CARNET DE BORD, chapitre 18
Dimanche 15 mars
Le CD très éclectique offert par la mairie de Clermont tourne dans le lecteur. « Le son de
l’Auvergne » –c’est son titre- est parvenu jusqu’au cœur de l’Afrique grâce à La Poste. Pas mal, dans l’ensemble, la production auvergnate, certains morceaux sont même bons ! Le CD
était glissé dans le dernier colis contenant essentiellement des manuels scolaires de maternelle destinés aux formateurs des maitres et maitresses de jardins d’enfants. C’est sœur Blanca qui va
être contente ! Elle trouvera ces documents à son retour de Zemio ; elle et sa consœur Claribel, accompagnées d’Hervé, ont quitté Bakouma pour assurer une semaine de formation auprès de
ces mêmes enseignants travaillant avec les tout-petits. Dans ce colis, de la crème de marron et, mois de février à Clermont oblige, un DVD de
court-métrages. Youpi ! J’ai justement achevé la Saison 2 de Prison Break.
La petite semaine à Bangassou fut passionnante, côté rencontre et formation tout d’abord : les
deux jours de débat entre prêtres au sujet des sacrements furent vraiment intéressants. Nous étions 23 présents autour de l’évêque ; 23, c’est quasiment tout le monde, seuls 3 manquaient à
l’appel. 23, c'est-à-dire 11 religieux (sur 12), de congrégations différentes, de nationalités différentes, et 12 prêtres diocésains (2 absents) de RCA, du Rwanda, et moi de France. On a bien
entendu évoqué nos confrères en formation en Europe. Longs échanges sur nos pratiques pastorales, sur les situations auxquelles nous sommes confrontés, le poids de traditions, le gros problème de
la dot dans le mariage, la compréhension des rites par les paroissiens, … nous avons beaucoup parlé, beaucoup écouté pendant ces deux jours ; l’évêque s’est situé en auditeur, prenant
parfois la parole pour confirmer le cheminement des évêques de RCA ; l’abbé Martin, de Bakouma, nous éclairait, livre du Droit Canon –le Droit de l’Église- en main, toujours ouvert à la
bonne page. Ce qui me laisse sur ma faim, c’est l’immense décalage que je ressens, et qui m’écartèle, entre la manière qu’ont les évêques du pays d’appliquer la règle de l’Église, et ce que j’ai
connu sur ce sujet de la part des évêques de France. Je me suis souvent tu, quand le débat se concentrait par exemple sur les demandes de mariages de gens non confirmés ; ici, c’est
impossible, sauf autorisation expresse de l’évêque, que ces gens-là aient accès au sacrement de mariage s’ils ne préparent pas simultanément celui de la confirmation. En France, les chemins sont
autres. Ici, on répond en ouvrant le Droit de l’Église et le directoire des évêques de RCA, là-bas en France, il me semble que, loin de tout balayer, on écoute et accompagne les situations de
chacun, de manière donc beaucoup moins formelle, mais me semble-t-il (et sans me poser en donneur de leçon), plus proche de ce que le Christ aurait dit, et/ou fait. 12 ans au service du diocèse
de Clermont m’ont amené à vivre mon ministère avec des confrères ayant ce souci de ne pas enfermer les paroissiens dans des carcans, mais de les accompagner dans ce qu’ils vivent afin d’y
enraciner le désir de vivre de l’Évangile. Ici, j’ai le sentiment qu’on vise à ce que les gens obéissent à la règle, dénuée de place pour l’accompagnement personnel. La venue ressente de Mgr
Sarah, secrétaire de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, révèle cette pression que met Le Vatican sur les Épiscopats africains. Ainsi lors de sa visite en RCA, la Propédeutique a
dû mettre la clé sous la porte (en pleine année scolaire), certains évêques ont mis à pied quelques-uns de leurs abbés et se sont vus remis en place sur plusieurs sujets, notamment celui de la
pastorale de ce qu’on appellerait en France « pastorale de proximité ». La règle, c’est la règle, pourrait-on lire entre les lignes. Moi dans tout ça, je suis un peu comme écartelé. Je
sens bien que trop de fermeté ne nous permet pas, à nous prêtres, de vivre avec bon nombre de paroissiens un accompagnement personnel, puisque la réponse à leurs questions, à leurs situations, se
trouve dans le Droit Canon. Seule une éventuelle autorisation de l’évêque peut lever telle interdiction. Le Vatican n’est-il pas plus sévère et exigeant avec l’Afrique (dernier continent où on
peut encore être aussi strict ?) qu’avec le reste du monde ? Question de Congrégation peut-être, puisque celle de l’Évangélisation des Peuples ne s’occupe pas (pas encore ?) de
l’Europe et des Amériques.
Pour moi, difficile d’aborder ce sujet-là avec les confrères en assemblée, parce que je ne voulais pas semer le
bazar. Mais un tête à tête rapide avec Monseigneur m’a permis de lui partager ces questions. Il comprend, mais bien qu’Espagnol, il est maintenant d’ici, depuis le temps qu’il y vit. Il semble se
faire à cette manière d’agir auprès des catholiques. Il dit parfois que le droit Canon peut faire des exceptions, en mentionnant par exemple : « sauf en terre de mission » ;
je lui ai dit que ce que j’avais entendu lors de nos échanges différait tant de la pratique en France qu’on pourrait peut-être ajouter la mention : « sauf en terre de vieille
chrétienté ». Derrière cette note quelque peu humoristique, il y a ma préoccupation à vivre une pastorale qui soit aussi celle de la croissance ; on ne tire pas sur les branches des
arbres pour le faire grandir plus vite, mais on arrose le sol, afin que l’arbre se développe. Forcer quelqu’un au mariage alors qu’il est en route vers le baptême ou la confirmation ne me parait
vraiment pas un bon moyen de faire découvrir et apprécier toute la richesse de ce sacrement. Ça j’en ai déjà parlé dans ce carnet, et je reste persuadé que le Droit Canon devrait être éclairé de
l’esprit du Concile Vatican II.
Vendredi, longue matinée du Collège des Consulteurs ;
Monseigneur voulait consulter son Conseil sur des sujets sensibles et complexes. La discrétion est de rigueur, il n’y a donc pas de publication de compte rendu. Mais une fois encore j’ai apprécié
le sérieux avec lequel chacun des 6 prêtres a participé aux débats, pris position, conseillé l’évêque. Le déjeuner qui a suivi fut servi au petit séminaire, et Ana s’était mise en cuisine pour
préparer de succulentes patates à la moutarde. Des vraies patates ! Hum ! A propos de repas, deux soirées chez Patrick et Marie-Do ont été l’occasion de revenir sur leur rencontre de
coopérants à Bangui, sur tout un tas de sujets de la vie de l’Église, de parler de nos familles. Et bien entendu, on rigole bien, et le repas et les boissons sont à la hauteur de ces
agapes !
LUNDI 16
MARS
Comme à chacun de mes
séjours à Bangassou, je suis allé à la Maison Éric, où résident 5 lycéens de Bakouma et Zacko, sur lesquels Gaëtan et moi veillons. Les 2 de Zacko qui sont au collège technique
« marchent » bien, très bien même, puisque Emmanuel est premier de sa classe, Frédéric est 6è, sur les 37 élèves de première année. Les 3 de Bakouma qui sont au lycée moderne marchent
eux aussi pas mal, mais souffrent vraiment de la surpopulation scolaire : 220 dans une seule classe de 6è, Herman doit avoir du courage chaque jour, chaque heure de cours, vraiment. Notre
échange a duré près d’une heure et demie, assis devant leur maison. Ils sont bien, nos petits gars ; ceux de Bakouma, contrairement à ceux de Zacko, ne sont pas beaucoup soutenus par leurs
parents. Et ça les gêne, et ça ennuie Gaëtan qui ne sait pas trop comment « mettre la pression » pour que les parents versent la somme nécessaire à la bonne marche de la communauté de
leurs enfants. J’ai donné ma contribution pour l’achat du pétrole permettant à la lampe d’éclairer leurs cahiers de devoirs. Autres jeunes rencontrés, les petits séminaristes, particulièrement
ceux de Zacko et Bakouma, avec qui on échange sur ce qui se passe dans leurs paroisses, et qui partagent joies et soucis. J’apporte aussi du courrier, mais pas de boite de pâte d’arachide cette
fois-ci, la saison touche à sa fin. J’ai remonté les bretelles de ceux qui ne travaillent pas beaucoup, comme Calvin, qui se paye un 2/20 minable en … instruction religieuse !!! Et puis deux
rencontres en tête à tête, avec des séminaristes souhaitant confier leurs questions, leurs projets. Deux longs moments consacrés à écouter, à questionner, à encourager. Et à ma prochaine venue à
B/SSOU, on poursuivra le dialogue.
Vendredi, Vermond et nos
passagers avons quitté Bangassou à 16h seulement, parce qu’il me fallait impérativement envoyer un article par mail à l’Institution Ste Marie de Riom, et l’agenda de mon séjour en Auvergne ;
or Internet était sans connexion le matin ; heureusement qu’à 15h30, c’était rétabli. Les mails, c’est un long temps de chacun de mes séjours, mais c’est toujours un bon moment ;
parfois les nouvelles sont mauvaises, mais c’est ainsi, je ne peux fuir la réalité des amis et de la famille. Être loin apprend à gérer ce type de nouvelles autrement, et à réagir aussi
autrement.
Bakouma samedi matin,
rapide détour par Lengo, où je suis allé chercher les affaires que Charles avait laissé là-bas. Charles, c’est le formateur de l’AFI, l’alphabétisation des adultes qui débute ce lundi matin à
Kono. On s’est arrêté dans le village situé à 12 km de Zacko pour présenter le formateur à ces élèves d’un âge parfois avancé. Puis j’y suis retourné le dimanche après-midi avec tout un tas de
matériel comme le tableau noir, les livres, afin que ce matin, tout démarre normalement. Et ce matin, c’est en VTT que j’y suis encore retourné afin de faire un petit discours d’encouragement et
d’assister aux premières minutes de cours. J’ai vraiment pris du plaisir à voir les visages de ces femmes et de ces hommes en train de tenir une craie pour la première fois, et dessiner dans
l’espace les formes principales des lettres que sont le rond, le trait vertical, l’horizontal et les diagonaux. Charles est patient et souriant, ses élèves le suivent
attentivement.
MARDI 17 MARS
Dimanche matin, messe au centre, dans une église comme à l’accoutumée plus que pleine. J’ai prêché
sur les commandements (c’était le sujet du jour), insistant notamment sur le fait que Dieu développe à trois reprises le thème du vol ; en sango, l’adultère se dit : voler une femme.
Ainsi, se succèdent trois expressions : « tu ne voleras pas », puis « tu ne voleras pas de femme », puis « tu ne voleras pas la femme de ton prochain » ;
avec sérieux et humour, j’ai pu mettre l’accent sur ce fléau qu’est l’adultère, vu qu’en sango tout se dit de la même manière, quelque soit le vol commis. Un vol est un vol, et tous sont
interdits. J’ai insisté ensuite sur le repos du dimanche. Il m’arrive en effet, lorsque je me rends à Bamara ou Kono en vélo, de surprendre certains de mes paroissiens, barre-à-mine à l’épaule ou
fut vide sur la tête, en route pour le chantier ; l’imitation de l’effet de surprise a été un court temps de franc fou-rire ! En début d’après-midi, après le retour de Vermond de
Bamara, c’est à mon tour de prendre la voiture, direction Kono, avec à mon bord Charles le formateur et Richard, son adjoint ; il y avait aussi deux cartons pleins à craquer de crayons de
papier, de gommes, de taille-crayons (merci St Bruno !) de boites de craies, de cahiers double-lignes, de livres de lecture pour débutants. L’immense tableau noir, ainsi que la porte de la
nouvelle maison de prière du groupe Légion de Marie de Kono étaient aussi de la partie. A 3 km de Kono, on a perdu la barre de direction … ! Heureusement que la vitesse n’est pas possible
dans la région ! Mais ça fait une impression bizarre, quand vous tournez le volant, de sentir que la voiture ne vous obéit pas !!! Les freins ont répondu, eux !!! Pas de problème,
3 mn sous la voiture ont suffit, grâce aux sangles, à remettre le tout en place. Mieux qu’un bon whisky, notre voiture, puisque c’est une 16 ans d’âge… ! Mais il faudra changer la rotule
avant droite. On est arrivé sans encombre à destination, et on a déchargé tout le matériel et laissé les enseignants prendre possession des lieux. Retour à la nuit tombée, et dès le lendemain,
nouvelle visite à Kono, pour assister à la mise en route des cours pour adultes. 11 présents à la première matinée, c’est peu, mais ça va décoller lentement, vu que 42 personnes s’étaient
inscrites. C’est à vélo que j’ai fait le trajet, et j’ai pris le temps, au retour, d’aller voir dans les zones de chantier les endroits où on peut trouver du bon sable pour poursuivre les
travaux. Ce fut un des sujets du conseil paroissial qui s’est tenu dans l’après-midi, et qui s’est terminé à la nuit tombée, vu le nombre de thèmes abordés. Côté projet Orphelins, Alfred, qui était pressenti pour ce poste par Vermond et moi, s’est finalement désisté. Dommage, il était surement l’homme le plus à même
de suivre cette aventure. On va rechercher quelqu’un d’autre qui soit compétent dans ce domaine, sans tarder maintenant, Ana voulant nous rendre visite après Pâques pour voir l’évolution du
projet et former les acteurs. En soirée, j’ai commencé à visionner le DVD des court-métrages ; c’est aussi varié qu’une séance à Clermont ; y a du bon, et du moins bon dans ce que j’ai
vu après le diner pendant 1h30 avec Hugor, Ibrahim et Melvin.
Ce matin, nouvelle virée dans le secteur : je suis allé au rendez-vous fixé avec les catéchistes de la
route du Nord. A 6h10, j’ai quitté le centre ville pour arriver 1h05 plus tard à Bamara, où j’ai retrouvé Joseph, Maurice et Augustin, catéchistes du lieu, et Jules qui arrivait de
Yanguchi ; on a attendu Ferdinand qui espérait que je l’emmènerais en voiture à mon passage à Yanguhoda ; il a été bien déçu de me voir arriver en vélo !!! A propos du vélo, les
Servants l’ont baptisé « auto ti kyon », ce qui veut dire « l’auto de l’égoïste ». Ma réputation de bonté dans l’aide au transport des personnes est mise à mal !!!!
Retour sur les choses sérieuses qui furent au centre de notre rencontre qui a duré toute la matinée ; il s’agissait essentiellement de préparer le programme de la Semaine Sainte, que je vais
vivre au milieu d’eux. Résidant pendant 6 jours à Bamara, je serai au plus près des trois communautés de ce secteur, circulant (à vélo !) de l’une à l’autre afin d’assurer ça et là une
catéchèse, une rencontre de baptême, un temps de confession, … On a ensemble précisé tout un tas de choses, et chacun en a été satisfait. On a ensuite abordé divers points dont l’accompagnement
des catéchumènes, les célébrations du dimanche, les relations (parfois tendues) avec les conseils des chapelles. Le café avant, accompagné de beignets, puis après le travail la boule de manioc
accompagnée de friture, ces petits poissons grillés qu’on avale tout entiers (cf. Chateauneuf-les-Bains !) ont été de bons moments de partage et de rire. Au retour, arrêt à Fungu pour près
de 45 mn de Thalasso « à ma façon » ; en plus, il n’y avait que deux autres personnes, j’ai pu m’échouer longuement dans l’eau bouillante, protégé du soleil grâce à l’ombre du
rônier tout proche. Depuis mon arrivée à la maison, ça n’a pas arrêté 5 mn ! Tout y est passé, ou presque : de la plaie purulente à la main qu’il me fallait soigner en urgence (j’ai
envoyé le jeune homme au centre de santé) à la vente d’or (je refuse toujours et encore) en passant par l’achat de planches pour le mobilier de l’école (là, j’ai accepté !), sans oublier les
larmes d’un CM2 qu’un enseignant a trop frappé avec l’ex courroie de distribution, les demandes d’argent pour je ne sais plus trop quoi (j’ai refusé), et la tondeuse que j’ai utilisée pour raser
la tête de Médard après que son maitre d’école se soit acharné avec une lame de rasoir (pas neuve… !!!) pour lui faire comprendre qu’il devait venir en cours avec des cheveux plus courts,
rien ou presque ne m’a été épargné, alors que j’aspirais vraiment au calme. Bon, certains lecteurs vont sourire, d’autres s’interroger, sur les méthodes employées à l’école notamment. Et bien
c’est tant mieux, c’est ça, mon paysage, LE paysage quotidien.
A propos de pays, quel ne fut pas mon étonnement hier en arrivant à Kono de voir dressée au milieu de la piste
à l’entrée Sud du village, une barrière de gendarmerie. Ce matin, même chose à Bamara, à l’entrée Nord, devant l’église. Poussé par la curiosité, j’ai demandé à ces deux gendarmes bien armés de
Zacko ce qu’ils faisaient là. Tout d’abord, ils m’ont expliqué qu’ils étaient là par ordre de l’État Major, afin de surveiller les va et vient d’armes dans tout le pays. « On est là pour
vous protéger des rebelles qui ne respectent pas le cessez-le-feu ». Comme si les soi-disant rebelles allaient se balader dans le pays par les voies de circulation. Et d’ailleurs, si un
groupe armé débarque à Bamara, devinez qui va courir le plus vite et s’enfuir en premier???!!! Je leur ai demandé leur ordre de mission, et ce qu’ils m’ont donné m’aurait fait partir dans un
énôôôôôôrme éclat de rire, si je n’avais crains un incident diplomatique. Envoyé par l’État Major des armées, le document dactylographié daté du 30 janvier stipule qu’ordre est donné d’ériger des
barrières afin de contrôler les véhicules dont les plaques d’immatriculation sont non conformes ; de faire baisser les vitres des véhicules qui les ont teintées, afin de bien voir les
passagers ; de contrôler les papiers des véhicules. Point Final. J’ai dit mon étonnement qu’à partir d’un tel écrit, on fasse autant de tracasseries aux cyclistes. Alors l’un des gendarmes a
amené ensuite un deuxième document, manuscrit, émanant du Chef de Brigade de Zacko, disant de contrôler tout chargement, ainsi que les pièces afférentes au … vélo ! On est loin de la missive
de l’Etat Major ! Et on érige donc ces barrières qui permettent quoi ???? Et bien le racket, tout simplement. Les trafiquants qui circulent se voient dans l’obligation de payer un droit
de passage de 300 F à 500 F, sous peine de se voir dessaisis de leurs marchandises ou de leur vélo. Et qui empoche ?? Inutile de l’écrire … A Bamara, ce que j’ai vu m’a d’autant plus révolté
que les deux chefs de villages sont complices de la chose : en effet, ils restent à tour de rôle auprès des deux gendarmes afin que les cyclistes qui sont connus du coin puissent passer sans
payer. A eux, je me suis permis de dire que, quand on porte le beau nom de République, cela implique, entre autre, la libre circulation des personnes et des biens. En temps qu’élu du peuple, ils
devraient être au service de tous.
Vraiment, une fois de plus, ce sont les pauvres et les petits qui trinquent. Quand va-t-on sortir de cette
logique infernale qui est doublée de la peur de rebelles qui se transforme en peur de toute personne inconnue arrivant dans votre village ? Tout étranger devient suspect, tout trafiquant est
soupçonné de transporter des armes. Pauvre démocratie … et dire qu’on est à un an des prochaines élections présidentielles, législatives, et peut-être même municipales.
MARDI 24 MARS, 15h30
Que d’évènements depuis une semaine ! Je rentre en effet d’une tournée dans les chapelles
situées au Sud ; je vais y revenir ensuite. Les deux journées vécues à Zacko furent consacrées à préparer et vivre la prière de jeudi après-midi à l’église, dans le cadre de la semaine de
Caritas Centrafrique. Mercredi après-midi, on a mis au point un déroulement qui a donné lieu à une rencontre le lendemain, qui fut sympathique : alternance de chants, de prises de paroles -
catéchèse de ma part sur Matthieu 25,31 – 46 ; 1 Corinthiens 13, 13 – histoire de Saint-Vincent de Paul, … puis prière à partir de Mt 5, 13-16, une lampe allumée et du sel ayant été déposés
sur l’autel. 80 personnes de tous âges se sont ainsi rassemblées en cette fin de journée. J’ai bien aimé ce temps plutôt inédit ici, et qui a été apprécié. Vermond m’a dit ce midi que le repas de
dimanche servi aux pauvres a eu du succès, et il en restait encore après que tout le monde fut servi ; une vraie multiplication des pains ! Nombre de pauvres sont repartis avec une
gamelle pleine pour le soir. J’aurai un compte rendu un de ces jours.
Retour su mercredi après le déjeuner : j’ai reçu un billet d’invitation à participer à un repas offert par
les heureux gagnants du tournoi de foot des enfants, organisé par un jeune footballeur du club Tempête Mocaf (du nom de la bière locale). Pierre avait lancé des inscriptions pour ce tournoi, et
ça s’est mis en place petit à petit. Puis après les entrainements et les éliminatoires, on est arrivé à la finale. L’équipe dans laquelle évoluait Hugor, Richard, Grâce à Dieu et d’autres
(l’équipe de France…) a remporté ce tournoi face au Cameroun, ce qui a amené Mahamat et ses copains à pleurer de déception. Repas donc, chez le capitaine Valentin, derrière le marché central.
L’équipe au complet avait invité Pierre, Wasty le directeur de l’école, et le curé, sponsor du tournoi (le ballon, la pompe, les drapeaux des corners) et naturellement président d’honneur de
l’équipe de France ; remarque, je l’étais aussi pour celle du Cameroun, ce qui m’amenait à payer les droits des matchs des deux équipes, à raison de 50 FCFA par match, soit 7 centimes
d’€uro… J’aime ces moments au quartier, où règne une bonne ambiance ; j’aime m’y assoir pour partager des moments simples autour d’un repas, discuter de tout et de rien, sous les yeux ébahis
de bon nombre de gens qui passent. J’avais amené chez Valentin deux bidons de 5 litres d’eau glacé, dans lesquels j’ai versé du jus en poudre. C’est une vraie joie pour eux de boire des jus de
fruit, et glacé en plus.
Jeudi matin, alors que je comptais avoir du temps calme pour travailler à mon bureau, voilà que plusieurs
élèves arrivent, la tête basse. Il est 8h15. Que se passe-t-il ? Et bien ils ont été renvoyés de l’école parce que leurs parents n’ont pas payé les frais de scolarité. Ces CM1 et CM2
subissent la mauvaise volonté de leurs parents. J’insiste sur ce point : les parents de ces enfants travaillent, ou peuvent le faire, et ainsi économiser petit à petit la somme nécessaire
pour que leurs enfants soient scolarisés. Mais voilà, « y a pas d’argent » répondent-ils invariablement quand je les aborde sur ce sujet. Ce qui est loin d’être vrai, bien entendu.
Alors, que faire dans l’immédiat tout d’abord, puis à plus long terme ? Pour la deuxième étape de ma réflexion, pas d’idée. Pour résoudre rapidement la première question, j’ai proposé
aux enfants de faire un petit travail pendant la matinée. Ils ont été immédiatement d’accord et sont partis, armés de pioches et de machettes, nettoyer le chemin d’accès au bloc opératoire, ceci
jusqu’à midi. Ils y ont mis tout leur cœur. En fin de matinée, j’ai porté au directeur 5 fois 1000 FCFA afin que les 5 garçons puissent reprendre les cours dès l’après-midi. 1000 FCFA, c’est bien
insuffisant, puisque la somme totale s’élève à 2600 Francs. Mais je ne suis pas le père ni la mère de tous ces petits. Les enfants qui travaillent pour payer leur scolarité. Perso, ça me gêne
vraiment. Les parents sont aux abonnés absents, alors qu’ils doivent, c’est obligatoire et inscrit dans la loi de RCA, inscrire leurs enfants à l’école primaire. Peut-être certains parents
attendent-ils que je paye, tout simplement ; alors je suis tombé dans le panneau ; sauf que je les connais, ces petits, leurs petits, ils ont vraiment soif d’apprendre à lire, à
compter, à parler français. Alors que faire à plus long terme ???
Vendredi aux aurores, j’ai bouclé mon sac à dos et l’ai chargé dans mon grand panier, ainsi que le duvet, la
moustiquaire, le K-way, la boite contenant le minimum pour la messe, et quelques bricoles religieuses à vendre. 6h10, je quitte la maison, après avoir salué les Servants, alors que Vermond a
commencé à célébrer l’eucharistie à l’église, et je prends résolument la route en direction du Sud.
DIMANCHE 29 MARS, 19h05
Que de retard accumulé !!!!
Pour me donner du courage, je viens de déguster un excellent aligot accompagné de l’excellent saucisson de chez
Charcuterie Lassalas (avis aux connaisseurs !). Ne voulant manger cela tout seul, j’ai invité deux servants d’autel prénommés Armando et Mahamat. « Le repas des Blancs » comme ils
ont aimé à le répéter, les a ravis. Et moi de même. C’est une soirée qui conclut une journée consacrée aux 25 servants d’autel de Zacko. Ce matin, Gina, une proche voisine, nous a préparé une
grande quantité de boule de manioc accompagnée de viande et de coco (prononcer coco avec l’accent des Bisontins, le o de vélo, c'est-à-dire avec le o très ouvert … !). Après la messe, on
s’est retrouvé sous les grands arbres de l’espace privé des prêtres, en arrière de la maison ; Vermond rentrait de Kono avec trois servants, et on est passé à table avec leur chef, le
catéchiste Jolys. À l’issu du déjeuner, j’ai partagé les buchettes de sirop Teisseire envoyées par François, le servant de Clermont venu leur rendre visite en août dernier… J’ai offert les 19
balles de tennis et des porte-clés trouvés dans divers colis. Ils sont contents de ces petits cadeaux. J’ai ensuite sorti l’ordi et projeté un film emprunté à Issa, un des gérants de salle vidéo
avec qui on fait des échanges de DVD. Le DVD apporté par les jeunes contient plusieurs films japonais de combat plus ou moins forts, plus ou moins drôles. Ils ont voulu voir ensemble
« Taïchi foot », l’histoire d’amateurs de foot qui capturent des forces pour gagner les matchs. Les forces surhumaines, les jeunes en connaissent un rayon ! De plus, c’est assez
dans leur culture, ces histoires de forces que des hommes peuvent obtenir et qui leurs donnent des pouvoirs spéciaux. Comme certains avaient déjà vu le film ici ou chez Issa, ils racontaient
l’histoire en avance, ce qui fait qu’il n’y a pas besoin du son !!! C’est un côté sympa de plus dans ces retrouvailles avant d’entrer dans la Semaine Sainte. Fin de journée autour du ballon
de foot (normal !) puis retour de la troupe à la maison à la nuit tombée. Ce matin, beaucoup de monde à la messe, mais une quête petite en valeur ; les temps sont durs. J’ai harangué la
foule sur le verset 26 du chapitre 12 de l’évangile de Jean lu aujourd’hui. Qui veut vraiment suivre le Christ doit le vivre concrètement, et chaque jour. Quels exemples ai-je pris ? Et bien
lorsque je pars à la rivière laver mes habits, pourquoi ne pas prendre en passant ceux d’un pauvre du quartier ? Quand je ramène du bois pour la cuisine, pourquoi ne pas en déposer au pauvre
qui est mon voisin ? Rentrant du chantier, je peux prendre là encore du bois de cuisine et l’apporter à un nécessiteux. J’ai balayé chez moi ; et pourquoi ne pas le faire chez le voisin
handicapé ? Ces petits exemples concrets sont vraiment parlants. Il reste deux semaines avant de fêter Pâques, il est encore temps pour bien faire.
Retour donc sur mon séjour hors des murs de Zacko : mon périple pour Mbago m’a conduit d’abord à Kpangou.
Arrivé là à 8h45, j’ai travaillé pendant 2 heures avec les deux catéchistes ; on a fait le point sur la vie de la communauté, les catéchumènes, la présidence des rencontres du
dimanche ; puis j’ai consacré une heure environ aux membres du conseil de la communauté. Il y a un réel problème avec le président dûment élu : il n’est quasiment jamais là ; j’ai
proposé que le vice président, qui fait tout le travail, devienne le président. Il faut que la communauté se prononce ; je verrai ce qu’il en est lors de mon séjour au milieu d’eux dans
quelques jours. Un constat demeure : Kpangou se vide de sa population. Nombre de gens sont allés s’installer à Kono, d’autres à Bamara, où il y a du travail et surtout des gens qui les
payent ; c’est ça le problème de Kpangou : il y a du travail, des diamants, mais pas d’investisseur. Même difficulté 18 km plus au Sud à Mbago, que j’ai rejoint à 16h. Le village semble
quand même plus actif, et Abou y vient depuis Zacko régulièrement pour payer des gens qui travaillent dans ses chantiers. La communauté catholique est forte de ses 45 membres dans un village qui
compte à peine 100 habitants. 4 nouveaux petits catholiques sont venus grossir les rangs, puisqu’ils ont reçu le baptême de mes mains le dimanche matin au cours de la messe célébrée dans une
chapelle toute neuve. Les termites ayant eu raison de la précédente, tout le monde s’est mis au travail, en l’absence du catéchiste envoyé en formation à Ouango, et tout fut rebâti en un temps
record. Les trois poteaux principaux de l’armature sont des troncs d’arbres ! Les termites n’ont qu’à bien se tenir. Ce séjour à Mbago m’a permis de mieux connaitre les membres de la
communauté ; j’ai là aussi pris le temps de discuter avec les catéchistes qui font un bon travail d’animation des assemblées du dimanche. J’ai aussi profité du calme des lieux, devant
« ma » case sous « ma » paillotte. Du calme, enfin, loin du tumulte permanent de Zacko.
Dimanche 14h, je quitte Mbago pour Bakouma ; 28 km dont 13 entre sous-bois très sombres et humides et
surfaces de roches ou le soleil tape vraiment fort. Le centre du continent africain dans toute sa splendeur et ses contrastes. Les 15 derniers km sont plus faciles, puisqu’AREVA étend son domaine
de prospection et crée des chemins à coup de bulldozer, chemins ouverts au public. Mon arrivée à Bakouma a été un peu comme qui dirait une gaffe ; mais que voulez-vous, je ne savais rien,
sortant de la brousse profonde ! Voilà le souci : le sous-préfet (enfin, celui qui faisait office de) était mort la veille à Bangui. Ne le sachant pas, et arrivant devant sa maison
(c’est la première maison qu’on rencontre quand on coupe à vélo sur les pistes qui courent à travers les champs) je salue tout le monde avec ma bonhommie habituelle (Balala kwe !), joyeux
d’arriver à destination. Et là flop : pas un mot ou presque. C’est alors que je m’aperçois qu’il y a vraiment beaucoup de monde devant la maison et à l’ombre des manguiers tout proches. Gros
malaise, pensez-vous ! Une femme vient à mon aide, alors que j’ai franchement ralenti le rythme de ma course, et m’annonce la triste nouvelle. Flop. Je m’éclipse rapidement et rejoins la
paroisse, où je trouve Gaëtan Kabasha et Martin Modoué, les abbés de ces lieux. Les enfants et jeunes qui me voient passer me suivent et font la course avec moi (devinez qui c’est qui a
gagné ?!). Il y a toujours beaucoup d’étonnement à me voir sur mon VTT customisé à l’africaine pour les circonstances pastorales : ajout du porte-bagages surmonté d’un gros panier en
osier placé perpendiculairement et me permettant de transporter tout mon barda. Douche et repos au programme, ainsi que quelques coups de fil pendant ce séjour de moins de 48 heures. Lundi,
matinée consacrée à mettre au point avec Gaëtan la formation des catéchistes dont nous serons les pilotes, et qui se déroulera du 20 au 26 avril. Après midi cool, et changement du pneu avant du
VTT. Ayant près de 3000 km au compteur (Gilles, c’est beaucoup ou peu pour un pneu Michelin de VTT ?) il se trouve qu’il est fendu à jusque dans l’intérieur, comme déchiré. Les tout petits
cailloux et autres petites épines prenant un malin plaisir à y rentrer et à perforer la chambre à air, j’ai préférer faire l’échange et conserver la chambre à air ayant adopté déjà 5 rustines. Je
regarde la télé et découvre bien attristé la polémique autour des déclarations du Pape lors de son voyage au Cameroun et en Angola. Comme d’hab à la télé, on nous bombarde d’extraits si courts
qu’on ne connait pas le fil de la pensée de celui qui est interviewé. Comme d’hab à la télé, on pense que le Pape est venu faire un show et rameuter « ses » foules afin de faire nombre
et engranger encore du succès telle une star. La conclusion du journaliste de France2 était navrante : « le Pape est venu pour vérifier sa popularité ; et bien, c’est raté »
(un truc à peu près comme ça). Encore une poule qui a trouvé une clé, ce journaliste-là parti se faire bronzer sur les plages de Luanda, la capitale de l’Angola. Cela dit, je pense que si chaque
fois qu’un Pape vient sur ce continent et qu’il commence son séjour par ce type de discours martelant le refus de l’usage du préservatif (Jean-Paul II avait fait de même entre autre au Rwanda,
c’était en 1990…), c’est une bien piètre image de l’Afrique qu’il renvoie au Monde ; et là je ne partage la manière de faire. Tant de belles choses naissent un peu partout ici qu’il pourrait
y avoir de l’espérance dans des propos de début de séjour. En matière de sexualité, c’est évident qu’il y a beaucoup à dire, notamment au sujet de ce qui se vit ici en Centrafrique. Mais faut-il
aborder cela dans de longs discours diffusés au Monde ? L’expansion du SIDA est un fléau qu’on ne peut combattre ici et aujourd’hui seulement en prônant la fidélité et l’abstinence, et en
interdisant purement et simplement l’usage du préservatif. Le travail des consciences, l’évolution des mentalités, c’est un travail si long ! En attendant, la maladie continue sa progression
parfois rapide dans les familles, les quartiers, les villages. L’éveil des consciences à un mieux-être dans les rapports humains en général se heurte à des habitudes ancestrales, dans cette
société centrafricaine où, en province, la femme est soumise, et cela quelque soit son âge, et quelque soit l’ethnie dont on étudie les mœurs. Dans un pays où la polygamie est l’habitude, même
chez de nombreux catholiques pratiquants (qui certes n’ont pas accès aux sacrements) et où le fait de fréquenter une fille fait qu’on va avoir sa famille sur le dos plus rapidement que prévu avec
obligation d’acheter (c’est le terme exact en sango) ladite fille, ce qui revient à un mariage forcé, pour les deux parties d’ailleurs ( !), la monogamie et la fidélité sont quasi hors
sujet aujourd’hui. Voilà ce que m’inspirent les propos entendus à la télé.
Mardi matin 5h35 : je franchi (en passant par-dessous, « ils » n’étaient pas réveillés !)
la barrière de gendarmerie sauvagement installée afin de taxer encore les moins riches du pays. (Lire ci-dessus.) Il fait frais, j’en profite pour pédaler gaillardement et rejoins Kono à 9h45. Je
passe un temps auprès des adultes devenus élèves, puis arrive à la maison à 11h.
JEUDI 2 AVRIL, 20h40
Reprise de la rédaction ; je crois que ça n’a jamais été compliqué pour moi de rédiger ces
pages, qui m’aident pourtant à relire ce que je vis, à prier aussi, et enfin à communiquer avec tant de gens au moment même où je rédige, en attendant de pouvoir les envoyer. Mardi 24 mars fut
donc placé sous le signe du repos, la réunion de préparation de la retraite de vendredi ayant été remise au jeudi. J’en ai profité pour ranger mes affaires, aller m’allonger dans l’eau chaude de
Fungu, et recevoir diverses personnes, dont pas mal d’enfants et de jeunes, heureux de me voir revenu et avides de savoir comment s’était passé mon séjour.
Mercredi, c’était le 25 mars, fête de l’Annonciation, et par la même occasion celle de mon anniversaire. Bon,
côté moral, OK, beaucoup de joie à offrir une bonne bouillie accompagnée de beignets aux participants de la messe du matin, 25 personnes environ. Une manière toute simple de partager ma joie. En
matinée, musique et envie de balade, mais voilà que l’orage menace. Il n’a pas plu depuis longtemps, ce sera d’ailleurs le seul jour de pluie de cette période. Mais il a plu, beaucoup, et à
plusieurs reprises au long de la journée. Le projet de film est donc tombé à … l’eau. Mais les enfants ont eu droit à des bonbons. Déjeuner et diner africains avec Vermond ; je me suis fait
plaisir en dégustant quelques bonnes petites boites de produits français trouvés dans les colis. Le lendemain jeudi, retour à la réalité pastorale : réunion le matin jusqu’à 13h avec les
délégués des chorales de la paroisse, puis à 15h avec les responsables de la Légion de Marie pour la réco du vendredi. Vers 16h45, alors que j’avais achevé la préparation du lendemain et installé
le film, le beau temps étant revenu, je me suis fait prendre à partie par le président de l’APE du jardin d’enfants (école catholique). Il était fâché à mon sujet –je ne l’avais pas reçu assez
vite et comme il le souhaitait—s’en est suivi de sa part une bordée d’insultes auxquelles je n’ai pas répliqué, me contentant d’élever très très fortement la voix et le priant de quitter les
lieux. Il a levé la main sur moi et s’est retenu de justesse, impressionné par le nombre de gens qui avaient accouru. « Et voici, mesdames et messieurs, un des signes visibles des ravages de
l’alcool » (voir à ce sujet précis le Carnet au 8/12/2008) Ma patience a des limites. Ces limites ont été visibles. Ce que je ne mesurais pas, c’est l’impact que cette toute petite
histoire, ce fait mineur a eu dans les quartiers. La nouvelle a fait le tour de la ville dans la soirée, et c’est l’indignation qui a dominé. Comment un responsable, saoul de surcroit, ose-t-il
se présenter chez l’abbé, et en plus lever la main sur lui ? En sango, l’expression en provenance des USA et qui domine, lorsqu’on parle des abbés, des pasteurs, c’est « boy ti
Nzapa ». (Nzapa, c’est Dieu). Notre abbé, c’est un boy ti Nzapa, comment peut-on lui faire une chose pareille ? Les conseillers de l’église ont convoqué le monsieur en question hier
1er avril afin de mettre les choses au clair. À mon avis, tout ce qu’il a dit faisait ressortir qu’il est parfait, irremplaçable, incontournable, et que c’est moi qui ai fait un
esclandre non fondé. Non, je n’étais vraiment pas heureux hier en fin de journée de me retrouver en face de lui ; d’autant qu’il a été agressif avec tout le monde. Mais bon, pour calmer les
évènements et passer à autre chose, il fallait le faire. Les conseillers présents ont été calmes, mais peu enclins à lui secouer les puces. Tant pis, tant mieux, ça n’a pas d’importance. On verra
ce que l’avenir nous réserve.
La journée de vendredi 27 mars fut consacrée à la réco des Légionnaires. Assistance nombreuse et priante,
composée de femmes et d’hommes engagés dans ce grand mouvement de l’Église Catholique en RCA. Ce que j’aime avec ce mouvement, c’est qu’on rencontre parmi toutes ces femmes, quelques-unes qui
savent lire et écrire. Alors les carrefours, les mises en communs prennent une autre tournure, puisque la prise de parole pour le compte rendu n’est plus réservée aux voix masculines. Temps de
confession le matin avant le lancement de la journée, et en début d’aprèm ; chapelet, méditation, partage d’évangile, enseignement, adoration, chemin de croix, bouillie partagée (c’est jour
de jeûne), tous les ingrédients étaient réunis pour vivre une bonne journée. À 16h30, en voiture pour fungu avec les Servants et autres garçons venus au chemin de croix. La source chaude est à
l’ombre des rôniers, c’est vraiment agréable.
Samedi, j’ai consacré ma matinée aux 5 CM2 candidats au concours d’entrée au petit séminaire. Au menu, dictée,
grammaire, puis calcul et problèmes de math. Le plus difficile en math pour ces gars, c’est de comprendre la consigne, ce qu’on leur demande exactement. Mais avec patience, on y arrive, ils y
arrivent !
Après la sieste, réunion avec Caritas et St-Vincent-de-Paul, afin de faire le point sur la journée des pauvres
qui avait eu lieu le dimanche précédent, alors que j’étais à Mbago. Point négatif, les luttes de pouvoir, qui ont amené les responsables des deux mouvements à se « crêper le chignon »
pendant et après la fête. Points positifs nombreux ! Les visites du samedi matin dans les quartiers ont réuni près de 100 paroissiens motivés, désireux de servir les plus pauvres en
apportant de quoi manger, en venant faire la lessive, puiser de l’eau ; le repas du dimanche après la messe, servi à plus de 150 personnes pauvres, était si copieux que chacun est reparti
avec sa gamelle pleine pour le soir et le lendemain ! C’est le miracle au bord du lac, remixé à Zacko ! Je suis personnellement content que ça se soit bien passé dans l’ensemble, et
sans ma présence. C’est bon signe, et en plus les acteurs des deux mouvements sont près à remettre cela, un de ces jours.
Dimanche matin, messe précédée de confessions. Beaucoup de gens, beaucoup de pièces à la quête, comme
d’habitude ; mais là, grosse surprise, une somme diminuée presque d’un tiers par rapport à l’habitude. L’argent manque dans les foyers, c’est clair.
Journée de lundi cool, avec pas mal de travail perso, notamment la confection de dossiers permettant de lire la
Passion du Christ lors du jour des Rameaux. Avec les moyens du bord, j’ai réalisé 8 livrets permettant aux lecteurs de bien proclamer les chapitres à lire lors de cette messe. Soirée film, avec
John Travolta et Nicolas Cage dans « Volte-face ». Mardi, matinée consacrée à la retraite du Renouveau charismatique. Puis à 11h30 sont arrivés Barthélémy (le chauffeur de Monseigneur)
sans son patron mais avec Laura, la nièce du patron (!) venue d’Espagne afin de passer trois mois à Bangassou et participer entre autre à la mise en place de la nouvelle comptabilité de la
Procure. Simple visite, mais ô combien sympathique. Barthélémy a réparé la transmission de la voiture en changeant la rotule mangée par les ans. Après le déjeuner, j’ai emmené Laura faire un tour
à pied dans la ville, puis ils sont repartis pour Bakouma. Dans la voiture, il y avait ce matin là l’un des petits séminaristes Calvin, qui a profité de cette occasion pour nous rejoindre ;
Odilon et Innocent étaient arrivés samedi soir grâce à d’autres occasions. Tous les trois sont heureux de retrouver la famille et les amis, avant d’attaquer le troisième trimestre.
Hier et aujourd’hui, suite du travail au bureau, entre visites d’enfants et d’adultes. J’ai profité du retour
de Monsieur le Maire (en réalité l’adjoint du centre secondaire de Zacko, comme on dit ici) pour lui rendre visite ; on a discuté adduction d’eau, et on a pris rendez-vous pour lundi, afin
d’aller à la source de Gonda voir ce qu’il est possible de faire pour creuser le canal dans lequel on enterrera le tuyau.
Ce soir, le séminariste stagiaire de la cathédrale Blaise Kpangou est arrivé, pour vivre Pâques avec nous ici.
c’est sympa d’accueillir un visage connu pour cette période !
DIMANCHE 5 AVRIL, 18h20
Me voici frais et dispo devant mon ordi ; il y a à peine 45 minutes que je suis rentré de Kpangou, ce
village situé à 27 km et où je viens de passer deux jours. Arrivée ric-rac avant la tombée de la nuit. J’ai pu, après avoir vidé le panier fixé au porte-bagages, m’assoir dans un fauteuil et
assister au coucher du soleil, un grand verre de sirop de menthe bien froid à la main. La douche, comme toujours avec un seau d’à peine 10 litres d’eau chauffé par le soleil de ce jour, m’a fait
le plus grand bien. J’ai allumé le lecteur CD et écoute « Toi et Moi », de Grégoire ; reposant et agréable, tant au niveau texte qu’au plan musical.
Vendredi matin consacré à la retraite ayant comme public les membres du mouvement Foyers Chrétiens et ceux du
Conseil Paroissial. Ces deux groupes sont composés de gens qui se connaissent bien et qui n’hésitent pas à poser des questions, après chaque enseignement ou exposé. Alors le timing n’est plus
respecté, ce qui interroge ceux avec qui j’avais préparé, mais qui ne me gêne personnellement pas du tout. C’est à leur demande que j’ai pris du temps au sujet des 40 jours de Jésus au désert, et
de là sont parties tout un tas de questions au sujet du mal, de l’esprit du mal, des esprits mauvais. C’est tellement prégnant dans la culture qu’il m’a fallu m’y attarder pour guider mes
paroissiens vers moins de peur, et donc davantage de liberté. Je pense que c’est un des problèmes de fond, et auquel l’Évangile apporte une réponse vraiment originale : chasser les peurs de
toutes sortes et faire entrer dans l’espérance. Christ victorieux du Mal, des maux, ce ne sont pas que des mots !
À 13h15, je laissais Vermond et Blaise à leur repas (léger, c’est vendredi) pour partir en VTT à Kpangou. La
chaleur était lourde, j’ai d’ailleurs bu plus d’un litre et demi (d’eau !) pendant les 2h15 de trajet. Je suis arrivé à destination sans encombre à 15h20, et 5 minutes plus tard, c’est
l’orage qui commençait ; la pluie, fine puis plus dense, était accompagnée d’éclairs et de roulements de tonnerre. J’ai participé avec les voisins à l’installation des panneaux en herbe
permettant de fermer l’espace douche tout proche de la maison où j’allais séjourner. La pluie quasi tiède après plus de deux heures sous la chaleur, que c’est agréable. Mais le seau d’eau très
chaude préparée par Clarisse, l’épouse de Nestor, c’est le top du top ! Vers 16h30, fin de la pluie, début du chemin de Croix. À mon passage il y a deux semaines, lorsque je me suis rendu à
Mbago, j’avais demandé que les paroissiens viennent avec une croix de bois, afin de vivre ensemble ce moment de prière. Ce qui fut dit fut fait. C’était une belle halte de prière, ce moment
partagé avec une trentaine de personnes de toutes générations, les lettrés lisant à tour de rôle les différents textes des 14 étapes vécues comme un petit pèlerinage autour de l’église. La nuit
était tombée lorsque nous avons fini, et après le diner, je me suis rapidement glissé dans mon sac de couchage léger, à l’abri sous la moustiquaire. Réveil en douceur samedi matin, et café
accompagné d’un gros beignet ressemblant davantage à du pain ; manquait la confiture, ou le Nutella ! De 8h à 13h, j’ai animé à l’église ce qui ressemble à une petite retraite,
reprenant le schéma proposé la veille à Zacko ; là aussi, beaucoup de questions, avec une assistante pourtant bien moins nombreuse : 15 personnes, bien motivées, et se connaissant
bien ; c’est l’avantage de la vie de village. À 10h30, pause omelette et recafé, parfumé comme le matin avec cette plante qui en brise l’amertume, et dont je n’arrive pas à retrouver le nom
en français. À 13h, repas pris en commun dans l’église, puis chacun est rentré chez soi. Après midi consacré à la rencontre du Conseil, renouvelé suite à ce que j’avais entendu lors de ma
précédente visite. Tout le monde a l’air heureux du nouveau bureau. Soirée sous la paillotte, avec entre autre de longues discussions avec les deux catéchistes Nestor et Benjamin, au sujet de la
Bible, notamment les personnages de l’Ancien Testament, et les liens que fait Jésus avec Noé, Moïse, Abraham,…
Ce matin, jour de fête à Kpangou, puisque c’est la messe des Rameaux. 31 adultes et jeunes, et une 15è
d’enfants forment un cortège en brandissant leurs Rameaux. Le catéchiste introduit la célébration, rappelant qu’il n’y pas de raison d’avoir honte de traverser le village en chantant la gloire du
Christ. Quelle fête ! Départ du terrain de foot, descente dans le village côté Est, arrivée en bas vers la rivière, puis remontée par l’autre côté jusqu’à l’église, le tout en chantant, les
femmes jetant des longs pagnes sous mes pieds au fur et à mesure de notre avancée à travers le village. Il ne manquait que l’âne. (À moins que… !) Une fois la procession terminée, la messe
s’est poursuivie, avec entre autre la lecture de la Passion, qui fut très bien faite. En fin de célébration, j’ai béni successivement les nouveaux bureaux des différentes équipes : celui du
Conseil bien entendu, ainsi que ceux de la Légion de Marie et de la Chorale. À chaque fois, prière, puis bénédiction personnelle, puis applaudissements et salutations des autres membres de la
communauté. La fête s’est poursuivie par un repas servi là encore dans l’église. Boule de manioc à profusion accompagnant la viande en sauce. Des petits d’à peine trois ans aux vétérans des
lieux, installés par groupes de 4 environ, tout le monde a saisi dans sa main droite un peu de boule avant de la plonger rapidement dans le plat de viande. On parle peu pendant ces
instants ; « ce sont ceux qui parlent le moins qui en mangent le plus ! » (Clin d’œil à mon filleul lillois…) Assis ensuite sous la paillotte, Clarisse m’apporte du thé que
son mari et moi dégustons tranquillement. Plusieurs habitants viennent me saluer et échanger quelques mots ; c’est dimanche, beaucoup préfèrent le repos au chantier, ce qui n’est pas un mal.
Et puis, ils passent aussi me remercier pour le ballon de foot que je leur ai apporté. Le dernier ballon neuf de ma réserve, pourtant bien achalandée grâce aux venues d’Auvergnats divers. Les
autres villages, les écoles, les équipes de foot devront patienter. La chaleur invitant tout le monde à la sieste, j’ai fait comme tout le monde, et me suis réveillé en sursaut à 15h20. J’ai
rapidement enfilé un bermuda et mon maillot de l’équipe de foot du Cameroun --le tee-shirt le plus confortable pour faire du sport sous ce climat !--, ai bouclé mon sac et l’ai mis dans le
panier, callant dans la serviette de bain les œufs donnés à l’occasion de la procession des offrandes, et déposant le tout dans la poche avant du vélo. Les premiers tours de roue déclenchent le
compteur, c’est parti pour 27 km ! Salutations et remerciements en passant devant les maisons où les gens émergent à leur tour de la sieste, puis départ pour la maison. Crevaison à l’arrière
à environ 9 km du départ, réparation en à peine plus de 10 minutes, et arrivée sans autres soucis à la maison pour assister au coucher du soleil.
20h30, nous sortons de table ; Blaise et Vermond m’ont raconté leur journée, j’ai fait de même, tout en
dégustant une excellente part de boa cuisiné avec des graines de sésame écrasées jusqu’à en devenir une pâte ressemblant à la pâte d’arachide. Soirée sympa tous les trois, et pour moi c’est dodo,
je viens de boire une tisane infusion des Caraïbes (et toc, une pensée au petit frère et sa future !).
MERCREDI 15 AVRIL, 8h45
Yannick Noah agite les haut-parleurs de l’ordi. C’est parti pour, j’espère, un temps suffisamment
long consacré à la suite du 18è chapitre. C’est qu’il s’en est passé, des choses, depuis le dimanche des Rameaux !
Le début de semaine fut consacré à Zacko ; lundi matin, j’ai marché pendant près de trois heures avec le
Maire Alain Araballé et 3 conseillers. Objectif : repérer concrètement l’itinéraire du canal à creuser afin d’y enterrer un jour le tuyau permettant d’amener l’eau courante jusqu’au bloc
opératoire, la maison et tout le quartier qui souffre de l’absence de puits corrects. Balade à travers les taillis, les rochers, les cultures ; on a pris des repères, altimètre en main,
machette dans celle d’un conseiller chargé de nous frayer le passage. On a terminé notre matinée à la maison autour de grands verres d’eau fraiche agrémentés de l’excellent sirop de citron
fabriqué par les sœurs de Bakouma. Vermond était parti avec Blaise à Kono afin d’y rencontrer les futurs baptisés, qui recevront les sacrements du baptême et de l’Eucharistie le 19 avril
prochain. Vers 13h, on se réunit autour du repas, et je consacre l’après-midi à confectionner les livrets de la Passion selon St Jean, ainsi que divers documents pour cette semaine, la Semaine
Sainte. Mardi matin, j’ai emmené les CE1 et CE2, en congé scolaire, extraire du sable et du gravier à confluent, en contrebas de Zacko. On a travaillé plus deux heures, chargeant les seaux et les
brouettes au bord de la rivière, et déchargeant au bord du chemin, plusieurs centaines de mètres plus haut. C’est un travail physique, et chacun porte ou pousse ce qui correspond à sa force. Les
deux brouettes reçoivent des noms, les courses s’engagent sur l’étroite piste qui serpente entre les dunes de sable et de terre maintes fois remuées pour y trouver de l’or ou un diamant. Le
passage du pont qu’on réalise sur place avec des morceaux de rônier, vibre au passage des brouettes chargées de sable blond mêlé de fin gravier. Il fait vite chaud, alors les pauses – mangues
sont nombreuses. Vers 10h30, arrêt du boulot. On remonte la côte, et de retour à la maison, un grand verre d’eau glacée rafraichit la petite équipe composée de Mahamat, Aminou, Médard, Paterne et
les autres. Film pour tout ce petit monde, en remerciement de ce travail accompli. L’après-midi, je l’ai consacré à préparer mes bagages afin de ne rien oublier ; je me prépare à vivre 6
jours à Bamara, et c’est la Semaine Sainte, alors il y a des tâches nombreuses et diverses à accomplir.
Mercredi matin 8 avril, 8h10, départ. Mon sac à dos, au centre du panier, est plein à craquer. Les
sacoches de congrès divers organisés dans tout le Puy-de-Dôme, et que j’ai reçues ici, me sont très utiles pour ranger proprement aube, étoles, chasuble blanche, mais aussi objets de piété à
vendre, et livres nécessaires aux célébrations. Je parcours les 13 premiers kilomètres et à 9h, je retrouve la communauté de Yanguhoda à l’entrée du village, là où s’élève la chapelle. J’y passe
toute la matinée, proposant un temps d’enseignement sur la Passion, le sens de la mort du Christ et la Bonne Nouvelle que cet évènement peut avoir pour chacun. À midi, une assiette de riz suit un
toujours aussi fameux thé au lait très sucré. Discussions sur tout et rien avec les habitants du village, assis sous le gros manguier. Puis je repars pour les 5 derniers km du jour, et arrive à
Bamara vers 13h30. C’est clair, les gens, tous les gens, savaient que le curé était sur le point de s’installer quelques jours au milieu d’eux. Traversant le village, les
« balamo ! », les « nzoni gango ! » fusent, ainsi que « trafiquant !, trafiquant ! », cette dernière expression étant liée au chargement à la
fois volumineux et hétéroclite, que porte mon VTT. Les catéchistes m’accueillent et m’installent dans la maison préparée pour les abbés qui viennent passer quelques jours ici. Maison en briques,
ce qui est rare dans ce grand village de chantier de diamant et d’or, où les maisons sont le plus souvent entièrement réalisées en branches de palmier, de rônier, ou en paille tressée.
L’après-midi, je rencontre à l’église les enfants et jeunes de Bamara, pour un temps de catéchèse. Fin de journée entre salutations et préparatifs des jours suivants. Nuit calme allongé sur un
lit de bambou, le fameux kélèkpa, certes large mais un peu raide pour mon dos… !
Jeudi Saint, c’est la fête des prêtres. Je prie en communion avec mes confrères de partout ; vers 7h, en
route pour Yanguchi, à 6 km. La communauté m’attend pour mettre au point la messe du dimanche ; 19 d’entre ces jeunes et ces adultes recevront le baptême et la première communion, et deux
les rejoindront pour ce deuxième sacrement, ayant reçu le baptême dans l’église Baptiste. Et deux couples se donneront le sacrement de mariage. Je prends le temps d’une catéchèse commune, puis
après la pause café, je rencontre chacun, en entretien individuel. Court dialogue afin de faire connaissance, écouter leurs questions, revenir sur ce qu’ils ont appris, découvert, au long de ces
deux années passées en compagnie du catéchiste Jules. Les objets de piété se vendent bien, sans parler de ceux que je donne à ceux qui ont quelques soucis côté portefeuille. Porter une croix
autour du cou est indispensable. Se rendre au champ avec son chapelet est recommandé. Prier avec le livre qui va bien est souhaitable. Bref, ça en fait, des choses à posséder ! Alors j’ouvre la bonne sacoche, les gens viennent et choisissent, puis on fait le prix. L’objectif n’est pas de faire du bénéfice, loin de là. J’essaye cependant
de ne pas y perdre trop ! Après un repas pris au frais dans la maison de Jules et Christine, je rentre à Bamara. Il fait chaud en milieu de journée, mais je pédale cool et profite de l’ombre
des grands arbres qui bordent la piste défoncée. Je retrouve à la maison les servants d’autel du village accompagné de 3 de leurs compagnons de Zacko. Mahamat, Archina et Armando ont pris la
route de Bamara pour passer les fêtes de Pâques ici. Ils n’ont pas été embauchés à Zacko, alors libres de leurs engagements, ils retrouvent Calvin, le petit séminariste venu passer les congés
chez sa maman, ainsi que Jean-Énoch, Stéphane, Firmin, Dany et Aristide. Ils seront rejoints le vendredi par Oumar. Ils déroulent leurs nattes dans la première pièce de ma maison, et je leur
prête la grande couverture que j’avais amenée. Ils resteront à mes côtés jusqu’à mon retour à Zacko. Alors que les choristes préparent la messe, je consacre l’après midi de jeudi aux confessions,
qui s’arrêtent à la nuit tombée ; il est temps de célébrer la messe festive du Jeudi-Saint. La fête fut belle ! Et on a vécu un temps vraiment communautaire, puisque les paroissiens
sont venus nombreux de Yanguchi et Yanguhoda pour y participer. Parcourir 5 ou 6 km à pied pour vivre le dernier repas de Jésus-Christ, ça en dit beaucoup sur les motivations qui animent ces
jeunes et ces adultes. Et puis le retour à la maison se fait dans la nuit, et sous la pluie qui commence à tomber, et sera d’ailleurs toujours plus ou moins présente pendant ces jours Saints.
Après la messe, veillée de prière à l’église ; la toiture faite de feuilles de bambou tressées, n’est plus étanche. On se déplace discrètement au fur et à mesure que les fuites se
présentent. Tout se passe dans le silence, et les chants aident à bien vivre ce moment auquel peu sont habitués. Je m’endors vers 22h, les paupières sont lourdes, le cœur est léger.
Vendredi Saint, c’est à Yanguhoda que je me rends, afin de rencontrer les familles des bébés qui seront
baptisés le lundi de Pâques. Je prends du temps avec Reine, une maman célibataire qui a été « recalée » à l’examen de baptême il y a plusieurs années, par un de mes prédécesseurs. Entre
temps, elle a mis au monde deux filles. Pauvreté de ces jeunes femmes, qui vivent dans ces villages de chantier qui voient affluer et repartir par vagues des hommes de tout le pays. Côté bébés,
un couple manque à l’appel ; je refuserai le baptême de leur progéniture, compte tenu du fait que tout le monde est informé et de ma venue, et de la tenue de cette réunion. Ils n’ont pas été
francs avec moi ni sympas avec Ferdinand, le catéchiste du lieu ; ils attendront la prochaine eucharistie à Yanguhoda. Comme c’est jour de jeûne, assiette de riz agrémentée d’oignons. Retour
à Bamara et préparation du chemin de croix. J’avais demandé à tous les participants de venir avec une petite croix en bois ; les catéchistes ont relayé l’info à temps, et que ce soit de
Yanguchi, Yanguhoda ou Bamara, tous les catholiques venus prier tenaient en main leur croix pendant toute la procession qui nous a mené du fond du village jusqu’à l’église. On a enchainé
directement avec l’office de la Croix. La vénération de la Croix était sans doute un geste inconnu de la plupart d’entre eux, et j’ai été gêné par certains rires moqueurs émanant de membres de
l’assemblée, notamment de choristes, qui sont tout proches de l’autel. Avec le recul, je constate qu’il y a un gros travail à faire pour expliquer les gestes, notamment celui-ci, avant de le
faire vivre ; en même temps, je pense que maintenant qu’on l’a vécu, le sens s’en est éclairé pour beaucoup. Éclairés par la lune qui, bien que pleine la veille, avait été cachée par les
nuages, nos amis de Yanguchi et Yanguhoda ont regagnés leurs villages. Ils ont vécu ces deux après-midis et soirées à Bamara, la suite sera célébrée dans leurs chapelles respectives. Samedi
matin, c’est au tour des parents de bébés de Bamara de venir à ma rencontre. La pluie de début de matinée a fait que la réunion a commencé doucement. 13 bébés présentés, dont 4 petits garçons
d’un même couple. Parmi les autres, deux portent mon prénom, et un porte mon nom comme premier prénom. Rien à faire pour qu’il en soit autrement. Et puis ça ne sert à rien de se fâcher plus que
de raison. Chidaine-Wilfried PANGBANGA a reçu le baptême en cette nuit pascale, en même temps que 12 autres petits habitants de Bamara. Quelle nuit, cette nuit de Pâques ! On a eu vraiment
su mal à allumer le feu de la résurrection, vu qu’il avait plu toute la journée, une petite pluie pareille au crachin breton, la fraicheur en moins ! A force de ténacité, ça a fini par
brûler, et j’y ai allumé une bougie en guise de cierge pascal, et nous sommes rentrés dans l’église. Trop petite pour l’occasion, j’avais crains que les gens restant à l’extérieur,
particulièrement les non-catholiques, ne gênent ceux qui venaient célébrer Pâques. Il n’en a rien été. Ce fut une belle nuit. Côté technique, j’avais suspendu dans l’église un petit projecteur à
diode équipé de batterie. Cela a permis à tous de bien vivre la messe, les baptêmes, les rites développés au cours de la nuit. Et puis la pluie a cessé, et la fête s’est poursuivie autour du feu
qui s’était réveillé. Les danses, les chants et surtout les saynètes ont été un moment de franc fou-rire, écoutez plutôt : un monsieur bien connu de la communauté a eu un souci : une
ex-épouse est venue se battre avec l’épouse légitime (oserai-je dire : actuelle ?!) S’en est suivi une intervention des deux militaires gardant la fameuse barrière dite de sécurisation
du pays (…). Et chacune des deux belligérantes s’est vue affligée une amende de 12 000 FCFA ; non, ces militaires ne seront pas venus pour rien, mais passons. Alors ce soir autour du
feu, les acteurs prêts à rejouer la scène sont prêts ; au centre, la fille de l’épouse actuelle ; petite taille, grand bagou : elle mène du haut de ses 10 ans la restitution des
faits. Tout le monde rit, vraiment. Parmi les spectateurs, le mari embarrassé se fait invisible, ainsi que les deux femmes. La fille sera-t-elle remise en place par sa mère ? Ça m’étonnerait
beaucoup, vu le nombre d’acteurs ayant participé à la reconstitution des faits. Et puis, en sango, le vocabulaire permet un jeu de mots entre alcool et deuxième ou ex-épouse ; c’est le même
mot pour désigner ces deux réalités. Seule change l’intonation. Ainsi « samba » désigne l’un et l’autre. Alors vu que le monsieur est porté sur la boisson, et qu’il a des problèmes avec
ses femmes, c’est un joyeux délire. Le personnage était joué par le servant Jean-Énoch : criant de vérité !!! Autre saynète, fiction ce coup-ci, mais toujours sur le thème des tournures
de phrases en sango, ainsi que des synonymes. Gros délire quand la mère explique à un gars en mal de boulot qu’il faut préparer du riz à son enfant, et que le gars cuisine le riz, et le gamin… La
fête se prolonge tard dans la nuit, puis, et c’est ainsi que va la vie, d’autres tambours prennent le relais ; une lettre arrivée de Bakouma explique que quelqu’un de connu ici vient de
décéder à l’hôpital. Les amis du défunt se rassemblent alors et entament une veillée mortuaire. Christ ressuscité nous appellent à l’espérance, mais aussi à ne pas fuir la réalité.
Dimanche matin, départ pour Yanguchi. Le panier est plein des sacoches nécessaires à la messe.
JEUDI 16 AVRIL, 8h
Il pleut à verse ce matin. Après une accalmie à l’heure de la messe (ce qui soit dit en passant n’a
pas vraiment amené les paroissiens à se bouger !) la pluie qui a commencé à tomber à 1h du matin a repris son ouvrage ; elle résonne sur les tôles le long desquelles elle glisse, et
remplit notre château d’eau placé au bout des 16 mètres de gouttière qu’on avait installé en juillet dernier. Là où il n’y a pas de gouttière, j’ai aligné les seaux qui se remplissent à vue
d’œil. Je reprends le fil du récit de ces jours passés, vu le nombre d’interruptions liées aux visites de pas mal de gens, notamment les enfants pour qui c’était hier la reprise des
cours.
Dimanche de Pâques donc, départ pour Yanguchi. Je parcours les 6 km en 30 minutes ; la côte après la
rivière Zacko étant particulièrement raide et longue, il faut tout ce temps. Que de monde à mon arrivée ! Et quelle joie sur tous ces visages ! Les vêtements de fête brillent de mille
couleurs, l’impatience se lit sur les regards. Je prends le temps d’accueillir en confession quelques rares paroissiens déjà baptisés, puis la procession se met en place à l’extérieur de la
chapelle faite de paille et de longs morceaux de bois dressés vers le ciel. Avant le chant d’entrée, je bénis l’aube que je remets solennellement au catéchiste Jules. Puis les 19 baptisés, suivis
des deux premiers communiants, font leur entrée au milieu de la foule qui se presse à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice. Une chance, il ne pleut pas, et le soleil voilé n’est pas trop
chaud. La messe se déroule bien, les choristes de Bamara venus en renfort ont donné à cette fête une dimension solennelle. Les rites s’enchainent sans accroc ; c’est déjà la troisième série
de baptêmes dans cette chapelle qu’on a inauguré il y a 16 mois. C’est cependant la première série de jeunes et d’adultes qui mettent ainsi un terme à deux ans de formation catéchétique, guidés
par Jules, et soutenus par les catéchistes de Bamara. Je développe dans l’homélie le paradoxe entre le fait pour St Jean de se trouver devant le tombeau vide, et de croire. Notre foi ne tient pas
tellement dans le visible et le palpable immédiat, mais dans les Écritures d’avant et d’après le Christ, ainsi que dans les sacrements qui nourrissent notre foi. Entrer dans cette démarche de
Jean et des autre Apôtres est possible à toute personne désireuse de vivre en étroite relation avec le Christ. L’Église en est le chemin, et chacun peut l’emprunter. Les nouveaux baptisés auront
à grandir dans cette relation avec l’Invisible, que l’Église rend visible. Après le geste de l’eau et l’onction avec le Saint-Chrême (de l’année dernière, la distance est trop longue pour obtenir
rapidement celui béni par l’évêque le Mercredi Saint), les baptisés sortent pour se changer et revêtir leur nouveaux vêtements, blancs ou très clairs. Applaudissements et danses rythment leur
retour dans l’église. Tout le monde se réjouit de voir la communauté locale grandir ainsi. Puis vient le temps des mariages : deux couples s’avancent, accompagnés de leurs témoins. Hic, j’ai
oublié les alliances … et les commerces sont un peu loin pour s’en procurer en urgence… ! Qu’à cela ne tienne, après le dialogue entre les époux, je leur fais remettre, en attendant, des
dizeniers. Le moment de la première communion des 21 candidats est encore une étape fêtée dignement. À l’issu de la messe, séance photos réalisées par Armando et moi. Le jeune servant a
photographié les étapes de cette messe, on regardera le résultat en rentrant lundi. Match de foot entre les nouveaux baptisés et les servants d’autel de Bamara et Zacko, puis dégustation de
l’excellent ngunja de Yanguchi ; les feuilles de manioc sont accompagnées de viande de chasse. Les animaux, très nombreux dans la région, sont chassés par Jules et d’autres paroissiens,
notamment Jean, qui avait été incarcéré à la brigade de Zacko du 13 décembre au 20 janvier, suite à l’accident de chasse : il avait tiré sur son compagnon, le prenant pour le grand singe
qu’ils étaient en train de poursuivre. J’avais été à deux reprises voir le CB afin de demander qu’on le libère, puisqu’aucune plainte n’avait été déposé contre lui. Ça a fini par se faire ;
ça aurait été plus rapide si j’avais soulagé quelque peu mon portefeuille … L’assemblée se disperse, les hommes se retrouvent sous la paillotte d’André, un des deux nouveaux mariés, pour déguster
une (ou plusieurs !) calebasses de douma, sorte d’hydromel locale peu forte en alcool. On écoute Radio-Bangui qui rapporte l’avancée des travaux de la route vers Rafaï. Ça, c’est une bonne
nouvelle pour tous les habitants de l’Est. Vers 14h, je quitte Yanguchi, et regagne tranquillement Bamara, doublant ceux qui rentrent à pied. Dans l’après midi, les jeunes et moi allons nous
baigner à la cascade, puis c’est repos et discussions devant la maison jusqu’à la nuit, assis dans les fauteuils en bambou.
Lundi matin, je dis au revoir à Bamara, après avoir chargé mon VTT. C’est Yanguhoda qui m’attend, ultime étape
de ma Semaine Sainte dans le secteur. La chapelle n’est pas encore recouverte des tuiles de bambou, alors les paroissiens ont déposé de longues branches de palmiers. Le fameux thé au lait très
sucré m’attend, puis vient l’heure de débuter la messe. Là encore, les choristes et catéchistes de Bamara ont répondu présent pour soutenir la petite communauté qui s’enrichit de 7 nouveaux
baptisés : 6 bébés et une jeune maman. Je remets son aube à Ferdinand puis nous entrons à l’ombre des feuilles de palmier. La messe se déroule bien, et les gens de ce village sont heureux
que soient célébrés ici ces baptêmes. D’ailleurs, après avoir signé du signe de la croix le front des 7 baptisés du jour, j’ai demandé à Ferdinand d’appeler les 15 catéchumènes jeunes et adultes
qu’il réunit chaque semaine ; j’ai tracé sur leur front ce même signe, rappelant que l’Église se réjouit de leur marche vers ce sacrement. D’ici un an et demi, ils recevront le baptême.
Après la messe, repas composé de boule de manioc et de poulet, le repas de fête ici.
À 13h, j’ai pris résolument la direction du Sud afin de regagner Zacko. J’ai pédalé tranquillement et me suis
arrêté en face de la mairie afin de boire (manger ?) une bouillie de riz et d’arachides. Arrivant à l’église, je retrouve Cyril en train de travailler à la confection des bancs du centre
polyvalent, et Aimé qui s’était allongé sur l’un d’entre eux. Les enfants m’attendaient, et c’est à l’arrivée des 4 lascars qui étaient venus à Bamara que nous avons tous ensemble regardé les
photos. J’ai ensuite congédié tout le monde et rangé mes affaires. Dans le salon, j’ai apporté ce qui me permettrait de cuisiner ces jours-ci, vu que Rock, qui lui aussi a été baptisé dimanche,
ici au centre, est parti avec Vermond à Bangassou afin de voir sa famille. Je n’ai pas tardé à m’endormir !
Mardi matin, messe puis virée à confluent avec les enfants et jeunes en vue d’extraire encore du sable pour le
bloc opératoire. Après midi ciné avec « les infiltrés ».
Hier mercredi, ordi en matinée, entre visites de gens et venue des enfants de l’école pour demander qui un Bic,
qui un cahier, qui une boite afin d’y recevoir la bouillie préparée à l’école. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a envoyé 138 sacs de semoule, des sacs de sucre, de sel, des boites d’huile,
afin de nourrir chaque jour les enfants de l’école. Mais seuls ceux qui amènent 100 francs chaque quinzaine sont servis, cette somme permettant à l’APE d’acheter des légumes, de payer les
sentinelles qui gardent la nourriture, et les cuisinières qui cuisinent. On sert deux repas aux enfants : un a leur arrivée, un à midi. Mon avis sur la question : on crée une
dépendance, dans une zone où tout ce qu’on plante pousse, et où il suffit d’un peu de volonté pour avoir bien à manger à la maison chaque jour. D’autre part, les familles qui vivaient de la vente
de patates grillées et autres produits vendus à l’entrée de l’école, n’ont plus qu’à ranger leurs tablettes. Non, je pense que cette affaire de PAM n’est pas une bonne idée. On n’est ni en zone
de guerre, ni en zone de famine. Certes la crise a fragilisé les choses, mais on déresponsabilise les parents en servant ces repas à leurs progénitures. Et qu’en sera-t-il à long terme ? Et
pendant les congés scolaires ? En attendant, toutes les boites de conserve vides que je gardais servent de récipient aux enfants qui font la queue pour avoir leur bouillie ou leur
semoule.
Mercredi après midi, Conseil paroissial, comme chaque le 15, au cours duquel on est revenu sur ce qui s’est vécu ici pendant
la Semaine Sainte. Bilan, critique et perspectives pour l’année prochaine. L’absence du Vice président n’a pas facilité l’approche de certaines questions au sujet desquelles il devait prendre la
parole. On travaille avec les présents, mais je sens qu’on va se « taper » un conseil-bis un de ces jours … À 17h30, je me suis rendu chez Clarisse afin de lui administrer le Sacrement
des Malades ; le SIDA, cette maladie dont on parle beaucoup mais sans jamais la nommer dans les conversations, continue de faire des ravages dans les familles. Alors qu’elle avait profité du
retour des jeunes de Godefroy pour se rendre à Bangassou, elle n’avait pas souhaité rester le temps nécessaire au centre de santé de Bangondé, au Bon Samaritain, c'est-à-dire environ 3 mois.
Interrompant son séjour, elle regagna Zacko ; je me chargeai de lui faire parvenir les médicaments nécessaires à son rétablissement. Mais rien ne semble désormais efficace. Il faudrait la
ramener à Bangondé. C’est cependant quasiment impossible vu son état. Alors en cette fin d’aprèm, quelques membres de la fraternité St-Vincent-de-Paul, des voisins, la famille, se sont regroupés
dans sa maison, autour de lampe à pétrole et profitant des dernières lueurs du jour, pour prier avec elle, pour elle. Un moment fort en cette fin de journée, où je peux mettre en avant, grâce entre
autre à ce rituel autour des malades, à l’importance du corps dans la foi chrétienne. Réfléchir avec les personnes présentes sur le respect de son propre corps et de celui des autres, les soins à
lui apporter en permanence, autant de points qui mériteraient des conférences et des catéchèses. Ce soir là n’était pas le moment de développer ces sujets, mais cela viendra sans doute un
jour.