Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 18:55

 

A vous tous, fidèles lecteurs du blog et amis du Père Michel Chidaine, nous vous informons qu'un suivi régulier des actions menées par notre association toujours en lien bien sûr avec Michel, mais aussi avec le nouveau curé de Zacko, l'abbé Yvon vous sera communiqué via le blog de l’association : 

 

  http://agiraveczacko.over-blog.com

 

Ce sera donc pour vous l'occasion d'avoir un suivi régulier de l’achèvement du projet de l'école de Kono (située sur la Paroisse de Zacko). Vous le savez, les habitants de Zacko comptent beaucoup sur cette nouvelle école, et nous allons déployer toute notre énergie pour que ce projet devienne une réalité dans les meilleurs délais.

C'est pourquoi nous comptons aussi sur vous....

 

N'hésitez pas à nous rejoindre en cliquant sur le lien ci-dessus!

A bientôt...

Philippe Van Wynsberghe

Président de l'Association Agir avec Zacko

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 18:57

C

Chapitre … dernier.

 

Le Carnet de bord entamé en septembre 2007 prend fin en ces jours de septembre 2010.

 

Amis lecteurs du blog, je vous annonce que je ne poursuis pas mon ministère de prêtre à Zacko, ou en RCA. Après trois années, le contrat pouvait être renouvelé. Mais, et sans m’étendre longuement sur le sujet, tout ne fut pas facile, au long des jours. Certains l’ont peut-être lu « entre les lignes » du Carnet de bord. Aussi, après discussion avec les évêques de Bangassou et Clermont, j’ai donc regagné l’Auvergne.

 

Ces dernières lignes ne sont pas une conclusion, mais plutôt comme un merci, parce qu’il y a un après. Parce qu’on ne conclue que ce qui se termine. Or, ce à quoi j’ai participé, ce que j’ai parfois initié, continue après moi.

 

Un merci, donc. Ou mieux encore des mercis.

Le premier merci s’adresse au Seigneur. Parce que c’est Lui que j’ai voulu annoncer, aux côtés des prêtres et des laïcs vivant dans le diocèse de Bangassou. Parce que je crois que l’Evangile, Bonne Nouvelle, est soutien pour tous les chercheurs de paix et les créateurs d’espérance. Parce que les Sacrements offerts par l’Eglise ouvrent à plus grand que nous-mêmes. Parce que je crois fermement que La Parole de Dieu, l’Evangile, est libératrice des peurs, des replis sur soi. Parce que je crois que l’Evangile donne, redonne la dignité à ceux qu’on accuse injustement de sorcellerie, d’empoisonnement, de meurtre. Parce que je sais qu’on puise dans Sa Parole la force d’avancer jour après jour ; ce fut pour moi le cas avec ceux auprès desquels j’ai été envoyé.

Le deuxième merci va aux responsables de l’Eglise locale, évêque, prêtres, religieuses. Ensemble attelés en Eglise à la même tâche de révéler Dieu Vivant, et aussi de servir l’Homme, notre prochain, c'est-à-dire chaque personne de qui nous devons nous faire proches au quotidien. L’évangélisation est indissociable de la promotion de l’Homme. Avec eux j’ai essayé d’apporter ma « petite pierre ».

Le troisième merci, je l’adresse à la communauté catholique de Zacko. Le Centre, et les 6 chapelles de la paroisse. Avec ses membres, nous avons tant partagé ! Fonder la paroisse, en s’inscrivant à la suite du long travail effectué depuis près de 50 ans par des prêtres, des catéchistes, des jeunes et des adultes qui ont accepté de prendre une responsabilité auprès de leurs frères. Durant ces 3 années, réunir les acteurs de la communauté, les responsables des différentes communautés. Veiller à la croissance et à la bonne marche des Mouvements d’Eglise. Eveiller chacun à la Parole de Dieu. Développer la solidarité à l’égard des plus pauvres et des exclus de la société. Encourager la fondation d’écoles et leur fonctionnement, soutenir les élèves en difficulté… Et quel accueil dans les chapelles, souvent rejointes grâce au VTT, pour de courts séjours passionnants et bien remplis !

Le quatrième merci va à la communauté humaine de Zacko. Ces hommes et ces femmes, ces jeunes et ces enfants de confessions religieuses diverses, de condition sociale bien souvent précaire, avec qui j’ai tant partagé. L’association ASKangba, le chantier du bloc opératoire, celui de l’école de Kono, les ponts sur la piste Bakouma-Zacko, l’adduction d’eau courante, les journées de l’Enfant Africain, ... autant d’occasions de travailler ensemble, de vivre ensemble. Et puis tous ces moments partagés, heureux ou tristes, parfois dramatiques, au long des jours.

Le cinquième merci va à tous ceux qui m’ont apporté leur soutien pendant ces trois années en RCA. Soutien par la prière et/ou la pensée, de loin le plus important. Soutien à travers une petite lettre, un mail, un coup de fil, un colis. Soutien à travers les visites effectuées jusqu’à Zacko, venant d’Europe ou plus simplement de Bangui ou Bakouma. Soutiens d’ordre matériel et financier apportés aux projets divers mis en place avec les gens de la région. Responsables du diocèse de Clermont, membres de ma famille, amis proches, gens connus ou inconnus … Vous êtes si nombreux !

 

 

Aujourd’hui, les liens demeurent, à commencer par ceux déjà tissés avec l’abbé Yvon, Centrafricain, nouveau curé de la paroisse, et avec l’Eglise locale. Ainsi qu’avec ceux que j’ai connus durant ces trois années. Ici en France, L’association Agir Avec Zacko continue et continuera d’apporter son soutien à la paroisse et à divers projets locaux. Grâce à tous ceux qui ont fait des dons et continueront d’en faire, l’école de Kono et ses 3 salles de classe n’attend plus que son toit pour accueillir les élèves et leurs enseignants. Le cabinet d’architecte a déjà reçu, grâce à vos dons, 28.000€. Il manque un peu plus de 10.000€ pour régler la facture. C’est le projet important du moment.

Il y a aussi le soutien régulier apporté à des adultes et à des jeunes :

Agir Avec Zacko s’est engagée à soutenir concrètement les maitresses du jardin d’enfants en versant à chacune une somme mensuelle de 10.000 francs, soit 15€.

Les jeunes de Zacko scolarisés dans les collèges et lycées de Bangassou sont aussi accompagnés dans leurs études, et aussi leur lieu de vie, une maison louée en ville pour plusieurs d’entre eux et dont le loyer est de 7.000 francs par mois (12€). Quant aux 3 garçons qui sont au Petit Séminaire, il leur faut verser chacun la somme de 70.000 francs pour cette rentrée, vie quotidienne et scolarité incluses. Ils ont réuni une partie de la somme, il faut les aider à boucler.

Merci pour l’aide que vous pouvez apporter à ces personnes.

 

Ce sont quelques aspects de ces liens mis en place lors de mon passage à Zacko, et qui se poursuivront, parce c’est encore là une belle manière d’accompagner ces jeunes et ces adultes qui, dans cette région isolée de RCA, veulent croire en un présent et un avenir de paix, pour eux, et pour les générations à venir. Paix et développement vont de pair. Développement rendu possible par l’accès à des soins convenables, à une scolarité qui éveille davantage au sens de l’autre et fait naitre l’espérance en demain, un demain qui devient le leur s’ils ont les moyens de le saisir. Leur donner les moyens de construire leur avenir chez eux, tel est bien le défi majeur à relever. Ensemble ici, et avec eux.

 

 

 

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /Août /2010 08:53

Pour vous donner une petite idée des travaux accomplis dernièrement - comme l'adduction d'eau ainsi que des travaux en cours - comme la la construction de la nouvelle école de Zacko, travaux pour lesquels nous avons toujours besoin de votre soutien, voici donc des photos prises par Michel avant son départ. Vous les trouverez dans l'album photo ci- contre, dans deux dossiers photos. Le premier s'intitule "Kono la nouvelle école" et le second "l'eau à Zacko". A vous de cliquer et de lancer le diaporama!

 

kONO/ L'ECOLE AVANT- PENDANT LES TRAVAUX!

 

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MI JUILLET 009

MI JUILLET 003

L'ADDUCTION D 'EAU A ZACKO! LEGE TI NGU DANS LE TEXTE...

PENDANT LES TRAVAUX ET LE RESULTAT, BIEN CONCRET POUR LES VILLAGEAOIS...


  Zacko--lege-ti-ngu-.JPGZacko--lege-ti-ngu---29-.JPG

 

 































Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 23:38

Et oui, Michel est bientôt de retour en France où il restera pendant un mois (du 22 juillet au 25 août). Nous l'attendons tous avec beaucoup d'impatience! Avant de rentrer il nous a fait parvenir la suite de son carnet de bord. On vous le laisse découvrir....

 

Nous vous rappelons  qu'il sera au CDP lundi 26 juillet à 20h30 pour une conférence sur la situation du pays et de l'Eglise en RCA.  Nous vous attendons nombreux!

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : NOUVELLES
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 23:32

 

CARNET DE BORD, chapitre 34

 

Vendredi 25 juin

 

Plus de six semaines se sont écoulées depuis mon dernier envoi, effectué depuis Bakouma. Et que d’évènements vécus durant ces jours !

Le plus important pour moi, pour nous, c’est sans aucune contestation possible l’arrivée de l’eau courante à la maison et à l’hôpital ! Et oui, c’est fait ! J’ai pris ce soir la première douche de l’histoire de ma salle de bains. Difficile de vous expliquer ce qui s’est passé en moi lorsque Richard, le sentinelle, a frappé hier soir à la porte de la salle à manger, en disant : « il y a de l’eau qui coule sous le château d’eau. » J’ai littéralement bondi de joie, et me suis précipité à l’endroit indiqué. Oui, c’est bien vrai, l’eau coule ! Des mois de travail, de calculs, de marches et de démarches. Et nous avons réussi ! Je dis bien « nous ». Et derrière ce « nous », il y a en a du monde ! Par où commencer ? Quand tout cela a-t-il commencé ? Et bien il y plus d’un an et demi, alors que je me promenais dans la forêt, je suis arrivé à la source de Gonda, située dans la montagne, à gauche de la route qui mène à Bakouma. Environ 2 km la sépare de l’entrée de la ville. Les habitants des petits villages des alentours viennent y puiser quotidiennement, ainsi que les habitants de la ville qui, rentrant des champs, ne manquent pas d’y puiser de quoi se désaltérer tout au long de la soirée. Cette source, elle m’a d’emblée fascinée ; et ses voisins aussi d’ailleurs, puisque c’est à cet endroit que j’ai fait une superbe photo de jeune fille Peul qui a valu à des enfants de l’école primaire Massillon de déclarer : « l’abbé Michel, il est au pays des princesses ». M’est venu ce projet somme toute un peu fou : amener une partie de cette eau claire à la maison. Première chose : me faire envoyer un altimètre, afin de vérifier si l’eau captée à sa sortie pourrait arriver à la maison et au bloc opératoire, naturellement. Patricia ayant promptement accédé à ma requête, j’ai déambulé par un beau matin de décembre 2008 dans les bois qui entourent la source et la rivière Gonda, jusqu’à Zacko. Altimètre dans une main, bloc-notes dans l’autre, aidé de Ghislain, j’ai noté tous les 20 mètres, l’altitude à laquelle je me trouvais. Pas de doute, la différence entre la source et le plateau sur lequel on est installé est de 25 mètres. D’autre part, la pente est douce, régulière en longue, puisqu’elle fait plus d’un kilomètre, sur un total de moins de 2 km. En janvier 2009, les lycéens de Godefroy de Bouillon venus pour des projets d’électrification du bloc opératoire viennent confirmer mes calculs au moyen d’un autre altimètre, puis s’aventurent à établir le débit approximatif de la source. Fort de tout cela, je rencontre Alain, le Maire de la Ville, et lui fais part du projet. Il y croit, et nous voilà, par un matin de mars, en train de déambuler entre Gonda et Zacko, afin de chercher l’itinéraire le plus court, mais aussi le plus pentu. Puis vint le temps de la mobilisation des habitants. La réunion à laquelle j’ai participé a dû soulever de l’incrédulité quand à ce projet, du style : « comment voulez-vous que l’eau qui descende remonte la pente, sans moteur ? » Mais les chefs ont su mobiliser, et en quelques semaines, le canal reliant la source au bloc opératoire s’est déroulé dans la forêt, les taillis, les petits champs, franchissant au passage quelques petits chemins menant aux champs. Pendant mes congés, j’ai contacté plusieurs personnes, dont les profs du lycée qui étaient venus en janvier, et aussi Pierre, un bon copain qui enseigne en lycée technique à Clermont. Altitude, débit de la source, diamètre du tuyau, longueur, pente, rien ne fut laissé au hasard. Restait à convaincre l’évêque de Bangassou et à travers lui la Fondation Bangassou qui a son siège à Cordoue, en Espagne. Parce qu’ici, trouver 2 km de tuyaux de diamètre intérieur 19 mm en PER, c’est beaucoup plus compliqué qu’une tonne de manioc ! « Ok pour ça » m’a dit Monseigneur Aguirre. Et fin novembre, les 20 rouleaux de 100 mètres ont quitté l’Espagne à bord d’un conteneur à destination de Bangassou. Quelques mois plus tard, ils revoyaient le jour à Bangassou, où ils furent stockés au petit séminaire. J’ai acheminé les 10 premiers rouleaux avec ma voiture, Azize s’est chargé des 10 suivants dans son 11–13 Mercedes. Restaient à retrouver les boites contenant les raccords, qui avaient été rangées à Bangassou dans un placard de matériel médical…

Samedi 12 juin, à 8h à la mairie, la réunion tant attendue a eu enfin lieu, présidée par le Maire Abderrahmane Fezane, en présence de tous les chefs des quartiers de la ville. En moins d’une heure, on a établi un programme de répartition des jours d’intervention. Chaque matin, les chefs de deux quartiers devaient mobiliser leurs troupes pour reprendre le travail effectué il y a un an. L’essentiel était d’approfondir le canal destiné à recevoir le tuyau. De mon côté, j’assurai le café, le lait, le sucre, les beignets, et les fameux cakes (prononcer câque), des biscuits à base de farine de blé et de farine de manioc frits dans l’huile de palme. Dès lundi 14, à 5h45, j’étais réveillé par les premiers coups de pioche, de houe, de pelle, au pied du château d’eau. L’aventure se poursuivait donc bien ! Ce matin du premier jour, et il en sera ainsi chaque jour, l’énorme marmite remplie d’eau bouillante reçut un paquet de café en poudre, deux kilos de sucre, près de 500 g de lait en poudre. Les sacs de beignets et de cakes tout frais vinrent se caler dans le panier d’osier accompagnant les travailleurs d’un jour. Et vers 9h, quand ça eût bien bouillu (!), la pause-café marqua le temps du repos et remotiva tout le monde. C’est ainsi que, hier matin jeudi, après 10 jours non consécutifs de travail d’arrache pied, avec les 30 volontaires venant ce jour-là du quartier Ambilo, on a atteint la source, située précisément à 1km530 du château d’eau. Et là, j’ai proposé à ceux qui le voulaient qu’on installe le tuyau. Ils sont tous restés ! Et nous fûmes rejoints par une dizaine de jeunes et d’enfants près à rendre service. Et nous voilà partis, sous le chaud soleil de ce jeudi 24 juin, 14 rouleaux sur les têtes ou les épaules. Tous les 100 mètres, arrêt, déroulement du tuyau le long du canal, puis dépose dans le fond après avoir vérifié qu’il ne se tortillerait pas ; je me suis chargé de poser les raccords. A 13h pile, on était arrivé à la source. Fatigue, et joie aussi. De retour à la maison, on a tous partagé un grand verre d’eau glacée, et j’ai offert à chacun une petite bouteille d’huile d’olive d’Espagne. Un petit geste pour un grand merci. A 15h, j’ai embarqué dans le 4X4 tout un tas de bazar, comme deux tôles, des tuyaux de différents diamètres, des outils en tout genre, petits et gros, du scotch, des bouteilles en plastique …. Avec quelques jeunes et Ambroise, on est partis au sommet de la côte, et ayant garé la voiture au plus près de la source, on y a amené tout cet inventaire à la Prévert. Alors a commencé l’ultime étape de tout ce travail : envoyer l’eau dans le tuyau, pour qu’elle arrive à la maison. On en a fait et défait, des bouts de tuyau, on en a découpé, des bouteilles en plastique, et déroulé, des mètres de scotch. Le problème de fond, c’est qu’il faut que la prise d’eau soit de diamètre plus important que le tuyau qui court dans la forêt. Ainsi, il y a un phénomène de pression qui, doublée de la petite pente, donne de la vitesse à l’eau, et lui permet de dévaler la pente, et de remonter aussi quand c’est nécessaire, notamment au terminus, au château d’eau haut de 6 mètres. A la nuit tombante –il était 18h- j’étais fatigué, un peu dépité aussi. Je pensais qu’on avait échoué. De retour à la maison, on s’est salué avec les jeunes qui ont regagné leurs maisons, éclairés par la lune qui grossit un peu plus chaque soir, et j’ai pris mon seau d’eau à peine tiède pour me laver, jetant un œil attristé sur le pommeau de la douche désespérément sec. Puis avant et après la prière, avec Ludo, j’ai parlé de tout ce qu’on avait réalisé dans la journée. Et c’est pendant le repas partagé aussi avec Anicet et Ambroise que Richard m’a comme soudainement réveillé de ma fatigue. Oui, l’eau est là, elle coule à travers le château d’eau ! Immédiatement, avec Ludo, Richard, Gabriel, Ambroise, on s’est attelé à brancher le tuyau raccordant le château à la maison. C’était près depuis déjà plusieurs jours, j’avais déjà posé toutes les vannes d’arrêt pour chaque salle de bains. Il n’y avait donc plus qu’à relier les éléments. Et là, lentement, l’eau a pris le chemin de la maison, située à 45 mètres du château. Et voilà ce matin, on avait de l’eau chez nous. Enfin, c’est surtout Ludo, parce que chez moi, des grosses fourmis avaient élu domicile dans les tuyaux d’accès aux toilettes et à la douche, j’ai donc joué cet après-midi à l’apprenti plombier ! Mais revenons à hier soir : comment ne pas rendre grâce ? Et puis quel beau signe, puisque c’est en ce jour du 24 juin que l’eau est arrivée, jour de la fête de la nativité de Saint-Jean, le Baptiste !!! Alors je suis allé m’assoir devant la grotte, et ai prié le chapelet et l’office de Complies de la fête. J’ai eu ensuite du mal à trouver le sommeil, malgré l’heure tardive (plus de 22h) et la fatigue de ces travaux physiques vécus avec les habitants.

 

 

 

 

 

 

Dimanche 18 juillet 2010

 

C’est à Bangui que j’achève ce chapitre 34. Arrivé à la capitale vendredi soir, transportant la délégation diocésaine de Caritas convoquée à une rencontre nationale, je souffle un peu. Cette période qui s’achève a été très chargée, et agitée aussi.

Du côté de l’eau courante, l’installation fonctionne bien : l’eau qui monte au château d’eau arrive à bonne pression, ce qui permet d’alimenter sans problème la maison, et de donner une partie de l’eau à la population. Il faut voir la file d’attente s’allonger en contrebas de notre cuisine. Du matin au soir, des dizaines d’enfants, de jeunes, d’adultes, viennent remplir leurs bidons de 5, 10, 20 litres, leurs immenses marmites, leurs bassines, avec cette eau claire et agréable à boire. Le projet d’une fontaine entre le Centre Polyvalent et l’école primaire est en passe d’être réalisé : Anicet et Paulin ont construit la fontaine et « noyé » le robinet dans le muret de pierre et de ciment. Le problème, c’est que les réservoirs construits en contrebas du château d’eau sont trop enfoncés dans le sol, si bien qu’on a un mal fou à obtenir la pente nécessaire pour que l’eau descende jusqu’à son terminal ; en cause le plateau rocheux qu’il faut casser à coup de barre à mine. J’ai expliqué le problème à Alain, l’adjoint au maire ; je pense qu’il va s’en occuper. Quand ils auront approfondi la tranchée, l’eau coulera d’elle-même. Dans la maison, pas de problèmes majeurs, si ce n’est quelques toutes petites fuites ça et là, que j’ai colmaté en enroulant autour du tuyau de longues lianes découpées dans les chambres à air, les fameuses « lances », qui servent aussi bien à renforcer la digue de diamant qu’à attacher des affaires sur un porte-bagages de vélo ou de moto.

Nombreux furent les jeunes et les adultes qui se sont relayés pour refermer les 1km 530 de tranchée, enfouissant ainsi le tuyau, et créant de fait un chemin dans la forêt reliant directement la source à la ville. A chaque fois, eau fraiche, café et beignets, parfois fromage blanc au miel, parfois bonbons, pour redonner courage aux travailleurs.

Parmi les jeunes qui ont travaillé autour de toutes ces questions de canal d’eau, de tuyau, d’évacuation des eaux usées de la cuisine, il y a ceux qui habitent à la maison dite St-Michel à Bangassou. Ces collégiens, dont 4 entrent en 5è - Brice, Hugor, Odilon, Calvin -, et un redouble la 6è – Melvin -, et l’ainé Emmanuel qui entre en 3è année au collège technique. Je leur ai préparé un sac à dos qu’on a rempli ensemble de 15 cahiers 100 pages, stylos billes, crayons noir et de couleur, règle, taille crayon, gomme … bref tout ce dont ils auront besoin pour la rentrée prochaine. Et ceci fut rendu possible grâce à la collecte organisée en 2009 auprès des élèves du collège – lycée Massillon de Clermont. C’est d’ailleurs dans ces dons qu’on a puisé une partie des lots remis aux participants de la JEA. Merci à vous, jeunes de France, pour les jeunes d’ici !

Cette période étant celle de la fin de l’année scolaire, les proclamations des résultats des examens se sont succédé dans chacune des écoles de la zone. A commencer par celle du jardin d’enfants de Zacko, situé dans le Centre Polyvalent. Quelle ambiance en ce matin du 24 juin : les 150 enfants des deux niveaux de classe se sont regroupés devant le bâtiment, tandis que sous la véranda siégeaient les personnalités de la ville : le maire, le CB et son adjoint, les directeurs des écoles primaires Filles et Garçons, les chefs de quartiers. Sur le côté, les deux maitresses Sylvie et Léa-Parisse, les membres de l’APE et Ludovic, qui a bien suivi le travail des maitresses cette année. Grâce à sono, on a pu éviter le brouhaha généré par la présence de dizaines d’enfants plus âgés que les élèves, et venus assister à la remise des prix de leurs petits frères et petites sœurs. Alternance de poèmes et de récitations proclamés en français par ces petits de 4 - 6 ans, entrecoupés de discours plus ou moins … courts et en sango des personnalités présentes. Puis ce fut le moment de la proclamation des résultats des examens de passage suivie de la remise des diplômes à tous ceux et celles qui accèdent à la rentrée prochaine, soit à la deuxième année de maternelle, soit à la première année d’école primaire. Beaucoup d’élus, heureusement, et quelques larmes sur les visages des échoués. Un cadeau fut remis à chaque enfant montant en classe supérieure et dont les parents avaient préalablement réglé tous les frais de scolarité. Ça peut paraitre un peu dur, mais on n’a pas d’autre solution pour faire pression sur les parents. Fernand, le président de l’APE, a justement rappelé qu’on n’avait fait cette année aucun renvoi pour non payement des frais de scolarité. Mais les avertissements n’ont pas été écoutés par certains parents irresponsables, et au final, leurs enfants sont privés de peluche ou autre cadeau. Vers 10h, tout fut terminé, et chacun s’en est retourné à ses activités.

A l’école de Bamara, le même évènement avait lieu 2 jours après, mais je suis arrivé alors que les enseignants avaient déjà achevé la proclamation des résultats. Il faut dire qu’il m’était impossible d’arriver là-bas pour 7h, alors que c’est précisément l’heure de fin de messe le samedi matin au Centre. J’ai eu beau rouler sans trainer sur la piste, il m’a fallu 40 minutes pour parcourir en voiture les 18 km. J’ai pris du temps avec les parents encore présents, ainsi qu’avec les enseignants. Puis j’ai distribué des bonbons aux enfants, ravis de ce petit + ! Je suis ensuite rentré tranquillement à la maison, m’arrêtant au passage à Yanguhoda pour saluer les habitants.

A l’école de Kono, la fête fut belle, et bien organisée, presque millimétrée : les deux enseignants Jean-Louis et André avaient bien préparé les choses avec l’APE. Le temps était menaçant, et la pluie a un moment un peu perturbé le déroulement protocolaire. Mais l’ensemble s’est passé dans la joie et la bonne humeur : alternance des discours des personnalités et des interventions d’enfants des différents niveaux, en chanson ou en récitation, toujours en langue française. On était réunis le long du grand hangar de paille, alors que les maçons continuaient le travail de construction de l’école. Quel beau signe donné à tous ici, de voir les enfants grandir en intelligence, signe de la croissance du village et du pays, et de voir le bâtiment s’élever lui aussi. Nombreux furent les adultes qui firent le lien entre ces deux réalités. Au moment de la proclamation des examens de passage, quelques larmes, et beaucoup de joie pour les nombreux élèves qui montent en classe supérieure. Il faudra voir dans quelle mesure on peut ouvrir le niveau CM2 à la rentrée. Petite anecdote : l’élève Ben Laden (c’est bien son nom) a été admis en classe supérieure, il monte en CE2 ; il s’est présenté à son enseignant en arborant un magnifique tee-shirt tout neuf orange fluo, sur lequel on peut voir le sourire « émail diamant » de … Barack Obama !!! Yes, we can ! Tout devient possible ! Archina, que j’avais emmené, a fait pas mal de belles photos au long de cette matinée.

Après ce bon moment, la fête s’est poursuivie chez le président de l’APE par un déjeuner composé de boule de manioc et de viande de chasse. Un fond de verre de nguli m’a suffi pour faire plaisir à mes hôtes. Puis après le café, j’ai repris la route avec quelques passagers heureux de ne pas avoir à parcourir à pied les 12 km qui séparent Kono de Zacko.

                La proclamation des résultats de l’école de Zacko centre étant à la même heure que celle de Kono, je n’y ai donc pas participé, mais dès mon retour, me suis intéressé aux résultats des filles et garçons que je connais. Beaucoup furent joyeux de m’annoncer les bons résultats qu’ils ont obtenus. On a partagé quelques bonbons, et un peu de jus de fruits fait de poudre surement très chimique diluée dans un bidon de 5 litres conservé au frigo.

 

La fin du mois de juin a été consacrée de manière particulière aux enfants, à travers ce qu’on appelle « la Journée de l’Enfant Africain », JEA. Ludovic étant le président de l’organisation, il s’est entouré d’une dizaine de membres d’horizons divers : scoutisme, Aïta-Kwe, enseignants des écoles. J’avais la charge de conseiller technique. Initialement prévue comme chaque année le 16 juin sur tout le Continent, nous l’avons décalé à la fin du mois, afin de ne pas tomber en pleine période des examens de passage, prévus à cette date un peu partout dans la Préfecture. Ainsi, dès le lundi 21 juin, les examens scolaires étant achevés, inscription des enfants aux activités auxquelles ils souhaitent participer. Les membres du comité avaient revêtu leur casquette Champion blanche à poids rouges, ils étaient repérables de loin ! Puis mercredi, premier rendez-vous pour un entrainement de ceux qui étaient inscrits à des compétitions sportives. Vendredi 25, tournoi de foot pour les garçons, tournoi de hand-ball pour les filles ; ce fut du beau ballon ! Vraiment le hand-ball a ravi les centaines de spectateurs, notamment les mamans, heureuses de voir leurs filles évoluer ainsi sur le terrain en pratiquant un sport très peu connu ici. Au même moment dans les salles de classe de l’école, concours de dessin sur le thème de la JEA : « ensemble luttons contre la violence ». Garçons et filles se défendaient bien, devant leur feuille au départ blanche, et qui se remplissait petit à petit, là où leur imagination les emmenait. Le lendemain, matinée consacrée aux courses relais et courses à pied. Les premières avaient lieu entre le croisement du bas du marché et les écoles, ce qui a permis à de nombreux habitants de voir les enfants, et de s’intéresser à ce qui se passait « plus haut ». Après la sieste et le repos pour tous (sauf pour le comité d’organisation), saynètes et chansons sur le podium installé dans la cour de l’école. On a beaucoup ri ; il faut dire que lorsqu’il s’agit pour un enfant de jouer une saynète en rapport direct avec la vie quotidienne, il sort facilement du texte initial pour s’emparer des expressions des adultes glanées ça et là, captées plus ou moins légalement au quartier. Et on rit de ces saynètes qui n’en finissent pas d’aller de rebondissements en rebondissements. Mais au-delà des mots et des mimiques, il y avait ce jour-là un réel message envoyé aux parents. La saynète jouée par des filles de 12 – 15 ans évoquant la question du mariage forcée des jeunes filles, notamment des élèves à qui on ferme ainsi toute porte à des études en collège, amenait à réfléchir sur cette pratique habituelle ici. Les adultes rirent, applaudirent ; mais changeront-ils pour autant de comportement ? Auront-ils le courage d’aller à l’encontre du poids des traditions ? Nous ne pouvons que le souhaiter, pour toutes les jeunes filles de RCA.

Dimanche après-midi, remise des prix aux gagnants de tous les jeux et concours auxquels ils avaient participé. Bic, crayons de couleur, cahiers, tee-shirts, La fête fut belle autour du podium, animée par les musiciens de la paroisse catholique. La fête fut un peu gâchée sur la fin ; au moment où on devait distribuer à tous les balles de tennis, il y a eu une telle ruée que ce fut impossible pour les animateurs de se faire entendre. On a dû renoncer, ce qui ne fut pas compris des enfants pourtant responsables de l’énorme chahut qui a régné en cette fin de journée. Fin de JEA un peu terne pour le comité d’organisation, qui s’est pourtant bien démené depuis près d’un mois. Ils ont bien travaillé, et ce qui restera dans les mémoires des enfants et des jeunes de Zacko, c’est le bon esprit dans lequel les choses se sont déroulées.

 

En soirée de ce 27 juin, arrivée d’Eric et d’Anna, coordinatrice de « Bibliothèques sans frontières ». Elle vient dans la région afin de voir comment lancer à Bakouma la bibliothèque dont la construction doit débuter dans quelques mois dans la ville. Soirée cool sous les étoiles à boire une citronnelle au miel, puis au petit matin, je lui ai présenté le Centre Polyvalent, puis on a visité les chantiers de diamant et d’or, et rendu visite à Aïnine. Malheureusement pour nous, il n’avait pas de pierres à nous présenter, l’avion étant venu la veille pour apporter des sous et emporter à Bangui la production de ces dernières semaines. Ils sont repartis en milieu de matinée, et moi, et bien j’ai commencé à ressentir une énorme fatigue. Et ça m’a valu 4 jours presque intégralement passés dans mon lit. 3 perfusions et une batterie de cachets m’ont permis de refaire surface progressivement et de retrouver la forme pour le dimanche suivant.

 

       La coupe du Monde de foot sur le sol africain, difficile de ne pas s’y intéresser ! J’ai vu plusieurs matchs dans les salles vidéo de la ville, trouvant place chez Walter ou à Vidéo Laisse-Couler. C’est souvent avec Ludovic et le petit séminariste Anicet qu’on s’y est rendu. L’ambiance dans ces salles est bien particulière : une chaleur parfois étouffante due aux plafonds bas et au nombre importants de clients ; la fumée des cigarettes, qui ne parvient donc pas à s’élever bien haut, et qui profite donc à tout le monde ; les odeurs de transpiration (la sienne, et celle des voisins !) Quand il y a le vidéoprojecteur, pas de problème pour les yeux ; mais là où il y a seulement un écran de télé, les pupilles finissent par souffrir ! Côté son, se sont les oreilles qui en prennent un coup, tant le volume est fort. Mais ce sont toujours de bons moments partagés avec les gens. A la mi-temps, on sort prendre l’air, on boit un thé ou on mange une banane tout en commentant le match ; puis on replonge dans la salle pour la suite et la fin du ballon. Au retour, à la torche ou éclairés par la lune, on « refait » là aussi le match ! 

 

Parmi les rencontres de ces dernières semaines, en voici une qui nous plonge dans un abime de réflexions: un matin, un enseignant du primaire est venu me voir, afin que je lui fasse une avance de 15.000 Francs. La raison en était la suivante : il devait verser cette somme à la famille de sa future femme. Connaissant les traditions ancestrales des Bandas, l’ethnie majoritaire ici, j’ai patiemment interrogé mon interlocuteur, enseignant et donc lettré, ayant étudié jusqu’en terminale au lycée de Bambari. Il finit par me dire que sa future femme n’est autre qu’une de ses élèves. Je lui demande alors son nom, il me répond. Je découvre alors que c’est une jeune fille à qui j’ai donné le baptême à Kono à Pâques ! « Mais -je lui dis- elle n’a que 13 ans ! » Il me répond : « Oui, Monsieur l’Abbé, mais c’est notre habitude ici. On a toujours fait comme ça. » Je lui demande alors son âge à lui, il me répond : « 51 ans ». Alors j’ai usé de ma patience et de ma diplomatie pour lui partager mon avis. Comment un enseignant, chargé de permettre à des jeunes garçons et des jeunes filles d’évoluer dans la connaissance des choses, afin que le pays lui aussi évolue, pouvait s’engager dans une pareille voie ? Il me répond qu’elle pourra continuer se études au collège, je lui ai partagé mon scepticisme quant au fait qu’il serait enseignant à Zacko pendant que sa fille serait élève à 200 km à Bangassou. Et puis la question des enfants à naitre. Aucune élève ne peut concilier le fait d’être enceinte de plusieurs mois ou jeune mère, et celui de mener à bien ses études. Puis on est revenu sur la question de la dote exigée par la famille pour leur fille de 13 ans, vendue (n’ayons pas peur des mots) à un homme quelque peu fortuné (lui est enseignant, et donc assuré d’un salaire). Il m’a alors présenté la « lettre de doléance en vue de donner notre fille » : une liste, tel un inventaire à la Prévert, où se succèdent pêle-mêle des vêtements (deux complets veste pour le père et le grand père – un pantalon jean de marque pour le grand frère – des pagnes pour la mère et les sœurs – des chaussures de toutes sortes …) des animaux (un coq et une poule – un bélier et une chèvre) de la vaisselle (marmites, assiettes …) A cela s’ajoute le droit pour la fille de quitter la maison – 50.000 Francs –, la dote elle-même - 40.000 Francs – ainsi que le remboursement des frais d’excision, qui ne « s’élèvent qu’à » 2.500 Francs. L’immense majorité des jeunes filles sont excisées ici. C’est une tradition qui n’a rien à voir avec l’Islam, les Musulmans sont peu nombreux dans la région. Non, cet acte qu’est l’excision des jeunes filles est pratiqué depuis la nuit des temps dans la région Afrique Centrale, et particulièrement chez l’ethnie Banda. Difficile cependant d’aborder ce sujet tant il est tabou ici. Et pour bien saisir la difficulté qu’il y a à aborder cet aspect de la tradition, et surtout ses dangers, la mutilation irréversible que cela entraine, il faut comprendre la langue sango, et la langue banda. Elles n’ont qu’un seul et même mot pour nommer circoncision, donc pratiquée auprès des garçons, et excision. Ainsi, pratiquer l’excision, c’est pour eux exactement le même geste que la circoncision. D’ailleurs sur la lettre de doléance rédigée en français et que m’a présenté le maitre, il y avait écrit : « droit de circoncision » et non pas droit d’excision. Or la circoncision (des garçons) est pratiquée légalement, au vu et su de tout le monde, au dispensaire local ou à la maison par un infirmier, et à suite de cela, le jeune garçon reçoit des cadeaux, et la tradition veut qu’on mange un poulet et du riz. L’excision est pratiquée de manière cachée, dans la forêt ou dans une maison reculée d’un village reculé ; elle est effectuée par des femmes parfois grand-mères qui réunissent plusieurs filles et fillettes, souvent de force mais pas toujours, poids des traditions oblige. (Oui, aussi étonnant que cela puisse paraitre, des filles demandent à être excisées, puisque c’est la tradition. Il faut faire comme l’ont fait les filles avant nous, il faut faire comme la copine). Si au cours de ce séjour hors de la famille, il y a des discours et des conseils sur l’art de devenir femme, bonne épouse, il y a aussi ce dramatique coup de couteau mutilateur. Ainsi pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, une jeune fille peut « disparaitre » de son équipe d’Aïta-Kwe, de sa classe, de son quartier, puis réapparaitre. Personne ne lui pose de questions, on sait les raisons de son absence. Parfois un collier d’écorces porté quelques jours autour du cou révèle ce qu’elle vient de vivre. Mais parfois, elle ne reviendra pas. Pas longtemps. La mutilation entraine des fièvres, des fatigues, et c’est la mort qui peut alors parvenir à ses fins, quelques jours, quelques semaines plus tard. Et puis nombreuses sont les filles qui devenues femmes, ne peuvent avoir d’enfants. Le coup de couteau avait été trop fort, trop profond. Aujourd’hui elles se consolent en s’occupant des enfants que d’autres leur confieront. Et lorsqu’on questionne, indirectement, les gens sur ces deux aspects dramatiques, ils répondent invariablement : « c’est Dieu qui sait » « c’est la volonté de Dieu ». Ou comment les croyances (je ne dis pas la Foi) empêchent toute remise en cause du comportement. Il y aurait tant à dire sur ce sujet poignant et dramatique. Le changement des mentalités, c’est tellement compliqué, tellement long !

Et l’enseignant ? Et bien il a regagné sa maison. Prendra-t-il cette enfant pour femme ? Payera-t-il le prix convenu pour la vente ? Affaire à suivre.

 

                Le samedi 12 juin, un vent de panique a soudain saisi la ville de Zacko : les Tongo Tongo, les rebelles de la LRA, sont tout proches ! Cette rumeur était fondée sur le témoignage de 2 convoyeurs de vaches qui, emmenant un troupeau de Mboki (dans l’Est du pays) à Bangui, ont été attaqués par la LRA. Tout leur cheptel a été dérobé, et ils n’ont eu leur salut que grâce à la vitesse à laquelle ils ont pu prendre la fuite. Ne connaissant pas la région si ce n’est la piste des vaches (appelée Marche-Bangui), ils ont erré dans la forêt jusqu’au moment où, vers 21h le vendredi, aidés par les renseignements de chasseurs croisés en route, ils sont tous les deux arrivés à Zacko. De nuit, et ne sachant où aller, ils ont été observés de loin par les habitants encore dehors devant leur porte, se demandant bien ce que faisaient ces deux hommes de type Peul, pieds nus, et porteurs chacun d’un gourdin. Ils ont pu trouver refuge chez un éleveur et, ayant au petit matin raconté leur mésaventure, ont témoigné auprès de gens divers qui en ont conclu à une arrivée imminente des rebelles. Panique dans toute la ville ! En moins de 15 minutes, tout le quartier du marché central s’est vidé de ses habitants. Tout ce que la ville compte comme possesseur de fusil officiel ou de fabrication artisanale s’est mise aux ordres du Commandant de Brigade. La résistance s’est organisée, les gendarmes fédérant ces porteurs de fusil appelés autodéfense. Entre temps, nombre de familles ont fui, essentiellement vers l’Ouest, afin de rejoindre leurs maisonnettes construites au milieu des champs. Ludovic et moi avons choisi de patienter, tout en étant vigilant. Plusieurs raisons à cela : s’ils sont en possession d’un troupeau saisi la veille à 80 km à l’Est de la ville, il est peu probable que les Tongo Tongo arrivent rapidement. Si effectivement ils s’approchent, les coups de feu nous laisseront le temps de fuir en forêt. Et puis, il y a un troisième paramètre, c’est l’arrivée de Sœur Blanca, venant à la rencontre des maitresses et du bureau de l’APE du jardin d’enfants ; elle avait quitté Bakouma vers 9h30, et devait donc arriver d’un moment à l’autre. C’est en effet vers 13h, soit 1 heure après le début de l’alerte, que le 4X4 a gravi la colline, conduit par Fabrice. Rapidement informée de la situation, Blanca a répondu qu’elle restait avec nous. Elle avait souvent vécu ce genre de situation à Obo, et c’est ce qui avait amené la communauté à quitter la région de l’Est pour s’installer à Bakouma. Quid de la réunion du jardin d’enfants ? Et bien elle a eu lieu comme prévu, tous les participants étant restés en ville. Vers 15, et jusqu’à 17h, on a dressé un bilan de l’année et vu les perspectives pour la rentrée prochaine.

Cette peur est omniprésente chez nombre de Centrafricains. Et à juste titre. Au fur et à mesure que les semaines passent, les rebelles de la LRA deviennent toujours plus violents. Ainsi, de nombreux villages situés sur l’axe Bangassou – Rafai et Rafai – Zemio sont déserts. Les gens ont fui, soit avant une attaque, soit suite à une attaque qui entraine massacres, prise d’otages de gens porteurs des denrées alimentaires volées, incendies de cases. Les abbés Clotaire et Isaac venant de Zemio ont ainsi fait état de dizaines de villages déserts le long de la piste. Où sont donc passé les habitants ? Certains se terrent dans la forêt, là où ils cultivent leur champ ; beaucoup ont trouvé refuge dans les villes de Zemio, Rafai, et maintenant Bangassou. Que se passe-t-il au plan militaire ? On sait qu’une résolution votée par le Congrès Américain amène Barack Obama à s’engager pour que se terminent ces exactions ; des conseillers militaires américains sont sur le terrain ; les forces armées Ougandaises font des incursions toujours plus nombreuses en forêt. Pourvu que l’efficacité promise soit réelle, et rapide.

Deux petits signes qui ont comme redonné espoir aux habitants de Zacko : tout d’abord le sauvetage d’une jeune fille originaire du Soudan et enlevée par un groupe de rebelles de la LRA il y a environ 3 ans ! A la faveur de la nuit, elle a pu enfin fuir ses ravisseurs tortionnaires, puis s’est cachée au milieu d’un troupeau de vaches. Quelle ne fut pas la surprise de l’éleveur, un Peul habitant Zacko, de découvrir cette jeune fille ! L’un et l’autre parlant arabe, le lien fut vite fait, et après une journée de marche, il a amené la jeune file (âgée de 15 ans peut-être ?) jusqu’à Zacko, puis l’a signalé à la Brigade. Nombreux furent les habitants qui lui rendirent visite ; elle portait un chapelet autour du cou, le tenant fermement dans sa main ; est-elle catholique ? Sans doute, elle se prénomme Célia. Mais lors de ma visite auprès d’elle, ce fut difficile de dialoguer, parce qu’elle était fatiguée, parce que la langue était un obstacle, et que la concession était envahie de curieux.  Le lendemain, elle fut emmenée sur Bangassou puis Bangui, afin de retrouver, au plus vite, sa famille, son village.

Deuxième cadeau du Ciel : le retour de Florentin ! Ce jeune garçon avait été enlevé à Zacko le 9 février lors de l’attaque par les Tongo Tongo. Il avait disparu, on était sans nouvelles de lui. Beaucoup pensaient qu’il ne reviendrait jamais. Sa grand-mère Madeleine, pilier de la paroisse, notamment du mouvement Légion de Marie, priait chaque jour pour lui, et elle n’était pas la seule. J’en étais aussi. Alors quand mardi 22 juin elle est arrivée après la messe à la maison, en disant à Ludovic et moi : « ils ont retrouvé Florentin ! » l’émotion sur son visage est devenue nôtre. Il avait été retrouvé dans le Nord de Yalinga, où il avait pu fuir le groupe rebelle à la faveur d’une attaque de l’armée régulière Ougandaise. Ce sont eux qui l’ont sauvé ; ils l’ont emmené à Bangui afin de le soigner et de l’interroger, puis il est revenu à Zacko début juillet. La joie de le recevoir fut grande parmi toute la population. La fête fut belle chez Madeleine et sa famille.

 

L’équipe Caritas de la paroisse, qui se réunit chaque vendredi à 15h, a fait ces derniers temps un bon travail de repérage des familles marquées par les difficultés de santé, d’argent. En fait, quand il s’agit pour nous, et il en est de même pour les membres de la Conférence Saint-Vincent de Paul, de dresser une liste par quartier des familles pauvres, on se heurte à la difficulté suivante : qui n’est PAS pauvre ici ? Qui n’a pas de problème pour acheter chaque jour la nourriture nécessaire à tous ceux qui vivent dans la maison ? Qui n’a pas de problème pour payer sans délai la facture des médicaments nécessaires à l’enfant malade ? Et bien en réalité, très peu de gens ne sont pas dans la gêne ici à Zacko. Et c’est là que notre travail est compliqué. Et c’est pour moi une source permanente de réflexion personnelle. A l’intérieur même de notre équipe, certains adultes vivent avec leurs familles dans des situations très précaires. Alors, lorsqu’on a voulu établir la liste de familles des quartiers de Zacko, nécessitant une aide, certains membres de Caritas ont osé dire qu’ils en étaient. Et c’est bien vrai. La pauvreté, un vrai défi. Quand dans une famille, il n’y a même pas 500 francs (75 centimes d’Euros) en réserve pour payer quelques comprimés de paracétamol, ni 1000 francs pour la consultation de l’enfant qui souffre de maux d’estomacs, c’est ça qu’on appelle la pauvreté. Silencieuse ; et de tous les jours. Notre tout petit projet, on a réussi à le mettre néanmoins en œuvre : il s’agissait d’offrir des pulls de laine et des couvertures de laine aussi, aux enfants les moins chanceux. Chaque membre de Caritas a amené les noms de ces enfants et de leurs parents, précisant l’âge des enfants. Ensuite chacun est reparti avec les pulls et couvertures à remettre de la part de notre mouvement. Plus de 30 couvertures, presqu’autant de pulls ont été amenés dans les familles. Ces pulls et ces couvertures avaient été réalisés par les mains habiles de grands-mères de la région de Saint-Lunaire – Saint-Malo. L’équipe de Caritas Zacko les remercie du fond du cœur, et les heureux destinataires aussi !

 

Le 11 juillet dernier, c’était la fête à la paroisse, une belle fête ! Au cours de la messe, près de 40 enfants de l’école primaire du Centre ont reçu le baptême, et à ceux-là s’est ajoutée une trentaine qui, ayant été baptisés bébés ou dans une Eglise non-catholique, recevaient avec les autres leur Première Communion. Oui, la fête fut belle, vraiment. Chants et danses se sont succédé à chaque rite ou étape de cette célébration. Les enfants venaient de vivre 3 semaines de retraite, se retrouvant chaque jour du lundi au vendredi, pour prier, apprendre les prières, comprendre le sens des rites de la messe, mais aussi s’organiser pour des actions de charité auprès de pauvres de la ville. Les 3 catéchistes qui se sont relayé auprès de ces quelques 70 enfants de CP – CM2 ont eu fort à faire pour les captiver depuis le matin, qui commençait à 6h avec l’Eucharistie, jusque dans l’après-midi. Mais ils ont de l’expérience, et puis les enfants désiraient tant ce ou ces sacrements. Un temps fort pour ceux qui, déjà baptisés, allaient vivre la Première Communion : leur première confession. Certes ils étaient préparés au sacrement, maitrisant dans l’ensemble les étapes du rite et la prière de pénitence. Mais pas facile pour quelques-uns de se retrouver devant le prêtre qu’ils connaissent depuis longtemps. Certains auraient souhaité vivre la confession en présence d’un prêtre qui ne les connaisse pas. Et c’est bien légitime. Mais c’était un peu compliqué de faire venir un confrère. Alors j’ai réexpliqué le rôle du prêtre présidant les sacrements, afin qu’ils découvrent que c’est une rencontre avec Dieu dont il s’agit. Et je crois que tous ont bien perçu cet essentiel. Ainsi, au jour J de la messe, ils étaient tous ravis d’arriver à cette étape de leur vie. Il fallait voir les enfants déjà baptisés arriver avant la messe à la queue leu-leu et prendre place dans l’église, portant leurs vêtements blancs fraichement cousus par les tailleurs de la ville. Et quand ceux à qui j’ai conféré le baptême sont sortis de l’église pour revêtir ces mêmes vêtements blancs et revenir en dansant, quelle liesse dans l’église et à l’extérieur ! Acclamations et Youyous couvraient les chants de la chorale, certains paroissiens avaient d’ailleurs coupé des branches d’acacias qu’ils agitaient au dessus de la tête des nouveaux chrétiens revenant à leur place. Le geste de la lumière transmis par les parrains et marraines aux nouveaux baptisés fut un moment de silence et d’émotion. Il en fut de même au moment de la Première Communion : les parrains et marraines, appelés au fur et à mesure par le catéchiste Désiré, me présentaient leur (ou leurs) filleul, et redisant leur prénom, je leur offrais le Corps du Christ. La fin de cette messe a pris une tournure un peu différente quand il s’est agit de dire au revoir à Ludovic. Son stage pastoral de grand séminariste prenait en effet fin ce dimanche-là. Il y eut beaucoup d’émotion, de larmes, et aussi de sourires, de mercis. Les paroissiens ont été généreux lors de cette deuxième quête située après la communion, et dont la totalité a été remise à Ludo. De beaux témoignages d’amitiés, des petits mots d’encouragement lui ont été transmis. Après la messe, grand repas pour tous les enfants ayant reçu les sacrements, ainsi que leurs parrains et marraines, les conseillers, les choristes, … Ce fut un bon moment.

       Les heures qui ont suivies furent consacrées à fermer les valises, à donner des consignes au personnel du presbytère, afin que tout se passe bien pendant mon absence. J’ai vu tour à tour Rock le cuisinier, les deux sentinelles Gabriel et Richard ; puis j’ai précisé aux conseillers de l’église ce qu’ils pouvaient faire pour que tout se passe bien. Nombreux furent les gens venus me souhaiter bon voyage, et saluer Ludovic et lui souhaiter bonne route. Mardi matin, j’ai remis aux enfants tout ce que je comptais comme ballons de foot, afin qu’ils passent de bonnes vacances à Zacko, balle au pied sur les différents espaces de jeux que compte la ville.

Mardi donc, on a quitté Zacko vers 9h. On est arrivés sans encombre à Bakouma à midi pile. Gaétan nous attendait pour déjeuner, et l’abbé Martin, curé d’Obo, était là depuis le vendredi, arrivé avec les sœurs de Zemio, qui sont Franciscaines de l’Immaculée Conception, de l’Amérique Centrale, tout comme leurs consœurs de Bakouma. Après le repas, on s’est tous mis en route pour Bangassou. Il fallait voir la tête des habitants des villages traversés, lorsqu’ils voyaient arriver à petite vitesse trois 4X4 identiques ! Celui des sœurs de Bakouma et celui de celles de Zemio est en effet le même que le mien.

Alors que la retraite annuelle débutait pour les prêtres et religieuses du diocèse, j’ai pris la route de Bangui avec la délégation de Caritas. On a tranquillement quitté Bangassou vers 10h30 jeudi, et avons rejoint l’évêché d’Alindao vers 15h30. Là, repos jusqu’au lendemain. Vendredi à 7h45, reprise du volant, et après quelques petites haltes à Bambari et Sibut pour se restaurer à coup de viande grillée et d’omelettes à la tomate et aux oignons, on a franchi la barrière de PK 12 à 16h45. Le temps a été clément au long du trajet, et les petites pluies qui ont un peu gêné notre progression ont eu la bonne idée de ne pas tomber là où il y a les fameuses barrières de pluies. Ces barrières, le garde les ferme dès qu’il pleut, pour ne les rouvrir que 3 heures après la fin de la pluie. Le laissez-passer que les TP de Bangassou m’ont établi nous aurait permis de nous remettre en route une heure seulement après la pluie. Mais on en n’a donc pas eu besoin. A notre arrivée à Bangui, les choses se sont un peu compliquées, mais heureusement qu’il y a le téléphone portable ! Parmi les 5 passagers, 2 n’étaient jamais venus à la capitale. Comment savoir où les déposer ? Quel lieu de rendez-vous avec leurs familles ? Ceux-là nous ont demandé beaucoup de temps, et quand Marie-Thérèse puis Maurice furent en de bonnes mains, il ne restait plus que les trois autres, habitués de la capitale. Oui, mais il y eut un hic : la nuit était tombée entre temps. Et circuler dans Bangui avec un 4X4, traverser des quartiers non éclairés, c’est une activité que je redoute. Et le clou, ce fut quand Jean-Claude, assis à l’arrière dans le pick-up, m’annonce à un carrefour : « abbé, les feux arrières, ils ne marchent pas, sauf le feu de stop à l’arrière droit ». Vous imaginez ma tête. Parce qu’en plus, je savais déjà que les clignotants étaient en rideau. Alors, que fait-on dans ces cas là ? Et bien on sert les fesses à chaque carrefour, on évite tout ce qui s’appelle tournez à gauche. On colle la voiture de devant, qui on espère ne roulera pas vite afin que, rapidement, une autre vous colle derrière. Ainsi les policiers, les gendarmes, les militaires, très présents partout, ne verront peut-être pas le subterfuge. Et c’est ainsi que j’ai arpenté les quartiers de Bangui, entre avenues goudronnées et rues de terre et de cailloux. Et voilà, j’ai déposé tout le monde. Et maintenant, je dois regagner seul la maison du diocèse de Bangassou, située juste en contrebas de la place Valéry Giscard d’Estaing, où trône d’ailleurs une magnifique croix de Lorraine. Je quitte donc La Kouanga où j’avais déposé Jean-Claude, et m’apprête à traverser le Centre-ville. Impossible de faire autrement, il faut que je passe par PK 0, le carrefour central à 6 entrées et à priorité à gauche. Malheureusement pour moi, la petite pluie qui tombait s’est arrêtée. Les policiers ont dû reprendre position. Je crains le contrôle. J’aborde le carrefour à vitesse moyenne et, chance, aucun véhicule n’arrive à ma gauche. Je ne décélère donc pas et prends sans ralentir la direction du marché central, gardant les yeux fixés sur le volant, ne regardant surtout pas à ma droite le groupe de policiers et policières alignés sous une sorte de parapluie en béton. Je tourne sans trainer sur ma gauche, au milieu des taxis qui font le plein de passagers. Ouf ! Je suis passé. J’arrive à la maison, il est plus de 19h. Les sœurs Zita et Marie-Claire m’accueillent avec joie ; elles animent la maison, et sont membres de la congrégation congolaise de Brazzaville : Petites sœurs de Notre Dame de Lourdes. Je partage le repas avec elles et l’abbé Yvon, qui est en train de voir comment remettre en route les bâtiments de la Propédeutique, afin d’accueillir à la rentrée les nouveaux grands séminaristes débutant leurs études. Je me couche et m’endors rapidement.

Un repos bien mérité. En attendant de regagner la France, l’Auvergne.

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 22 juillet 2010 4 22 /07 /Juil /2010 23:32

 

CARNET DE BORD, chapitre 33

 

       Mercredi 26 mai

 

La pluie qui tombe en cette fin de journée rappelle à chacun qu’on est bien sorti de la saison sèche. Ici cependant, on entre lentement dans la deuxième saison qui alterne avec la première, à savoir celle dite des pluies. Certains Européens pensent qu’il pleut sans cesse désormais, et ceci jusqu’à la fin octobre. C’est loin d’être le cas, heureusement pour les habitants, et pour les travaux des champs et des chantiers d’or et de diamant, pour ne parler que de ce qui caractérise le quotidien des gens d’ici. Demain c’est sûr, avant l’aube, des foules vont quitter la ville pour se rendre aux champs. La pluie aura ramolli la terre. Elle l’aura irrigué aussi, et c’est le bon moment pour planter les arachides.

Depuis le court séjour à Bangassou qui m’a permis d’envoyer le chapitre 32, je suis entré dans une nouvelle phase de grands travaux. Ce n’est pas pour me déplaire, mais c’est maintenant du non-stop. Côté bloc opératoire, c’est lorsque j’étais à l’évêché que Monseigneur Aguirre m’a interrogé sur l’état de la piste Bakouma – Zacko. Je lui ai répondu que je venais de découvrir avec joie que la société AREVA avait repris la tâche de nettoyage de la piste sur les 14 premiers kilomètres, ceci pour permettre aux chercheurs d’étendre leur zone d’action. Ainsi grâce au bulldozer spécialement affrété pour cela, trois passages de rochers jusque-là pénibles à franchir ont tout simplement disparu. Le bull a eu raison de ces pierres noires que redoutent même les « barre à mineurs » les plus costauds. Un vrai travail de dégagement, avec un élargissement permettant une bonne visibilité et le dépassement ou le croisement plus facile des nombreux cyclistes qui parcourent cette piste. Le camion du diocèse peut désormais venir sans problème jusqu’ici. Alors l’évêque a donné le feu vert pour le transport du matériel destiné au bloc opératoire. Ainsi jeudi 20 durant toute la matinée, avec une équipe de gars costauds, on a chargé environ 5 tonnes de matériel médical, ainsi que des matériaux destinés aux travaux de finition, à l’intérieur du bâtiment. A lui seul, le groupe électrogène 30 KWA pesant 542 kg a bien occupé l’équipe, de même que le stérilisateur, pesant 8 kg de plus. Il y a les appareils d’ophtalmo ; le matériel pour le cabinet dentaire ; la lampe du bloc opératoire, immense et très lourde, et qui sera pendue à la poutre en béton traversant la salle dans toute sa largeur, en dessous du plafond. Il y a les climatiseurs, les armoires à médicaments, le bureau pour le médecin ; j’y ai ajouté un beau buffet destiné au salon et que j’ai acheté à la famille d’Henri Cuisenier, un Français aujourd’hui décédé et que j’avais connu lors de mon séjour à Bangassou comme coopérant, il y a 20 ans. Et avec tout ça, 20 sacs de ciment, les fers à béton destinés à la construction de deux cloisons dans l’hôpital, ainsi que le bâtiment prévu pour le groupe électrogène. A 14h30, je quittai Bangassou avec, à mon bord, Ludovic ; Ambroise, maçon de l’équipe de Bangassou venant pour les aménagements à faire dans le bloc ; les collégiens de Saint-Pierre Claver résidant à la maison St-Michel et qui sont en vacances (déjà !) ; 3 autres jeunes se sont joints à eux, et qui sont élèves au lycée public, lui aussi fermé sauf pour les élèves de Troisième se présentant au Brevet de Collèges, et les candidats au Bac. A Bakouma en fin de journée, repos. Soirée cool avec les abbés, visite chez les sœurs, et salutations prolongées avec sœur Blanca, revenue à la communauté des Franciscaines après 5 mois de congés bien mérités. Elle avait vécu 3 ans non-stop en RCA, marqués notamment par l’attaque des Tongo-Tongo à Obo ; c’était le 6 Mars 2008, il y a plus de deux ans. C’est cet évènement, ayant vu l’enlèvement de 68 personnes, jamais revenues mise à part 3 qui se sont échappées, qui avait amené la communauté religieuse à quitter Obo pour Bakouma. En soirée, j’ai longuement échangé avec Gaétan sur divers points concernant la crise dans l’Eglise et ses conséquences, qu’on ne mesure pas encore vraiment. Les évêques rentrent de Rome, et nous n’avons pas encore d’infos précises en ce qui concerne notre diocèse, ni les autres non plus. Le grand séminaire St Marc redémarre à zéro, ce qui veut dire que ceux qui sont séminaristes actuellement poursuivront leurs études au Cameroun ou ailleurs, au choix de l’évêque. Nouveau séminaire, nouveaux séminaristes, qui ne seront pas en contact avec ceux qui, étant au séminaire l’année passée, ont été au cœur de la crise. Qu’en est-il des prêtres qui se sont engagés dans la crise, ayant écrit les calomnies qui ont sali trop de gens ? On ne sait pas, nous en tout cas. Mais y en a qui savent. Des sanctions sont à venir. Et la crise sera-t-elle résolue ainsi ? Rien n’est moins sûr. Nous en doutons.

Le lendemain vendredi, nous avons attendu le camion du diocèse conduit par Tanguy. Dès son arrivée à Bakouma, on s’est mis en route pour Zacko. On a roulé sans problème jusqu’à la maison, seulement gênés une fois par un arbre, un peu trop penché et ne permettant pas au stérilisateur de passer ! Après plus de 3 heures en convoi, on s’est donc mis à table, puis on a ensuite trouvé rapidement une équipe d’une douzaine de gaillards efficaces pour décharger le camion. En 1h30, chaque chose avait trouvé une place. En fait, on a rempli la chambre destinée aux malades, cette pièce ne subit aucune transformation particulière, et on verra ce qu’on fera au moment où on installera l’électricité. Tanguy est aussitôt reparti pour Bakouma où il a chargé le lendemain le restant du matériel, amené là il y a plusieurs semaines, et qui encombrait le magasin de Gaëtan. En fin de matinée samedi, le camion est donc revenu. Et la suite de cette journée ne s’est pas vraiment passée comme prévue. En cause, l’irresponsabilité des membres du conseil paroissial. Voilà ce qui s’est passé : samedi 15, on a fait une rencontre qui nous a entre autre permis de planifier le transport des briques que le fabricant nous avait réservé, et qui était tout juste devant le marché, c'est-à-dire à quelques centaines de mètres du bloc opératoire. Le vendeur est même venu à la maison dimanche soir pour parfaire l’entente. Charge aux conseillers, pendant mon absence, de régler les détails, et de veiller sur les briques. Mais voici qu’à mon retour de Bangassou, j’apprends que les briques ont été vendues à quelqu’un d’autre. Et le conseiller qui m’annonce cela la bouche en cœur, ne se rend pas compte des problèmes qui en découlent. C’est que trouver des briques ici, c’est pas comme aller chez Monsieur Bricolage® ! Un seul autre point de cuisson (et donc de vente) se situe à l’autre bout de la ville, en contrebas, le long de la rivière Ambilo. Tanguy se propose d’aller voir, on s’y rend d’abord avec mon 4X4. On descend là, on voit les belles briques, et hop marché conclu avec Jo le vendeur, on peut tout embarquer. Tanguy revient donc avec le camion et une armée de gens pour charger. Une fois chargé, le camion a refusé de remonter la pente ! Cette pente l’est de plus en plus, pentue, au fur et à mesure qu’on atteint le sommet, tout proche de l’antenne Telecel®. Alors on décharge une partie, mais rien à faire. Plein ou vide, même problème, le camion refuse de rejoindre le sommet. On se balade alors dans la brousse pour voir si l’on peut frayer un autre chemin. Mais c’est un gros travail. La nuit va tomber. Il reste une solution, un peu folle à mon goût, mais pourquoi ne pas tenter ? On a déjà essayé de prendre de l’élan depuis le fond de la vallée. Rien à faire. Alors au plus haut qu’il puisse aller, on a calé le camion, puis tous les hommes dispos se sont préparés à pousser. Et moi, et bien j’ai avancé, ou plutôt reculé ma voiture à une dizaine de mètres, me tenant pratiquement au sommet. Reliant le camion avec une solide corde de nylon, au top donné par Tanguy, réducteur de vitesse en position (= super 4X4), en même temps que les hommes poussaient, j’ai accéléré. Et ce fut salutaire. Ma voiture et cette foule de pousseurs ont permis d’extraire le camion Mercedes de cette mauvaise posture. Et on est rentré à la maison, alors qu’il faisait nuit. Avec à peine 100 briques. Dire que celles qui nous étaient réservées étaient au bord de la rue du marché !!! Le lendemain, et bien j’ai dit ce que je pensais, à l’assemblée réunie dans l’église pour la fête de Pentecôte. Autant vous dire sans détour, ça a chauffé ! Je suis arrivé dans l’église à l’heure de la messe, et ai déclaré que j’allais chercher les briques, ayant fait la promesse à Bangassou que tout serait sur place à l’arrivée du maçon. S’en est suivi hilarité, étonnement, inquiétude aussi, notamment chez les parents de 10 bébés baptisés en ce jour de fête. Puis j’ai expliqué qu’à cause de l’inertie qui caractérise parfois les conseillers, on en est arrivé à la situation suivante : je vais être obligé de passer des matinées entières à transporter les briques, à raison de 110 par voyage. Ce qui devait être si simple (le camion prend 1500 briques par voyage) devenant compliqué, et ne voulant pas ramener le maçon à Bangassou, j’ai interrogé ensuite l’assemblée : « quand va-t-on chercher les briques ? Maintenant ? Moi je suis prêt ! Ou bien après la messe ? » Les paroissiens se sont prononcés pour la deuxième solution (Quelle sagesse !). La messe qui a suivi s’est bien déroulée. Et il s’est passé après la messe un truc formidable : les paroissiens sont rentrés à la maison … pour revenir au bloc opératoire, après être descendu à Ambilo, portant les briques entreposées à presque 2 km. Il fallait voir cette étrange procession composite traverser la ville, une à trois briques sur la tête ou dans la bassine, ou 8 à 9 briques accrochées au porte-bagage du vélo. Petits et grands, beaucoup se sont mobilisés. Et les femmes les plus inventives ont même créé une chanson pour l’occasion, qu’elles chantaient à tue-tête, disant à peu près ceci : « c’est de la faute des conseillers si on souffre aujourd’hui, ils nous laissent dans la peine. » J’ai su que l’un ou l’autre a été bien vexé. De mon côté, j’ai beaucoup ri. Plus de 600 briques sont ainsi entrées dans le bâtiment en ce dimanche de Pentecôte, jour du Seigneur chômé payé. Il n’empêche que depuis lundi matin, je n’arrête pas de faire des allers et retours avec la voiture. Les collégiens en vacances préparant déjà la rentrée scolaire côté financier sont à bord pour charger et décharger. 4 voyages en une matinée. Soit à peine 450 briques. Petit à petit … Lentement et … De son côté, Ambroise s’est adjoint un maçon d’ici nommé Paulin, guitariste de la paroisse, et Anicet, solide petit séminariste de la paroisse de Bakouma ; lui vient travailler, non pour la rentrée prochaine pour le moment, mais pour l’année qui vient de s’achever. C’est moi qui avais avancé une partie de l’argent pour son année, il doit me remettre encore 20.000 francs. N’ayant aucun soutien de sa famille, il avait travaillé dur au cours de l’été dernier  en faisant avec son vélo le trafic (= le transport) de manioc depuis Ouango jusqu’à Zacko. Il avait réuni près de 40.000 francs. Ce séminariste de 4è qui entre en 3è en septembre prochain méritait bien un coup de pouce. Lui et Ambroise logent dans l’ancien presbytère, et partagent avec Ludovic et moi le repas du soir. Anicet partage aussi les prières des Laudes et des Vêpres.

Lundi et mardi matin, 4 gars membres des Aïta-Kwe (l’ACE) sont venus prendre les outils nécessaires au nettoyage du canal destiné au tuyau. Ce matin, ils se sont démenés pour rendre propre l’emplacement du petit bâtiment du groupe électrogène. Ambroise pourra ainsi tracer les fondations à creuser dans les prochains jours. De mon côté avec les collégiens, outre les briques, il y aussi le sable à transporter depuis les chantiers d’or d’Ambilo. Et qui dit ciment dit sable, et dit eau. Au bord de la même rivière, on remplit au seau les deux fûts en plastique de plus de 200 litres. C’est long, ça laisse le temps de causer, et de préférence en français. Il ne fait pas perdre les acquis ! Et puis les collégiens aiment faire les fanfarons, traversant la ville, assis à l’arrière de la voiture, portes grandes ouvertes, les pieds dehors.

Et moi je deviens plombier. J’ai posé aujourd’hui les robinets – des vannes quart de tour – à l’extérieur, afin de pouvoir isoler du circuit d’eau chaque salle de bain de la maison. Les jeunes qui avaient creusé le fossé destiné à recevoir le tuyau le long de la maison m’ont amené à découvrir que le plombier n’avait pas fait un travail toujours très bon. Deux tuyaux d’évacuation ont été crevés par ses soins lorsqu’il les a chauffés pour les emboiter. Les cailloux pointus ont achevé le travail. Heureusement qu’il me reste des morceaux ! Et puis, le conduit n’a pas été fait dans la cuisine, ni le robinet posé. Je réfléchis à la manière de l’installer avec les moyens du bord.

 

Dimanche 30 mai 2010

 

En cette fin d’après-midi, il fait froid. Ne riez pas, la pluie qui s’est soudainement abattue sur la région a jeté un froid. La température a chuté  à moins de 25°. J’ai ressorti la veste de survêt’ pour moi et ai prêté ma polaire à Mahamat. Lui et moi avons été bien saucés en rentrant à VTT de la messe de Yanguhoda. Partis vers 7h pour ce village situé à 13 km, la communauté catholique nous attendait. La messe fut belle, et j’en ai profité ensuite pour rencontrer les candidats au mariage. C’est lorsqu’on finissait le déjeuner que le ciel s’est fait menaçant. On a quitté le village, et fûmes rattrapés par la pluie à peine 2 km après. On a pédalé le plus vite possible jusqu’à un hangar en paille construit par les Flambeaux, l’équivalent des scouts chez les Baptistes. On s’y est abrité pendant une vingtaine de minutes, avant de poursuivre notre escapade sous une pluie moins forte mais bien active tout de même. Arrivés vers 13h, trempés jusqu’aux os, on a bu un grand lait chaud au chocolat, puis chacun s’est lavé à l’eau chaude que j’avais préparé grâce au Butagaz®. Armando et Dieubéni nous attendaient, on s’est installés dans les fauteuils pour regarder ensemble « Blood Diamond ». Pendant ce temps, les vêtements trempent dans l’Omo®, le terme générique pour qualifier la lessive en poudre.

Ces jours-ci ont été consacrés au transport du sable, du gravier, ainsi qu’à divers travaux dans le bloc opératoire. Les travaux avancent bien, et les gens qui passent en profitent pour jeter un œil. Par contre, la mobilisation des quartiers pour approfondir le canal est pour le moins faible. J’en ai encore parlé à Alain, l’adjoint au Maire de la Ville. Il me répond que c’est en train de se faire. Moi je suis comme la sœur Anne…. A Kono, les activités de transport des agrégats font une pause. Ces jours derniers, à raison de 4 voyages par jour, des mètres-cube de sable et de gravier ont quitté les bords de la rivière pour rejoindre le plateau où va être construite l’école, grâce aux 10 temporaires recrutés au jour le jour pour cela. Le problème qui demeure est le suivant : ceux qui ont préparé les tas de gravier et de sable ont toujours comme projet dans leur tête de me les vendre. Vraiment, je ne comprends pas cette réaction, et suis un peu découragé par ce comportement. Verser 2000 francs par jour et par temporaire, ça me parait normal, vu le type de travail non-stop. Et puis c’est ainsi qu’on s’est entendu avec l’APE. Mais payer les tas de cailloux, de sable et de gravier, jamais il n’en a été question. Ceux qui y ont travaillé ont déjà reçu de ma part un cadeau de 20.000 francs, ce que je juge être déjà beaucoup. Bien entendu, si j’avais davantage, je donnerais davantage, peut-être. Mais je suis mal à l’aise face à la pression qu’ils exercent sur moi ; j’avais d’ailleurs décidé ces jours-ci de ne plus me rendre à Kono, mais je remettais l’enveloppe destinée aux temporaires, au chauffeur du camion qui faisait les trajets depuis Zacko chaque matin. Ils sont donc venus hier samedi en nombre, afin de réclamer l’argent de l’achat du sable, des cailloux, et du gravier. On est resté pendant près de deux heures sous l’arbre, mais ce fut un dialogue de sourds. Ce sont les mêmes qui, il y a plus d’un an, ont lancé des réunions de mobilisation de la population de leur village au sujet de l’école, et qui se sont engagés à réunir les agrégats pour l’école de leurs enfants, qui aujourd’hui font le siège devant ma porte. Un des gars a même expliqué qu’à cause de ce travail, il avait abandonné son champ pour cette année. Dans deux mois, lorsque lui et sa famille seront dans la misère, ce sera donc de ma faute !!?? Jamais je n’ai pu formuler de tels projets ; laisser son champ qui produit toute l’année pour extraire du sable pendant trois semaines … que dire encore ? Le camion de matériaux est presque en route, il a va quitter Bangui demain lundi, si tout va bien. J’appelle Aubin régulièrement pour avoir des nouvelles. C’est d’ailleurs lui qui vient de m’envoyer un SMS pour m’annoncer que Clermont-Auvergne, l’ASM pour les intimes et les vrais fans du rugby, est champion de France !!! Enfin !!! Dommage que je ne sois pas de la fête !

Avant-hier, la pleine lune nous a gâtés : assis vers l’église, le nez rivé sur le drap blanc attaché sur le mur, des dizaines de jeunes, d’enfants et d’adultes ont assisté à la projection d’un des films retraçant la vie de Jésus. Le vidéoprojecteur permet de passer ainsi de bonnes soirées. Au fur et à mesure de l’avancée du film, ceux qui saisissent rapidement le français expliquent aux autres, et puis il y a ceux qui reconnaissent les épisodes qu’ils ont appris à connaitre au catéchisme. Il y a donc un petit brouhaha permanent, qui ne gêne pas vraiment le déroulement du film. Et puis il y a ceux qui prennent parti, insultant copieusement les Pharisiens et autres Grands-Prêtres condamnant Jésus. Intérieurement, je ris.

19h45 : je sors de table et achève ma prose pour aujourd’hui par ce clin d’œil de joie simple : la pluie ayant cessé, les termites volantes se sont précipitées hors de leur trou ; attirées par la lumière des lampes extérieures, ce sont des dizaines de milliers qui se sont mises à danser sur les terrasses avant et arrière. En moins de 30 minutes, on en avait ramassé trois seaux archi pleins débordants, et les trois enfants arrivés tardivement ont pu facilement remplir leurs sacs en plastique. Qu’est ce qui les attend, ces termites ? Et bien certaines vont être dégustées directement (bon, moi, ça je suis pas fan), d’autres vont être grillées à la poêle au sel, d’autres écrasées après avoir séché au soleil, et ainsi transformées en pâte de termite (c’est ce que je préfère, étalé sur du pain ou dégusté avec une banane), ce qui s’apparente de loin, mais alors de très loin, à la pâte d’arachide communément appelée en Europe Peanuts Butter. Enfin, on retrouve les termites grillées et broyées dans des galettes de courge. Les propositions culinaires sont vastes. Dès demain, de nouveaux plats feront leur apparition sur notre table déjà bien garnie.

 

MERCREDI 9 JUIN

 

C’est depuis Bakouma que je rédige ces lignes avant de les envoyer. Ces jours derniers ont été non-stop, et j’aspire à du repos, mais ce n’est pas au programme, puisque l’équipe des maçons chargée de construire l’école de Kono vient d’arriver à Bakouma, et attend le camion d’Azize pour monter sur le chantier. Il y a donc du travail en perspective pour la mise en place du chantier, le logement des ouvriers, les lieux de stockage du matériel.

Ces jours-ci à Zacko, travaux en tous genres, notamment la fosse des eaux usées de la cuisine, creusée par les collégiens, et le suivi de la construction du bâtiment du groupe électrogène. Dans le même temps, je rends service aux chefs de village, et à divers responsables de groupements associatifs, dans la rédaction des statuts et du règlement intérieur de leur association. Ils me présentent leurs documents, je les retravaille et les tape à l’ordi, afin de leur en remettre une copie propre. Cela leur permettra d’obtenir des subventions de la FAC, la Fédération des Associations de Centrafrique ; le but est de soutenir des petits projets locaux, d’une part par des dons, et d’autre part par des aides remboursables. Tout ceci est lié au Ministère du développement. Espérons une suite favorable à ces projets qui fleurissent dans la région. Pour moi, c’est l’occasion de rencontrer des gens jusque là inconnus, hommes et femmes de Zacko résidant de tel quartier, de tel village, engagés dans telle religion. Tous désireux de voir se réaliser les projets qu’ils montent. Du côté d’ASKANGBA, on est d’ailleurs toujours à la poursuite de la pisciculture. Mais en cette période de pluies propices aux plantations, pas facile de trouver des volontaires pour finir le travail. L’eau monte aussi dans le coin des bassins, je crains qu’on ait accumulé du retard. L’AG ordinaire du 31 mai puis l’extraordinaire de vendredi 4 juin ne m’ont pas permis de trouver ensemble les solutions rapides pour ces bassins. J’espère un sursaut des membres, ce qui serait le signe qu’on porte bien tous le projet. Côté fête par contre, on n’est pas en retard : le 13, c’est celle des Pères, et on a prévu un grand match de foot entre nous, équipe A contre B, afin de réjouir tout le monde. On  terminera à la maison autour d’une marmite de bouillie de riz, d’arachides, de sucre et de lait, agrémentée de gâteaux en tout genre. J’ai remis pour l’occasion un nouveau ballon de foot arrivé tout droit de France grâce aux conteneurs. Les joueurs, et même les autres membres, étaient ravis ; celui remis il y a presque un an est vraiment fatigué.

Jeudi après-midi, je me suis offert une expédition individuelle à VTT jusqu’à Ngbali. C’est un ensemble de maisons et de champs de tailles diverses, situé à 14 km de Zacko, plein Ouest. J’avais souvent entendu parler de ce coin de Ngbali, il me tardait de m’y rendre. Je me suis fait plaisir à circuler sur ces étroits sentiers qui disparaissent par endroit sous les herbes hautes qui profitent de la pluie pour croitre à toute vitesse. Au milieu du champ de maïs, de manioc, d’arachide, de potiron, de patates douces, on trouve la maison. Parfois bien bâtie en briques, parfois simple hangar auquel le propriétaire a coupé un peu de ces herbes hautes en guise de mur, la dite maison est habitée. Les gens s’y rendent souvent du lundi au vendredi, finissant la semaine au centre, les activités religieuses étant nombreuses les samedis et dimanches. Et c’est aussi l’occasion de vendre tel produit que la terre a mené à maturité. D’autres cultivateurs utilisent la maison comme cabanon de matériel, et lieu de repli en cas de pluie ; ils se rendent donc chaque jour sur place. Dès avant l’aube, ils sont en route, et regagnent Zacko à la nuit tombante. Ceux-là rapportent quelques produits à consommer ou à vendre, dont le fameux fagot, le bois nécessaire à la cuisine. En partant vers Ngbali, j’ai croisé surtout des gens qui étaient à l’ouvrage dans leurs champs ; brèves salutations, et étonnement non dissimulé des cultivateurs. « C’est l’abbé ? Qu’est ce que tu fais là ? » « Je me promène ! » Chose inconcevable pour un local normalement constitué. Arrivé à Ngbali – Centre, c'est-à-dire là où réside le chef (en fait, y a 3 maisons à cet endroit) j’ai salué les gens qui rentraient de leurs champs. On a parlé de tous ces cultivateurs disséminés dans cette zone propice à la culture des produits de tous les jours. Il y a même un peu d’or au fond des ruisseaux (comme dit la chanson), et certains s’adonnent à ce travail. Soit dit en passant, la hausse du dollar profite à la région : le gramme d’or est monté à 13.000 francs, soit quasiment 20€. De quoi mettre … de la pâte d’arachide dans les feuilles de manioc !!! À mon retour sur Zacko, en cette fin de journée, j’ai doublé pas mal de gens revenant eux aussi au centre. Les cuvettes chargées de manioc, bien entendu, mais aussi d’ananas, puisque la saison bat son plein. Salutations, courts échanges, petites blagues et chacun poursuit sa route à son rythme. En entrant en ville, je me suis arrêté chez Clémence, cette femme atteinte de la lèpre que j’avais accompagnée à Bangondé, et qui est rentrée avec moi depuis Noël, après un an de soins. J’ai partagé le petit régime de 6 bananes plantains que m’avait offert une voisine de la paroisse qui est dans ses champs depuis près d’un mois. Clémence était heureuse de me recevoir devant sa petite maison. Je suis rentré chez moi, ravi de cette courte expédition.

Ce qui me sidère toujours, c’est le nombre de kilomètres que font chaque jour les gens sur ces pistes. Des vieux ou des jeunes, et même les enfants. Les bras encombrés ou la tête portant la bassine chargée de tant de choses. Chaque jour, quitter la maison dès l’aurore, puis revenir à la nuit. Chaque jour aller semer, planter, cueillir, ramasser. C’est ainsi à chaque saison des pluies, et cela depuis des centaines d’années.

Fin de semaine à Kpangou, pour une rencontre avec les villageois, tout spécialement la communauté catholique. J’ai quitté Zacko à 10h, après la pluie de la nuit qui tardait à s’apaiser. Et j’ai retrouvé la fine bruine quelques kilomètres plus loin, elle qui ne m’a pas lâché jusqu’à destination ! Autant vous dire que j’étais couvert de boue, des pieds à la tête. A mon arrivée dans le village, grosse surprise : on compte environ 200 habitants, enfants compris. Et là, pas moins de 20 hommes de tous âges, complètement ivres. Je peux vous assurer que ça surprend. Un samedi, vers midi. Mais que s’est-il passé ? Et bien, deux jours auparavant, un diamant de belle taille est sorti. 10 carats environ. Les heureux bénéficiaires d’une partie de la valeur on payé un coup à leurs copains, et à eux-mêmes. En fait d’un coup, c’était plusieurs dizaines de litres de nguli, cet alcool très fort à base de manioc bouilli, qui ont été servis. J’ai commencé à être très inquiet pour mes paroissiens avec qui je venais travailler. Chance, un seul conseiller sur les 8 participait à l’agape. On a donc fait vers 15h30 la réunion mise au point comme prévu ? Ouf ! Mais toute la journée, à intervalles d’environ 45 minutes, le même type passait devant la maison, un énorme poste radio collé à l’oreille qui hurlait des chansons de groupes Centros. Au fur et à mesure que le temps s’écoulait, et malgré les haltes régulières pour refaire le plein aux points de distribution de nguli, il perdait en énergie et marchait moins vite, de même que les piles du poste ! La nuit a été calme, même si d’inévitables petites bagarres ont eu lieu, ça et là, rapidement apaisées par les non-imbibés. C’est dans ce contexte là que, dans l’après-midi, j’ai administré le sacrement des malades à Jean-Pierre. Je l’ai connu à Mbago, d’où il a été amené il y a quelques jours, son état ayant soudainement empiré. Certains proches m’ont expliqué qu’il a été empoisonné, d’autres qu’il a fait des cultes aux dieux de la forêt (il est chasseur) et que ça lui est retombé dessus. Moi, celui que j’ai rencontré sur son lit de souffrance est malade du SIDA, ça ne fait aucun doute. D’ailleurs les symptômes décrits par les proches confirment cette analyse. On a prié tous les deux d’abord, puis avec plusieurs membres de la communauté catholique. Le lendemain dimanche, j’avais prévu de lui porter la communion après la messe, mais son état avait empiré ; il ne parlait plus, ne bougeait pratiquement plus. Ils sont nombreux ici, les gens atteints du SIDA ; mais si peu osent faire le dépistage, pourtant accessible à Bakouma. Le faisant alors qu’ils sont en bonne santé et que donc la maladie ne s’est pas encore développée, on peut les soigner préventivement. C’est ce qui se fait au Bon Samaritain de Bangondé – Bangassou. Mais la peur de connaitre la vérité freine tant les adultes. Il faut dire que, dans certaines familles, la personne qu’on sait atteinte du SIDA est purement et simplement exclue. Elle doit vivre ailleurs, et ne met plus la main dans le repas commun. On la sert à part. Le SIDA fait peur, et à juste titre. Mais la prévention en est ici à ses balbutiements. Eloignement des grands centres, difficulté d’accès, manques de moyens au plan national pour rejoindre ces zones-là. Ceux qui se savent malades, quand ils acceptent les conseils des médecins et les traitements aux ARV, vivent bien ; rien n’y parait. Mais ils sont rares. Pour le moment. Jean-Pierre n’aura pas eu la chance de rencontrer les bonnes personnes au bon moment. Espérons en demain, pour tant d’autres.

A Kpangou, la communauté est dans une phase un peu délicate. Le catéchiste titulaire a déclaré démissionner. Mais ce n’est pas plus clair pour moi après mon séjour qu’avant mon arrivée. Quelles sont les vraies raisons ? Que s’est-il passé entre telle et telle personne, Je patiente afin d’espérer mieux comprendre.

De retour lundi à 11h, je me suis reposé après le déjeuner, et ai pris la route pour Bakouma hier mardi, en début d’après-midi.

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 15:25

 

 

 

 

 

Michel, de passage à Bakouma, nous a fait parvenir la suite de son carnet de bord hier soir.  C'est le trente et unième  chapitre!

Nous vous laissons le découvrir...

 

Tout va bien, il rentrait de Niakari  et sera de retour à Zacko aujourd'hui, en convoi avec l'abbé Joseph qui est l'aumonier des jeunes et qui vient faire une formation auprès des responsables des mouvements de jeunes.

Bonne nouvelle enfin : le 2è conteneur parti fin novembre d'Espagne vient d'arriver et les raccords des tuyaux d'eau ont été retrouvés, cachés dans un placard de l'orphelinat!!

Si ce n'est déjà fait, vous pouvez toujours écouter l'interview de Michel au sujet de la LRA. Michel a en effet témoigné vendredi 26 mars sur RADIO VATICAN et vous pouvez l'écouter sans problème depuis le blog. Il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous:


link

Cliquez ensuite dans le petit carré rouge de gauche

   

 

 

 

CARNET DE BORD, chapitre 32

 

  Qu’il est difficile en ce moment de me poser devant mon ordi, de me pauser, de faire une pause. Je m’interroge pour savoir pourquoi cette période est plus occupée que d’autres ; difficile de répondre avec précision. Les allers et retours en voiture sur Bakouma ou Bangassou, les visites aux communautés des chapelles de la paroisse, les rendez-vous qui se succèdent, les chantiers à suivre, à relancer, autant d’activités passionnantes et aussi accaparantes. Et puis tous ces moments passés à parler avec les gens de la vie quotidienne, du pays, de l’avenir. La situation est précaire ici, en ce qui concerne la paix. Chaque semaine nous viennent de tristes nouvelles de nos frères vivant dans l’Est du pays. Les Tongo Tongo sont toujours présents, toujours plus nombreux, toujours plus violents. Ces derniers temps, les rebelles de la LRA s’en sont pris à des véhicules petits ou gros circulant sur l’axe Bangassou – Obo. Des attaques que j’ose qualifier de gratuites parfois. Un camion vide a ainsi été attaqué mercredi 5 mai à coup de Kalachnikov à 12 km de Rafai, alors qu’il regagnait Bangui après avoir déchargé son contenu à Obo. Bilan : 2 morts. Quelques jours plus tôt, c’est le village de Kitessa, à 45 km à l’Est de Zémio, qui a été la proie de ces rebelles qui viennent de la RDC, franchissant le fleuve Mbomou dont le niveau est au plus bas en cette fin de saison sèche. Nombre de rebelles de la LRA traversent ainsi la frontière pour se rendre dans le centre-Est du pays, dans cette zone inhabitée qui n’est qu’à peine à 100 km à l’Est de Zacko et Yalinga. On sait ici qu’ils sont toujours plus nombreux, toujours plus dangereux. Chaque jour au cours de la messe, je prie pour la paix, en communion avec ceux qui souffrent, avec ceux qui luttent, avec ceux qui cherchent la paix, qu’ils soient les plus humbles ou les dirigeants du pays. J’ai reçu par le Net un article publié mi-avril dans Le Figaro, provenant du New-York Times, et qui présente la situation que nous vivons ici ; j’ai soupiré de soulagement en pensant que l’info sur cette guerre silencieuse continuait à circuler.

Autre nouvelle : les agents du recensement ont sillonné le pays afin de mettre à jour les listes électorales permettant d’organiser les prochaines élections présidentielles et législatives. Un travail de fourmi, dans un pays où les possesseurs de cartes d’identité sont très rares, et où une partie des naissances n’est jamais portée sur les registres d’état civil. Les agents sont des gens recrutés sur place, se sont des enseignants, des responsables d’Eglises, toujours des gens lettrés, qui maitrisent l’art de l’écriture ; je dis cela parce transcrire à l’écrit un nom d’origine Banda, l’ethnie majoritaire ici, ce n’est pas donné à tout le monde ! Leurs feuillets remplis, ils les ont envoyés à Bangassou, et dans un délai plus ou moins proche, on recevra les cartes d’électeur. La date des élections a été une nouvelle fois repoussée. Cela pour permettre à tous les candidats aux présidentielles de réunir les conditions nécessaires à leur présentation devant le peuple. Aucune nouvelle quant à la date. En attendant, le débat local est surtout focalisé sur les candidats à la députation. Ils sont nombreux, trop nombreux, il n’y a en effet qu’un siège à pourvoir pour tout le territoire de la sous-préfecture de Bakouma. Or, 5 partis présentent leurs candidats, et certains candidats, déboutés par leur parti, se présentent en indépendant. Impossible de dire le nombre exact de candidats, entre ceux qui se retirent, ceux qu’on retire de force, ceux qui s’ajoutent. Le suppléant d’un candidat indépendant habitant ici est en train de constituer son dossier, je l’aide un peu en faisant les photocopies nécessaires à la Préfecture de Bangassou. Lui qui est plutôt ce qu’on appelle ici sans aspect péjoratif un évolué se désole de l’illettrisme de tant d’électeurs, avec lesquels il trouve qu’il est vraiment difficile de réfléchir, de parler réalités du présent, avenir du pays, de la région.

Nouvelles du ciel : on est entré dans la saison des pluies. Il pleut. Oh ! Pas beaucoup, mais assez violemment parfois, ce qui creuse les fossés (qu’on appelle ici canal, quelque soit le nombre, d’ailleurs). Les pluies plus fines et longues sont de vraies bénédictions pour les agriculteurs qui plantent les cacahuètes, le manioc, le maïs, les courges. C’est la fin de la saison des papayes, c’est le début de celle des concombres, de l’igname, du gombo qui est une plante dont on fait les sauces. Dès l’aurore, des hommes seuls, des femmes seules, des couples, parfois des familles entières se rendent au champ. C’est plus ou moins près de leur maison : quelques centaines de mètres à plusieurs kilomètres, là où la terre noire et légèrement sableuse donnera de bons résultats. A la tombée de la nuit, tout ce petit monde regagne Zacko en rangs serrés, portant sur la tête, qui des fagots de bois pour la cuisine, qui une bassine qui peut contenir les premiers épis de maïs, du manioc, ou simplement la houe et la machette, l’outil vraiment indispensable par la polyvalence de son utilisation. La pluie qui tombe apporte la fraicheur bienvenue dans les maisons surchauffées par le soleil. Le taux d’humidité dans l’air augmente sans aucun doute sensiblement, parce qu’on commence à transpirer avant même d’avoir commencé à travailler. La pluie engendre aussi une habituelle désorganisation des institutions, notamment du côté de l’enseignement : s’il pleut en fin de nuit ou en tout début de matinée, pas la peine de vous précipiter à l’école, vous êtes sûrs de vous retrouver très seul, et d’arriver avant les enseignants ! Il en est de même pour les réunions programmées à la paroisse ou dans les quartiers : impossible de savoir si on sera deux ou quasi au complet ! Moi, j’y vais … sans me presser.

Nouvelles de l’économie nationale : les produits pétroliers ont encore augmenté à la pompe. + 50 francs pour le gasoil, ce qui l’amène à 800 francs le litre, soit 1€22. Même augmentation du prix du litre de pétrole (+ 20 francs à 600 F) et celui de l’essence (+ 45 francs à 825 F). C’est énorme, vu le coût de la vie ici.

 

 

Mardi 11 mai 2010

 

  Voilà une matinée qui s’ouvre calmement, et j’espère que ça va durer. Il est 9h. Serge, un jeune de Zacko élève à Bangassou, vient à l’instant de m’appeler ; il souhaite savoir quand est ce que je me rendrai là-bas. Lui et tous ses congénères (et ils sont nombreux !) dont impatients de me voir arriver. L’unique raison : rentrer à Zacko au plus vite. En effet, au lycée d’état comme au collège catholique, l’école est finie. Déjà. Pour quelles raisons ??? L’une d’elle est (ou était) la toute proche date des élections. Mais comme c’est repoussé, cette raison-là n’est plus valable. Seulement, ils ont organisé les programmes en conséquence. Tout remettre à plat semblait un peu compliqué. Côté collège catholique, on va en rester là cette année pour une autre raison, économique celle-là : le problème des salaires. Parmi les enseignants, il s’en trouve un bon nombre qui sont vacataires, et donc payés à l’heure (1500 F). Plus le collège ferme tôt, plus on fait d’économies. C’est dommage, mais comment faire autrement ? On veut à tout prix éviter des frais de scolarité qui soient exorbitants. Côté état comme catholique, il semble que tous les profs ont bouclé à temps les programmes. Les vacances des élèves vont être longues ! La rentrée est prévue pour la mi-septembre. Hier soir, les résidents de la maison Saint-Michel m’ont appelés au sujet de leur estomac : ça fera un mois demain qu’ils sont revenus à Bangassou. Plus de sous dans la caisse ! J’ai appelé le séminariste-stagiaire Eugène afin qu’il avance la somme de 10.000 F, en attendant mon arrivée.

  Des nouvelles de l’école de Kono : ça bouge à Bangui, puisque le cabinet d’architectes est en train de réunir les matériaux nécessaires à la construction du bâtiment (ciment, portes, tôles, fer à béton …). Et ça bouge ici, puisque le camion d’Azize a commencé ses rotations. Hier lundi, il a fait 6 voyages afin d’acheminer une partie des 10.000 briques nécessaires au bâtiment. J’ai passé la journée aux côtés des 12 personnes engagées pour charger et décharger le vieux Mercedes. Charger, décharger, mais aussi pousser, le démarreur étant défaillant depuis longtemps. Pousser un véhicule de cette taille quand il est vide, c’est déjà sportif ; alors quand il est plein et que le four des briques a été réalisé sur terrain plat … ! Aujourd’hui, ils doivent terminer le transport des briques, et poursuivre demain avec celui du sable et du gravier qui a été extrait dans la forêt, à l’emplacement d’anciennes mines de diamant exploitées autrefois par les Français. Le travail sera compliqué, parce qu’il faudra charger puis décharger à la main, le camion n’étant pas équipé d’une benne. Chaque voyage coute 20.000 F que je verse au propriétaire ; chaque personne travaillant au chargement et déchargement reçoit 2.000 F pour la journée. Ça finit par faire de grosses sommes. Il faut tenir le budget prévisionnel établi par les archis Aubin et Ferrier. Et ce n’est pas facile, d’autant plus qu’il faudrait que je sois présent en permanence là-bas, ce qui est impossible compte tenu du travail à faire par ailleurs.

Ces trois derniers jours justement, deux jeunes sont venus parfaire la tranchée destinée à recevoir le tuyau d’eau permettant l’alimentation du bloc opératoire et de la maison. Ainsi le moment venu, tout sera prêt dans la concession. Il va falloir que je vérifie la tranchée d’1km500 qui serpente dans la forêt, afin de voir les endroits déjà OK et ceux qu’il faudra encore approfondir.

Tout cela est passionnant, bien entendu. Et ça fait partie de mon travail. Mais je manque de temps pour me détendre, et je n’ai surtout pas assez de temps à consacrer au travail de l’homélie, de la formation. Or ça aussi, ça n’arrête pas. Que ce soit au centre ou dans les chapelles, les attentes sont immenses. Ludovic rentre d’une tournée à VTT à Mbago et Kpangou ; il a passé du temps dans ces deux petites communautés, à écouter, enseigner, partager. C’était sa première visite dans ces deux villages. A Kpangou, les tensions entre les paroissiens sont importantes : le catéchiste titulaire a démissionné il y a deux semaines (je n’avais pas été averti), et le président du Conseil de la communauté se plaint que plus rien ne marche. Le catéchiste en second devient de fait titulaire, ce qui permet à la communauté de poursuivre sa route. Mais il y a sans doute d’autres aspects à prendre en compte, et qu’il me faudra saisir, lors d’une prochaine tournée là-bas.

 

Le 1er mai ici, pas de manif dans les rues, pas de revendications exprimées sur des pancartes ou des tracts, mais une journée un peu différente, puisque ASKANGBA a proposé un super-match à la population de Zacko. Equipe A contre équipe B. le match, très serré, comme d’hab, s’est soldé par un nul de 1 – 1. J’ai joué les deux mi-temps, étant (parait-il !) irremplaçable à mon poste d’arrière gauche. La pluie du matin avait rafraichi l’air, le chaud soleil de l’après-midi a fait rejaillir du sol toute cette humidité. Il faisait hyper-moite. C’était terrible, heureusement qu’Aristide gardait précieusement sur son dos mon sac contenant ma gourde. A la fin du match, salutations et échanges avec tout un tas de gens, dont les joueurs membres d’ASKANGBA. On s’est retrouvés nombreux le soir chez le Vice-président Gervais, qui est Adjoint au Commandant de Brigade (CBA). Le repas fut excellent, la musique pas trop forte. C’est en regardant les vidéos des chanteurs Centros (= Centrafricains) que je me suis rendu compte qu’aucun ne chante : ils hurlent en permanence, que ce soit en Français, en Sango, en Banda … Le rythme musical est bon, le texte aussi, plein d’humour, parfois de franche vérité sur la vie quotidienne ou la situation du pays ; il reste à revoir la tonalité !

 

Le dimanche 2 mai à Bamara fut une belle fête : l’affluence était telle qu’avant le début de la messe, le catéchiste en second Joseph est venu m’interrompre dans mon rôle de confesseur, pour me demander si on ne ferait pas mieux de célébrer dehors. Quelle heureuse idée ! D’abord à cause de la foule : outre Bamara, tout Yanguhoda et tout Yanguchi était là. Ensuite parce qu’il ne faisait pas trop chaud, le ciel couvert et le vent frais rendant cette matinée bien agréable. Enfin parce qu’il y avait 11 jeunes et adultes recevant le baptême et la première communion, + 6 autres baptisés dans leur enfance ou venant d’une Eglise protestante, et recevant ce deuxième sacrement. Et j’ai eu aussi la joie de célébrer deux mariages : celui du catéchiste Augustin et de sa femme Florence, et celui de Jean-Paul et Anastasie, qui recevaient aussi le baptême. Célébrer dehors, c’est aussi un témoignage pour ceux qui ne sont pas catholiques : plusieurs personnes sortant de l’église Baptiste sont arrivés en courant afin d’assister à la messe ; et il en est de même pour des gens rentrant du chantier d’or tout proche (même ici, y a l’problème du travail du dimanche !). 3 heures à l’ombre de l’arbre qui borde la petite église. La messe fut belle, festive et priante, avec de vrais beaux moments de silence. Ensuite, temps d’échange avec des gens très divers, pendant que les batteurs tapaient de toutes leurs forces sur les tambours autour desquels se pressaient petits et grands, dansant sur les rythmes saccadés développés par les tambours et mêlés aux chants traditionnels. Repas au frais dans la maison des prêtres, puis retour à Zacko … à pied. 18 km en cet après-midi où soleil rythmait avec chaleur. En effet ce matin-là, comme il y a avait la fête à Bamara, je décidai de prendre la voiture, afin d’amener quelques servants (dont l’un deux serait le photographe), quelques chefs de chorale venus renforcer celle de la communauté, le catéchiste Jérôme afin qu’il participe au mariage de son collègue. En voilà qu’à l’entrée de Yanguhoda, une fumée blanche s’est mise à sortir du moteur. Je me suis immédiatement arrêté, ai ouvert le capot, et n’ai pu que constater les dégâts : le socle de fixation de la batterie s’était cassé ; vieillerie + secousses incessantes ont eu raison de la pièce de métal; les fils électriques étaient en train de fondre, certaines pièces de métal étaient rouge vif, le liquide d’embrayage bouillait dans son petit réservoir. J’ai pu rapidement défaire les cosses de la batterie, (je ne les sers jamais trop, heureusement !). Et je décidai qu’on en resterait là pour aujourd’hui ; il était 7h15, tous les passagers et moi avions le temps de parcourir à pied les 5 derniers kilomètres. On s’est rapidement mis en route, et comme on a coupé par la forêt, on a mis à peine 45 minutes. De retour à  pied à Zacko à la nuit tombante (il était 17h30), je suis passé par chez le collecteur Abouna afin de rencontrer son mécano. On s’est entendu pour que, dès 8h le lendemain, on se rende ensemble à Yanguhoda, soit pour réparer sur place, soit pour tirer ma voiture. 8h le lundi au marché, je trouvai Jean-Jacques, surnommé Chapelet, le mécano d’Abderrahmane, un autre collecteur. Je l’ai embarqué dans la voiture d’Abouna et arrivés sur place, il a suivi du regard tous les câbles, et après quelques bidouillages et autres bricolages, à coup de scotch et de boulons déplacés d’un autre endroit du moteur vers celui de la batterie (oui, y a des boulons qui servent à rien dans un moteur !), Chapelet a tourné la clé de contact, et le moteur a démarré du premier coup. Singila na Nzapa ! On est rentré en convoi à Zacko, j’ai chaleureusement remercié les gars, et me suis préparé pour prendre avec Ludo la direction de Bakouma. Là-bas, la fête nous attendait : le Premier mai, fête internationale du Travail, ici reportée au 4 mai.

 

 

Vendredi 14 mai 2010

 

  La fête à Bakouma fut belle ! Arrivé en fin d’après-midi lundi 3 mai, avec à mon bord Ludo et trois chefs Bororos (les éleveurs de vaches) qui avaient raté le départ du camion affrété par le Sous-préfet afin de faciliter la venue à Bakouma des personnalités de Zacko, je me suis mis en relation avec le patron du poste à soudure. C’est ainsi que le mardi en début de matinée, j’ai pu faire ressouder le socle de la batterie, et poursuivre moi-même la réparation de ce qui avait été détérioré. Vers 10h, les abbés Max, Gaétan et moi, les stagiaires Fulbert et Ludovic prenaient ensemble la direction de la Sous-préfecture. Nous avons assisté au défilé des groupements professionnels ainsi que des autorités exerçant leur activité sur le territoire de la Sous-préfecture, territoire qui, je le rappelle, correspond exactement à celui de la mairie. Nous avons eu l’honneur de recevoir 3 ministres du gouvernement : le Ministre résidant, c'est-à-dire celui qui, dans le gouvernement, veille à ce qui se passe dans le Préfecture du Mbomou ; le Ministre du Travail ; le Ministre des Mines et de l’Hydraulique Dutingaï. Ce dernier a prononcé un discours motivant tous les habitants à retrousser leurs manches, que ce soit dans les champs ou sur les bancs de l’école. Bien entendu, la croissance de l’engagement d’AREVA est au cœur de ces propos ; il faut que jeunes et adultes d’ici soient les premiers à être embauchés, ou à pouvoir fournir à la société ce qu’elle a besoin, surtout en terme de nourriture. S’en est suivi la signature de 4 accords entre les autorités centrafricaines et la société AREVA concernant 4 volets distincts : la construction d’une plateforme de sport, celle d’une bibliothèque et salle polyvalente, la réalisation d’un hôpital (je me permets d’ajouter « digne de ce nom »), et enfin la mise en route de l’alphabétisation d’adultes, sous l’égide des Sœurs Franciscaines de Bakouma. Après avoir paraphé les documents, les personnalités du pays et celles d’AREVA, suivies de près par des centaines de curieux dont j’étais, se sont rendues sur les différents lieux d’implantation des constructions, afin de les découvrir et même d’y poser la première pierre. Le officiels de Zacko ont été reçus à la résidence du Sous-préfet pour un bon repas –au dire des convives-, puis il y a eu les matchs de foot après la courte pluie de début d’après-midi. Moi, et bien j’ai dormi un long moment. La fatigue de ces derniers jours, entre match de foot, mécanique et marche à pied. Vers 19h, Gaétan et moi, les deux curés catholiques travaillant dans la commune de Bakouma, nous nous sommes rendus au diner offert par la société AREVA ; j’ai eu du plaisir à échanger avec Henri ; cela faisait un moment qu’on ne s’était pas rencontrés. Et puis il y avait des personnalités de la région, assis autour de cette grande table, et on a parlé longuement ensemble de tout un tas de choses, c’était un moment très sympa.

Le lendemain en fin de matinée, j’ai repris la direction de la maison avec Ludovic et les chefs Bororos ainsi que d’autres chefs de Zacko, pressés de rentrer, Le camion d’Azize ne quittant que le lendemain. C’est avec lui que j’ai négocié le transport des matériaux de construction nécessaires à l’école de Kono. Ces jours-ci, j’y ai consacré énormément de temps, et ce n’est pas fini !

 

  Mardi 18 mai 2010

 

Je suis arrivé hier lundi à Bangassou. Je peux enfin faire avancer quelques dossiers techniques nécessitant une rencontre avec Monseigneur Aguirre. Ce fut fait ce matin avant le déjeuner, et ça c’est poursuivi après, les sujets demandant qu’on s’y arrête longuement. Premier sujet, le bloc opératoire. L’adduction d’eau, évidemment, et la mobilisation des habitants pour cela, mais surtout le bâtiment du groupe électrogène, la venue du maçon, le transport jusqu’à destination du matériel prévu ; autant de sous-chapitres à ne pas négliger, si on veut que tout se passe pour le mieux. Plan et dossiers à l’appui, on a tous les deux fait le tour (j’espère !) de chaque aspect.

Autre sujet, celui de l’école de Kono. Les travaux n’ont pas commencé, mais ça ne devrait pas tarder maintenant, puisque des habitants chargent et déchargent le camion d’Azize des briques, des cailloux, du sable et du gravier nécessaires. Le hic, c’est le chauffeur. Pour un prétexte ou l’autre, il travaille lentement, exige que ne soient transportées que de petites quantités d’agrégat. Et hier matin, je traversai Kono afin d’atteindre Bangassou, et espérais bien trouver les gens au travail. Et bien ce n’était pas le cas, ledit chauffeur refusant de prendre la piste au bout de laquelle se trouve le sable, prétextant que la pluie tombée le samedi l’avait endommagée. Or je venais de parler avec son patron qui m’avait certifié le contraire. A la fois énervé et très triste, je n’ai pas rebroussé chemin pour alerter Azize, mais ai patienté jusqu’au soir. C’est depuis Bangassou que je l’ai joint au téléphone pour lui faire part du fond de ma pensée. Il s’est excusé et m’a assuré qu’il allait lui-même veiller au bon déroulement des choses en mon absence. Pas facile d’assurer le suivi d’un chantier quand on n’est pas sur place en permanence. Ces deux chantiers sont ma préoccupation principale pour les semaines qui viennent.

Autre sujet plus délicat, et plus confidentiel aussi, Monseigneur m’a partagé quelques éléments du déplacement de tous les évêques de RCA à Rome, convoqués par les responsables de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. La crise de l’Eglise en est la raison. 3 jours de rencontre, de débat, de mise au point, et à la sortie des décisions à mettre en application, et qui vont sans doute provoquer dans toute l’Eglise une « tornade », après les « orages » de cette année écoulée. Le retour de Rome étant tout frais, l’évêque se donne le temps avant de nous réunir au sein du Conseil des Consulteurs. Au programme, le retour à l’état laïc de certains prêtres, ce qui va être pour le moins diversement apprécié. Deuxième point, la réouverture du grand séminaire à partir de zéro ; en clair, chaque année verra s’ouvrir une année d’étude supplémentaire. Ceux qui sortiront prêtres dans 7 ans seront tout neufs, et « non-pollués » par leurs ainés séminaristes qui eux, vont achever leurs cycles d’étude au Cameroun. Pas de rencontre entre les séminaristes ayant débuté ces dernières années et ceux qui se préparent à commencer la formation. C’est ainsi que Rome prévoit les choses. Je m’interroge : est-ce ainsi qu’on va favoriser l’unité du clergé diocésain, et par là l’unité de l’Eglise en RCA ? Tous les grands séminaristes étudiant depuis plusieurs années ne seraient-ils pas dignes de confiance ? Remous en perspectives ! Plus que jamais, la place qu’occupe l’Esprit-Saint (en ces jours de Pentecôte, comment ne pas y penser ?) doit guider la réflexion de chacun des acteurs de l’Eglise.

 

  A Zacko, je continue d’aménager le terrain, ou plutôt le sous-sol (!) afin de tout préparer pour recevoir le tuyau d’eau. Les raccords et coudes sont en nombre dans les cartons sortie du conteneur, mais pas les T. il me faut donc les fabriquer, afin de distribuer l’eau dans tous les lieux. Je découpe des coudes et les joins ; je pense que ça va tenir. Comme j’avais du temps à perdre (!), un jeune qui travaillait à creuser le fossé a percé le tuyau accédant à la fosse septique. Bilan de ce gros trou dans le gros tuyau : trois heures de travail pour réparer les dégâts. J’aurai sans doute une réunion samedi prochain 22 mai avec l’ensemble des chefs de quartier et les personnalités de la ville, afin de mobiliser les gens pour approfondir le canal destiné à recevoir le tuyau sur le kilomètre et demi qui traverse la forêt, depuis la source jusqu’au château d’eau.

A l’école, la réunion convoquée vendredi 14 par le chef de secteur primaire a mis l’accent sur les nombreuses lacunes des APE. Les enseignants se sont pleins, à juste titre, du manque de considération des membres des bureaux (il y en a deux, une pour le côté Filles, une pour Garçons). Je ne pouvais qu’aller dans leur sens, étant moi-même trésorier de l’école Garçons ; je n’ai pas reçu un franc depuis que je suis entré en fonction, le président de l’APE détournant tout au fur et à mesure. Or, il y a le salaire mensuel des maitres, dans ces fonds détournés. Et devinez qui était absent à cette réunion ???!!! Sans commentaires, pour le moment en tout cas.

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 15:20

 

CARNET DE BORD, chapitre 31

 

Mardi 20 avril

 

Les jours passent vite, vraiment !

Et les occupations ne manquent pas ! Il y a une semaine que je n’ai pu m’assoir à mon bureau. La venue de l’évêque, prévue de longue date, m’a accaparé. Mais avant qu’il ne vienne, j’étais donc à Yanguhoda le dimanche 11 avril dernier, afin de présider la messe des baptêmes et de premières communions de cette chapelle. Côté construction, les paroissiens du lieu ont tenu leur promesse, puisque la chapelle est recouverte d’un solide toit de paille. Le chœur est lui aussi protégé par des rouleaux de paille tressée, qui permettent de garder un peu de fraicheur, puisque ça crée un peu d’ombre. La vingtaine d’enfants, de jeunes et d’adultes baptisés ce jour-là avaient été accompagnés durant deux ans par le catéchiste Ferdinand, et au cours du carême par Ludovic, qui a séjourné plusieurs jours dans le village. Un village tout en paille, en feuilles de rônier, en baguettes de bois. Un village pourtant ancien, mais qui ressemble à une implantation récente. « Pas le temps de construire plus solide, abbé, on a trop de travail ! » expliquent les chercheurs d’or qui composent le gros de la population de Yanguhoda. Nous sommes en droit de nous poser la question de savoir ce qu’ils font avec l’argent qu’ils gagnent, puisque un gramme d’or est vendu 10 000 francs, soit 15€. Certains font quelques économies pour construire en dur à Zacko, à Bria ou ailleurs. D’autres achètent régulièrement de beaux vêtements. D’autres dépensent aussitôt ce qu’ils gagnent, en consommant des quantités d’alcool local. Du côté des catholiques, on n’échappe pas à cette diversité d’attitudes. Mais il y a une chose, c’est que quand il y a besoin de cotiser pour telle chose, type la formation du catéchiste, l’achat de matériel, la préparation d’un grand repas, que ce soit localement ou au niveau paroissial, les paroissiens de cette chapelle sont vraiment généreux ; et ça ne traine pas !

La messe s’est bien déroulée. Ce que j’ai trouvé très sympa, c’est que nombre de paroissiens de St-François de Bamara, « la mère » de Yanguhoda, sont venus accompagner leurs frères de St Benoit. Les chants, les gestes, les prières, l’homélie de Ludovic, tout s’est bien enchainé, et tous furent ravis. Les servants de Bamara se sont joints à Aristide, Crépin et Séverin qui sont venus en voiture avec Ludo, des choristes du centre et moi. Repas festif pour toute la communauté réunie en ce jour de fête. Mahamat a immortalisé la journée en faisant de belles photos de la célébration et de la suite ! De retour à la maison, repos, Fungu, film en soirée.

Lundi matin 12 avril, départ pour Bangassou avec les élèves résidant à la maison St-Michel, et d’autres jeunes de Zacko étudiant à Bangassou. A mon bord, il y a aussi le jeune Jospin (pas Lionel de France !) Je lui ai proposé de l’emmener afin que les médecins espagnols venus 3 semaines à Bangassou pour divers actes chirurgicaux vont l’opérer d’une hernie douloureuse ; dès qu’il fait un peu froid, dès qu’il pleut, il souffre terriblement. Alors, accompagné de son papa, il se rend au bloc opératoire de Bangondé afin de subir cette opération. Après avoir déposé les lycéens à la maison, je les ai donc conduits jusque là ; on y a retrouvé l’évêque venu voir le travail de ses compatriotes. Et puis sœur Marcella, médecin, qui coordonne ici les affaires concernant la venue de médecins en mission courte. Elle nous attendait, nous étions pile à l’heure. La visite auprès du chirurgien et de l’anesthésiste n’a duré que quelques minutes. « OK pour vendredi matin ! » m’a dit le chirurgien, dans un excellent français. (Je précise que certains médecins espagnols ne parlent pas un traitre mot de la langue de Molière, la communication est donc quasi impossible avec moi.) Internet jusqu’à la fermeture (18h) puis visite à la maison St-Michel avant de me reposer à la maison de la communauté des spiritains. Le père Théo étant seul en ces jours –le père René était à Bangui pour une session-, il était bien content d’avoir un compagnon avec qui partager le repas, ainsi que la prière du bréviaire, et aussi une bière sous le ciel étoilé.

Mardi matin, la voiture était au garage pour l’entretien, j’en ai profité pour aller encore sur le Net, puis pour faire des courses en ville. A la pompe, j’arrive pour chercher du pétrole destiné à notre frigidaire. Et là, le pompiste me répond qu’il y a du pétrole, mais le mécanisme de pompage est en panne. On ne peut donc servir personne. Un peu dépité, je pense à tous ceux qui utilisent quotidiennement ce produit pour s’éclairer dans la maison, et se sentir ainsi en sécurité malgré la nuit. Je repars avec mes jerricans vides, je croise des enfants portant en bandoulière leurs bouteilles plastiques de 1L1/2, désœuvrés. Dans une main, le précieux whisky, cette mignonette de 5 CL qui permet de doser le pétrole vendu aux particuliers, et versé directement dans la lampe. Ils n’ont plus rien n’à vendre, et perdent le moyen d’avoir ces quelques dizaines de francs par jour avec lesquels ils achètent de quoi manger, ou encore un Bic, un cahier. « On attend le mécanicien, il doit venir de Bangui, un de ces jours. » ça tient à pas grand-chose, le bon ou le mauvais fonctionnement de l’économie locale.

Je quitte Bangassou vers 14h, la voiture remplie des cartons de livres destinés à la bibliothèque, et arrivés par le conteneur. Dans le deuxième conteneur, il y a d’autres cartons, et aussi des outils et d’autres choses en provenance de Clermont et expédiées vers l’Espagne à la fin du mois de novembre dernier. Remplir un conteneur ou l’art d’anticiper ! En tout cas le deuxième conteneur parti de Cordoue (Cordoba) en même temps que le premier, n’est pas encore arrivé. En cause une panne sur la grue de chargement/déchargement des camions porte-conteneur à Bangui. Depuis un mois, on patiente. Comme tant d’autres. Ça tient à pas grand chose, le bon ou le … .

Soirée à Bakouma, et longue discussion avec Carlos au sujet de la sécurité dans la région. Il est clair que les Tongo-Tongo sont toujours présents dans la zone, et probablement plus nombreux qu’auparavant. Plusieurs groupes ont commis des exactions dans la région Rafai – Zemio, attaquant des villages mais aussi, c’est nouveau, pillant des véhicules, tuant des passagers. Ces groupes de la LRA viennent de RDC, et profitent du très bas niveau du fleuve Mbomou qui fait office de frontière entre les deux pays, pour traverser sans souci. De là, ils convergent vers le Nord, c'est-à-dire dans la zone qui est à l’Est du Mbari, à l’Est de Zacko, donc. C’est loin de chez nous, dans la forêt. Là où ils installent leurs camps, pas de population. Mais toute la question est celle du ravitaillement. Et là on se dit qu’ils sont vraiment très proches. Calme et vigilance sont les maitre-mots du quotidien ici. Mais en apparence seulement. Dimanche 18, l’évêque Jean-José Aguirre en a fait la triste expérience, ainsi que moi et d’autres : une des grosses batteries 120 ampères, sur laquelle les choristes branchent leurs instruments, a subitement éclaté (trop de charge, semble-t-il). Fort heureusement, le joueur de synthé, pourtant tout proche, n’a pas eu à subir de conséquences dramatiques, ses lunettes l’ayant protégé, et la batterie contenant de l’eau distillée. Mais debout à l’autel placé sous le gros arbre devant la maison, on a assisté impuissants à une gigantesque bousculade. Les centaines de paroissiens se sont levés et ont commencé à partir dans toutes directions. Les enfants qui tombaient étaient piétinés par les adultes, d’autres glissaient sur les bancs ; tous ou presque s’enfuirent du lieu de célébration. L’explosion, tout de même forte, a retenti dans toute la ville. J’ai appris dans l’après-midi que l’église baptiste s’est vidée de ses paroissiens en un temps record, et que le marché s’est vidé lui aussi en quelques secondes, et des petits malins ont profité de la confusion pour se servir largement. « Les Tongo-Tongo nous attaquent par l’église catholique ! » Un tel propos a semé la confusion partout dans le quartier. Il a fallu que ceux qui ont réagi sur le moment avec calme et sérénité, notamment les choristes, rappellent les paroissiens en fuite. Au bout de plusieurs minutes, le calme est revenu dans la concession. Les gens ont repris leur place, encore tout gênés de leur comportement. L’évêque a pu reprendre son homélie. Mais l’ombre de la LRA est bien présente ici, il a pu en faire l’expérience.

Mercredi 14 avril, journée de préparatifs de la venue de l’évêque : nettoyage dans les chambres, consignes à Roch pour une cuisine adaptée à l’évènement. Les servants d’autel, encore en vacances, ont donné un sacré coup de main, notamment en puisant l’eau nécessaire à la cuisine, la vaisselle, et la douche. On n’a toujours pas l’eau courante. Mais c’est, j’espère,  une question de semaines. J’ai déjà apporté ici la moitié de la canalisation qui se compose de tuyaux souples en rouleaux de 100 mètres. L’autre moitié attend à Bakouma. Les 2km nécessaires étaient dans le conteneur. Problème : où est passé le carton contenant les raccords ? Il a bien été mis dans ce conteneur, et déchargé à Bangassou. Mais où a-t-il été rangé ? La chasse là-bas est ouverte.

Jeudi 14h, Ludo et moi arrivons à Kono, première escale de Monseigneur Aguirre dans notre paroisse St-Joseph. Sur la route qui le conduit à Zacko, il fait ici une halte afin de rencontrer les confirmands de la chapelle St Emmanuel, qui recevront le sacrement dimanche à Zacko. C’est ce moment qu’a choisi Aubin l’architecte pour venir me voir afin de regarder le chantier de construction de l’école. J’avoue que j’ai été bien tiraillé tout ce temps, entre l’évêque qui me voulait à sa droite dans l’église et Aubin qui me voulait à sa gauche sur le terrain, afin de voir les aspects pratiques concernant la construction : lieu d’extraction du sable, du gravier ; moyen de transport des cailloux, de la latérite. Et avance de fonds pour lui permettre de commencer le travail de collecte des matériaux à acheter à Bangui. Au moment où il regagnait Bakouma, l’évêque remontait dans sa voiture et Barthélémy le chauffeur l’a conduit à Zacko. On a quitté après eux, mais ils nous attendu au sommet de la ville afin que nous arrivions les premiers à la maison. A leur tour, ils ont gravi la colline et garé le 4X4 devant la maison. Les salutations avec les conseillers furent brèves, la nuit étant déjà tombée sur la région.

La soirée citronnelle-sur-la-terrasse-au-frais-après-le-diner fut bien agréable à tous les trois !

Vendredi aux aurores, messe à laquelle beaucoup de paroissiens ont participé, afin de saluer ensuite l’évêque. Après le petit dèj, rencontre avec les confirmands et leurs parrains et marraines. Ça a duré toute la matinée, les jeunes et les adultes étant près de 50, et l’évêque tenant à avoir avec chacun un court dialogue. Il était plus de 11h quand chacun a regagné la maison, mais pour l’évêque, ce n’était pas encore le temps du repas et du repos : nombre de paroissiens voulant le saluer et échanger un instant avec lui. Enfin, vers 13h, on est passé à table ; la sieste fut de courte durée puisqu’à 14h30, Barthélémy m’a emmené avec « son patron » jusqu’à Bamara pour la troisième et dernière rencontre de confirmands prévue au programme. Arrivés vers 15h30, les 40 jeunes et adultes de Yanguhoda, Yanguchi et Bamara étaient au rendez-vous. La rencontre s’est déroulée comme celle du matin : rencontre avec chaque candidat puis dialogue avec tous. Retour à la nuit tombante, et fin de soirée dans les fauteuils, comme la veille. C’est bon d’avoir du temps pour converser calmement de tout et de rien.

Samedi 17, le grand jour pour les 3 chapelles de la route de Bria : la confirmation, célébrée à Yanguchi, dans la toute nouvelle et très vaste église. On a pris les deux 4X4 afin d’emmener des danseuses, des servants, des choristes, des conseillers. Arrivés à destination, Monseigneur Aguirre et moi avons accueilli en confession beaucoup de paroissiens, ce qui a duré près d’une heure et demie. Avant la célébration, Jules, le catéchiste, recevant lui aussi la confirmation, m’a servi un grand thé accompagné de pain provenant de Bamara. La messe s’est achevée vers 11h30 comme elle avait débuté : dans la joie, le recueillement, la prière. Les chants à l’Esprit-Saint ont amené l’assemblée à danser, à féliciter les confirmands au fur et à mesure de leur présentation à l’évêque qui les oignait avec le Saint-Chrême. Et dire qu’il y a un peu plus de 2 ans, il n’y avait pas de lieu de culte dans ce village ! Aujourd’hui la communauté catholique compte, dans ce village de 100 habitants, 11 couples mariés, 23 nouveaux confirmés, plus de 50 personnes admises à communier le dimanche. Il y a aussi des candidats au baptême, à la confirmation, au mariage. A Yanguhoda où j’étais dimanche 11 avril, c’est la même croissance. Et à Zacko, les 50 baptisés et communiants de Pâques ont fait grossir le rang des communiants du dimanche ; ça peut paraitre un détail, mais il faut prévoir presque partout une quantité d’hosties bien plus importante qu’avant les fêtes Pascales. Il ne s’agit pas d’être en rupture de stock, le point de vente le plus proche étant à 200 km, à la Cathédrale de Bangassou!

Après la messe, repas composé de boule de manioc, mais aussi de riz et de l’excellent ngunja, les fameuses feuilles de manioc cuites, dont les habitants de Yanguchi ont le secret. « C’est le meilleur ngunja de toute la région ! » disent et redisent ceux qui ont eu la chance d’en avoir dégusté ne serait-ce qu’une fois ! Après ces agapes, Monseigneur s’est longuement entretenu avec les Légionnaires pendant que je le précédais sur la route ; j’avais en effet à faire escale à Bamara afin de rendre visite à deux malades. Deux femmes, deux jeunes et qui, le SIDA faisant des ravages, paraissent avoir 20 ans de plus que leurs mères chez qui l’une et l’autre habitent désormais. Germaine a souhaité recevoir le sacrement des malades, tandis que Martine s’est contentée d’une prière partagée avec les proches. Pour la première, à bout de force, on s’est tenus dans la maison, elle allongée sur le lit de bambou, moi assis sur un tabouret, tout proche d’elle. On a échangé brièvement tous les deux, puis j’ai déroulé le rite du sacrement des malades avec notamment les onctions d’huile. On a prié tous les deux et avec sa maman et des amis, des proches, venus se serrer dans la maisonnette de paille. A la fin de cette rencontre, j’ai invité chacun à saluer Germaine et à lui dire un petit mot. Puis je suis allé chez Martine, qui était assise dehors dans un fauteuil, sa mère à ses côtés. Je lui ai brièvement expliqué le sens du sacrement, ses rites, et elle a préféré qu’on prie ensemble, tout simplement. Ce que nous avons fait, soutenus par la parole de St-Jacques concernant les visites aux malades. Puis j’ai retrouvé mes passagers et ont repris la direction du centre. Là, après avoir garé la voiture et rangé mes affaires, je me suis allongé sur mon lit et ai dormi … 1h30 ! J’ai ouvert un œil et ai vu affiché sur le réveil 17h ; de mon bureau, j’ai vu l’évêque assis à la grotte et entouré d’une 40è de personnes déléguées des mouvements de la paroisse. L’entretien a duré jusqu’à ce que la nuit tombe, c'est-à-dire jusque vers 17h45. On a diné au calme, tous les 4, avant de boire une tisane et d’aller nous reposer.

Dimanche matin 5h15, les premiers confirmands étaient au taquet pour préparer le site : sortir les bancs, les installer astucieusement sous l’arbre, et ainsi préparer le lieu de célébration. Ils ont bientôt été rejoints par des servants formés à préparer l’autel et tout ce qui va bien avec. C’est bon, l’autonomie ! Avant 6h, c’était déjà OK. J’ai reçu pas mal de gens qui venaient pour des questions diverses, puis l’évêque s’étant manifesté, je l’ai rejoint au petit dèj. Il a ensuite pris le temps de faire le tour de l’assemblée, saluant au passage pas mal de monde, tout particulièrement les confirmands. L’espace de célébration s’est rempli a grande vitesse vers 8h. Les retardataires se sachant … en retard (même s’ils étaient à l’heure !) avaient amené leur tabouret, ces fameux piroguiers, ou balambo, comme on appelle ici ces petits sièges ronds et bas tout de rotin tressé. La messe a commencé tranquillement, les danseuses ouvrant la procession, suivies des servants, des lecteurs, puis de Ludo qui bénissait la foule de la part de l’évêque, et enfin l’évêque et moi. Mise à part la pagaille provoquée par l’explosion de la batterie, tout s’est déroulé dans une ambiance très festive ; le moment du sacrement a donné lieu à une explosion (oups ! pardon !) de joie au fur et à mesure que les choristes enchainaient les chants à l’Esprit-Saint. Les gens dansaient sur place, les youyous fusaient de toute part, et les confirmés, revenus à leur place, entraient dans cette dynamique. Quelle joie de voir ces jeunes et ces adultes partager ainsi leur bonheur ! Le temps de l’offertoire fut un autre beau moment de danses et « d’expression libre ». Il y avait du monde, et la quête, pour laquelle les gens se déplacent afin d’apporter leur offrande, a duré un bon moment, les confirmés voulant présenter leur propre danse. Puis on est entré dans le temps de l’eucharistie qui, chose vraiment superbe, s’est déroulé dans un silence impressionnant de la foule, seules les voix de l’évêque et de moi résonnaient sous l’arbre et dans les alentours. Petite anecdote : sortant de l’église apostolique toute proche située en contrebas de chez nous, un certains nombre de ces paroissiens nous on rejoints, gravissant rapidement la colline, et sont restés à l’ombre d’autres arbres, légèrement en retrait mais très attentifs à ce qui se vivait. Après la communion, Paul a remercié l’évêque pour sa visite chez nous et a exhorté tous les paroissiens à se remettre au travail afin de parachever les travaux liés au bloc opératoire, notamment la construction du bâtiment du groupe électrogène. Le repas qui a suivi était bien organisé, et chaque groupe de 5 personnes a eu suffisamment à manger ; l’évêque quant à lui était à la salle à manger, entouré d’une dizaine de conseillers, bien contents de l’invitation, et « de manger comme les Blancs » ou « à la table des Blancs » ! Je les ai rejoints après avoir partagé le manioc et un singe avec les chefs des chorales.

Monseigneur Aguirre ayant quitté la paroisse à 13h30, quelques volontaires sont restés pour ranger, puis j’ai emmené les jeunes en voiture à Fungu, puis s’en est suivi une bonne partie de raquette, la fameuse thèque, autrement dit le baseball local.

Soirée repos, au cours de laquelle j’ai enfin pris le temps de commencer à regarder la Saison-3 de « Prison Break », où les aventures de Michaël Scofield et les autres héros de la série, dont l’abbé Max à Bakouma est un vrai fan : il est en train de dévorer la Saison-4 !

 

 

Ce lundi matin, j’ai fait la grasse matinée. J’ai émergé vers 8h15 et j’avais une forte envie de ne rien faire, si ce n’est du VTT. Et puis m’est venu l’envie de bricoler. Je me suis lancé dans la fabrication de rayonnages dans le dépôt, qu’on appel en sango courant magasin. Pendant 5h et demie, aidé de trois élèves en panne de cours à l’école (absence d’enseignants en formation à Bangassou) j’ai vidé toutes affaires entassées, puis fabriqué les immenses étagères, et enfin tout rangé. Aristide, Armando et Mahamat m’ont été d’une aide très précieuse. Quelle efficacité, grâce à leur participation ! On a partagé le déjeuner, il était près de 15h. On est allé à Fungu, puis je me suis reposé. Ludovic est rentré dans l’après-midi du travail qu’il a engagé avec les membres de Saint-Vincent de Paul, à savoir la construction de la case d’un pauvre vieux bonhomme, dont la maison avait été emportée par la pluie.

Hier mardi, il a poursuivi sa tâche avec cette équipe dynamique. Quant à moi, j’ai passé une partie de mon temps chez un forgeron soulard et menteur, et de surcroit malhonnête. J’ai envoyé Guénolé, un jeune de 17 ans, afin que le gars aiguise la barre à mine que je venais d’acquérir. Le travail trainait et quand enfin Guénolé s’est fait dire que c’était prêt, le gars avait en réalité cassé la barre à mine ! Cassée en deux morceaux. Pour sûr, j’étais pas ben content ! Il l’a su à mon arrivée ; il était très gêné de savoir qu’en fait, l’objet en question était à moi, et a dit au moins 15 fois, la bouche pâteuse, l’haleine puante : « non, prêtre, il faut me pardonner ! ». Il a ensuite promis de réparer la barre à mine en insérant les deux moitiés dans un tuyau. Ce matin  mercredi, on a vu l’inefficacité de sont travail : les deux éléments se sont séparés au bout de moins d’une heure de travail. Il va falloir qu’on s’explique.

Le lendemain mercredi, 5h30 : top départ pour une journée TP. C’est pas Travaux Pratiques, mais Travaux Publics, cela dit, les deux choses se ressemblent dans les faits, puisqu’on a refait une petite portion très abimée de l’axe Zacko – Bakouma. Nous partîmes 15, nous revinrent le même nombre. Nous parcourûmes 25 km en voiture, avec des outils de toutes sortes sous les sièges. Nous travaillâmes près de 6 heures, (pause café et pause manioc non incluses !) et à 15h, nous rentrâmes à la maison, fatigués et heureux. On a tous fini à Fungu, barbotant dans l’eau chaude.  Et depuis ce jour, près de 800 mètres de pistes sont redevenus agréables. A bientôt pour un prochain TP !

 

 

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 12:38

 

CARNET DE BORD, chapitre 30

 

Mercredi 7 avril 2010

 

2 semaines se sont écoulées depuis la rédaction des dernières lignes du chapitre 29.  Ces jours appelés Semaine Sainte. Depuis mon retour de Bangassou jusqu’à hier mardi, j’ai eu très peu de temps pour moi. Dans 4 chapelles ainsi qu’au Centre, les retraites de baptême, de première communion et de confirmation battent leur plein. Les catéchistes en sont les responsables, et Ludovic et moi suivons d’assez près ce qui se passe. Les candidats au baptême sont nombreux : 31 à Zacko, 23 à Yanguhoda, presqu’autant à Bamara. Ceux qui ont reçu le baptême autrefois et qui demandent à vivre leur première communion sont, au total, plus de 70. Les confirmands que l’évêque viendra rencontrer à la mi-avril sont plus de 100 dans la paroisse. Rencontrer chacun prend un temps fou ! Le nombre, et la distance à parcourir aussi pour les rejoindre là où ils vivent. Mais c’est passionnant.

Vendredi 26 mars, pendant les 5 heures de la matinée, près de 100 paroissiens ont participé au compte rendu des réflexions concernant le ministère de prêtre. Aux 4 questions qui leur avaient été soumises les semaines précédentes, les différents mouvements et fraternités ont répondu par écrit, facilitant ainsi le partage du fruit de leur réflexion. Christian, en bon animateur de débat, a lu chaque document reçu, puis Ludovic et moi sommes revenus, question après question, sur les points qui nous paraissaient essentiels. Bien sûr, tout ne fut pas agréable à entendre ; certaines équipes ont exprimé leur déception face à certaines difficultés venant de l’incompréhension d’avec des prêtres connus d’eux. Et j’en suis. Et certains propos transmis par écrit à l’animateur ont été éclairants. Et puis, l’atmosphère est restée sereine, et respectueux de personnes et des situations. La plupart des 23 comptes-rendus ont laissé jaillir la joie d’avoir des prêtres à demeure ; la vie de la paroisse a considérablement changé depuis qu’ils résident ici. Les mouvements se sentent bien soutenus, la liturgie est belle. C’est bon pour le présent et l’avenir. Ce fut une bonne matinée pour moi, pour les gens aussi.

Samedi matin, réunion à Kono avec le Conseil, au grand complet. Sujet brûlant : comment être femme catholique de polygame catholique (!) et avoir néanmoins accès aux sacrements ? La communauté est périodiquement agitée par ce problème, l’agitation étant souvent - et ce fut encore le cas ce jour-là - orchestrée par … les maris ! Ils déplorent en effet que l’Eglise n’accorde pas les sacrements à l’épouse dument mariée à l’église, si le conjoint marié avec la dite madame en choisit une deuxième, voire même une troisième sous son toit. Les 3 maris qui m’avaient convoqué à cette réunion en ont été pour leurs frais. D’abord, ils avaient écrit une lettre agressive et quasi d’injures, et signée « les conseillers de Kono ». Or, s’ils le sont, les autres conseillers n’étaient pas avertis. Et c’est un catéchiste qui a rédigé la lettre ! Alors, les conseillers ont désavoué le comportement des 3 compères polygames, ont désavoué le comportement du catéchiste rédacteur, pour manque de discernement et pour complicité. Et puis Ludovic, qui était venu à Kono pour vivre tout le week-end des Rameaux, a redit les fondamentaux de l’Eglise concernant l’unicité des sacrements, et l’impossibilité pour une femme vivant sous le toit d’un polygame d’accéder aux sacrements, ni de devenir marraine. La réunion s’est terminée dans le calme, mais ça a chauffé un moment !  Je suis reparti à vélo, profitant des 12 km pour m’aérer l’esprit ! Et puis c’est mon nouveau VTT ! Arrivé dans le container transportant des tonnes de choses pour tout le diocèse. Un superbe Lapierre 300 bleu vif et blanc. L’autre VTT fonctionne toujours bien, surtout quand je suis dessus. Mais il vieillit, comme tout. J’ai changé nombre de pièces pour permettre à quelqu’un de l’utiliser ici. Il reste à la paroisse. Je pense que Ludo en fera bon usage.

L’entrée dans la Semaine Sainte s’est faite dimanche matin aux aurores : ­6h45, départ des servants d’autel, des lecteurs et moi, direction le calvaire, sur les hauteurs de la ville. On a été rejoint par des paroissiens munis de longues branches de palmier et d’autres arbres ; branches tressées, parsemées de fleurs, et brandies bien haut dans le ciel pendant toute la durée de la procession. A travers la ville, les femmes déployant de grands pagnes au fur et à mesure de mon avancée, les choristes chantaient tous les « Hosanna » des carnets de chants. Quelle fête ! Plus on avançait, plus la foule de paroissiens grossissait. Et plus les habitants qui nous voyaient passer manifestaient leur étonnement. A 4 reprises, j’ai improvisé des haltes, reprenant une partie de l’évangile des Rameaux lu au sommet du calvaire, et ajoutant un commentaire destiné autant à mes paroissiens qu’aux « auditeurs libres ». On est arrivé dans notre concession, où tout était préparé dehors sous le gros arbre. La messe fut festive, colorée de tous ces immenses rameaux verts couverts de fleurs multicolores.

Les jours suivants m’ont amené à confesser des heures entières à la paroisse. Assis à l’ombre et profitant du vent agitant les arbres, dès la fin de la messe de 6h, j’ai reçu des dizaines de gens de tous âges pour ces quelques minutes d’écoute et de sacrement qui leur permettent de gouter à la grâce que Dieu fait à ceux qui ont le désir d’aimer, et de se sentir aimés par Dieu. Pour certains, notamment ceux qui sont en marche vers un sacrement, il y a une certaine régularité ; tandis que pour d’autres, il y a parfois si longtemps. Difficile de prendre du temps, vu la file d’attente. Je les invite tous à venir prier à la grotte après le sacrement, afin de rendre grâce. Accueillir, écouter, encourager, pardonner au nom du Seigneur, ce n’est pas de tout repos ! J’avoue que samedi soir, avant la Vigile de Pâques, j’étais fatigué après une après-midi aussi chargée, et qui faisait suite à tant d’autres.

J’ai aussi rendu visite à la communauté de Yanguchi, afin de suivre ce qui se préparait là bas, à 24 km au Nord. Ludovic s’étant installé de mercredi à dimanche à Yanguhoda, à 13 km, afin d’accompagner la communauté de la nouvelle chapelle, il me fallait suivre de près ce qui se vivait ailleurs. A Yanguchi, j’ai profité de la matinée de jeudi Saint pour dialoguer avec les 3 futurs baptisés, les 2 futurs communiants, et les 6 couples préparant leur mariage. Ce fut un bon moment. Jules le catéchiste les accompagne bien, lui-même en marche vers la confirmation. Et comme travail communautaire, tous se sont mis à l’ouvrage, avec les conseillers et d’autres paroissiens, afin de relever un défi majeur : construire une nouvelle chapelle, deux fois plus vaste, pour accueillir l’évêque qui viendra donner la confirmation le 17 avril. En quelques jours, ils ont bien travaillé, à raison de deux à trois heures par jour maxi, le reste du temps étant consacré à la Parole de Dieu et autres sujets nourrissant de la retraite. Avec les couples, on a vu le problème des alliances : il faut que chacun pioche parmi les alliances que j’ai amenées, afin d’y trouver son bonheur. Ça prend du temps, et il me faudra en réajuster plus d’une afin que ça aille bien le jour J. Il faisait chaud, je n’avais pris qu’une gourde, accrochée à mon VTT ; et j’ai eu soif. Heureusement que j’ai pu boire du thé à plusieurs reprises ! A Bamara, brève rencontre avec les 6 candidats à la confirmation, puis j’ai conféré le sacrement des malades à un papa pas très âgé mais en fin de vie (il est décédé 2 jours après). Ce fut un moment de prière familial, dans la maison de paille situé au bord de la piste, au milieu du village. A mon retour, traversant Yanguhoda – il était 14h15 – j’ai réveillé Ludovic qui faisait la sieste. On a échangé un moment, puis j’ai regagné le centre, pour me prépare à célébrer le Jeudi-Saint. Ce fut une très belle messe, très festive. La communauté n’était pas aussi nombreuse que pour les dimanches, mais ce fut vraiment priant. Je constate qu’ils ne sont pas habitués à ce qui sort de l’ordinaire, c'est-à-dire à ce qui se passe les dimanches. Alors si certains ne se déplacent pas, d’autres s’émerveillent. Et il y a de quoi, que ce soit pour cette messe ou pour les deux jours qui suivent, à savoir le Vendredi-Saint et la Vigile de Pâques. La nuit tombée depuis longtemps a amené certains paroissiens à prolonger la veillée, soit dans l’église devant le Saint-Sacrement, soit assis dehors à discuter. J’en ai profité moi aussi pour vivre l’un et l’autre, et me suis couché vers minuit.

Vendredi-Saint, matinée consacrée aux confessions, et à 15h, long chemin de croix qui a conduit de l’église au calvaire environ 200 paroissiens de toutes générations. Les 12 stations ayant été installées dans les quartiers par le conseiller Alfred, entre la croix de l’église et celle du calvaire, on a déambulé à travers la ville. A chaque station, lecture de la parole de Dieu, prière particulière, puis chant ; entre deux, poursuite du chant, ou chapelet, ou autre prière communautaire. A plusieurs reprises, j’ai insisté sur le fait qu’au jour de la mort du Christ, il en était ainsi. Dans les étroites rues de la ville de Jérusalem, le Fils de Dieu s’est déplacé avec sa croix, traversant les quartiers, au milieu de la foule dont certains adhéraient, d’autres critiquaient, tandis que d’autres étaient indifférents. Pour nous aujourd’hui, même démarche, mêmes attitudes. Les arrêts successifs amenaient des passants à réagir, à s’étonner, à ignorer. C’est selon. Dans les ruelles étroites de la ville parfois creusées de caniveaux profonds, nous avons marché, à la suite de la croix, méditant en communion avec les catholiques du monde entier agissant de même. Et nous avons gravi la colline du calvaire dominant la ville, ultime étape de notre marche qui a duré une heure et demie. De retour à l’église, prière et vénération de la croix, puis repos. En tout cas, c’est ce que je prévoyais. Mais la Passion du Christ nous rend toujours plus solidaire de la passion des Hommes. Une famille m’attendait afin que j’emmène à Bakouma une jeune fille dans l’incapacité d’accoucher. Paul Sappaï, le major du centre de santé, confirmait la nécessité de la conduire au plus vite. J’ai avalé une soupe et du fromage blanc, et à 19h45, j’ai quitté Zacko avec, à mon bord, la jeune choriste Marina, son copain (comme on dit en France !) et deux femmes de la famille. Et puis trois petits jeunes désireux de profiter de la balade, et ne voulant que je rentre seul le lendemain. Ousmane, Oumar et Mahamat (seul le premier est d’origine musulmane, les deux autres sont chrétiens, de famille chrétienne ….le prénom ne fait pas le croyant !) se sont serrés à l’avant. Et s’est parti pour 4h30 de lent parcours, éclairés par la lune qui fit son apparition vers 22h. À l’arrivée à minuit et quart, j’ai déposé la famille à l’hôpital et suis parti à la paroisse avec les trois garçons. Ils ont dormi dans le salon pendant qu’allongé dans mon lit, je tardais à trouver le sommeil. 5h30, le réveil m’a secoué ! Il me fallait repartir. Seul Fulbert était déjà debout. Je l’ai salué et ai repris avec les trois cocos la direction de Zacko. En passant devant l’église apostolique, mes passagers de la nuit étaient en train de refermer le trou dans lequel ils venaient d’inhumer le bébé mort-né. J’ai prié un instant avec eux, et leur ai souhaité le courage nécessaire à affronter la suite. J’avoue avoir hésité à faire ce voyage aller retour. Pas tellement pour les questions de fatigue. Mais, lors du précédent soutien que j’avais apporté en transportant Béatrice, le 11 février, j’avais déboursé près de 40 000 francs pour les soins, et depuis ce jour, aucun membre de la famille n’est venu me remercier, ni me proposer quelque chose par rapport à tout cet argent engagé. Alors avant de partir, j’ai demandé à Paul de vérifier que la famille de Marina possède au moins 30 000 francs. Ce qu’il m’a confirmé, et c’est fort de cette info que j’ai quitté Zacko pour Bakouma. Et dans la cour de l’hôpital, je n’ai pas éteint le moteur. Ça peut paraitre dur, mais je n’avais pas d’autre solution pour « me protéger » un peu.

A notre arrivée à Zacko, rapide douche, bon petit dèj puis rencontre avec les candidats au baptême et à la première communion, ainsi que les couples demandant le mariage. Une matinée bien remplie jusqu’à midi par la préparation de cette liturgie de dimanche enchainant les différents sacrements, certains paroissiens allant recevoir les trois ! Les parrains et marraines présents étaient contents de sentir l’importance de leur place dans la cette messe de Pâques. Après-midi confession, après une longue sieste. Puis à la nuit tombée, Vigile de Pâques. Le feu gigantesque préparé par les catéchumènes fut allumé, marquant le début de cette nuit pas comme les autres. Procession dans l’église, chants festifs, cloches dehors et dedans, la messe fut très belle. L’église n’était pas pleine, mais la joie était au rendez-vous. Je n’ai pas tardé à aller me coucher, et je fus réveillé à 5h15 par les catéchumènes venus préparer les lieux de célébration, sous l’arbre, comme d’hab’, osai-je dire maintenant.

Dimanche, jour de Pâques ; quelle fête ! Même les membres d’autres églises chrétiennes, invités par des familles, n’en revenaient pas. Les étapes du baptême furent accueillies dans un vrai silence et conclues par des applaudissements, des youyous et autres acclamations. Au fur et à mesure, le soleil, bien timide le matin, se manifestait. Les 31 jeunes et adultes reçurent le baptême, présentés à moi par leur parrain ou leur marraine (ici, on est garçon, on a un parrain ; on est une fille, on a une marraine ; c’est comme ça). Même démarche pour la première communion de ceux-là et d’une trentaine d’autres ayant reçus le baptême dans leur prime enfance ou dans une église non-catholique. Entre ces deux étapes, le temps du mariage fut très attendu par tous. Les trois couples qui se sont engagés ont pris le temps de dialoguer avec moi, exprimant à haute voix les éléments fondamentaux du sacrement de mariage catholique. Après chaque engagement, salves d’applaudissements et autres signes de réjouissance fusaient de partout. Il y a peu de mariage à Zacko, un dicton dit : « les mariages ne franchissent pas la rivière Ambilo ». C’est dire si la durée de vie est courte ! Rassurons-nous sur le fait que nombreux sont les couples qui totalisent 10 ans de mariage ou davantage. Mais la désespérance a la vie dure. Et la non-foi en ce qu’est un sacrement. Il y a des poncifs à combattre. Chose intéressante, dans les jours qui ont suivi la messe et jusqu’à aujourd’hui, ça cause mariage dans les chaumières catholiques! Dans l’après-midi, j’ai apprécié l’excellent repas du mariage de Marie-Charlotte et Antoine. Elle est choriste, et responsable du projet Orphelins, lui est membre de l’Eglise Coopération, et pour la petite histoire, il fait parti des gens pris en otage par la LRA, le 9 février dernier, et revenu le dimanche 14. J’ai passé un super moment avec le frère de Marie-Charlotte et un diacre de l’Eglise Baptiste. Je ne me suis pas couché tard, devant le lendemain partir aux aurores pour Yanguchi.

 

dimanche 11 avril

 

De retour de la messe à Yanguhoda, je profite du calme pour me remettre à l’ouvrage.

Lundi 5 avril, lundi de Pâques, le fête à Yanguchi fut belle : arrivé vers 7h30, j’ai bu un thé puis me suis attelé à la noble tache de permettre aux futurs époux d’essayer leurs alliances. Armé de deux pinces multiprises (je n’ai pas emmené les pinces monseigneur !) j’ai ajusté les diamètres aux doigts de ces hommes et de ces femmes qui cultivent la riche terre de cette zone. Des doigts, gros, burinés, couleur de leur terre qui veille sur les arachides, le riz, le maïs, et bien entendu le manioc. Après cet aspect technique, dimension plus spirituelle avec un temps long consacré aux confessions. Pendant ce temps, les choristes se préparaient, répétant les chants dont les thèmes développent les étapes des sacrements que nous allions célébrer : le baptême, la communion, le mariage. Les servants, toujours très autonomes, avaient ouvert ma valise-chapelle afin d’en sortir les objets nécessaires à la célébration. La messe s’est déroulée tranquillement, sans fausses notes, mais ponctuée régulièrement de youyous et d’applaudissements, marquant l’adhésion de toute l’assemblée à la parole échangée dans le couple, ou l’eau coulant sur le front des trois candidats au baptême. Les danses expriment la joie qui se diffuse en chacun, c’est une forme de communion qui caractérise nos célébrations ordinaires, et explose littéralement lors des jours de fête comme celui-ci. Melvin a fait beaucoup de photos, quelques-unes sont de très bonne qualité. Après la messe, j’ai complété les cartes de baptême des nouveaux mariés, ainsi que les registres ; sur 12 membres dûment mariés, seuls 2, des hommes, savent écrire. Alors vous imaginez le chapitre signature des registres : certaines cases se remplissent de signes plus ou moins étranges : il y a des croix, des pseudos ronds, des traits de formes étonnantes. On  est dans une région de tradition orale, ne l’oublions pas ! Le repas qui a suivi fut local : excellente viande d’animal de brousse tué dans la nuit aux alentours du village, servi en sauce à l’huile de palme, et la fameuse boule de manioc. Repos, causeries, puis vient le temps pour nous de regagner Zacko. A Bamara, pause devant la nouvelle maison des prêtres, en cours de finition. J’en ai profité pour me faire offrir un fond de verre de nguli, la boisson ultra forte à base de tubercule de manioc raffiné deux fois.

De retour à la maison, rangement du matériel et descente à Fungu pour me détendre dans l’eau chaude bouillonnante. En soirée, « Le Roi Lion » a ravi tous les spectateurs : ils étaient hilares, c’était vraiment drôle de les voir, de les entendre.

Le mardi, c’était repos, vraiment : ordi le matin, et grande balade à VTT l’après-midi. Je me suis rendu à 11 km, à Ngboto. Je n’étais jamais arrivé dans ce village de chercheurs d’or et de cultivateurs, installé dans la forêt loin des axes fréquentés. J’ai pris la direction de l’Est, puis ai bifurqué quasi plein Nord, afin d’arriver à Ngboto. En fait, cette petite piste est quasi parallèle à la grande piste qui mène à Bamara. D’ailleurs, une « bretelle » permet de rejoindre Yanguhoda depuis Sangali, situé 2 km avant Ngboto. C’est à Sangali que j’ai trouvé refuge pendant près d’une heure, la pluie étant devenue très forte à ce moment, la balade se déroulant jusque là sous un crachin breton, la chaleur en plus ! Alors assis dans un fauteuil de bambou, j’ai longuement causé au coin du feu entretenu par les propriétaires de la case, à savoir Monique et Paul, et leur petite fille Annie. On a parlé de tout et de rien, pendant que la pluie roulait sur les tuiles de bambou. Un moment après, les poules ont commencé à sortir, signalant la fin de la pluie. Et j’ai fait de même, remerciant pour l’hospitalité, et repartant avec un lot de bananes plantain accrochées au guidon (je n’ai pas encore customisé mon VTT, il n’est pas équipé de porte-bagages, ni de klaxon !). De retour alors que tombaient sur Zacko les dernières gouttes de pluie, j’ai pris ne douche allongée d’eau chaude, et me suis reposé. Un bon nombre d’enfants et de jeunes auraient voulu me voir, voir un film,  confortablement assis dans les fauteuils, mais j’avais prévenu : journée OFF !

Mercredi 7 avril, matinée de rencontres, de balade en ville. Fidèlement tous les deux jours, une femme peul vient nous vendre une grande quantité de fromage blanc, que Ludo et moi apprécions avec du sucre, du miel, des fruits frais. Des courses à faire, au marché ou dans les commerces, c’est l’occasion de prendre du temps avec les gens, le tout venant, et j’aime ça, j’ai malheureusement rarement le temps pour ça. En fin de matinée, rencontre avec les adultes en retraite de confirmation ici. On a échangé sur les liens entre les sacrements, et qui font que, pour ceux qui vivent en couple, le mariage est nécessaire pour accéder à la confirmation. Unité de vie autour des sacrements, pour une vie unifiée avec le Christ.

Jeudi matin, après la messe, réunion avec les enfants résidant à Bangassou à la maison St Michel, et leurs parents. Chaque jeune a exprimé les joies et les difficultés de la vie quotidienne là-bas. J’ai déploré leur manque d’engagement à chercher 3 sous pour leur quotidien, que ce soit pendant leurs congés ici ou pendant la période où ils sont à Bangassou. « Comportement de « gosses de riches » qui ne se rendent pas compte de ce que triment leurs parents afin que leurs petits aient de quoi vivre. Et puis certains ne respectent pas le matériel commun, ce que les parents ou moi avons acheté pour leur confort : les lampes à pile sont foutues, les verres des deux lampes à pétrole fendus, un banc est pièces détachés, un fauteuil a rendu l’âme. J’ai déclaré ma tristesse d’un tel comportement, et les parents ont renchéri. On verra ce qui va changer. Après cette rencontre, Conseil général avec au programme, le bilan du temps de Carême, la Semaine Sainte, Pâques. Et puis autre sujet, la venue de Monseigneur Aguirre, prévue pour jeudi 15 avril. Accueil, temps de dialogue, programme des confirmations à Zacko et Yanguchi. La réunion, qui a rassemblé près de 80 délégués des mouvements de la paroisse, s’est terminée par un repas composée de viande boucanée et de la toujours inimitable boule de manioc.

Après la sieste, les enfants ont fait des tours de VTT sur la place pendant que je me suis rendu chez Mathurin, Jeannette et leurs enfants ; ils viennent d’emménager dans leur nouvelle maison, isolée de la ville sur la hauteur, le long de la piste de Bria. Mathurin se lance dans l’élevage de masse, il faut de la place, et aussi pas de voisins râleurs ; c’est sûr, là, ils ne vont pas gêner grand monde. Je trouve que c’est bien un peu loin de l’école et l’église. Il m’a dit que dans son enfance à Bambari, il habitait à 10 km du centre. Vu comme ça, évidemment … J’ai donc été convié pour bénir la maison ; on a prié ensemble, puis Jeannette m’a servi un bon repas composé d’un mélange de courge et de feuille de quelque chose, accompagné de la boule de manioc (pour ce dernier plat, je me répète, mais c’est ainsi ici !)

De retour à la maison, quelques jeunes ont voulu voir un film, je leur ai proposé « Moi, César, 10 ans et demi … », ils se sont bien amusés.

 

 Mardi 13 avril 2010, à Bangassou

Assis au cyber-catho, j’achève ce chapitre avant de vous le faire parvenir.

 

Vendredi aux aurores, j’ai filé à Kono ; le travail ne manque pas dans ce village ! Les briques de l’école ont été confectionnées par une équipe de 4 gars très actifs, et le four a été monté ; ils doivent être en train de les cuire aujourd’hui mardi. A Kono, j’ai célébré la messe puis accueilli en confession pas mal de paroissiens, notamment ceux qui sont candidats à la confirmation. Puis j’ai pris le temps de réfléchir avec eux à ce qu’est l’engagement chrétien. Ultime chapitre de ces trois semaines de retraite. On a aussi évoqué la venue de l’évêque, prévue pour jeudi 15. J’ai aussi longuement échangé avec les trois jeunes de ce village, qui habitent à la maison St-Michel ; on a fait le point sur le quotidien, afin que cette année scolaire se termine dans les meilleures conditions possibles. Sur les trois, il y a deux « anciens », et un nouveau, Innocent, le séminariste renvoyé pour vol. Comme lui n’est pas renvoyé du collège (c’est le cas pour le meneur des opérations commando-pillage), on a vu ensemble comment il pouvait prendre place dans la vie quotidienne de la coloc. De retour à Zacko, déjeuner avec Ludo puis repos, avant une après-midi de bricolage dans la maison : empêcher les scorpions de rentrer dans le salon, et dans les chambres. A cette saison en effet, ils deviennent envahissants. Pour parer à toute intrusion, j’ai fixé dans les grilles de protection, au niveau du sol, des longueurs de caoutchouc découpées dans de vieilles chambres à air. Ça devrait être efficace !

Samedi matin, rencontre de la Légion (pas l’Etrangère, celle de Marie !). On a fait le point sur le fonctionnement des équipes, et vu la manière de mobiliser ceux qui ne sont plus très actifs dans le mouvement. Et puis les responsables ont exprimé leurs difficultés à être soutenus par leurs membres, parfois peu enclins à participer aux travaux paroissiaux. En fin de matinée, rencontre avec un couple, prêt à se marier … la semaine prochaine ! (on est loin des mariages réservés en France deux ans avant la date !) Quand j’ai expliqué qu’il fallait un temps de préparation, des rencontres, ils n’ont pas vraiment compris. La mère de la fille, garantissant que tout était clair (au plan de la dote) était remontée à l’idée qu’il faille patienter quelques semaines. Mais je n’ai pas calé, il faut bien que tous découvrent ce que paroisse organisée veut dire ! Après-midi bricolage dans la voiture : remplissage du réservoir, niveaux, démontage du système de prise d’aire du moteur, afin de changer le grillage de protection. Melvin était de la partie, on a bien discuté de ce qu’il vit à Bangassou, au collège comme à la maison St-Michel.

Puis à la nuit tombée, je me suis rendu chez Guy-Brice, un autre colocataire, afin de discuter avec lui et sa maman, et pour prier aussi dans la maison. Une bénédiction des lieux, destinée à rassurer les occupants quant à l’esprit du papa décédé en décembre et toujours présent dans les murs. La foi chrétienne est vraiment libératrice de toutes ces peurs ; encore faut-il que le croyant … y croie de tout son cœur. C’était le sens de ma visite, de ma prière avec eux.

Dimanche matin, messe à Yanguhoda, à 13 km au nord de Zacko, 35 minutes en voiture.

 

La suite, au prochain numéro !!!!

 

Par Père Michel Chidaine - Publié dans : JOURNAL DE BORD
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Jeudi 1 avril 2010 4 01 /04 /Avr /2010 09:43

Michel a témoigné sur la LRA vendredi 26 mars sur RADIO VATICAN et vous pouvez l'écouter sans problème depuis le blog. Il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous:

link

Cliquez ensuite dans le petit carré rouge de gauche

Dossier : La LRA terrorise l'Est de la Centrafrique

Source: Radio Vatican

 

   
   
Les rebelles de la LRA en fuite de l'Ouganda terrorisent les populations des zones situées à la frontière entre la République Démocratique du Congo et la Centrafrique. Des bandes d'hommes armées prennent régulièrement d'assaut des villages, pillent les marchés, prennent des hommes et des femmes en otage. Le 21 mars dernier, les rebelles de la LRA ont attaqué un village près de Dungu au Nord-Est de la RDC, à proximité de la Centrafrique et du Soudan. Les populations sans défense vivent en permanence dans la peur de nouvelles attaques, sans que les autorités ne soient en mesure de contrer ces assauts inopinés et violents. Fin février, la localité centrafricaine de Zacko a été prise pour cible. L?abbé Michel Chidaine, prêtre fidei donnum originaire de Clermont-Ferrand en France, était sur place au moment des faits. Il témoigne. Dossier réalisé par Marie Duhamel.

Vous pouvez également lire la suite de son carnet de bord (chapitre 29) dans le précédent article mis en ligne.
Par Père Michel Chidaine - Publié dans : INFO !
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Voeux de Michel pour 2010


Je vous souhaite une année de communion avec le Monde. Une année où vos oreilles, et surtout celles du cœur, sont sans cesse ouvertes afin d’entendre les larmes et les rires des Hommes et des Femmes, des Jeunes et des Enfants de notre temps, de notre planète. Parce que rien ne remplace la communion fraternelle, qu’elle soit humaine, humaniste, religieuse, catholique. La fraternité universelle dépend de chacun. Acceptons d’en être ! Parce que chacun a besoin de savoir que d’autres pensent à lui, partagent avec lui peines et joies du quotidien.

Encore une fois, bonne année de communion, bonne année en communion.

 

  Père Michel Chidaine

 

 

 

 

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