; reposant et agréable, tant au niveau texte qu’au plan musical.

Vendredi matin consacré à la retraite ayant comme public les membres du mouvement Foyers Chrétiens et ceux du Conseil Paroissial. Ces deux groupes sont composés de gens qui se connaissent bien et qui n’hésitent pas à poser des questions, après chaque enseignement ou exposé. Alors le timing n’est plus respecté, ce qui interroge ceux avec qui j’avais préparé, mais qui ne me gêne personnellement pas du tout. C’est à leur demande que j’ai pris du temps au sujet des 40 jours de Jésus au désert, et de là sont parties tout un tas de questions au sujet du mal, de l’esprit du mal, des esprits mauvais. C’est tellement prégnant dans la culture qu’il m’a fallu m’y attarder pour guider mes paroissiens vers moins de peur, et donc davantage de liberté. Je pense que c’est un des problèmes de fond, et auquel l’Évangile apporte une réponse vraiment originale : chasser les peurs de toutes sortes et faire entrer dans l’espérance. Christ victorieux du Mal, des maux, ce ne sont pas que des mots !

À 13h15, je laissais Vermond et Blaise à leur repas (léger, c’est vendredi) pour partir en VTT à Kpangou. La chaleur était lourde, j’ai d’ailleurs bu plus d’un litre et demi (d’eau !) pendant les 2h15 de trajet. Je suis arrivé à destination sans encombre à 15h20, et 5 minutes plus tard, c’est l’orage qui commençait ; la pluie, fine puis plus dense, était accompagnée d’éclairs et de roulements de tonnerre. J’ai participé avec les voisins à l’installation des panneaux en herbe permettant de fermer l’espace douche tout proche de la maison où j’allais séjourner. La pluie quasi tiède après plus de deux heures sous la chaleur, que c’est agréable. Mais le seau d’eau très chaude préparée par Clarisse, l’épouse de Nestor, c’est le top du top ! Vers 16h30, fin de la pluie, début du chemin de Croix. À mon passage il y a deux semaines, lorsque je me suis rendu à Mbago, j’avais demandé que les paroissiens viennent avec une croix de bois, afin de vivre ensemble ce moment de prière. Ce qui fut dit fut fait. C’était une belle halte de prière, ce moment partagé avec une trentaine de personnes de toutes générations, les lettrés lisant à tour de rôle les différents textes des 14 étapes vécues comme un petit pèlerinage autour de l’église. La nuit était tombée lorsque nous avons fini, et après le diner, je me suis rapidement glissé dans mon sac de couchage léger, à l’abri sous la moustiquaire. Réveil en douceur samedi matin, et café accompagné d’un gros beignet ressemblant davantage à du pain ; manquait la confiture, ou le Nutella ! De 8h à 13h, j’ai animé à l’église ce qui ressemble à une petite retraite, reprenant le schéma proposé la veille à Zacko ; là aussi, beaucoup de questions, avec une assistante pourtant bien moins nombreuse : 15 personnes, bien motivées, et se connaissant bien ; c’est l’avantage de la vie de village. À 10h30, pause omelette et recafé, parfumé comme le matin avec cette plante qui en brise l’amertume, et dont je n’arrive pas à retrouver le nom en français. À 13h, repas pris en commun dans l’église, puis chacun est rentré chez soi. Après midi consacré à la rencontre du Conseil, renouvelé suite à ce que j’avais entendu lors de ma précédente visite. Tout le monde a l’air heureux du nouveau bureau. Soirée sous la paillotte, avec entre autre de longues discussions avec les deux catéchistes Nestor et Benjamin, au sujet de la Bible, notamment les personnages de l’Ancien Testament, et les liens que fait Jésus avec Noé, Moïse, Abraham,…

Ce matin, jour de fête à Kpangou, puisque c’est la messe des Rameaux. 31 adultes et jeunes, et une 15è d’enfants forment un cortège en brandissant leurs Rameaux. Le catéchiste introduit la célébration, rappelant qu’il n’y pas de raison d’avoir honte de traverser le village en chantant la gloire du Christ. Quelle fête ! Départ du terrain de foot, descente dans le village côté Est, arrivée en bas vers la rivière, puis remontée par l’autre côté jusqu’à l’église, le tout en chantant, les femmes jetant des longs pagnes sous mes pieds au fur et à mesure de notre avancée à travers le village. Il ne manquait que l’âne. (À moins que… !) Une fois la procession terminée, la messe s’est poursuivie, avec entre autre la lecture de la Passion, qui fut très bien faite. En fin de célébration, j’ai béni successivement les nouveaux bureaux des différentes équipes : celui du Conseil bien entendu, ainsi que ceux de la Légion de Marie et de la Chorale. À chaque fois, prière, puis bénédiction personnelle, puis applaudissements et salutations des autres membres de la communauté. La fête s’est poursuivie par un repas servi là encore dans l’église. Boule de manioc à profusion accompagnant la viande en sauce. Des petits d’à peine trois ans aux vétérans des lieux, installés par groupes de 4 environ, tout le monde a saisi dans sa main droite un peu de boule avant de la plonger rapidement dans le plat de viande. On parle peu pendant ces instants ; « ce sont ceux qui parlent le moins qui en mangent le plus ! » (Clin d’œil à mon filleul lillois…) Assis ensuite sous la paillotte, Clarisse m’apporte du thé que son mari et moi dégustons tranquillement. Plusieurs habitants viennent me saluer et échanger quelques mots ; c’est dimanche, beaucoup préfèrent le repos au chantier, ce qui n’est pas un mal. Et puis, ils passent aussi me remercier pour le ballon de foot que je leur ai apporté. Le dernier ballon neuf de ma réserve, pourtant bien achalandée grâce aux venues d’Auvergnats divers. Les autres villages, les écoles, les équipes de foot devront patienter. La chaleur invitant tout le monde à la sieste, j’ai fait comme tout le monde, et me suis réveillé en sursaut à 15h20. J’ai rapidement enfilé un bermuda et mon maillot de l’équipe de foot du Cameroun --le tee-shirt le plus confortable pour faire du sport sous ce climat !--, ai bouclé mon sac et l’ai mis dans le panier, callant dans la serviette de bain les œufs donnés à l’occasion de la procession des offrandes, et déposant le tout dans la poche avant du vélo. Les premiers tours de roue déclenchent le compteur, c’est parti pour 27 km ! Salutations et remerciements en passant devant les maisons où les gens émergent à leur tour de la sieste, puis départ pour la maison. Crevaison à l’arrière à environ 9 km du départ, réparation en à peine plus de 10 minutes, et arrivée sans autres soucis à la maison pour assister au coucher du soleil.

20h30, nous sortons de table ; Blaise et Vermond m’ont raconté leur journée, j’ai fait de même, tout en dégustant une excellente part de boa cuisiné avec des graines de sésame écrasées jusqu’à en devenir une pâte ressemblant à la pâte d’arachide. Soirée sympa tous les trois, et pour moi c’est dodo, je viens de boire une tisane infusion des Caraïbes (et toc, une pensée au petit frère et sa future !).

 

            MERCREDI 15 AVRIL, 8h45

 

            Yannick Noah agite les haut-parleurs de l’ordi. C’est parti pour, j’espère, un temps suffisamment long consacré à la suite du 18è chapitre. C’est qu’il s’en est passé, des choses, depuis le dimanche des Rameaux !

Le début de semaine fut consacré à Zacko ; lundi matin, j’ai marché pendant près de trois heures avec le Maire Alain Araballé et 3 conseillers. Objectif : repérer concrètement l’itinéraire du canal à creuser afin d’y enterrer un jour le tuyau permettant d’amener l’eau courante jusqu’au bloc opératoire, la maison et tout le quartier qui souffre de l’absence de puits corrects. Balade à travers les taillis, les rochers, les cultures ; on a pris des repères, altimètre en main, machette dans celle d’un conseiller chargé de nous frayer le passage. On a terminé notre matinée à la maison autour de grands verres d’eau fraiche agrémentés de l’excellent sirop de citron fabriqué par les sœurs de Bakouma. Vermond était parti avec Blaise à Kono afin d’y rencontrer les futurs baptisés, qui recevront les sacrements du baptême et de l’Eucharistie le 19 avril prochain. Vers 13h, on se réunit autour du repas, et je consacre l’après-midi à confectionner les livrets de la Passion selon St Jean, ainsi que divers documents pour cette semaine, la Semaine Sainte. Mardi matin, j’ai emmené les CE1 et CE2, en congé scolaire, extraire du sable et du gravier à confluent, en contrebas de Zacko. On a travaillé plus deux heures, chargeant les seaux et les brouettes au bord de la rivière, et déchargeant au bord du chemin, plusieurs centaines de mètres plus haut. C’est un travail physique, et chacun porte ou pousse ce qui correspond à sa force. Les deux brouettes reçoivent des noms, les courses s’engagent sur l’étroite piste qui serpente entre les dunes de sable et de terre maintes fois remuées pour y trouver de l’or ou un diamant. Le passage du pont qu’on réalise sur place avec des morceaux de rônier, vibre au passage des brouettes chargées de sable blond mêlé de fin gravier. Il fait vite chaud, alors les pauses – mangues sont nombreuses. Vers 10h30, arrêt du boulot. On remonte la côte, et de retour à la maison, un grand verre d’eau glacée rafraichit la petite équipe composée de Mahamat, Aminou, Médard, Paterne et les autres. Film pour tout ce petit monde, en remerciement de ce travail accompli. L’après-midi, je l’ai consacré à préparer mes bagages afin de ne rien oublier ; je me prépare à vivre 6 jours à Bamara, et c’est la Semaine Sainte, alors il y a des tâches nombreuses et diverses à accomplir.

            Mercredi matin 8 avril, 8h10, départ. Mon sac à dos, au centre du panier, est plein à craquer. Les sacoches de congrès divers organisés dans tout le Puy-de-Dôme, et que j’ai reçues ici, me sont très utiles pour ranger proprement aube, étoles, chasuble blanche, mais aussi objets de piété à vendre, et livres nécessaires aux célébrations. Je parcours les 13 premiers kilomètres et à 9h, je retrouve la communauté de Yanguhoda à l’entrée du village, là où s’élève la chapelle. J’y passe toute la matinée, proposant un temps d’enseignement sur la Passion, le sens de la mort du Christ et la Bonne Nouvelle que cet évènement peut avoir pour chacun. À midi, une assiette de riz suit un toujours aussi fameux thé au lait très sucré. Discussions sur tout et rien avec les habitants du village, assis sous le gros manguier. Puis je repars pour les 5 derniers km du jour, et arrive à Bamara vers 13h30. C’est clair, les gens, tous les gens, savaient que le curé était sur le point de s’installer quelques jours au milieu d’eux. Traversant le village, les « balamo ! », les « nzoni gango ! » fusent, ainsi que « trafiquant !, trafiquant ! », cette dernière expression étant liée au chargement à la fois volumineux et hétéroclite, que porte mon VTT. Les catéchistes m’accueillent et m’installent dans la maison préparée pour les abbés qui viennent passer quelques jours ici. Maison en briques, ce qui est rare dans ce grand village de chantier de diamant et d’or, où les maisons sont le plus souvent entièrement réalisées en branches de palmier, de rônier, ou en paille tressée. L’après-midi, je rencontre à l’église les enfants et jeunes de Bamara, pour un temps de catéchèse. Fin de journée entre salutations et préparatifs des jours suivants. Nuit calme allongé sur un lit de bambou, le fameux kélèkpa, certes large mais un peu raide pour mon dos… !

Jeudi Saint, c’est la fête des prêtres. Je prie en communion avec mes confrères de partout ; vers 7h, en route pour Yanguchi, à 6 km. La communauté m’attend pour mettre au point la messe du dimanche ; 19 d’entre ces jeunes et ces adultes recevront le baptême et la première communion, et deux les rejoindront pour ce deuxième sacrement, ayant reçu le baptême dans l’église Baptiste. Et deux couples se donneront le sacrement de mariage. Je prends le temps d’une catéchèse commune, puis après la pause café, je rencontre chacun, en entretien individuel. Court dialogue afin de faire connaissance, écouter leurs questions, revenir sur ce qu’ils ont appris, découvert, au long de ces deux années passées en compagnie du catéchiste Jules. Les objets de piété se vendent bien, sans parler de ceux que je donne à ceux qui ont quelques soucis côté portefeuille. Porter une croix autour du cou est indispensable. Se rendre au champ avec son chapelet est recommandé. Prier avec le livre qui va bien est souhaitable. Bref, ça en fait, des choses à posséder !  Alors j’ouvre la bonne sacoche, les gens viennent et choisissent, puis on fait le prix. L’objectif n’est pas de faire du bénéfice, loin de là. J’essaye cependant de ne pas y perdre trop ! Après un repas pris au frais dans la maison de Jules et Christine, je rentre à Bamara. Il fait chaud en milieu de journée, mais je pédale cool et profite de l’ombre des grands arbres qui bordent la piste défoncée. Je retrouve à la maison les servants d’autel du village accompagné de 3 de leurs compagnons de Zacko. Mahamat, Archina et Armando ont pris la route de Bamara pour passer les fêtes de Pâques ici. Ils n’ont pas été embauchés à Zacko, alors libres de leurs engagements, ils retrouvent Calvin, le petit séminariste venu passer les congés chez sa maman, ainsi que Jean-Énoch, Stéphane, Firmin, Dany et Aristide. Ils seront rejoints le vendredi par Oumar. Ils déroulent leurs nattes dans la première pièce de ma maison, et je leur prête la grande couverture que j’avais amenée. Ils resteront à mes côtés jusqu’à mon retour à Zacko. Alors que les choristes préparent la messe, je consacre l’après midi de jeudi aux confessions, qui s’arrêtent à la nuit tombée ; il est temps de célébrer la messe festive du Jeudi-Saint. La fête fut belle ! Et on a vécu un temps vraiment communautaire, puisque les paroissiens sont venus nombreux de Yanguchi et Yanguhoda pour y participer. Parcourir 5 ou 6 km à pied pour vivre le dernier repas de Jésus-Christ, ça en dit beaucoup sur les motivations qui animent ces jeunes et ces adultes. Et puis le retour à la maison se fait dans la nuit, et sous la pluie qui commence à tomber, et sera d’ailleurs toujours plus ou moins présente pendant ces jours Saints. Après la messe, veillée de prière à l’église ; la toiture faite de feuilles de bambou tressées, n’est plus étanche. On se déplace discrètement au fur et à mesure que les fuites se présentent. Tout se passe dans le silence, et les chants aident à bien vivre ce moment auquel peu sont habitués. Je m’endors vers 22h, les paupières sont lourdes, le cœur est léger.

Vendredi Saint, c’est à Yanguhoda que je me rends, afin de rencontrer les familles des bébés qui seront baptisés le lundi de Pâques. Je prends du temps avec Reine, une maman célibataire qui a été « recalée » à l’examen de baptême il y a plusieurs années, par un de mes prédécesseurs. Entre temps, elle a mis au monde deux filles. Pauvreté de ces jeunes femmes, qui vivent dans ces villages de chantier qui voient affluer et repartir par vagues des hommes de tout le pays. Côté bébés, un couple manque à l’appel ; je refuserai le baptême de leur progéniture, compte tenu du fait que tout le monde est informé et de ma venue, et de la tenue de cette réunion. Ils n’ont pas été francs avec moi ni sympas avec Ferdinand, le catéchiste du lieu ; ils attendront la prochaine eucharistie à Yanguhoda. Comme c’est jour de jeûne, assiette de riz agrémentée d’oignons. Retour à Bamara et préparation du chemin de croix. J’avais demandé à tous les participants de venir avec une petite croix en bois ; les catéchistes ont relayé l’info à temps, et que ce soit de Yanguchi, Yanguhoda ou Bamara, tous les catholiques venus prier tenaient en main leur croix pendant toute la procession qui nous a mené du fond du village jusqu’à l’église. On a enchainé directement avec l’office de la Croix. La vénération de la Croix était sans doute un geste inconnu de la plupart d’entre eux, et j’ai été gêné par certains rires moqueurs émanant de membres de l’assemblée, notamment de choristes, qui sont tout proches de l’autel. Avec le recul, je constate qu’il y a un gros travail à faire pour expliquer les gestes, notamment celui-ci, avant de le faire vivre ; en même temps, je pense que maintenant qu’on l’a vécu, le sens s’en est éclairé pour beaucoup. Éclairés par la lune qui, bien que pleine la veille, avait été cachée par les nuages, nos amis de Yanguchi et Yanguhoda ont regagnés leurs villages. Ils ont vécu ces deux après-midis et soirées à Bamara, la suite sera célébrée dans leurs chapelles respectives. Samedi matin, c’est au tour des parents de bébés de Bamara de venir à ma rencontre. La pluie de début de matinée a fait que la réunion a commencé doucement. 13 bébés présentés, dont 4 petits garçons d’un même couple. Parmi les autres, deux portent mon prénom, et un porte mon nom comme premier prénom. Rien à faire pour qu’il en soit autrement. Et puis ça ne sert à rien de se fâcher plus que de raison. Chidaine-Wilfried PANGBANGA a reçu le baptême en cette nuit pascale, en même temps que 12 autres petits habitants de Bamara. Quelle nuit, cette nuit de Pâques ! On a eu vraiment su mal à allumer le feu de la résurrection, vu qu’il avait plu toute la journée, une petite pluie pareille au crachin breton, la fraicheur en moins ! A force de ténacité, ça a fini par brûler, et j’y ai allumé une bougie en guise de cierge pascal, et nous sommes rentrés dans l’église. Trop petite pour l’occasion, j’avais crains que les gens restant à l’extérieur, particulièrement les non-catholiques, ne gênent ceux qui venaient célébrer Pâques. Il n’en a rien été. Ce fut une belle nuit. Côté technique, j’avais suspendu dans l’église un petit projecteur à diode équipé de batterie. Cela a permis à tous de bien vivre la messe, les baptêmes, les rites développés au cours de la nuit. Et puis la pluie a cessé, et la fête s’est poursuivie autour du feu qui s’était réveillé. Les danses, les chants et surtout les saynètes ont été un moment de franc fou-rire, écoutez plutôt : un monsieur bien connu de la communauté a eu un souci : une ex-épouse est venue se battre avec l’épouse légitime (oserai-je dire : actuelle ?!) S’en est suivi une intervention des deux militaires gardant la fameuse barrière dite de sécurisation du pays (…). Et chacune des deux belligérantes s’est vue affligée une amende de 12 000 FCFA ; non, ces militaires ne seront pas venus pour rien, mais passons. Alors ce soir autour du feu, les acteurs prêts à rejouer la scène sont prêts ; au centre, la fille de l’épouse actuelle ; petite taille, grand bagou : elle mène du haut de ses 10 ans la restitution des faits. Tout le monde rit, vraiment. Parmi les spectateurs, le mari embarrassé se fait invisible, ainsi que les deux femmes. La fille sera-t-elle remise en place par sa mère ? Ça m’étonnerait beaucoup, vu le nombre d’acteurs ayant participé à la reconstitution des faits. Et puis, en sango, le vocabulaire permet un jeu de mots entre alcool et deuxième ou ex-épouse ; c’est le même mot pour désigner ces deux réalités. Seule change l’intonation. Ainsi « samba » désigne l’un et l’autre. Alors vu que le monsieur est porté sur la boisson, et qu’il a des problèmes avec ses femmes, c’est un joyeux délire. Le personnage était joué par le servant Jean-Énoch : criant de vérité !!! Autre saynète, fiction ce coup-ci, mais toujours sur le thème des tournures de phrases en sango, ainsi que des synonymes. Gros délire quand la mère explique à un gars en mal de boulot qu’il faut préparer du riz à son enfant, et que le gars cuisine le riz, et le gamin… La fête se prolonge tard dans la nuit, puis, et c’est ainsi que va la vie, d’autres tambours prennent le relais ; une lettre arrivée de Bakouma explique que quelqu’un de connu ici vient de décéder à l’hôpital. Les amis du défunt se rassemblent alors et entament une veillée mortuaire. Christ ressuscité nous appellent à l’espérance, mais aussi à ne pas fuir la réalité.

Dimanche matin, départ pour Yanguchi. Le panier est plein des sacoches nécessaires à la messe.

 

 

 

 

            JEUDI 16 AVRIL, 8h

 

            Il pleut à verse ce matin. Après une accalmie à l’heure de la messe (ce qui soit dit en passant n’a pas vraiment amené les paroissiens à se bouger !) la pluie qui a commencé à tomber à 1h du matin a repris son ouvrage ; elle résonne sur les tôles le long desquelles elle glisse, et remplit notre château d’eau placé au bout des 16 mètres de gouttière qu’on avait installé en juillet dernier. Là où il n’y a pas de gouttière, j’ai aligné les seaux qui se remplissent à vue d’œil. Je reprends le fil du récit de ces jours passés, vu le nombre d’interruptions liées aux visites de pas mal de gens, notamment les enfants pour qui c’était hier la reprise des cours.

Dimanche de Pâques donc, départ pour Yanguchi. Je parcours les 6 km en 30 minutes ; la côte après la rivière Zacko étant particulièrement raide et longue, il faut tout ce temps. Que de monde à mon arrivée ! Et quelle joie sur tous ces visages ! Les vêtements de fête brillent de mille couleurs, l’impatience se lit sur les regards. Je prends le temps d’accueillir en confession quelques rares paroissiens déjà baptisés, puis la procession se met en place à l’extérieur de la chapelle faite de paille et de longs morceaux de bois dressés vers le ciel. Avant le chant d’entrée, je bénis l’aube que je remets solennellement au catéchiste Jules. Puis les 19 baptisés, suivis des deux premiers communiants, font leur entrée au milieu de la foule qui se presse à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice. Une chance, il ne pleut pas, et le soleil voilé n’est pas trop chaud. La messe se déroule bien, les choristes de Bamara venus en renfort ont donné à cette fête une dimension solennelle. Les rites s’enchainent sans accroc ; c’est déjà la troisième série de baptêmes dans cette chapelle qu’on a inauguré il y a 16 mois. C’est cependant la première série de jeunes et d’adultes qui mettent ainsi un terme à deux ans de formation catéchétique, guidés par Jules, et soutenus par les catéchistes de Bamara. Je développe dans l’homélie le paradoxe entre le fait pour St Jean de se trouver devant le tombeau vide, et de croire. Notre foi ne tient pas tellement dans le visible et le palpable immédiat, mais dans les Écritures d’avant et d’après le Christ, ainsi que dans les sacrements qui nourrissent notre foi. Entrer dans cette démarche de Jean et des autre Apôtres est possible à toute personne désireuse de vivre en étroite relation avec le Christ. L’Église en est le chemin, et chacun peut l’emprunter. Les nouveaux baptisés auront à grandir dans cette relation avec l’Invisible, que l’Église rend visible. Après le geste de l’eau et l’onction avec le Saint-Chrême (de l’année dernière, la distance est trop longue pour obtenir rapidement celui béni par l’évêque le Mercredi Saint), les baptisés sortent pour se changer et revêtir leur nouveaux vêtements, blancs ou très clairs. Applaudissements et danses rythment leur retour dans l’église. Tout le monde se réjouit de voir la communauté locale grandir ainsi. Puis vient le temps des mariages : deux couples s’avancent, accompagnés de leurs témoins. Hic, j’ai oublié les alliances … et les commerces sont un peu loin pour s’en procurer en urgence… ! Qu’à cela ne tienne, après le dialogue entre les époux, je leur fais remettre, en attendant, des dizeniers. Le moment de la première communion des 21 candidats est encore une étape fêtée dignement. À l’issu de la messe, séance photos réalisées par Armando et moi. Le jeune servant a photographié les étapes de cette messe, on regardera le résultat en rentrant lundi. Match de foot entre les nouveaux baptisés et les servants d’autel de Bamara et Zacko, puis dégustation de l’excellent ngunja de Yanguchi ; les feuilles de manioc sont accompagnées de viande de chasse. Les animaux, très nombreux dans la région, sont chassés par Jules et d’autres paroissiens, notamment Jean, qui avait été incarcéré à la brigade de Zacko du 13 décembre au 20 janvier, suite à l’accident de chasse : il avait tiré sur son compagnon, le prenant pour le grand singe qu’ils étaient en train de poursuivre. J’avais été à deux reprises voir le CB afin de demander qu’on le libère, puisqu’aucune plainte n’avait été déposé contre lui. Ça a fini par se faire ; ça aurait été plus rapide si j’avais soulagé quelque peu mon portefeuille … L’assemblée se disperse, les hommes se retrouvent sous la paillotte d’André, un des deux nouveaux mariés, pour déguster une (ou plusieurs !) calebasses de douma, sorte d’hydromel locale peu forte en alcool. On écoute Radio-Bangui qui rapporte l’avancée des travaux de la route vers Rafaï. Ça, c’est une bonne nouvelle pour tous les habitants de l’Est. Vers 14h, je quitte Yanguchi, et regagne tranquillement Bamara, doublant ceux qui rentrent à pied. Dans l’après midi, les jeunes et moi allons nous baigner à la cascade, puis c’est repos et discussions devant la maison jusqu’à la nuit, assis dans les fauteuils en bambou.

Lundi matin, je dis au revoir à Bamara, après avoir chargé mon VTT. C’est Yanguhoda qui m’attend, ultime étape de ma Semaine Sainte dans le secteur. La chapelle n’est pas encore recouverte des tuiles de bambou, alors les paroissiens ont déposé de longues branches de palmiers. Le fameux thé au lait très sucré m’attend, puis vient l’heure de débuter la messe. Là encore, les choristes et catéchistes de Bamara ont répondu présent pour soutenir la petite communauté qui s’enrichit de 7 nouveaux baptisés : 6 bébés et une jeune maman. Je remets son aube à Ferdinand puis nous entrons à l’ombre des feuilles de palmier. La messe se déroule bien, et les gens de ce village sont heureux que soient célébrés ici ces baptêmes. D’ailleurs, après avoir signé du signe de la croix le front des 7 baptisés du jour, j’ai demandé à Ferdinand d’appeler les 15 catéchumènes jeunes et adultes qu’il réunit chaque semaine ; j’ai tracé sur leur front ce même signe, rappelant que l’Église se réjouit de leur marche vers ce sacrement. D’ici un an et demi, ils recevront le baptême. Après la messe, repas composé de boule de manioc et de poulet, le repas de fête ici.

À 13h, j’ai pris résolument la direction du Sud afin de regagner Zacko. J’ai pédalé tranquillement et me suis arrêté en face de la mairie afin de boire (manger ?) une bouillie de riz et d’arachides. Arrivant à l’église, je retrouve Cyril en train de travailler à la confection des bancs du centre polyvalent, et Aimé qui s’était allongé sur l’un d’entre eux. Les enfants m’attendaient, et c’est à l’arrivée des 4 lascars qui étaient venus à Bamara que nous avons tous ensemble regardé les photos. J’ai ensuite congédié tout le monde et rangé mes affaires. Dans le salon, j’ai apporté ce qui me permettrait de cuisiner ces jours-ci, vu que Rock, qui lui aussi a été baptisé dimanche, ici au centre, est parti avec Vermond à Bangassou afin de voir sa famille. Je n’ai pas tardé à m’endormir !

Mardi matin, messe puis virée à confluent avec les enfants et jeunes en vue d’extraire encore du sable pour le bloc opératoire. Après midi ciné avec « les infiltrés ».

Hier mercredi, ordi en matinée, entre visites de gens et venue des enfants de l’école pour demander qui un Bic, qui un cahier, qui une boite afin d’y recevoir la bouillie préparée à l’école. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a envoyé 138 sacs de semoule, des sacs de sucre, de sel, des boites d’huile, afin de nourrir chaque jour les enfants de l’école. Mais seuls ceux qui amènent 100 francs chaque quinzaine sont servis, cette somme permettant à l’APE d’acheter des légumes, de payer les sentinelles qui gardent la nourriture, et les cuisinières qui cuisinent. On sert deux repas aux enfants : un a leur arrivée, un à midi. Mon avis sur la question : on crée une dépendance, dans une zone où tout ce qu’on plante pousse, et où il suffit d’un peu de volonté pour avoir bien à manger à la maison chaque jour. D’autre part, les familles qui vivaient de la vente de patates grillées et autres produits vendus à l’entrée de l’école, n’ont plus qu’à ranger leurs tablettes. Non, je pense que cette affaire de PAM n’est pas une bonne idée. On n’est ni en zone de guerre, ni en zone de famine. Certes la crise a fragilisé les choses, mais on déresponsabilise les parents en servant ces repas à leurs progénitures. Et qu’en sera-t-il à long terme ? Et pendant les congés scolaires ? En attendant, toutes les boites de conserve vides que je gardais servent de récipient aux enfants qui font la queue pour avoir leur bouillie ou leur semoule.

Mercredi après midi, Conseil paroissial, comme chaque le 15, au cours duquel on est revenu sur ce qui s’est vécu ici pendant la Semaine Sainte. Bilan, critique et perspectives pour l’année prochaine. L’absence du Vice président n’a pas facilité l’approche de certaines questions au sujet desquelles il devait prendre la parole. On travaille avec les présents, mais je sens qu’on va se « taper » un conseil-bis un de ces jours … À 17h30, je me suis rendu chez Clarisse afin de lui administrer le Sacrement des Malades ; le SIDA, cette maladie dont on parle beaucoup mais sans jamais la nommer dans les conversations, continue de faire des ravages dans les familles. Alors qu’elle avait profité du retour des jeunes de Godefroy pour se rendre à Bangassou, elle n’avait pas souhaité rester le temps nécessaire au centre de santé de Bangondé, au Bon Samaritain, c'est-à-dire environ 3 mois. Interrompant son séjour, elle regagna Zacko ; je me chargeai de lui faire parvenir les médicaments nécessaires à son rétablissement. Mais rien ne semble désormais efficace. Il faudrait la ramener à Bangondé. C’est cependant quasiment impossible vu son état. Alors en cette fin d’aprèm, quelques membres de la fraternité St-Vincent-de-Paul, des voisins, la famille, se sont regroupés dans sa maison, autour de lampe à pétrole et profitant des dernières lueurs du jour, pour prier avec elle, pour elle. Un moment fort en cette fin de journée, où je peux mettre en avant, grâce entre autre à ce rituel autour des malades, à l’importance du corps dans la foi chrétienne. Réfléchir avec les personnes présentes sur le respect de son propre corps et de celui des autres, les soins à lui apporter en permanence, autant de points qui mériteraient des conférences et des catéchèses. Ce soir là n’était pas le moment de développer ces sujets, mais cela viendra sans doute un jour.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Lundi 18 mai 2009

 

            VENDREDI 17 AVRIL, 20h

 

            Lenny Kravitz fait vibrer les haut-parleurs annexes de mon ordi. La stéréo, ça a du bon !

Aujourd’hui était une journée ensoleillée sans être trop chaude. Après la messe et le petit dèj, je me suis assis au bureau afin de regarder de près ce que je vais « raconter » aux catéchistes lors de mon intervention prévue à Bakouma en fin de semaine prochaine. Pendant ce temps, dans le bureau voisin, le catéchiste Désiré remplit les registres de la paroisse. 85 baptêmes ont eu lieu dans la paroisse depuis le 25 décembre dernier ; à ceux-là vont s’ajouter ceux que Vermond va célébrer dimanche à Kono. Quelle croissance ! Je recueille les fruits des semences de tant de prêtres venus depuis 40 ans dans la région, et qui ont entre autre travaillé à la formation de catéchistes au sein de chaque communauté.

En matinée, j’ai rendu visite au directeur enseignant en classe de CM1 et CM2, afin d’assister à la proclamation des résultats des examens du deuxième trimestre. Il y a, comme partout, deux catégories : les admis, qui sourient, et les échoués, qui baissent la tête. 4 des 5 candidats CM2 au concours d’entrée au petit séminaire sont dans les 10 premiers de la classe. Je suis content de les voir heureux. J’ai laissé les élèves à la dégustation de la bouillie de 10h pour me rendre à la mairie afin de saluer Alain et établir le programme des travaux d’adduction d’eau. Mais il était en réunion avec … Madame le Député, venue passer 24 h chez nous. J’ai assisté à la dernière demi-heure de rencontre, debout sous les manguiers, avec les chefs de quartier. C’était le temps des dotations ; au milieu de l’assemblée trônait une table d’accouchement et trois matelas, tout cela étant destiné au centre de santé. Quelques ballons de foot Adidas ont aussi été distribués à certaines équipes de foot, mais pas à l’Olympique de Béal. Après de brèves salutations à « l’Honorable » (c’est ainsi qu’on nomme ici les députés) et pas mal de discussions avec tout un tas de gens, je suis rentré à la maison, il était l’heure de manger. Repas avec Vermond, arrivée la veille en début d’après midi. Il était de retour de Bangassou, et transportait 15 plateaux de tables, dotation d’AREVA à tout un tas d’organismes publics de la sous-préfecture de Bakouma. L’école maternelle a sa part de la dotation en tables et chaises, ainsi que le bloc opératoire. On verra au fur et à mesure de l’arrivée du matériel ici, qui reçoit quoi ; en tout cas, c’est déjà à Bakouma, et sous bonne garde, puisque cette dotation aux services publics est stockée … à l’école catholique ! C’est donc l’abbé Gaétan qui a la clé et veille à ce qu’il n’y ait pas d’embrouille. Hier encore, j’ai rendu visite en matinée à Abou, l’ami artisan collecteur qui est aussi footballeur à l’Olympique de Béal, dont je suis le président d’honneur. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu ce matin la visite du président (pas d’honneur) qui est venu parler de la saison 2009 qui démarre, et pour laquelle il faut payer les 20 000 francs d’affiliation. On a coupé la mangue en deux : chacun verse 10 000 francs. Dans deux semaines débutent les tournois. En attendant l’équipe s’entraine avec le ballon décathlon jaune vif, un vrai ballon d’or ! C’est prometteur, puisque l’Olympique de Béal a terminé la saison premier des 9 équipes !

En ce moment, pas mal d’enfants s’activent chaque après-midi autour du centre polyvalent, afin d’égaliser le terrain ; il faut déplacer des mètres cubes de latérite. Et on ne peut le faire qu’à la pioche, la houe, la barre-à-mine, la pelle, aidés des brouettes. C’est long, ce travail, mais les enfants sont nombreux, se relaient, et tout se passe plutôt dans la bonne humeur. Aimé, le jardinier et homme de main de la propriété, leur remet les outils et jette un œil de temps à autre. En 6 ou 7 après midis, ils ont enlevé une sacrée épaisseur de latérite, et égalisé le terrain. C’est joli maintenant, devant le bâtiment. À l’heure où j’écris ces lignes, je suis pourtant navré par le fait que l’architecte et son équipe ne sont pas encore revenus pour achever le travail. Je pars en congés dans moins d’un mois, et savoir que les travaux n’auront probablement pas repris d’ici là me navre, m’attriste beaucoup. Je regrette que l’évêque les ait captés pour la construction d’un bâtiment supplémentaire au collège technique de Bangassou. il aurait été plus correct qu’Aubin et son équipe terminent ce qu’ils ont commencé ici avant d’entamer autre chose. J’aurais tellement aimé apporter des photos du bâtiment, livré normalement en mars 2009… Là encore, ma patience est mise à l’épreuve ; et puis nos chères toutes petites têtes crépues de CP0 sont toujours avec leurs deux maitresses sous le hangar en paille, à côté de l’église. Pas top, en cette période de début de saison des pluies. Mais que puis-je faire ici, sans téléphone, pour pleurer auprès de l’architecte ? À-propos de téléphone, la ville se couvre de … cabines téléphoniques ! Et oui, situé au sommet de la colline vers Fungu, le local technique de Telecel est terminé, les cabines sont en construction ; on n’attend plus que le pylône ! Si tout va bien pour eux, j’en profiterai à mon retour de congés. À propos de Fungu, les habitants du quartier ont évacué de la source une telle quantité de gravier que c’est presque une piscine ! Top confort allongé ou assis dans une grosse quantité d’eau chaude ; et comme en plus, ils ont élargi l’espace, on est vraiment bien dans l’eau.

 

DIMANCHE 19 AVRIL, 19h30

 

            La pluie courte et dense de ce milieu d’après midi a nettement rafraichi l’atmosphère. Je viens de déguster un velouté 9 légumes de Knorr°, assis sous l’arbre dans lequel jouent le hibou et les petits oiseaux qui y ont construit leurs nids dans ses vastes branches. Une nouvelle est tombée dans l’après-midi : Clarisse vient de mourir. Je lui avais administré le Sacrement des Malades mercredi. Elle part dans la paix, elle qui a reçu cette paix intérieure qu’offre ce sacrement. Mais en ce début de soirée, ce fut le défilé ici. « Abbé, vous n’auriez pas des bougies ? » et bien non, et en plus le marché est en activité à cette heure-ci. « Abbé, la clé de l’église, pour prendre les bancs pour la veillée mortuaire. » et bien, c’est le sentinelle qui a la clé, et s’il s’est absenté (ce qu’il n’aurait pas dû faire !), patientez. « Abbé, il y a des planches pour le cercueil ? » et bien non, il n’y a plus de planches, et s’il y en avait, je vous les vendrais, puisque je les ai achetées. Certes ce décès marque la communauté, comme d’ailleurs tous les décès (ou presque, parce que les plus pauvres sont pauvres et seuls jusqu’au bout). Mais je n’ai pas l’intention de remplacer la famille, ni de devenir la caisse de charité de la paroisse, caisse qui, soit-dit en passant, contient à ce jour plus de 40 000 francs. Mais comment voulez-vous que je me concentre devant « Taram et le Chaudron Magique » ? J’avais aménagé le salon en salle vidéo pour la 15è de jeunes surpris par l’orage en plein match de foot. Eux ont pu suivre le dessin animé sans interruption, moi j’ai fini par perdre le fil. Pour la bonne cause ? Sans doute, mais à quand un peu de tranquillité ?! J’ai pu quand même être au calme à Fungu en début d’aprèm : peu de gens, et tous sympas ; on a parlé d’adduction d’eau pour le bloc opératoire et le quartier, et on a dérivé sur le projet de turbine similaire à celle de Bakouma. Allongé dans l’eau chaude alors que le souffle frais annonçait l’orage, quel bon moment. Et puis ce petit tour en vélo sans bagages, ça fait du bien. Je l’ai trouvé bien léger, mon VTT Lapierre !!!

La messe de ce matin a réuni beaucoup de monde, mais peu de choristes de la chorale A, fâchés suite à des tensions au cours de la Semaine Sainte. Et puis il n’y a plus d’instruments électriques, ils ont tous fumé au cours de la période de janvier. Pour mon oreille droite, quel soulagement ! Mais pour les paroissiens, et les choristes et musiciens, quelle déveine. Les responsables sont venus hier faire le point sur ce sujet, définir les priorités, réunir l’argent nécessaire, sensibiliser la communauté toute entière. En fin de matinée, ce que je craignais est arrivé : le Vice-président a organisé un Conseil-bis, convoquant les chefs des chorales A et B, ainsi que des responsables de la Légion de Marie, afin de faire le point, de leur faire des remontrances, sur divers trucs concernant toujours le déroulement de la Semaine Sainte. Ayant été prévenu juste au moment où les participants trépignaient d’impatience parce qu’ils m’attendaient (!), je suis retourné dans l’église en trainant les pieds. Je me suis assis non pas à la place de présidence mais sur un simple banc, et les ai laissé débattre ; en plus, je n’étais pas présent lors de ces problèmes, et n’avais pas envie de tout me faire raconter. J’avais faim, et soif, et en plus un peu mal au ventre.

Hier samedi, après divers papiers réalisés grâce à l’ordi, je me suis baladé en ville en vélo, et ai croisé le camion benne affrété par Telecel. On s’est mis d’accord en 2 minutes pour 15 000 francs le transport, et ils ont laissé leur boulot de transport de briques pour monter au bloc opératoire le sable extrait ces jours-ci à Confluent. J’ai demandé pour un voyage, soit une benne, mais quand les gars du camion ont vu la quantité, ils ont accepté de faire deux rotations. La deuxième est tarifée 10 000 francs seulement. Ce qui est long n’est pas le déchargement, puisqu’il suffit d’actionner le système de levage de la benne. Non, le plus long, c’est de charger. On n’était pas trop de 5 pelles et 8 gars pour lever le sable des tas jusque dans la benne. J’ai pris mon tour dans le partage du pelletage. En sango, on dit : « mo bi pelle ? », ce qui se traduit littéralement : « tu jettes la pelle ? » Ce travail est celui des chercheurs de diamant et d’or. Oui, je jette la pelle, et surtout le sable (!) comme tout le monde ! Même si je ne suis pas un chercheur de ces produits de la terre. Les passants qui rentrent des champs ou des chantiers font toujours une drôle de tête lorsqu’ils me voient m’activer comme les autres. C’est comme ça, je ne peux pas rester assis à voir les autres travailler. La semaine qui s’ouvre aujourd’hui doit permettre de reconstituer d’autres tas de sable afin de refaire la même opération avec Telecel, si le camion est toujours OK.

Hier, j’ai remis aux jeunes et aux enfants qui ont travaillé du côté du centre polyvalent, une petite somme afin de les remercier pour leur travail. De 1000 à 2000 francs (1€50 à 3€) selon leur temps de travail ces jours derniers. Une belle somme ici, que certains ont déjà utilisé en s’achetant, qui des sandales d’occasion ou des tongs neuves orange fluo, qui un complet foot « Thierry Henry ». Ils étaient fiers, à la messe de ce matin, de présenter leurs achats !

 

MARDI 28 AVRIL, 20h25

 

Le tonnerre gronde encore, mais la pluie vient de cesser ; celle-ci fut de courte durée, et peu intense. Toute différente de celle de la nuit de samedi à dimanche dernier qui a raviné les sols et couché de nombreux arbres sur les pistes et dans les champs.

Ce soir à Zacko, tout est calme. J’ai passé une super semaine à Bakouma. Parti lundi 20 avril à 14h avec les catéchistes qui participaient à la formation organisée et présidée par les deux curés, je suis rentré dimanche soir 26 avril. Sur le trajet, il m’a fallu administrer le Sacrement des Malades à deux paroissiennes de Kono : Marie, membre de la Légion de Marie, bien fatiguée, et que son mari accompagne, aidé des voisins et des paroissiens, et Marlette, une enfant de 9 ans qui vient de faire sa première communion. Membre de l’équipe locale de l’ACE Aïta-Kwe, elle fut frappée de la méningite et emmené à Bakouma où elle a reçu des soins adéquates ; il semble cependant que les parents n’aient pas attendu le temps nécessaire pour qu’on lui fasse un dernier bilan ; ils sont rentré à vélo à Kono avec l’enfant qui, dans la nuit suivant son retour à la maison, a replongé dans un semi coma. Elle est décédée 7 jours après, le samedi 25. Difficile d’enrayer ce type de maladie quand il n’y a pas de possibilité d’un diagnostic fiable, ni de soins rapidement dispensé, ni de protection de l’entourage. Après ces deux longs moments de prière chez les malades, entourés de gens nombreux, j’ai repris la route, il est vrai le cœur serré de ces deux rencontres si particulières, et joyeux aussi d’emmener ces 12 catéchistes du centre et des chapelles. Notre arrivée fut solennelle et bruyante, grâce aux chants entonnés à tue-tête par cette chorale de mecs. On a franchi la barrière sous le regard interrogateur du gendarme qui n’a pas osé dire quoi que ce soit, tant l’effet de surprise était grand. Les catéchistes de la paroisse de Bakouma, le centre et des chapelles, étaient arrivés. Les salutations furent fraternelles et chaleureuses. Beaucoup se connaissent déjà, et sont heureux de se retrouver pour cette semaine. Dès la fin de la journée, prière puis mise en route de la formation : présentation des intervenants, du rythme de vie ; partage des tâches, réponse aux questions, tel fut l’objet de l’intervention de Gaëtan et moi. Le lendemain démarrait l’enseignement. C’est Hervé qui ouvrait ainsi les espaces de formation de cette semaine placée sous le thème : « les relations humaines ». Son intervention sur la famille traditionnelle fut appréciée. Le mercredi, c’est au tour de Gaëtan, sur le sujet épineux du mariage. Jeudi, sœur Blanca orientait son propos sur les catholiques dans le monde. Et vendredi, ce fut mon tour : « le catéchiste au milieu du monde » ; j’ai basé la matinée de travail sur la deuxième lettre de St-Paul à Timothée. Comment en suis-je arrivé là ? Et bien à vrai dire, je ne sais pas trop. Merci à L’Esprit-Saint ! Ayant pas mal travaillé mon sujet à Zacko, j’étais assis à mon bureau de Bakouma afin de peaufiner tout ça, quand m’est venu l’idée d’ouvrir mon intervention par une parole du Nouveau Testament. J’ai commencé à parcourir assez rapidement les lettres de Paul, et me suis arrêté sur celle-ci. Elle tombe à pic pour accompagner le sujet. Je l’ai travaillé en détail, leur ai présenté de même, et au milieu de l’analyse que je leur proposais, André, de Bakouma, a levé la main et dit : « mais ça parle de nous, ça ! » Eh oui, et c’est bien pour cela que je vous l’offre ! La discussion en deuxième partie de matinée fut riche, tant sur les attitudes concrètes d’être catéchiste 24h sur 24, que sur les difficultés du monde dans lequel nous vivons. Autre temps fort vécu avec eux dans le domaine formation, c’est la matinée de samedi ; les deux curés ont présenté aux 30 participants des points concrets concernant l’exercice de leur quasi ministère. Être catéchiste, c’est aussi bien éveiller les catéchumènes à la foi que présider à l’assemblée de chaque dimanche quand le prêtre n’est pas là. Pour mieux comprendre, je me rends dans certaines chapelles que 4 ou 5 fois par an. Ce qui veut dire que les 46 autres dimanches (et j’oublie les jours de fête) sont présidés par le ou les catéchistes à tour de rôle. Présider, prêcher, comme le fait tout prêtre animant la communauté. Le catéchiste se doit aussi d’être proche du conseil de la communauté, même s’il n’en est pas membre. Il préside aux funérailles, règle certains conflits, … Et il faut qu’il trouve le temps d’aller à son champ ou au chantier. En effet, il n’est pas rémunéré au sens du versement d’un salaire mensuel ; c’est d’ailleurs quelque chose à réfléchir entre prêtres. Le conseil verse à certains des sommes régulières –au centre Zacko, c’est 5 000 francs/mois- d’autres catéchistes reçoivent de temps à autre des dons de leur communauté ; mais des chapelles, même fortes de 50 membres, ne peuvent réunir chaque mois 1000 francs pour leur catéchiste. J’admire beaucoup leurs efforts pour proposer une méditation de qualité chaque dimanche, assurer avec courage tout leur travail, et même davantage, je pense notamment à ceux qui s’engagent pour la rénovation de leur chapelle, travail dévolu au conseil et aux paroissiens. Non, ce n’est pas rien d’être catéchiste en RCA ! Autre bon moment, la soirée de mercredi entre nous gens de la paroisse de Zacko, pour un échange à bâtons rompus très fraternel. Au-delà des problèmes soulevés, je les ai sentis heureux de vivre leur mission qui est à durée indéterminée. J’ai apprécié leurs conseils, noté leurs doléances.

Autre moment plein de joie et de rires, le repas du samedi soir qui faisait suite au match de foot clôturant la semaine de formation. Les intervenants et les catéchistes autour de la boule de manioc et de la gazelle, le verre rempli de vin de palme, et un « pouce » (ou « pousse ?! ») après le repas –du nguli, évidemment !—on a passé un vrai temps festif conclu autour du vidéoprojecteur de Gaëtan diffusant sur écran le film « Le Transporteur ». La pluie violente a attendu qu’on ait tout ramassé pour commencer sa furie. La messe de dimanche matin fut vraiment belle, non pas parce que c’est moi qui ai présidé, mais parce que 30 catéchistes en aube autour des prêtres, c’est un beau signe de la vitalité de nos paroisses.

Petit pêle-mêle de cette semaine : elle fut pour moi placée sous le signe de la rédaction du bilan de 20 mois de présence en RCA. Un bilan destiné à nourrir les échanges que je vais avoir avec l’évêque de Clermont, et à mon retour de congés avec celui de Bangassou. J’ai passé des heures devant l’ordi à mettre les idées en ordre, à aller à l’essentiel sans écarter trop de choses. Pas facile, et en même temps passionnant. Ce n’est pas encore fini ! Semaine passée à Bakouma dans la joie de retrouver celui que je permets d’appeler ce soir mon frère. J’ai vraiment de la chance que Gaëtan et moi, on s’entende aussi bien, qu’on partage tant de choses, qu’on ait aussi des centres d’intérêt communs. Et puis je sais que dans nos dialogues tout en confiance, on se soutient mutuellement. On a beaucoup parlé de notre Église de RCA qui est bien malade, avec les conséquences qui jaillissent suite à la démission de l’évêque centrafricain de Bossangoa, et les troubles qui agitent le clergé de Bangui autour de leur archevêque. Et puis ici avec l’abbé Vermond, ce n’est pas toujours simple ; les relations avec le Conseil de la communauté sont en ce qui le concerne au point plus que mort. Il s’est brouillé en mon absence avec pas mal de gens. Que dire ? Que faire ? Gaëtan a essayé d’éclairer ma lanterne. Et moi je garde allumée la flamme de l’espérance d’une relation apaisée entre lui et moi et tant de gens. Les coups de fil passés ou en provenance de France et d’Espagne m’ont vraiment fait plaisir. Cela faisait un mois (déjà) que je n’avais pas été en contact avec les proches. Et puis il y a la télé, particulièrement les journaux télévisés devant lesquels je passe un peu de temps. Dimanche matin après la messe, visite (prévue) de personnalités du groupe AREVA : le responsable du pôle santé de l’entreprise venait prendre contact avec Gaëtan et moi sur ce sujet si complexe. Accompagné des responsables de la sécurité du site, le docteur, par ailleurs conseiller municipal dans un petit village de Corrèze (!), a présenté les décisions et les projets en cours. Côté décision, celle de construire un centre hospitalier entièrement neuf à Bakouma. Autre décision, vivre un vrai partenariat avec les lieux de santé existant dans la région, et soutenir leur activité afin que toute la population ne se déporte pas sur Bakouma. En projet, la formation, l’embauche de personnel local, mais les modalités restent à définir avec le ministère centrafricain de la santé. Cette heure de rencontre m’a ouvert les yeux sur la manière positive qu’a AREVA de chercher à se situer en partenaire de ce qui existe ou peut être mis en place grâce à leur concours. J’aurai aimé poursuivre l’échange, mais nos hôtes (à qui on n’a même pas offert un verre d’eau !) étaient appelés à vivre d’autres étapes avant de repartir en avion pour Bangui. Voilà pour cette semaine à Bakouma.

De retour à Zacko et alors que la nuit était déjà tombée, je suis allé chez le Maire Alain afin de voir ce qu’il en était des travaux du canal reliant la source de Gonda au bloc opératoire. Et bien, il avait convoqué et présidé une réunion qui a porté ses fruits puisque le lendemain lundi, 33 hommes du quartier voisin de l’église ont creusé les 200 premiers mètres du canal destiné à recevoir le tuyau permettant de détourner une partie de la source. Il fallait voir quelle ambiance il y avait dans la forêt ! Coups de pelles, de machettes, de barre à mine résonnaient entre les arbres et les taillis qui poussent sur la montagne. J’ai éprouvé beaucoup d’émotion à passer ces 4 heures avec eux, d’horizons aussi diverses et travaillant main dans la main. En fin de journée, la réunion à mon bureau avec quelques conseillers nous a permis de faire le point sur un certain nombre de choses. Puis je les ai gardés à diner, et on a passé une excellente fin de soirée autour de la boule de manioc et de ses feuilles, qu’on appelle ngunja.

Ce matin, personne n’est venu poursuivre le creusement du canal. Pas de problème grave cependant, sans doute un problème de compréhension ; le maire les reconvoquera. Je suis allé encourager les membres des Foyers Chrétiens qui extrayaient le sable au confluent, puis ai vaqué à pas mal de petites choses concernant le jardin d’enfants, la vie de la maison. La longue discussion avec Gervais, adjoint du CB de gendarmerie venu me rendre visite, fut vraiment passionnante. Je pense que ce que j’ai entre autre apprécié, c’est le fait qu’il est, comme on le dit parfois, mais sans aucun aspect péjoratif, un évolué. Et pouvoir parler de choses un peu essentielles, et en allant au fond des choses, ça fait comme du bien. Ce soir, les enfants sont venus très nombreux au salon pour regarder « Le Transporteur ». Ils parlent beaucoup de mes congés, m’interrogent sur ce que je vais faire, qui je vais revoir, « et est ce que tu vas revenir ? » « Oui ! », répondis-je sans hésiter, et pour les rassurer !!!
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Lundi 18 mai 2009

SAMEDI 2 MAI, 20h15

 

            Il fait lourd, l’orage se prépare, en provenance du Sud-est. Il n’a pas plu depuis 4 jours, et ce soir notre château d’eau d’1m3 est vide. Il faut dire qu’on a reçu 4 invités, arrivés mercredi à midi et repartis ce matin. Ana est venue avec Aude et Victor qui sont avec elle responsables du projet orphelins qui se met en place dans chaque paroisse du diocèse. Avec eux, Aubin, qui reprend contact avec Zacko après 4 mois et demi d’absence. Réunir tous les matériaux est difficile, de plus le chantier qu’il a ouvert à Bangassou l’accapare beaucoup : il s’agit de la construction de deux bâtiments pour le collège technique. Avec lui, on a repris tout le travail qui reste à faire dans le bloc, dans le centre polyvalent, sans oublier la construction du château d’eau. Il s’élèvera entre le bloc et notre maison, porche de celle-ci, au plus haut du plateau. À ce sujet, ces derniers jours ont été placé à Zacko sous le signe de la solidarité en marche. Le canal destiné à recevoir le tuyau alimentant le château est déjà long : plus de 600 mètres ont été creusés ces jours-ci par les gens des quartiers et des Églises de la ville. Les habitants des villages des alentours sont eux aussi convoqués. Il fallait être là ce samedi matin pour voir avec quelle énergie plus de 60 hommes ont creusé le sol, enlevé les pierres parfois énormes qui ne se trouvent qu’à quelques centimètres du sol. Or il faut qu’on descende à environ 50 centimètres, et ceci pour trois raisons : l’érosion liée aux pluies torrentielles qui s’abattent sur la région ; les troupeaux de vaches qui paissent entre les taillis ; le feu, que certains allument en début de saison sèche pour renouveler l’herbe et chasser les gros rats (miam ! miam !, d’ailleurs !). Alors les Imams ayant motivé leurs « paroissiens » à l’occasion de la grande prière du vendredi, nombre de Musulmans sont venus avec barre à mine, pelle et machette ; ils ont été rejoints par les habitants de Pia, village situé à 7 km du centre. Ensemble pour préparer l’avenir, le leur et celui de leurs enfants. J’ai passé la matinée à discuter avec eux, à soulever des pierres avec eux, à les encourager quand les pierres blanches très solides résistaient aux premiers assauts des barre à mine. Le canal avance, rien n’arrête les travailleurs ! En cette fin de matinée passée sous le soleil et heureusement aussi à l’ombre des arbres de la forêt, les enfants, qui soit dit en passant n’étaient pas en reste côté travail communautaire, m’ont accompagné à Fungu. Il n’y avait que nous, on en a profité pour faire une immense bataille d’eau très chaude, et à se courser dans l’eau, entre deux salto. Un avant gout des vacances.

            Nos trois autres invités ont beaucoup travaillé ces jours-ci, avec le Conseil tout d’abord jeudi matin, pour que le projet soit bien clair pour tous. Ensuite ils ont passé beaucoup de temps avec l’abbé Vermond et les deux femmes coresponsables du projet, Marie-Charlotte et Véronique. Ils se sont retrouvés avant de convoquer les membres des 20 familles « sélectionnées » pour le démarrage du projet. Il y a ici des centaines d’enfants concernés ; il faut amorcer doucement, afin de bien gérer chaque situation ; c’est après qu’on peut étendre le projet à d’autres familles, et au-delà de la ville rejoindre aussi les villages de la paroisse. La venue d’Ana, Aude et Victor était attendue, elle a porté de beaux fruits ; l’équipe locale travaille bien, nos hôtes étaient heureux de voir ce qui se fait déjà. On est sur la bonne voie ! Au-delà des temps de réunion à la paroisse ou dans les quartiers, j’ai eu la joie de pouvoir longuement et à plusieurs reprises me balader avec Ana. Nos longues discussions ont été diverses et agréables. Et puis elle a fait quelques découvertes : elle était contente de pénétrer dans la vaste maison ronde d’une famille M’bororo, de boire pour la première fois la douma, l’hydromel local, de se tremper longuement les pieds à Fungu. Et elle était pas peu fière, la petite Ana, d’avoir conduit jusqu’à Zacko la voiture Hilux double cabine de Patrick et Marie-Do !!! Et alors là, il fallait voir la tête des gens qui l’ont vu entrer dans la ville, et tous ceux qui l’ont vu lorsqu’on est allé à Fungu vendredi matin. L’étonnement de voir une femme Blanche qui plus est, au volant d’un 4x4 !!! Certains doivent encore avoir du mal à s’en remettre. 

            Mais que ce passe-t-il en France, en ce jour de la fête du travail ? Sûrement beaucoup de choses très sérieuses, surtout en ce temps de crise. Ici, même si pas mal de gens sont allés au champ ou au chantier le matin, la fête fut belle, écoutez plutôt : j’ai été contacté mardi par deux gars qui, liste en main, faisaient le tour des Kangba, c'est-à-dire des adultes type 35 ans (ch’ui d’dans !) ou plus et (critère très important) qui ne jouent dans aucune des 9 équipes de foot de Zacko. Les noms de 70 hommes étaient inscrits, répartis en deux équipes. Je me suis découvert membre de l’équipe A, et invité à participer à la fête en versant 1000 FCFA. Pas de problème. Vendredi 1er mai à 15h15, chaussé de mes vieilles tennis, revêtu de mon maillot de l’équipe du Cameroun et de mon short de l’ASM offert par Troy Jake, je faisait une entrée remarquée sur le terrain de foot de la ville : j’étais tout seul !!!! En fait le premier Kangba venu participer à la fête de « l’ASKangba ». On m’a indiqué que l’équipe A avait son siège social pour ce jour chez Charles Zacko ; c’est là que je l’ai retrouvé, et que sont arrivés, un par un, mes partenaires du jour. Les maillots et shorts offerts par Madame le député nous ont été remis pour cette après-midi pas comme les autres. Les habitants voulaient du spectacle, ils ont été servis ! Le score : deux œufs, comme on dit en sango lorsqu’il y a 0-0.mais quelle ambiance ; j’ai assuré une partie du spectacle en levant les bras en signe de victoire chaque fois que je touchais le ballon, et les milliers de spectateurs  applaudissaient chaleureusement. Certains joueurs frôlant le quintal, la vitesse de déplacement étaient fortement ralentie … Que de fou-rires, notamment quand le pasteur de l’Église Apostolique Gauthier se trouvait aux prises avec Wasty, le directeur de l’école. Lutte amicale catégorie poids lourd, dans ce vaste ring qu’est notre terrain de foot. J’ai joué les deux mi-temps à ma place favorite (arrière gauche), et n’ai pas pu refiler ma place à un autre, étant un élément indispensable à la défense (et c’est bien vrai d’ailleurs !) Pour ôter de vous tout doute et éviter les mauvaises plaisanteries, allez sur le site regarder les photos, elles ont été, comme d’ailleurs toutes les photos du site, réalisées sans trucage. Merci à Hugor qui s’est bien débrouillé avec l’appareil photos. La nuit tombait quand l’arbitre (qui n’a pas eu beaucoup de travail) a sifflé la fin du match. Je suis rentré à la maison accompagné d’une horde d’enfants qui chantaient et applaudissaient. Après la douche au seau (ah !, à quand ça va couler directement depuis le tuyau accroché au mur de la salle de bain ??!!) j’ai rejoint les joueurs qui avaient cotisé ; le CB adjoint Gervais avait organisé une fête très sympa. On était près de 40, assis dans sa concession au clair de la demi-lune. Repas évolué : en entrée petits gâteaux sucrés, puis salade de concombre-oignon-tomate, suivi d’un cabri au riz ; pour finir, jus de carakandji. La musique, trop forte, comme d’hab, a empêché toute conversation avec les deux épouses du CB assises en face de moi. Mais avec mes voisins le pasteur Gauthier et Alain le Maire, on a bien causé. De retour vers 21h30, je n’ai pas tardé à m’endormir !!!

 

            MARDI 12 MAI, 15h30, BAKOUMA

 

            Me voici à Bakouma, en route pour Bangui, afin de regagner la France. Arrivé hier lundi, j’espérais que le programme prévu se réalise … Mais on est en Afrique, et même quand ce programme est établi entre Blancs, il peut prendre une coloration très … africaine ! Ainsi, je devais voyager ce mardi jusqu’à Bangui grâce à AREVA. Mais voilà que Gaëtan m’apprenait par courrier reçu samedi à Zacko qu’il n’y a plus de vol prévu le mardi 12. Une place m’attend dans celui de jeudi. Vermond et moi décidons néanmoins de quitter Zacko pour Bakouma lundi matin. Bon réflexe, puisqu’arrivé à destination, Gaëtan me dit qu’il a réservé une place dans l’avion de GER, une société privée de rénovation du réseau routier, qui travaille en ce moment ici pour AREVA. Le pilote, Bertrand, est OK pour m’emmener mardi après-midi. On fait affaire ce mardi matin ; je m’étais endormi la veille en me demandant bien quand et comment j’arriverais à Bangui. Donc, à 9h, autour d’une tasse de café, on se met d’accord. Mais c’était sans compter sur la vétusté du … Caterpillar. Le pilote est aussi mécanicien de ce genre de très gros engins qui refont les routes. Le Caterpillar souffre d’un mal être profond : la pompe de direction est morte. Et le projet de vol d’aujourd’hui 15h s’est … envolé !!!! Bon, il reste toujours la piste (!) de jeudi. Mais peut-être qu’une autre possibilité va voir le jour… En tout cas, à l’heure où j’écris ces lignes, je suis en attente d’un vol pour Bangui. Mais je ne suis pas inquiet, puisque Éric, qui travaille chez AREVA-Bakouma, rentre aussi en congés en France par le même vol Air-France que moi. Je suis assis à mon bureau de Bakouma, que j’ai vidé la semaine dernière de tous mes effets personnels afin que les lieux puissent être prêtés aux gens de passage.


Retour sur ces jours derniers.


Samedi 2 mai, Ana, Aubin et les autres ont repris la direction de Bangassou en début de matinée. J’ai alors pris la direction du chantier du canal, appareil photo à la main, afin de retrouver plus de 70 hommes de toutes origines en plein boulot entre des rochers et les espaces de terre noire, et de garder trace de tout ce travail communautaire. La suite de la journée est passée vite, entre baignade à Fungu, travail perso, rangement de mon chez moi et rencontres variées.


Dimanche 3 mai, messe particulière, en cette journée mondiale de prière pour les vocations. J’ai prêché sur ce sujet, développant largement le thème de la vocation au ministère de prêtre naissant au sein même de la communauté de Zacko. De même qu’une famille en bonne santé et unie donne naissance à des enfants, de même une paroisse doit donner vie à des projets de vocations chez les jeunes garçons. C’est aussi pour cela que je suis au milieu d’eux : pour que dans l’Église locale croissent des vocations de prêtre diocésain. Après la messe, j’ai rapidement pris la direction de Bakouma avec, à mon bord, plusieurs M’bororos, dont un jeune qui s’était fait encorné par une vache venant de vêler. La cuisse gauche ressemblait à un amas de chair. (Je fini par penser qu’on s’habitue à tout). Et il avait eu cet accident 3 jours auparavant, en pleine brousse. Il a fallu tout ce temps pour l’amener jusqu’à Zacko, pour s’entendre dire qu’il n’y a pas de fil chromé nécessaire pour recoudre la chair. Alors ils ont fait appel à moi. Arrivés à Bakouma, il a été pris en charge par … l’accoucheur Alfred, qui fort heureusement à plus d’une corde à son arc. Il a été bien soigné. Cette soirée à Bakouma m’a permis de dialoguer longuement avec Gaëtan au sujet de la paroisse de Zacko, de cette période au cours de laquelle j’allais être absent. Lundi matin, après le petit-dèj, j’ai embarqué quelques tables offertes par AREVA aux différents services publics de la sous-préfecture ; puis je suis passé chez l’inspecteur du primaire Denis afin de prendre 4 cartons tout plein de livres scolaires neufs destinés à l’école de Zacko. À l’hôpital, carnets de santé en main, j’ai demandé et obtenu les médicaments destinés à certains malades du SIDA résidant à Zacko. Alain, le maire de Zacko avec qui j’avais fait le voyage aller, était aussi du retour. On a embarqué 4 choristes de Zacko ayant terminé leur rencontre interparoissiale, ainsi qu’un militaire de retour dans ses foyers, fusil mitrailleur à l’épaule. Et c’est à 12h que nous entré à Zacko. A la mairie, j’ai déposé les tables, et à la maison les livres de l’école ; le directeur souhaitant commencer à les utiliser à la rentrée prochaine seulement, il me demande de les garder en lieu sûr. Dans l’après-midi, réunion avec l’APE du jardin d’enfants, École Catholique donc ; la rencontre s’est terminée en queue de poisson, vu la mésentente entre les 5 membres du bureau. Je les ai laissés à leurs disputes et leurs accusations sans fin envoyées à la figure les uns des autres ; et puis, la nuit était tombée, et j’étais fatigué. Les éclats de voix qui ont suivi m’ont laissé entendre qu’ils avaient encore du travail… Mardi matin, les enfants de l’école midi sont venus comme à l’accoutumée chercher les brouettes, les pelles, les barres à mine afin de continuer le long travail d’égalisation du terrain du centre polyvalent. L’après midi, ceux de l’école du matin prennent le relais. Les outils n’ont pas le temps de se reposer !  Je note sur papier leur participation, et leur verse une somme d’argent tous les 3 ou 4 jours ; ils peuvent ainsi s’acheter quelques objets qui leur font plaisir, souvent des vêtements ou des sandales.


Mercredi matin, 4 d’entre eux sont venus m’accompagner afin de mesurer la longueur exacte du canal qui est quasiment terminé. Le résultat est conforme à mes prévisions : 1530 mètres de la source jusqu’au pied du château d’eau. On a ainsi déambulé pendant 3 heures, double décamètre à la main, marchant dans et le long du canal qui serpente entre les arbres et les taillis. Régulièrement, je dégainais le pistolet agrafeur afin de fixer aux arbres des repères de distance. Le catéchiste Benjamin, embauché par Aubin, a de son côté commencé à creuser le réservoir destiné à alimenter en eau les robinets placés à l’école et en bas du bloc opératoire. Puis il fera la fosse destinée aux fondations du château d’eau. L’après-midi, réunion de l’association dont je suis le président : ASKANGBA. Les membres élus comme moi au cours de la soirée du 1er mai ont répondu présent, ainsi que d’autres adultes intéressés par le projet d’association. La réunion fut conviviale, l’ambiance bon enfant, animée par Paul Sappaï et Gervais, l’adjoint CB. On a décidé de travailler dans les semaines qui viennent à la rédaction des statuts de l’association ; aussi ai-je consacré ma matinée de vendredi à mettre sur papier un certain nombre d’idées précises afin d’apporter ma pierre à ce document, alors que les membres du bureau s’attelleront à cette rédaction pendant mon absence.


Jeudi matin, réunion de travail avec Vermond ; c’était l’occasion de faire le point et de lui donner le maximum d’infos afin que tout se passe bien pendant mon absence. On a rédigé le calendrier des évènements de ces trois mois à venir, regardé la question des comptes, des versements des salaires, et divers points de la vie de la paroisse et de la communauté. Je profite de moments de calme pour mettre de l’ordre dans mes papiers, faire du tri, ranger.


Samedi matin, petit dèj avec le Conseil, suivi d’un bout de réunion afin de parler de divers aspects de la paroisse, avant que je ne parte en congés. Puis j’ai été à la brigade porter le projet de statuts à mon Vice-président, ai salué les membres du centre de santé puis me suis rendu chez le maire pour un bon moment d’échange. À la sortie, la voisine Marie-José, conseillère de la paroisse, m’offrit le café et les beignets. En début d’aprèm, ultime virée à Fungu ; peu de monde à cette heure chaude de la journée ; j’ai pu me prélasser longuement dans l’eau chaude, discutant avec les quelques enfants et adultes venus eux aussi profiter de ce lieu si particulier. Dans l’après-midi, pas mal de gens sont venus me saluer et me souhaiter bon voyage, ce fut la même chose dimanche tout au long de la journée.


Dimanche 10 au matin, alors que Vermond était parti à Bamara, je présidai la messe au centre ville. J’ai dit en fin de célébration un tout petit mot au sujet de mes congés. Malgré l’humour que j’y ai inscrit, je n’ai pu empêcher les larmes sur les joues d’un certain nombre de gens. Cela fait si longtemps que je suis au milieu d’eux. Il y avait beaucoup d’émotion dans la voix de certains, à la sortie de la messe. Dans l’après-midi, plusieurs personnes sont venues vérifier que je laissais mes affaires dans les placards : « donc tu vas bien revenir. » disaient-ils, néanmoins attristés par mon départ en congés. En cette fin de journée, voyant que bon nombre d’enfants ne quittaient pas la maison, j’ai organisé une soirée purée (merci Mousseline !) accompagnée de pain. Les 12 présents se sont régalés, et ont ensuite pris le chemin de leur maison.


Lundi matin, je suis allé saluer toute l’école à l’occasion de la traditionnelle levée des couleurs du début de la semaine ; certains d’entre eux, des enfants et aussi des adultes, n’ont pu retenir leurs larmes. Ils m’auraient presque fait pleurer !

Mais ne cachons rien, je suis heureux de partir en congés ! Partir un temps, retrouver la famille et les amis, pour mieux revenir au milieu de ceux avec qui je partage le quotidien ; c’est ainsi que j’envisage ce temps de repos et de rencontres. Et puis je sais que le témoignage « direct » est aussi très important. Je tâcherai d’être à la hauteur des attentes des gens que je vais rencontrer en Auvergne, et de leur permettre d’ouvrir des yeux différents sur cette région du continent africain.

 

 

 

J’ai l’impression de refermer ce soir les pages de ce récit que j’ai entamé le 27 septembre 2007. Je dois avouer tout d’abord qu’au moment de clore cette étape, je n’ai jamais relu intégralement ce que j’ai écrit. Pour quelles raisons ? Le manque de temps peut-être. Et aussi le fait que chaque jour qui se lève invite à avancer. J’ai écrit avant tout pour moi, afin de nourrir ma prière, de souffler aussi. C’est comme si je parlais à quelqu’un de tout proche captivé par ce que je lui racontais. Et c’est devenu vous, amis lecteurs de ce carnet de bord. C’est devenu une manière de vous « parler », amis lecteurs de ces pages, dont j’ignore d’ailleurs le nombre (le nombre de pages, et le nombre de lecteurs !). Difficile alors de qualifier ce récit. Ni autobiographie, ni récit de voyage, ni analyse politico-économique, mais simple mise en ligne (aux deux sens du terme !) de ce que les habitants de la région et moi avons partagé pendant près de 20 mois. Expression écrite des joies, des peines, des fou-rires, des coups de gueule, des touches d’espérance, des ras-le-bol, des inquiétudes, des incompréhensions réciproques, des liens qui se tissent, des chemins de paix intérieure et partagée qui s’ouvrent.

 

« Le meilleur moyen de garder le bonheur, c’est de le partager. » Cette parole anime ma vie de chaque jour depuis des dizaines d’années, et pour longtemps encore sans doute.

L’aventure continue !

 

Je rends grâce à Dieu pour ce qu’il m’est donné de vivre. Dans les difficultés, je n’ai jamais été seul un instant. Dans le quotidien, je me suis épanoui grâce à Lui, et grâce à ceux avec qui j’ai partagé ici le labeur de chaque jour. Humblement, je me suis mis à la tâche. J’ai essayé de m’atteler à mettre en œuvre les 4 points de la lettre de mission que m’avait remis Monseigneur Aguirre : Créer la paroisse et conforter la communauté catholique ; suivre la construction du bloc opératoire ; lutter contre les forces du mal, la sorcellerie ; être un ainé, un guide pour les jeunes confrères prêtres diocésains. Il y a du travail à poursuivre dans chacune de ces 4 dimensions. Avec la grâce de Dieu et le soutien de tous, d’ici et d’ailleurs, je pourrai continuer cette mission. Avec la force de l’Esprit-Saint.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Mardi 10 mars 2009


Arrivé hier à Bangassou  pour une session des prêtres, Michel est en pleine forme!Comme il en a l'habitude, il nous a fait parvenir la suite du carnet de bord. Nous en sommes au chapitre 17!  
                                  Bonne lecture à vous tous!

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Mardi 10 mars 2009

MERCREDI 18 FEVRIER, Zacko

 

             Depuis quelques jours, suite à des pluies quasi diluviennes qui se sont abattues sur la région dimanche et lundi, il fait chaud en fin de journée, et les insectes nous envahissent, attirés par la lumière diffusée par les ampoules extérieures et intérieures ; aussi ces charmantes fourmis volantes énormes (par rapport à celles de l’Europe) et les jolies termites (que quand on les écrase à la main ou avec tout autre instrument, à que ça laisse du gras partout !) jaillissent de toute part, s’en donnent à cœur joie et trouvent souvent un moyen de s’infiltrer à travers les moustiquaires des portes et fenêtres. Bon, il me faut me calfeutrer pour rédiger ces lignes, sous peine d’avoir l’écran petit à petit envahi de ces créatures à la fois discrètes et vraiment gênantes. Depuis mon retour de Bangui, il n’y a pas eu vraiment de repos, mais tout se passe bien dans l’ensemble : la session-rencontre des choristes des paroisses de Bakouma et Zacko a démarré comme prévu lundi. Dès dimanche, les premiers invités de Bakouma sont arrivés, ceux qui sont membres de la coordination, et les techniciens. Certains sont venus à vélo, d’autres ont profité de mon passage à Bakouma pour embarquer avec le matériel de sono destiné à compléter celui de Zacko. Arrivé à Bakouma  samedi après-midi, j’en suis reparti dimanche à 5h15. A mon bord, une des épouses du directeur de l’école et ses enfants, que j’avais embarqué à Bangassou, ainsi que Désiré, le catéchiste qui avait eu un accident en sciant un arbre, et que j’avais emmené à Bangassou en même temps que les parents afin qu’il consulte un médecin. Le programme « passager + bagages » était cool, et j’ai chargé à Niakari 4 sacs de 4 cuvettes de manioc chacun. 16 cuvettes, c’est un sacré poids dans la voiture : 350 kg environ. A cela s’ajoutait un sac de farine de 50 kg pour la famille de Rock, et les bagages des uns et des autres. Pas de problèmes cependant pour prendre la sono de Bakouma, et le technicien. Mais là où ça s’est corsé, et où j’ai manifesté calmement mon profond regret, c’est quand Gaëtan m’a expliqué qu’il fallait absolument que j’embarque le malade Alphonse Lengangou. Je l’avais amené en novembre pour qu’il soit bien soigné des plaies qui rongent sa jambe droite. Et voilà qu’en arrivant ce samedi, Gaëtan me dit que l’accompagnement de cet homme pèse trop sur la communauté. Les gens n’arrivent pas à s’organiser pour lui porter à manger. Vous auriez vu ma tête ! J’ai mal reçu ce propos ; quand je pense à tous les discours et les bonnes paroles qui sortent de leurs bouches, et quand je vois l’incapacité à accompagner un de leurs frères malade, je m’interroge … et les interrogerai : pour ma prochaine homélie à Bakouma, le thème est tout trouvé. Bref, à 5h15, je suis arrivé à l’hôpital et ai emmené Alphonse. Arrivé à Zacko à 8h, j’ai déposé madame du directeur Wasty chez eux, puis Alphonse chez lui, me demandant intérieurement pendant tout le trajet ce qui allait se passer pour lui ; et là, chance et joie, la maison est ouverte, bien tenue : sa fille est revenu, avec son mari. Elle est prête à s’occuper de son papa. Et côté soin, un membre du centre de santé fera les soins à domicile. Ouf ! Souhaitons que ça dure ainsi !

De retour à la maison, j’ai pris une douche et bu un café avec le stagiaire Hervé qui, basé à Bakouma, vient ici comme animateur principal de la session. Il y a aussi Barthélémy, chauffeur de Monseigneur, venu en voiture sans son patron mais avec un médecin espagnol désireux de voir les travaux du bloc opératoire. Carlos fait partie de la délégation de 5 espagnols venus consacrer trois semaines aux patients souffrant de hernie, fibrome et goitre. Ils passent chaque jour de longues heures dans le bloc opératoire de Bangondé afin d’opérer le plus grand nombre de malades. Carlos parle français (ce qui n’est pas le cas des autres) et a une longue expérience de ce genre de missions. Ça le passionne, et d’autres choses du continent le passionnent tout autant, comme la nature – il est resté en admiration devant notre arbre, qui est selon lui membre de la famille des ficus – comme les traditions ethniques, etc. A 8h45, la messe a débuté et Carlos n’en a presque rien perdu, enregistrant tout dans son caméscope numérique. Sitôt la messe terminée, Aimé a guidé Carlos et Barthélémy sur les chantiers d’or et de diamant. Puis à 12h déjeuner et retour pour les deux à Bangassou. Hervé s’est installé dans ses appartements et moi, j’ai fait une bonne sieste !

Lundi, journée pour atterrir : rangement des bagages, notamment de tout un tas de trucs laissés par les jeunes de Godefroy et leurs accompagnateurs, et par mes parents. J’ai fait encore un peu de rangement et de ménage hier mardi. Vraiment j’étais très en retard, et je ne suis pas fâché de me poser à la maison. Ce mois a été passionnant, riche en rencontres de gens accueillis, et donc pas de tout repos….

            La session des choristes a débuté dans la joie, et la bonne centaine de participants est heureuse de se rassembler pour chanter, partager les repas, participer aux carrefours, suivre les enseignements d’Hervé et moi ; demain c’est au tour de Gaëtan de développer un aspect du thème principal de cette année : le Carême.

Avec Hervé, les échanges sont vraiment intéressants ; Vermont va rentrer de la session des prêtres centrafricains dans quelques jours, et nous prenons le temps des repas pour partager sur des sujets de fond : l’inculturation de la foi dans le pays, la formation des prêtres, la place des laïcs …

 

            LUNDI 23 FEVRIER, 14h30

 

            La jante de voiture qui sert de cloche à Bakouma résonne : André le catéchiste appelle certains catéchumènes pour leur rencontre hebdomadaire. C’est une réalité réconfortante et exigeante tout à la fois : le nombre de catéchumènes, c'est-à-dire de candidats de tous âges désireux de recevoir le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, ce nombre est important dans chaque paroisse ; dans la plupart des centres, tel Bakouma ou Zacko, c’est plusieurs dizaines de gens que réunissent les catéchistes. Dans les chapelles, c’est plus inégal. C’est selon le dynamisme de la communauté et sa taille, le témoignage des membres de ladite communauté dans le village, et bien entendu la disponibilité des gens aux appels de l’Esprit-Saint. en tout cas, il faut bien accompagner les catéchistes qui accompagnent tous ces « curieux de Dieu » vers les Sacrements, afin que naisse dans leur cœur cette capacité à dire un jour « Je crois », et à renoncer à ce qui empêche d’accueillir tout Homme comme son prochain, lui comme moi étant habité de Dieu. Les Sacrements reçus ne sont pas la recette magique pour que le chrétien soit devenu un chrétien modèle, et le reste ! Il faut rappeler à chaque instant ce qui est né en eux, à leur demande. Tel le cultivateur, il faut travailler sans cesse son cœur afin que ce qui en jaillit révèle Jésus-Christ.

C’est dans cette perspective que sont organisées ces sessions-rencontres des choristes. Il s’agit bien de formation, d’enseignement sur un thème choisi, et qui veut nourrir la foi des choristes. Ainsi Hervé a été l’animateur principal de cette semaine au cours de laquelle 155 choristes ont pu écouter ses enseignements. Partant du chapitre 6 de l’Evangile selon St Matthieu, il a déployé durant certaines matinées et après-midis ce que chacun peut vivre en Carême. J’ai moi-même animé la matinée de jeudi, développant le thème de la prière, appuyant ma réflexion sur les 5 doigts de la main permettant d’oser une prière personnelle signe d’une relation vraie avec Dieu, avec le Christ ; ainsi les 5 doigts de la main sont comme des repères dans cette relation qui s’établit : le premier et le cinquième pour le signe de la croix du début et de la fin, les trois autres doigts étant les points d’appui de : singila, pardon, unda, c'est-à-dire merci, pardon, s’il te plait. Entre les doigts de la main ouverte devant nous, l’air qui passe se veut rappeler les temps de respiration nécessaire dans toute prière, les espaces de silence permettant à Dieu de parler à nos cœurs. Les choristes ont vraiment apprécié cet aspect concret de la main ouverte facilitant la mémorisation de mon propos. Un autre aspect de cette session, et qui m’a vraiment passionné, c’est le volet création : chaque chorale est invitée à présenter aux autres un chant ou deux (ou même davantage) de sa création. Durant les heures quotidiennes dévolues au chant, chaque chorale à tour de rôle présente ce qui vient de son cru, et tous les choristes l’apprennent. Et ça, ça crée une sorte d’émulation que je n’avais pas saisi auparavant, et qui motive les choristes à participer à ces sessions-rencontres. On imagine aisément la joie des choristes des petites chapelles partageant leur création aux autres ! Et il faut voir celles et ceux qui savent écrire, cahier posé sur les genoux et Bic ou crayon en main, le nez devant les tableaux noirs couverts de ces textes de chants nouveaux, en train de les recopier afin de s’emparer de ces nouveautés qui vont devenir leur propriété. De retour chez eux, les paroissiens de leur chapelle ou église vont les découvrir, les apprendre, les chanter. La création de chants religieux est très dynamique dans le diocèse. Le projet de Jean-Alain et Hervé, les stagiaires séminaristes passionnés de chants et de musiques, de monter une chorale « d’exception » qui exécute des concerts-veillées de prière, prend sa source dans cet engouement de beaucoup de créer les textes et musiques pour prier et célébrer. Tous ici s’accordent à dire que ce qui a été présenté durant cette semaine à Zacko est de bonne qualité, tant au niveau du contenu que de l’accompagnement. J’ai personnellement « flashé » pour plusieurs chants, dont 2 créés par Hervé, et un de Yanguchi. La session, c’est aussi des moments de détente, et j’ai proposé à 4 reprises des soirées cinéma. Grâce au vidéoprojecteur de l’abbé Gaëtan, j’ai présenté des films variés reproduits sur l’écran géant, qui n’est autre qu’un beau drap de l’armée espagnole agrafé à une latte servant à la finition des plafonds du centre paroissial, et accrochée au pignon de l’église. Des vidéocassettes qui commencent toutes par le slogan : « cette projection s’inscrit exclusivement dans le cadre familial … » et qui amènent près de 2000 personnes (je n’exagère pas !) à se presser à la nuit tombée afin d’assister à cette récréation.  (C’est la famille hyper nombreuse !) La sono de l’église et le mégaphone géant permettent à tous de ne rien perdre du son, et à plus de 500 mètres du lieu, on peut tout suivre du film ! Alors deux soirs ont été consacrés à la projection du Jésus de Franco Zeffirelli ; ça a beaucoup plu à nombre de spectateurs. Vu qu’il dure 6h20, j’en ai projeté deux extraits d’une heure trente environ. Le film qui a eu vraiment beaucoup de succès est « le ballon d’or ». C’est l’histoire d’un petit garçon vivant dans un petit village de Guinée-Conakry, et qui n’a qu’un rêve : devenir un grand footballeur. Depuis que ma marraine a envoyé ce film amené par mes parents, je l’ai projeté déjà 5 fois, dont une sur « écran géant ». Dans cette histoire drôle, tout le monde ici se reconnait à un moment ou l’autre dans l’un ou l’autre des personnages. Bien évidemment les garçons rêvent de ressembler à Bandian, le héros de cette histoire qui se termine à Roissy lorsque l’enfant brandit au chauffeur de taxi la lettre lui demandant de se rendre à St Etienne. Mais la scène de dispute des deux femmes de Moussa, le père de Bandian, ne laisse personne indifférent ! Ni les moyens de transport utilisés par l’enfant pour se rendre à la capitale, à savoir des camions surchargés de bagages et de passagers. Bref, quel succès ! Hier soir dimanche, j’ai voulu changer de registre en leur proposant « 1001 pattes ». Les dessins animés avec des animaux qui parlent et réagissent comme les humains, ce n’est pas le « truc » de tout le monde ici. Pourtant nombre de contes centrafricains mettent en scène des animaux de la forêt et de la savane, parfois même en dialogue avec l’Homme. Mais ce n’est pas un vrai film, disent beaucoup. Et puis il y a un obstacle de taille : la langue. Trop peu de gens comprennent le français. Alors pour ce qui est de Jésus, on peut savoir ce qui se passe ; pour Bandian, on se reconnait. Mais en ce qui concerne les sauterelles et les fourmis, c’est une autre histoire. Parmi les spectateurs, certains ont beaucoup ri, il y a en effet des scènes drôles dans ce long dessin animé, notamment les mimiques des insectes héros de cette aventure. Mais d’autres voulaient voir un vrai film. Ce sera pour une prochaine fois, le vidéoprojecteur est retourné chez son propriétaire. N’imaginez pas un public silencieux, les yeux rivés à l’écran : c’est un brouhaha permanent sur place, les uns expliquant aux autres ce qui se passe, d’autres faisant des commentaires, et parfois prenant parti pour ou contre le héros à l’écran. Il fallait entendre les commentaires chaque fois que Judas apparaissait à l’écran ! Et Pierre trahissant Jésus ! Et dans un autre ordre d’idée, la scène avec le masque de sorcellerie porté par le compagnon de Bandian était pas mal non plus !

Durant cette semaine, je n’ai pas consacré mon temps qu’aux choristes (ça aurait été trop beau !) Plusieurs réunions ont eu lieu, notamment celle du conseil paroissial, au cours duquel on a fait le point sur les projets à finaliser, comme le centre polyvalent, ou le nouveau projet : la construction d’une église digne de ce nom. Bon, les gens semblent motivés pour cela ; euh … moi aussi, mais à condition qu’on achève d’abord ce qu’on a commencé, et qu’on réfléchisse au financement. Parce que ça n’est pas une mince affaire. Et même si les paroissiens se mettront au travail pour extraire du sable, du gravier, faire des briques et les cuire, il faut des sous, beaucoup de sous. Autre réunion, comme chaque vendredi, celle de Caritas. J’ai expliqué le pourquoi du retour d’Alphonse Lengangou, et ce que quelques membres et moi avions mis en place pour que les soins se poursuivent via le centre de santé. Samedi après-midi, c’est avec les membres de Saint-Vincent de Paul que j’avais réunion, afin avec le vice président Daniel de prendre la température de ce groupe composé de gens très nombreux et motivés dans leur tâche d’accompagnement des pauvres et des malades. Je leur ai redit ce que j’avais eu l’occasion de dire aux choristes lorsque j’ai développé la question de la charité : il y a toujours plus pauvre que nous. (J’ouvre cette parenthèse pour préciser que cette réflexion a motivé l’évêque de Clermont à me confier à son homologue de Bangassou, et c’est cette parole qu’il a souvent dite aux Clermontois pour expliquer son choix).

Dimanche matin, hier donc, la messe fut vraiment belle ; pensez-vous, plus de 150 choristes qui ont vécu une semaine ensemble, et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes, ça ne peut qu’être superbe. Et un peu plus long que d’habitude aussi : plus de 3h30 ! Ce n’est pas tant la durée que la chaleur qui fatigue. La procession d’offertoire a duré près d’une heure, et que fait-on pendant tout ce temps ? Et bien on danse ! Et je ne suis pas en reste. Alors sous la chasuble heureusement tissée en Côte-d’Ivoire, donc légère, j’avais vraiment chaud, et soif ! Comme sans doute beaucoup de paroissiens ! C’est la fête, et pour mieux comprendre pourquoi les paroissiens des Eglises chrétiennes déploient tant d’énergie dans le chant et la danse au cours des messes et offices, il faut savoir que c’est le seul moment de retrouvailles. Le dimanche, on ne s’invite pas pour le repas ; on se retrouve parfois au stade ou à l’ombre d’un manguier dans l’après-midi, mais après le culte en matinée, chacun regagne sa maison. Alors le temps de fête se situe à l’église. C’est vraiment là qu’on prend le temps de la rencontre, avec Dieu et aussi avec les autres. Alors, oui, on « s’éclate », mais avec respect ; celui ou celle en tête de la danse entrainant une partie des paroissiens donne le rythme, le type de déhanchement, la manière d’avancer, de se pencher, de se redresser. Et ceux qui sont à leur place applaudissent, chantent à tue-tête, et poussent des youyous qui résonnent sous les tôles et à l’extérieur. L’homélie est un exercice difficile qui doit permettre un dialogue entre le prédicateur et l’assemblée. Ce n’est pas la longueur de l’homélie qui indispose les gens, c’est la manière de la prononcer. Le dialogue tient l’auditoire en éveil, et captive son intérêt pour l’enseignement qui est donné. Le silence fait partie de la célébration, et de plus en plus, suite aux petits rappels et enseignements que je donne à ce sujet ; d’ailleurs hier matin, le catéchiste qui préside aux prières de début de messe a dit que désormais, et suite à ce que j’avais développé auprès des choristes, il y a aura un vrai temps de silence entre la fin des répétitions de chants et le début de la messe ; c’est ainsi qu’on peut préparer son cœur à ce qui va suivre. C’est bien de voir que des petites choses avancent. Voilà, la messe, un grand moment, quelque soit la taille de la chapelle et le nombre de participants.

Les choristes se sont réunis sur la place centrale de Zacko pour offrir hier aux habitants une sorte d’après-midi concert sympa : assis sous les manguiers, de part et d’autre du mat du drapeau de la RCA, ils ont entonné tout un tas de chants religieux, au fur et à mesure de la demande ; en effet, ce concert est doublé d’une séance de dédicace qui se déroule ainsi : moyennant 100 Francs, vous pouvez demander que les choristes chantent un chant de votre choix. Mieux que sur NRJ !!!! Là, c’est vraiment du direct live ! Vous payez la somme demandée, un rédacteur écrit sur un morceau de papier votre nom, et le nom des gens à qui vous dédicacez la chanson. Quand vient votre tour, un animateur lit votre message, puis les choristes exécutent le chant. Mais qui donc fait une dédicace ? Et bien des gens très divers, figurez vous ! Et c’est ainsi que vous pouvez entendre que telle famille demande tel chant pour leurs amis de Bangui, ou tel nom à consonance musulmane demande une dédicace, et ne connaissant pas de chants catholiques, se trouve « servi » sur un chant de Communion !!! Il y a foule à la table de rédaction des messages. Les gens se pressent pour être sûrs d’être retenus. Et puis la nuit tombe vite, il faut boucler avant qu’on n’y voit plus rien.  Bref, c’est l’effervescence bonne enfant. Et tout le monde est heureux, les spectateurs comme les choristes.

Quelques moments de détente à Fungu avec les enfants de la ville embarqués en voiture, pour leur plus grande joie, on rythmé deux fins d’après-midi, ainsi que le samedi matin suite à un match de foot bien sympa. Ça faisait un moment que je n’avais pas poussé le ballon ! Ce sont les congés de mi-trimestre qui durent 5 jours, (un peu les vacances d’hiver, sans la neige !) alors les enfants sont un peu désœuvrés, et viennent à la paroisse afin d’emprunter un ballon, écouter de la musique, faire un petit travail de nettoyage et d’entretien des lieux, duquel ils espèrent un petit cadeau (ce qui arrive parfois, mais pas systématiquement). Avec l’un ou l’autre, il peut y avoir aussi un temps d’échange un peu plus long, plus personnel aussi, ce que j’apprécie, et eux aussi je crois.

Dimanche soir, 17h45 ; la nuit était tombée quand Jean, un monsieur inconnu de moi est venu me demander de me rendre avec lui à Bamara afin d’y chercher le corps d’un jeune de 18 ans décédé là bas. Junior, c’est son nom, souffrait de crises de démence, et était parti depuis trois jours de chez ses parents, destination inconnue. Il avait dit un jour vouloir aller à Bangui à pied. Nombre de gens l’ont cherché dans cette direction sans succès, et il est revenu à Bamara tellement fatigué de ne rien avoir mangé qu’il n’a pas pu regagner Zacko. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, et il y a eu comme un vent d’affolement et des cris de douleur et de détresse dans la ville. Ayant embarqué  Gauthier, pasteur de l’Eglise Apostolique et oncle du défunt, lui, Jean et moi partons de nuit sur cette piste incertaine. Tout au long des 18 km, nous doublons nombre de gens, des hommes jeunes, armés de leur lampe torche, partis prêter main forte à ceux qui les ont précédés afin de ramener le corps. 18 km à pied avec le corps porté sur les épaules, c’est vraiment long. Je n’ai pas hésité un instant quand Jean est arrivé à la maison. À tous ceux que nous avons rencontrés en route, un même mot : « retournez en ville ». À l’entrée de Bamara, nous retrouvons les porteurs qui s’étaient mis en route. On installe le corps de Junior et eux trouvent place auprès de lui. Notre arrivée à Zacko, à la maison du défunt, m’oblige à fendre lentement une foule compacte dont certains sont au bord de l’hystérie, d’autres en larmes, d’autres se bousculant pour voir le visage de Junior. Rapidement, je descends de la voiture et armé de ma lampe de poche, je donne quelques directives brèves et claires afin de tenter de ramener un peu de calme. Cela se révèle efficace. Junior est extrait de la voiture sans bousculade. Puis je regagne la maison, laissant cette foule de proches et d’amis pleurer celui qui les quitte. La place mortuaire s’organisera et au long de la nuit, on entendra les chants, les prières montant de la maison où se pressent des centaines de gens.

Cette semaine avec Hervé a été vraiment agréable ; les temps de repas ont été de bons moments de discussion, sa présence de jeune expérimenté dans ce genre de manifestation a été aussi très utile pour moi. Et puis Rock nous a mitonnés de bons petits plats….

Autre bonne nouvelle, deux camions bien chargés de matériel sont arrivés à Zacko. C’est la société Telecel qui les a affrétés, afin qu’ils débutent la construction de l’émetteur ! Youpi, un jour enfin, nous aurons le téléphone. Alors le mythe du missionnaire isolé, injoignable, perdu dans « sa » brousse, va encore s’effriter un peu plus…. !!!!

 

            LUNDI 2 MARS, 11h

 

            Un vent un peu plus frais que d’habitude balaye doucement la colline. Ces jours-ci, quelques pluies à la fois courtes et fortes sont tombées sur la région. Ces pluies éparses au cœur de la saison sèche sont vraiment bénéfiques pour les cultures.  Alors dès le lever du soleil, des centaines de gens vont aux champs pour préparer le sol afin de planter ce qu’il faut quand le moment sera venu, dans 1 à 2 mois environ. Beaucoup de gens « retournent à la terre » (pour paraphraser le titre d’une célèbre BD, que j’ouvre ici pour me détendre). La crise mondiale frappe avant tout en RCA tous ceux qui travaillent dans le diamant. Qu’ils soient au plus bas ou au plus haut de l’échelle, du personnel temporaire dans les chantiers au PDG de société internationale, personne n’est épargné. Certes, il y en a qui sont plus à plaindre que d’autres. Hier dimanche, j’ai rencontré Eric, ce Français qui travaille (enfin, travaillait) à Bangana, à 200 km environ vers le Nord-est. 5 jours auparavant, ses véhicules avaient traversé Zacko, à vide. Objectif affiché : fermer la mine. Hier, les deux véhicules – un Berliet hors d’âge en provenance de l’armée (Française ?) et un Hilux récent – étaient l’un et l’autre surchargés de bagages et de passagers. Si certains des hommes restent ici, tout le matériel va être stocké à Dimbi, l’autre chantier de diamant de la région Est de RCA. Le patron d’Eric, une société Sud-Africaine, a décidé de cesser cette activité, devenue non rentable. C’est pas bon pour la région, tout ça. Eric va chercher du travail ailleurs, il n’aura pas de peine à en trouver, en Tanzanie, au sultanat d’Oman … toujours égal à lui-même, c'est-à-dire, un grand sourire barrant sa bouille rougeaude de petit gars très trapu, il m’explique qu’en plus, ils ont été attaqué à Bangana par une bande de braqueurs qui n’ont rien à voir avec les bandes d’ex-( ?)rebelles qui s’agitent toujours dans les zones inhabitées vers le Nord. Et pour mettre un terme à ces exactions, se sont ces ex-rebelles qui s’en sont chargés ; et nul ne doute de l’efficacité de leur action….

Mardi matin, j’ai quitté Bakouma avec, à mon bord, 4 catéchistes arrivés la veille avec Gaëtan. De retour de la session d’Ouango qui a duré un mois, ils avaient hâte de retrouver leurs familles. Après avoir déposé Benjamin à Kono afin qu’il regagne Kpangou à pied (15 km), j’ai invité les trois autres à déjeuner avant qu’ils poursuivent leur route jusqu’à Yanguhoda -PK 13-, Bamara -PK18-, Yanguchi -PK24-. Sieste nécessaire puis réunion avec les délégués des équipes de Caritas et Renouveau Charismatique, afin de préparer la journée de retraite spirituelle de vendredi. Je suis allé ensuite en voiture chercher la presse à brique de la paroisse, que les Foyers Chrétiens avaient utilisé au bord d’Ambilo pour faire des briques à cuire et à vendre, afin de renflouer leur caisse d’équipe. Cette presse a pris avec moi la direction de Bamara le lendemain mercredi.

Ce mercredi, c’est celui des Cendres ; premier jour de Carême. Au programme, que Vermond et moi avions préparé, messe pour moi à Bamara. Et voilà qu’en traversant Yanguhoda, je trouve la communauté catholique au travail, dans leur concession ; ils continuent de travailler à la construction de leur chapelle. Et là, interpellation amicale : « abbé, et nous, on ne pourrait pas avoir les Cendres ? » « Akuna matata ! (ça c’est du Kiswahili ; voir : le Roi Lion) Pas de problème ! A mon retour de Bamara ! » Et j’arrive à destination. Les gens sont très nombreux, et les confessions en conséquence. Vers 8h30, alors que je me prépare pour la messe, on m’apporte un café et des beignets tout frais. Je sens que le jour de jeûne et d’abstinence que j’avais en vie de vivre va être bousculé. Je bois et déguste ce qu’on m’a apporté, célèbre, et explique que je me rends à Yanguhoda. Des choristes et des servants d’autel se proposent de m’accompagner. Tout le monde embarque dans la voiture, et on parcourt sans encombre les 5 km qui nous séparent de cette chapelle. « 9h fort » (ça veut dire qu’il est près de 10h), la messe commence, animée par les choristes de Bamara. Tout se passe bien, et après le service de l’autel, nouveau café + beignets, moins frais que ceux du matin, mais tout aussi agréables. Mon désir de jeûne est intact, mais les faits en décident autrement. De retour à Bamara, je dépose mes passagers, et là, c’est le président de la communauté qui me dit : « abbé, tu ne repars pas sans avoir mangé. Et toc, repas composé de riz et de sauce. Adieu, projet de jeûne. J’ai regagné Zacko bien rassasié … après avoir prêché deux fois sur le sens du jeûne pendant le Carême… Faites ce que je dis, pas ce que je fais … Mais je ne culpabilise pas le moindre du monde, désolé ! C’est le signe que la joie est grande chaque fois que le prêtre leur rend visite. Un accueil sincère ne se refuse pas. Je jeûnerai un autre jour ! Courte halte à la maison et à nouveau départ pour une chapelle ; là c’est Kono qui m’attend. La communauté est présente dès mon arrivée vers 14h30. Après les confessions, la messe se déroule avec joie et recueillement. Les participants sont très nombreux, comme dans les deux chapelles visitées le matin. Après la messe, j’ai la tâche pénible d’aller chez le chef de quartier de Kono 2, suite aux plaintes déposées par deux hommes dont les femmes ont été surprises à tour de rôle chez l’un des deux maitres de l’école. L’adultère est condamné ici avec une amende plus ou moins élevée (25 000 à 100 000 FCFA) assortie d’une éventuelle peine de prison. Et me voilà présent pour dénouer le problème suivant : l’enseignant peut-il encore enseigner ? Il faut dire que dans cet accompagnement des écoles, je fais le grand écart permanent entre plusieurs aspects : l’école est villageoise, elle est donc sous la responsabilité du ou des chefs de village, et de l’APE composée de parents d’élèves. Le maitre est choisi par l’APE, est formé par l’Inspection Académique, grâce à ce que l’Eglise catholique met en place… Et c’est cette noble institution qui verse le cadeau mensuel offert par les bienfaiteurs, en l’occurrence AREVA. Il y a donc un contrat établi entre le maitre-parent et le curé, qui stipule entre autre que l’agent-parent garde une moralité digne, tant dans l’école et à l’extérieur. Et c’est à ce titre que je suis convié. Il y a effectivement problème de moralité. Je peux donc lui retirer la mission d’enseignement. L’APE de son côté doit aussi réagir, puisque c’est elle qui embauche ; quant au chef, il veille au bon déroulement des choses dans son village, toutes les choses. Alors assis sous le manguier, entourés d’une foule d’enfants, de jeunes, d’adultes, chacun s’est exprimé : le chef, l’APE, le mari lésé, le curé. Seul le maitre n’a rien dit (il valait mieux, sans doute …). On n’a pas abordé l’aspect pénal de la chose, c’est en cours par ailleurs. Ce qui nous concerne, c’est l’école. Plus d’une heure afin de chercher à sortir de cette impasse. Au final, pas de décision, mais une réflexion que l’APE doit mener afin que l’année se termine bien pour les enfants. Faut-il débaucher ce maitre, en appeler un nouveau ? C’est possible, mais qui appellerons-nous ? J’attends des nouvelles de Kono dans les heures ou les jours qui viennent. Le retour à la maison s’effectue sans souci, de nuit. Soirée « maigre » (quand même !).

Jeudi matin, je me suis encore arraché les yeux et les neurones sur le compte rendu financier demandé par le diocèse. C’est l’arrivée de Vermond qui m’a tiré de ces dossiers incompréhensibles sauf, peut-être (et encore ?) par celui qui les a rédigés… L’abbé Vermond est donc rentré de Bossangoa, où il a vécu avec 6 autres confrères du diocèse une rencontre passionnante à laquelle participaient plus de 100 prêtres diocésains. Il semble qu’ils ont évité le piège « tirons à boulets rouges sur nos évêques », ainsi que celui de « une Eglise en Centrafrique pour et avec des Centrafricains » ; la lettre qu’a écrite Mgr Sarah, Secrétaire de Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, est arrivée au bon moment, peu de temps après sa visite en RCA, qui fut vécue par certains prêtres, et aussi évêques, comme une remise des pendules à l’heure. Le document a été au centre de nombreux carrefours et mises en commun. Vermond est rentré heureux de ce séjour qui s’était prolongé à Bangui. Et à Bangassou. C’est ensemble qu’on entre en Carême dans notre paroisse. Jeudi après-midi, avec les enfants de la ville, on a ressorti la raquette, cette fameuse batte de baseball qui n’est autre qu’un morceau de bois dont la tête est entourée de mousse de plastique, et qui permet de damer (c’est ainsi qu’on dit ici, en sango !) le ballon noir taille 1 de Décathlon. Les matchs furent appréciés des nombreux spectateurs, composés des élèves sortant de l’école et des gens rentrant des champs qui, bois ou bassines rivés à leur tête, suivaient du regard les évolutions du ballon et des joueurs.

Vendredi, première journée de retraite de Carême, à destination plus particulière des membres de Caritas et du Renouveau Charismatique. Ce fut une belle journée de rencontre, de prière, d’enseignement, de repos aussi. Comme c’est un jour de jeûne, et afin qu’on jeûne ensemble, on a contacté des membres d’un autre mouvement afin qu’ils viennent nous préparer une bouillie à partager à midi ; il nous fallait bien reprendre des forces avant l’adoration du St Sacrement et le chemin de Croix. Et l’équipe nous a préparé non pas une mais deux marmites de bouillie, une pour midi, et une pour 16h à partager entre tous les participants du Chemin de Croix. Tant pis pour le maigre du vendredi, je fus rassasié ….

 

 

MARDI 3 MARS, 7h45

 

Levé depuis 5h20, j’ai pris le temps de prier à la grotte, aidé du bréviaire et profitant du calme des lieux, alors que le soleil levant de couleur quasi blanche commençait à illuminer la région. A 6h, Vermond a présidé la messe à laquelle peu de gens se sont rendus, le froid du matin (à peine 20°) les ayant sans doute quelque peu paralysés.

Samedi, la matinée fut comme souvent d’abord consacrée à l’accueil de gens de tous horizons demandant toutes sortes de choses. Puis vers 8h30 a débuté la réunion mensuelle du Conseil Général. Cette assemblée réunit les bureaux de chaque mouvement et fraternité du centre. On a fini a midi après avoir « balayé » tout un tas de sujets allant du programme des danseuses pour Pâques au bilan financier 2008, en passant par diverses doléances émanant d’équipes ou de personnes, dont les demandes sont là aussi hétéroclites …. L’ambiance d’ensemble est détendue, et je bouleverse sans doute les habitudes en demandant avant le début de la réunion que soient exposés succinctement les « divers » qui ont cours en deuxième partie de rencontre. Il s’agit de maitriser le temps, et (surtout ?!) les participants. Ceux-ci commencent à s’y habituer. Après-midi calme, avec en spectacle vivant la deuxième mi-temps du match Black-Stars Olympique de Béal. A l’issue du match, le directeur de l’école Wasty m’a invité à partager son repas, pour le plaisir de se retrouver chez lui et pour me remercier d’avoir amené son épouse et leurs trois enfants la semaine dernière. J’ai passé un bon moment dans sa concession, autour de viande de vache, de courge en boulettes et de boule de manioc. Fin de reps, un verre de lait chaud et des beignets. Un bon moment, vraiment. De retour à la maison, soirée à lutter contre les centaines d’insectes volants qui envahissent toute zone illuminée même faiblement. Vraiment, je ne regrette pas d’avoir fait accrocher des moustiquaires aux fenêtres et aux grilles des portes. Mais l’ampoule de la terrasse est littéralement prise d’asseau par ces insectes, souvent mini, et pas si mini que ça parfois ! C’est alors qu’interviennent les chauves-souris qui font le ménage d’un coup de langue bien affutée, aidées de ces lézards quasi transparents qui se déplacent silencieusement sur les murs et surprennent les insectes volants faisant une halte-repos. Ah, les lois de la nature …

Dimanche matin, 6h30, Vermond prend la direction de Yanguchi pour y célébrer le premier dimanche de Carême ; je me prépare pour vivre ici cette messe. À l’issue de celle-ci, je fais un rapide état des caisses avec les conseillers, et découvre un trou de plus de 11 000 FCFA. C’est l’écart entre le cahier de compte et le contenu de la caisse. Je prends alors en main les choses et reprends la compta de ces derniers mois pour m’apercevoir, Ô joie ! que le commissaire aux comptes s’est trompé dans quelques unes des additions et soustractions. Ouf, je respire. J’en profite pour rappeler au vice-président que, parce que c’est lui qui a la clé des coffres qui sont gardés chez moi ordinairement, ils ne doivent en aucun cas se trouver chez lui. C’est pourtant simple à comprendre, mais l’application …. Cette réunion finie, Théophile m’emmène au quartier visiter une dame paralysée en partie (hémiplégie ?) et qui est alitée dans la maison voisine de Désiré, le berger du Renouveau. J’ai dialogué un moment avec cette dame autour de laquelle se joue un bon esprit de solidarité puisque, chaque jour, à tour de rôle, des voisins lui apportent à manger, d’autres femmes viennent lui faire sa toilette. Les enfants de Désiré sont souvent auprès d’elle. Théophile et moi décidons avec elle de demander la visite d’un infirmier du centre de santé. Courte prière et retour à la maison, où m’attend Jolys. Ce catéchiste était parti ce matin avec Vermond, et il est maintenant assis là, mais sans ma voiture ni le reste de l’équipage. L’inquiétude traverse mon esprit. Que s’est-il passé ? Il explique que sur le chemin du retour, à 6 km d’ici, Vermond a mal négocié la traversée d’une rivière, et a « planté » la voiture sur un tronc d’arbre se trouvant dans l’eau. Pour eux, pas d’autre solution que de tirer la voiture, avec une autre. Bonne idée, mais qui peut nous aider ? Le véhicule de BADICA est à Bangui, Souleymane est reparti à Bria la veille. Il reste celui de Didou, qui lui aussi fait la route Bria – Zacko. Nous y descendons, au moment où résonne l’appel à la prière à la mosquée. Arrivés chez lui, il nous demande de patienter et, 15 mn plus tard, il revient. Jolys lui explique la situation. Didou accepte bien volontiers de faire le déplacement. Il embarque à bord de son pick-up ses 4 gars apprentis et hommes à tout faire, et nous voilà partis pour la rivière Ndrassa. Ma voiture est bien plantée sur un tronc d’arbre enfoncé dans le fond de la rivière depuis des années. Le reste d’un pont. Sous la voiture, nous contemplons l’étendue des dégâts : les lames maitresses arrières droites sont cassées, l’axe d’entrainement du pont arrière est tombé, et est littéralement planté dans le tronc. Vermond reconnait qu’il est entré très vite, beaucoup trop vite dans la rivière. Le résultat est là, il faut achever de démonter l’axe, tirer ensuite la voiture, et faire une réparation de fortune qui permette de revenir à Zacko. Merci à Didou et son équipe, tout est rentré dans l’ordre.

 

MERCREDI 4 MARS, 18h20

 

            C’est justement la voiture qui m’a appelé, et m’a interrompu dans mon travail de rédaction. En effet hier matin, aidé de Vermond et d’Aimé, j’ai pris la direction des opérations : j’ai démonté l’ensemble du système de suspension arrière droit, ce qui implique de déboulonner tout un tas d’axes enduits de terre sèche ou grippés par la rouille. L’outillage ne manquant heureusement pas, on a pu tout extraire en moins de deux heures. On a commencé par lever la voiture avec le cric et, comme on n’a pas de fosse, la maintenir en l’air grâce à plusieurs savants empilements de sections carrées de bois rouge, restant des charpentes de nos constructions. Puis vient le temps du démontage de la partie cassée. Difficile de rendre compte par écrit de ce type d’opération qui se déroule sans aucune machine, uniquement à la force des bras, et aussi des neurones, notamment quand un boulon est récalcitrant : on emboite le manche creux et en métal de la hache dans l’axe plein de la clé multifonctions, sur laquelle on y a fixé préalablement la tête au bon diamètre du boulon. Et on essaye de tourner, jusqu’à ce qu’il obéisse. Ça marche, bien même. Ayant enfin extrait le lourd jeu de lames en acier, l’ultime tâche consiste à séparer les lames maitresses des autres lames plus courtes. Ce sont ces longues lames qui ont cassé sous la violence du choc, et qu’il faut souder. Le poste à soudure le plus proche se trouve à Bakouma, et Vermond est donc parti ce matin en moto avec les pièces. Espérons qu’il reviendra demain avec les éléments à nouveau utilisables. Il faudra tout remonter, sans rien oublier !!!! Après ces deux heures allongé sous ma voiture, un grand thé très sucré avec un nuage de lait fut le bienvenu, tandis que les autres buvaient un café, sucré et au lait.

Lundi, la journée avait commencé très sympathiquement par une rencontre d’environ une heure et demie entre Vermond et moi, afin de faire le point sur divers sujets : calendrier des récos de Carême, Semaine Sainte, nos congés, … un pêle-mêle classique dans les réunions d’équipe de prêtres. Diverses visites reçues à la maison ont occupé la fin de matinée, et j’ai saisi l’occasion d’un début d’après-midi calme pour me plonger près d’une heure à Fungu. Puis c’est le projet Orphelin qui a réuni Vermond, trois conseillers et moi pendant une heure. Il s’agit de mettre en place un suivi des orphelins de Zacko et des alentours, en coordination avec Bangassou. Un orphelin, qu’est ce que c’est ? C’est un enfant âgé de 0 à 14 ans, dont l’un des deux parents ou les deux sont décédés, ou dont les parents sont marqués par un handicap lourd, ou sont atteints par le SIDA. Voyez que derrière le mot Orphelin se révèlent des réalités diverses. C’est depuis l’Italie que ce projet est soutenu, d’où son nom : « Solidale Zacko Orphelin » ; chaque paroisse du diocèse intercale son nom entre les deux mots Solidale et Orphelin. Solidale, c’est l’Italien de Solidarité. C’est un soutien aux enfants dans deux domaines : la santé et l’éducation, dont la scolarité. Ces deux domaines sont pris en charge par le projet. En aucun cas il s’agit de construire un orphelinat, encore moins de bouleverser ce qui se vit déjà dans les familles. En fait, il s’agit de venir en aide aux familles concernées, afin qu’elles se regroupent par quartier pour s’entraider autour des enfants dont elles ont la charge. Un des gros boulots de l’animateur sera de soutenir ces groupements appelés communauté de vie. Créer des initiatives rémunératrices, se soutenir dans les difficultés, être attentifs les uns aux autres, c’est autant de défis à relever ensemble. L’animateur, qui n’est pas encore trouvé (on a des idées, mais … !) est entouré de volontaires (là aussi à appeler), et Vermond est le responsable du projet dans la paroisse. Je pense que c’est un beau projet, et qui nous permet de répondre à un réel besoin.

Hier soir, j’ai regardé les épisodes 18 et 19 de la Saison 2 de « Prison break » ; souvent après le diner, je m’installe dans mon fauteuil avec une tisane et mets en route un ou deux épisodes avant d’aller au lit vers 21h. Un bon moment de détente et de solitude choisie ! Quand j’aurai terminé la saison 2, j’attaquerai l’intégrale de 24h Chrono. J’ai reçu les 6 saisons … à mon rythme, y en a pour des semaines, des mois !

 

Ce matin, je suis descendu un moment en centre ville afin de payer quelques dettes au centre de santé concernant les soins de la jambe d’André, cet enfant que Caritas a commencé à prendre en charge, ce qui avait amené ses parents à bouger dans le même sens. Il est ravi d’aller à l’école, et vient me voir chaque jour afin de parler un instant de tout et de rien ; je lui ai donné 1500 francs afin qu’il s’achète un « jean ». Je lui ai remis un des teeshirts taille enfant amené par les Auvergnats de Godefroy. J’ai traversé ensuite le marché et salué plein de gens, en particulier des femmes vendant les produits de leurs champs, ou du champ des autres … C’est l’occasion d’échanger un brin de conversation, de taquiner, de plaisanter. Pendant ce temps, mon bureau était envahi de CM1 et CM2 ; les yeux rivés à l’ordi, ils regardaient un film, LE film culte à Zacko, « Le ballon d’or ». Certains le voyaient pour le 6è fois ! Mais que faisaient donc les CM hors de l’école un mercredi matin ??? Et bien, cramponnez-vous, ils étaient dispensés de cours. En effet leur maitre Wasty, qui est aussi le directeur, était réquisitionné par son église Baptiste pour presser les briques du futur lieu de culte … Qu’à cela ne tienne, les élèves sont mis en congé. Mais certains sont réquisitionnés pour prêter main forte à leur enseignant … ! J’ai parfois le sentiment que ça ne tourne pas rond, et qu’entre les discours volontaristes et les faits concrets, c’est le grand écart.

A midi, j’ai failli être tout seul à table, mais Melvin qui est venu me voir pour sa scolarité, a accepté avec joie mon invitation. Ça nous a permis un bon moment tous les deux ; il fait partie des jeunes voulant entrer au petit séminaire. Cet après-midi, j’ai passé plus de 2 heures avec lui et les 4 autres CM2 candidats au concours d’entrée au petit séminaire. Ils sont 5, de niveaux bien différents. Combien seront retenus à l’issue du concours prévu en mai ou juin prochain ? 2 ou 3 ? En tout cas ils sont tous motivés, et ont aussi tous des progrès à faire, tant en français qu’en math. Heureusement que j’ai acheté des livres d’occasion à Bangui. Je prends le temps avec eux de réviser des cours déjà notés dans leur cahier, et de faire de la lecture.

           

            JEUDI 5 MARS, 18h15

 

            Pour la septième fois en un mois, « le ballon d’or » a occupé mon ordi cet après-midi. Des jeunes qui n’avaient pas assisté à une des projections de ce film culte, il en existe donc encore ici à Zacko ! Ils s’identifient tous plus ou moins à ce petit Guinéen du nom de Bandian. Qui ne rêve pas de voir un jour ces villes, ces routes goudronnées, ces bus bondés, ces gratte-ciels, ces lumières multicolores, … ? Ici, on est à Zacko ; tout ce qu’on voit de beau dans les films fait rêver. Alors de même que Bandian va de Makono en Guinée à l’ASSE (=St Etienne), nombre d’entre eux rêvent, ne serait-ce que d’aller à Bangui. Mais c’est si loin, et si compliqué de voyager dans le pays. Pour quelques-uns d’entre eux, un jour viendra. Mais pour tous les autres ….

            Ce matin, ce fut le retour de Vermond, fièrement assis sur la moto emprunté à Jean-Paul, le sympathique voisin ; mon confrère a ramené les lames maitresses de la voiture. Son court séjour à Bakouma a été efficace, puisqu’il a pu même trouver une autre lame sur laquelle on a prélevé un morceau remplaçant celui qui a disparu dans la rivière Ndrassa. Et nous voilà à nouveau tous les deux à 4 pattes sous la voiture. Il est à peine 10h. Il a fallu des trésors d’ingéniosité pour remettre le pont arrière dans l’axe, avant de pouvoir replacer sans faute le jeu de lames complet. Il a fallu de la patience pour reboulonner les jumelles, ces pièces qui servent à suspendre les lames. Et puis on a remis l’arbre de transmission, autrement dit l’axe d’entrainement du pont arrière ; et tout un tas de boulons, d’écrous, de pièces en métal de poids divers ; à 13h, on a pu passer à table, fatigués et heureux.

Cet après-midi fut donc calme, sauf chez moi où le bureau s’est donc transformé en salle vidéo. J’ai essayé d’installer une imprimante photocopieuse donnée par Jean-Gabriel, un coopérant de Berberati qui a dû rentrer précipitamment en France pour raisons de santé. Bonne machine, la Brother DCP 357C, mais la cartouche de noir ne diffuse pas son contenu. Comment faire pour que ça marche ? Je vais réfléchir à ce qu’il convient de décider. En tout cas, si la fonction de photocopieuse est en état, ça rendra de grands services aux gens. On peut toujours appuyer sur la touche couleur plutôt que noir et blanc, mais c’est plus cher !

 

            LUNDI 9 MARS, 14h30

 

            C’est depuis Bangassou que j’écris les dernières lignes de ce chapitre. Le cyber va ouvrir d’ici 30 minutes environ, je vais donc en profiter. Vermond et moi sommes arrivés à 11h30 ce matin, convoqués ainsi que tous les prêtres du diocèse par notre évêque pour deux jours de réflexion sur les sacrements.

            Vendredi fut une journée calme pour moi ; Vermond présidant la deuxième journée de récollection, proposée ce jour-là aux choristes, j’en ai profité pour faire tout un tas de rangements et de tris, ainsi que pour préparer des documents, notamment les contrats de travail des employés de la paroisse. C’est tout un tas de petites choses qui prennent du temps, et auxquelles il faut consacrer du temps avant qu’il ne soit trop tard ! Le chemin de croix à 15h a réuni beaucoup de gens, il était présidé par le catéchiste Jolys, et le choix des chants fut plus heureux que vendredi passé ; plus heureux parce que plus varié, contrairement au premier au cours duquel un seul chant ponctua les déplacements entre chacune des 14 stations …. Un seul chant, et en plus ennuyeux au possible tant il est larmoyant et lancinant. Fin de journée passée à attendre la fraicheur ! Je me suis couché tôt (20h15), et me suis levé aux aurores, retrouvant comme chaque samedi une quarantaine de personnes venues prier à la grotte avant l’eucharistie. A 7h15, j’ai sauté sur mon VTT direction Kono. A 8h15, début d’une réunion consacrée essentiellement à l’alphabétisation des adultes, l’AFI, Alphabétisation Fonctionnelle Intensive. Sous la paillotte, le président de l’APE, des notables du village, un des maitres de l’école (pas celui qui est sous le coup d’une amende pour adultères…). On a mis en place tout ce qu’il faut pour que cette formation permette aux adultes de Kono d’apprendre à lire et à écrire en sango. La méthode a fait ses preuves. Le village de Lengo, à 10 km de Bakouma, vient de finir la sienne. En 48 jours de cours, les élèves, ou mieux les apprenants sont capables de lire et écrire dans leur langue. Ils peuvent alors ouvrir le Nouveau Testament (et même l’ancien !), ou encore écrire à leur famille. L’étape suivante est l’apprentissage de la langue française ; on verra ce qu’il est possible de faire à l’issue de cette première formation. Reste à trouver le formateur. C’est Caritas du diocèse qui s’occupe de cela, et nous assure le financement de ce projet. Côté sous, pas de souci, j’ai bien l’enveloppe de 300 000 FCFA afin d’assurer le suivi de tout le projet. Côté formateur, moins simple : les moyens de communication sont difficiles, si bien que le formateur prévu ne sait pas que c’est lui qui est pressenti ; or il habite à 10 km de Ouango, c'est-à-dire à 240 km de Kono … Comment le joindre d’ici vendredi, afin qu’il embarque avec moi et débute son travail lundi 16 mars ?? Vermond m’a astucieusement suggéré de chercher parmi les formateurs ayant exercé à Bakouma. C’est tellement plus simple en effet. Je ne sais pas ce que vont dire les responsables Caritas de Bangassou … mais il faut être réaliste.

Après midi consacrée à la préparation de la journée Caritas, qui se déroulera dans le pays le 22 mars prochain. Assis sous le gros ficus devant la maison, les membres de Saint-Vincent et Caritas ont uni leurs forces pour mettre en place un programme permettant de vivre avec la communauté catholique une journée pas ordinaire. Une journée, des journées peut-être, si on arrive à mobiliser beaucoup de gens la veille 21 mars pour aller nettoyer les maisons des pauvres, laver leur linge, amener du bois pour le feu. Samedi prochain, on fignolera ce programme qui devrait aussi offrir aux paroissiens la possibilité d’une « veillée » de prière le 19, entre 16h et 18h. Une des grandes questions qui se pose, que je me pose, et à laquelle je n’y vois pas encore très clair, c’est l’accompagnement des pauvres effectué par les autres églises chrétiennes, et les musulmans. Aucun de ces lieux ne semble avoir de mouvement et fraternité aussi bien établi que ceux qui existent dans l’Eglise Catholique. Et de notre côté, on aide tous les pauvres, quelque soit leur appartenance religieuse. Alors que faire pour  associer les autres confessions religieuses, ou mieux éveiller en elles - chez elles -  la nécessité de prendre en compte leurs paroissiens démunis ? Cette question vient entre autre du fait que le nombre de gens dans la misère, qui ont été recensés, avoisine –voire dépasse- les 200 personnes. On n’a pas les reins assez solides pour faire un suivi permanent de tant de gens. Or leurs besoins sont notamment d’ordre alimentaire, mais aussi très souvent d’ordre sanitaire. Et ça, c’est tout de suite très cher. La communauté catholique n’a pas les moyens financiers pour accompagner tant de gens, et personnellement je me refuse à n’aider que ceux qui sont membres de notre communauté. Bref, un sujet important à poursuivre.

Dimanche matin je suis parti à nouveau en VTT, mais cette fois vers le Nord, à 13 km. Les paroissiens de Yanguhoda m’attendaient pour la messe. Près de 50 personnes étaient présentes, dont plus de la moitié sont des catéchumènes ; parmi ces derniers, des enfants, des adultes, guidés par le catéchiste Ferdinand qui les réunit de 15h à 17h trois fois par semaine. J’ai célébré la messe à l’ombre des arbres, à côté des poteaux de bois rouge fraichement plantés dans le sol. La chapelle Saint-Benoît de Yanguhoda est en train de voir le jour ! Si tout va bien, les travaux seront achevés pour Pâques, je pourrai y présider la messe et y faire les baptêmes de bébés. Pour les grands, un peu de patience, ils débutent maintenant la formation prévue pour durer deux ans.

De retour à Zacko après un café, j’ai préparé la voiture en vue de rejoindre Bakouma dans l’après-midi. Après avoir transféré le gas-oil du fût vers le réservoir et vérifié les niveaux, Vermond et moi avons embarqué nos passagers : 4 ici, puis 4 à Kono. Au total 5 malades dont des cas plutôt graves. Un est d’ailleurs resté à l’hôpital de Bakouma, les autres sont arrivés ce matin à Bangassou. Soirée cool à Bakouma, et ce matin réparation du pneu crevé la veille. Avec le cordonnier, on a recousu le flanc du Michelin déchiré par les satanées pierres blanches coupantes qui jalonnent notre route. Puis on a réparé la chambre à air et remonté le tout. L’arrivée à Bangassou par le bac nous a amené à déposer les passagers dans divers lieux de la ville, puis on s’est mis à table après que j’ai eu le temps de téléphoner en Bretagne afin de signaler mon arrivée dans des zones pourvues en réseau téléphonique !

Au cours de ce séjour à Bangassou, session des prêtres, session du Collège des Consulteurs, achats en ville, soirée entre européens, rencontre des petits séminaristes, et sans doute bien d’autres choses, comme des heures sur Internet !

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 19 février 2009
Après avoir raccompagné ses parents à Bangui, Michel est reparti pour Zacko vendredi dernier, toujours en pleine forme. Il a profité de son passage à Bangui, puis à Bangassou pour nous faire parvenir la suite de son carnet de bord. Bonne lecture donc!

N'hésitez pas à découvrir encore les nouvelles photos que Michel nous a fait parvenir. Il y a trois nouveaux albums: celui des ordinations du 30 novembre dernier ainsi que celui de l'avancée des travaux à Zacko. Vous allez pouvoir découvrir la toute nouvelle école maternelle de Zacko réalisée à partir de vos dons. Le gros oeuvre est quasiment terminé et il va falloir bientôt songer à l'aménagement intérieur. C'est plutôt bon signe....

De nouvelles photos seront mises en ligne d'ici la fin de semaine. Elles viennent de nous parvenir par les parents de Michel; elles viendront illustrer le dernier chapitre de son carnet de bord.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Jeudi 19 février 2009

 

JEUDI 15 JANVIER 2009, Zacko

 

Nouvelle année, nouveau chapitre … mais voilà 15 jours que je n’ai pas ouvert mon ordi. J’avais une bonne raison : je ne l’ai pas emmené dans mes pérégrinations qui m’ont mené à Bangassou et Bangui. Alors, histoire de ne pas perdre le fil, petit flash back sur de riches évènements.

Tout d’abord, le passage à l’année 2009, vécu à Bakouma, fut un vrai bon moment de calme et de repos, en compagnie des sœurs, de Patrick et Marie-Do, d’Hervé, de l’abbé Martin, et de Monseigneur Aguirre. Soirée cool accompagnée des chants et musiques des paroissiens rassemblées très nombreux dans l’église pour une veillée festive. J’y ai passé environ 30 minutes, c’était vraiment sympa. Vers 22h, dessert chez les sœurs. En fait de dessert, tout plein de toasts aux parfums divers, accompagnés de boissons plus ou moins fortes, consommées avec modération, rassurez-vous. Vers minuit, courte prière à la grotte, alors que le froid s’installe ; les paroissiens viennent offrir à Notre-Dame cette année nouvelle. Jeudi matin, messe de la nouvelle année présidée par l’évêque, qui regagne ensuite Bangassou. Pour moi, c’est repos et préparation de la venue des jeunes ; quelques coups de fil à Bangui, en France, afin de vérifier que tout se prépare bien. Samedi matin, Patrick et Marie-Do démarrent le Pick-up double-cabine Hilux, et embarquent 4 petits séminaristes, Hervé (lui c’est le grand séminariste), et moi. Bien entendu, il y a un monceau de bagages, dont pas mal de nourriture pour les 5 lycéens de la maison Eric. Après midi Internet, évidemment (!), puis soirée repos, histoire d’affronter les deux jours suivants avec sérénité. Dimanche 10h, top départ pour Bangui. Barthélemy au volant, l’évêque à sa droite, et assis à l’arrière, trois abbés, Fidèle le vicaire général, Martin, et moi. Pause aux chutes de Kembé, arrêt à Kongbo pour rencontrer les abbés, puis nuit à Alindao. Le lendemain matin, tout le monde est prêt à 5h45, et on arrive sans encombre à Bangui à 16h. Chacun gagne son lieu d’accueil : leurs familles pour Fidèle et Martin, la maison Bangassou pour Barthélémy, le centre Cuche-Rousset pour l’évêque (Cuche-Rousset est le nom d’un ancien évêque de Bangui). Moi, je retrouve sœur Béatrice et sœur Julienne au centre d’accueil missionnaire, derrière la cathédrale.

 Au menu de ces deux jours, repos, marche à pied dans la capitale, rencontres impromptues et très souvent sympas. A ce sujet, et tant pis pour mes chevilles, nombre de gens discutant avec moi sont agréablement surpris de mon sango. Il est pur, disent-ils, et avec un très bon accent. C’est eux qu’ils disent … J’ai acheté pas mal de livres scolaires d’occaz’, vu la pénurie de livres neufs qui marque le pays. J’anticipe pour le fond de la bibliothèque. C’est chaque fois de longues minutes de marchandage, d’abord parce que les livres sont malheureusement parfois en fort mauvais état, et aussi parce que je n’ai pas beaucoup de sous. Autre aspect de ces journées : j’ai rencontré quelques expat’, c’est d’ailleurs la première fois pour moi depuis mon arrivée en RCA. Ainsi, j’ai passé mardi une soirée très agréable chez Sylvie, une auvergnate enseignante au lycée français de Bangui. « Un diner bien franchouillard », comme elle me l’a proposé : pâtes au bleu, saucisson, accompagné d’un bon cru de rouge … d’Australie ! Ça change du manioc et de la viande de brousse. Nos échanges sur le rythme de vie des profs et des élèves de ce lycée Charles-de-Gaulle m’a permis d’en savoir un peu plus sur cet univers qui m’est si étranger. J’ai pu aussi parler de ce que je vis à Zacko. Je suis rentré à pied, guidé par la lumière blafarde des quelques lampadaires encore en état de fonctionnement.

Rencontre aussi avec Laetitia, épouse de Sébastien, PDG de CFAO, que j’ai rencontré un peu plus tard sur son lieu de travail alors que je vérifiais si la location des véhicules faite par Godefroy était OK. A ce sujet, moment de frayeur, alors que je pose la question à la secrétaire AVIS de CFAO ; elle me répond : « désolé, j’ai bien une réservation, mais c’est pour la société Orange ». J’vous explique pas la tête que j’ai faite. Je cours et vole avec mon portable (Orange) et appelle Godefroy. Enfin je joins Cédric Vigier, le prof chargé de la réservation. D’abord, gros stress, puis soulagement à la hauteur du stress : on comprend que la secrétaire a confondu le serveur Internet de Cédric avec ladite société, à savoir Orange ; moi, c’est Yahoo, lui c’est Orange, mais Cédric, il travaille pas chez Orange … merci, Gladys, pour le p’tit coup d’adrénaline ! Un coca glacé avec Ahmed chez son pote Libanais m’a rafraichi le gosier en cet après-midi de mercredi où je courais de labo en labo afin d’en trouver un qui veuille bien développer mon DVD de photos. Problème de taille : j’ai réalisé ce DVD avec Windows Vista, et dans ces labos, ils s’arrêtent à XP. Mon ordi était resté à Bakouma. Aucun matériel ne pouvant lire ma sélection de 225 photos à offrir, je commençais à désespérer quand est arrivé au centre d’accueil Gaétan, la voiture chargée de médicaments, accompagné de son ordi. Le même que le mien ! Ouf ! On a basculé toutes les photos sur la clé USB, et le tour fut joué. J’ai récupéré contre 45000 fcfa la totalité des photos que je commence à distribuer aux intéressés.

Jeudi matin, 5h30 ; Barthélémy vient me chercher, et nous prenons la direction de l’aéroport où nous retrouvons Gaétan. Mission à mener à bien : accueillir les Auvergnats et associés ! Échec à cette heure pourtant habituelle pour Air-France : le brouillard empêche l’avion de se poser. Assurés de son arrivée pour 7h30, on repart en ville boire un café. De retour à l’heure dite, deuxième échec ; « revenez pour 11h30 ». Et bien ça me laisse du temps pour aller au cyber, afin de suivre le courrier reçu et à envoyer. 11h30, on y retourne, et là, enfin, l’avion est là, les passagers en descendent alors que Marie-Jeanne, de la Police Nationale Centrafricaine, m’a permis d’accéder à la salle de débarquement des bagages. Nos 8 compères m’aperçoivent, et je détecte un grand soulagement dans le regard de Cédric et Emmanuel, les deux profs de Godefroy-de-Bouillon. J’aperçois ensuite les 4 lycéens, puis je fais connaissance avec Bernard et Jean-Claude, membres de l’assoc  « Electriciens sans Frontières ». Le passage de douane se fait presque sans souci, si ce n’est qu’un emmerdeur en civil poursuivit Jérémie, prétextant qu’il avait fait une photo sur le tarmac. Il avait simplement sorti l’appareil de la poche arrière de son East-Pack. Bref, après quelques palabres et 500 fcfa pour le calmer (il a trouvé que c’était largement insuffisant, ce qui n’étonne personne connaissant les lieux…) je m’en suis débarrassé. Et voilà la troupe embarquée dans nos deux véhicules, celui de Monseigneur et celui de Gaétan, pour les premiers tours de roue sur le sol centrafricain. Au centre d’accueil qui porte bien son nom, repas sympa (il est quand même 13h30), puis balade en ville avant le coucher de soleil ; on échange des Euros contre des CFA à Eco Bank, qui s’installe en ce moment dans tout le pays ; c’est vraiment bon signe pour la RCA. Le lendemain vendredi, pendant que Cédric et Bernard vont chercher les voitures et les chauffeurs qui vont avec, puis se dirigeront vers le lycée technique afin de visiter les lieux, les autres et moi partons avec Gaétan chez le PDG d’AREVA Centrafrique, monsieur Henri De Dinechin. Accueil agréable et dialogue franc sur les projets de la société à Bakouma, tant au plan de l’extraction de l’Uranium que sur le volet social prévu auprès des habitants de Bakouma. Après-midi achat de denrées alimentaires et autres bricoles pour le voyage. Soirée au resto, afin que nos hôtes dégustent des produits exotiques : du crocodile pour les uns, du python pour les autres. Dommage, le stock de chenilles était épuisé. Ça faisait pourtant envie à plusieurs d’entre nous.

 

VENDREDI 16 JANVIER

 

Samedi 10 janvier, 6h30 : les deux Land Cruiser Toyota s’ébranlent doucement. Ils sont chargés à bloc, vu le nombre de bagages amenés par les auvergnats. Dans leurs sacs, il y a bien évidemment leurs affaires perso, mais aussi des tas de choses pour moi, pour Zacko, pour les enfants, pour la paroisse. Un chargeur de batterie, 2000 calendriers, des cahiers, des livres pour la bibliothèque, l’imprimante de l’abbé Clotaire,…. Tout rentre dans les vastes coffres, y compris Jérémy, le plus petit des 4 lycéens qui accepte bien volontiers de se caler au milieu des bagages pendant ces 4 jours de pistes qui nous séparent de Zacko. Nous passons le point de contrôle de PK 12 sans souci, idem au PK 30 à la barrière de la douane. Les yeux grands ouverts, ceux qui arrivent du pays de la neige et du froid se régalent de la verdeur du paysage. On apprend aussi à faire connaissance, entre nous et avec les deux chauffeurs Elysée et Jules. Le premier étant dans le véhicule de tête, c’est au second de le suivre, et là, il y a chez les passagers des moments de frayeur justifiés par la vitesse excessive et le manque de respect des voies de circulation sur les 190 km de goudron. Je me permets quelques remarques à Elysée, affin que tout se passe bien pour tout le monde … et qu’on arrive entiers à Alindao où nous devons passer la nuit. L’arrêt omelette/café à Grimari fait découvrir aux Français la joie qui règne dans les gares routières du pays. 20 km après la pause, le calvaire commence pour les véhicules et leurs passagers, conducteur compris ; c’est le début de la mauvaise piste, et à part quelques zones de répit dans la région d’Alindao, et entre Bangassou et Bakouma, ça ne nous quittera pas. On réduit largement la vitesse moyenne, qui chute de 80 km par heure à moins de 30. Ça laisse le temps de contempler les paysages, les villages qu’on traverse, et de discuter sur tout un tas d’aspects de la vie des Centrafricains. A Alindao, l’équipe nous accueille vraiment bien, et pour nos amis, c’est le premier diner avec un menu centrafricain ; ils découvrent la boule de manioc, qui n’a pas vraiment de succès, le kaoya, « notre » potiron, et l’igname, qui par contre régalent leurs estomacs qui ne crachent pas non plus sur le poulet grillé, le cabri, et les tranches de vache (en RCA, y a pas de bœuf). 21h, tout le monde dormait, sans doute bercé par les secousses encaissées tout au long de la journée.

Le lendemain dimanche, départ pour Bangassou. Arrêt dépose de courrier à la paroisse de Kembé, puis pique-nique aux chutes du même nom. Au menu, du saucisson, et du camembert ! Ah, les Français ! On arrive à destination à 13h15, et Cyril nous sert un succulent Capitaine accompagné de spaghetti coupés en tout petits morceaux (m’enfin, à quoi ça sert qu’y en ait qui se décarcassent à faire des trucs longs et fins si c’est pour les couper avant de les faire cuire ???!!!). Pas de sieste pour les braves : sœur Juliette nous attend à 15h15 pour une visite complète du Bloc Opératoire St Raphaël de Bangondé. Nos amis électriciens et étudiants mesurent, analysent, commentent, écrivent, photographient … tout est passé au peigne fin. Rien n’échappe à ces passionnés ! Avant que ne se couche le soleil, je guide les chauffeurs jusqu’au fleuve, et là on loue deux pirogues pour un petit tour sur le Mbomou. Après quelques hésitations, c’est finalement tout le petit groupe qui embarque pour une balade très exotique. Moment de fou rire et de détente avant de rentrer pour se doucher, diner et se reposer ; Patrick et Marie-Do invitent les volontaires pour une citronnelle, Jean-Claude, Bernard et moi répondons présents, et nous passons une fin de soirée au frais sur leur terrasse.

Lundi matin, le plein de gasoil fait chez Total-Bangassou, nous voilà partis pour Bakouma. En route, j’achète deux singes et deux gazelles, tous fraichement abattus par les chasseurs d’un village situé à 55 km de notre arrivée. Ils nous présentent d’ailleurs un de leurs trophées du matin : un pangolin géant. Vraiment énorme, la bête, je n’en avais jamais vu d’aussi maous ! Les écailles sont gigantesques sur un corps impressionnant. Après avoir réglé 4500 FCFA l’achat des 4 bestioles qui finiront dans nos estomacs, on range les gazelles dans un sac et on accroche les singes aux rétroviseurs extérieurs d’un des 4x4, et on poursuit notre route. Alphonse nous attend pour le déjeuner et s’empresse de nous préparer une des gazelles qu’il accompagne de la boule jaune, celle au maïs. On se régale, puis on part à la chute d’eau voir la défunte turbine ; Robert nous accompagne et la joyeuse bande continue son travail de mesure, de photo, d’analyse… que de moments drôles quand ils ont voulu mesurer le débit de la rivière, puis celui de la conduite forcée, en y mettant des feuilles censées ressortir à l’autre bout du tuyau ! Le lendemain mardi, deux groupes sont mis en place : le premier retourne à la chute pour d’autres mesures, puis visite l’hôpital, et moi je guide les autres jusqu’à AREVA pour une visite des lieux. L’accueil que nous réserve le chef de camp Anton est chaleureux, et Didier nous fait découvrir les différents lieux, tout en répondant aux questions de Cédric, Emmanuel et Jean-Claude.  Vers 11h, retrouvailles à la paroisse, et top départ pour la dernière étape de ce périple : la piste vers Zacko. On y arrive vers 14h, après une courte pause à Limit afin d’acheter un énorme ananas, et à Kono pour saluer les gens, verser aux maitres parents la somme qu’AREVA leur offre pour décembre, soit 15 000 FCFA chacun.

 

SAMEDI 17 JANVIER

 

Notre arrivée mardi à Zacko ne passe pas inaperçue, avec les deux 4X4 et tout plein de Blancs dedans. Arrivée à la maison, l’équipe s’installe dans les deux chambres d’accueil et monte les tentes à l’intérieur afin que ceux qui n’ont pas la chance de dormir dans un lit soient néanmoins protégés des moustiques. Les chauffeurs trouvent de la place dans les chambres du petit presbytère. Rock nous prépare un excellent diner, puis dès le mercredi, tout le monde se met au travail, les uns côté bloc opératoire, les autres réfléchissant aux questions d’eau potable. En fin de journée, on se rend tous à pied à la source de Gonda afin de vérifier les calculs que j’avais fait il y a un mois avec Ghislain. Il semble possible de capter l’eau de la source pour en amener une partie jusque sur la colline. Difficile de décrire ce qui se passe en ce moment dans la maison : c’est une véritable ruche où chacun s’active à sa tâche, crayon en main ou à la bouche, bloc-notes ouvert et qui se remplit de chiffres, de dessins, de plans, d’estimations. De temps à autre, le côté prof reprend le dessus chez Emmanuel et Cédric. Mais les remontrances, justifiées, auprès de « leurs » 4 lycéens, ne durent qu’un instant. Je trouve qu’ils leur donnent vraiment les moyens de rédiger eux-mêmes leur rapport de stage, sans le faire à leur place, mais en suggérant ce qui leur permettra d’être OK à la fin de ce mois janvier, pour le grand oral. Bernard a bourlingué au Burkina-Faso à trois reprises pour ESF, dans le cadre de suivi d’aménagement de centres de santé ; il nous fait part de son expérience, et enrichit nos réflexions. Jean-Claude découvre le « métier » de bénévole à ESF, et aussi l’Afrique. Son appareil mitraille (trop ?) tout ce qui passe et se passe, et il pose beaucoup de questions. Bref, l’équipe est vraiment sympa. Ce n’est pour moi pas de tout repos, mais c’est tellement bien ! Je passe une super semaine, heureux qu’ils découvrent tous par eux-mêmes ce qui se vit ici. Le long dialogue qu’ils ont eu jeudi avec Constant, le SG de la mairie, leur a ouvert les yeux sur beaucoup d’aspect s de la vie ici : les relations avec Bakouma, la crise que traverse la région suite à la chute du cours de diamant, la sorcellerie, la conversation dure plus d’une heure ; je n’y étais pas, et je pense que c’était bien ainsi, afin qu’ils soient, les uns et les autres, libres de leurs questions et de leurs réactions. Pendant ce temps, j’ai réparé les 8 tables-bancs cassés de l’école maternelle ; en effet, ils sont faits pour les poids plume, pas pour les adultes qui les ont utilisés pour la messe du 28 décembre dernier. Cyril en fabrique de nouveaux, pour la nouvelle école. Un modèle qu’on espère solide et résistant à toutes les tailles, à tous les poids !

Jeudi soir, à la nuit tombée, barbecue dans le jardin ; la cuisse de cabri fut préparée et cuisinée de main de maitre par Bernard, et on s’est tous régalé. Ce matin, on a déambulé dans les quartiers et dans les chantiers de diamant et d’or. Les gens nous ont bien accueillis et ont discuté en Français avec les uns et les autres ; Fabien Chapelle, caméra au point, ne perdait rien des explications données par les différents travailleurs. Au retour, je sers à chacun un verre de carakandji, qu’on appelle officiellement en français amarante (enfin, il parait…). J’avais préparé la boisson hier, elle rafraichit les gorges sèches, et plusieurs s’empressent d’écrire la recette. Aux enfants qui nous ont accompagnés pour la balade, j’offre une boulette de viande, ce qui fait le bonheur de tous dont celui d’Abbas, qui doit les vendre pour le compte de sa grande sœur. Ils sont venus nombreux ces jours-ci afin de saluer les amis, et recevoir les photos que j’avais fait développer à Bangui.

 

JEUDI 5 FEVRIER, Zacko.

 

Il est 14h30, sur la colline et dans tout le pays, et même en France d’ailleurs. Si l’heure est identique, le climat est quant à lui bien différent : le vent chaud de la saison sèche balaye par moment Zacko, cassant ainsi un court instant la torpeur qui s’abat sur la ville. Dans les salles de l’école, les élèves de l’école midi et leurs enseignants cuisent à petit feu … J’ai plus de chance, j’arrive à garder le frais dans la maison ; mon thermomètre intérieur affiche seulement 29°5. Papa et maman se reposent dans la chambre voisine. Ils sont arrivés le 22 en RCA. Je vais revenir plus loin sur cet évènement ! Cela fait presque trois semaines que je n’ai pas ouvert le carnet de bord. Et ce n’est pas uniquement un problème de temps. J’avais en effet hâte de continuer à mettre par écrit, au fur et à mesure, ce qui se vit ici et dont je suis témoin, auditeur, parfois acteur. Mais voilà, tout n’a pas été tout à fait comme c’était prévu par moi. Rassurez-vous, côté santé et côté moral, tout va bien. Mais les dernières semaines ont été synonymes de péripéties en tout genre, sans aucune gravité.

Retour donc sur ce qui s’est vécu, depuis le 18 janvier dernier (c’est bon de faire travailler sa mémoire !)

Dimanche 18 janvier, 8h30 : les deux 4x4 d’Avis sont chargés des bagages des Auvergnats et associés, ainsi que de ceux de quelques passagers qui rejoindront Bangassou grâce à nous. La messe commence. Peu de choristes ce matin (c’est toujours comme ça après les fêtes, disent certains) mais quelle fête ! Cédric dira dans la voiture « alors là, c’est le coup de grâce ! » Ils ont vécu un grand moment, ces jeunes et ces adultes aux chemins de foi forts divers. La communauté a célébré le dimanche comme d’habitude, mais pour eux, ce fut carrément inhabituel, et ça les a comblés de joie. 11h, au revoir et départ pour Bakouma ; nous y arrivons tranquillement à 13h30, et les sœurs nous accueillent à leur table avec un excellent repas concocté par elles et leur cuisinier Emmanuel. Puis Gaétan qui nous a rejoints emmène une partie du groupe à l’hôpital pendant que le reste prend à nouveau la route de la chute, afin de finaliser  quelques calculs de rotation de la mécanique. A ce sujet, à plusieurs reprises, Bernard et les autres adultes du groupe ont fait l’éloge du travail du Père Henri, l’installateur de la turbine : « C’est un véritable génie » ont-ils répété tout en rédigeant leurs rapports sur ce sujet. Vers 15h, on quitte les lieux ; je prends ma voiture, y embarque les Zackolais afin d’alléger le nombre de passagers dans les deux 4x4, et on arrive sans encombre à Bangassou, après l’épisode Pangolin Géant, que les villageois avaient préparé pour Jules, et la traversée du Mbari par le bac : les trois voitures sont passées ensemble !!!! Y en a qui n’étaient pas rassurés !!! Moi, pas de souci ; certes les voitures situées à chacune des deux extrémités avaient les roues en limite de plancher du bac, mais on était loin des 12 tonnes maxi. L’abbé Clotaire nous attend à la cathédrale, Marie nous ouvre les chambres, et les vendeurs d’ivoire viennent nous présenter leurs réalisations, certaines sont d’ailleurs superbes.

Lundi matin 19, c’est le départ pour Bangui. On reprend la route dans l’autre sens. Le cœur de mes hôtes se serre, leurs yeux se remplissent de tous ces paysages, ces visages, ces lieux qui commencent à leur être familiers. La nuit à Bambari au centre d’accueil les amène à découvrir la construction moderne de la cathédrale, toute ronde, avec une charpente bien particulière, rappel des cases qu’on trouve dans la région d’Alindao. On arrive à Bangui mardi à 14h, ce qui laisse du temps pour caler les rendez-vous du lendemain, les achats au centre artisanal, la bière en terrasse. 16h : la ville si bruyante en fin d’après midi, prend tout à coup, et ça saute à nos yeux de broussards, un cap tout particulier ; la vie ralentit, et s’arrête presque totalement. La raison en est simple et heureuse à la fois : c’est le début de l’investiture de Barak Obama. Chacun veut vivre en direct cet évènement que l’humanité ne pourra oublier. Alors dans les bars, les cafés, les buvettes de quartier, on entend presque les mouches voler. Les yeux sont rivés à l’écran. Et oui, on est le 20 janvier 2009. Nombreux sont ceux qui se sont réjoui, en novembre dernier, de cette élection. Alors, ils veulent vivre sont installation avec la même ferveur.

 

LUNDI 9 FEVRIER, 9h30

 

Me voici, nous voici arrivés à Bakouma. Nous, c’est papa, maman et moi.

Mais avant de m’étendre sur ce sujet, quelques lignes encore sur la fin du séjour des jeunes et adultes d’ESF et Godefroy. Mercredi matin, le 21 janvier, on est tous partis en voiture au lycée technique de Bangui ; ce lycée Sambonga accueille de centaines d’élèves, gars et filles, pour des filières variées : mécanique, maçonnerie, menuiserie, informatique, … Pendant trois heures, on a déambulé dans les locaux, guidés par le directeur et les enseignants de ces disciplines. Puis pendant que les lycéens de France rencontraient ceux de RCA, les enseignants faisaient de même avec leurs homologues. Ce fut une matinée passionnante. J’ai découvert un lieu qui mérite d’être soutenu, parce qu’une part non négligeable des forces de développement du pays peut provenir de ce lieu, ça ne fait aucun doute. Bon c’est vrai que comme dans pas mal de lieu tel que celui là, du matériel en provenance d’Europe arrive cassé, ou sans toutes les pièces, ou encore sans notice d’utilisation. Mais il y a aussi des machines qui sont en bon état de fonctionnement, ce qui permet aux élèves de travailler sur des supports concrets. Un partenariat verra-t-il le jour entre Godefroy et Sambonga ? C’est possible, réaliste aussi, et tellement prometteur pour l’avenir des jeunes ici. Une idée qui pourrait faire son chemin dans la tête des Blancs venus à la rencontre des « Centros ».

Soirée resto pour toute l’équipe et nos chauffeurs, à la table proposée au Relai des Chasses. Excellent Capitaine fumé, délicieuse gigolette de gazelle … bref, un bon moment avant les au-revoir.

            Jeudi matin, aux aurores, je change de casquette : je redeviens le fils de Philippe et Geneviève (bon, en fait, ça ne m’avait pas vraiment quitté !!!) Ils arrivent à l’avion d’Air-France de 5h30. Ayant trouvé une occasion, c'est-à-dire quelqu’un qui m’emmène là bas, à 8 km à l’aéroport Bangui Mpoko, j’étais à l’heure, et pour la première fois depuis que j’accueille des passagers, l’avion l’était aussi !!! Alors commence la longue attente, pour eux à l’intérieur, pour moi à l’extérieur. Au bout d’un moment, j’aperçois la casquette de papa, casquette qui révèle qu’il doit faire vraiment froid en France, et vraiment chaud dessous à cet instant où il débarque en RCA… enfin, vers 7h30, ils émergent de cette foule compacte et qui s’exprime dans une langue qui leur est inconnue (ça me rappelle mon arrivée avec 2 confrères à Phnom-Penh fin 2004). Embrassades brèves sur le parking, au milieu des porteurs ; comme dans le sketch des Inconnus, il y a ici aussi les faux et les vrais (!), et bien entendu surtout des faux porteurs dont il faut se défaire patiemment. On embarque dans la voiture de « mon occasion » et arrivons sans souci au Centre d’Accueil. Les sœurs Béatrice et Julienne nous attendent pour le café, les 8 compagnons de ces deux dernières semaines bouclent leurs valises afin de se rendre au pré-enregistrement du matin facilitant le départ dans la nuit.

Les parents s’installent, les Auvergnats et associés s’absentent puis nous reviennent sans bagages. Une étape de plus est franchie. Après midi balade dans en Bangui, et longue pause sur les bords de l’Oubangui, au bar de Bangui-plage. Après le diner au Centre d’accueil, j’accompagne la troupe jusqu’à Bangui Mpoko ; brefs au-revoir sur le parking, entre émotion, larmes discrètes, et tant d’autres choses dans leurs cœurs et leurs têtes, que seuls eux pourront peut-être un jour exprimer. La joie de revoir sa famille se mêle à la tristesse de quitter si rapidement un pays, des gens si attachants.

Jules et Elysée me ramènent au Centre d’accueil où je m’endors rapidement. La casquette de guide en RCA pour ce groupe de volontaires se range dans mon sac à dos ; mais je suis prêt à la remettre sur ma tête dès que l’occasion se présentera ! Vraiment, j’ai été heureux que ces 8 lascars osent braver tant de complications et viennent jusque chez moi, à Zacko.

            Les parents sont donc arrivés, et désormais c’est à eux que je consacre mon temps. Ana, coopérante de Bangassou venue à Bangui suite à quelques soucis de santé, va être participante de ces journées Banguissoises. Mais pourquoi ces journées, qui n’étaient pas prévues au programme ? Et bien grâce à TOTAL. Non, la société pétrolière n’est ni mécène, ni sponsor de ces dites journées. Mais il y a un slogan qui résonne en nos têtes : « vous ne viendrez pas chez nous par hasard » Croyez-moi, c’est sûr ! Profitant de l’exclusivité du marché, ladite société (française !!!) se permet de livrer ou non, c’est selon, ses produits dans les lieux de distribution aux particuliers. Que ce soit les automobilistes (en ce moment, pas de souci, contrairement au mois de juin …) ou les pilotes d’avions privés. Et là, y a problème. Depuis des semaines, rupture de Kérosène spécial petit avion, un pétrole appelé Alf gaz. Depuis des semaines, c’est chaque matin la même réponse : « demain, ce sera là ». Et ne croyez pas que ce soit un problème lié à une gestion par des centrafricains, le patron du réseau RCA est un Hollandais. TOTAL, ou comment rationner pour mieux augmenter les prix, et ne pas les diminuer quand le baril chute, aujourd’hui à 41 $, alors qu’il gravitait autour de 150 $ il y a quelques mois. On a eu à l’époque la hausse des prix du carburant, mais rien n’a diminué depuis … étrange, non ? Alors pour notre avion des diocèses, il a fallu se battre pour essayer d’obtenir des infos. L’abbé Helmut, pilote et prêtre Fidei Donum (ou le contraire !) s’est débattu en vain. Après 5 jours en stand-by à Bangui, on a fini par louer un 4x4 afin d’arriver un jour à la première étape du périple des parents en RCA : Bangassou. Ainsi mercredi 28 janvier à 7h45, on a enfin quitté la capitale. Mais avant de poursuivre le récit en racontant ces deux jours de route, retour sur le séjour forcé à Bangui, que j’ai essayé de rendre agréable. Mise à part le fait que chaque matin, et chaque après midi, il y a avait ce qui devenait la traditionnelle recherche de la vérité quant à l’arrivée de l’Alf gaz à l’aéroport de Bangui, il y a eu pour les parents et moi, souvent accompagnés d’Ana, des balades dans la ville ; découverte de quelques lieux sympas comme le musée des traditions, les différents cafés bordant les avenues de la capitale (je crois bien qu’on n’en a oublié aucun !) et quelques rencontres sympas au Centre d’accueil. Bangui est une ville agréable, où se promener se fait sans aucun souci, si ce n’est la poussière soulevée par les voitures en cette saison ; nombre de rues ne sont pas, ou plus goudronnées. On a été invités chez Sylvie, l’auvergnate de Bangui, pour un café – causerie – petits gâteaux, et chez Vincent pour un diner original chez lui ; il habite au milieu du chantier de rénovation de la maison du diocèse. La soirée, assis dehors dans les grands canapés en osier au milieu des tôles, des sacs de ciment, entre les fosses septiques nouvellement creusées, avait quelque chose de surréaliste ! Dimanche, on a fait comme un certain nombre de familles aisées de la capitale, on s’est rendu tous les 5 (les parents, Vincent, Ana et moi) aux chutes de Boali, à 90 km au nord-ouest. Magnifique site que l’usine électrique n’a pas défiguré. On imagine la tête des premiers explorateurs découvrant ce mur de rocher percé de cascades et surmonté de gigantesques chutes d’eau. On s’est baladé autour des chutes, et même pour certains (et donc certaines !) sur le pont de lianes enjambant la rivière. Le repas fut bon, mais le service tellement lent qu’on n’a pas commandé les cafés, par peur de devoir coucher sur place !!!! A Bangui, on a rencontré Ferrier et Aubin, et parlé boulot, construction, joie et difficultés de l’entreprise en RCA. Et puis il y a eu un peu d’Internet, pas mal de coups de fils avec l’Europe.

Mercredi 28, départ pour Bangassou. Enfin ! Ana, maman et moi à l’arrière du Mercedes blanc, papa à l’avant à côté de Tiburce, le chauffeur, nous quittons Bangui à 7h45. En route, les parents découvrent des régions qui leur étaient inconnues, puisque lors de leur première venue (il y a 18 ans ++ …) ils avaient voyagé … en avion !!!! (y avait de l’Alf gaz à l’époque) on mange une excellente omelette à Grimari, accompagné d’avocats si parfumés qu’on en ferait une orgie. Le soir, nous arrivons à Alindao, où nous attend toute l’équipe.

 

            VENDREDI 13 FEVRIER, Bangassou.

 

            Vraiment, ma mémoire est mise à l’épreuve ! On est le 13 février, et me voilà en train de vous raconter le 28 janvier… Les conditions de rédactions restaient perturbées. Manque de temps, c’est net. Pas de temps pour le Net. Bon, si ça se calme, je vais pouvoir avancer. Un peu.

Donc, Alindao. La soirée avec les abbés et l’évêque de ce jeune diocèse fut vraiment sympa. Puis pendant qu’Ana et les parents sont allés ce coucher, je suis allé chez Bernard et Marie-Louise, le couple DCC présent depuis 4 ans au service du diocèse, et qui terminent bientôt leur contrat. Monseigneur Peter s’y trouvait, et pendant que lui et Marie-Louise dégustaient une bière, Bernard et moi étions au Bordeaux. Pas désagréable, assis au clair de lune ! On n’a pas eu de mal à savourer lentement la bouteille, tout en conversant de choses, très sérieuses d’ailleurs.

Jeudi aux aurores, messe à la cathédrale, petit-déjeuner et après avoir pris le courrier à distribuer en route, départ pour Bangassou. Tout se passe sans souci et après une courte pause aux chutes de la Kotto à Kembé, déjeuner à Pombolo. Bon, si un jour vous y venez, ne cherchez pas l’auberge, y en a pas. Mais alors, où avons-nous mangé, et qu’avons-nous mangé ? Et bien un musulman nous a ouvert son espace pendant qu’une femme du village nous préparait un peu de vache. On a eu le temps d’acheter des bananes au marché et on s’est assis au frais tous les 4 dans cette maison où le plat de boule de manioc et la sauce alimentée d’abats de ladite vache étaient déposés sur la tablette. Premier repas typique, sans couvert. J’apprends la technique, c'est-à-dire le coup de main à papa et maman afin qu’ils mangent à leur faim. Pas de problème, ils ont vite et bien appris. Un petit café au marché et c’est reparti pour les 110 km restants. On arrive à destination vers 16h30, fatigué et heureux, couverts de cette fine poussière rouge qui s’infiltre partout, surtout quand il n’y a plus de joint aux portières… Ana regagne son chez-elle et tous les trois nous installons pour 3 jours à Gran-Rio. Salutations aux Courde avant le diner, autour d’une bière, puis rencontre de tous ceux qui sont présents ce soir-là à la maison d’accueil de la Cathédrale. Vermont rentre de Rafaï où il a passé trois semaines en famille, prenant le temps après son ordination, de retrouver nombre de gens qui n’avaient pu se rendre à Bangassou le 30 novembre. Il repart à Zacko le vendredi matin en moto.

Vendredi matin, visite du collège technique, rencontre de l’équipe enseignant dans ce lieu. Rencontre à Bangondé, et découverte des aménagements réalisés depuis 18 ans. Papa et maman sont surpris de tous les changements effectués sur la colline. Sœur Thérèse nous accueille à la communauté Saint-Paul de Chartres pour le thé de 17h, puis vient l’heure de la messe que je préside à 18h au petit séminaire. C’est l’occasion pour les jeunes de saluer mes parents, et réciproquement.

Samedi matin, divers achats au marché puis déjeuner au petit séminaire avec l’équipe presque au complet ; seul l’abbé Yvon, directeur, est absent puisqu’à Ouango pour animer la session des catéchistes. Le repas est très festif. Les discussions variées et animées sont appréciées des parents. En fin de journée, visite chez les Franciscaines à Bangondé, dégustation de petits gâteaux, découverte des lieux. Soirée franco-française chez Patrick et Marie-Do. Les rillettes « Gabriel » sont excellentes (pour la recette, demander à la cuisinière, ou à défaut son mari !).

Dimanche matin, on reboucle les valises et on charge ma voiture, destination Gbando. La communauté réserve un accueil très chaleureux aux parents qui, avec l’aide d’autres membres de la famille, avaient financé la construction de la chapelle, il y a près de 20 ans. A l’époque, c’était en mai – juillet 1991, j’avais activement participé à la construction de l’édifice, vu que c’était une année déclarée blanche, c'est-à-dire achevée avant la fin légale et donc fermant la possibilité aux jeunes de passer leurs examens ou de monter en classe supérieure. Cette année-là, j’étais en chômage technique à partir d’avril, la bibliothèque et l’aumônerie où j’étais engagé comme volontaire ayant fermées leurs portes. Alors à la demande de l’abbé Paul, alors curé de la cathédrale, j’ai assuré le transport des matériaux et donné la main sur le chantier. Ce dimanche 1er février 2009, la communauté locale s’est vraiment préparé à nous accueillir (d’autant plus qu’ils nous attendaient déjà dimanche passé …) L’abbé Clotaire, curé, m’a demandé de présider, mais il s’est chargé de l’homélie ; la messe, les chants, les danses, tout fut chaleureux et simple à la fois. Le repas chez le tout nouveau président de la communauté a réuni les responsables autour de nous. On a beaucoup échangé, évoquant souvenirs et projets. Vers midi et demi, tout s’est achevé, et nous avons repris la route direction Bakouma. L’abbé Gaétan nous attendait, ainsi que l’abbé Martin et Hervé le stagiaire. Fin de journée cool, diner sympa, et lundi matin jour de fête pour l’Eglise (c’est le 2 février) et aussi localement, puisque c’est  le jour anniversaire d’Hervé. Mais nous ne pouvons rester, Zacko nous attend. Papa et maman respirent un grand coup, et c’est parti pour 2h45 de piste défoncée. Après coup, je constate qu’ils ont bien résisté ! Ils découvrent un paysage que j’apprécie de leur faire découvrir, saluent des tas de gens au passage ; à Kono, on s’arrête un moment et buvons un café chez la maman d’un prêtre qui est à Boda, dans le Sud-ouest du pays. Puis avant midi, terminus, tout le monde descend : on y est !!!! On apprendra plus tard qu’ils étaient très nombreux à nous attendre le jeudi 29, un peu moins le 30, encore moins le 31, et carrément plus personne n’était présent si ce n’est Vermont bien sûr, Cyril le menuisier, Benjamin le catéchiste, et Alfred, délégué du Conseil pour cela, au cas où on finirait par arriver… Vraiment sympa, les paroissiens. Ils m’ont surpris et ému tout au long de la semaine (comme quoi je ne les connais pas encore tout à fait bien) ; eux et tant d’habitants de Zacko venus saluer mes parents, passer du temps avec eux, échanger, autour d’un verre de sirop et d’eau glacée. Toute la journée, en particulier après la messe du matin et dans l’après-midi, des gens de tous horizons, de toutes confessions, de différentes conditions sont venus s’assoir à la terrasse de la maison. parmi cette foule venant à la queue leu leu, certains parlant peu le français faisaient de vrais efforts pour vivre un bon dialogue ; bien entendu, il y avait aussi beaucoup d’enfants, tous curieux de voir les parents de l’abbé, et un peu timides aussi, quand il s’agissait de les saluer pour la première fois ; la première fois seulement, parce qu’après, ils étaient à l’aise avec l’un et l’autre, avides d’écouter les contes lus par maman où ses explications sur la planète, un globe terrestre miniature à la main. On s’est promené dans les quartiers de la ville, avons été invité à diner un soir chez Christian et Anastasie, un autre soir chez Roger et Angèle ; l’habitude que les femmes ne partagent le repas qu’elles ont méticuleusement préparé est toujours surprenante, et déconcertante aussi, vu que maman est assise à la table du repas. Mais on ne renverse pas les traditions d’un coup de … branche de palmier. On a passé aussi à deux reprises du temps en fin de journée chez le chef de groupe Moussa Ganda, invités par l’une de ses femmes Jeannette. Ousmane était tout heureux, et les adultes et jeunes de cette famille trrrrèèès nombreuse aussi. Il y a eu la séance photo, dont je ferai passer quelques clichés aux habitants du lieu. A Zacko, on a bien entendu visité une partie des chantiers d’extraction de l’or et du diamant. En cette période de crise mondiale, le diamant ne trouve preneur qu’à des prix très bas ; la valeur de l’or reste élevée, heureusement. Mais il en faut, des paillettes, pour réunir 1 gramme vendu alors 10.000 FCFA, soit 15 €. Papa dégaine le caméscope et filme les hommes et femmes au travail dans l’eau d’Ambilo. Ce matin-là, on est aussi allé à Fungu et, en voulant prendre un raccourci bien connu du jeune Mahamat, on s’est perdu dans le fond de la vallée où coule Ambilo. Bref, on a beaucoup marché ce samedi matin ; heureusement que le vent rafraichissait nos visages ! Enfin arrivés à Fungu, les hommes déjà présents, en tenue d’Adam avant le premier péché, ont accepté de se rhabiller afin que maman puisse elle aussi accéder à ce site très masculin. La température de l’eau les a vraiment surpris, et ça a fait du bien d’y mettre les pieds un moment avant de regagner la maison.

Mardi matin et après-midi, temps consacré aux enfants de l’école de Zacko : dans chaque classe visitée, salutation et distribution de Bic et crayons collectés par les enfants des Combrailles de la paroisse Saint-Bruno des Bords de Sioule, dans le diocèse de Clermont, tout ceci pour la plus grande joie de ceux de Zacko, et de leurs enseignants. Savoir que des enfants de France ont ainsi pensé à eux les honore, et les réjouit. Papa et maman écoutent les doléances des enseignants partageant leurs difficultés concernant le manque de matériel. Caméra au poing, papa ne perd rien de ces échanges.

Il y a eu les visites dans certaines chapelles. On est parti mercredi jusqu’à Yanguchi, faisant une halte à Yanguhoda et discutant avec le président de la communauté alors qu’ils sont en train de réunir les troncs d’arbres nécessaires à la construction de la chapelle en paille. Papa sort son caméscope et enregistre ce que nous partage le président, tout heureux de notre venue. A Bamara, accueil chaleureux de la communauté et de l’école, tant les enfants que les maitres et l’APE. Là, distribution non seulement de Bic et crayons mais aussi de cahiers. Puis on continue notre périple pour Yanguchi, où nous arrivons sans prévenir (la communication n’était pas faite dans les règles de l’art local). Les échanges avec les habitants, tous assis dans l’église, au frais, son sympas mais freinés par la question de la langue : peu de gens parlent le français. On a quand même l’occasion de se dire bien des choses avant qu’on ne regagne tranquillement Zacko. Jeudi matin, c’est à Kono que nous nous rendons. Là aussi long moment à l’école primaire toute neuve forte de ses 140 élèves assis dehors ou sous le hangar en paille, et animée par … deux maitres-parents. Celui de CI et CP, avec plus de 100 enfants, me semble un peu dépassé par le nombre et l’écart d’âge des enfants. Mais il est persévérant et appliqué. On s’est baladé un long moment dans le village puis avons dégusté le repas préparé pour nous, assis au frais dans la maison des prêtres qui jouxte l’église.

L’apogée du trop court séjour fut sans aucun doute la messe de dimanche dernier 8 février. Après un déroulement normal, c'est-à-dire déjà très festif, il y a eu les remerciements et salutations à papa et maman, de la part de chaque membre de la communauté : 45 minutes de procession, qui avec des bananes, qui avec du riz, des œufs, des poulets (vivants évidemment) et on serre la main, et on s’embrasse. 45 minutes d’émotion, tant pour les Zackolais, pour les parents, que pour moi. Les choristes ont enchainé les chants de merci et d’offrande pendant tout ce défilé animé par le catéchiste Benjamin. Vraiment, ils les ont honorés « correctement », comme on dit en sango en roulant longuement les « r ».  C’est moi qui avais le caméscope en main pour cette procession festive et belle. J’ai hâte de voir les images ; il me faut patienter jusqu’aux congés, sauf si ça vient entre temps sur CD dans un colis.

Dimanche après midi, il nous faut (déjà !) prendre doucement la direction de Bangui, et donc déjà regagner Bakouma. Nous y apprenons que TOTAL  a bien voulu vendre au diocèse 500 litres de Alf-Gaz, ce qui, soit dit en passant, est bien largement en dessous de ce qu’on avait demandé. Mais on est sauvé : pas besoin de 2 jours de piste pour gagner la capitale. On a le temps de visiter les gravures rupestres le lundi matin avant de rejoindre Bangassou. On en part le mercredi matin, grâce à Helmut qui arrive à 9h à l’aérodrome de Bangassou. C’est à 11h30 qu’on atterrit à Bangui, après avoir survolé cette magnifique région de forêts et d’espaces vierges de toute habitation qui compose le Sud de la RCA et le Nord de la RDC.

Je devais regagner mon diocèse dès le jeudi matin, mais la météo en a décidé autrement : les forts orages sévissant entre Bangui et Bangassou interdisaient tout survol de la zone. J’ai pu profiter des parents jusqu’au bout de leur séjour, même si on s’est dit trois fois au revoir dans la journée, chaque fois que j’allais à l’aéroport avec Helmut et Amaraô, afin de savoir si on pouvait décoller. Amaraô, c’est le conseiller général des Franciscains venu de Rome pour rencontrer ses confrères de Rafaï et Zemio. Originaire du Mozambique, il découvre en RCA un visage de l’Afrique qu’il ne connaissait pas, qu’il ne soupçonnait pas. Et il n’est pas au bout de ses découvertes ! Mercredi après-midi, balade dans Bangui, derniers achats et dernier verre au Grand-Café avant un diner avec Sylvie en compagnie de sa maman arrivée le matin par l’avion qui emmène ma maman et mon papa. 21h, dernier au revoir, et rendez-vous et pris pour dans trois mois, à Clermont cette fois-ci !

Ce matin, 9h, nous quittons Bangui et arrivons à Bangassou à 11h30, sans souci. Demain samedi je regagne Bakouma puis dimanche Zacko, où débutera la semaine de rencontre des chorales de ces deux paroisses. Et oui, fini les vacances et les balades entre ma maison et Bangui ! C’est la reprise … alors que les Auvergnats sont en vacances et dévalent les pentes enneigées des monts du Sancy. Veinards. Bon, je me console en espérant remonter rapidement sur mon VTT afin de me balader et retrouver les villages accessibles seulement par ce moyen. Les loisirs, c’est fonction du climat, du pays, et des envies. Alors, où que vous soyez, amusez-vous bien !

 

           

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Lundi 5 janvier 2009

L‘écart entre deux rédactions s’espace dangereusement !!! Mais ces jours ont été passionnants et aussi très prenants. Je n’ai pas pu m’assoir longuement devant mon PC, si ce n’est au cyber pour des communications en tous genres avec tant d’entre vous. Il est impossible de rattraper le temps perdu, alors je m’attelle à mettre en lignes le séjour à Bangassou.

Commencé le 24 novembre au soir, ce séjour avait comme point d’orgue l’ordination comme prêtre de Vermond Hetman, célébrée en même temps que celle de Gervais Service, lui aussi ordonné prêtre, et Yovane de Dios Cox, un chilien ordonné diacre pour le compte de la communauté Gran Rio. Ce fut une belle messe ! La communauté de Tokoyo, ce quartier où est implantée depuis longtemps la deuxième paroisse de Bangassou, s’est vraiment décarcassée pour accueillir le mieux possible les milliers de gens venus prier et chanter autour de l’évêque et des nouveaux ordonnés. Commencée à 8h30 (euh, en fait à 9h10 …) la messe s’est achevée vers 12h45. Côté météo, les nuages ont heureusement proposé de l’ombre aux gens qui n’avaient pas trouvé place sous les grands hangars faits de bambou et de branches de palmier. Le vent a souvent été de la partie, on n’a pas eu trop chaud sur le podium, ce promontoire faits de futs de gasoil (vides !) en guise de pied et sur lesquels étaient alignées de longues planches de bois rouge. Près de 40 prêtres, la plupart du diocèse, quelques-uns de Kembé, Bambari, d’autres de Bangui, notamment du Grand-Séminaire St Marc, avaient pris place autour des 3 ordonnés. L’abbé Max, en animateur sérieux et joyeux tout à la fois, revêtu d’une longue soutane noire avec au moins 40 boutons dorés, se tenait debout, micro à la main, et expliquait à la foule ce qui se vivait, tant au niveau des rites que des étapes. Un des beaux gestes  fut celui des trois candidats entourés, au moment de l’appel de leur nom par l’évêque, de leurs parents. Ainsi Vermond fut accompagné de sa maman et de son oncle, ainsi que l’abbé Gervais. Pour Yovane, dont la famille est restée au Chili, ce rôle fut confié à Jean-Marie Azoubao et sa femme. Autre beau geste, celui de l’offertoire après les rites de l’ordination : nombreux furent les cadeaux et gestes d’amitié faits auprès des trois nouveaux ordonnés, alors que les choristes s’en donnaient à cœur joie en alternant des chants en Sango, Zandé, Yakoma, tous plus beaux les uns que les autres. Vraiment, ce fut une belle messe, au cours de laquelle les danseuses  ont profité du vaste espace créé devant l’autel pour danser au rythme des chants. Après la messe, repos chez les sœurs Comboniennes, repos bien nécessaire pour Yovane qui, entre fatigue de nuits trop courtes et stress de la cérémonie, a commencé une bonne crise de palu qui l’a ensuite quasi cloué au lit pour deux jours. 14h, le déjeuner nous est servi dans une salle paroissiale. La fête est simple et belle, et le père Giovanni m’a dit, à l’issu des festivités, avoir vraiment besoin de se reposer. On le comprend aisément… c’est si difficile de veiller sur tant de choses en même temps, heureusement que sont collègue Pedro était aussi engagé dans toute l’organisation. A lui était confié la tâche du repas, et il a couru partout pour répartir dans les tous les frigos à pétrole de la ville la vache, les 20 poulets, les kilos de poisson frais, les caisses de bière et de coca. Disperser, c’était déjà compliqué, mais récupérer le tout en temps et en heure, c’était du domaine du Paris-Dakar !!!! Bon, il semble que tout soit revenu à la paroisse le dimanche, même si, aux dires de l’évêque (et je veux bien le croire) on n’a pas vu grand-chose dans nos assiettes, de la vache qui a occupé tant de frigos…

Le lendemain lundi, rebelote au petit séminaire : les trois ordonnés recevaient leurs familles, et leurs amis. Alors les nouveaux prêtres entrant dans la famille des prêtres ont invités leurs frères prêtres. Repas familial qui, comme celui de la veille, permet de discuter avec des gens qu’on n’a pas forcement l’occasion de rencontrer.

Autre sujet de préoccupation de cette semaine à Bangassou, les visites à la maison d’arrêt pour rencontrer Brice. A trois reprises, j’ai passé du temps avec lui afin de lui donner des nouvelles de sa famille et lui remettre, petit à petit, les 5000 francs remis par sa maman. Il a la chance, comme la plupart des prisonniers, de pouvoir sortir afin de se rendre au marché tout proche afin de chercher de quoi manger. De plus, un des gardiens lui a demandé de creuser chez lui la douche (= les toilettes), ce qui lui permit de manger correctement grâce aux repas préparés par l’épouse de gardien. Je suis d’ailleurs allé le saluer à la maison, ce qui l’a touché. Quand sortira-t-il ? Mystère. Le Procureur est parti à Bambari, afin de diriger diverses affaires au tribunal. Alors il faut attendre, ou « graisser la patte » d’un greffier ou autre secrétaire qui subtilement peut faire annuler la plainte … Risqué, et pas toujours très efficace … mais la proposition a été faite à Brice.

Ces jours à Bangassou, ce furent les visites à ce qu’il convient désormais d’appeler « la Maison Eric », du nom d’un espagnol, ami de l’abbé Gaétan, et  aujourd’hui décédé. Nos 5 « colocs » vivent les hauts et les bas de leur situation de vie commune. Une parole de trop et ça dérape, une dose d’humour mal digérée, et le résultat est explosif. « M’enfin ! » Dirait quelqu’un … ! Comment les aider à faire la différence entre une taupinière (parlons plutôt de termitière) et une montagne ?! Lundi soir, j’avais apporté des kilos de nourriture en provenance de Kono ; dans la semaine, on s’est rencontré en ville à plusieurs reprises ; le lundi suivant, Gaétan et moi leur rendons visite ; nous avions pris rendez-vous lors de la rencontre que nous avions organisée samedi 29, afin de connaitre les situations des 30 jeunes de notre région scolarisés ici. Armel avait laissé entendre que les relations entre colocs n’étaient pas faciles. Et c’est bien vrai ce qu’il a dit, nous l’avons découvert cet après-midi de lundi, jour de Fête Nationale (qui ne fut d’ailleurs fêtée qu’à Bangui). Vraiment, la termitière a pris à leurs yeux la taille d’une montagne. Un peu agacé par tant de broutilles qui sabotent les relations, Gaétan leur a redit des choses fortes et essentielles puis, après son départ, j’ai continué de discuter avec eux, d’abord en tête à tête avec le plus jeune, Hermann, puis avec tous ; petit à petit, on a dérivé calmement sur tout un tas de sujets divers et drôles, jusqu’à 19h30. Je les ai laissés pour rejoindre la communauté de la cathédrale réunie au repas autour du curé Clotaire et de l’évêque. Le mardi en fin de journée, nouvelle visite, plus rapide que la veille, et là, heureuse surprise de voir qu’ils avaient posé des actes concrets de réconciliation, et cherché des chemins d’entente.

Le séjour à Bangassou est synonyme de visites chez Patrick et Marie-Do qui occupent désormais la maison précédemment prêtée à Blandine. Il y a eu samedi 29 les 59 ans de Patrick, fêté dignement en présence de son épouse, d’Ana et moi-même. Grâce au foie gras et au « bâton de berger » envoyés par les parents et arrivés à la vitesse de la sonde indienne qui vole en ce moment vers la lune (moins de 2 semaines entre la place de Jaude et Bangassou !) le repas fut d’exception ! À 17h, nouvelle invitation élargie cette fois aux prêtres et religieuses présents à Bangassou : bière, coca, cacahuètes et excellent gâteau d’annif préparé par les sœurs Sonia et Marcella, de Gran Rio. Autres temps chez les Courde, après le diner et le journal de 20h sur France2 à la cathédrale: la tisane, ou infusion, et discussion cool sur des tas de sujets qu’on aime aborder entre nous, ce qui fait du bien : nos familles, avec les joies et les soucis ; notre vie ici, Français au milieu de ceux d’ici ; les nouvelles de France et du Monde ; les élections américaines et la crise ; les projets de vacances pour Noël, de retour et/ou de congé ; la venue des responsables DCC dans le pays, dont l’abbé Antoine Exelmans, du diocèse de Rennes, qui a en charge les coopérants de l’Est du pays. C’est super, sauf que … on se couche tard ! Mais qu’importe, c’est tellement agréable, et important aussi.

Internet est une des activités incontournables de ce séjour. J’ai dû y passer environ 7 heures cumulées, afin de recevoir et d’envoyer des mails, et de nettoyer mon ordi grâce à Avira. Difficile de décrire ma joie de recevoir d’un seul coup deux ou trois numéros de la « Newsletter » concoctée par mon frère Dominique. Le numéro 14 est extra, et je compte bien le présenter aux jeunes de Zacko : la photo de Stéphanie Chidaine, ma – notre ! - cousine noire des USA, est splendide ! Et que dire de celles de ses deux enfants Gabriel et Anastasia. Le mari et papa, Roberto Chidaine, était absent de la cérémonie de mariage célébré aux USA entre Maria Chidaine et Adrian Zuffolo, et auquel participait ma sœur Bénédicte et toute sa famille !!!!

Les mails, c’est les nouvelles de tant de gens qui prennent le temps de m’écrire, me parlent d’eux, et des autres. J’en ai profité pour envoyer au plus grand nombre un message de vœux pour la nouvelle année. Il faut en effet anticiper ce genre de choses, vu que mon prochain séjour à Bangassou est prévu pour janvier 2009. Parmi les nouvelles d’importance, et qui me donnent aussi un peu de souci, il y a la venue des 4 lycéens de Godefroy de Bouillon et de leurs 4 accompagnateurs. Le souci principal n’est ni la question de leurs compétences, ni ce qu’ils vont manger ici, mais comment ils vont arriver jusqu’à Zacko. Et bien à ce jour, je n’ai pas trouvé de solution, et eux cherchent encore. Pas d’affolement de ma part, mais un peu d’angoisse ; le paradoxe de cette affaire, c’est qu’eux, à Clermont, peuvent plus facilement trouver la solution que moi ici présent. Alors, bonne chasse à la bonne solution ! Il faudra sans doute que je fasse un saut à Bakouma afin d’avoir de leurs nouvelles grâce au téléphone.

Mercredi 3 décembre, les passagers se pressent devant la maison Gran Rio où j’ai habité cette semaine ; le plus prestigieux est sans aucun doute l’abbé Vermond qui prend la route vers la première paroisse où il va exercer le ministère. Il y a les délégués venus de Zacko à l’ordination ; et aussi Marie-Charlotte qui regagne sa maison de Zacko après 6 semaines à Bangondé, au Bon Samaritain où sont soignés les malades atteints du SIDA. Incroyable comment Sœur Juliette et son équipe l’ont requinquée ! Elle est méconnaissable tant elle est redevenue belle et forte. Bien entendu, elle est désormais tributaire d’un traitement à prendre au long des jours, mais qui promet d’être efficace. Son fils Samuel, trois ans, et qui est resté à ses côtés avec sa tante, est tout heureux.

Le départ de Bangassou s’est effectué en deux temps : premier départ, et faux départ puisqu’à peine arrivé à Gbando, 17 km de Bangassou, le pneu  arrière se dégonfle à la vitesse V. nous nous arrêtons, changeons la roue, et je m’aperçois que la roue de secours, est un peu beaucoup faible… pas d’hésitation, c’est demi-tour. Arrivé au garage, Fabrice nous remet de l’air dans la roue de secours, et Jean-Marie nous donne une nouvelle chemise et une nouvelle chambre à air. 11h pile, top redépart, et cette fois fini les soucis : à 15h, on est à Bakouma pour une pause déjeuner et discussion de calendrier avec Gaétan et Hervé. On gagne Zacko à 18h15, après avoir rattrapé et doublé Robert qui rentre lui aussi de Bangassou avec la voiture d’Aubin.

 

 

LUNDI 8 DECEMBRE 2008, 19h30, jour de la fête de l’Immaculée Conception ; bonne et sainte fête, les Lyonnais !

 

            Ce matin, le réveil fut difficile pour tout le monde ! C’était drôle de voir les gens émerger ainsi à la queue leu leu. On est excusable, il a plu, et pas qu’un peu !!!! Ça a commencé dimanche à 12h pile, pour se calmer vers 13h30, et ça a remis ça de plus belle vers la fin de la nuit. Ce qui fait qu’à 5h30, heure habituelle pour le premier coup de cloche appelant à la messe, et bien on était au lit, enfin moi, en tout cas ; mais j’étais loin d’être le seul, vue par exemple l’heure d’arrivée des enseignants à l’école : pour un lever des couleurs habituellement prévu à 7h, c’est vers 8h que le drapeau est arrivé au sommet du mat de 6 mètres qui trône au centre de la cour, à côté de l’église. Chez « nous », c’est à 6h15 que la cloche a sonné pour la première fois, vers 6h40 le second coup annonçant l’entrée des abbés et des servants d’autel dans l’église. Les gens sont arrivés par vague et finalement, on était quand même près de 60. On a terminé la messe à la grotte, nous y rendant en procession. Ce fut l’occasion de prier pour la paix dans notre pays. En effet aujourd’hui à Bangui débute le dialogue de réconciliation nationale. Omar Bongo, président du Gabon, en est le chef, et les protagonistes sont presque tous arrivés. Qui sont-ils ? Et bien en premier le président actuel François Bozizé ; en second son rival de toujours Ange-Félix Patassé, réfugié au Togo depuis plusieurs années, et qui est arrivé sans souci hier. Un autre chef de bande armée s’appelle Demafouth (pour l’orthographe exacte, lire les journaux locaux), et il y en a encore deux autres, dont Abdoulaye Miskine qui fut un proche de Patassé avant de s’en éloigner, et de prendre lui aussi les armes. A l’heure où j’écris, je n’ai pas de nouvelles des premières heures de débat qui se tiennent à l’Assemblée Nationale. Le rebelle d’hier devient président et c’est l’autre qui devient rebelle. Et d’autres pensent être les gardiens de la vraie république en prenant eux aussi les armes. Resté plus d’une heure à fungu cet après midi, ce fut le sujet principal abordé avec les quelques hommes rentrant des chantiers. Donc ce matin, on a prié pour la paix. J’ai expliqué le pourquoi de la dévotion mariale à Lyon, rapport aux évènements de 1870-71. J’ai fait le lien avec ce que vit le pays en ce moment. Un clin d’œil, un clin Dieu ? Un musulman a découvert samedi 6 décembre, au beau milieu de la piste qui va vers Bamara, une statuette de Notre Dame de Lourdes ; elle était parait-il debout sur le côté. Perdue, mais alors par qui ? Il l’a porté à sa voisine, une Légionnaire, qui me l’a présenté dimanche matin avec beaucoup d’émotion. La paix, c’est vraiment la préoccupation numéro 1 des populations de la région de Birao, à l’extrême Nord. C’est aussi le désir de tous ceux qui habitent à la frontière Tchadienne et Camerounaise dans la région de Batangafo, au Nord-Ouest. Il y a ceux de la région d’Obo dont on est sans nouvelles depuis mars dernier. Et puis de ceux de Bangui dont les quartiers sont régulièrement en proie à des troubles. La paix, on l’espère, on cherche à la bâtir aussi, localement déjà. La fête musulmane Tabaski a lieu aujourd’hui, et les enfants musulmans se sont dispensés d’école pour le foot, pendant que les adultes, revêtus de superbes tenues de fêtes, assis en tailleurs sous les paillottes, ont devisé sur ce vaste sujet qu’est la paix en Centrafrique. J’en ai salué un certain nombre chez eux ce matin lors d’une petite tournée en vélo, pour aller entre autre rendre visite à Désiré Tanga, qui a été en partie écrasé par l’arbre dont il sciait les planches. Il va de mieux en mieux ; c’est presque un miracle, une telle rapidité de rétablissement. On a discuté un bon moment de sa famille restée à Bangassou, et que j’avais été saluer.

Ce matin, les sœurs Blanca, Claribel et Christina ont regagné leur maison de Bakouma. Accompagnées d’Hervé, elles sont arrivées samedi soir, à l’occasion de la première messe présidée par le nouvel abbé Vermond Hetman. Ce fut une très belle messe. L’abbé a été ovationné « correctement », comme on dit ici en … sango ! Nombre de régimes de bananes de toutes sortes ont empli l’immense panier posé à ses pieds, ainsi que du riz, des kaoya, des œufs, et bien entendu de l’argent liquide. A chaque mouvement ou fraternité appelé, les choristes entonnaient un nouveau chant, les membres nommés se mettaient alors en marche en dansant, apportant leurs offrandes ; tout ceci a duré plus de 45 minutes !!!! Oui, la fête fut belle, et le repas en communauté fut à la hauteur de l’évènement, grâce à Honorine qui nous avait concocté de bonnes choses, et que j’avais accompagné de bière, de pastis de Marseille, de vin de Chinon 2006. La pluie résonnant sur le toit de tôle n’a pas empêché les fous-rires et les taquineries. Après la sieste, réunion à l’initiative de sœur Blanca au sujet de l’école maternelle. Je dois reconnaitre que je m’y suis ennuyé ; en effet, le problème du dimanche après-midi, c’est que certains ne peuvent s’empêcher de boire plus que de raison, et ce n’est alors pas évident de réfléchir intelligemment… quant à moi, j’avais envie de me changer les idées autour d’un foot, mais la nuit tombait alors que les discussions suivaient leur cours sur les statuts de l’APE, de l’école, le salaire et la formation des maitresses … je me suis esquivé parce qu’une mission bien particulière m’incombait : proposer au plus grand nombre de voir le film de l’ordination. Hervé avait apporté le vidéoprojecteur de Gaétan. Relié à l’ordi contenant le film, c’était top. Mais il m’a fallu dénuder une douille du plafond de la petite maison puisqu’il n’y a pas de prise de courant ; j’y ai rentré la rallonge dénudée à ce bout là, branché le vidéo et l’ordi, et pour le son, on a amené la grosse batterie 12 V 120 Ampères à laquelle Ani a branché l’ampli, et l’a relié à l’ordi. Pas mal, le son sortant grâce à cet énorme haut-parleur en parti mangé par les termites ! Combien de milliers de gens se sont regroupés devant le mur de l’église où avait lieu la projection ? Et bien, je n’en sais rien, il faisait nuit. En tout cas, les 2H15 de film ont été vues par des gens de tous âges et de toutes provenances. Ce matin, des chrétiens d’autres églises, des musulmans, des vieux et des jeunes, nombre de gens m’ont remercié pour la projection de la veille. « À refaire !!! » bon, ben il faudra penser à un vidéoprojecteur pour Zacko …

Jeudi matin 9h15 : un évènement discret mais ô combien important pour Zacko : l’arrivée d’un véhicule en provenance de Bangui avec, à son bord, du matériel pour le bloc opératoire. Le lit de la salle d’opération, la grosse lampe de la salle ; deux appareils pour la stérilisation des vêtements et des objets ; des « trucs » en tout genre, de toutes les formes pour les césariennes, des appareils de soins divers …. Y a comme ça 10 cartons, stockés maintenant dans la maison en attendant que le bloc soit achevé. La construction avance bien, Aubin veille à tout, ses gars font du beau et bon travail. La couleur extérieur vert pâle est originale et très jolie dans le paysage. Plus bas, Les 4 pignons du centre polyvalent s’élèvent vers le ciel, et attendent les panes qui doivent être ancrées entre chaque.

La colline est envahie de gens toute la journée, vu que la retraite de confirmation a commencé, en vu que tout soit prêt lorsque Monseigneur viendra conférer le sacrement. Les catéchistes mènent la barque, mais ils ont eu un peu de mal à la mettre à l’eau !!! En effet, sur 4, il n’y en avait aucun de disponible en fin de semaine ; écoutez plutôt : un est au repos après son accident ; un était à Bangassou parmi la délégation venue à l’ordination ; et les deux autres ? Et bien un a pris ses aises et est parti vers Bakouma pour 2 semaines, sans avertir la communauté … il est rentré samedi soir, sans comprendre qu’on n’était pas content du tout. Et le 4è ? Et bien il s’est retrouvé en prison pour 4 jours et 4 nuits, parce qu’il a gagé la vaisselle de son ex-femme afin d’avoir un peu de sous pour se rendre à Bakouma … Qui a dit qu’on s’ennuie, en pastorale ???!!! Ce matin, les trois catéchistes valides ont répondu présent, la carte « vous êtes libérés de prison » étant dans la bonne main …

Samedi matin et après-midi, réunion avec les présidents et autres membres des bureaux des chapelles et du centre, en vue de préparer la journée d’inauguration de la paroisse, le 28 décembre. Tristesse de n’avoir aucune nouvelle de Mbago ni de Bamara, joie d’avoir bien travaillé avec les présents, avec qui on a partagé un bon repas préparé par Julienne et Rock. On a peaufiné un programme englobant la procession à travers la ville, la messe solennelle au cours de laquelle il y aura les confirmations et des mariages, et le repas où chacun devra être rassasié. C’est quand il s’est agi de partager les tâches concernant ce que chaque chapelle amène pour la fête que les palabres ont été les plus longs. Mais on s’en est bien sorti ! Il y aura à manger, mais pas d’alcool sur le site de la fête ; les participants à la réunion préparatoires étaient tous d’accord.

 

SAMEDI 13 DECEMBRE, 11h00

 

Mahamat, avachi dans un des fauteuils, n’en finit pas de s’esclaffer ; il arrive de l’école où, avec les autres CE2, il a terminé ce matin les compositions du mois. Il rit, après avoir pleuré vers 8h30, quand il est arrivé chez moi. Son Bic refusait de composer. En catastrophe, il a demandé la permission de sortir de la classe afin de trouver du secours. Je lui ai laissé mon Bic, et il me le ramène maintenant. Pendant qu’il composait, Melvin a apposé le cachet de la paroisse sur les 200 cartes de baptême que j’ai acheté à Bangassou. Pendant ce temps là, je suis allé au centre de santé avec le jeune André. Tout a commencé hier quand, dans la matinée est arrivé ce garçon de 13 ans. Il m’a demandé : « abbé, quand est-ce que tu vas à Bangassou ? Moi aussi je veux y aller. » « Je n’ai pas prévu de voyage pour le moment. Mais pourquoi me demandes-tu ça ? » Il m’explique alors qu’il veut être soigné là bas d’une plaie à la jambe ; il relève alors son pantalon et découvre son tibia ; la chair n’est que pus. C’est pas bien beau à voir. Je lui demande de revenir dans l’après-midi avec son carnet de santé. Alors que j’étais en réunion avec Caritas (ça tombait bien !) il arrive avec le document. Je le lis après lui avoir demandé de prendre place à mes côtés dans la réunion. J’explique aux membres présents la raison de la venue d’André. Il montre la plaie, ce qui, en passant, provoque une répulsion certaine chez plusieurs membres. La décision ne se fait pas attendre, Véronique et Hubert se chargent de rendre visite à sa famille. 17h, la rencontre Caritas prend fin, plusieurs participants se rendent avec moi chez le major Paul Sappaï, afin de lui demander si André peut être soigné ici. Il affirme sans hésiter que c’est possible, et se propose de le prendre en charge dès le lendemain. Véronique, Hubert et moi allons à la maison d’André, au quartier Fungu. La pleine lune se révèle alors derrière les cases en paille et les manguiers, rougie par le soleil couchant qui lui fait face. Je regrette de ne pas avoir emporté mon appareil photo. Ce sera pour le mois prochain, peut-être. A la maison, Daniel, le papa d’André nous accueille. Sa femme est là, et nous parlons de famille, de santé, d’école. On se met d’accord pour qu’André soit opéré ce samedi. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé avec Daniel aux côtés de Paul et son assistant Zéphirin. Je n’ai perdu aucun des gestes précis des deux soignants injectant autour de la plaie l’anesthésiant permettant ensuite de gratter la plaie avec la lame de bistouri afin de la faire saigner. André, allongé sur le lit d’accouchement, serait mes mains dans les siennes, plus ou moins fortement selon la douleur ressentie. 1 heure fut nécessaire pour curer la plaie. De temps à autre, une larme coula sur ses joues. Enfin relevé et rhabillé, André, Daniel et moi sommes allés boire ensemble un popoto, ce fameux mélange de riz, d’arachide et de sucre. Puis ils sont rentrés chez eux. André avait retrouvé le sourire. Demain dimanche, une injection sera faite pour empêcher le développement de nouveau microbes. Puis lundi, Paul défera la bande Velpeau afin de nettoyer la plaie. Le coût des produits et médicaments pour ce jour et les suivants s’élève à 9 250 FCFA, assuré par Caritas. Et me voilà assis devant l’ordi. Après la messe présidée par Vermond, j’ai accueilli nombre de jeunes et d’adultes pour les confessions, pendant 1h30 ; je commençais à avoir faim … il m’a fallu me cacher un moment de la foule de gens qui voulaient me voir à l’issue de ce temps de sacrement. Je me suis installé 15 minutes dans un fauteuil avec mon plateau de p’tit dèj, sous les arbres de notre jardin. Ouf ! Un peu de calme. A l’arrivée d’André et de son papa, j’ai laissé les visiteurs pour me rendre au centre de santé. Il y a des jours où c’est quasi impossible de s’absenter sans laisser des visiteurs en plan. Mais comment faire autrement ? Ils reviendront, certains pour demander du travail, d’autres pour me vendre de l’or ou des diamants, d’autres pour que je les emmène à Bakouma ou Bangassou, d’autres pour que je paye leur scolarité où l’ordonnance délivrée au centre de santé. Certains viennent acheter des médailles, croix, chapelets, Nouveaux Testaments … D’autres souhaitent un entretien plus personnel, je leur donne alors rendez-vous.

Mardi, Vermond est allé à Kono afin de rencontrer les confirmands, pendant que je veillais de loin sur le déroulement de la rentraite de Zacko. C’est à Bamara que je me suis rendu jeudi pour la même chose ; ce fut une matinée sympa au cours de laquelle j’ai dialogué avec la 15è de confirmands ; je leur ai présenté une partie du film de l’ordination de Vermond, puisque ce sacrement était à l’ordre (!) du jour. J’ai passé un long moment avec un couple chez qui les relations sont pour le moins tendues au sujet des enfants. J’ai beaucoup écouté, et conseillé, et je sais que ce que j’ai osé dire m’est venu de cette force de Dieu qu’est l’Esprit-Saint. Par ailleurs, la communauté s’est réjouie du fait que j’ai apporté 12 des 20 bancs qu’ils avaient commandé grâce à l’argent obtenu par la vente de leurs diamants.

Les après-midis ont repris un rythme sympa sur le stade, grâce aux ballons taille 1 reçu dans un colis. Les enfants retrouvent la joie de la thèque ! J’ai enroulé un morceau de mousse autour de la bâte afin de protéger le ballon et lui donner une espérance de vie un peu plus longue que son prédécesseur … Les candidats à cette activité sportive sont nombreux, mais au-delà de 14 joueurs, ça devient compliqué à gérer. Alors il y a des heureux et des déçus, qui se consolent autour du ballon de foot.

A mon retour de Bamara jeudi, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que le centre polyvalent était entièrement recouvert des tôles prévues à cet effet !!!! À mon départ vers 5h45, rien n’avait été commencé. Alors vous imaginez ma tête, et ma joie ! Ce matin, le crépissage de l’intérieur se poursuit. Côté bloc opératoire, l’équipe en est aux finitions, au niveau carrelage, plafond, peinture. Les ouvriers sont pressés de rentrer à Bangui pour les fêtes alors, ils s’activent.

Hier vendredi, le conseil général a réuni une 30è de personnes ; le sujet principal fut, évidemment, la venue de l’évêque. La préparation de la messe n’a occupé pas beaucoup de temps, on avait bien travaillé samedi dernier. Mais au sujet du repas, ce fut une autre affaire : on y a passé plus d’une heure et demie !!! Tout le monde est d’accord pour manger, et le plus possible, mais quand il s’agit de partager entre eux les produits nécessaires, alors là, ça devient nettement plus compliqué. Décider du nombre de cuvettes de manioc pour 1500 personnes ne pose pas de problème, savoir qui va les amener, ça… ! Les candidats sont peu nombreux !!! Bon, c’est l’objet d’un marchandage entre les délégués des mouvements qui serait sans fin si je ne sonnais pas la clochette mettant fin aux palabres. Tout s’est bien terminé à … midi passé, tant il y avait de « divers », comme on dit ici en sango.

Après midi avec Caritas, puis soirée film avec quelques jeunes qui ont regardé avec moi « Bienvenu chez les Ch’tis ». J’ai trouvé cette comédie amusante, et pleine de bon sens ; un bon film à analyser avec des jeunes … Français !
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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